TABLE

Et la bonne Luisa, ahurie par ce débordement soudain d'éloquence et de textes justificatifs, se contenta de répondre à son mari par une nouvelle crise de larmes.

Au commencement de l'automne, l'inquiétude fut grande chez Lacour et chez les Desnoyers: pendant quinze jours, ni le père ni la fiancée ne reçurent de René le moindre bout de lettre. Le sénateur errait d'un bureau à l'autre dans les couloirs du ministère de la Guerre, pour tâcher d'obtenir des renseignements. Lorsque enfin il put en avoir, l'inquiétude se changea en consternation. Le sous-lieutenant d'artillerie avait été grièvement blessé en Champagne; un projectile, éclatant sur sa batterie, avait tué plusieurs hommes et mutilé l'officier qui les commandait.

Le malheureux père, cessant de poser pour le grand homme et de radoter sur ses glorieux ancêtres, versa sans vergogne des larmes sincères. Quant à Chichi, blême, tremblante, affolée, elle répétait avec une douloureuse obstination qu'elle voulait partir tout de suite, tout de suite, pour aller voir son «petit soldat», et Marcel eut beaucoup de peine à lui faire comprendre que cette visite était absolument impossible, puisqu'on ne savait pas encore à quelle ambulance était le blessé.

Les actives démarches du sénateur firent que, quelques jours plus tard, René fut ramené dans un hôpital de Paris. Quel triste spectacle pour ceux qui l'aimaient! Le sous-lieutenant était dans un état lamentable; enveloppé de bandages comme une momie égyptienne, il avait des blessures à la tête, au buste, aux jambes, et l'une de ses mains avait été emportée par un éclat d'obus. Cela ne l'empêcha pas de sourire à sa mère, à son père, à Chichi, à Desnoyers, et de leur dire, d'une voix faible, qu'aucune de ces blessures ne paraissait mortelle et qu'il était content d'avoir bien servi sa patrie.

Au bout de six semaines, René entra en convalescence. Mais, lorsque Marcel et Chichi le virent pour la première fois debout et débarrassé de ses bandages, ils éprouvèrent moins de joie que de compassion. Marcel avait peine à reconnaître en lui le garçon d'une beauté délicate et même un peu féminine auquel il avait promis sa fille; ce qu'il voyait, c'était un visage sillonné d'une demi-douzaine de cicatrices violacées, une manche où l'avant-bras manquait, une jambe encore raide qui tardait à recouvrer sa flexibilité et qui ne permettait au convalescent de marcher qu'avec l'aide d'une béquille. Mais Chichi, après un sursaut de surprise qu'elle n'avait point réussi à réprimer, eut assez de force sur elle-même pour ne montrer que de l'allégresse. Avec la générosité de sa nature primesautière, elle avait pris soudain lebon parti, c'est-à-dire le parti de l'amour fidèle et du noble dévouement. Si son «petit soldat» avait été maltraité par la guerre, c'était une raison de plus pour qu'elle l'entourât d'une tendresse consolatrice et protectrice.

Dès que René fut autorisé à sortir de l'hôpital, Chichi voulut l'accompagner avec sa mère à la promenade. Si, quand ils traversaient une rue, un chauffeur ou un cocher ne retenaient pas leur voiture pour laisser passer l'infirme, elle leur jetait un regard furibond et les traitait mentalement «d'embusqués». Elle palpitait de satisfaction et d'orgueil lorsqu'elle échangeait un salut avec des amies, et ses yeux leur disaient: «Oui, c'est mon fiancé, un héros!» Elle ne pouvait s'empêcher de jeter de temps à autre un coup d'œil oblique sur la croix de guerre et sur l'uniforme de son compagnon. Elle tenait essentiellement à ce que cet uniforme, défraîchi et taché par le service du front, ne fût remplacé par un autre que le plus tard possible: car le vieil uniforme était un certificat de valeur guerrière, tandis que l'uniforme neuf aurait pu suggérer aux passants l'idée d'un emploi dans les bureaux. Non, non; cette croix-là, son «petit soldat» ne l'avait pas gagnée au ministère de la Guerre!

