Une lettre coment monseigneur le régent conferma le traictié accordé à Brétigny.
» Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de Normendie et daulphin de Viennois, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript et leu de mot à mot le traictié de bonne paix et accort final, traictié et fait pour mon seigneur et pour nous et le royaume de France, pour nos adhérens, aliés, amis et aidans, par nos amés et feaulx conseilliers de monseigneur et les nostres, et messaiges et procureurs espécialment de nostre partie establis et aians à ce faire plain pouvoir et mandement spécial de nous. C'est assavoir : Monseigneur Jehan esleu de Beauvais, pair de France, nostre chancellier ; maistre Estienne de Paris chanoine ; Pierre de La Charité, chantre de l'églyse de Paris ; et Jehan d'Augeraut doyen de Chartres ; monseigneur Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de France ; monseigneur Charles, sire de Montmorency ; monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay ; monseigneur Jehan de Groslée ; monseigneur Regnaut de Goullons ; monseigneur Symon de Bucy et monseigneur Pierre d'Oomont, chevaliers ; maistre Guillaume de Dormans ; Jehan des Mares et Jehan Maillart, bourgois de Paris d'une part, et certains autres procureurs et messaiges de nostre cousin le prince de Galles, fils ainsné du roy d'Angleterre nostre cousin, ayant à ce povoir et mandement espécial de par luy et autres gens et traicteurs pour lesdis roy d'Angleterre et prince de Galles, pour leur adhérens, aliés, aidans et amis d'autre part : lequel traictié et accort nous avons eu et avons ferme et agréable, et avons juré sur sains évangiles touchiés de nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré, l'autre main dréciée envers luy, ledit accort tenir et garder de nostre partie, et faire tenir et garder à nostre povoir sans mal engin à tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre à ces présentes lettres nostre seel de secret, en l'absence du grant. Donné à Paris le dixiesme jour de may mil trois cent soixante.
Une autre lettre du prince de Galles confermant semblablement le traictié dessusdit.
» Edouard, fils ainsné à noble roy de France et d'Angleterre, prince de Galles, duc de Cournouaille et conte de Cestre, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons que nous avons veu par escript le traictié de bonne paix et accort final traictié et fait pour nostre très redoubté seigneur et père le roy et nous, et pour les subgiés, amis, aliés, aidans et adhérens de nostre dit seigneur et les nostres, par les traicteurs à ce députés de par nostre dit seigneur et de par nous ; et ayant à ce faire plain povoir d'une part ; et nostre cousin le régent le royaume de France, pour luy et pour son père et pour leur subgiés, aliés, amis, aidans et adhérens, par leur traicteurs, procureurs et messagiés, ayant à ce faire souffisant povoir d'autre part ; lequel traictié et accort nous avons ferme et agréable ; et avons juré sur sains évangiles touchiés de nostre main, devant le saint corps de Nostre-Seigneur Jhésus-Crist sacré, l'autre main destre envers luy, ledit accort tenir et garder à nostre povoir, sans mal engin à tousjours. En tesmoin de laquelle chose nous avons fait mettre nostre privé séel à ces présentes lettres. Donné à Louviers, en Normendie, le seiziesme jour de may de l'an de grace mil trois cent soixante.
Les lettres de monseigneur le régent contenant l'ordonnance des trièves.
» Charles, ainsné fils du roy de France, régent le royaume, duc de Normendie et daulphin de Viennois ; à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons que comme entre nos amés et feaulx, l'esleu de Beauvais nostre chancelier ; messire Charles, sire de Montmorency ; messire Jehan Le Maingre dit Bouciquaut, mareschal de France ; messire Aymart de la Tour, sire de Vinay ; messire Raoul de Resneval, messire Symon de Bucy, chevaliers ; maistre Estienne Paris[208]et Pierre de la Charité, nos conseilliers, et avecques pluseurs autres chevaliers, clers et saiges de nostre conseil, nos procureurs et messaiges espéciaux à ce faire de par nous, pour monseigneur et pour nous espécialment establis ; et ayant povoir de par nous, de faire traictier, accorder, promettre et jurer en l'ame de nous et pour monseigneur et pour nous, bonne paix et accort et bonne trièves et loyaux d'une part ; et monseigneur Regnault de Cobehan, monseigneur Barthelemy de Brouéiz ; monseigneur Franc de Hale, Banerés ; Mile de Stapelenton ; monseigneur Richart la Vache et Noel Loreng, chevaliers, procureurs et messaiges espéciaux de monseigneur Edouart, fils ainsné du roy d'Angleterre, espécialment à ce establis et ayans semblable povoir, et avec eux pluseurs autres chevaliers, clers et saiges du conseil du roy d'Angleterre d'autre part. Sur tous les descors et articles pour lesquels estoient guerres qui longuement ont duré entre les deux roys, leur royaumes dessus dis et nous ; les aliés, aydans et amis d'une part et d'autre, ait esté traictié bonne paix et accort final à toujours durans au plaisir de Dieu, contenant pluseurs articles, lesquels ne povent estre acomplis en brief temps ; et pour ce convient que cependant bonnes trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part et d'autre, tant de leur royaumes que dehors leur royaumes. Et nous pour honneur et révérence de nostre saint Père le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaux messaigiés ; c'est assavoir l'abbé de Clugny, messire Hugue de Genevre et le maistre de l'ordre des frères Prescheurs, qui sur ce nous ont requis à grant instance, au nom de monseigneur et de nous pour luy et pour nous, ses subgiés, aliés, amis et aydans, et pour les nostres ; avons accordé et octroyé, accordons et octroyons audit roy d'Angleterre, à ses subgiés, aliés, aydans et amis, bonne trièves et loyaux, du date de ces lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochain venant, et d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cent soixante un, et tout le jour de ladite feste jusques au soleil couchié ; et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de et pour tous les dessus dis de notre partie que lesdites trièves soient tenues et gardées ; et les promettons en bonne foy, sans fraude et sans mal engin, ès noms devant dis, tenir et faire tenir fermement par tout le pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés d'une part et