CXI.

Coment le roy Charles six fu couronné.

L'an de grace mil trois cent quatre-vins devant dit, fu ledit roy Charles nommé sixiesme couronné à Rains, le dimanche quatriesme jour de novembre, en la fin de son douziesme an. Et le dimanche ensuivant, onziesme jour dudit mois, il retourna et entra à Paris à grant solempnité si comme il appartenoit. Et fu la ville encourtinée, et furent joustes faites au palais, le lundi et le mardi, des chevaliers et escuiers qui y estoient.

Le mercredi ensuivant quatorziesme jour dudit mois de novembre, les gens d'églyse, nobles et des bonnes villes qui avoient esté mandés à Paris de par le roy furent assemblés au palais en la chambre de parlement. Et là, en la présence du roy, de ses quatre oncles ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgoigne et de Bourbon, et de pluseurs autres de son sanc, fu proposé par l'evesque de Beauvais, lors chancelier de France, coment le roy avoit nécessité d'avoir aide de son peuple, tant pour sa guerre comme pour son estat maintenir ; et leur fu requis que sur ce il eussent advis et respondissent tant qu'il deust estre agréable au roy.

Et le jeudi ensuivant, par un esmouvement d'aucuns de Paris qui alèrent au palais, là où le roy et lesdis ducs estoient, pour ce requérir, furent abattus tous ces aydes qui avoient cours au païs et au royaume pour le fait des guerres.

Audit mois de novembre, le conte de Flandres, qui estoit à siège devant Gand, leva le siège et s'en ala demourer à Bruges.

Coment les juifs furent pilliés.

Le jour de jeudi qui fu quinziesme jour dudit mois, pluseurs nobles et populaires alèrent en la juierie de Paris et rompirent les huis desdis juifs et leur huches, et prisrent tous leur biens, tant lettres[378]comme autres choses. Et aussi furent pris pluseurs corps des juifs et leur femmes et enfans, et les amenoit chascun là où bon luy sembloit. Toutes voies, par l'ordenance du roy et de ses oncles, fu crié par Paris que tous ceux qui avoient aucune chose desdis juifs, fust corps ou biens, le rapportassent pardevers le prévost de Paris. Si furent le corps desdis juifs ramenés en Chastellet de Paris et aucuns autres des biens ; mais ce fu pou.

[378]Lettres. Billets à ordre et lettres de change.

[378]Lettres. Billets à ordre et lettres de change.

En ce temps, furent continués les traictiés qui avoient esté commenciés dès le vivant du roy et de Jehan de Montfort. Et fu conclu sur iceux la seconde semaine de janvier. Et tousjours durant le temps dessusdit, messire Thomas, fils du roy d'Angleterre, et les Anglois qui avecques luy avoient passé au royaume de France et par iceluy avoient chevauchié demourèrent tousjours audit païs de Bretaigne, et se tindrent longuement à siège devant Nantes qui se tenoit pour le roy de France. Mais finablement il s'en partirent sans y aucune chose prouffiter, et y mourut grant foison de leur gens et de leur chevaux. Et s'en alèrent aucuns et en menèrent grant foison de malades[379]en Angleterre, et les autres demourèrent encore audit païs de Bretaigne[380].

[379]Malades. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions imprimées portent :Prisonniers; et plusieurs manuscrits :Biens. J'ai préféré la leçon des manuscrits qui, ayant commencé par le texte des chroniques de Nangis, ont fondu leurs continuations dans celui desChroniques de Saint-Denis.

[379]Malades. Au lieu de ce mot et des suivans, les éditions imprimées portent :Prisonniers; et plusieurs manuscrits :Biens. J'ai préféré la leçon des manuscrits qui, ayant commencé par le texte des chroniques de Nangis, ont fondu leurs continuations dans celui desChroniques de Saint-Denis.

[380]C'est à ce point que s'arrêtent véritablement lesChroniques de Saint-Denis. Cependant, comme les continuations de Nangis dont je viens de parler ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les chroniques imprimées de Charles VI, on me saura gré de clore comme elles le récit de nos chroniques par les pages suivantes qui m'ont paru précieuses (Voy. msc. 9622 et 8298-3).

[380]C'est à ce point que s'arrêtent véritablement lesChroniques de Saint-Denis. Cependant, comme les continuations de Nangis dont je viens de parler ajoutent ici quelque chose que l'on ne retrouve pas dans les chroniques imprimées de Charles VI, on me saura gré de clore comme elles le récit de nos chroniques par les pages suivantes qui m'ont paru précieuses (Voy. msc. 9622 et 8298-3).