—Appuie-toi sur moi! répétait-elle à tout moment.

René se servait encore d'une canne, mais il commençait à marcher sans difficulté. Elle n'en exigeaitpas moins qu'il lui donnât le bras. Elle avait un perpétuel besoin de le soigner, de l'aider comme un enfant, et elle était presque fâchée de le voir se rétablir si vite.

Lorsqu'il n'eut plus besoin de canne pour marcher, Desnoyers et le sénateur jugèrent que le moment était venu de donner à ce gracieux roman le dénouement naturel. Pourquoi retarder plus longtemps les noces? La guerre n'était pas un obstacle, et il semblait même qu'elle rendît les mariages plus nombreux.

Eu égard aux circonstances, les cérémonies nuptiales s'accomplirent dans l'intimité, en présence d'une douzaine de parents et d'amis. Ce n'était pas précisément ce que Marcel avait rêvé pour sa fille; il aurait préféré des noces magnifiques, dont les journaux auraient longuement parlé; mais, en somme, il n'avait pas lieu de se plaindre. Chichi était heureuse; elle avait pour mari un homme de cœur et pour beau-père un personnage influent qui saurait assurer l'avenir de ses enfants et de ses petits-enfants. Au surplus, les affaires allaient à merveille et jamais les produits argentins ne s'étaient vendus à un prix aussi élevé que depuis la guerre. Il n'y avait donc aucune raison pour se plaindre, et le millionnaire avait retrouvé presque tout son optimisme.

Marcel venait de passer l'après-midi à l'atelier, oùil avait eu le plaisir de causer avec Argensola des bonnes nouvelles que les journaux publiaient depuis plusieurs jours. Les Français avaient commencé en Champagne une offensive qui leur avait valu une forte avance et beaucoup de prisonniers. Sans doute ces succès avaient dû coûter de lourdes pertes en hommes; mais cela ne donnait aucun souci à Marcel, parce qu'il était persuadé que Jules ne se trouvait pas sur cette partie du front. La veille, il avait reçu de son fils une lettre rassurante écrite huit ou dix jours auparavant; car presque toutes les lettres arrivaient alors avec un long retard. Le sous-lieutenant s'y montrait de bonne et vaillante humeur; il était déjà proposé pour les deux galons d'or, et son nom figurait au tableau de la Légion d'honneur.

—Je vous l'avais bien dit! répétait Argensola. Vous serez le père d'un général de vingt-cinq ans, comme au temps de la Révolution.

Lorsqu'il rentra chez lui, un domestique lui dit que, en l'absence de Luisa, M. Lacour et M. René l'attendaient seuls au salon. Dès le premier coup d'œil, l'attitude solennelle et la mine lugubre des visiteurs l'avertirent qu'ils étaient venus pour une communication pénible.

—Eh bien? leur demanda-t-il d'une voix subitement altérée par l'angoisse.

—Mon pauvre ami...

Ce mot suffit pour que le père devinât le cruel message qu'ils lui apportaient.

—O mon fils!... balbutia-t-il en s'affaissant dans un fauteuil.

Le sénateur venait d'apprendre la funeste nouvelle au ministère de la Guerre. Jules avait été tué dès le début de l'offensive, près d'un village dont le rapport officiel donnait le nom; et ce rapport spécifiait que le sous-lieutenant avait été enterré par ses camarades dans un de ces cimetières improvisés qui se forment sur les champs de bataille.

