VIIA M. L'Heureux de Chanteloup.
(Caillot-Duval annonce qu'une chouette et un loriot accouplés lui ont donné une pie et un moineau. Sans vouloir paraître surpris, on lui répond vaguement.)
Nancy, le 13 décembre 1785.
L'excellent ouvrage que vous venez de mettre au jour, monsieur, sur le Serin et le Rossignol, m'engage àvous demander votre avis sur un phénomène dont je viens d'être témoin. Fort amateur, dès l'enfance, de tout ce qui concerne l'oisellerie, j'ai voulu tenter quelques petites expériences, qui sont, comme vous savez, le seul moyen de propager la science: j'ai donc mis ensemble en cage un loriot et une chouette; à mon grand étonnement, ces deux oiseaux se sont accouplés: il en est venu deux œufs qui, ayant été couvés par la mère, ont produit, chose étrange! l'un un moineau à gros bec, et l'autre une pie. Le père, la mère et les enfans se portent à merveille et ne font qu'une même famille. Veuillez bien m'expliquer un événement aussi inattendu. Ne sachant point votre adresse, j'envoie ma lettre à M. Fournier, votre libraire, qui vous la fera passer.—J'ai l'honneur d'être, etc.CAILLOT-DUVAL.
Réponse.
Paris, le 19 décembre 1785.
Je reçois, monsieur, votre lettre. Le phénomène dont vous me parlez est en effet très extraordinaire; mais depuis que je me suis adonné à la connoissance des oiseaux, j'ai été témoin de tant de choses surprenantes que je suis moins étonné qu'un autre de tout ce qui peut arriver dans ce genre. Obligez-moi de suivre exactement cette expérience, et de m'en écrire en détail: observez surtout si les nouveaux nés ont des plumes de couleur tranchante à l'aile gauche, et si la pie fait plus de bruit aux approches du père qu'à celles de la mère: dans ce dernier cas, j'ose vous assurer à l'avance que vous ne la conserverez pas jusqu'au printemps.—Mille remercîments, monsieur, de la confiance que vous voulez bien me témoigner: elle me flatte beaucoup;je vous prie d'agréer les expressions de ma reconnoissance et de me croire bien sincèrement votre, etc.