d'autre, de l'un royaume et de l'autre pourront franchement sans contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume à l'autre, et marchans marchander et faire tous contras de bonne foy, sans blasme et sans reprouche, tout en la manière que l'en povoit et souloit faire en temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerres n'eussent esté entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront ou devront lesdis roys ou leur subgiés, aliés ou aydans durant lesdites trièves, prendre ou embler, escheler, ou autrement occuper ou empescher en quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu ; mais cesseront toutes roberies, pilleries, prises de personnes, arsures, ravissemens, prises, marques et autres prises, et tous autres maléfices par terre et par mer. Et sé aucune chose estoit faite ou actemptée de la partie de monseigneur ou la nostre ou d'aucun ou par aucun du povoir monseigneur et du nostre contre ce que dessus est dit ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier et deu estat sans délay, si tost que nous ou nos députés en seront requis, et ferons rendre et restablir ce qui seroit robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimacion d'icelles choses sé elles n'estoient transmuées ; et pour aucun des fais ou actemptas dessus dis, sé aucuns y a, venoient ou fais estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes ou brisiées lesdites trièves, né guerre pour ce estre suscitée ; mais seront réparés et mis au premier et deu estat, comme dessus est dit, et les malfaiteurs en seront pugnis deuement. Mais ceux qui seroient ignorans desdites trièves et auroient juste cause de ladite ignorance, ne seroient pas pugnis sé ils faisoient ou avoient fait contre lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas, comme dit est, réparer et mettre au premier et deu estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous par nos dis procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire espécialment establis ; et pour plus diligemment les faire tenir et garder comme dit est, et pour faire droiture de prisons et de toutes complaintes qui pevent ou pourroient avenir au temps des trièves et pour les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et commettons conservateurs desdites trièves ledit monseigneur Jehan Le Maingre mareschal de France ; messire Gauthier de Lor ; messire Raoul de Resneval ; messires Saquet de Blaru, Regnault de Goullons et monseigneur Gauthier d'Angles, tous chevaliers et chascun d'eux, auxquels nous, de par monseigneur et de par nous, mandons et commettons par ces présentes lettres que diligemment et loyalment tiengnent et gardent, et fassent tenir et garder fermement lesdites trièves par le temps dessus dit et fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances, que en autre cas appartenant à faire en temps de trièves aux conservateurs d'icelles. Et n'est mie notre entente que sé les gens de l'ost dudit roy d'Angleterre prennent vitailles, aumailles[209], bestes, vin, char ou autres choses pour la nécessité de leur vivre ou de leur chevaux en s'en alant hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois, que ils en soient ou aucuns d'eux repris ou approuchiés, mais que il ne fassent autre prise, arsure, occupacion de forteresses, ravissemens de femmes ou autres maléfices que prendre pour leur vivre durant ledit mois tant seulement.
[208]Paris. Variante :De Paris.
[208]Paris. Variante :De Paris.
[209]Aumailles. Troupeaux.
[209]Aumailles. Troupeaux.
» Item, pour ce que aucunes garnisons des gens du roy d'Angleterre demourroient par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux en France ou ailleurs au royaume de France, nous voulons et accordons que il puissent lever telles raençons, et en telle manière comme eux les ont levées et tenues avant ces euvres pour leur vivre et pour la garde des dis chasteaux et forteresses sans icelles croistre, tant comme il demourront ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater et emporter vitailles et les aient à fuer et à raison ainsi comme les autres gens des lieux et des païs environ les achèteront, sans fraude et sans malice, mes qu'ils ne preignent né pillent n'emblent forteresses ou fassent autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leur dépendences et appartenances, nous voulons et mandons que tous les justiciers, subgiés et féaulx de monseigneur et de nous, et requérons tous autres que il obéissent, et entendent auxdis conservateurs, baillis, capitaines et autres dessus dis et à leur députés et à chacun d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes. Donné à Chartres, le septiesme jour de may, l'an de grace mil trois cens soixante[210]. »
[210]Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus régulièrement placées avant le traité de Brétigny, dont elles devoient préparer la conclusion.
[210]Cette lettre et les deux suivantes auroient été plus régulièrement placées avant le traité de Brétigny, dont elles devoient préparer la conclusion.
Du mandement que monseigneur le régent fist, pour faire crier et publier les trèves.
« Charles, ainsné fils du roy de France régent le royaume, duc de Normendie et daulphin de Viennois ; à tous justiciers, capitaines et à tous les subgiés féaulx et obéissans de monseigneur et de nous qui ces lettres verront salut. Savoir faisons que entre monseigneur et nous pour nous et pour nos subgiés, adhérens et aliés, aydans et amis d'une part : et nostre cousin le roy d'Angleterre et les siens d'autre part ; sont prises et accordées bonnes trièves et loyaux, jusques à la Saint-Michiel prochaine venant, et d'iceluy jour jusques à un an ensuivant, qui sera le jour de la Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante et un pour l'accomplissement et exécucion de bonne paix final et perpétuel, entre monseigneur et nous et nostre dit cousin, les subgiés, adhérens, aliés, aydans et amis dessus dis. Pour quoy nous vous mandons et commandons estroitement et à chascun de vous que lesdites trièves fassiez crier et publier partout, et icelles tenir et garder fermement, comme en temps de bonne paix, sans rien faire ou souffrir estre fait au contraire. Donné à Bretigny-lès-Chartres, le septiesme jour de may l'an de grace mil trois cens soixante. »
Et s'ensuit la teneur des lettres que le prince de Galles donna en la ville de Tours, contenans la forme des trèves dessus dites.
