Chapter 9

L'on fist entendant à la royne Frédégonde que son fils qui nouvelement estoit mort, dont elle et le roy avoient si grant duel conceu, estoit péri par le provost Mummole, et qu'il devoit avoir tant fait vers aucunes femmes sorcières, que elles avoient l'enfant fait morir. La royne crut plus légièrement ces paroles, pour ce qu'elle n'amoit pas le baillif Mummole: les femmes fist prendre et mètre à gehene: bien reconnurent qu'elles avoient tué maint inocent par leurs sorceries et par leurs charmes; après reconnurent qu'elles avoient donné la vie de son fils pour la santé Mummole. Lors devint la royne aussi comme foursenée; les unes en fist ardoir toutes vives, les autres fist lier en roues, et tourmenter en tournoiant. Après fist sa complainte au roy de Mummole. Le roy le fist venir devant lui estraint et lié de bonnes chainnes, pendre le fist à un tref les mains derrière le dos; puis lui demanda s'il savoit rien du cas dont les femmes l'avoient acusé. Il respondi que de la mort de son fils ne savoit-il rien; mais il reconnut bien qu'il avoit aucunes fois receu de leurs bevrages et de divers charmes pour aquerre la grace du roy et de la royne. Lors le fist le roy despendre et geter en prison; puis lui manda Mummole quant il fu en prison que de ce que l'on lui avoit fait de tourmens il ne sentoit ni mal ni doleur. Moult s'en esmerveilla le roy et dit que c'estoit un enchanteur: en telle haine le cueilli pour cette parole, qu'il commanda qu'il fust occis: toutes-voies pria la royne que sa vie lui fu respitée, mais ce ne fut pas moult longuement: car assez tost morut après pour la dolour des tourmens qu'il avoit avant soufferts. La royne fist prendre les robes et les trésors de son enfant: ses vestemens fist ardoir, et l'or et l'argent fist fondre en fornaise et jeter en terre bien parfonde, pour ce que elle ne voloit rien veoir qui son fils lui ramenast en mémoire pour son duel renouveler.421Ne demoura pas après longuement que elle eut un moult biau fils, Clotaire fu apelé. Le roy en eut si grant joie que il commanda que les prisons et les geoles fussent ouvertes par tout son roiaume, et que tous les prisonniers, pour quelque cas que ce fust, s'en allassent tout quites et délivrés. A Paris vint le roy et y entra ainsi comme par force, contre les convenances qu'il avoit aus citoiens, c'est à savoir qu'il ne devoit jamais entrer en la vile à armes, par raison de seignourie: pour ce dut-il perdre par droit telle porcion et telle seignourie comme il avoit en la vile.

Note 421:(retour)Aimoini lib. III, cap. 53.

422Incidence. Théodosie l'évesque de Rodais trespassa de ce siècle. En ce tems Innocent, conte d'une cité qui est apelée Gaiète423, reçut après lui l'éveschié par le décret et par l'esgart la royne Brunehaut. Remi l'archevesque de Bourges moru: Suplice fu après lui en la dignité, par l'assentiment le roy Gontran, jasoit que maint y béassent ou par don ou par prières; dont le roy dist une parole qui bien fait à noter. «Ce n'est pas,» dist-il, «la coustume de nostre débonnaireté que nous vendons les églyses de nostre Seignour, ni les bénéfices de son patrimoine pour dons ni pour services; car ce seroit simonie.» (A l'exemple de ce prince seculier devroient prendre garde les prélats, qui autrement les donnent que ils ne doivent.)424

Note 422:(retour)Aimoini lib. III, cap. 54.

Note 423:(retour)Gavalitanorum. Javoulx.

Note 424:(retour)Cette parenthèse est une réflexion du traducteur.

Incidence. En cette année furent veues roses au mois de janvier; et les arbres, qui avoient porté fruit en juin, reflourirent en septembre.

425Le roy Chilperic qui se doutoit que son frère, le roy Gontran, et son nepveu, le roy Childebert, ne feissent conspiracion contre lui, fist ses trésors porter en la cité de Cambrai: tout son povoir et sa deffense fist et establi en cette ville; souvent faisoit assembler et gesir426ès chans, en paveillons, ainsi comme s'il deust ostoier427.428Es calendes de septembre envoia sa fille en Espaigne pour espouser, en telle manière comme nous vous dirons. Quant il fu à Paris reparié, il sépara les fils des pères qui estoient ses hommes de fief, et les contraignit par force d'aler en Espaigne avec sa fille, desquels aucuns se pendirent pour ce que ils ne vouloient pas laisser leur contrée ni leurs parens; et aucuns de ceus qui furent contraints à aler là, firent leur testament ainsi comme s'ils deussent morir. Tels cris et tels plours y eut lors à Paris, comme il eut jadis en Egypte, quant les Egypciens virent morts les aisnés de leurs fils. Lors manda le roy Childebert au roi Chilperic que il ne donnast à sa fille nul des trésors ni des richèces que il avoit ravies ès cités que il lui avoit tolues, ni des chetifs que il avoit emprisonnés. L'un de ces mesages fu occis secretement: le roy mesme fu soupeçonné du fait. Par les deus autres mesages manda à son nepveu que il ne feroit nule presumcion429contre la deffense que il lui avoit faite et que il avoit assez à donner à sa fille d'autres choses, de ses propres trésors. La royne lui donna tant en or et en argent et en joiaus que il sembloit au roy que il demouroit povre. Elle s'apercu bien que il ne plaisoit pas bien à son seigneur, que elle lui donnast tant; pour ce dist, une heure, aus François qui entour lui estoient, si apertement et si haut que le roy l'entendi bien: «Seigneurs,» dist-elle, «vous ne devez pas cuider que ce jouel que nous avons donné à nostre fille soient des trésors le roy; le roy mesme m'en donna une partie en douaire, l'autre partie j'ai aquise et conquestée par mon propre labour: et vous mesmes, seigneurs François, m'en avez donné une partie.» Par telle satisfacion apaisa le courage le roy. Les plus nobles des barons de France firent à la damoisèle présens de diverses manières de joiaus. La royne et les barons lui donnèrent si largement que sept chars furent tout chargiés de ses trésors et de ses joiaus. De Paris issi à grans plours et à grans soupirs: droitement ainsi que elle issoit de la porte de la cité, une des roues de son char brisa si qu'elle cheï à terre: pluseurs furent qui cette chose notèrent en male senificacion, et dist le peuple que ce estoit signe de mauvaise fortune. Quant ceus qui la demoisèle conduisoient l'eurent convoié près de huit lieues, ils tendirent leurs tentes pour eus reposer. Tandis que ils faisoient ce, cinquante homes ravirent cent de leurs chevaus tous enselés et tout enfrenés de lorains430dorés, et s'enfuirent au roy Childebert. Quant le roy Chilperic oy ce, il se douta moult que son nepveu ou ses frères n'eussent agais basti pour sa fille desrober: quatre mille homes fist armer pour lui conduire; livrés furent à deus chevetains qui avoient nom Bobon et Wadon: et manda le roy que leurs despens fussent pris sur le peuple et sur les povres gens, tant comme ils la conduiroient, pour que ses trésors n'apétissassent. A telle procession et à tel plenté de mesnie d'homes et de femmes s'en aloit-elle en Espaigne. Ceus qui la conduisoient gastoient tout le païs avant eus. A tel boban parti de France comme vous avez oy; mais sa prospérité fu puis muée en adversité, ains que elle fust hors du royaume si comme vous oirez assez tost après.

