ANVERS.—COUR DE L'ANCIEN HOSPICE DES MERCIERS.
ANVERS.—COUR DE L'ANCIEN HOSPICE DES MERCIERS.
ANVERS.—COUR DE L'ANCIEN HOSPICE DES MERCIERS.
Il y a des Rubens partout à Anvers. L'église Saint-Jacques en possède aussi de célèbres; c'était la paroisse du grand peintre, inhumé dans la chapelle de la famille. Musée encore, cette superbe église, commencée vers la fin du quinzième siècle, dont la haute tour se dresse inachevée, au milieu d'énormes échafaudages.
Dès le quinzième siècle, Anvers possédait une Bourse, bientôt devenue trop étroite; la ville en construisit une autre en 1532. Les négociants se réunissaient alors en de vastes locaux entourant un préau à arcades d'un gothique capricieux. Anvers était une place de riches banquiers; dès le seizième siècle, il s'y traitait même des emprunts de princes, tout comme aujourd'hui. Brûlée plusieurs fois, cette Bourse fut définitivement ruinée par un dernier incendie en 1858. On la reconstruisit plus grande, sur le même emplacement, dans le même style ogival extrêmement fleuri.
L'ancien préau, doublé d'un étage de galeries et couvert d'un plafond supporté par de belles ferronneries, forme une très curieuse salle, avec de beaux portiques d'entrée, sur la rue de la Bourse ou sur la rue des Douze-Mois.
Anvers est une ville de contrastes! Juste devant la Bourse, un étroit couloir, en sortant de la rue très moderne et très animée, mène dans une petite cour silencieuse et paisible comme un béguinage, où de vieilles maisons entourent une petite chapelle désaffectée, aux ogives en partie bouchées, avec des tuyaux de cheminées sortant des trilobes. C'était l'hospice du Métier des Merciers. Un menuisier rabote dans la cour, une fontaine coule sous un pilier portant un vieux Saint-Nicolas tout rongé, tandis qu'à deux pas, de l'autre côté de la rue, la Bourse s'agite et bourdonne.
Un coin délicieux et bien en dehors des temps, c'est la vieille maison Plantin-Moretus, poétique musée du passé docte et artiste, que les siècles en tourbillonnant semblent n'avoir même pas effleuré. On ne le devinerait pas de l'extérieur, ce musée, sur le petit Marché du Vendredi aux maisons quelconques, il faut pousser la porte pour retrouver le seizième siècle dans la belle cour de l'imprimeur au Bois-Dormant.
ANVERS.—COUR DE LA MAISON PLANTIN-MORETUS.
ANVERS.—COUR DE LA MAISON PLANTIN-MORETUS.
ANVERS.—COUR DE LA MAISON PLANTIN-MORETUS.
Toute la maison du bon imprimeur Tourangeau, fixé à Anvers après quelques pérégrinations, en 1576, est demeurée intacte. Son appartement, sa chambre avec son lit, comme s'il était toujours là, et le bureau des correcteurs, la boutique où se vendaient les livres à la célèbre marque plantinienne, leCompas d'or, les ateliers de composition et les vieilles presses à bras qui ont tiré les beaux volumes visibles dans la boutique, la fonderie de caractères, les collections des bois et des cuivres ayant servi à l'illustration des vieilles éditions. C'est un asile charmant, cette belle cour à arcades, où, sur la façade de briques, des vignes plantées par le vieil imprimeur, montent encadrer de leurs pampres, les grandes fenêtres à meneaux. Hélas, le bon Plantin, que l'on s'attend à rencontrer en quelque couloir, l'a quittée il y a trois siècles, mais ses descendants, la dynastie des Moretus, l'ont occupée, y ont imprimé des livres jusqu'en 1876, époque où la maison, achetée par la ville, fut transformée en Musée.
ANVERS.—VIEILLE PORTE, RUE HAUTE.
ANVERS.—VIEILLE PORTE, RUE HAUTE.