« Edouard, ainsné fils au noble roy de France et d'Angleterre, prince de Galles, duc de Cornouaille et conte de Cestre, à tous ceux qui ces lettres verront salut. Savoir faisons que comme entre nos amés conseilliers, monseigneur Regnault de Cobehan, Berthelemy de Broueys et Franc de Hale, banerés ; Mile de Stapelenton, Richart la Vache et Noel Loreng, chevaliers, nos procureurs et messaigiers espéciaulx establis à ce et ayans povoir de faire traictier, accorder, promettre et jurer en nostre ame et en l'ame de nostre très-redoubté seigneur et père le roy, et pour luy et pour nous, bonne paix et accort et bonnes trièves et loyaux d'une part : et les honorables hommes l'esleu de Beauvais ; Charles, sire de Montmorency ; monseigneur Jehan le Maingre, dit Bouciquaut, mareschal de France ; monseigneur Aymart de La Tour, sire de Vinay ; monseigneur Raoul de Resneval ; monseigneur Symon de Bucy, chevaliers ; maistres Estienne de Paris et Pierre de la Charité, messaiges et conseilliers de nostre cousin le régent le royaume de France, espécialment députés à ce faire pour luy et pour nostre cousin le roy, son père, et ayans semblable povoir ; et avecques eux pluseurs autres chevaliers, clers et saiges du conseil de nostre dit cousin le régent d'autre part, sur tous les descors et articles pour lesquels estoient guerres qui lonc-temps ont duré entre les deux roys, les royaumes dessus dis et nous, les aliés et aydans et amis, d'une part et d'autre ait esté traictié de bonne paix et accort final à toujours durer au plaisir de Dieu, contenans pluseurs articles lesquels ne pevent mie estre acomplis en brief temps ; et pour ce convient que cependant bonnes trièves et loyaux soient prises, accordées, tenues et gardées d'une part et d'autre, tant dedens les royaumes que dehors les royaumes : nous pour honneur et révérence du Saint-Père le Pape, qui pour ce a envoié devers nous ses espéciaulx messaiges ; c'est à savoir, l'abbé de Clugny ; monseigneur Hugues de Genevre et le maistre de l'ordre des Frères-Prescheurs, qui, sur ce, nous ont requis à grant instance ; au nom de monseigneur et de nous, pour luy et pour nous, et pour ses subgiés, aliés, aydans et amis, et pour les nostres, avons accordé et encore accordons et octroyons à nostre cousin de France et à ses subgiés, aliés, aydans et amis, bonnes trièves et loyaux, de la date de ces lettres jusques au jour de la Saint-Michiel prochaine venant ; et d'iceluy jour jusques à la Saint-Michiel qui sera l'an mil trois cens soixante-un, et tout le jour de ladite feste, jusques à soleil couchié. Et accordons, voulons et octroyons, ès noms de monseigneur et de nous, pour et ès noms devant dis tenir et faire tenir fermement, par tout le pouvoir de monseigneur et le nostre, parmy lesquelles tous les subgiés d'une part et d'autre et de l'un royaume et de l'autre pourront franchement et sans contredit aler et venir paisiblement de l'un royaume et de l'autre, et marchans marchander et faire tous contracts de bonne foy sans blasme et sans reproche, tout en la manière que l'en povoit et souloit faire en temps de bonne et ferme paix, et que sé oncques guerre n'eust esté entre lesdis roys, nous et les royaumes. Et ne pourront né devront les dis roys ou leurs subgiés, aliés ou aydans durans lesdites trièves prendre ou embler, escheler ou autrement occuper ou empeschier en quelque manière aucune ville, chastel, forteresse ou autre lieu ; mais cesseront toutes roberies, pilleries, prises de prisons, arsures, ravissemens, prises et représailles, marques et contreprises et tous autres maléfices par terre et par mer ; et sé aucune chose estoit fait ou actempté de la partie de monseigneur ou de la nostre, ou d'aucun ou par aucun du povoir de monseigneur ou du nostre contre ce que dessus est dit ou contre lesdites trièves, monseigneur et nous le ferons réparer et mettre au premier et deu estat sans delay, si tost comme nous ou nos députés en seront requis ; et ferons rendre et restablir ce qui sera robé, pris, ravi ou pillié, ou l'estimation d'icelles choses sé elles n'estoient trouvées ; et sé aucun des fais ou actemptas dessus dis y avenoient ou fait estoient, ne seroient ou pourroient estre dites enfraintes ou brisées lesdites trièves, né guerre pour ce estre suscitée ; mais seront réparés et mis au premier et deu estat, comme dessus est dit ; et les malfaiteurs en seront pugnis sé ils faisoient ou auroient fait aucune chose contre lesdites trièves. Lesquelles trièves tenir et garder et faire loyalment tenir et garder, et les actemptas, comme dit est, réparer et faire réparer et mettre au premier et deu estat, nous avons fait promettre et jurer en l'ame de nous, par nos dis procureurs et messaigiés traicteurs de ladite paix à ce faire et espécialment establis. Et pour plus diligemment les faire tenir et garder, comme dit est, et pour faire droiture des prisons, et tous complaignans qui pevent ou pourroient avenir en temps de trièves et pour les actemptas réparer, nous avons député et commis, députons et commettons conservateurs desdites trièves, nobles et puissans hommes monseigneur Thomas de Beauchamp, conte de Warvich et mareschal de nostre dit seigneur et père ; Thomas de Hollande, seigneur de Warch ; Jehan de Greyli, captau de Buef ; le gardien de Bretaigne et le capitain de Calays, qui seront pour nostre dit seigneur et père pour le temps, et Eustace d'Aubréchicourt tous chevaliers et chascun d'eux ; et néanmoins les capitaines et connestables des lieux et