Note 425:(retour)Aimoini lib. III, cap. 53.

Note 426:(retour)Gésir. Coucher. Dejacere.

Note 427:(retour)Ostoier. Guerroyer.

Note 428:(retour)Aimoini lib. III, cap. 55.

Note 429:(retour)Presumcion. Prise préalable.

Note 430:(retour)Lorains. Mords.

431Moult estoit bele femme la royne Fredegonde, en conseil sage et cavilleuse432, en tricherie ni en malice n'a voit son pareil fors Brunehault tant seulement. Le roi Chilperic avoit si deceu et si aveuglé, par la gloutonnie de luxure, comme telles femmes savent faire à ceus qni à elles s'abandonnent trop, que il mesme la servoit ainsi comme féist un garson433. Un jour s'apareilla pour aler chacier en bois, il commanda que les seles feussent mises; du palais descendi en la cour. La royne qui cuida qu'il deust monter sans plus retourner amont, entra en une garde-robe pour son chief laver. Le roy retourna en la sale avant que il montast; il entra là où elle estoit, si coiement qu'elle ne s'en aperçut mie et comme elle se fu adentée sur un banc434sus oreilliers et sus carriaus. Il la féri en riant au-dessous des rains d'un bastoncel que il tenoit. Elle ne se retourna pas pour lui regarder; car elle cuida certainement que ce fust un autre. Lors dist: «Landri, Landri! mar y fais435, comment oses-tu ce faire?» Ce Landri estoit cuens du palais et le graindre436de la maison le roy, il honnissoit le de sa femme et la maintenoit en adultère. Quant le roy oy cette parole, il cheï en un soupeçon de jalousie et devint ainsi comme tout foursené; il sailli de la sale et deçà et delà aloit, angoisseux et destrois de cuer comme celui qui ne savoit que il peust faire ni dire: toutes-voies ala en bois pour oublier et pour assouagier la tristèce de son cuer. Fredegonde aperçu bien que ce avoit été le roy; et que il n'avoit pas porté de bon cuer la parole que elle avoit dite. Lors pensa bien que elle estoit en péril, si elle attendoit sa revenue; pour ce jeta jus toute paour, et prist toute hardiesse de femme; Landri manda que il venist à elle parler. Lors lui dist: «Landri, la cause de ton chief est en présent437: pense plus de ta sépulture que de ton lit, si tu ne t'avertis comment tu pouras guérir.» Lors lui conta comment la parole avoit esté dite. Moult fut Landri esbahi, quant il oy ce; il commença à recorder et à réciter ses meffais à lui-mesme en grant douleur de cuer. L'aiguillon de conscience le poignoit moult aigrement; il ne véoit lieu où il peust fuir, ni comment il peust eschaper; il lui sambloit que il fust pris et retenu ainsi comme le poisson à la roie438; fortement prist à gemir et à soupirer et à dire: «Hélas, malheureux! pourquoi ajourna439hui ce jour au quel je suis cheu en si grant amertume de cuer? Las, chetif, je suis tourmenté en ma conscience; je ne sais que je puisse faire, ni où je puisse vertir ni tourner.» Lors lui dist Fredegonde: «Escoute, Landri, si oiras ce que je veuil que tu faces qui pourfitable nous sera. Quant il viendra de chascier tout tart, si comme il a de coustume de venir par nuit aucune fois, garde que tu aies apareillié homicides440, et que tu faces tant vers eus par dons que ils veuillent mettre leur vie en péril, si que tantost que il sera descendu, il soit occis de coutiaus. Quant ce sera fait, nous serons asseurés441de la mort, et régnerons entre nous et notre fils Clotaire.» Landri loua moult ce conseil, il se pourvut de son afaire. Tout tart vint le roy du bois: ceus qui avec lui furent venus n'atendirent pas à lui, ainsi alèrent les uns çà et les autres là, comme coustume est de chaceours. Les murtriers qui entour lui furent tout prests, le ferirent de coutiaus parmi le cors et l'occirent en telle manière. Lors commencièrent ceus mesmes qui occis l'a voient à crier: «Hai! hai! mors est le roy Chilperic. Son nepveu Childebert l'a fait occire par ses espies, qui maintenant tournent en fuie.» Tous retournèrent en la place où le roy gisoit mors, quand ils oïrent cris: aucuns montèrent sus leurs chevaus et commencièrent à chascier ceus qu'ils ne veoient pas: quant ils eurent une grant pièce chascié ceus que pas ne trouvassent légièrement, ils retournèrent arrière. Madulphes, l'évesque de Senlis, qui trois jours avoit jà demouré à court, ni au roy ne povoit parler pour le grant orgueil dont il estoit plain, vint avant quant il sut qu'il fu occi; le cors fist atourner, puis le fist metre en une nef et le fist mener à Paris. Ce cas avint à une ville qui siet sur Marne et soloit être et encore est appelée Chielle. Il fu mis en sépoulture en l'églyse Saint-Vincent, à qui il avoit donné moult de possessions et de franchises.

Note 431:(retour)Aimoini lib. III, cap. 56.

Note 432:(retour)Cavilleuse. Subtile.

Note 433:(retour)Garson. Valet. Ce mot se prenoit au moyen âge presque toujours en aussi mauvaise part qu'aujourd'hui son acception féminine.

Note 434:(retour)«Ut jacebat super scamnum acclinem.» (Aimoin).--Adentée, c'est-à-dire couchée sur les dents.

Note 435:(retour)Mar y fais. Tu fais mal.Marest la vieille traduction de l'adverbemalè.

Note 436:(retour)Graindre. Le plus grand. Degrandior.--Cuens. Comte.

Note 437:(retour)La cause, etc. Il s'agit de la tête maintenant.

Note 438:(retour)A la roie. Aux rets. «Velut circumventum quibusdam retibus.» (Aimoin.)

Note 439:(retour)Ajourna. Arriva.

Note 440:(retour)Appareillié homicides. Disposé des assassins.

Note 441:(retour)Asseurés. Mis en securité contre la mort.

En son tems furent mis peu de clers en éveschiés; volontiers contredisoit les églyses à ceus qui nouvelement estoient convertis à la foi. Homme fu plain de si grande présompcion que il cuidoit estre plus sage que tous ceus de son temps. Il compila deus livres ainsi comme Sedule avoit fait, par vers estoient ces livres bailliés; les sillabes brièves estoient mises pour longues et longues pour brièves; et ne povoient estre receus par nule raison ni ne devoient: pour ce furent ostés et effaciés de toute mémoire d'homme, après sa mort. Les querelles des povres gens ne lessoit-il pas légièrement venir devant lui; les églyses et les abaïes avoit en trop grant despit, dont il disoit aucunes fois devant tous, quant il séoit en son palais: «Toutes nos richesces descendent aus églyses; clers et prélats règnent et sont honorés sur toutes autres gens.» Des prestres et des ministres de sainte églyse se gaboit et les avoit tournés en proverbe et en dérision. Pourquoi raconterions-nous plus de ses meurs? l'on peut dire qu'il n'aima onques nului ni de nului ne fu aimé. Ainsi périt, comme vous avez oï; aus siens haineus et non aimé des estrangers.

Après la mort du roi Chilperic, les Orlénois et les Blesois coururent soudainement sur les Dunois442; tous les meubles que ils purent trover ravirent, les maisons et autres choses ardirent. Quant retournés furent en leur païs, les Chartrains et les Dunois s'allièrent et retournèrent sur les Orlénois et les Blesois, et leur firent grand dommage. A la parfin ils consentirent à venir à pais, par les chefs des deux parties.

