On ne songe à la Mort que dans son voisinage:Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher,J'ai pour m'en pénétrer fait un pèlerinage,Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.Je veux, à mon retour de cette sombre placeOù semblait m'envahir la funèbre torpeur,Je veux me recueillir, et contempler en faceLa Mort, la grande Mort, sans défi mais sans peur.Assiste ma pensée, austère PoésieQui sacres de beauté ce qu'on a bien senti;Ta sévère caresse aux pleurs vrais s'associe,Et tu sais que mon coeur ne t'a jamais menti.Si ton charme n'est point un misérable leurre,Ton art un jeu servile, un vain culte sans foi,Ne m'abandonne pas précisément à l'heureOù pour ne pas sombrer j'ai tant besoin de toi.Devant l'atroce énigme où la raison succombe,Si la mienne fléchit tu la relèveras;Fais-moi donc explorer l'infini d'outre-tombeSur ta grande poitrine entre tes puissants bras;Fais taire l'envieux qui t'appelle frivole,Toi qui dans l'inconnu fais crier des échos,Et prêtes par l'accent, plus sûr que la parole,Un sens révélateur au seul frisson des mots.Ne crains pas qu'au tombeau la morte s'en offense,O Poésie, ô toi, mon naturel secours,Ma seconde berceuse au sortir de l'enfance,Qui seras la dernière au dernier de mes jours.IIHélas! j'ai trop songé sous les blêmes ténèbresOù les astres ne sont que des bûchers lointains,Pour croire qu'échappé de ses voiles funèbresL'homme s'envole et monte à de plus beaux matins;J'ai trop vu sans raison pâtir les créatures,Pour croire qu'il existe au delà d'ici-basQuelque plaisir sans pleurs, quelque amour sans tortures,Quelque être ayant pris forme et qui ne souffre pas.Toute forme est sur terre un vase de souffrances,Qui, s'usant à s'emplir, se brise au moindre heurt;Apparence mobile entre mille apparencesToute vie est sur terre un flot qui roule et meurt.N'es-tu plus qu'une chose au vague aspect de femme,N'es-tu plus rien? Je cherche à croire sans effroiQue, ta vie et ta chair ayant rompu leur trame,Aujourd'hui, morte aimée, il n'est plus rien de toi.Je ne puis, je subis des preuves que j'ignore.S'il ne restait plus rien pour m'entendre en ce lieu,Même après mainte année y reviendrais-je encoreRépéter au néant un inutile adieu.Serais-je épouvanté de te laisser sous terre?Et navré de partir, sans pouvoir t'assisterDans la nuit formidable où tu gis solitaire,Penserais-je à fleurir l'ombre où tu dois rester?IIIPourtant je ne sais rien, rien, pas même ton âge:Mes jours font suite au jour de ton dernier soupir,Les tiens n'ont-ils pas fait quelque immense passageDu temps qui court au temps qui n'a plus à courir?Ont-ils joint leur durée à l'ancienne durée?Pour toi s'enchaînent-ils aux ans chez nous vécus?Ou dois-tu quelque part, immuable et sacrée,Dans l'absolu survivre à ta chair qui n'est plus?Certes, dans ma pensée, aux autres invisible,Ton image demeure impossible à ternir,Où t'évoque mon coeur tu luis incorruptible,Mais serais-tu sans moi, hors de mon souvenir?Servant de sanctuaire à l'ombre de ta vie,Je la préserve encor de périr en entier.Mais que suis-je? Et demain quand je t'aurai suivie,Quel ami me promet de ne pas t'oublier?Depuis longtemps ta forme est en proie à la terre,Et jusque dans les coeurs elle meurt par lambeaux,J'en voudrais découvrir le vrai dépositaire,Plus sûr que tous les coeurs et que tous les tombeaux.IVLes mains, dans l'agonie, écartent quelque chose.Est-ce aux maux d'ici-bas l'impatient adieuDu mourant qui pressent sa lente apothéose?Ou l'horreur d'un calice imposé par un dieu?Est-ce l'élan qu'imprime au corps l'âme envolée?Ou contre le néant un héroïque effort?Ou le jeu machinal de l'aiguille affolée,Quand le balancier tombe, oublié du ressort?Naguère ce problème où mon doute s'enfonce,Ne semblait pas m'atteindre assez pour m'offenser;J'interrogeais de loin, sans craindre la réponse,Maintenant je tiens plus à savoir qu'à penser.Ah! doctrines sans nombre où l'été de mon âgeAu vent froid du discours s'est flétri sans mûrir,De mes veilles sans fruit réparez le dommage,Prouvez-moi que la morte ailleurs doit refleurir,Ou bien qu'anéantie, à l'abri de l'épreuve,Elle n'a plus jamais de calvaire à gravir,Ou que, la même encor sous une forme neuve,Vers la plus haute étoile elle se sent ravir!Faites-moi croire enfin dans le néant ou l'être,Pour elle et tous les morts que d'autres ont aimés.Ayez pitié de moi, car j'ai faim de connaître,Mais vous n'enseignez rien, verbes inanimés!Ni vous, dogmes cruels, insensés que vous êtes,Qui du Juif magnanime avez couvert la voix;Ni toi, qui n'es qu'un bruit pour les cerveaux honnêtes,Vaine philosophie où tout sombre à la fois;Toi non plus, qui sur Dieu résignée à te taireChanges la vision pour le tâtonnement,Science, qui partout te heurtant au mystèreEt n'osant l'affronter, l'ajournes seulement.Des mots! des mots! Pour l'un la vie est un prodige,Pour l'autre un phénomène. Eh! que m'importe à moi!Nécessaire ou créé je réclame, vous dis-je,Et vous les ignorez, ma cause et mon pourquoi.VPuisque je n'ai pas pu, disciple de tant d'autres,Apprendre ton vrai sort, ô morte que j'aimais,Arrière les savants, les docteurs, les apôtres.Je n'interroge plus, je subis désormais.Quand la nature en nous mit ce qu'on nomme l'âme,Elle a contre elle-même armé son propre enfant;L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme,Le coeur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant.Avec elle longtemps, de toute ma penséeEt de tout mon amour, j'ai lutté corps à corps,Mais sur son oeuvre inique, et pour l'homme insensée,Mon front et ma poitrine ont brisé leurs efforts.Sa loi qui par le meurtre a fait le choix des races,Abominable excuse au carnage que fontDes peuples malheureux les nations voraces,De tout aveugle espoir m'a vidé l'âme à fond,Je succombe épuisé, comme en pleine bataille,Un soldat, par la veille et la marche affaibli,Sans vaincre, ni mourir d'une héroïque entaille,Laisse en lui les clairons s'éteindre dans l'oubli;Pourtant sa cause est belle, et si doux est d'y croireQu'il cherche en sommeillant la vigueur qui l'a fui,Mais trop las pour frapper il lègue la victoireAux fermes compagnons qu'il sent passer sur lui.Ah! qui que vous soyez, vous qui m'avez fait naître,Qu'on vous nomme hasard, force, matière ou dieux,Accomplissez en moi, qui n'en suis pas le maître,Les destins sans refuge, aussi vains qu'odieux.Faites, faites de moi tout ce que bon vous semble,Ouvriers inconnus de l'infini malheur,Je viens de vous maudire, et voyez si je tremble,Prenez ou me laissez mon souffle et ma chaleur!Et si je dois fournir aux avides racinesDe quoi changer mon être en mille êtres divers,Dans l'éternel retour des fins aux originesJe m'abandonne en proie aux lois de l'univers.
