Chapter 7

[32]Yan-hoeïmourut à trente-deux ans.

[32]Yan-hoeïmourut à trente-deux ans.

1. Le Philosophe dit: Je commente, j'éclaircis (les anciens ouvrages), mais je n'en compose pas de nouveaux. J'ai foi dans les anciens, et je les aime; j'ai la plus haute estime pour notreLao-pang[33].

2. Le Philosophe dit: Méditer en silence et rappeler à sa mémoire les objets de ses méditations; se livrer à l'étude, et ne pas se rebuter; instruire les hommes, et ne pas se laisser abattre: comment parviendrai-je à posséder ces vertus?

3. Le Philosophe dit: La vertu n'est pas cultivée; l'étude n'est pas recherchée avec soin; si l'on entend professer des principes de justice et d'équité, on ne veut pas les suivre; les méchants et les pervers ne veulent pas se corriger: voilà ce qui fait ma douleur!

4. Lorsque le Philosophe se trouvait chez lui, sans préoccupation d'affaires, que ses manières étaient douces et persuasives! que son air était affable et prévenant!

5. Le Philosophe dit: O combien je suis déchu de moi-même! depuis longtemps, je n'ai plus vu en songeTcheou-koung[34].

6. Le Philosophe dit: Que la pensée soit constamment fixée sur les principes de la droite voie;

Que l'on tende sans cesse à la vertu de l'humanité;

Que l'on s'applique, dans les moments de loisir, à la culture des arts[35].

7. Le Philosophe dit: Dès l'instant qu'une personne est venue me voir, et m'a offert les présents d'usage[36], je n'ai jamais manqué de l'instruire.

8. Le Philosophe dit: Si un homme ne fait aucun effort pour développer son esprit, je ne le développerai point moi-même. Si un homme ne veut faire aucun usage de sa faculté de parler, je ne pénétrerai pas le sens de ses expressions; si, après avoir fait connaître l'angle d'un carré, on ne sait pas la dimension des trois autres angles, alors je ne renouvelle pas la démonstration.

9. Quand le Philosophe se trouvait à table avec une personne qui éprouvait des chagrins de la perte de quelqu'un, il ne pouvait manger pour satisfaire son appétit. Le Philosophe, dans ce jour (de deuil) se livrait lui-même à la douleur, et il ne pouvait chanter.

10. Le Philosophe, interpellantYen-youan, lui dit: Si on nous emploie dans les fonctions publiques, alors nous remplissons notre devoir; si on nous renvoie, alors nous nous reposons dans la vie privée. Il n'y a que vous et moi qui agissions ainsi.

Tseu-loudit: Si vous conduisiez trois corps d'armée ouKiunde douze mille cinq cents hommes chacun, lequel de nous prendriez-vous pour lieutenant?

Le Philosophe dit: Celui qui de ses seules mains nous engagerait au combat avec un tigre; qui, sans motifs, voudrait passer un fleuve à gué; qui prodiguerait sa vie sans raison et sans remords: je ne voudrais pas le prendre pour lieutenant. Il me faudrait un homme qui portât une vigilance soutenue dans la direction des affaires; qui aimât à former des plans et à les mettre à exécution.

11. Le Philosophe dit: Si, pour acquérir des richesses par des moyens honnêtes, il me fallait faire un vil métier, je le ferais; mais si les moyens n'étaient pas honnêtes, j'aimerais mieux m'appliquer à ce que j'aime.

12. Le Philosophe portait la plus grande attention sur l'ordre, la guerre et la maladie.

13. Le Philosophe étant dans le royaume deThsi, entendit la musique nomméeTchao(deChun). Il en éprouva tant d'émotion, que pendant trois lunes il ne connut pas le goût des aliments. Il dit: Je ne me figure pas que depuis la composition de cette musique on soit jamais arrivé à ce point de perfection.

14.Yen-yeoudit: Notre maître aidera-t-il le prince deWeï?Tseu-koungdit: Pour cela, je le lui demanderai.

Il entra (dans l'appartement de son maître), et dit: Que pensez-vous dePe-iet deChou-tsi?Le Philosophe dit: Ces hommes étaient de véritables sages de l'antiquité. Il ajouta: N'éprouvèrent-ils aucun regret?—Ils cherchèrent à acquérir la vertu de l'humanité, et ils obtinrent cette vertu: pourquoi auraient-ils éprouvé des regrets? En sortant (Tseu-koung) dit: Notre maître n'assistera pas (le prince deWeï).

15. Le Philosophe dit: Se nourrir d'un peu de riz, boire de l'eau, n'avoir que son bras courbé pour appuyer sa tête, est un état qui a aussi sa satisfaction. Être riche et honoré par des moyens iniques, c'est pour moi comme le nuage flottant qui passe.

16. Le Philosophe dit: S'il m'était accordé d'ajouter à mon âge de nombreuses années, j'en demanderais cinquante pour étudier leY-king, afin que je pusse me rendre exempt de fautes graves.

17. Les sujets dont le Philosophe parlait habituellement étaient leLivre des Vers, leLivre des Annaleset leLivre des Rites. C'étaient les sujets constants de ses entretiens.

18.Ye-konginterrogeaTseu-lousurKHOUNG-TSEU.Tseu-loune lui répondit pas.