Note 442:(retour)Dunois. Les habitants deDunum, aujourd'huiChâteaudun.

443Quant la royne Frédégonde vit que son mari fu mort, elle mit à garant elle et ses trésors en l'églyse Notre-Dame de Paris, et l'évesque Rainemont la reçut elle et les siens liément. Ceus qui le trésor Chilperic gardoient, prirent tout ce que ils trouvèrent à Chielle, la ville où il estoit mort et un vaissel d'or moult riche et moult bel que il avoit fait faire, puis s'enfuirent au roy Childebert. Frédégonde manda au roy Gontran que volentiers se mettroit en sa garde lui et son enfant qui son neveu estoit. Le roy Gontran vint à Paris au plustost que il put, quant il fu certain de la mort de son frère. Frédégonde alla à l'encontre de lui et le reçu en la cité. Depuis après revint le roy Childebert, mais les citoiens lui refusèrent l'entrée et lui fermèrent les portes; il manda à son oncle qui en la cité estoit que les aliances que ils avoient jà afermées ensemble tenissent. Quant les messages furent devant le roy Gontran, il les blasma et les reprit de tricherie et de desloiauté, pour ce que par eus et par leur mauvais conseil estoient rompues les amitiés et les aliances. A leur seigneur raportèrent les paroles, et il lui remanda que il lui délivrast le royaume qui avoit esté son oncle, que par droit lui estoil-il escheu. Le roy Gontran lui remanda que il le devoit mieux tenir que lui, qui frère au mort estoit, et jamais l'héritage qui de son frère lui estoit descendu à autrui ne lairoit. Après, lui remanda le roy Childebert par le tiers message que il lui livrast Frédégonde pour tourmenter et pour faire justice, qui lui avoit son père et son oncle occis. Le roy Gontran lui remanda que volentiers auroit à lui parlement pour traitier de cette chose et d'autres: car il soutenoit repostement444la partie Frédégonde, souvent la semonoit445pour mangier avec lui. Un jour advint que ils mangièrent ensamble, elle se leva du mangier; le roy lui dit que elle se séist et mangeast encore un petit; elle respondit que elle ne se povoit séoir si longuement, pour le mal de son ventre. Le roy se prit à merveillier comment ce povoit estre: car il savoit bien tout certainement que il n'avoit pas encore quatre mois que elle avoit eu enfant.

Note 443:(retour)Aimoini lib. III, cap.57.

Note 444:(retour)Repostement. Secrètement.

Note 445:(retour)Semonoit. Invitoit.

446Ansouald et, aucuns des autres princes du roy Chilperic prirent Clotaire l'enfant, qui leur sire estoit et hoir du royaume, par toutes les cités le menèrent et prirent les sermens et reçurent les hommages des chevaliers et des nobles hommes du règne en son nom et au nom le roy Gontran. Tous ceus que le roy Chilperic avoit abaissiés et grevés à tort, le roy Gontran relevoit et dreçoit; aus églyses rendoit les testamens que il avoit tolus; moult se doutoit de la malice de ceus qui eutour lui repairoient; pour ce n'aloit nule part sans bonne garde de gent à armes. Un jour dit au peuple en plaine églyse quant il eut fait crier que chascun se teust: «Seigneurs,» dit-il, «qui cy estes assamblés, je vous prie que vous soiez plus loials vers moi que vous n'avez esté vers mes frères, si que je puisse mes neveus norrir en pais et vous garder selon droit et selon justice; que il n'aviegne, dont Dieu vous gart, que ils demeurent sans nourisseurs et vous sans gouverneurs.» Quant le peuple eut oy le roy parler en telle manière, ils s'esmerveillièrent tous de sa bonne volenté et de ses douces paroles; si prièrent tous à nostre Seigneur que il le gardast de mal et lui donnast bonne santé et bonne vie.

Note 446:(retour)Aimoin lib, III, cap. 58.

447Tandis que ces choses advinrent en France, Rigonde la fille le roy Chilperic, qui en Espaigne s'en aloit à telle pompe comme vous avez oy, demeura à Thoulouse pour aucunes nécessités; mais quant Desier le comte de la cité sut certainement que le roy Chilperic estoit trespassé, il saisi tous ses trésors, en une fort maison les mit seelés de son seel et en la commande de bonne gent qui en garde les reçurent. La damoiselle, ainsi de tous ses biens despoillée, s'enfui an l'églyse Notre-Dame: là lui fit le comte Desier livrer ses despens assez estroitement, puis s'en alla à Mummole qui demeuroit en une autre cité.

Note 447:(retour)Aimoin. lib. III, cap. 59.

448Nouviaus plais et nouvele cause fu meue de rechief contre Théodore l'évesque de Marseille, pour ce que il avoit receu en la cité Gondoald, qui se vantoit que il estoit frère le roy Gontran. De ce Gondoald voudrons brièvement noncier comment il fu norri et comment il vint avant: car nous deviserons cy-après pluseurs choses de lui et de ses fais. En France fu né, sa mère le norri selon la coustume que l'on soloit norrir les rois de France anciennement; les cheveus avoit espars par les espaules, selon l'ancienne coustume; sa mère le présenta au viel roy Childebert et lui fit entendant que il estoit fils Clotaire son frère, si l'amenoit à lui pour ce que son oncle estoit et pour ce que son père l'avoit cueilli en haine. Le roy Childebert le reçu pour ce que il n'avoit nul hoir; puis l'envoia au roy Clotaire qui veoir le voloit. Quant il le vit il lui fit roigner les cheveus et lui dit que son fils n'estoit-il pas. Mort fu le roi Clotaire: son fils le roy Caribert le prit et le norri comme son frère; mais le roy Sigebert le rapela puis et lui refit roigner les cheveus, et le fit garder en prison en la cité de Couloigne. De cette prison eschapa, à Narsès s'enfui, qui lors gardoit l'Italie de par l'empereour de Constantinople; d'iluec ala à l'empereour Justin de qui il fu moult familier. Lors advint que Gontran-Boson le trouva là qui aloit en Jérusalem en pélerinage au sépulcre; moult l'exhorta et conseilla que il retournast en France. Gondoald crut son conseil. Quant à Marseille fu arrivé, l'évesque Théodore le reçut, chevaus lui pourchaça et autres harnois. D'iluec s'en alla en la cité d'Avignon au duc Mummole qui s'estoit mal parti du roy Gontran. Quant Gontran-Boson sut que l'évesque avoit ce fait, il le mit en prison, pour ce que il avoit reçu en la cité l'espieur et l'ennemi du royaume, si comme il lui mettoit sus. L'évesque qui en trop fort prison estoit, pria à nostre Seigneur que il le confortast: tout maintenant, une si grande clarté resplendi en la prison où il estoit, que le duc Goutran en fu espoventé et de cette prison fu osté et mené au roy Gontran, entre lui et un autre évesque qui avoit à nom Epiphane, qui d'une cité de Lombardie estoit venu à Marseille à l'évesque Theodore. Le roy les refit tous deux mettre en prison: cet évesque Epiphane mourut; mais Théodore, qui en nul cas ne fu trouvé coupable, s'en revint à Marseille quite et délivré. La raison pour quoi il fu délivré si légièrement fu pour ce que il monstra une lettre que la gent et les familiers le roy Childebert lui avoient envoiée, qui disoient que il reçust Gondoald honorablement.

Note 448:(retour)Aimoin. lib. III, cap. 60.