païs où les cas advenront et chascun d'eux auxquels nous mandons de par nostre dit seigneur le roy, et commettons par ces présentes lettres que diligemment et loyalment tiengnent et gardent et fassent tenir et garder fermement lesdites trièves par le temps dessus dit, et fassent droitures tant de prisons non gardans leur convenances, comme en autres cas appartenans à faire, en temps de trièves, aux conservateurs d'icelles : et n'est mie nostre entente que sé les gens de l'ost nostre seigneur le roy et les nostres prennent vitailles, aumailles, vin, char, bestes ou autres choses pour la nécessité de leur vivre et de leur chevaux, alans hors du royaume de France en Angleterre de ci à un mois, que nous né eux, né aucun d'eux soient repris, reprouchiés né domagiés ; mais que nous né eux ne fassions autre arsure, occupacion de forteresse, ravissemens de femmes ou autres maléfices, que de prendre pour les vivres de nous et d'eux, durant ledit mois tant seulement ; et pour ce que aucunes garnisons des gens de nostre dit seigneur le roy demourront par aucun temps en aucunes forteresses ou chasteaux en France, et ailleurs ou royaume de France, nous voulons et accordons de par nostre dit seigneur le roy et de par nous, qu'il puissent lever telles raençons et en telle manière comme il ont levé avant ces trièves, pour leur vivres et pour la garde desdis chasteaux et forteresses, sans icelles croistre, tant comme il demourront ès lieux dessus dis, et que il puissent franchement achater et emporter vitaille et les ayent à fuer raisonnable ainsi comme les autres gens desdis lieux et des païs environ achèteront, sans fraude et sans malice, mais qu'il ne preignent, pillent ou emblent forteresses ou fassent autres maléfices. Sur toutes lesquelles choses et leurs dépendances et appartenances, nous voulons et mandons à tous les subgiés et féaulx de nostre dit seigneur, requérons tous autres qu'il obéissent et entendent auxdis conservateurs, capitains, connestables dessus dis et à leur députés et à chascun d'eux. En tesmoing de laquelle chose, nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres. Donné à Sours, devant Chartres, le septiesme jour de may, l'an du règne de nostre dit seigneur et père de France vint premier, et d'Angleterre, trente et quart. »
Coment le roy d'Angleterre et le prince de Galles envoièrent six chevaliers à Paris pour veoir faire à monseigneur le régent le sairement de tenir ferme et stable le traictié de paix.
Le samedi ensuivant, neuviesme jour dudit moys, aucuns de ceux de la partie de France retournèrent à Paris et amenèrent six chevaliers anglois pour veoir ledit régent faire ce qui ensuit : et pour celle cause les y avoient envoiés ledit roy anglois et le prince de Galles, son ainsné fils. Item, le dimenche matin ensuivant, dixiesme jour dudit moys, ledit régent, qui lors estoit à Paris en l'hostel à l'Arcevesque de Sens aux Barrés[211], et son conseil assemblé, le prévost des marchans et pluseurs bourgois de ladite ville, en la présence desquels ledit régent fist réciter, par maistre Jehan des Mares, tout ledit traictié, lequel fu aggréable audit régent. Et pour ce que entre les autres choses dudit traictié estoit accordé que ledit régent devoit oïr la messe, et après leAgnus Deiil devoit aler à l'autel, et l'une des mains sur le corps de Jhésus-Crist sacré, sans y toucher, et l'autre main mise sur le Messel, devoit jurer que ledit traictié il tindroit et acompliroit, feroit tenir et acomplir de tout son povoir, fu chantée une messe basse du Saint-Esprit, par Guillaume de Meleun, arcevesque de Sens ; et quant elle fu dite jusques au point dessus dit, ledit régent issi de son oratoire et ala à l'autel, et en la présence des six chevaliers anglois dessus dis, qui pour veoir ledit sairement faire y avoient esté envoiés par lesdis roy et prince, et de grant foison de gens qui là estoient, fist ledit sairement par la manière devant dite, en lisant une cédule en laquelle estoient les paroles que il devoit dire, escriptes forméement[212]. Et par semblable manière le devoit faire le prince de Galles, et devoit, ledit régent, envoier six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers, si comme les Anglois avoient fait, pour veoir le prince de Galles faire ledit sairement, et les deux roys de France et d'Angleterre le devoient faire pareillement quant il seroient ensemble. Et tantost que ledit sairement fu fait par ledit régent, ladite paix fu criée par un sergent d'armes aux fenestres de la chambre dudit régent, sur la cour dudit hostel de l'arcevesque de Sens. Et quant ladite messe fu chantée, ledit régent ala à Nostre-Dame de Paris luy rendre grace de ladite paix, là où l'en chantaTe Deumet sonna les cloches moult solempnelment.
[211]Aux Barrés. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement de la maison des Carmes dits lesfrères Barrés. Charles V le réunit à l'hôtel Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet hôtel de Sens.
[211]Aux Barrés. Ainsi l'hôtel de Sens étoit bâti sur l'emplacement de la maison des Carmes dits lesfrères Barrés. Charles V le réunit à l'hôtel Saint-Pol. Il reste encore de beaux vestiges de cet hôtel de Sens.
[212]Forméement. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent cherché le sens, désignoit sans doute les beaux caractères d'expédition solemnelle.
[212]Forméement. En lettres de forme. Ce mot, dont on a souvent cherché le sens, désignoit sans doute les beaux caractères d'expédition solemnelle.