On ne songe à la Mort que dans son voisinage:Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher,J'ai pour m'en pénétrer fait un pèlerinage,Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.
On ne songe à la Mort que dans son voisinage:
Au sépulcre éloquent d'un être qui m'est cher,
J'ai pour m'en pénétrer fait un pèlerinage,
Et je pèse aujourd'hui ma tristesse d'hier.
Je veux, à mon retour de cette sombre placeOù semblait m'envahir la funèbre torpeur,Je veux me recueillir, et contempler en faceLa Mort, la grande Mort, sans défi mais sans peur.
Je veux, à mon retour de cette sombre place
Où semblait m'envahir la funèbre torpeur,
Je veux me recueillir, et contempler en face
La Mort, la grande Mort, sans défi mais sans peur.
Assiste ma pensée, austère PoésieQui sacres de beauté ce qu'on a bien senti;Ta sévère caresse aux pleurs vrais s'associe,Et tu sais que mon coeur ne t'a jamais menti.
Assiste ma pensée, austère Poésie
Qui sacres de beauté ce qu'on a bien senti;
Ta sévère caresse aux pleurs vrais s'associe,
Et tu sais que mon coeur ne t'a jamais menti.
Si ton charme n'est point un misérable leurre,Ton art un jeu servile, un vain culte sans foi,Ne m'abandonne pas précisément à l'heureOù pour ne pas sombrer j'ai tant besoin de toi.
Si ton charme n'est point un misérable leurre,
Ton art un jeu servile, un vain culte sans foi,
Ne m'abandonne pas précisément à l'heure
Où pour ne pas sombrer j'ai tant besoin de toi.
Devant l'atroce énigme où la raison succombe,Si la mienne fléchit tu la relèveras;Fais-moi donc explorer l'infini d'outre-tombeSur ta grande poitrine entre tes puissants bras;
Devant l'atroce énigme où la raison succombe,
Si la mienne fléchit tu la relèveras;
Fais-moi donc explorer l'infini d'outre-tombe
Sur ta grande poitrine entre tes puissants bras;
Fais taire l'envieux qui t'appelle frivole,Toi qui dans l'inconnu fais crier des échos,Et prêtes par l'accent, plus sûr que la parole,Un sens révélateur au seul frisson des mots.
Fais taire l'envieux qui t'appelle frivole,
Toi qui dans l'inconnu fais crier des échos,
Et prêtes par l'accent, plus sûr que la parole,
Un sens révélateur au seul frisson des mots.
Ne crains pas qu'au tombeau la morte s'en offense,O Poésie, ô toi, mon naturel secours,Ma seconde berceuse au sortir de l'enfance,Qui seras la dernière au dernier de mes jours.
Ne crains pas qu'au tombeau la morte s'en offense,
O Poésie, ô toi, mon naturel secours,
Ma seconde berceuse au sortir de l'enfance,
Qui seras la dernière au dernier de mes jours.
II
Hélas! j'ai trop songé sous les blêmes ténèbresOù les astres ne sont que des bûchers lointains,Pour croire qu'échappé de ses voiles funèbresL'homme s'envole et monte à de plus beaux matins;
Hélas! j'ai trop songé sous les blêmes ténèbres
Où les astres ne sont que des bûchers lointains,
Pour croire qu'échappé de ses voiles funèbres
L'homme s'envole et monte à de plus beaux matins;
J'ai trop vu sans raison pâtir les créatures,Pour croire qu'il existe au delà d'ici-basQuelque plaisir sans pleurs, quelque amour sans tortures,Quelque être ayant pris forme et qui ne souffre pas.
J'ai trop vu sans raison pâtir les créatures,
Pour croire qu'il existe au delà d'ici-bas
Quelque plaisir sans pleurs, quelque amour sans tortures,
Quelque être ayant pris forme et qui ne souffre pas.
Toute forme est sur terre un vase de souffrances,Qui, s'usant à s'emplir, se brise au moindre heurt;Apparence mobile entre mille apparencesToute vie est sur terre un flot qui roule et meurt.
Toute forme est sur terre un vase de souffrances,
Qui, s'usant à s'emplir, se brise au moindre heurt;
Apparence mobile entre mille apparences
Toute vie est sur terre un flot qui roule et meurt.
N'es-tu plus qu'une chose au vague aspect de femme,N'es-tu plus rien? Je cherche à croire sans effroiQue, ta vie et ta chair ayant rompu leur trame,Aujourd'hui, morte aimée, il n'est plus rien de toi.
N'es-tu plus qu'une chose au vague aspect de femme,
N'es-tu plus rien? Je cherche à croire sans effroi
Que, ta vie et ta chair ayant rompu leur trame,
Aujourd'hui, morte aimée, il n'est plus rien de toi.
Je ne puis, je subis des preuves que j'ignore.S'il ne restait plus rien pour m'entendre en ce lieu,Même après mainte année y reviendrais-je encoreRépéter au néant un inutile adieu.
Je ne puis, je subis des preuves que j'ignore.
S'il ne restait plus rien pour m'entendre en ce lieu,
Même après mainte année y reviendrais-je encore
Répéter au néant un inutile adieu.