Item, audit an mil trois cent quatre-vint, messire Hugues Aubriot chevalier, lors prévost de Paris, fu cité et appellé pardevant l'evesque de Paris et pardevant un Jacobin appellé frère Jaques de Morey, lors inquisiteur sur les hérétiques, au lundi vint-uniesme jour du mois de janvier l'an dessusdit. Et pour ce que ledit prévost ne comparut à ladite journée devant les dessus nommés, fu tenu pour contumax : et pour ladite contumace excommenié, dénoncié et publié par toutes les églyses de Paris chascun jour à la messe et à vespres. Et pour ce que ledit prévost doubtoit la vilenie que l'en luy faisoit chascun jour par la manière dessusdite, il comparut pardevant ledit evesque et inquisiteur, le premier jour de février après ensuivant. Et fu détenu prisonnier ès prisons dudit evesque de Paris et mis en procès ; et fu absols de l'excommeniement dessus dit, et son absolucion publiée par la manière que l'excommeniement avoit esté. Si fu proposé contre luy (par le procureur de l'université de Paris qui se fist partie contre luy[381]), qu'il avoit dites pluseurs paroles contre nostre foy. Entre lesquelles il devoit avoir dit à un sergent lequel n'estoit pas venu à son mandement sitost que enchargié luy avoit esté, et ledit prévost l'en reprenoit, lequel sergent se excusa en disant qu'il estoit demouré en l'églyse pour veoir Dieu : « Ribault, scès-tu pas bien que j'ay plus grant puissance de toy nuire que Dieu n'a de toy aidier? » Aussi devoit avoir dit aultre fois ledit prévost à un homme qui disoit qu'il véissent Dieu de la messe que chantoit lors un evesque de Constances appellé messire Sevestre de la Cervelle[382], qu'il n'attendroit jà pour celle cause, et que Dieu ne se laisseroit point manier par un tel homme comme estoit ledit evesque. Oultre fu proposé contre ledit prévost qu'il avoit délivré de Chastellet de son auctorité un prisonnier mis au Chastellet à la requeste dudit inquisiteur pour fait de hérésie. Oultre, fu encore proposé contre luy que après ce que les juifs de Paris orent esté dénonciés par la manière que dessus est dit, le vint-cinquiesme jour de novembre précédent, pluseurs petis enfans desdis juifs furent pris par pluseurs chrestiens lesquels les fist chrestienner ; et ledit prévost contraignit lesdis chrestiens à luy rendre lesdis enfans[383]. Et après ce qu'il luy orent ainsi esté rendus, les rendi à leur pères et à leur mères juifs. Et pluseurs autres choses furent proposées contre ledit prévost ; auxquelles il respondi par sa bouche. Et se fist procès contre luy. Et luy tousjours demourant prévost de Paris, demoura en prison fermée en la cour dudit evesque jusques au vendredi dix-septiesme jour de may mil trois cens quatre-vint-et-un. A laquelle journée fu ledit prévost mis sur un eschaffaut qui pour celle cause avoit esté fait emprès l'Hostel-Dieu de Paris, devant le parvis Nostre-Dame. Sur lequel eschaffaut furent assis lesdis evesque et inquisiteur et pluseurs autres. Et là prescha ledit evesque, et furent leus lesdis articles et pluseurs autres devant grant peuple qui là estoit assemblé pour ceste cause. Et là rappela ledit prévost tout ce qu'il avoit fait et dit. Si luy fu par ledit evesque enjoint pénitence de demourer perpétuelment en prison. Et pour celle cause fu mené chiés ledit evesque et mis en la tour en prison fermée. Et jusques alors demoura tousjours prévost de Paris, nonobstant qu'il fust tousjours en prison fermée chiés ledit evesque comme dessus est dit : mais tantost celle journée passée en fu ordené un aultre.

[381]Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622.

[381]Les mots de parenthèse ne sont pas dans le manuscrit 9622.

[382]Sevestre de la Cervelle. Mort en septembre 1386. LaGallia Christianaqui nous donne cette date, tomeXI, p. 887, ne dit rien de la mauvaise réputation de ce prélat.

[382]Sevestre de la Cervelle. Mort en septembre 1386. LaGallia Christianaqui nous donne cette date, tomeXI, p. 887, ne dit rien de la mauvaise réputation de ce prélat.

[383]Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues Aubriot. Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de l'Université.