La mort de Jules fut un coup terrible pour les Desnoyers. Le sénateur usa de tout son crédit pour leur procurer au moins la triste consolation de rechercher la tombe de leur fils et de pleurer sur la terre qui recouvrait la chère dépouille. Avant d'obtenir du grand état-major l'autorisation nécessaire, il dut multiplier les démarches, forcer de nombreux obstacles; mais il insista avec tant d'opiniâtreté et mit en mouvement de si puissantes influences qu'il finit par atteindre son but. Le ministre donna ordre de mettre à la disposition de la famille Desnoyers une automobile militaire et de la faire accompagner par un sous-officier qui, ayant appartenu à la compagnie de Jules et ayant assisté au combat où celui-ci avait été tué, réussirait probablement à retrouver la tombe. Lacour, retenu à Paris par ses devoirs d'homme politique,—il ne pouvait se dispenser d'assister àune importante séance où l'on craignait que le ministère fût mis en minorité,—eut le regret de ne pas accompagner ses amis dans leur triste pèlerinage.

L'automobile avançait lentement, sous le ciel livide d'une matinée d'hiver. De tous côtés, dans le lointain de la campagne grise, on apercevait des palpitations de choses blanches réunies par grands ou par petits groupes, et qui auraient évoqué l'idée d'énormes papillons voletant par bandes sur la campagne, si la rigueur de la saison n'avait rendu cette hypothèse impossible. A mesure que l'on approchait, ces palpitations blanches semblaient se colorer de teintes nouvelles, se tacher de rouge et de bleu. C'étaient de petits drapeaux qui, par centaines, par milliers, frémissaient au souffle du vent glacial. La pluie en avait délavé les couleurs; l'humidité en avait rongé les bords; de quelques-uns il ne restait que la hampe, à laquelle pendillait un lambeau d'étoffe. Chaque drapeau abritait une petite croix de bois, tantôt peinte en noir, tantôt brute, tantôt formée simplement de deux bâtons.

—Que de morts! soupira Marcel en promenant ses regards sur la sinistre nécropole.

Marcel, Luisa et Chichi étaient en grand deuil. René, qui accompagnait sa femme, portait encore l'uniforme de l'armée active; malgré ses blessures, il n'avait pas voulu quitter le service, et il avait étéattaché à une fabrique de munitions jusqu'à la fin de la guerre.

René avait sur ses genoux la carte du champ de bataille et posait des questions au sous-officier. Celui-ci ne reconnaissait pas bien les lieux où s'était livré le combat: il avait vu ce terrain bouleversé par des rafales d'obus et couvert d'hommes; la solitude et le silence le désorientaient.

L'automobile avança entre les groupes épars des sépultures, d'abord par le grand chemin uni et jaunâtre, puis par des chemins transversaux qui n'étaient que de tortueuses fondrières, des bourbiers aux ornières profondes, où la voiture sautait rudement sur ses ressorts.

—Que de morts! répéta Chichi en considérant la multitude des croix qui défilaient à droite et à gauche.

Luisa, les yeux baissés, égrenait son chapelet et murmurait machinalement:

—Ayez pitié d'eux, Seigneur! Ayez pitié d'eux, Seigneur!

Ils étaient arrivés à l'endroit où avait eu lieu le plus terrible de la bataille, la lutte à la mode antique, le corps à corps hors des tranchées, la mêlée farouche où l'on se bat avec la baïonnette, avec la crosse du fusil, avec le couteau, avec les poings, avec les dents. Le guide commençait à se reconnaître, indiquait différents points de l'horizon. Là-bas étaientles tirailleurs africains; un peu plus loin, les chasseurs; l'infanterie de ligne avait chargé des deux côtés du chemin, et toutes ces fosses étaient les siennes. L'automobile fit halte, et René descendit pour lire les inscriptions des croix.