Le duc Gontran et un autre duc du roy Gontran prisrent le trésor Gondoald et le départirent: d'or et d'argent grand masse en firent porter en la cité de Clermont en Auvergne. Ce trésor avoit mis Gondoald en une ile de mer jusques à tant qu'il véist à quoi sa besoigne torneroit. Après ceste chose s'en alla Gontran-Boson au roy Childebert. Quant avec lui eut demouré, ne sai combien de tems, et il se fu mis au retour lui et un sien fils, il fu pris et mené au roy Gontran. Fortement le menaça le roy et lui dist qu'il lui feroit paine soufrir, pour ce qu'il avoit receu en la cité Gondoald. Il lui respondi et dist ainsi: «Je proverai bien que je n'ai colpé449en ce que tu me mets sus, si je te laisse mon fils en ostage jusques à tant que je t'aie livré Mummole qui est coupable de ce fait.» A ceste chose s'acorda le roy, son fils retint et lui laissa aller. A tant s'en alla Gontran-Boson, et asiégea la cité d'Avignon à grant multitude de gent; moult avoit grant désir de parler à Mummole: sus la rive du fleuve qui près de la cité court se mist. Mummole, qui en l'autre rive fu, lui cria qu'il passast outre hardiement, qu'il n'avoit garde de lui450. Celui-ci sailli en l'eaue entre lui et un sien compaignon qui fut noié. Gontran alla tant deçà en là, si comme les ondes le boutoient, qu'il vint d'autre part à rive; hors issi par une lance que un chevalier lui tendi. Mummole lui dist assez d'outrages et de vilenies. Adont vint là le duc Gondolfe, que le roy Childebert avoit envoie pour lever le siége de la cité; avec lui enmena Mummole en la cité de Clermont. Quant il eut là demouré une pièce, il s'en retourna, pour ce que si longue demeure lui tournoit à anui: il s'acompaigna au duc Desier, qui à lui estoit venu de Toulousain.451Gondoald mandèrent et le firent roy sur eus, sus un escu le levèrent, voiant tout le peuple, et commencièrent à crier: «Vive le roy, vive le roy!» selon la coustume que l'en sieut452faire anciennement aus roys de France. Par trois fois le portèrent sur l'escu tout entor l'ost; mais l'escu leur cheut soudainement, atout leur roy, si qu'à paine put-il estre relevé.

Note 449:(retour)Colpé. Failli.

Note 450:(retour)Qu'il n'avoit garde. Qu'il n'avoit pas sujet de se garder.

Note 451:(retour)De Toulousain. «A pago Tholosano.» (Aimoin.)

Note 452:(retour)Sieut. L'on a coutume.

453Le roy Gontran envoia ses ducs et ses baillis pour prendre et saisir les cités que le roy Sigebert son frère avoit jà tenues, qui estoient du royaume Caribert son autre frère, et ceus aussi que le roy Chilperic avoit tolues au roy Childebert son neveu. Mais le comte Garrique, qui les parties le roy Childebert deffendoit, tantost comme il sut la mort Chilperic, prist la foy et les seremens des Limozins au nom son seigneur; puis s'en revint à Poitiers. Là le reçurent les Poitevins et lui firent tel serement que ceus de Limoges lui avoient fait. Lors oït dire que ceus de Bourges, qui estoient de la partie le roy Gontran, avoient envaï ceux de Tours qui se tenoient au roy Childebert, tout leur païs avoient destruit et gasté, et une ville arse qui avoit nom Maroel454. En cette ville estoit dédiée une églyse en l'honour S. Martin, qui toute fu arse et brûlée. Là apparut apertement les vertus du glorieux confesseur: car la paile qui sur l'autel estoit demora saine et entière sans nule tache d'arsure ni de corruption, et l'herbe verte, qui entour l'autel est poudrée, ne fu arse ni blémie par la chaleur du feu. Grant merveille fu donques, quant le grant tref et toute la couverture fu arse et brûlée, et la tendrour de la verte herbe et la molesse de la paile ne furent corrompues ni violées. Le comte Garrique, qui entendi comment les choses estoient allées, manda à ceus de Tours que en nule manière ils ne se tinssent de la partie le roy Gontran. Le saint archevesque de la cité Grigoire respondi ainsi aus messages: «Nous savons bien,» dist-il, «que tout le royaume de France doit revenir au roy Gontran, puisque tous ses frères sont mors; et par telle raison comme le roy Clotaire régna pardessus tous ses fils tant comme il vesqui, aussi doit le roy Gontran régner pardessus tous ses neveux toute sa vie, et jà contre lui ne serons. Et fait le roy Childebert grant folie, quant il cuide contester à si grant prince455.» Quant le comte Garrigue sut que ceus de Touraine n'obéiroient pas au commandement son seigneur, il laissa Eberon le chamberlenc le roy Childebert en la cité de Poitiers; puis mut et mena son ost en la terre d'Orlénois, le païs commença fortement à gaster par rapines et par feu. Les Orlénois lui mandèrent que volontiers feroient une pais avec lui, et que il cessast les maux que il leur faisoit jusques au parlement qui estoit pris des deux roys; lors obéiraient volontiers à celui qui leur sire seroit. Le duc leur respondi que les commandements son seigneur devoient aller devant leur requeste, et que il ne les trespasseroit mie pour faire leur volonté. Tandis que le comte estoit en Orlénois, se tournèrent les Poitevins et furent sermentés et féables au roy Gontran: toute la gent le roy Childebert jetèrent hors de la cité; mais le serment qu'ils avoient fait au roy Gontran ne demeura pas après ce moult longuement que ils ne le brisassent (selon la manière du païs)456.

Note 453:(retour)Aimoini lib. III, cap. 61.

Note 454:(retour)Maroel. «Maroialensis vicus» dit Aimoin. C'est Mareuil-sur-le-Cher, sur les confins du diocèse de Tours.

Note 455:(retour)Cette manière de comprendre l'hérédité est curieuse; mais Grégoire de Tours ne dit pas précisément cela. Suivant ce principe, Childebert n'auroit pas dû recueillir la succession de son père Sigebert, et pourtant personne, même Chilperic, ne lui en avoit contesté le droit. Au reste, voici les paroles de Grégoire de Tours: «Nos vero.... adserentes hunc (Gontramnum) esse nunc patrem super duos filios, Sigiberti scilicet et Chilperici,qui ei fuerant adoptati; et sic tenere regniprincipatumut quondam Chlotarius rex fecerat pater ejus.» Gontran ne réclamoit peut-être que la régence, jusqu'à la majorité de ses neveux.

Note 456:(retour)Selon la manière du païs. Cette parenthèse est du traducteur et atteste la mauvaise renommée qu'avoient autrefois les Poitevins. Dans le roman deGarin le Loherainon trouve les mêmes reproches:«Mauvais traïstres, déléaus, foi-mentis,»A vos natures devés bien revenir;»Car vous issites des hoirs aus Poitevins,»Onques n'amèrent né parens né voisins,»N'à lor signor ne vourent obéir»S'il ne le porent engignier ou traïr.(Tom. II, p. 137.)

«Mauvais traïstres, déléaus, foi-mentis,»A vos natures devés bien revenir;»Car vous issites des hoirs aus Poitevins,»Onques n'amèrent né parens né voisins,»N'à lor signor ne vourent obéir»S'il ne le porent engignier ou traïr.(Tom. II, p. 137.)

«Mauvais traïstres, déléaus, foi-mentis,»A vos natures devés bien revenir;»Car vous issites des hoirs aus Poitevins,»Onques n'amèrent né parens né voisins,»N'à lor signor ne vourent obéir»S'il ne le porent engignier ou traïr.(Tom. II, p. 137.)