Le Philosophe dit: Pourquoi ne lui avez-vous pas répondu? C'est un homme qui, par tous les efforts qu'il fait pour acquérir la science, oublie de prendre de la nourriture; qui, par la joie qu'il éprouve de l'avoir acquise, oublie les peines qu'elle lui a causées, et qui ne s'inquiète pas de l'approche de la vieillesse. Je vous en instruis.

19. Le Philosophe dit: Je ne naquis point doué de la science. Je suis un homme qui a aimé les anciens, et qui a fait tous ses efforts pour acquérir leurs connaissances.

20. Le Philosophe ne parlait, dans ses entretiens, ni des choses extraordinaires, ni de la bravoure, ni des troubles civils, ni des esprits.

21. Le Philosophe dit: Si nous sommes trois qui voyagions ensemble, je trouverai nécessairement deux instituteurs [dans mes compagnons de voyage]; je choisirai l'homme de bien pour l'imiter, et l'homme pervers pour me corriger.

22. Le Philosophe dit: Le ciel a fait naître la vertu en moi; que peut donc me faireHoan-touï?

23. Vous, mes disciples, tous tant que vous êtes, croyez-vous que j'aie pour vous des doctrines cachées? Je n'ai point de doctrines cachées pour vous. Je n'ai rien fait que je ne vous l'aie communiqué, ô mes disciples! C'est la manière d'agir deKHIEOU(de lui-même).

24. Le Philosophe employait quatre sortes d'enseignements: la littérature, la pratique des actions vertueuses, la droiture ou la sincérité, et la fidélité.

25. Le Philosophe dit: Je ne puis parvenir à voir un saint homme; tout ce que je puis, c'est de voir un sage.

Le Philosophe dit; Je ne puis parvenir à voir un homme véritablement vertueux; tout ce que je puis, c'est de parvenir à voir un homme constant et ferme dans ses idées.

Manquer de tout, et agir comme si l'on possédait avec abondance; être vide, et se montrer plein; être petit, et se montrer grand, est un rôle difficile à soutenir constamment.

26. Le Philosophe péchait quelquefois à l'hameçon, mais non au filet; il chassait aux oiseaux avec une flèche, mais non avec des pièges.

27. Le Philosophe dit: Comment se trouve-t-il des hommes qui agissent sans savoir ce qu'ils font? je ne voudrais pas me comporter ainsi. Il faut écouter les avis de beaucoup de personnes, choisir ce que ces avis ont de bon et le suivre; voir beaucoup et réfléchir mûrement sur ce que l'on a vu; c'est le second pas de la connaissance.

28. LesHeou-hiang(habitants d'un pays ainsi nommé) étaient difficiles à instruire. Un de leurs jeunes gens étant venu visiter les disciples du Philosophe, ils délibérèrent s'ils le recevraient parmi eux.

Le Philosophe dit: Je l'ai admis à entrer [au nombre de mes disciples]; je ne l'ai pas admis à s'en aller. D'où vient cette opposition de votre part? cet homme s'est purifié, s'est renouvelé lui-même afin d'entrer à mon école; louez-le de s'être ainsi purifié; je ne réponds pas de ses actions passées ou futures.

29. Le Philosophe dit: L'humanité est-elle si éloignée de nous! je désire posséder l'humanité, et l'humanité vient à moi.

30. Le juge du royaume deTchindemanda siTchao-kongconnaissait les rites.KHOUNG-TSEUdit: Il connaît les rites.

KHOUNG-TSEUs'étant éloigné, [le juge] saluaOu-ma-ki, et, le faisant entrer, il lui dit: J'ai entendu dire que l'homme supérieur ne donnait pas son assentiment aux fautes des autres; cependant un homme supérieur y a donné son assentiment. Le prince s'est marié avec une femme de la familleOu, du même nom que le sien, et il l'a appeléeOu-meng-tseu. Un prince doit connaître les rites et coutumes: pourquoi, lui, ne les connaît-il pas?

Ou-ma-kiavertit le Philosophe, qui s'écria: QueKHIEOUest heureux! s'il commet une faute, les hommes sont sûrs de la connaître.

31. Lorsque le Philosophe se trouvait avec quelqu'un qui savait bien chanter, il l'engageait à chanter la même pièce une seconde fois, et il l'accompagnait de la voix.

32. Le Philosophe dit: En littérature, je ne suis pas l'égal d'autres hommes. Si je veux que mes actions soient celles d'un homme supérieur, alors je ne puis jamais atteindre à la perfection.

33. Le Philosophe dit: Si je pense à un homme qui réunisse la sainteté à la vertu de l'humanité, comment oserais-je me comparer à lui! Tout ce que je sais, c'est que je m'efforce de pratiquer ces vertus sans me rebuter, et de les enseigner aux autres sans me décourager et me laisser abattre. C'est là tout ce que je vous puis dire de moi.Kong-si-hoadit: Il est juste d'ajouter que nous, vos disciples, nous ne pouvons pas même apprendre ces choses.

34. Le Philosophe étant très-malade,Tseu-loule pria de permettre à ses disciples d'adresser pour lui leurs prières[37]aux esprits et aux génies. Le Philosophe dit: Cela convient-il?Tseu-lourépondit avec respect: Cela convient. Il est dit dans le livre intituléLouï: «Adressez vosprièresaux esprits et aux génies d'en haut et d'en bas [du ciel et de la terre].» Le Philosophe dit:

La prière deKHIEOU[la sienne] est permanente.