Serais-je épouvanté de te laisser sous terre?Et navré de partir, sans pouvoir t'assisterDans la nuit formidable où tu gis solitaire,Penserais-je à fleurir l'ombre où tu dois rester?
Serais-je épouvanté de te laisser sous terre?
Et navré de partir, sans pouvoir t'assister
Dans la nuit formidable où tu gis solitaire,
Penserais-je à fleurir l'ombre où tu dois rester?
III
Pourtant je ne sais rien, rien, pas même ton âge:Mes jours font suite au jour de ton dernier soupir,Les tiens n'ont-ils pas fait quelque immense passageDu temps qui court au temps qui n'a plus à courir?
Pourtant je ne sais rien, rien, pas même ton âge:
Mes jours font suite au jour de ton dernier soupir,
Les tiens n'ont-ils pas fait quelque immense passage
Du temps qui court au temps qui n'a plus à courir?
Ont-ils joint leur durée à l'ancienne durée?Pour toi s'enchaînent-ils aux ans chez nous vécus?Ou dois-tu quelque part, immuable et sacrée,Dans l'absolu survivre à ta chair qui n'est plus?
Ont-ils joint leur durée à l'ancienne durée?
Pour toi s'enchaînent-ils aux ans chez nous vécus?
Ou dois-tu quelque part, immuable et sacrée,
Dans l'absolu survivre à ta chair qui n'est plus?
Certes, dans ma pensée, aux autres invisible,Ton image demeure impossible à ternir,Où t'évoque mon coeur tu luis incorruptible,Mais serais-tu sans moi, hors de mon souvenir?
Certes, dans ma pensée, aux autres invisible,
Ton image demeure impossible à ternir,
Où t'évoque mon coeur tu luis incorruptible,
Mais serais-tu sans moi, hors de mon souvenir?
Servant de sanctuaire à l'ombre de ta vie,Je la préserve encor de périr en entier.Mais que suis-je? Et demain quand je t'aurai suivie,Quel ami me promet de ne pas t'oublier?
Servant de sanctuaire à l'ombre de ta vie,
Je la préserve encor de périr en entier.
Mais que suis-je? Et demain quand je t'aurai suivie,
Quel ami me promet de ne pas t'oublier?
Depuis longtemps ta forme est en proie à la terre,Et jusque dans les coeurs elle meurt par lambeaux,J'en voudrais découvrir le vrai dépositaire,Plus sûr que tous les coeurs et que tous les tombeaux.
Depuis longtemps ta forme est en proie à la terre,
Et jusque dans les coeurs elle meurt par lambeaux,
J'en voudrais découvrir le vrai dépositaire,
Plus sûr que tous les coeurs et que tous les tombeaux.
IV
Les mains, dans l'agonie, écartent quelque chose.Est-ce aux maux d'ici-bas l'impatient adieuDu mourant qui pressent sa lente apothéose?Ou l'horreur d'un calice imposé par un dieu?
Les mains, dans l'agonie, écartent quelque chose.
Est-ce aux maux d'ici-bas l'impatient adieu
Du mourant qui pressent sa lente apothéose?
Ou l'horreur d'un calice imposé par un dieu?
Est-ce l'élan qu'imprime au corps l'âme envolée?Ou contre le néant un héroïque effort?Ou le jeu machinal de l'aiguille affolée,Quand le balancier tombe, oublié du ressort?
Est-ce l'élan qu'imprime au corps l'âme envolée?
Ou contre le néant un héroïque effort?
Ou le jeu machinal de l'aiguille affolée,
Quand le balancier tombe, oublié du ressort?
Naguère ce problème où mon doute s'enfonce,Ne semblait pas m'atteindre assez pour m'offenser;J'interrogeais de loin, sans craindre la réponse,Maintenant je tiens plus à savoir qu'à penser.
Naguère ce problème où mon doute s'enfonce,
Ne semblait pas m'atteindre assez pour m'offenser;
J'interrogeais de loin, sans craindre la réponse,
Maintenant je tiens plus à savoir qu'à penser.
Ah! doctrines sans nombre où l'été de mon âgeAu vent froid du discours s'est flétri sans mûrir,De mes veilles sans fruit réparez le dommage,Prouvez-moi que la morte ailleurs doit refleurir,
Ah! doctrines sans nombre où l'été de mon âge
Au vent froid du discours s'est flétri sans mûrir,
De mes veilles sans fruit réparez le dommage,
Prouvez-moi que la morte ailleurs doit refleurir,
Ou bien qu'anéantie, à l'abri de l'épreuve,Elle n'a plus jamais de calvaire à gravir,Ou que, la même encor sous une forme neuve,Vers la plus haute étoile elle se sent ravir!
Ou bien qu'anéantie, à l'abri de l'épreuve,
Elle n'a plus jamais de calvaire à gravir,
Ou que, la même encor sous une forme neuve,
Vers la plus haute étoile elle se sent ravir!
Faites-moi croire enfin dans le néant ou l'être,Pour elle et tous les morts que d'autres ont aimés.Ayez pitié de moi, car j'ai faim de connaître,Mais vous n'enseignez rien, verbes inanimés!
Faites-moi croire enfin dans le néant ou l'être,
Pour elle et tous les morts que d'autres ont aimés.
Ayez pitié de moi, car j'ai faim de connaître,
Mais vous n'enseignez rien, verbes inanimés!
Ni vous, dogmes cruels, insensés que vous êtes,Qui du Juif magnanime avez couvert la voix;Ni toi, qui n'es qu'un bruit pour les cerveaux honnêtes,Vaine philosophie où tout sombre à la fois;
Ni vous, dogmes cruels, insensés que vous êtes,
Qui du Juif magnanime avez couvert la voix;
Ni toi, qui n'es qu'un bruit pour les cerveaux honnêtes,
Vaine philosophie où tout sombre à la fois;
Toi non plus, qui sur Dieu résignée à te taireChanges la vision pour le tâtonnement,Science, qui partout te heurtant au mystèreEt n'osant l'affronter, l'ajournes seulement.
Toi non plus, qui sur Dieu résignée à te taire
Changes la vision pour le tâtonnement,
Science, qui partout te heurtant au mystère
Et n'osant l'affronter, l'ajournes seulement.
Des mots! des mots! Pour l'un la vie est un prodige,Pour l'autre un phénomène. Eh! que m'importe à moi!Nécessaire ou créé je réclame, vous dis-je,Et vous les ignorez, ma cause et mon pourquoi.