«Mauvais traïstres, déléaus, foi-mentis,

»A vos natures devés bien revenir;

»Car vous issites des hoirs aus Poitevins,

»Onques n'amèrent né parens né voisins,

»N'à lor signor ne vourent obéir

»S'il ne le porent engignier ou traïr.

(Tom. II, p. 137.)

Le jour du parlement aprocha. Le roy Childebert envoia ses messages au roy Gontran avant que le jour en chéust. Giles l'archevesque de Rains en fu l'un. Quant devant le roy furent venus, Giles commença premier à parler en telle manière: «O très-noble roy, nous rendons grâces à Dieu le tout-puissant, pour ce que il ne t'a pas donné tant seulement pais et tranquillité, mais bonnes avantures et accroissement de seigneurie.» Le roy lui respondi: «A celui doit-on rendre grace et merci qui est souverain de tous les roys, non mie à toi qui est le plus desloyal de tous les hommes qui vivent, par qui conseil mes villes et mes cités sont arses et gastées; qui sous l'habit de religion ne porte pas l'ordre de prestre nostre Seigneur, mais de félon et de pessime traitour.» Comme l'archevesque se tut pour le mautalent et pour la grant indignation que il avoit des paroles que le roy luy avoit dites, un des autres messages parla en telle manière: «Ton neveu le glorieux roy Childebert demande que tu lui restablisses entièrement tout le royaume que son père tint.» Le roy respondi: «Je cuidoie que je eusse assez suffisament respondu à cette cause: je en respondis à l'autre parlement cela mesme que je en respondrai maintenant. Car je di que je le tieng par les convenances qui jà coururent entre nous, et tous jours le tendrai, si ce n'est par grace ou par amistié457.» Après cestui, parla le troisième message et dist ainsi: «Bon roy, s'il est ainsi que nous ne puissions empétrer nulles des besoignes que nous requerons, une chose voïlliez faire que nostre sire te requiert, que tu lui envoies Frédégonde à prendre vengeance de la mort son père et de son oncle que elle fist occirre.» A ce respondi le roy: «Frédégonde ne vous doit-on pas livrer. Car elle a fils roy et engendré de roy; en sus, je ne cuide mie que elle ait colpé en ce que on lui met sus.»

Note 457:(retour)Si ce n'est par grace ou par amitié. Il falloit dire:A moins que je ne cède en considération de notre amitié. «Nec me ulli cis cessurum, nisi gratia amecitiarum.» (Amoin.)

Après ces paroles Gontran-Boson qui au roy Childebert s'estoit tourné et fust venu avec les messages, se trait vers le roy tout bellement, aussi comme s'il voulust dire aucune chose privéement. Le roy, qui vers lui le vit venir, lui commanda que il se teust, et avant que il peust parler, il lui dist telles paroles ainsi comme par yronie. (Yronie est une figure ainsi comme de barbarime; elle est faite quant on dist aucunes paroles en desdain qui sont contraires à ce que l'on entent)458: «Et vous, sire preudhome, que direz vous,» dit-il, «qui allastes au sépulcre en Jérusalem, et cerchastes tout le règne d'Orient pour ramener un bastard459(ainsi apeloit-il Gondoald), qui nous a nos cités prises et gastées? Tousjours as esté traitre, onques ne tins foi ni loyauté aus choses que tu promis.» Lors lui respondi Boson: «Roi, quant tu sieds en ton trône royal, nul n'ose à toi parler ni contredire chose que tu dies; mais si un autre, qui mon pareil fust, me dist telle vilenie et tel blame comme tu me dis, je le contredirois par mon cors et par mes armes, et le rendrois connoissant de cette fausseté en ta présence.» Tous se turent les autres: mais le roi qui courroucié estoit parla encore et dist: «Tous ceus qui bien veullent se devroient efforcier que ce tiran fust mis à perdition qui de néant est estrait. Car son père fu munier premièrement et après fu tisseran460, et de ces deux mestiers se soustint toute sa vie.» Et bien que un homme puist bien savoir l'art de deux mestiers, l'un des messages dist au roy: «Roy, ne di pas telles paroles; car elles ne sont belles en bouche de roy. En quelle manière puet-ce estre que un seul homme puist avoir deux pères?» De cette parole qui fut simplement dite commencièrent à rire tous ceus qui là estoient. Au congié prendre, parla un des messages et dist: «Roy, nous te commandons à Dieu: et pour ce que tu ne veux recevoir la pais de ton neveu, saches que la cogniée qui tes frères à tués, est toute apareillée pour ton chief coper.» Après ces paroles commanda le roy que on les boutast hors du palais et que l'on cueillist boue et ordure parmi les rues pour geter à leurs visages. Pour ces vilenies qui aux messages furent faites, monta grant haine entre les deux roys.

Note 458:(retour)Cette parenthèse est du traducteur, et le motironiane se trouve même ni dans Aimoin ni dans Grégoire de Tours.--Barbarime. Mot étranger.--Au reste voici la définition de l'académie: «Ironie, figure de rhétorique, par laquelle on dit le contraire de ce qu'on veut faire entendre.» L'académie n'auroit-elle pas bien fait d'ajouter leen dédainde notre texte?

Note 459:(retour)Bastard. «Ballomerem quemdam.» Du Chesne, dans son édition de Grégoire de Tours, l'explique:falsus princeps.

Note 460:(retour)Et après. Le texte d'Aimoin justifie mieux la réponse du messager: «Cujus pater procurator fuit molendinorum regalium, et ut vertus fatcor, lanæ opificio vitam produxit suam.»

461Incidences. En cette année au mois de décembre apparurent ès vignes les bourgeons et les raisins tous formés, et les fleurs ès arbres. Un grant brandon de feu courut à mie-nuit parmi le ciel en si grant abondance, que l'air en resplendi ainsi comme s'il fust cler jour. Une grant colonne de feu fu veue aussi comme si elle pendit du ciel; audessus estoit une estoile. Maints furent en grand soupeçon de ces signes: car la terre trembla, et maintes autres merveilles aparurent: aucuns vouloient dire que ce estoit signe de la mort de Gondoald.

Note 461:(retour)Aimoini lib. III, cap. 60.

462Lienar, qui avoit esté l'un des princes le roy Chilperic à son vivant, vint lors à la royne Frédégonde des parties de Toulouse: encore estoit-elle en l'églyse Nostre-Dame de Paris463. Il lui dist que il s'estoit échapé par fuite, et que sa fille estoit estroitement gardée et en grande povreté de robes et de viandes. Frédégonde qui de telles nouveles fust courrouciée, conçut si grant haine contre lui que elle lui desceignit le baudrier, et lui tolit toute la dignité que le roy Chilperic lui avoit donnée: tous ceus qui du service sa fille se furent partis osta de leurs honneurs, ou elle les tormenta de diverses paines: et pas ne doutoit à faire ces maus, pour la paour de Dieu ni de sa douce mère, en laquelle églyse elle estoit tournée à garant et à refuge. Un pervers compaignon avoit pour les maus que elle faisoit, Audoin avoit nom; pour sa desloiauté et pour sa malice l'eust un jour le peuple occis, s'il ne se fust feru au moustier.

Note 462:(retour)Aimoini lib. III, cap. 62.

Note 463:(retour)En l'églyse Notre-Dame. «In majore ecclesia Parrhisiaca.» (Aimoin.)