35. Le Philosophe dit: Si l'on est prodigue et adonné au luxe, alors on n'est pas soumis. Si l'on est trop parcimonieux, alors on est vil et abject. La bassesse est cependant encore préférable à la désobéissance.

36. Le Philosophe dit: L'homme supérieur a de l'équanimité et de la tranquillité d'àme. L'homme vulgaire éprouve sans cesse du trouble et de l'inquiétude.

37. Le Philosophe était d'un abord aimable et prévenant; sa gravité sans roideur et la dignité de son maintien inspiraient du respect sans contrainte.

[33]Sage,ta-fou, de la dynastie desChang.

[33]Sage,ta-fou, de la dynastie desChang.

[34]Voyez notreDescription de la Chine, t. 1, p. 84 et suiv.

[34]Voyez notreDescription de la Chine, t. 1, p. 84 et suiv.

[35]Ces arts sont, selon le Commentaire, les rites, la musique, l'art de tirer de l'arc, l'équitation, l'écriture et l'arithmétique.

[35]Ces arts sont, selon le Commentaire, les rites, la musique, l'art de tirer de l'arc, l'équitation, l'écriture et l'arithmétique.

[36]Des morceaux de viande salée et sechée au soleil.

[36]Des morceaux de viande salée et sechée au soleil.

[37]Le mot chinois, selon le commentateur, implique l'Idéed'éviter le mal et d'avancer dans la vertuavec l'assistance des esprits. Si l'on n'a aucun motif deprier, alors l'on ne doit pasprier.

[37]Le mot chinois, selon le commentateur, implique l'Idéed'éviter le mal et d'avancer dans la vertuavec l'assistance des esprits. Si l'on n'a aucun motif deprier, alors l'on ne doit pasprier.

1. Le Philosophe dit: C'estTaï-pé[38]qui pouvait être appelé souverainement vertueux! ou ne trouvait rien à ajouter à sa vertu. Trois fois il refusa l'empire, et le peuple ne voyait rien de louable dans son action désintéressée.

2. Le Philosophe dit: Si la déférence et le respect envers les autres ne sont pas réglés par les rites ou l'éducation, alors ce n'est plus qu'une chose fastidieuse; si la vigilance et la sollicitude ne sont pas réglées par l'éducation, alors ce n'est qu'une timidité outrée; si le courage viril n'est pas réglé par l'éducation, alors ce n'est que de l'insubordination; si la droiture n'est pas réglée par l'éducation, alors elle entraîne dans une grande confusion.

Si ceux qui sont dans une condition supérieure traitent leurs parents comme ils doivent l'être, alors le peuple s'élèvera à la vertu de l'humanité. Pour la même raison, s'ils ne négligent et n'abandonnent pas leurs anciens amis, alors le peuple n'agira pas d'une manière contraire.

3.Thsêng-tseu, étant dangereusement malade, fit venir auprès de lui ses disciples, et leur dit: Découvrez-moi les pieds, découvrez-moi les mains. LeLivre des Versdit:

«Ayez la même crainte et la même circonspectionQue si vous contempliez sous vos yeux un abîme profond,Que si vous marchiez sur une glace fragile!»

«Ayez la même crainte et la même circonspection

Que si vous contempliez sous vos yeux un abîme profond,

Que si vous marchiez sur une glace fragile!»

Maintenant ou plus tard, je sais que je dois vous quitter, mes chers disciples.

4.Thsêng-tseuétant malade,Meng-king-tseu(grand du royaume deLou) demanda des nouvelles de sa santé.Thsêng-tseuprononça ces paroles: «Quand l'oiseau est près de mourir, son chant devient triste; quand l'homme est près de mourir, ses paroles portent l'empreinte de la vertu.»

Les choses que l'homme supérieur met au-dessus de tout, dans la pratique de la raison, sont au nombre de trois: dans sa démarche et dans son attitude, il a soin d'éloigner tout ce qui sentirait la brutalité et la rudesse; il fait en sorte que la véritable expression de sa figure représente autant que possible la réalité et la sincérité de ses sentiments; que dans les paroles qui lui échappent de la bouche et dans l'intonation de sa voix, il éloigne tout ce qui pourrait être bas ou vulgaire et contraire à la raison. Quant à ce qui concerne les vases en bambous [choses moins importantes], il faut que quelqu'un préside à leur conservation.

5.Thsêng-tseudit: Posséder la capacité et les talents, et prendre avis de ceux qui en sont dépourvus; avoir beaucoup, et prendre avis de ceux qui n'ont rien; être riche, et se comporter comme si l'on était pauvre; être plein, et paraître vide ou dénué de tout; se laisser offenser sans en témoigner du ressentiment; autrefois j'avais un ami qui se conduisait ainsi dans la vie.

6.Thsêng-tseudit: L'homme à qui l'on peut confier un jeune orphelin de six palmes (tchi) de haut[39], à qui l'on peut remettre l'administration et le commandement d'un royaume de centlid'étendue, et qui, lorsque apparaît un grand déchirement politique, ne se laisse pas arracher à son devoir, n'est-ce pas un homme supérieur? Oui, c'est assurément un homme supérieur!

7.Thsêng-tseudit: Les lettrés ne doivent pas ne pas avoir l'âme ferme et élevée, car leur fardeau est lourd, et leur route longue.