[383]Ce dernier crime ou plutôt ce grand acte de courage n'étoit pas le véritable motif de la haine que tant de gens portoient à Hugues Aubriot. Il expioit sa sévérité à l'égard des suppôts de l'Université.

[384]Item, en celuy temps, le traictié qui avoit esté commencié dès le vivant du roy Charles pour le fait de messire Jehan de Montfort fu remis sus et fait et parfait ; par lequel traictié la duchié de Bretaigne luy fu rendue, lequel avoit esté déclairé par arrest prononcié en la présence du roy et des pairs confisqué et acquis au roy. Et furent envoyés de par le roy certains commissaires en Bretaigne, pour luy faire baillier et délivrer les forteresses qui estoient tenues de par le roy. Et pour ce que par ledit traictié et aussi par raison ledit duc de Bretaigne devoit faire hommage au roy tant de la duchié de Bretaigne comme de la conté de Montfort, iceluy duc pour celle cause ala à Compiègne là où le roy estoit, et là en la présence des ducs d'Anjou, de Bourgoigne et de Bourbon, oncles du roy et de pluseurs autres grans seigneurs le vint-septiesme jour de septembre mil trois cent quatre-vint et un, fist hommage au roy des duchié de Bretaigne et conté de Montfort.

[384]La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte authentique qui précède.

[384]La première phrase de cet alinéa a été reproduite dans le texte authentique qui précède.

Item, en celle saison fu ordené le duc de Berry lieutenant pour le roy en Languedoc. Et jasoit ce que ce fust au desplaisir des communes du païs et aussi du conte de Foix, toutes voies y ala-il et trouva grans désobéissances en pluseurs villes du Languedoc, et par espécial à Narbonne, à Nismes, à Besiers et aussi à Thoulouse. Et furent sur le point de combattre ensemble, luy et le conte de Foix. Mais certain traictié fu fait entre eux par lequel la bataille demoura. Et pour ladite désobéissance que ledit duc de Berry avoit trouvée au païs, fu advisé et conseillié qu'il estoit bon que le roy y alast en personne pour réformer et mettre à point le païs. Toutes voies, pour les empeschemens qui survindrent en France, il n'y ala point à celle fois.

Item, en ce temps, le duc d'Anjou qui autrefois avoit eu nouvelles que la royne Jehanne de Naples, laquelle n'avoit aucuns enfans, le vouloit adopter en fils et faire son héritier tant du royaume de Naples comme de la conté de Provence, et ot encores nouvelles pour le temps, et vindrent par devers luy certains messaiges de par elle pour celle cause : et, pour ce, en ot pluseurs conseulx et délibéracions, tant en la présence du roy comme en son absence ; et finablement, luy fu conseillié tant par les seigneurs de son sanc comme par tous les saiges qui furent en son conseil qu'il entreprist le voyage, à aler par devers ladite royne si comme elle luy avoit fait assavoir. Si commença lors à faire son ordenance pour y aler. Mais assés tost après, luy vindrent nouvelles certaines que messire Charles de Duras, aultrement nommé messire Charles de la Paix, nepveu de ladite royne de Naples, estoit venu au royaume de Naples, et avoit eu grant confort de ceux du païs et par espécial de ceux de ladite ville de Naples. Et avoit prinse ladite royne et emprisonnée, et aussi avoit prins en une bataille le mary de ladite royne appellé messire Othes de Breswigh[385]; et s'estoit ledit messire Charles fait couronner en roy dudit royaume de Naples du consentement et volonté de Berthelemi qui se portoit pour pape à Rome et se nommoit Urbain. Et pour ces nouvelles, ledit duc d'Anjou rompit l'entreprise qu'il avoit faite d'aler au païs. Et assés tost après, pape Clément qui estoit en Avignon envoya certains messages solempnels par devers ledit duc d'Anjou qui estoit avec le roy en France, et luy fist requérir par sesdis messaiges coment il voulsist remettre sus son voyage et l'entreprendre, et il luy feroit grant aide. Si eust ledit duc d'Anjou advis et délibéracion avec le roy, avec les seigneurs de son sanc qui estoient à la cour et avec pluseurs sages tant prélas comme autres sur ce qu'il avoit à faire de ce que le pape luy avoit mandé[386].

[385]Breswigh. Brunswick.

[385]Breswigh. Brunswick.

[386]Le manuscrit 9622 conclut par les mots :Et finablementqui devoient être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre côté cette édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un manuscrit du Fonds latin, coté no4641.-B, fo150 ; elle est relative au jugement de Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes dans lesquelles chaque stance finit par un proverbe.