ANVERS.—VIEILLE PORTE, RUE HAUTE.
Que de choses encore dans Anvers, de vieilles maisons et de grands édifices modernes, des musées, des statues: Van Dyck, Quentin Metzys, Téniers, Jordaens, Leys, un jardin zoologique superbe, un parc établi sur l'emplacement d'un vieux bastion. Et vers le port, toujours en rumeur,—où tout le travail est fait par des corporations d'ouvriers organisés, depuis le seizième siècle, en plus de cinquante nations ou groupes ayant gardé les appellations adoptées à l'origine,—dans le tumulte des chargements, des charrois, parmi tant de hangars et de magasins, il se trouve encore quelques vieux bâtiments curieux, comme la Porte de l'Escaut, sur le quai, ou la Maison Hydraulique, construite en 1553, avec un réservoir pour alimenter les brasseries du quartier.
ANVERS.PORTE DE LA MAISON HYDRAULIQUE.
ANVERS.PORTE DE LA MAISON HYDRAULIQUE.
ANVERS.PORTE DE LA MAISON HYDRAULIQUE.
TERMONDE.
TERMONDE.
TERMONDE.
Deux Hôtels de ville pittoresques.—Aventures et catastrophes.—Sièges.—Pestes et incendies.
Alost, petite ville industrielle, à mi-chemin entre Gand et Bruxelles, plus peuplée qu'il ne semble à première vue, n'a pas très grand caractère, et n'éveillerait pas un intérêt bien considérable, n'était la très belle maison de ville qui se dresse sur sa Grand Place.
C'est une très ancienne ville, il faut le dire, et qui a des annales assez chargées. S'il ne lui est pas resté beaucoup de maisons ou d'édifices de son vieux temps, si sa physionomie s'est un peu banalisée, cela tient sans doute aux mauvais moments qu'elle eut à passer dans le cours des siècles.
HOTEL DE VILLE DE TERMONDE.
HOTEL DE VILLE DE TERMONDE.
HOTEL DE VILLE DE TERMONDE.
En 1360, un incendie réduisit en cendres les trois quarts de ses maisons. Une terrible aventure la mit à mal deux siècles après; au temps des guerres religieuses, la Furie espagnole de 1576 partit d'Alost. C'est un corps d'Espagnols occupant la ville enlevée par surprise, qui donna le signal. Réunis sur cette grande place d'Alost, les soldats mutinés, rendus furieux par une série d'échecs et par les misères de la guerre, furent harangués par Juan de Navarese et l'élurent pour chef. Après avoir mis consciencieusement à sac la malheureuse petite cité, ils marchèrent sur Anvers pour lui faire subir le même sort.
Toujours comme Anvers, quelques années après, Alost eut à subir la visite de l'armée du duc d'Alençon. D'autres visites ne furent pas moins désastreuses pour les habitants; en 1485 et 1580, ce fut la peste qui fit chaque fois un nombre considérable de victimes. L'église principale, la collégiale Saint-Martin, possède un grand tableau de Rubens rappelant ces tristes épisodes: Saint Roch et les pestiférés ou Alost ravagée par la peste.
L'Hôtel de ville d'Alost est très particulier, non point par la magnificence de son architecture, les exubérances du gothique flamboyant ou la belle ordonnance, mais par un arrangement de lignes et de détails curieux, et par le caractère pittoresque de l'ensemble. Le beffroi, le pignon à tourelles, les morceaux ajoutés, gothique et gothico-Renaissance, tout s'arrange de façon très amusante.
ALOST.—ARRIÈRE FAÇADE DE L'HOTEL DE VILLE.
ALOST.—ARRIÈRE FAÇADE DE L'HOTEL DE VILLE.
ALOST.—ARRIÈRE FAÇADE DE L'HOTEL DE VILLE.