L'humanité est le fardeau qu'ils ont à porter (ou le devoir qu'ils ont à remplir): n'est-il pas en effet bien lourd et bien important? C'est à la mort seulement qu'on cesse de le porter: la route n'est-elle pas bien longue?

8. Le Philosophe dit: Elevons notre esprit par la lecture duLivre des Vers; établissons nos principes de conduite sur leLivre des Rites; perfectionnons-nous par laMusique.

9. Le Philosophe dit: On peut forcer le peuple à suivre les principes de la justice et de la raison; on ne peut pas le forcer à les comprendre.

10. L'homme qui se plait dans les actions courageuses et viriles, s'il éprouve les privations et les souffrances de la misère, causera du trouble et du désordre; mais l'homme qui est dépourvu des vertus de l'humanité, les souffrances et les privations même lui manquant, causera beaucoup plus de troubles et de désordres.

11. Le Philosophe dit: Supposé qu'un homme soit doué de la beauté et des talents deTcheou-koung, mais qu'il soit en même temps hautain et d'une avarice sordide, ce qui lui reste de ses qualités ne vaut pas la peine qu'on y fasse attention.

12. Le Philosophe dit: Il n'est pas facile de trouver une personne qui pendant trois années se livre constamment à l'étude [de la sagesse] sans avoir en vue les émoluments qu'elle peut en retirer.

13. Le Philosophe dit: Celui qui a une foi inébranlable dans la vérité, et qui aime l'étude avec passion, conserve jusqu'à la mort les principes de la vertu, qui en sont la conséquence.

Si un État se trouve en danger de révolution [par suite de son mauvais gouvernement], n'allez pas le visiter; un pays qui est livré au désordre ne peut pas y rester. Si un empire se trouve gouverné par les principes de la droiture et de la raison, allez le visiter; s'il n'est pas gouverné par les principes de la raison, restez ignorés dans la retraite et la solitude.

Si un État est gouverné par les principes de la raison, la pauvreté et la misère sont un sujet de honte; si un État n'est pas gouverné parles principes de la raison, la richesse et les honneurs sont alors les sujets de honte[40].

14. Le Philosophe dit: Si vous n'occupez pas des fonctions dans un gouvernement, ne donnez pas votre avis sur son administration.

15. Le Philosophe dit: Comme le chef de musique nomméTchi, dans son chant qui commence par ces mots:Kouan-tsiu-tchi-louan, avait su charmer l'oreille par la grâce et la mélodie!

16. Le Philosophe dit: Être courageux et hardi sans droiture, hébété sans attention, inepte sans sincérité; je ne connais pas de tels caractères.

17. Le Philosophe dit: Étudiez toujours comme si vous ne pouviez jamais atteindre [au sommet de la science], comme si vous craigniez de perdre le fruit de vos études.

18. Le Philosophe dit: O quelle élévation, quelle sublimité dans le gouvernement deChunet deYu!et cependant il n'était encore rien à leurs yeux.

19. Le Philosophe dit: O qu'elle était grande la conduite deYaodans l'administration de l'empire! qu'elle était élevée et sublime! il n'y a que le ciel qui pouvait l'égaler en grandeur; il n'y a queYaoqui pouvait imiter ainsi le ciel! Ses vertus étaient si vastes et si profondes, que le peuple ne trouvait point de noms pour leur donner!

O quelle grandeur! quelle sublimité dans ses actions et ses mérites! et que les monuments qu'il a laissés de sa sagesse sont admirables!

20.Chunavait cinq ministres; et l'empire était bien gouverné.

Wou-wangdisait: J'ai pour ministres dix hommes d'État habiles dans l'art de gouverner.

KHOUNG-TSEUdit: Les hommes de talent sont rares et difficiles à trouver; n'est-ce pas la vérité? A partir de l'époque deChang(Yao) et deYu(Chun) jusqu'à ces ministres (deWou-wang), pleins de mérites, il y a eu une femme, ainsi que neuf hommes de talent; et voilà tout.

De trois parties qui formaient l'empire (Wen-wang) en eut deux, avec lesquelles il continua à servir la dynastie deYn. La vertu du fondateur de la dynastie desTcheoupeut être appelée une vertu sublime.

21. Le Philosophe dit: Je ne vois aucun défaut dansYu!il était sobre dans le boire et le manger, et souverainement pieux envers les esprits et les génies. Ses vêtements ordinaires étaient mauvais et grossiers; mais comme ses robes et ses autres habillements de cérémonies étaient beaux et parés! Il habitait une humble demeure; mais il employa tous ses efforts à faire élever des digues et creuser des canaux pour l'écoulement des eaux. Je ne vois aucun défaut dansYu.

[38]Fils ainé deTaï-wang, desTchéou.

[38]Fils ainé deTaï-wang, desTchéou.

[39]L'héritier du trône.

[39]L'héritier du trône.

[40]Ces admirables principes n'ont pas besoin de commentaire».

[40]Ces admirables principes n'ont pas besoin de commentaire».

1. Le Philosophe parlait rarement du gain, du destin [ou mandat du ciel,ming] et de l'humanité [la plus grande des vertus].

2. Un homme du village deTa-hiangdit: QueKHOUNG-TSEUest grand! cependant ce n'est pas son vaste savoir qui a fait sa renommée.

Le Philosophe ayant entendu ces paroles, interpella ses disciples en leur disant: Que dois-je entreprendre de faire? Prendrai-je l'état de voiturier, ou apprendrai-je celui d'archer? Je serai voiturier.