Coment le prince de Galles fist à Louviers le sairement pareil à celui que le régent avoit fait à Paris.
L'endemain, jour de lundi onziesme jour dudit moys de may, ledit régent monstra auxdis Anglois les saintes reliques, en la chapelle royal à Paris, et donna à disner auxdis Anglois, et à chascun un bel cheval ; et après se partirent de Paris pour aler pardevers ledit roy d'Angleterre et pardevers ledit prince ; et envoia ledit régent, avecques lesdis Anglois, six chevaliers, trois banerés et trois bacheliers de la partie de France, pour veoir faire ledit sairement audit prince par la manière que avoit fait ledit régent. Lequel prince fist ledit sairement en la présence desdis chevaliers et d'un des secrétaires dudit régent, par la manière que l'avoit fait ledit régent, en l'église de Nostre-Dame de Louviers, l'endemain de l'Ascencion Nostre Seigneur, jour de vendredi et quinziesme jour dudit moys de mai, l'an mil trois cens soixante dessus dit.
Item, le mardi ensuivant, dix-neuviesme dudit moys, ledit roy et ses enfans entrèrent en mer, à Honefleu, pour aler en Angleterre quérir le roy de France, et la plus grande partie de l'ost desdis anglois passèrent la rivière de Saine, au Pont de l'Arche, là où ledit régent avoit mandé que l'on les feist passer ; et s'en alèrent droit à Calais sans meffaire au païs, fors que de prendre vivres ; et demoura en France, pour les Anglois, le conte de Warvich, mareschal d'Angleterre, pour faire tenir de leur partie les trièves qui avoient esté prises par ledit traictié, jusques à la feste Saint-Michiel, l'an mil trois cens soixante-un, et pour cependant mettre ledit traictié de paix à exécucion d'une partie et d'autre. Et furent lesdites trièves publiées par tout le royaume ; mais elles furent mal tenues en pluseurs lieux, par espécial des Anglois ; car pluseurs se mistrent à estre espieurs de chemins, et par manière de volerie faisoient pis que il ne faisoient en temps de guerre ; car il tuoient les gens que il trouvoient par les chemins et roboient tout.
Coment le roy de France vint d'Angleterre à Calais, et de l'emprumpt pour le premier paiement de la raençon du roy.
Le dimenche, quatorziesme jour du moys de juing ensuivant, le roy de France donna à disner au roy d'Angleterre en la Tour de Londres, et firent moult grand semblant d'amour l'un à l'autre, et jurèrent par leur fois baillées l'un à l'autre que il tendroient véritablement et loyalment la paix dessus dite, par la manière que traictiée avoit esté. Item, le mercredi, huitiesme jour du moys de juillet ensuivant, à matin, arriva le roy de France à Calays, lequel y devoit estre, par le traictié, dedens trois semaines après la nativité Saint-Jehan-Baptiste ; et le dimenche ensuivant, douziesme jour dudit mois, ledit régent parti de Paris pour aler à St-Omer, pour faire acomplir ce que il pourroit dudit traictié, afin que le roy de France, son père, feust délivré. Et en ce temps fut ordené que l'en leveroit à Paris et en la viconté cent mile royaux d'or par emprumpt que l'en feroit de toutes personnes d'églyse, nobles et autres qui auroient puissance de prester ; pour ce que ladite ville de Paris avoit accordé à paier pour le premier paiement de la raençon du roy, quatre-vint mile royaux d'or pour ladite ville et viconté. Item, le vendredi, jour de feste Saint-Denis, neuviesme jour du moys d'octobre ensuivant, ledit roy d'Angleterre arriva à Calais. Item, le dimenche ensuivant, onziesme jour dudit moys, le roy de France qui estoit encore au chastel de Calais, ala veoir ledit roy d'Angleterre, en l'hostel où il estoit herbergié en ladite ville de Calais ; car encore n'avoient-il veu l'un l'autre depuis que ledit Anglois estoit entré en ladite ville, fors quant ledit Anglois estoit descendu de la Nef ; car là luy estoit alé ledit roy de France à l'encontre, et s'entrefirent très bonne chière, et pria le roy de France au roy d'Angleterre que il et ses enfans dinassent l'endemain audit chastel avecques luy, lequel Anglois s'i accorda. Et celuy dimenche traicta ledit roy de France la paix dudit roy d'Angleterre et du conte de Flandres. Et l'endemain, jour de lundi, douziesme jour dudit mois d'octobre, ledit roy d'Angleterre disna avecques le roy de France audit chastel de Calais. Et séit à la table premier le roy d'Angleterre, le roy de France secont, le prince de Galles le tiers et le duc de Lanclastre le quart et le derrenier. Et ainsi, comme il disnoient, le conte de Flandres entra à Calais et ala droit au chastel, et fist la revérence en soy agenoillant devant le roy de France, et après salua le roy d'Angleterre, sans agenoillier, et luy fist le roy de France très bonne chière. Et après disner, deux des enfans du roy d'Angleterre partirent de Calais, et deux des enfans du roy de France les conduirent droit à Bouloigne, à l'encontre desquels ala environ demie lieue le duc de Normendie, qui estoit en ladite ville de Bouloigne, et les mena en ladite ville.
Coment monseigneur le régent ala de Bouloigne à Calais pour veoir son père le roy de France et des sairemens des deux roys, et de la paix du roy de Navarre, et comment le roy de France se parti de Calais.