[386]Le manuscrit 9622 conclut par les mots :Et finablementqui devoient être les premiers d'une autre phrase. Terminons de notre côté cette édition par une chanson assez curieuse renfermée dans un manuscrit du Fonds latin, coté no4641.-B, fo150 ; elle est relative au jugement de Hugues Aubriot. C'est l'une de ces pièces anciennes dans lesquelles chaque stance finit par un proverbe.

Cy s'ensuit un dit rimé qui fu fait pour un prévost de Paris nommé Hugues Aubriot, lequel ot moult de fortunes en la fin de ses jours. Et de chascun article[387]escrit est au derrain un vers qui fait un notable.

[387]Article. Couplet. —Notable. Proverbe.

[387]Article. Couplet. —Notable. Proverbe.

Hugue Aubriot bien me recorsQuant fus prévost premièrement,Que j'oïs à cris et à corsDire de ton avenement :« Bien viengne par qui haultement» Dès or justice regnera,»Or est venu qui l'aimera!»Lors les drois garder tu jurasDu roy et d'université,Et puis après asséurasMaintenir ceux de la cité.Or n'as pas tenu vérité ;Car chascun de toy se démente.Trop tost se vente qui aulx plante.Ce fu très bon commencement :Sé amés éusses prudence,Ne t'y tenis pas longuementPar ta fole oultrecuidanceQui ores te met en balanceDe fenir ta vie à grant honte.Cil prent mal coup qui trop hault monte.Quant en hault degré te véisDe tout te voulus entremettre,Et trop d'ordenances féisSur femmes[388]et gens saichans lettres,Pour ce, en prison t'ont fait metreCome raison les y contraint.Qui trop embrasse pou estraint.

Hugue Aubriot bien me recors

Quant fus prévost premièrement,

Que j'oïs à cris et à cors

Dire de ton avenement :

« Bien viengne par qui haultement

» Dès or justice regnera,

»Or est venu qui l'aimera!»

Lors les drois garder tu juras

Du roy et d'université,

Et puis après asséuras

Maintenir ceux de la cité.

Or n'as pas tenu vérité ;

Car chascun de toy se démente.

Trop tost se vente qui aulx plante.

Ce fu très bon commencement :

Sé amés éusses prudence,

Ne t'y tenis pas longuement

Par ta fole oultrecuidance

Qui ores te met en balance

De fenir ta vie à grant honte.

Cil prent mal coup qui trop hault monte.

Quant en hault degré te véis

De tout te voulus entremettre,

Et trop d'ordenances féis

Sur femmes[388]et gens saichans lettres,

Pour ce, en prison t'ont fait metre

Come raison les y contraint.

Qui trop embrasse pou estraint.

[388]Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances contre les prostituées. Il les avoit proscrites de la plupart des rues de Paris.

[388]Sous la date de 1367, Aubriot avoit rendu de sévères ordonnances contre les prostituées. Il les avoit proscrites de la plupart des rues de Paris.

Tant com le grant Charle a vescuTu t'es porté trop fièrement,En tous cas estoit ton escu,Or va maintenant aultrement ;Car par ton fol desvoiementAucun ne t'aime né ne prise.Tant va le pot à l'eau qu'il brise.Par Paris aler tu souloiesSur mule et frison d'Allemaigne ;Gras coursiers, gros roussins avoiesEt tes sergens à la douzaine ;Or n'y a nul qui ne se paineToy grever festes et dimenches :Bon fait bas voler pour les branches.Tu souloies emprisonnerLes gens, or es emprisonnés ;Riens ne vouloies pardonner ;Ne sçay sé riens t'iert pardonnés.De rigueur fus abandonnésContre chascun plus qu'à sa coulpe.Bien dois avoir d'autel pain soupe.Je vis ta chambre bien paréeDe riches dras moult noblement,Et ta maison bien painturéeEt hault et bas communelment ;Mais tu es logiés autrementEt as petite compaignie :Hélas! au dessoubs est qui prie.Courouciés es de tes oiseauxQu'oïr ne pues chanter, en caige ;Mais bien pues faire les appeaulxPour chanter en ton géolaige ;Tu as perdu ton poil volaigePar trop estre à vent et à pluie,Et dist-l'en :Beau chanter ennuye.Je ne voy par nulle manièreComent tu puisses eschapper ;Car cil qui puissance a plenièreMieulx ne t'en pourroit destrapper.Bien a esté fait toy happerPour justicier et mettre en cendre,En la fin fault-il rendre ou pendre.Tu t'es mellés en toute guise,Par ton barat particulier,De descort mettre par l'églyseEncontre le bras séculier.En mauvaistié es singulierDe ton ventre nuls biens n'en vist,Tant gratte chievre que mal gist.A Petit-Pont as ordenéFaire un chastelet fort et rude ;Et aux chartres les as donnéLes noms des rues de l'Estude[389];Tu y seras mis, bien le cuide ;Car chascun dist que bien avient,Tant crie-l'en Noël qu'il vient.