3. Le Philosophe dit: Autrefois on portait un bonnet d'étoffe de lin, pour se conformer aux rites; maintenant on porte un bonnet de soie comme plus économique; je veux suivre la multitude. Autrefois on s'inclinait respectueusement au bas des degrés de la salle de réception pour saluer son prince, en se conformant aux rites; maintenant on salue en haut des degrés. Ceci est de l'orgueil. Quoique je m'éloigne en cela de la multitude, je suivrai le mode ancien.

4. Le Philosophe était complètement exempt de quatre choses: il était sans amour-propre, sans préjugés, sans obstination et sans égoïsme.

5. Le Philosophe éprouva des inquiétudes et des frayeurs àKouang. Il dit:Wen-wangn'est plus; la mise en lumière de la pure doctrine ne dépend-elle pas maintenant de moi?

Si le ciel avait résolu de laisser périr cette doctrine, ceux qui ont succédé àWen-wang, qui n'est plus, n'auraient pas eu la faculté de la faire revivre et de lui rendre son ancien éclat. Le ciel ne veut donc pas que cette doctrine périsse. Que me veulent donc les hommes deKouang?

6. UnTaï-tsaï, ou grand fonctionnaire public, interrogea un jourTseu-koungen ces termes: Votre maître est-il un saint? N'a-t-il pas un grand nombre de talents?

Tseu-koungdit: Certainement le ciel lui a départi presque tout ce qui constitue la sainteté, et, en outre, un grand nombre de talents.

Le Philosophe ayant entendu parler de ces propos, dit: Ce grand fonctionnaire me connait-il? Quand j'étais petit, je me suis trouvé dans des circonstances pénibles et difficiles; c'est pourquoi j'ai acquis un grand nombre de talents pour la pratique des affaires vulgaires. L'homme supérieur possède-t-il un grand nombre de ces talents? Non, il n'en possède pas un grand nombre.

Lao(un des disciples deKHOUNG-TSEU) dit: Le Philosophe répétait souvent: «Je ne fus pas employé jeune dans les charges publiques; c'est pourquoi je m'appliquai à l'étude des arts.»

7. Le Philosophe dit: Suis-je véritablement en possession de la science? je n'en sais rien[41]. Mais s'il se rencontre un ignorant qui me fasse des questions, tant vides soient-elles, j'y réponds de mon mieux, en épuisant le sujet sous toutes ses faces.

8. Le Philosophe dit: L'oiseau nomméFoungouFoung-lingne vient pas, le fleuve ne fait pas sortir de son sein le [tableau sur lequel est figuré le dragon]. C'en est fait de moi.

9. Lorsque le Philosophe voyait quelqu'un en habits de deuil, ou portant le bonnet et la robe de magistrat, ou aveugle, quand même il eut été plus jeune que lui, il se levait à son approche [s'il se trouvait assis]. S'il passait devant lui assis, le Philosophe accélérait le pas.

10.Yen-youans'écria en soupirant: Si je considère la doctrine de notre maître, je ne vois rien de plus élevé; si je cherche à la pénétrer, je ne trouve rien de plus impénétrable; si je la regarde comme devant mes yeux et me précédant, aussitôt elle m'échappe et me fuit.

Mon maître m'a cependant conduit pas à pas; il a développé graduellement mon esprit, car il savait admirablement captiver les hommes par ses paroles; il a étendu beaucoup mes connaissances dans les sciences qui constituent l'éducation, et il m'a surtout fait étudier leLivre des Rites.

Si je voulais m'arrêter, je ne le pouvais pas. Quand j'avais épuisé toutes mes forces, [cette doctrine] était toujours là comme fixée devant moi à une certaine distance. Quoique j'aie désiré ardemment de l'atteindre, je n'ai pu y parvenir.

11. Le Philosophe étant très-malade,Tseu-loului envoya un disciple pour lui servir de ministre.

Dans un intervalle [de souffrance] que lui laissa la maladie, le Philosophe dit: N'y a-t-il pas déjà longtemps queYeou(Tseu-lou) se conduit d'une manière peu conforme à la raison? Je n'ai pas de ministres, et cependant j'ai quelqu'un qui en fait les fonctions; qui trompé-je, de moi ou du ciel?

Plutôt que de mourir entre les mains d'un ministre, n'aurait-il pas mieux valu pour moi de mourir entre les mains de mes disciples? Quoique, dans ce dernier cas, je n'eusse pas obtenu de grandes funérailles, je serais mort dans la droite voie!

12.Tseu-koungdit: Si j'avais un beau joyau dans les circonstances actuelles, devrais-je le renfermer et le cacher dans une boîte, ou chercher à le vendre un bon prix? Le Philosophe dit: Vendez-le! vendez-le! Mais j'attendrais quelqu'un qui pût l'estimer sa valeur.

13. Le Philosophe témoigna le désir d'aller habiter parmi lesKieou-i, ou les neuf tribus barbares des régions orientales. Quelqu'un dit: Ce serait une condition vile et abjecte; comment avoir un pareil désir? Le Philosophe dit: Où l'homme supérieur, le sage, habite, comment y aurait-il bassesse et abjection?

14. Le Philosophe dit: Lorsque du royaume deWeïje retournai dans celui deLou, je corrigeai et rectifiai la musique. Les chants compris sous les noms deYaet deSoung[deux divisions duLivre des Vers] furent remis chacun à la place qu'ils doivent occuper.