L'endemain, jour de mardy, treiziesme jour dudit moys, le duc de Normendie parti de Bouloigne et ala à Calais, et disna ce mardy avecques le roy d'Angleterre : et aussi fist le roy de France. Et les deux enfans du roy d'Angleterre demourèrent à Bouloigne, et deux des enfans du roy de France pour les compaignier. Item, l'endemain jour de mercredi, quatorziesme jour dudit moys d'octobre, après ce que le dit duc ot disné avecques son père le roy de France, il se parti de Calais et s'en ala au giste de Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre s'en retournèrent à Calais ; et furent les choses si ordenées, que le dit duc de Normendie, quant il retournoit de Calais à Bouloigne, et les deux enfans du roy d'Angleterre, quant il retournoient de Bouloigne à Calais, s'entre rencontrèrent ainsi comme en my-voie.
Item, en cette semaine le Begue de Villaines prist par escheler le chastel de Pacy et la femme et les filles de monseigneur Pierre de Saquenville qui estoient dedens. Item, le samedi vint-quatriesme jour dudit moys d'octobre, l'an mil trois cent soixante dessusdit, les dis roys de France et d'Angleterre jurèrent à Calais ensemble sur le corps Jhesu-Crist et sur les saintes évangiles, tenir perpétuelement la paix faite entre eulx sans enfreindre ; et oïrent les deux roys messe ensemble en deux oratoires, et ne alèrent point à l'offrande, pour ce que l'un ne vouloit aler avant l'autre : mais l'en porta la Paix au roy de France premièrement, lequel ne la voult prendre et issy de son oratoire et la porta au roy d'Angleterre, lequel ne la voult prendre, et baisièrent l'un roy l'autre sans prendre autre Paix. Et celuy jour fu faicte la paix du roy de France d'une part, et du roy de Navarre et messire Phelippe de Navarre son frère d'autre part ; jasoit ce que le dit roy de Navarre ne feust pas lors présent à Calais à faire ladite paix. Mais ledit messire Phelippe y estoit, qui se fist fort pour son dit frère et jura la dicte paix, et le duc d'Orléans, frère du roy de France, la jura pour le roy son frère. Item, l'endemain le dymenche vingt-cinquiesme jour du dit moys d'octobre, ledit roy de France Jehan fu à plain délivre de sa dicte prison, et se parti à matin de Calais et s'en ala à Bouloigne, et le convoia ledit roy d'Angleterre environ une lieue, et après s'en retourna à Calais. Et le prince de Galles, ainsné fils du roy d'Angleterre, ala avecques le roy de France jusques à Bouloigne. Item, l'endemain jour de lundi vint-sixiesme jour dudit moys, le duc de Normendie, ainsné fils du roy de France et ledit prince de Galles jurèrent de rechief tenir ladite paix sans enfraindre ; et aussi fist le conte d'Estampes et aucuns autres grans seigneurs qui là estoient. Et celuy lundy après disner, se parti ledit prince de Bouloigne et s'en retourna à Calais. Et ainsi appert que ledit roi de France Jehan fu prisonnier dudit roy d'Angleterre quatre ans, et tant comme il a, du dix-neufviesme jour de septembre, à quel jour ledit roy fut pris comme dessus est dit, jusques au vint-cinquième jour d'octobre que il fu délivre.
Les noms de ceulx qui demourèrent hostages en Angleterre pour le roy de France.
Le jeudi ensuivant, vint-neufviesme jour du mois d'octobre, ledit roy de France se parti de Bouloigne et ala à Saint-Omer, et aucuns de son conseil qui estoient demourez à Calais pour parfaire les lectres et les autres choses qui estoient à parfaire, s'en partirent le vendredi ensuivant trentième jour dudit moys et alèrent à Saint-Omer, là où ledit roy de France estoit. Et est à savoir que dès le samedi précédent vint-quatriesme jour dudit mois d'octobre, après ce que ladite paix ot esté jurée des deux roys, comme dessus est dit, ledit roy d'Angleterre laissa le nom de roy de France et se appella roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et d'Aquitaine : mais il ne renonça pas encore audit royaume de France, et aussi ne renonça pas le roy de France aux ressors et souverainetés des terres que il bailloit au dit roy d'Angleterre né à l'homaige ; mais il seurséoit du nom de roy de France et y devoit renoncier quand certaines terres luy seroient délivrées, qui luy devoient estre bailliées par ledit traictié. Item, le samedi ensuivant, veille de la feste de Toussains derrenier dudit mois d'octobre, à matin devant le jour, ledit roy d'Angleterre se parti de Calais et entra en mer pour aler en Angleterre, et les hostaiges que le roy de France luy avoit bailliés avecques luy ; c'est assavoir : Monseigneur Loys et monseigneur Jehan enfans dudit roy de France, lesquels ledit roy leur père avoit fais ducs de nouvel ; c'est assavoir monseigneur Loys, qui estoit son second fils duc d'Anjou et du Maine qui par avant en estoit conte ; et ledit monseigneur Jehan duc d'Auvergne et de Berry, qui par avant avoit esté conte de Poitiers, laquelle conté devoit estre bailliée au roy d'Angleterre par le traictié, si comme dessus est dit. Après les dessus dis monseigneur Loys et monseigneur Jehan, fils du roy de France, furent hostages monseigneur Phelippe duc d'Orliens, frère germain dudit roy de France ; monseigneur Loys duc de Bourbon ; monseigneur Pierre d'Alençon et monseigneur Jehan frère du conte d'Estampes, tous des Fleurs de lis ; Guy, frère du conte de Bloys ; le conte de Saint-Pol ; le seigneur de Montmorenci ; le seigneur de Hangest ; le seigneur de Saint-Venant ; le seigneur d'Andrezel ; le conte de Braine en Laonnoys ; le seigneur de Coucy ; le conte de Harecourt ; le conte de Grantpré ; le seigneur de la Roche-Guyon ; le seigneur d'Estouteville.