464Le roy Gontran commanda que Préteste l'archevesque de Rouan, que le roy Chilperic avoit envoié en essil, fust rapelé: mais pour ce faire fist avant rassambler le concile des prélats, quant Renemon l'évesque de Paris lui dist que il n'estoit pas mestier; pour ce que il n'avoit pas esté dampné par concile. Lors fu rapelé et restabli en son siége.

Note 464:(retour)Aimoin. lib. III, cap. 63.

465Un povre homme s'en vint au roy priveement, et lui dist que il se gardast de Pharulphe qui chamberlenc avoit esté au roy Chilperic; car il savoit certainement que il avoit pris conseil de lui occire. Le roy fist celui venir devant lui et lui demanda si ce estoit voire ou non. Celui-ci nia tout: à tant le laissa aller sans plus faire; mais puis ce jour se fist si bien garder que il n'alloit nule part ni au moustier que il n'eust grant plenté de sa gent armée entour lui. Il envoia Frédégonde en une ville qui est assez près de Rouan pour accomplir le remanant de sa vie. Aucun des barons de France, qui plus avoient esté amis au roy Chilperic son seigneur, allèrent à elle et lui dirent qu'ils estoient apareilliés d'obéir à son enfant Clotaire comme à leur droit seigneur en lieu et en tems. Là demeura Frédégonde; et fu avec elle Melaine qui avoit esté de l'archeveschié de Rouan, quant Préteste fu rapelé.

Note 465:(retour)Aimoin. lib. III, cap. 64.

Frédégonde avoit moult grant duel en son cuer de ce que elle estoit ainsi dégetée et abaissée de la hautesse et de l'honneur en quoi elle souloit estre. Et lui faisoit assez pis ce que elle savoit bien, que Brunehaut estoit plus puissante et plus honorée: pour ce apela un homme qui Holerique avoit nom466, et moult estoit malicieux et desloial: si lui dist que il se pourpensast en toutes les manières comment il pourroit occire Brunehaut. Celui-ci qui de sa dame voulut accomplir la male volonté lui dist que il en penseroit bien: à Brunehaut vint et lui dist que tant estoit Frédégonde diverse et plaine de cruauté, que nul ne pouvoit entour lui durer: et pour ce que il avoit oï parler de la débonnaireté et de la grant courtoisie que elle avoit à toutes gens, estoit-il à elle venu. Tant fist par ses beles paroles que il aquist sa grace en partie; et avenoit aucunes fois, quant elle alloit couchier, que il la pourmenoit jusques à l'huis de sa chambre. Tous ceus de son hostel blandisoit de paroles, l'amour et la bonne volonté avoit de ceus qui ses pareils estoient; aus souverains estoit suget et obéissant. Longuement ne se put pas céler que l'on n'eust de lui soupeçon. Il fut contraint à reconnoistre qui il estoit, et pourquoi il estoit là venu: à la parfin confessa tout le secret de sa première dame; batu fu et tourmenté, puis renvoié à Frédégonde: tout lui raconta ce que il lui estoit avenu: et pour ce que il n'avoit pas accompli son commandement, elle lui fist couper les piés et les mains, en guerredon de son service.

Note 466:(retour)Qui Holerique avoit nom. Voilà l'une des fortes erreurs de notre traducteur. «Clericum quemdam fallendi dolis instructum ad eam dirigit.» Il falloit donc:Elle appela un certain clerc qui moult, etc. Au reste la bévue appartient à l'un des copistes d'Aimoin, suivi dans l'édition de 1567. On y trouve en effet:Olericum quemdam.

467Le roy Gontran alla en la cité de Chalons; là enquist et demanda au plus diligement que il put, par qui le roy Chilperic avoit esté occis. De par Frédégonde lui fu dit que Eberulphe qui estoit maistre chamberlenc du palais avoit esté capitaine et principal du fait. Pour ce l'accusa que il l'avoit lessiée, et que il ne vouloit demeurer avec elle. Le roy qui trop fu courroucié, jura que il ne destruiroit pas lui tant seulement, mais toute sa génération, pour ce que les autres se chastiassent468à l'exemple de lui, et que nul ne fust jamais si osé que il occist roy de France. Ce Eberulphe qui moult fu espouventé des menaces le roy s'enfui à garant au moustier Saint-Martin de Tours. Le roy quant il le sut, fist commander aus Orlénois et aux Blésois que ils gardassent le moustier chacun à son tour, en telle manière que il n'en peust eschapper de nulle part. Comme ils alloient ainsi et venoient, ils faisoient moult de dommages en leurs voies et prenoient et ravissoient tout ce qu'ils pouvoient bailler: dont il avint que deux de cette gent ravirent mules qui estoient de la maison de l'églyse Saint-Martin. Ils tournèrent à la maison d'un vilain pour demander à boire, et il leur dist que il n'avoit de quoi eus aaisier. L'un sailli avant pour lui férir; mais le vilain s'avança et le féri tellement d'un glaive qu'il l'occist. L'autre qui son compaignon vit mort s'enfuit, et eut si grant paour que il laissa les mules saint Martin que ils avoient ravies. Le roy donna tout l'avoir et tout le meuble d'Eberulphe, qui moult estoit grant. Une maison avoit en la cité de Tours, que il fist craventer et abatre, si que il n'i demeura que les parois toutes nues. Eberulphe avoit soupeçonneux l'archevesque Grigoire et cuidoit que le roy lui feist tout ce par son commandement: pour ce le menaçoit fortement, et disoit que si il povoit jamais recouvrer la grâce le roy, il lui mériroit ceste bonté469: mais le saint homme estoit plus esmu en pitié et en compassion des griefs que on lui faisoit, que il n'estoit de mautalent vers lui, pour les vilenies que il lui disoit. Hors de l'églyse n'osoit issir; en une des parties du moustier demeuroit ainsi comme en un parloir; les chapelains et ceus qui le moustier gardoient fermèrent les portes. Un huis avoit en cette part où il estoit, qui pas ne fu fermé: par là entrèrent léans enfans et pucelles et un autre qui renverchièrent tous les ornemens de l'églyse: quant les gardes les aperçurent, ils les boutèrent hors et fermèrent cet huis. L'évesque et les clers se levèrent entour mie-nuit pour chanter Matines, et pour faire le service nostre Seigneur. Eberulphe fist grant noise et grant tempeste par léans, et tant leur dist de vilenies que il convint que ils laissassent le service Dieu à faire. Il prist un clerc, comme homme qui ivre estoit, et l'estendi sur un ban, puis le bati tant que presque il le tua, pour ce que il ne lui voloit donner du vin. Mains autres bati et féri jusques au sang en l'âtre et au moustier monseigneur saint Martin. Et ne douloit pas à faire tel cas et telles violences en l'églyse saint Martin, en laquelle protection il s'estoit mis, et à qui aide il requérait chacun jour.

Note 467:(retour)Aimoin. lib, III, cap. 65.

Note 468:(retour)Se chastiassent. Se corrigeassent.

Note 469:(retour)Il lui mériroit cette bonté. Il lui vaudroit cette bonne volonté.