Tant com le grant Charle a vescu

Tu t'es porté trop fièrement,

En tous cas estoit ton escu,

Or va maintenant aultrement ;

Car par ton fol desvoiement

Aucun ne t'aime né ne prise.

Tant va le pot à l'eau qu'il brise.

Par Paris aler tu souloies

Sur mule et frison d'Allemaigne ;

Gras coursiers, gros roussins avoies

Et tes sergens à la douzaine ;

Or n'y a nul qui ne se paine

Toy grever festes et dimenches :

Bon fait bas voler pour les branches.

Tu souloies emprisonner

Les gens, or es emprisonnés ;

Riens ne vouloies pardonner ;

Ne sçay sé riens t'iert pardonnés.

De rigueur fus abandonnés

Contre chascun plus qu'à sa coulpe.

Bien dois avoir d'autel pain soupe.

Je vis ta chambre bien parée

De riches dras moult noblement,

Et ta maison bien painturée

Et hault et bas communelment ;

Mais tu es logiés autrement

Et as petite compaignie :

Hélas! au dessoubs est qui prie.

Courouciés es de tes oiseaux

Qu'oïr ne pues chanter, en caige ;

Mais bien pues faire les appeaulx

Pour chanter en ton géolaige ;

Tu as perdu ton poil volaige

Par trop estre à vent et à pluie,

Et dist-l'en :Beau chanter ennuye.

Je ne voy par nulle manière

Coment tu puisses eschapper ;

Car cil qui puissance a plenière

Mieulx ne t'en pourroit destrapper.

Bien a esté fait toy happer

Pour justicier et mettre en cendre,

En la fin fault-il rendre ou pendre.

Tu t'es mellés en toute guise,

Par ton barat particulier,

De descort mettre par l'églyse

Encontre le bras séculier.

En mauvaistié es singulier

De ton ventre nuls biens n'en vist,

Tant gratte chievre que mal gist.

A Petit-Pont as ordené

Faire un chastelet fort et rude ;

Et aux chartres les as donné

Les noms des rues de l'Estude[389];

Tu y seras mis, bien le cuide ;

Car chascun dist que bien avient,

Tant crie-l'en Noël qu'il vient.

[389]Aux chartres. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans lesquelles il renfermoit les écoliers condamnés leClos Bruneauet larue du Fouarre, du nom de deux fameux endroits du pays latin. — On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de l'université.

[389]Aux chartres. Aux prisons. Aubriot appeloit les prisons dans lesquelles il renfermoit les écoliers condamnés leClos Bruneauet larue du Fouarre, du nom de deux fameux endroits du pays latin. — On reconnoît ici dans le poète les rancunes d'un écolier de l'université.

Tu as fais mains faus jugemensPar ta pure forsennerye,Et si as mené proprement,Tout ton temps, de Néron la vie,Cressus es qui ne s'umilieQue fortune jus abatti :Medium tene beati.Tu te plains de faulse heresieQui est en toy très grant diffame ;Tu es maistre de sodomie,Si com dient homes et femmes ;Tu as dampné de ceulx les amesQue tu as aux Juifs rendus :Dignes es d'être ars ou pendus.Et quant aucun te disoit : « Sire,» De raison faites le contraire, »Tu respondoies par grant ire :« Or voe, or voe, laissiez-me faire ;» Laissiez crier qui vouldra braire. »Plus n'en vouloies escouter :Maisseure chose est tout doubter.Tu as fait le moine volerPar force de tes grans richesses ;Mais riens n'y vaut le flaiolerNe te fie point en promesses ;Pour toy aidier ne t'esléesses,Savoir faut de toy n'auront cure :Tant vault amour come argent dure.Bien l'a fait Turquain parcevoirTon bon amy espécial ;Par or as cuidié decevoirEt parvetir l'official,Mais le vaillant juge et loyalL'a mis en prison sans poursuite.Selon seigneur magnie duite.[390]

Tu as fais mains faus jugemens

Par ta pure forsennerye,

Et si as mené proprement,

Tout ton temps, de Néron la vie,

Cressus es qui ne s'umilie

Que fortune jus abatti :

Medium tene beati.