15. Le Philosophe dit: Quand vous êtes hors de chez vous, rendez vos devoirs à vos magistrats supérieurs. Quand vous êtes chez vous, faites votre devoir envers vos père et mère et vos frères. Dans les cérémonies funèbres, ne vous permettez aucune négligence. Ne vous livrez à aucun excès dans l'usage du vin. Comment pourrais-je tolérer une conduite contraire?

16. Le Philosophe, étant sur le bord d'une rivière, dit: Comme elle coule avec majesté! elle ne s'arrête ni jour ni nuit!

17. Le Philosophe dit: Je n'ai encore vu personne qui aimât autant la vertu que l'on aime la beauté du corps.

18. Le Philosophe dit: Soit une comparaison: je veux former un monticule de terre; avant d'avoir rempli un panier, je puis m'arrêter; je m'arrête. Soit une autre comparaison: je veux niveler un terrain; quoique j'aie déjà transporté un panier de terre, j'ai toujours la liberté de discontinuer ou d'avancer; je puis agir d'une façon ou d'une autre.

19. Le Philosophe dit: Dans le cours de nos entretiens, celui dont l'esprit ne se lassait point, ne s'engourdissait point, c'étaitHoeï.

20. Le Philosophe, parlant deYen-youan(Hoeï), disait: Hélas! je le vis toujours avancer et jamais s'arrêter.

21. Le Philosophe dit: L'herbe pousse, mais ne donne point de fleurs; si elle donne des fleurs, elle ne produit point de graines mûres. Voilà où en est le sage!

22. Le Philosophe dit: Dès l'instant qu'un enfant est né, il faut respecter ses facultés; la science qui lui viendra par la suite ne ressemble en rien à son état présent. S'il arrive à l'âge de quarante ou de cinquante ans sans avoir rien appris, il n'est plus digne d'aucun respect.

23. Le Philosophe dit: Un langage sincère et conforme à la droite raison n'obtiendra-t-il pas l'assentiment universel? C'est un changement de conduite, une conversion à la vertu, qui est honorable et bien par-dessus tout. Un langage insinuant et flatteur ne causera-t-il pas de la satisfaction à celui qui l'entend? c'est la recherche du vrai qui est honorable et bien par-dessus tout. Éprouver de la satisfaction en entendant un langage flatteur, et ne pas rechercher le vrai; donner son assentiment à un langage sincère et conforme à la droite raison, et ne pas se convertir à la vertu: c'est ce que je n'ai jamais approuvé et pratiqué moi-même.

24. Le Philosophe dit: Mettez toujours au premier rang la droiture du cœur et la fidélité; ne contractez point d'amitié avec ceux qui ne vous ressemblent pas; si vous commettez une faute, alors ne craignez pas de changer de conduite.

25. Le Philosophe dit: A une armée de trois divisions (un corps de 37,500 hommes) on peut enlever son général [et la mettre en déroute]; à l'homme le plus abject ou le plus vulgaire, on ne peut enlever sa pensée!

26. Le Philosophe dit: S'il y a quelqu'un qui, vêtu d'habits les plus humbles et les plus grossiers, puisse s'asseoir sans rougir à côté de ceux qui portent les vêtements les plus précieux et les plus belles fourrures, c'estYeou!

«Sans envie de nuire et sans désirs ambitieux,

A quelle action simple et vertueuse n'est-on pas propre[42]?»

Tseu-lou(Yeou) avait sans cesse la maxime précédente à la bouche. Le Philosophe dit: C'est à l'étude et à la pratique de la droite raison qu'il faut surtout s'appliquer; comment suffirait-il de faire le bien?

27. Le Philosophe dit: Quand la saison de l'hiver arrive, c'est alors que l'on reconnaît le pin et le cyprès [dont les feuilles ne tombent pas], tandis que les autres feuilles tombent.

28. Celui qui est instruit et éclairé par la raison n'hésite point; celui qui possède la vertu de l'humanité n'éprouve point de regret; celui qui est fort et courageux n'a point de crainte.

29. Le Philosophe dit: On peut s'appliquer de toutes ses forces à l'étude, sans pouvoir rencontrer les vrais principes de la raison, la véritable doctrine; on peut rencontrer les vrais principes de la raison, sans pouvoir s'y établir d'une manière fixe; on peut s'y établir d'une manière fixe, sans pouvoir déterminer leur valeur d'une manière certaine, relativement aux temps et aux circonstances.

30. «Les fleurs du prunier sont agitées de côté et d'autre,

«Et je pense à leur porter un appui.

Comment ne penserais-je pas à toi,O ma demeure, dont je suis si éloigné[43]!»

Comment ne penserais-je pas à toi,

O ma demeure, dont je suis si éloigné[43]!»

Le Philosophe dit: On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu'elle soit, qui nous sépare [de la vertu].

[41]Wou-tchi-ye;non scio equidem.

[41]Wou-tchi-ye;non scio equidem.

[42]Paroles duLivre des Vers.

[42]Paroles duLivre des Vers.

[43]Citation d'un ancienLivre des Vers. Les deux premiers vers n'ont aucun sens, selonTCHOU-HI; ils servent seulement d'exorde aux deux suivants.

[43]Citation d'un ancienLivre des Vers. Les deux premiers vers n'ont aucun sens, selonTCHOU-HI; ils servent seulement d'exorde aux deux suivants.