Des mots! des mots! Pour l'un la vie est un prodige,
Pour l'autre un phénomène. Eh! que m'importe à moi!
Nécessaire ou créé je réclame, vous dis-je,
Et vous les ignorez, ma cause et mon pourquoi.
V
Puisque je n'ai pas pu, disciple de tant d'autres,Apprendre ton vrai sort, ô morte que j'aimais,Arrière les savants, les docteurs, les apôtres.Je n'interroge plus, je subis désormais.
Puisque je n'ai pas pu, disciple de tant d'autres,
Apprendre ton vrai sort, ô morte que j'aimais,
Arrière les savants, les docteurs, les apôtres.
Je n'interroge plus, je subis désormais.
Quand la nature en nous mit ce qu'on nomme l'âme,Elle a contre elle-même armé son propre enfant;L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme,Le coeur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant.
Quand la nature en nous mit ce qu'on nomme l'âme,
Elle a contre elle-même armé son propre enfant;
L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme,
Le coeur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant.
Avec elle longtemps, de toute ma penséeEt de tout mon amour, j'ai lutté corps à corps,Mais sur son oeuvre inique, et pour l'homme insensée,Mon front et ma poitrine ont brisé leurs efforts.
Avec elle longtemps, de toute ma pensée
Et de tout mon amour, j'ai lutté corps à corps,
Mais sur son oeuvre inique, et pour l'homme insensée,
Mon front et ma poitrine ont brisé leurs efforts.
Sa loi qui par le meurtre a fait le choix des races,Abominable excuse au carnage que fontDes peuples malheureux les nations voraces,De tout aveugle espoir m'a vidé l'âme à fond,
Sa loi qui par le meurtre a fait le choix des races,
Abominable excuse au carnage que font
Des peuples malheureux les nations voraces,
De tout aveugle espoir m'a vidé l'âme à fond,
Je succombe épuisé, comme en pleine bataille,Un soldat, par la veille et la marche affaibli,Sans vaincre, ni mourir d'une héroïque entaille,Laisse en lui les clairons s'éteindre dans l'oubli;
Je succombe épuisé, comme en pleine bataille,
Un soldat, par la veille et la marche affaibli,
Sans vaincre, ni mourir d'une héroïque entaille,
Laisse en lui les clairons s'éteindre dans l'oubli;
Pourtant sa cause est belle, et si doux est d'y croireQu'il cherche en sommeillant la vigueur qui l'a fui,Mais trop las pour frapper il lègue la victoireAux fermes compagnons qu'il sent passer sur lui.
Pourtant sa cause est belle, et si doux est d'y croire
Qu'il cherche en sommeillant la vigueur qui l'a fui,
Mais trop las pour frapper il lègue la victoire
Aux fermes compagnons qu'il sent passer sur lui.
Ah! qui que vous soyez, vous qui m'avez fait naître,Qu'on vous nomme hasard, force, matière ou dieux,Accomplissez en moi, qui n'en suis pas le maître,Les destins sans refuge, aussi vains qu'odieux.
Ah! qui que vous soyez, vous qui m'avez fait naître,
Qu'on vous nomme hasard, force, matière ou dieux,
Accomplissez en moi, qui n'en suis pas le maître,
Les destins sans refuge, aussi vains qu'odieux.
Faites, faites de moi tout ce que bon vous semble,Ouvriers inconnus de l'infini malheur,Je viens de vous maudire, et voyez si je tremble,Prenez ou me laissez mon souffle et ma chaleur!
Faites, faites de moi tout ce que bon vous semble,
Ouvriers inconnus de l'infini malheur,
Je viens de vous maudire, et voyez si je tremble,
Prenez ou me laissez mon souffle et ma chaleur!
Et si je dois fournir aux avides racinesDe quoi changer mon être en mille êtres divers,Dans l'éternel retour des fins aux originesJe m'abandonne en proie aux lois de l'univers.
Et si je dois fournir aux avides racines
De quoi changer mon être en mille êtres divers,
Dans l'éternel retour des fins aux origines
Je m'abandonne en proie aux lois de l'univers.
IMon besoin de songe et de fable,La soif malheureuse que j'aiDe quelque autre vie ineffable,Me laisse tout découragé.Quand d'un beau vouloir je m'avise,Je me répète en vain: «Je veux.—A quoi bon?» répond la deviseQui rend stériles tous les voeux.A quoi bon nos miettes d'aumône?Si la plèbe veut s'assouvir;Ou nos rêves d'État sans trône?S'il plaît au peuple de servir.A quoi bon rapprendre la guerre?S'il faut toujours qu'elle ait pour butLe gain menteur, cher au vulgaire,D'une auréole et d'un tribut.A quoi bon la lente science?Si l'homme ne peut entrevoir,Après tant d'âpre patience,Que les bornes de son savoir.A quoi bon l'amour? si l'on aimePour propager un coeur souffrant,Le coeur humain, toujours le mêmeSous le costume différent.A quoi bon, si la terre est ronde,Notre infinie avidité?On est si vite au bout d'un monde,Quand il n'est pas illimité!Or ma soif est celle de l'homme,Je n'ai pas de désir moyen,Il me faut l'élite et la somme,Il me faut le souverain bien!IIAinsi mon orgueil dissimuleLes défaillances de ma foi,Mais je sens bientôt un scrupuleQui s'élève et murmure en moi:Mon fier désespoir n'est peut-êtreQu'une excuse à ne point agir,Et comme au fond je me sens traître,Un prétexte à n'en point rougir,Un dédain paresseux qui ruseAvec la rigueur du devoir,Et de l'idéal même abusePour me dispenser de vouloir.Parce que la terre est bornée,N'y faut-il voir qu'une prison,Et faillir à la destinéeQu'embrasse et clôt son horizon?Parce que l'amour perpétueLa vie et ses âpres combats,Vaudra-t-il mieux qu'Adam se tueEt qu'Athènes n'existe pas?Parce que la science est brèveEt le mystère illimité,Faut-il lui préférer le rêveOu la complète cécité?Parce que la guerre nous lasse,Faut-il par mépris des plus forts,Tendant la gorge au coup de grâce,Leur fumer nos champs de nos corps?Parce que la force nombreuseAppelle droit son bon plaisir,Songe creux le savoir qui creuse,Et l'art qui plane: vain loisir,Faut-il laisser cette sauvageBrûler les oeuvres des neuf SoeursPour venger l'antique esclavageNourricier des premiers penseurs!Ah! faut-il que de la justice,Et de l'amour, désespérant,Le coeur déçu se rapetisseDans un exil indifférent?Non, toute la phalange augusteDes créateurs, doit pour ses dieux,Qui sont le vrai, le beau, le juste,Combattre en dessillant les yeux,Et du temple où chaque âge apporteLe fruit sacré de ses efforts,Ouvrir à deux battants la porte,En défendre à mort les trésors!