La plupart des sépultures contenaient plusieurs morts, dont les képis ou les casques étaient accrochés aux bras de la croix, et ces effets militaires commençaient à se pourrir ou à se rouiller. Sur quelques-unes des sépultures, des couronnes, mises là par piété, noircissaient et se défaisaient. Presque partout le nombre des corps inhumés avait été indiqué par un chiffre sur le bois de la croix, et tantôt ce chiffre apparaissait nettement, tantôt il était déjà peu lisible, quelquefois il était tout à fait effacé. De tous ces hommes disparus en pleine jeunesse rien ne survivrait, pas même un nom sur un tombeau. La seule chose qui resterait d'eux, ce serait le souvenir qui, le soir, ferait soupirer quelque vieille paysanne conduisant sa vache sur un chemin de France, ou celui d'une pauvre veuve qui, à l'heure où ses petits enfants reviendraient de l'école, vêtus de blouses noires, n'aurait à leur donner qu'un morceau de pain sec et penserait au père dont ils auraient peut-être oublié déjà le visage.

—Ayez pitié d'eux, Seigneur! continuait à murmurer Luisa. Ayez pitié de leurs mères, de leurs femmes veuves, de leurs enfants orphelins!

Il y avait aussi, reléguées un peu à l'écart, de longues, très longues fosses sans drapeaux et sans couronnes, avec une simple croix qui portait un écriteau. Elles étaient entourées d'une clôture de piquets, et la terre du monticule était blanchie par la chaux qui s'y était mélangée. On lisait sur l'écriteau des chiffres d'un effrayant laconisme: 200... 300... 400... Ces chiffres déconcertaient l'imagination qui répugnait à se représenter les files superposées des cadavres couchés par centaines dans l'énorme trou, avec leurs vêtements en lambeaux, leurs courroies rompues, leurs casques bosselés, leurs bottes terreuses: horrible masse de chairs liquéfiées par la décomposition cadavérique, et où les yeux vitreux, les bouches grimaçantes, les cœurs éteints se fondaient dans une même fange. Et pourtant, à cette idée, Marcel ne put s'empêcher d'éprouver une sorte de joie féroce: son fils était mort, mais il avait été bien vengé!

Sur les indications du guide, l'automobile avança encore un peu et prit à travers champs pour gagner un certain groupe de tombes. Sans aucun doute, c'était là que le régiment de Jules s'était battu. Les pneumatiques s'enfonçaient dans la glèbe et aplatissaient les sillons ouverts par la charrue; car le travail de l'homme avait recommencé sur ces charniers où les labours s'étendaient à côté des fosses et où la végétation naissante annonçait le printemps prochain. Déjà les herbes et les broussailles se couvraient deboutons gonflés de sève, et, sous les premières caresses du soleil, les pointes vertes des blés annonçaient qu'en dépit des haines et des massacres la nature nourricière continuait à élaborer pour les hommes les inépuisables ressources de la vie.

—Nous y sommes, dit le guide.

Alors Marcel, Luisa et Chichi mirent aussi pied à terre, et la promenade funèbre commença entre les tombes. René et le sous-officier allaient devant, déchiffraient les inscriptions, s'arrêtaient un moment devant celles qui étaient difficiles à lire, puis continuaient leurs recherches. Chichi marchait à quelques pas derrière eux, taciturne et sombre. Marcel et Luisa les suivaient de loin, péniblement, les pieds lourds de terre molle, les jambes flageolantes, le cœur serré.

Une demi-heure s'écoula sans que l'on trouvât rien. Toujours des noms inconnus, des croix anonymes, des inscriptions qui indiquaient les chiffres d'autres régiments. Les deux vieillards ne tenaient plus debout et commençaient à désespérer de retrouver la tombe de leur fils. Ce fut Chichi qui tout à coup poussa un cri:

—La voilà!

Ils se réunirent devant un monceau de terre qui avait vaguement la forme d'un cercueil et qui commençait à se couvrir d'herbe. Il y avait au chevet une croix sur laquelle un compagnon d'armes avait gravé avec la pointe de son couteau le nom de «Desnoyers»,puis, en abrégé, le grade, le régiment et la compagnie.