Le beffroi est une tour carrée du quinzième siècle, terminée par un campanile à carillon sur la jolie plate-forme. Sous deux statues décorant une des faces et représentant d'anciens comtes d'Alost, s'inscrit la date de 1200 juste. Si l'Hôtel de ville suivant l'habitude de toutes les vieilles personnes, ne se vieillit pas un peu par coquetterie, cela fait un bel âge, et comme il vient d'être restauré, il semble porter très bien ses sept cents ans.—Ni espoir, ni crainte, dit une inscription sur le beffroi, sans doute en souvenir des pestes, assauts, mises à sac et autres catastrophes qui tombèrent sur la ville. Brrr..., c'est beau le stoïcisme.
Le beffroi s'accompagne d'un beau pignon décoré avec un second campanile à la pointe et une tourelle sur le côté. Sur l'angle s'avance une annexe de la fin du quinzième siècle, très joli petit édifice du gothique de la dernière période, très orné, très fleuri, à pignon ondulé, avec des statues et des pinacles. Les décrochements de la façade donnent des ombres nettes qui soulignent et ajoutent au pittoresque des lignes et des détails.
Pour ajouter par la couleur quelque chose de plus, il y a au fond de la place une rangée de maisons à pignons du seizième siècle portées sur arcades, façades de briques avec encadrements de pierres. Une statue au milieu de la place s'entoure des voitures, des échoppes et des déballages du marché: c'est Thierry Mœrtens, célèbre imprimeur, né à Alost, et qui fonda en sa ville natale un des premiers établissements typographiques de Belgique.
L'Hôtel de ville a, par derrière, une deuxième façade plus sévère, un grand pignon éclairé de belles fenêtres et flanqué aussi de tourelles.
La vieille église Saint-Martin fait face au beffroi, au bout d'une petite rue; la pauvre église serait probablement fort belle, si, ayant échappé aux catastrophes de 1360 et de 1576, elle n'avait été ravagée par un incendie en 1605. Elle n'a pour ainsi dire pas de façade, on tourne autour par des petites rues et l'on ne trouve que les entrées latérales, de jolis morceaux, des arrangements de transepts, de chapelles et de toits très mouvementés.
Autre gentille petite ville, autre Hôtel de ville intéressant, à peu de distance; c'est Termonde ou Dendermonde, au confluent de la Dendre et de l'Escaut.
ÉGLISE D'ALOST.
ÉGLISE D'ALOST.
ÉGLISE D'ALOST.
Dans la grasse verdure des prairies, parmi les bouquets d'arbres où çà et là des maisonnettes mettent la note rouge d'un toit de tuiles, la Dendre vire et sinue capricieusement, enserrant des remparts, des talus de batteries, tournant autour des bastions bas et s'élargissant en étang devant une porte. Il faut passer plusieurs ponts, franchir plusieurs bras de rivière pour entrer en ville. Termonde est une vieille place forte et elle a toujours compté l'eau de ses rivières comme son principal rempart.
Toutes ces eaux qui font la beauté et la fraîcheur de sa campagne lui ont servi en 1667 lorsque Louis XIV, arriva avec cinquante mille hommes, se flattant de prendre rapidement la ville, comme il venait d'enlever Alost et la plupart des places de la Flandre et du Hainaut. Mais, aux approches de l'ennemi, les défenseurs de Termonde n'eurent qu'à ouvrir leurs écluses, la campagne fut transformée en un lac, et l'armée française dut aussitôt lever le siège.
Cependant, en 1706, l'armée de Marlborough vint assiéger une garnison française, c'est l'année de Ramillies, le temps des tristesses et des revers pour le grand Roy vieilli, et cette fois Marlborough prend la place, après six jours de tranchée ouverte.
Comme tous les Hôtels de ville de Belgique, celui de Termonde vient d'être restauré. Sa large façade claire compte trois pignons à gradins donnant du pittoresque au grand comble; au milieu, monte le beffroi, haute tour carrée, encastrant en haut l'horloge entre quatre tourelles, et couronnée d'un gracieux petit campanile.
ALOST.—VIEILLES MAISONS.
ALOST.—VIEILLES MAISONS.