Item, le dimenche ensuivant, jour de la feste de Toussains, premier jour du moys de novembre l'an mil trois cent soixante dessusdit, ledit roy de France à sa messe fist chevalier un escuier d'Artoys appelé Jean d'Ainville, qui avoit demouré avecques luy en Angleterre, et esté maistre de son hostel tant comme le dit roy y avoit demouré. Et ce jour entrèrent en la foy du roy quatre chevaliers de la partie du roy d'Angleterre ; c'est assavoir : monseigneur Rogier de Beauchamp ; monseigneur Guy de Briene ; monseigneur Regnault de Cobehan, tous Anglois, et monseigneur Gauthier de Mauny, Hennuyer, pour certaine rente que ledit roy de France leur promist[213]. Et ledit samedi, vint-quatriesme jour d'octobre, le duc de Lenclastre, monseigneur Phelippe de Navarre et monseigneur Jehan de Montfort, qui avoit esté fils du conte de Montfort qui s'en ala en Angleterre pour le débat du duchié de Bretaigne, estoient entrés en la foy dudit roy de France, et luy avoient fait homaige pour les terres que il tenoient en France avant les guerres desdis roys ; lesquelles terres leur furent toutes rendues par ledit traictié.
[213]Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce passage : « Les deux rois, » dit-il, « qui par l'ordonnance de la paix s'appeloient frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son costé la somme de huit mil francs de revenue par an, c'est à entendre à chascun deux mil. » (Liv.I, part.II, ch. 143.)
[213]Froissart, qui ne désigne pas les chevaliers, éclaircit ce passage : « Les deux rois, » dit-il, « qui par l'ordonnance de la paix s'appeloient frères, donnèrent à quatre chevaliers chascun de son costé la somme de huit mil francs de revenue par an, c'est à entendre à chascun deux mil. » (Liv.I, part.II, ch. 143.)
Comment l'en fist les joustes à Saint-Omer, et de la venue du roy de France à Saint-Denys, et du roy de Navarre qui vint par devers luy.
Le mardi et le mercredi ensuivans, troisiesme et quatriesme jours dudit moys de novembre, furent faites moult belles joustes à Saint-Omer, pour l'oneur du roy de France qui là estoit. Et lors avoit grand foison d'Anglois et autres ès pays de Brie et de Champaigne, qui gastoient tout le pays, tuoient et raençonnoient gens et faisoient du pis qu'il povoient ; dont aucuns se appelloient la grant compaignie[214]. Lesquels après ce que il orent sceu que ledit roy de France estoit délivre de sa prison, se partirent dudit pays de Brie et s'en allèrent en Champaigne, là où il tenoient pluseurs forteresses. Et ledit roy de France, après ladite feste de Saint-Omer, s'en ala à Hesdin, là où il demoura par aucun temps, et là fist ordenances des gens de son hostel et de la Chambre des comptes, et par lesdites ordenances ne demoura ès requestes de l'ostel que trois clers et trois lays ; et furent les clers : maistre Estienne de Paris, maistre Guy du Saint-Sépulcre et maistre Jaques Leriche[215]; et les lays furent : monseigneur Jehan Hanière, monseigneur Fauviau de Vaudencourt et monseigneur Gile de Soocourt, chevaliers. Et en la Chambre des comptes, trois clers et trois lays, c'est assavoir, clers : messire Jehan Laigle, maistre Oudart Levrier et messire Legier de la Charmoye ; lays : monseigneur Jehan de Charny chevalier, Jacques de Pacy et Guillaume Staise. Et depuis s'en vint le roy par Amiens, par Noyon et par Compiegne et par Senlis. Et le vendredi, onzième jour de décembre ensuivant, entra le roy au giste à Saint-Denis en France. Item, l'endemain jour de samedi, douziesme jour dudit moys, le roy de Navarre, qui encore n'avoit vu le roy de France depuis sa prise, vint à Saint-Denys à matin et ramena avecques luy certains hostaiges que le roy de France avoit envoiés à Mante, afin que le roy de France venist pardevers luy, quar autrement ne se estoit volu accorder d'y venir. Mais en monstrant qu'il se fioit ès promesses du roy, il ramena lesdis hostaiges, et là fu parlé que il féist homaige au roy. Mais ledit de Navarre ne le voult, en disant que il n'avoit oncques forfait l'omaige que autrefois luy avoit fait ; et finalement après pluseurs parler, ledit de Navarre vint devant le roy de France, devant le grant autel de Saint-Denys, et luy fist la révérence assez humblement ; et après jura sur le corps Jhésu-Crist sacré que tenoit l'abbé de Saint-Denys, revestu des vestemens ès quels il avoit dite la messe, que dès lors en avant il seroit bon et loyal fils et subgié dudit roy de France ; et ledit roy de France jura après pareillement que il luy seroit bon père et bon seigneur ; et après jurèrent le duc de Normendie et monseigneur Phelippe duc de Touraine, son frère. Et si jura lors aussi ledit roy de Navarre que il tendroit et feroit tenir à son pouvoir la paix traictiée entre les roys de France et d'Angleterre ; et après l'enmena le roy de France par la main disner avecques luy : et après disner, prist congié du roy de France et s'en parti. Item, le jeudi douziesme jour de novembre, l'an mil trois cent soixante dessus dit, furent enterrées les deux filles du duc de Normendie à Saint-Anthoine près de Paris, et fu présent ledit duc à l'enterrage, moult courroucié qui plus n'avoit d'enfans. Item, le samedi dessusdit, douziesme jour de décembre, fut criée et publiée à Paris la forte monnoie, c'est assavoir un franc d'or que l'en fist lors nouveaux pour seize sols parisis ; un royal pour treize sols quatre deniers parisis, et blans neufs fins qui furent lors fais pour douze deniers parisis,etc.