Luisa et Chichi s'étaient agenouillées sur le sol humide et sanglotaient. Le père regardait fixement, avec une sorte de stupeur, la croix et le monceau de terre. René et le sous-officier se taisaient, la tête basse. Ils avaient tous l'esprit hanté de questions sinistres, en songeant à ce cadavre que la glèbe recouvrait de son mystère. Jules était-il tombé foudroyé? Avait-il rendu l'âme dans la sérénité de l'inconscience? Avait-il au contraire enduré la torture du blessé qui meurt lentement de soif, de faim et de froid, et qui, dans une agonie lucide, sent la mort gagner peu à peu sa tête et son cœur? Le coup fatal avait-il respecté la beauté de ce jeune corps, et la balle meurtrière n'y avait-elle fait qu'un trou presque imperceptible, au front, à la poitrine? Ou le projectile avait-il horriblement ravagé ces chairs saines et mis en lambeaux cet organisme vigoureux? Questions qui resteraient éternellement sans réponse. Jamais ceux qui l'avaient aimé n'auraient la douloureuse consolation de connaître les circonstances de sa mort.

Chichi se releva, s'en alla sans rien dire vers l'automobile, revint avec une couronne et une gerbe de fleurs. Elle suspendit la couronne à la croix, mit un bouquet au chevet de la tombe, sema à la surface du tertre les pétales des roses qu'elle effeuillait gravement, solennellement, comme si elle accomplissait un rite religieux.

Cela fait, Marcel et Luisa, précédés par le sous-officier, s'en retournèrent silencieusement vers l'automobile, tandis que Chichi et René s'attardaient encore quelques minutes près de la tombe.

Les vieux époux, accablés, marchaient au flanc l'un de l'autre; mais leurs pensées muettes suivaient des voies différentes.

Luisa, mue par la bonté naturelle de son cœur et par les mystiques enseignements de la charité chrétienne, se détachait peu à peu de la contemplation de sa propre douleur pour compatir à la douleur d'autrui. Elle s'imaginait voir par delà les lignes ennemies sa sœur Héléna cheminant aussi parmi des tombes, déchiffrant sur l'une d'elles le nom d'un fils chéri, et sanglotant plus désespérément encore à l'idée d'un autre fils dont elle ne connaîtrait jamais la sépulture. Partout, hélas! les douleurs humaines étaient les mêmes, et la cruelle égalité dans la souffrance donnait à tous un droit égal au pardon.

Marcel, au contraire, en homme d'action à qui la vie a enseigné que chacun porte ici-bas la responsabilité de ses fautes, songeait à l'inévitable châtiment des criminels qui avaient ramené dans le monde la Bête apocalyptique et ouvert la carrière aux horribles cavaliers par lesquels Tchernoff se plaisait à symboliser les fléaux de la guerre. Ce châtiment, Marcel était trop âgé peut-être pour avoir la profonde satisfaction d'en être témoin; la mort de son fils avait brusquementfait de lui un vieillard, et il pressentait qu'il n'avait plus que quelques mois à vivre; mais il n'en était pas moins convaincu que tôt ou tard justice serait faite, et faite sans miséricorde. L'indulgence à l'égard de ceux qui ont voulu délibérément le mal est une complicité. Celui qui pardonne à l'assassin trahit la victime. Il est bon que la guerre dévore ses enfants, et, quand on a tiré l'épée, on doit périr par l'épée.

En arrière, pendant que René attachait à la croix le bouquet et la couronne, Chichi était montée sur un tas de terre qui renfermait peut-être des cadavres, et, debout, les sourcils froncés, en comprimant de ses deux mains l'envolée de ses jupes agitées par la bise, elle contemplait la vaste nécropole. Le souvenir de son frère Jules avait passé au second plan dans sa mémoire, et l'aspect de ce champ de mort la faisait surtout penser aux vivants. Ses yeux se fixèrent sur René. Peut-être songeait-elle que son mari n'avait pas été exposé à un moindre péril que son frère, et que c'était pour elle un bonheur quasi miraculeux de l'avoir encore sauf et robuste malgré les cicatrices et les mutilations.

—Et dire, mon pauvre petit, prononça-t-elle enfin à haute voix, qu'en ce moment tu pourrais être sous terre, comme tant d'autres malheureux!