ALOST.—VIEILLES MAISONS.
Comme décoration de façade, ce sont des statues accrochées tout le long, sous des niches, un balcon bretèche au beffroi et en bas un petit perron gardé par le lion de Flandre.
Sur le côté gauche de la place, un autre édifice important fait vis-à-vis à l'Hôtel de ville, un grand bâtiment avec un toit énorme, de hautes lucarnes à gradins et une fine tourelle sur le côté; c'était jadis la Halle aux draps convertie aujourd'hui en Musée.
Il y a une église intéressante, Notre-Dame, qui peut montrer un grand décor d'autel de Saint-Nicolas, des fonts baptismaux curieux, et diverses œuvres d'art. David Téniers habita longtemps Termonde. Etait-ce là qu'il portait ses tableaux à vendre au marché sur son âne?
LE MUSÉE A TERMONDE.
LE MUSÉE A TERMONDE.
LE MUSÉE A TERMONDE.
MALINES.—VIEUX PONT ET NOTRE-DAME-AU-DELA-DE-LA-DYLE.
MALINES.—VIEUX PONT ET NOTRE-DAME-AU-DELA-DE-LA-DYLE.
MALINES.—VIEUX PONT ET NOTRE-DAME-AU-DELA-DE-LA-DYLE.
La Grand'Place.—La Tour géante de Saint-Rombaut.—Un grand palais ruiné.—Vieux logis.—Orfèvrerie de pierres à Louvain.—L'Eglise Saint-Pierre.—Autres tours géantes écroulées.—L'Université.—La Grand'Place d'Audenarde et l'Hôtel de ville.—Notre-Dame de Pamele.
La dominante architecturale de Malines, ce n'est pas un beffroi de maison communale, c'est un clocher d'église: la très grosse et très haute tour de Saint-Rombaut. La vieille cité catholique, la vieille ville des dentelles,—très abandonné, le fuseau des dentellières,—bien que modernisée sur ses grandes voies, conserve, dans les quartiers serrés du centre, assez de vieux édifices pour faire cortège à son imposante cathédrale au formidable clocher.
MALINES.—ANCIEN ÉCHEVINAGE.
MALINES.—ANCIEN ÉCHEVINAGE.
MALINES.—ANCIEN ÉCHEVINAGE.
La Dyle, une rivière pas bien large, tourne et retourne à travers les maisons et se divise en plusieurs bras. De temps en temps, on trouve un pont, une percée dans les vieilles murailles, c'est la Dyle qui passe et disparaît sous des voûtes, sous des bâtisses désordonnées, sous des verdures, dans des cours et des jardins.
MALINES.—ANCIENNES HALLES ET PALAIS DU GRAND CONSEIL, AVANT LEUR RESTAURATION.
MALINES.—ANCIENNES HALLES ET PALAIS DU GRAND CONSEIL, AVANT LEUR RESTAURATION.
MALINES.—ANCIENNES HALLES ET PALAIS DU GRAND CONSEIL, AVANT LEUR RESTAURATION.
La Grand'Place, qui se prolonge à droite et à gauche par d'autres places, est admirablement encadrée de très beaux monuments. On trouve d'un côté les Halles, ou plutôt le bâtiment composé des Vieilles Halles et du palais bâti par Charles-Quint pour le Grand Conseil. A gauche, l'ancienne Maison échevinale; en face, une rangée de belles maisons du seizième siècle, accompagnant un Hôtel de ville du dix-huitième, au-dessus desquelles maisons se dressent la nef de Saint-Rombaut, l'abside avec ses magnifiques fenêtres et toutes ses chapelles et la tour colossale.
MALINES.—PIGNON SUR LA GRAND'PLACE.
MALINES.—PIGNON SUR LA GRAND'PLACE.
MALINES.—PIGNON SUR LA GRAND'PLACE.