I
Mon besoin de songe et de fable,La soif malheureuse que j'aiDe quelque autre vie ineffable,Me laisse tout découragé.
Mon besoin de songe et de fable,
La soif malheureuse que j'ai
De quelque autre vie ineffable,
Me laisse tout découragé.
Quand d'un beau vouloir je m'avise,Je me répète en vain: «Je veux.—A quoi bon?» répond la deviseQui rend stériles tous les voeux.
Quand d'un beau vouloir je m'avise,
Je me répète en vain: «Je veux.
—A quoi bon?» répond la devise
Qui rend stériles tous les voeux.
A quoi bon nos miettes d'aumône?Si la plèbe veut s'assouvir;Ou nos rêves d'État sans trône?S'il plaît au peuple de servir.
A quoi bon nos miettes d'aumône?
Si la plèbe veut s'assouvir;
Ou nos rêves d'État sans trône?
S'il plaît au peuple de servir.
A quoi bon rapprendre la guerre?S'il faut toujours qu'elle ait pour butLe gain menteur, cher au vulgaire,D'une auréole et d'un tribut.
A quoi bon rapprendre la guerre?
S'il faut toujours qu'elle ait pour but
Le gain menteur, cher au vulgaire,
D'une auréole et d'un tribut.
A quoi bon la lente science?Si l'homme ne peut entrevoir,Après tant d'âpre patience,Que les bornes de son savoir.
A quoi bon la lente science?
Si l'homme ne peut entrevoir,
Après tant d'âpre patience,
Que les bornes de son savoir.
A quoi bon l'amour? si l'on aimePour propager un coeur souffrant,Le coeur humain, toujours le mêmeSous le costume différent.
A quoi bon l'amour? si l'on aime
Pour propager un coeur souffrant,
Le coeur humain, toujours le même
Sous le costume différent.
A quoi bon, si la terre est ronde,Notre infinie avidité?On est si vite au bout d'un monde,Quand il n'est pas illimité!
A quoi bon, si la terre est ronde,
Notre infinie avidité?
On est si vite au bout d'un monde,
Quand il n'est pas illimité!
Or ma soif est celle de l'homme,Je n'ai pas de désir moyen,Il me faut l'élite et la somme,Il me faut le souverain bien!
Or ma soif est celle de l'homme,
Je n'ai pas de désir moyen,
Il me faut l'élite et la somme,
Il me faut le souverain bien!
II
Ainsi mon orgueil dissimuleLes défaillances de ma foi,Mais je sens bientôt un scrupuleQui s'élève et murmure en moi:
Ainsi mon orgueil dissimule
Les défaillances de ma foi,
Mais je sens bientôt un scrupule
Qui s'élève et murmure en moi:
Mon fier désespoir n'est peut-êtreQu'une excuse à ne point agir,Et comme au fond je me sens traître,Un prétexte à n'en point rougir,
Mon fier désespoir n'est peut-être
Qu'une excuse à ne point agir,
Et comme au fond je me sens traître,
Un prétexte à n'en point rougir,
Un dédain paresseux qui ruseAvec la rigueur du devoir,Et de l'idéal même abusePour me dispenser de vouloir.
Un dédain paresseux qui ruse
Avec la rigueur du devoir,
Et de l'idéal même abuse
Pour me dispenser de vouloir.
Parce que la terre est bornée,N'y faut-il voir qu'une prison,Et faillir à la destinéeQu'embrasse et clôt son horizon?
Parce que la terre est bornée,
N'y faut-il voir qu'une prison,
Et faillir à la destinée
Qu'embrasse et clôt son horizon?
Parce que l'amour perpétueLa vie et ses âpres combats,Vaudra-t-il mieux qu'Adam se tueEt qu'Athènes n'existe pas?
Parce que l'amour perpétue
La vie et ses âpres combats,
Vaudra-t-il mieux qu'Adam se tue
Et qu'Athènes n'existe pas?
Parce que la science est brèveEt le mystère illimité,Faut-il lui préférer le rêveOu la complète cécité?
Parce que la science est brève
Et le mystère illimité,
Faut-il lui préférer le rêve
Ou la complète cécité?
Parce que la guerre nous lasse,Faut-il par mépris des plus forts,Tendant la gorge au coup de grâce,Leur fumer nos champs de nos corps?
Parce que la guerre nous lasse,
Faut-il par mépris des plus forts,
Tendant la gorge au coup de grâce,
Leur fumer nos champs de nos corps?
Parce que la force nombreuseAppelle droit son bon plaisir,Songe creux le savoir qui creuse,Et l'art qui plane: vain loisir,
Parce que la force nombreuse
Appelle droit son bon plaisir,
Songe creux le savoir qui creuse,
Et l'art qui plane: vain loisir,
Faut-il laisser cette sauvageBrûler les oeuvres des neuf SoeursPour venger l'antique esclavageNourricier des premiers penseurs!
Faut-il laisser cette sauvage
Brûler les oeuvres des neuf Soeurs
Pour venger l'antique esclavage
Nourricier des premiers penseurs!
Ah! faut-il que de la justice,Et de l'amour, désespérant,Le coeur déçu se rapetisseDans un exil indifférent?
Ah! faut-il que de la justice,
Et de l'amour, désespérant,
Le coeur déçu se rapetisse
Dans un exil indifférent?
Non, toute la phalange augusteDes créateurs, doit pour ses dieux,Qui sont le vrai, le beau, le juste,Combattre en dessillant les yeux,
Non, toute la phalange auguste
Des créateurs, doit pour ses dieux,
Qui sont le vrai, le beau, le juste,
Combattre en dessillant les yeux,
Et du temple où chaque âge apporteLe fruit sacré de ses efforts,Ouvrir à deux battants la porte,En défendre à mort les trésors!