Saint Grigoire l'archevesque vit une nuit une avision en dormant, que il raconta lendemain à Eberulphe. Il lui sembloit que il estoit à l'autel saint Martin, et célébrait le précieux sacrement du corps et du sang nostre Seigneur; en ce point, le roy Gontran entroit en l'églyse et commandoit à sa gent que ils prissent Eberulphe, qui s'estoit attaché à la paile de l'autel, et que ils le sachassent hors du moustier à force: il laissoit son office à faire, et se mettoit au devant du roy et le tenoit que il n'aprochast de lui: mais celui-ci laissoit la paile, et fuyoit çà et là en grant doutance. L'archevesque qui moult estoit dolent, lui faisoit signe que il se tenist à la paile de l'autel. En ce point s'esveilla saint Grigoire. Quant il eut cette avision racontée, Eberulphe lui respondi que sa pensée s'accordoit bien à ce songe. Lors lui demanda saint Grigoire de son propos et que il tendoit à faire: «Je bee», fait-il, «si le roy Gontran me voloit sachier de ce moustier à force, à tenir la paile de cet autel à l'une main, et à l'autre occire toi et tous tes clers.» En ce entendi bien saint Grigoire que il avoit le deable au corps qui ce lui faisoit dire; ne demeura pas longuement que la chose commença ainsi comme l'archevesque l'avoit veue en révélacion. Car le roy fit querre un homme qui par son art et par sa malice fist tant, que il le traisist du moustier, et l'amenast lié ou que il l'occist. Un tel homme, qui avoit nom Claudie, se pouroffri au roy, et lui dit que il avoit trouvé un bon procureour de telle besoigne. Le roy lui promit grant loier, s'il povoit ce faire. A tant s'en parti et vint à Eberulphe, et lui jura par Dieu et par ses saints que il ne trouveroit nului qui mieus lui pust ni vousist aider vers le roy que il feroit. Le malicieus pensoit bien que il ne le povoit en nule manière mieus decevoir que par son faus serment: celui-ci le crut et cuida que il dist voir, pour le serment que il lui avoit fait. Eberulphe le semont lendemain à mangier avec lui; après mangier s'allèrent esbattre parmi l'astre du moustier. Claudie le commença fortement à blandir de paroles et à promettre par serment son amour et tout ce que il porroit faire; et puis lui dit si l'on péust trouver de très bon vin que volentiers en bust. Eberulphe lui dit que volentiers lui en donneroit de très bon, mais que il attendist que il fust aporté de son hostel. Tous ses serjans envoya querre de ce bon vin, si que il demeura tout seul de sa mesnie. Quant Claudie le vit tout seul, il tendi ses mains vers la chasse de monseigneur saint Martin et dit ainsi: «Saint Martin bon confesseur nostre Seigneur, je te prie que je puisse encore veoir ma femme et mon fils.» Après ces paroles il sacha l'espée et courut à celui sus: l'un de ses serjans, qui ces paroles entendi, sailli avant, il embraça Eberulphe si navré comme il estoit, et le geta tout envers. Claudie, qui l'espée tint toute nue, lui tresperça les costés: les autres serjans Claudie saillirent de toutes pars, tant lui getèrent de coups d'espée et de javelots que ils l'occirent en la place. Claudie qui en lui mesme se senti coupable de la très grande traïson que il avoit faite, s'enfui en la celle d'un abbé: blécié estoit au costé et avoit un des pouces perdu; à l'abbé pria que il le reçust en aucune repostaille470lui et ses serjans. Quant la mesnie Eberulphe furent retournés, et ils l'eurent trouvé occis, ils coururent après Claudie; la maison de l'abbé qui l'avoit receté environnèrent de toutes pars; bien apareillés de toutes armures estoient, glaives et javelots lançoient parmi les fenestres; deus clers, qui l'huis ouvrirent, sachièrent hors l'abbé à grande peine. Ceus qui par dehors estoient se férirent ens, quant ils virent l'huis ouvert: Claudie cerchièrent tant qu'ils le trouvèrent dessous un lit; lui et tous les serjans occirent, puis sachièrent les corps hors de la maison. Leurs parens et leurs amis les recueillirent et les mirent en sépulture. Les povres et les contrets471, qui assiduement seoient aus portes de l'églyse, furent si courouciés de l'homicide qui avoit esté fait en l'âtre, que ils allèrent après, au mieux qu'ils purent à bastons et à pierres, pour la honte du corps saint vengier. Le roy Gontran fu premièrement moult courroucié de cette chose, jusques à tant que il eust la vérité sçeue. Ceus à qui le roy avoit donné les possessions et les meubles Eberulphe, ravirent premièrement tout et prirent si rez à rez, que ils laissièrent sa femme à grande pouvreté.

Note 470:(retour)Repostaille. Lieu retiré. Cachette.

Note 471:(retour)Contrets. Les contrefaits.

472En l'an vingt-quatriesme du règne Gontran et disiesme du règne Childebert, le roy Gontran assembla son ost de toutes les cités de son royaume, et vint contre Gondoald. Ceus d'Orlénois et ceus de Bourges allèrent sur ceus de Poitiers, qui jà s'estoient soustraits de la feauté le roy; tant les contraindrent que par force les firent venir à obédience ainsi comme ils estoient devant. Moult estoient esmus contre l'évesque de la cité et entalentés de lui faire vilenie: mais il leur donna un calice d'or qui estoit en l'églyse, et par ce délivra soi mesme d'exil et le peuple de chetivoison473.

Note 472:(retour)Aimoini lib. III, cap. 66.

Note 473:(retour)Chetivoison. Captivité.

474En ce point venoit Gondoald de Poitiers; mais quant il sut que l'ost le roy Gontran estoit là, il retourna à Angolesme; là le reçurent honorablement l'évesque et les barons. Quant il les eut merciés, il s'en retourna vers la cité de Perrigort, et pour ce que l'évesque ne le reçut pas en grace ni en faveur, comme il lui sembla, il le frappa assez vileinement et lui fit assez de persécucions. De là s'en alla vers Tholouse; mais avant envoya aucuns de ses chevaliers, et manda à l'évesque que il lui venist à l'encontre. L'évesque, qui Manulphe eut nom, assambla le peuple de la cité et les amonesta tant comme il put, que ils se tenissent vigoureusement contre lui, que ils ne rechaïssent par avanture en telle subjection comme ils souffrirent jà dessous Sigulphe475. Puis leur dit que bien leur devoit souvenir du duc de la cité Desier, que trop de mal souffrirent sous lui, quant il les requit de telle chose. Par telles paroles les enortoit à contester; mais la peur de l'ost qui sur eus venoit les admonesta des portes ouvrir; ainsi reçurent donques Gondoald en la cité. L'évesque, qui avec lui mangea, commença à parler à lui en telle manière: «Bien que tu affirmes que tu soies fils le roy Clotaire, et que tu dies que tu dois avoir le royaume, trop nous semble forte chose à parfaire ce que tu as encommencié.» Gondoald lui respondi: «Je dis que je suis fils Clotaire, et que je ai jà une partie du royaume conquis, si comme il appert: quant je aurai la cité de Paris prise, je establirai là le siège de mon royaume».--«Jà», dit l'évesque, «si Dieu plaist, ce n'accompliras, ni ce que tu dis n'adviendra tant comme il y aura hoir de royale ligniée.» Quant l'évesque eut ce dit, Mummole le féri de la paume parmi la face et puis lui dit: «Mauvais évesque! n'as-tu pas honte de parler si outrageusement à nostre seigneur le roy Gondoald?» Quant le duc Desier sut que il avoit amonesté le peuple contre lui, il le fit battre de bastons et de poings, les choses de l'églyse ravit et saisit, une corde lui lacha au col, puis l'envoya en exil.

Note 474:(retour)Aimoini lib. III, cap. 67.

Note 475:(retour)Voy. ci-dessus,lib. III, cap. 3.