[214]La grant compaignie. Et non pasles grandes compagnies, comme on dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguentla grande compagniedes autres bandes que l'on eut tant de peine à faire disparoître auXIVesiècle. Le continuateur de Nangis dit : «Anno eodem (1360) surrexerunt filii Belial et viri iniqui, videlicet multi guerratores de diversis nationibus, non habentes titulum aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi proprio motu seu nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabaturMagna Societas. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ valdè, accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum nostrum summum pontificem, etc.»La chronique inédite du no530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles de St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois indisciplinés. « Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les forteresces à ses despens, et néanmoins pluseurs Englois descoururent sur le royaume de France en pluseurs routes. Et estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient partis et se tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent en Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route qui s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc., etc. » (Fo79, vo.)
[214]La grant compaignie. Et non pasles grandes compagnies, comme on dit aujourd'hui. Tous les historiens distinguentla grande compagniedes autres bandes que l'on eut tant de peine à faire disparoître auXIVesiècle. Le continuateur de Nangis dit : «Anno eodem (1360) surrexerunt filii Belial et viri iniqui, videlicet multi guerratores de diversis nationibus, non habentes titulum aliquem neque causam aliquos invadendi, nisi proprio motu seu nequitiâ affectatâ sub spe depredandi, et vocabaturMagna Societas. Qui quidem scelerati adunantes se in magnâ copiâ valdè, accesserunt in armis propè Avinionem, volentes debellare dominum nostrum summum pontificem, etc.»
La chronique inédite du no530 Suppl. Franç., s'accorde avec celles de St-Denis pour accuser surtout de ces désordres les Anglois indisciplinés. « Le roy d'Engleterre devoit faire vuidier les forteresces à ses despens, et néanmoins pluseurs Englois descoururent sur le royaume de France en pluseurs routes. Et estoient d'iceux qui desdites forteresces estoient partis et se tenoient par manière de compagnie. Et pluseurs s'en alèrent en Bretagne à Jehan de Montfort. Et s'en assembla une grant route qui s'en ala vers Avignon, et prisrent le pont Saint-Esperit, etc., etc. » (Fo79, vo.)
[215]Jaques Leriche. Variante :Jaques de la Roche.
[215]Jaques Leriche. Variante :Jaques de la Roche.
Coment le roy de France entra à Paris. Et de pluseurs incidences.
ANNÉE 1361
Le dimenche treiziesme jour dudit moys de décembre ala le roy de France à Paris et y fu reçu moult honorablement, et furent les rues et le grand pont par où il passa encourtinées, et fu une fontaine oultre la porte Saint-Denis qui rendoit vin aussi habondamment comme sé ce feust eaue, et portoit-l'en sur le roy un paile d'or à quatre lances. Et ala le roy droit à Nostre-Dame faire son oroison et puis retourna descendre au Palais. Et luy firent ceulx de Paris un bel présent de vaisselle qui pesoit environ mil marcs d'argent.
Item, le jour des Innocens, fu pris le Pont du Saint-Esprit et la ville par ceulx de la Grant compaignie, qui s'estoient partis de France. Item, le treiziesme jour de janvier ensuivant, comença celuy an le parlement. Et par avant avoit eu présidens à Paris par un an ou environ, qui avoient autel povoir comme parlement.
Item, le jeudi vint-huitiesme jour dudit moys de janvier, furent pris, du commandement des réformateurs qui lors avoient été establis nouvellement, monseigneur Nicolas Braque, Almaury Braque son frère, Jehan de Brunetout, Hugues Bernier, Jehan Poillevillain, Jaques Lempereur, Gauchier de Vannes, Jehan Arrode. Et furent eslargis le huitiesme jour ensuivant. Item, en iceluy moys fu faite l'ordenance de faire retourner les Juifs en France.
Incidence. L'an de grace mil trois cent soixante-un, le mardi après la Penthecouste, qui estoit le dix-neufviesme[216]jour de may, gelèrent les vignes en pluseurs contrées entour Paris, et jà en estoient pluseurs fleuries. Item, le jeudi premier jour de juillet ensuivant, fu au marchié de Meaulx devant le roy une bataille emprise de volenté, entre messire Fouquaut d'Archiac appelant, et messire Maingot Maubert deffendant, et fist moult grant chaut celuy jour. Et avint que ledit Fouquaut descendi de dessus son cheval, pource que ledit cheval estoit un peu desrayé, et moult longuement fu à pié au champ, et tousjours se mectoit en peine de requérir son adversaire qui estoit à cheval, jusques à ce que il fu si travaillié que il n'en povoit plus ; et de fois à autres se asséoit sur une chaiere qui estoit au bout des lices, et cuidoient ceux qui le véoient qu'il deust estre desconfit, car il avoit moult travaillié à pié et si estoit lors malade d'un assès[217]de quartaine. Mais du grant chaut qui estoit, ledit Maingot qui tousjours estoit demouré à cheval fu en tel point que il perdit toute puissance, par telle manière que il se laissa pendre sur son arson devant, et feust cheu qui l'eust laissié longuement ; mais quant son dit adversaire le vit en tel estat, il ala vers luy à très-grant peine, et le prist, ainsi pendant comme il estoit par le col, et le tira à terre, et fist son povoir de le tuer, mais l'en disoit qu'il estoit jà mort. Toutes voies, ledit Fouquaut fu si grevé que il convint que ses amis, par le congié du roy, l'emportassent en son hostel, et ledit Maingot demoura mort en la place, et depuis en fu porté par ses amis, du congié du roy, et enterré le soir secrètement[218]; et ledit Fouquaut fut en bon point tantost que il ot un peu reposé.