Et du temple où chaque âge apporte
Le fruit sacré de ses efforts,
Ouvrir à deux battants la porte,
En défendre à mort les trésors!
Si tous les astres, ô Nature,Trompant la main qui les conduit,S'entre-choquaient par aventurePour se dissoudre dans la nuit;Ou comme une flotte qui sombre,Si ces foyers, grands et petits,Lentement dévorés par l'ombre,Y disparaissaient engloutis,Tu pourrais repeupler l'abîme,Et rallumer un firmamentPlus somptueux et plus sublime,Avec la terre seulement!Car il te suffirait, pour rendreÀ l'infini tous ses flambeaux,D'y secouer l'humaine cendreQui sommeille au fond des tombeaux,La cendre des coeurs innombrables,Enfouis, mais brûlants toujours,Où demeurent inaltérablesDans la mort d'immortels amours.Sous la terre, dont les entraillesAbsorbent les coeurs trépassés,En six mille ans de funéraillesQuels trésors de flamme amassés!Combien dans l'ombre sépulcraleDorment d'invisibles rayons!Quelle semence sidéraleDans la poudre des passions!Ah! que sous la voûte infiniePérissent les anciens soleils,Avec les éclairs du génieTu feras des midis pareils;Tu feras des nuits populeuses,Des nuits pleines de diamants,En leur donnant pour nébuleusesTous les rêves des coeurs aimants;Les étoiles plus solitaires,Éparses dans le sombre azur,Tu les feras des coeurs austèresOù veille un feu profond et sûr;Et tu feras la blanche voieQui nous semble un ruisseau lacté,De la pure et sereine joieDes coeurs morts avant leur été;Tu feras jaillir tout entièreL'antique étoile de VénusD'un atome de la poussièreDes coeurs qu'elle embrasa le plus;Et les fermes coeurs, pour l'attaqueEt la résistance doués,Reformeront le zodiaqueOù les Titans furent cloués!Pour moi-même enfin, grain de sableDans la multitude des morts,Si ce que j'ai d'impérissableDoit scintiller au ciel d'alors,Qu'un astre généreux renaisseDe mes cendres à leur réveil!Rallume au feu de ma jeunesseLe plus clair, le plus chaud soleil!Rendant sa flamme primitiveÀ Sirius, des nuits vainqueur,Fais-en la pourpre encor plus viveAvec tout le sang de mon coeur!
Si tous les astres, ô Nature,Trompant la main qui les conduit,S'entre-choquaient par aventurePour se dissoudre dans la nuit;
Si tous les astres, ô Nature,
Trompant la main qui les conduit,
S'entre-choquaient par aventure
Pour se dissoudre dans la nuit;
Ou comme une flotte qui sombre,Si ces foyers, grands et petits,Lentement dévorés par l'ombre,Y disparaissaient engloutis,
Ou comme une flotte qui sombre,
Si ces foyers, grands et petits,
Lentement dévorés par l'ombre,
Y disparaissaient engloutis,
Tu pourrais repeupler l'abîme,Et rallumer un firmamentPlus somptueux et plus sublime,Avec la terre seulement!
Tu pourrais repeupler l'abîme,
Et rallumer un firmament
Plus somptueux et plus sublime,
Avec la terre seulement!
Car il te suffirait, pour rendreÀ l'infini tous ses flambeaux,D'y secouer l'humaine cendreQui sommeille au fond des tombeaux,
Car il te suffirait, pour rendre
À l'infini tous ses flambeaux,
D'y secouer l'humaine cendre
Qui sommeille au fond des tombeaux,
La cendre des coeurs innombrables,Enfouis, mais brûlants toujours,Où demeurent inaltérablesDans la mort d'immortels amours.
La cendre des coeurs innombrables,
Enfouis, mais brûlants toujours,
Où demeurent inaltérables
Dans la mort d'immortels amours.
Sous la terre, dont les entraillesAbsorbent les coeurs trépassés,En six mille ans de funéraillesQuels trésors de flamme amassés!
Sous la terre, dont les entrailles
Absorbent les coeurs trépassés,
En six mille ans de funérailles
Quels trésors de flamme amassés!
Combien dans l'ombre sépulcraleDorment d'invisibles rayons!Quelle semence sidéraleDans la poudre des passions!
Combien dans l'ombre sépulcrale
Dorment d'invisibles rayons!
Quelle semence sidérale
Dans la poudre des passions!
Ah! que sous la voûte infiniePérissent les anciens soleils,Avec les éclairs du génieTu feras des midis pareils;
Ah! que sous la voûte infinie
Périssent les anciens soleils,
Avec les éclairs du génie
Tu feras des midis pareils;
Tu feras des nuits populeuses,Des nuits pleines de diamants,En leur donnant pour nébuleusesTous les rêves des coeurs aimants;
Tu feras des nuits populeuses,
Des nuits pleines de diamants,
En leur donnant pour nébuleuses
Tous les rêves des coeurs aimants;
Les étoiles plus solitaires,Éparses dans le sombre azur,Tu les feras des coeurs austèresOù veille un feu profond et sûr;
Les étoiles plus solitaires,
Éparses dans le sombre azur,
Tu les feras des coeurs austères
Où veille un feu profond et sûr;
Et tu feras la blanche voieQui nous semble un ruisseau lacté,De la pure et sereine joieDes coeurs morts avant leur été;
Et tu feras la blanche voie
Qui nous semble un ruisseau lacté,
De la pure et sereine joie
Des coeurs morts avant leur été;
Tu feras jaillir tout entièreL'antique étoile de VénusD'un atome de la poussièreDes coeurs qu'elle embrasa le plus;
Tu feras jaillir tout entière
L'antique étoile de Vénus
D'un atome de la poussière
Des coeurs qu'elle embrasa le plus;
Et les fermes coeurs, pour l'attaqueEt la résistance doués,Reformeront le zodiaqueOù les Titans furent cloués!
Et les fermes coeurs, pour l'attaque
Et la résistance doués,
Reformeront le zodiaque
Où les Titans furent cloués!
Pour moi-même enfin, grain de sableDans la multitude des morts,Si ce que j'ai d'impérissableDoit scintiller au ciel d'alors,
Pour moi-même enfin, grain de sable
Dans la multitude des morts,
Si ce que j'ai d'impérissable
Doit scintiller au ciel d'alors,
Qu'un astre généreux renaisseDe mes cendres à leur réveil!Rallume au feu de ma jeunesseLe plus clair, le plus chaud soleil!