1.KHOUNG-TSEU, lorsqu'il résidait encore dans son village, était extrêmement sincère et droit; mais il avait tant de modestie, qu'il paraissait dépourvu de la faculté de parler.

Lorsqu'il se trouva dans le temple des ancêtres et à la cour de son souverain, il parla clairement et distinctement; et tout ce qu'il dit portait l'empreinte de la réflexion et de la maturité.

2. A la cour, il parla aux officiers inférieurs avec fermeté et droiture; aux officiers supérieurs, avec une franchise polie.

Lorsque le prince était présent, il conservait une attitude respectueuse et digne.

3. Lorsque le prince le mandait à sa cour, et le chargeait de recevoir les hôtes[44], son attitude changeait soudain. Sa démarche était grave et mesurée, comme s'il avait eu des entraves aux pieds.

S'il venait à saluer les personnes qui se trouvaient auprès de lui, soit à droite, soit à gauche, sa robe, devant et derrière, tombait toujours droite et bien disposée.

Son pas était accéléré en introduisant les hôtes, et il tenait les bras étendus comme les ailes d'un oiseau.

Quand l'hôte était parti, il se faisait un devoir d'aller rendre compte [au prince] de sa mission en lui disant: «L'hôte n'est plus en votre présence.»

4. Lorsqu'il entrait sous la porte du palais, il inclinait le corps, comme si la porte n'avait pas été assez haute pour le laisser passer.

Il ne s'arrêtait point en passant sous la porte, et dans sa marche il ne foulait point le seuil de ses pieds.

En passant devant le trône, sa contenance changeait tout à coup; sa démarche était grave et mesurée, comme s'il avait eu des entraves. Ses paroles semblaient aussi embarrassées que ses pieds.

Prenant sa robe avec les deux mains, il montait ainsi dans la salle du palais, le corps incliné, et retenait son haleine comme s'il n'eût pas osé respirer.

En sortant, après avoir fait un pas, il se relâchait peu à peu de sa contenance grave et respectueuse, et prenait un air riant; et, quand il atteignait le bas de l'escalier, laissant retomber sa robe, il étendait de nouveau les bras comme les ailes d'un oiseau; et en repassant devant le trône sa contenance changeait de nouveau, et sa démarche était grave et mesurée, comme s'il avait eu des entraves aux pieds.

5. En recevant la marque distinctive de sa dignité [comme envoyé de son prince], il inclina profondément le corps, comme s'il n'avait pu la supporter. Ensuite il l'éleva en haut avec les deux mains, comme s'il avait voulu la présenter à quelqu'un, et la baissa jusqu'à terre, comme pour la remettre à un autre; présentant dans sa contenance et son attitude l'apparence de la crainte, et dans sa démarche tantôt lente, tantôt rapide, comme les différents mouvements de son âme.

En offrant les présents royaux selon l'usage, il avait une contenance grave et affable; en offrant les autres présents, son air avait encore quelque chose de plus affable et de plus prévenant.

6. Le Philosophe ne portait point de vêtements avec des parements pourpres ou bleu foncé.

Il ne faisait point ses habillements ordinaires d'étoffe rouge ou violette.

Dans la saison chaude, il portait une robe d'étoffe de chanvre fine ou grossière, sous laquelle il en mettait toujours une autre pour faire ressortir la première.

Ses vêtements noirs (d'hiver) étaient fourrés de peaux d'agneau; ses vêtements blancs, de peaux de daim; ses vêtements jaunes, de peaux de renard.

La robe qu'il portait chez lui eut pendant longtemps la manche droite plus courte que l'autre.

Son vêtement de nuit ou de repos était toujours une fois et demie aussi long que son corps.

Il portait dans sa maison des vêtements épais faits de poils de renard.

Excepté dans les temps de deuil, aucun motif ne l'empêchait de porter attaché à ses vêtements tout ce qui était d'usage.

S'il ne portait pas le vêtement propre aux sacrifices et aux cérémonies nomméwei-chang, sa robe était toujours un peu ouverte sur le côté.

Il n'allait pas faire de visites de condoléance avec une robe garnie de peaux d'agneau et un bonnet noir.

Le premier jour de chaque lune, il mettait ses habits de cour, et se rendait au palais [pour présenter ses devoirs au prince].

7. Dans les jours d'abstinence, il se couvrait constamment d'une robe blanche de lin.

Dans ces mêmes jours d'abstinence, il se faisait toujours un devoir de changer sa manière de vivre; il se faisait aussi un devoir de changer le lieu où il avait l'habitude de reposer.

8. Quant à la nourriture, il ne rejetait pas le riz cuit à l'eau, ni les viandes de bœuf ou de poisson découpées en petits morceaux.

Il ne mangeait jamais de mets corrompus par la chaleur, ni de poisson ni des autres viandes déjà entrées en putréfaction. Si la couleur en était altérée, il n'en mangeait pas; si l'odeur en était mauvaise, il n'en mangeait pas; s'ils avaient perdu leur saveur, il n'en mangeait pas; si ce n'était pas des produits de la saison, il n'en mangeait pas.

La viande qui n'était pas coupée en lignes droites, il ne la mangeait pas. Si un mets n'avait pas la sauce qui lui convenait, il n'en mangeait pas.