René la regarda, sourit mélancoliquement. Oui, ce qu'elle venait de dire était vrai; mais la destinée s'était montrée clémente pour lui, puisqu'elle l'avaitconservé à la tendresse d'une jeune femme généreuse qui était fière du mari mutilé et qui le trouvait plus beau avec ses cicatrices.

—Viens! ajouta Chichi impérieusement. J'ai quelque chose à te dire.

Il monta près d'elle sur le tas de terre. Et alors, comme si, au milieu de ce champ funèbre, elle sentait mieux la joie triomphante de la vie, elle lui jeta les bras autour du cou, l'étreignit contre son sein qui exhalait un chaud parfum d'amour, lui imprima sur la bouche un baiser qui mordait. Et ses jupes, libres au vent, moulèrent la courbe superbe de sa taille où se dessinaient déjà les rondeurs de la maternité.

FIN

671-17.—Coulommiers. Imp. PAUL BRODARD.—7-18.

7157-9-17.

NOTES:[A]Los cuatro jinetes del Apocalipsis, novela,par Vicente Blasco Ibáñez; Prometeo, Sociedad editorial, Germanias, Valencia, [1916].—La présente traduction est plus courte que l'original. Les coupures et les remaniements ont été approuvés par l'auteur.—G. H.[B]En vertu de la législation argentine, Jules Desnoyers, né en Argentine de Marcel Desnoyers, colon français, était Argentin par le seul fait de sa naissance.—G. H.[C]Nom qu'on donne dans l'Amérique du Sud aux domaines ruraux.—G. H.[D]Airs de danse.—G. H.[E]Pièce de monnaie qui vaut cinq francs.—G. H.[F]Ferme où l'on fait l'élevage.—G. H.[G]Prière de ne pas piller. Ce sont des personnes bienveillantes.[H]Quoique de nationalité argentine, Jules a pu s'engager dans un régiment français en raison de la nationalité française de son père.—G. H.

NOTES:

[A]Los cuatro jinetes del Apocalipsis, novela,par Vicente Blasco Ibáñez; Prometeo, Sociedad editorial, Germanias, Valencia, [1916].—La présente traduction est plus courte que l'original. Les coupures et les remaniements ont été approuvés par l'auteur.—G. H.

[A]Los cuatro jinetes del Apocalipsis, novela,par Vicente Blasco Ibáñez; Prometeo, Sociedad editorial, Germanias, Valencia, [1916].—La présente traduction est plus courte que l'original. Les coupures et les remaniements ont été approuvés par l'auteur.—G. H.

[B]En vertu de la législation argentine, Jules Desnoyers, né en Argentine de Marcel Desnoyers, colon français, était Argentin par le seul fait de sa naissance.—G. H.

[B]En vertu de la législation argentine, Jules Desnoyers, né en Argentine de Marcel Desnoyers, colon français, était Argentin par le seul fait de sa naissance.—G. H.

[C]Nom qu'on donne dans l'Amérique du Sud aux domaines ruraux.—G. H.

[C]Nom qu'on donne dans l'Amérique du Sud aux domaines ruraux.—G. H.

[D]Airs de danse.—G. H.

[D]Airs de danse.—G. H.

[E]Pièce de monnaie qui vaut cinq francs.—G. H.

[E]Pièce de monnaie qui vaut cinq francs.—G. H.

[F]Ferme où l'on fait l'élevage.—G. H.

[F]Ferme où l'on fait l'élevage.—G. H.

[G]Prière de ne pas piller. Ce sont des personnes bienveillantes.

[G]Prière de ne pas piller. Ce sont des personnes bienveillantes.

[H]Quoique de nationalité argentine, Jules a pu s'engager dans un régiment français en raison de la nationalité française de son père.—G. H.

[H]Quoique de nationalité argentine, Jules a pu s'engager dans un régiment français en raison de la nationalité française de son père.—G. H.


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