Qu'un astre généreux renaisse
De mes cendres à leur réveil!
Rallume au feu de ma jeunesse
Le plus clair, le plus chaud soleil!
Rendant sa flamme primitiveÀ Sirius, des nuits vainqueur,Fais-en la pourpre encor plus viveAvec tout le sang de mon coeur!
Rendant sa flamme primitive
À Sirius, des nuits vainqueur,
Fais-en la pourpre encor plus vive
Avec tout le sang de mon coeur!
Océan, que vaux-tu dans l'infini du Monde?Toi, si large à nos yeux enchaînés sur tes bords,Mais étroit pour notre âme aux rebelles essors,Qui du haut des soleils te mesure et te sonde;Presque éternel pour nous plus instables que l'onde,Mais pourtant, comme nous, oeuvre et jouet des sorts,Car tu nous vois mourir, mais des astres sont morts,Et nulle éternité dans les jours ne se fonde.Comme une vaste armée où l'héroïsme boutMarche à l'assaut d'un mur, tu viens heurter la roche,Mais la roche est solide et reparaît debout.Va, tu n'es cru géant que du nain qui t'approche:Ah! je t'admirais trop, le ciel me le reproche,Il me dit: «Rien n'est grand ni puissant que le Tout!»
Océan, que vaux-tu dans l'infini du Monde?Toi, si large à nos yeux enchaînés sur tes bords,Mais étroit pour notre âme aux rebelles essors,Qui du haut des soleils te mesure et te sonde;
Océan, que vaux-tu dans l'infini du Monde?
Toi, si large à nos yeux enchaînés sur tes bords,
Mais étroit pour notre âme aux rebelles essors,
Qui du haut des soleils te mesure et te sonde;
Presque éternel pour nous plus instables que l'onde,Mais pourtant, comme nous, oeuvre et jouet des sorts,Car tu nous vois mourir, mais des astres sont morts,Et nulle éternité dans les jours ne se fonde.
Presque éternel pour nous plus instables que l'onde,
Mais pourtant, comme nous, oeuvre et jouet des sorts,
Car tu nous vois mourir, mais des astres sont morts,
Et nulle éternité dans les jours ne se fonde.
Comme une vaste armée où l'héroïsme boutMarche à l'assaut d'un mur, tu viens heurter la roche,Mais la roche est solide et reparaît debout.
Comme une vaste armée où l'héroïsme bout
Marche à l'assaut d'un mur, tu viens heurter la roche,
Mais la roche est solide et reparaît debout.
Va, tu n'es cru géant que du nain qui t'approche:Ah! je t'admirais trop, le ciel me le reproche,Il me dit: «Rien n'est grand ni puissant que le Tout!»
Va, tu n'es cru géant que du nain qui t'approche:
Ah! je t'admirais trop, le ciel me le reproche,
Il me dit: «Rien n'est grand ni puissant que le Tout!»
Ô maître des charmeurs de l'oreille, ô Ronsard,J'admire tes vieux vers, et comment ton génieAux lois d'un juste sens et d'une ample harmonieSait dans le jeu des mots asservir le hasard.Mais, plus que ton beau verbe et plus que ton grand art,J'aime ta passion d'antique poésie,Et cette téméraire et sainte fantaisieD'être un nouvel Orphée aux hommes nés trop tard.Ah! depuis que les cieux, les champs, les bois, et l'onde,N'avaient plus d'âme, un deuil assombrissait le monde,Car le monde sans lyre est comme inhabité!Tu viens, tu ressaisis la lyre, tu l'accordes,Et, fier, tu rajeunis la gloire des sept cordes,Et tu refais aux dieux une immortalité.
Ô maître des charmeurs de l'oreille, ô Ronsard,J'admire tes vieux vers, et comment ton génieAux lois d'un juste sens et d'une ample harmonieSait dans le jeu des mots asservir le hasard.
Ô maître des charmeurs de l'oreille, ô Ronsard,
J'admire tes vieux vers, et comment ton génie
Aux lois d'un juste sens et d'une ample harmonie
Sait dans le jeu des mots asservir le hasard.
Mais, plus que ton beau verbe et plus que ton grand art,J'aime ta passion d'antique poésie,Et cette téméraire et sainte fantaisieD'être un nouvel Orphée aux hommes nés trop tard.
Mais, plus que ton beau verbe et plus que ton grand art,
J'aime ta passion d'antique poésie,
Et cette téméraire et sainte fantaisie
D'être un nouvel Orphée aux hommes nés trop tard.
Ah! depuis que les cieux, les champs, les bois, et l'onde,N'avaient plus d'âme, un deuil assombrissait le monde,Car le monde sans lyre est comme inhabité!
Ah! depuis que les cieux, les champs, les bois, et l'onde,
N'avaient plus d'âme, un deuil assombrissait le monde,
Car le monde sans lyre est comme inhabité!
Tu viens, tu ressaisis la lyre, tu l'accordes,Et, fier, tu rajeunis la gloire des sept cordes,Et tu refais aux dieux une immortalité.
Tu viens, tu ressaisis la lyre, tu l'accordes,
Et, fier, tu rajeunis la gloire des sept cordes,
Et tu refais aux dieux une immortalité.
Maître, qui du grand art levant le pur flambeau,Pour consoler la chair besoigneuse et fragile,Rendis sa gloire antique à cette exquise argile,Ton corps va donc subir l'outrage du tombeau!Ton âme a donc rejoint le somnolent troupeauDes ombres sans désirs, où l'attendait Virgile,Toi qui né pour le jour d'où le trépas t'exile,Faisais des Voluptés les prêtresses du Beau!
Maître, qui du grand art levant le pur flambeau,Pour consoler la chair besoigneuse et fragile,Rendis sa gloire antique à cette exquise argile,Ton corps va donc subir l'outrage du tombeau!
Maître, qui du grand art levant le pur flambeau,
Pour consoler la chair besoigneuse et fragile,
Rendis sa gloire antique à cette exquise argile,
Ton corps va donc subir l'outrage du tombeau!
Ton âme a donc rejoint le somnolent troupeauDes ombres sans désirs, où l'attendait Virgile,Toi qui né pour le jour d'où le trépas t'exile,Faisais des Voluptés les prêtresses du Beau!