Tu te plains de faulse heresie

Qui est en toy très grant diffame ;

Tu es maistre de sodomie,

Si com dient homes et femmes ;

Tu as dampné de ceulx les ames

Que tu as aux Juifs rendus :

Dignes es d'être ars ou pendus.

Et quant aucun te disoit : « Sire,

» De raison faites le contraire, »

Tu respondoies par grant ire :

« Or voe, or voe, laissiez-me faire ;

» Laissiez crier qui vouldra braire. »

Plus n'en vouloies escouter :

Maisseure chose est tout doubter.

Tu as fait le moine voler

Par force de tes grans richesses ;

Mais riens n'y vaut le flaioler

Ne te fie point en promesses ;

Pour toy aidier ne t'esléesses,

Savoir faut de toy n'auront cure :

Tant vault amour come argent dure.

Bien l'a fait Turquain parcevoir

Ton bon amy espécial ;

Par or as cuidié decevoir

Et parvetir l'official,

Mais le vaillant juge et loyal

L'a mis en prison sans poursuite.

Selon seigneur magnie duite.[390]

[390]Tel maître, tel valet.

[390]Tel maître, tel valet.

Je croy bien tu as ainsy faitA tieulx qui n'en font pas semblant,Afin d'anéantir ton fait ;Mais il n'en parlent qu'en tremblant,Et aucunes fois en emblant.Car tel cuide abaissier sa honteOu vengier, il acroist et monte.Avise sé de l'aultrui bienAs pensé, de le bientost rendre ;A ceux ne donnes pas tes biensQui cy ne te pevent deffendre ;Tes fais sont de si grant esclandreNe sçay coment il en ira.Mal acquis, mal départira.Quant tu aloies par les rues,Ne sçay sé t'en es advisés,Chascun en disoit, neis tes drues[391]:« Bien doit estre cil desprisiés. »Si es-tu ore et pou prisiés.Et disoient aucuns souvent :Petite pluye abat grant vent.

Je croy bien tu as ainsy fait

A tieulx qui n'en font pas semblant,

Afin d'anéantir ton fait ;

Mais il n'en parlent qu'en tremblant,

Et aucunes fois en emblant.

Car tel cuide abaissier sa honte

Ou vengier, il acroist et monte.

Avise sé de l'aultrui bien

As pensé, de le bientost rendre ;

A ceux ne donnes pas tes biens

Qui cy ne te pevent deffendre ;

Tes fais sont de si grant esclandre

Ne sçay coment il en ira.

Mal acquis, mal départira.

Quant tu aloies par les rues,

Ne sçay sé t'en es advisés,

Chascun en disoit, neis tes drues[391]:

« Bien doit estre cil desprisiés. »

Si es-tu ore et pou prisiés.

Et disoient aucuns souvent :

Petite pluye abat grant vent.

[391]Neis tes drues. Même tes maîtresses.

[391]Neis tes drues. Même tes maîtresses.

Laisses maisons, femmes, nepveus,Et soies pour t'ame esveilliés,De rendre à Dieu graces et veus ;Mieulx ne pues estre conseilliés.Je tien ton corps pour essilliés,Car chascun le dit, bien y pert[392]:Qui trestout convoite tout pert.

Laisses maisons, femmes, nepveus,

Et soies pour t'ame esveilliés,

De rendre à Dieu graces et veus ;

Mieulx ne pues estre conseilliés.

Je tien ton corps pour essilliés,

Car chascun le dit, bien y pert[392]:

Qui trestout convoite tout pert.

[392]Y pert. Y paroît.

[392]Y pert. Y paroît.

Je ne te veuil plus faire plait,Aubriot, à Dieu te commant ;De tes folies me desplait,Or en ira ne sçay coment.L'en feroit bien un grant romantDe tes fais, mais cy je m'afin :De bonne vie bonne fin.[393]

Je ne te veuil plus faire plait,

Aubriot, à Dieu te commant ;

De tes folies me desplait,

Or en ira ne sçay coment.

L'en feroit bien un grant romant

De tes fais, mais cy je m'afin :

De bonne vie bonne fin.[393]

[393]Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens, au milieu d'une émeute.

[393]Hugues Aubriot fut délivré l'année suivante par les Parisiens, au milieu d'une émeute.

FIN DES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE.


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