Quand même il aurait eu beaucoup de viande à son repas, il faisait en sorte de n'en prendre jamais une quantité qui excédât celle de son pain ou de son riz. Il n'y avait que pour sa boisson qu'il n'était pas réglé; mais il n'en prenait jamais une quantité qui pût porter le trouble dans son esprit.

Si le vin était acheté sur un marché public, il n'en buvait pas; si on lui présentait de la viande sèche achetée sur les marchés, il n'en mangeait pas.

Il ne s'abstenait pas de gingembre dans ses aliments.

Il ne mangeait jamais beaucoup.

Quand on offrait les sacrifices et les oblations dans les palais du prince, il ne retenait pas pour lui, même pour une nuit, la viande qu'il avait reçue. Quand il y offrait lui-même les oblations de viande à ses ancêtres, il ne passait pas trois jours sans la servir; si les trois jours étaient passés, on ne la mangeait plus.

En mangeant, il n'entretenait point de conversation; en prenant son repos au lit, il ne parlait point.

Quand même il n'eût pris que très-peu d'aliments, et des plus communs, soit des végétaux, ou du bouillon, il en offrait toujours une petite quantité comme oblation ou libation; et il faisait cette cérémonie avec le respect et la gravité convenables.

9. Si la natte sur laquelle il devait s'asseoir n'était pas étendue régulièrement, il ne s'asseyait pas dessus.

10. Quand des habitants de son village l'invitaient à un festin, il ne sortait de table que lorsque les vieillards qui portaient des bâtons étaient eux-mêmes sortis.

Quand les habitants de son village faisaient la cérémonie nomméenô, pour chasser les esprits malins, il se revêtait de sa robe de cour, et allait s'asseoir parmi les assistants du côté oriental de la salle.

11. Quand il envoyait quelqu'un prendre des informations dans d'autres États, il lui faisait deux fois la révérence, et l'accompagnait jusqu'à une certaine distance.

Kang-tseului ayant envoyé un certain médicament, il le reçut avec un témoignage de reconnaissance; mais il dit:KHIEOUne connaît pas assez ce médicament, il n'ose pas le goûter.

12. Son écurie ayant été incendiée, le Philosophe, de retour de la cour, dit: Le feu a-t-il atteint quelque personne? je ne m'inquiète pas des chevaux.

13. Lorsque le prince lui envoyait en présent des aliments[45], il se faisait aussitôt un devoir de les placer régulièrement sur sa table et de les goûter. Lorsque le prince lui envoyait un présent de chair crue, il la faisait toujours cuire, et il l'offrait ensuite [aux mânes de ses ancêtres]. Si le prince lui envoyait en présent un animal vivant, il se faisait un devoir de le nourrir et de l'entretenir avec soin. S'il était invité par le prince à dîner à ses côtés, lorsque celui-ci se disposait à faire une oblation, le Philosophe en goûtait d'abord.

S'il était malade, et que le prince allât le voir, il se faisait mettre la tête à l'orient, se revêtait de ses habits de cour, et se ceignait de sa plus belle ceinture.

Lorsque le prince le mandait près de lui, sans attendre son attelage, qui le suivait, il s'y rendait à pied.

14. Lorsqu'il entrait dans le grand temple des ancêtres, il s'informait minutieusement de chaque chose.

15. Si quelqu'un de ses amis venait à mourir, n'ayant personne pour lui rendre les devoirs funèbres, il disait: Le soin de ses funérailles m'appartient.

Recevait-il des présents de ses amis, quoique ce fussent des chars et des chevaux, s'il n'y avait pas de viande qu'il pût offrir comme oblation à ses ancêtres, il ne les remerciait par aucune marque de politesse.

16. Quand il se livrait au sommeil, il ne prenait pas la position d'un homme mort; et lorsqu'il était dans sa maison, il se dépouillait de sa gravité habituelle.

Si quelqu'un lui faisait une visite pendant qu'il portait des habits de deuil, quand même c'eût été une personne de sa connaissance particulière, il ne manquait jamais de changer de contenance et de prendre un air convenable; s'il rencontrait quelqu'un en bonnet de cérémonie, ou qui fût aveugle, quoique lui-même ne portât que ses vêtements ordinaires, il ne manquait jamais de lui témoigner de la déférence et du respect.

Quand il rencontrait une personne portant des vêtements de deuil, il la saluait en descendant de son attelage; il agissait de même lorsqu'il rencontrait les personnes qui portaient les tablettes sur lesquelles étaient inscrits les noms des citoyens[46].

Si l'on avait préparé pour le recevoir un festin splendide, il ne manquait jamais de changer de contenance et de se lever de table pour s'en aller.

Quand le tonnerre se faisait entendre tout à coup, ou que se levaient des vents violents, il ne manquait jamais de changer de contenance [de prendre un air de crainte respectueux envers le ciel][47].

17. Quand il montait sur son char, il se tenait debout ayant les rênes en mains.

Quand il se tenait au milieu, il ne regardait point en arrière, ni ne parlait sans un motif grave; il ne montrait rien du bout du doigt.

18. Il disait: Lorsque l'oiseau aperçoit le visage du chasseur, il se dérobe à ses regards, et il va se reposer dans un lieu sûr.

Il disait encore: «Que le faisan qui habite là au sommet de la colline sait bien choisir son temps [pour prendre sa nourriture]!»Tseu-louayant vu le faisan, voulut le prendre; mais celui-ci poussa trois cris, et s'envola.


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