Ton âme a donc rejoint le somnolent troupeau
Des ombres sans désirs, où l'attendait Virgile,
Toi qui né pour le jour d'où le trépas t'exile,
Faisais des Voluptés les prêtresses du Beau!
Ah! les dieux (si les dieux y peuvent quelque chose)Devaient ravir ce corps dans une apothéose,D'incorruptible chair l'embaumer pour toujours,Et l'âme! l'envoyer dans la Nature entière,Savourer librement, éparse en la matière,L'ivresse des couleurs et la paix des contours!
Ah! les dieux (si les dieux y peuvent quelque chose)Devaient ravir ce corps dans une apothéose,D'incorruptible chair l'embaumer pour toujours,
Ah! les dieux (si les dieux y peuvent quelque chose)
Devaient ravir ce corps dans une apothéose,
D'incorruptible chair l'embaumer pour toujours,
Et l'âme! l'envoyer dans la Nature entière,Savourer librement, éparse en la matière,L'ivresse des couleurs et la paix des contours!
Et l'âme! l'envoyer dans la Nature entière,
Savourer librement, éparse en la matière,
L'ivresse des couleurs et la paix des contours!
Poëtes à venir, qui saurez tant de choses,Et les direz sans doute en un verbe plus beau,Portant plus loin que nous un plus large flambeauSur les suprêmes fins et les premières causes;Quand vos vers sacreront des pensers grandioses,Depuis longtemps déjà nous serons au tombeau;Rien ne vivra de nous qu'un terne et froid lambeauDe notre oeuvre enfouie avec nos lèvres closes.Songez que nous chantions les fleurs et les amoursDans un âge plein d'ombre, au mortel bruit des armes,Pour des coeurs anxieux que ce bruit rendait sourds;Lors plaignez nos chansons, où tremblaient tant d'alarmes,Vous qui, mieux écoutés, ferez en d'heureux joursSur de plus hauts objets des poëmes sans larmes.
Poëtes à venir, qui saurez tant de choses,Et les direz sans doute en un verbe plus beau,Portant plus loin que nous un plus large flambeauSur les suprêmes fins et les premières causes;
Poëtes à venir, qui saurez tant de choses,
Et les direz sans doute en un verbe plus beau,
Portant plus loin que nous un plus large flambeau
Sur les suprêmes fins et les premières causes;
Quand vos vers sacreront des pensers grandioses,Depuis longtemps déjà nous serons au tombeau;Rien ne vivra de nous qu'un terne et froid lambeauDe notre oeuvre enfouie avec nos lèvres closes.
Quand vos vers sacreront des pensers grandioses,
Depuis longtemps déjà nous serons au tombeau;
Rien ne vivra de nous qu'un terne et froid lambeau
De notre oeuvre enfouie avec nos lèvres closes.
Songez que nous chantions les fleurs et les amoursDans un âge plein d'ombre, au mortel bruit des armes,Pour des coeurs anxieux que ce bruit rendait sourds;
Songez que nous chantions les fleurs et les amours
Dans un âge plein d'ombre, au mortel bruit des armes,
Pour des coeurs anxieux que ce bruit rendait sourds;
Lors plaignez nos chansons, où tremblaient tant d'alarmes,Vous qui, mieux écoutés, ferez en d'heureux joursSur de plus hauts objets des poëmes sans larmes.
Lors plaignez nos chansons, où tremblaient tant d'alarmes,
Vous qui, mieux écoutés, ferez en d'heureux jours
Sur de plus hauts objets des poëmes sans larmes.
AUX AMIS INCONNUSPRIÈRECONSEILAU BORD DE L'EAUEN VOYAGESONNET À LA PETITE SUZANNE D.ENFANTILLAGEAUX TUILERIESL'AMOUR MATERNEL, À Maurice ChevrierL'ÉPOUSÉEDISTRACTIONINVITATION À LA VALSECE QUI DUREUN RENDEZ-VOUSL'OBSTACLELA COUPEPARFUMS ANCIENS, À François CoppéeL'ÉTOILE AU COEURDOUCEUR D'AVRIL, À Albert MératPÈLERINAGEJUINLA BEAUTÉLA VOLUPTÉ, SONNETLES DEUX CHUTES, SONNETL'INDIFFÉRENTE, SONNETL'ART TRAHISOUHAITTROP TARDLES AMOURS TERRESTRESL'ÉTRANGER, SONNETLA VERTULE TEMPS PERDU, SONNETLES FILS, SONNETLE CONSCRITABDICATIONLE RIRELE VASE ET L'OISEAUL'ALPHABETSUR LA MORTDÉFAILLANCE ET SCRUPULESURSUM CORDAÀ L'OCÉAN, SONNETÀ RONSARDÀ THÉOPHILE GAUTIERAUX POËTES FUTURS
AUX AMIS INCONNUSPRIÈRECONSEILAU BORD DE L'EAUEN VOYAGESONNET À LA PETITE SUZANNE D.ENFANTILLAGEAUX TUILERIESL'AMOUR MATERNEL, À Maurice ChevrierL'ÉPOUSÉEDISTRACTIONINVITATION À LA VALSECE QUI DUREUN RENDEZ-VOUSL'OBSTACLELA COUPEPARFUMS ANCIENS, À François CoppéeL'ÉTOILE AU COEURDOUCEUR D'AVRIL, À Albert MératPÈLERINAGEJUINLA BEAUTÉLA VOLUPTÉ, SONNETLES DEUX CHUTES, SONNETL'INDIFFÉRENTE, SONNETL'ART TRAHISOUHAITTROP TARDLES AMOURS TERRESTRESL'ÉTRANGER, SONNETLA VERTULE TEMPS PERDU, SONNETLES FILS, SONNETLE CONSCRITABDICATIONLE RIRELE VASE ET L'OISEAUL'ALPHABETSUR LA MORTDÉFAILLANCE ET SCRUPULESURSUM CORDAÀ L'OCÉAN, SONNETÀ RONSARDÀ THÉOPHILE GAUTIERAUX POËTES FUTURS
AUX AMIS INCONNUS
PRIÈRE
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SONNET À LA PETITE SUZANNE D.
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AUX TUILERIES
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L'ÉPOUSÉE
DISTRACTION
INVITATION À LA VALSE
CE QUI DURE
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LA COUPE
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À RONSARD
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AUX POËTES FUTURS
ImpriméPAR J. CLAYEPOURA. LEMERRE, LIBRAIREÀ PARIS.