Les François, qui devant estoient esmus contre Gondoald, vindrent jusques à un fleuve qui est apelé Dordogne, là attendirent pour savoir s'ils oiroient de lui nule nouvelle. A lui s'estoit accompagnié Galdon le chamberlenc Rigonde fille le roy Chilperic, le duc Desier, Mummole et Bladaste et Sagilaire, à qui il avoit promis l'éveschié de Thoulouse: tous ceus estoient ses très privés; tout estoit ordoné et fait par leur conseil. Lors envoya Gondoald à ses amis qui demeuroient en la souveraine France476, (ce sont les parties qui sont de la cité de Rhains jusques à la cité de Mets), deus épitres leur envoya par deus clers, desquels un qui estoit né de la cité de Cahours prit les lettres que il portoit et les mit en parfont ès tabliaus d'une table de fust477; puis le couvri de cire pardessus pour ce qu'elles ne fussent trouvées, qui cerchier les vousist: mais cette cautèle lui valut peu; car les gens le roy Gontran prirent lui et son compaignon; toute la cause de leur voie reconnurent; puis furent mis en prison.

Note 476:(retour)«In superiori Francia.» (Aimoin.) La parenthèse explicative est le fait du traducteur.

Note 477:(retour)«Ligneam quam ferebat cavans tabulam.» (Aimoin.) C'est-à-dire:Creusant une tablette de bois qu'il portoit. «Cavata codicis tabula.....» (Grégoire de Tours.) C'est-a-dire:Ayant creusé la couverture d'un livre.

A la cité de Bordiaus vint Gondoald; l'archevesque Bertrau le reçu moult volentiers; là demeura ne sais combien de jours. A l'archevesque Bertran demanda une heure478par quelle chose il seroit si seur que il ne peust estre surmonté de ses ennemis. Un de ses familiers lui respondi que un roy d'Orient avoit eu plusieurs fois victoire de ses ennemis, tant comme il portoit les reliques de saint Serge le martyr liées sur son bras. Lors demanda qui avoit les reliques de ce saint martyr: l'archevesque Bertran lui respondi que un marcheant d'Orient demeuroit en la ville, qui avoit nom Eufrone, et avoit de là ces reliques aportées; une églyse avoit faite en sa maison, en quoi il les gardoit en grant révérence: et entre les autres miracles que nostre Sire fit pour le martyr, en fist-il un qui bien fait à ramembrer: car la cité ardi479et cette chapelle n'eut garde480. L'archevesque et le duc Mummole furent là envoyés pour les reliques querir; au marcheant dirent que ils estoient la envoyés de par le roy Gondoald pour les reliques querir de saint Serge le martyr que il avoit en garde. Eufrone le marcheant leur respondi: «Seigneurs, je vous prie que vous ne me traveilliez, moi qui suis vieus et desbrisié, et que vous ne fassiez au saint force ni vilenie; je vous donerai cent besans d'or, si vous souffrez de cette chose481.» Ils lui respondirent s'il leur en donnoit deus cens que ne s'en soufferroient-ils pas. L'archevesque regarda amont482, si vit une filatière483qui pendoit à la parois: maintenant fit drecier une eschièle amont; et commanda à son diacre que il montast pour ataindre les reliques. Quant il fu monté, une si grande peur le prit que ceus qui à terre estoient, cuidèrent que il chaïst jus. Toutes-voies prit la filatière, la tendit à Mummole qui la reçut comme présumpcieux; le vaissel ouvri à son coutel et départi les reliques en trois parties. Le saint martyr monstra lors un petit de ses vertus; car une peur prit à ceus qui là estoient si très grant, que ils furent merveilleusement espoventés: les reliques saillirent en loin d'eus, et se perdirent si que nul ne les put voir. Tous se couchièrent en oroisons et commencièrent à pleurer, mesmement Eufrone le vieillard qui moult se doloit de son domage, et de ce qu'il estoit despoillié de si précieux trésor. Soudainement aparurent les reliques delez eus; Mummole en prit une partie, et ils s'en tornèrent à tant. Le martyr monstra bien que ce que ils avoient fait ne lui plaisoit pas, car il ne voulut onques secourir ni aider celui par lequel commandement ses reliques avoient esté ostées. Ces mesmes messages envoya Gondoald au roy Gontran; il leur commanda que ils portassent rameaus d'olive484selon l'ancienne coustume de France, pour ce que tous sussent que messages fussent et que on ne leur fist nulle vilennie; mais ils ne se contindrent pas si sagement que mestier leur fust. Car ils racontèrent au peuple la cause de leur voie, avant que ils fussent au roy présentés485. Quant devant lui furent venus, il leur demanda qui ils estoient et qui les avoit envoyés à lui; leur besoigne racontèrent tout ordenéement, que message estoient leur seigneur Gondoald, fils le roy Clotaire, si comme il disoit, lequel lui mandoit que il lui délivrast sa partie de la terre son père, et si ce ne voloit faire hastivement, bien seust-il que il entreront en la terre à grande force, gasteroit le païs et saisiroit les cités et les chastiaus. Car en brief tems auroit grandes osts assemblées; et sans le peuple d'Aquitaine, qui à lui se tenoit, atendoit-il grant secours du règne d'Austrie486et des plus puissans barons du royaume Childebert. Ainsi respondirent les messages à la première demande que le roy leur fit. Lors commanda que ils fussent estendus ainsi comme sur chevaus de fust487, et battus longuement. Ce commandement bien fu fait contre raison et contre la franchise de légacion. Car messages ne doivent avoir mal ni mal oïr. Puis reconnurent que Rigonde la fille au roy Chilperic, et Manulphe l'évesque de Thoulouse estoient envoies en exil488. Lors commanda le roy que ils fussent mis en prison et gardés jusques à l'autre audience.

Note 478:(retour)Une heure. Un certain jour.

Note 479:(retour)Ardi. Brûla.

Note 480:(retour)N'eut garde. N'eut atteinte.--Dans Aimoin, c'est toujours l'archevêque qui parle.

Note 481:(retour)Si vous souffrez de. Si vous vous abstenez.

Note 482:(retour)Amont. En haut.

Note 483:(retour)Filatière. Chasse. Coffret

Note 484:(retour)Rameaus d'olive. «Virgas ferre sacratas,» ou «consecratas,» disent Aimoin et Grégoire de Tours.

Note 485:(retour)Le texte d'Aimoin et surtout celui de Grégoire de Tours sont ici mal rendus. Ce dernier dit: «Itaque vincti catenis, in regis præsentiam deducuntur. Tunc.... negare non ausi,» etc.

Note 486:(retour)Austrie. Austrasie.

Note 487:(retour)Chevaus de fust. «Ad trocleas extensi.» (Aimoin.) La troclée etoit une espèce de roue sur laquelle on lioit de cordes ceux qu'on vouloit tourmenter. Il en est fréquemment parlé dans les actes des martyrs.

Note 488:(retour)Le traducteur ici rend exactement le texte d'Aimoin; mais Aimoin n'avoit pas exactement lu le texte de Grégoire de Tours. Il falloit: «Ils reconnurent que Rigonde la lille au roy Chilperic, exilée ainsi que l'éveque de Toulouse Manulphe, avoit rendu à Gondoald les trésors qu'on lui avoit ravis.» «Aiunt neptem illius, id est regis Chilperici filiam, cum Magnulfo exillo deputatam, thesauros omnes ab ipso Gondobaldo sublatos reddidisse.» (Greg. Tur.,lib. VII, cap. 32.) Au reste, ce passage de Grégoire de Tours est peut-être corrompu lui-même, et il sembleroit plus naturel de suivre le sens que va lui donner Aimoin dans le chapitre suivant.


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