Saint Rombaut était venu d'Ecosse prêcher le christianisme à Malines vers l'an 700; l'église actuelle date des quatorzième et quinzième siècles. Malines fut érigé en Archevêché pour le cardinal Granvelle, le célèbre ministre de Philippe II, qui eut aussi le titre de Primat des Flandres. C'était en 1559, le roi Philippe II procédait à la réorganisation des Pays-Bas et nommait, entre autres, Guillaume d'Orange, au gouvernement de Hollande, et le comte d'Egmont à celui de Flandre et d'Artois; la duchesse Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles-Quint, était gouvernante générale.
La tour étonne par ses proportions et charme quand on suit le détail des lignes; ce sont d'énormes contreforts habillés de belles sculptures, de niches, de dais, de pinacles, de balustrades, et cela monte à 97 mètres, jusqu'à une belle plate-forme portant une amorce de flèche qui n'a jamais été construite.
Cette géante de pierres, incomplète, ressemble à la Tour Saint-Jacques de Paris, mais elle est plus massive et plus haute. On devait encore lui ajuster une flèche proportionnée à sa taille, montant d'une soixantaine de mètres encore, mais les événements du seizième siècle ont arrêté sa construction. Les habitants de Malines ne peuvent se consoler de ne point voir cette flèche dans leur ciel, et ils accusent Guillaume d'Orange de leur avoir volé les pierres amassées pour la construction, en vue de bâtir la ville de Willemstadt, créée par lui au milieu des polders, en avant de Rotterdam.
Pour se rendre exactement compte des proportions de la tour, il suffit de regarder à ses pieds le pavé de la place. Au centre, s'élève la statue de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, gouvernante des Pays-Bas, qui avait établi sa résidence à Malines. On a reproduit, autour de la statue, sur le pavé, le cadran de l'horloge placée tout en haut de la tour et ce cadran mesure 13m.70.
MALINES.—CATHÉDRALE SAINT-ROMBAUT.
MALINES.—CATHÉDRALE SAINT-ROMBAUT.
MALINES.—CATHÉDRALE SAINT-ROMBAUT.
On vient de commencer la restauration de l'édifice composite, à la fois Halles et Palais du Grand Conseil. Il en avait besoin; en certaines parties, c'était presque une ruine, utilisée tant bien que mal en maisons. Cela faisait tout récemment encore un amalgame extrêmement pittoresque. La façade était en trois morceaux distincts: un grand pavillon au centre, grande porte ogivale surmontée d'une galerie crénelée et d'un pignon flanqué de tourelles;—un pignon du seizième siècle à droite,—et sur le flanc gauche, un édifice tronqué, découronné, d'une très belle architecture du seizième siècle, fortement écorchée, montrant çà et là des sculptures brisées ou grattées, avec les restes d'une jolie tourelle d'angle au-dessus d'un estaminet, et des boutiques banales au rez-de-chaussée, sous des galeries bouchées qui devaient avoir été fort belles. D'ailleurs, sur toute la façade, de grandes ogives murées, des rafistolages de plâtre, des blessures béantes, des estafilades et des cicatrices, montraient combien outrageusement le pauvre palais de Charles-Quint avait été maltraité.
C'était là que siégeait le Grand Conseil, laConsulte, au temps où la Cour de la Gouvernante et les administrations établies par elle à Malines apportaient à la ville animation et prospérité. Malines ne produisait pas que des dentelles pour les fraises des nobles dames, elle fondait des canons et des bombardes pour les armées espagnoles.
MALINES.—MAISON DU QUAI AU SEL.
MALINES.—MAISON DU QUAI AU SEL.
MALINES.—MAISON DU QUAI AU SEL.
Mais les beaux jours avaient parfois de tristes lendemains: ce n'était pas assez de l'épouvantable catastrophe amenée par l'explosion de son grand magasin à poudre, qui détruisit plusieurs églises et trois cents maisons, en tuant ou blessant huit cents personnes, Malines eut encore à souffrir des dévastations et des mises à sac en 1566, 1578 et 1580. Alors disparurent bien des riches logis et les édifices survivants reçurent de nombreuses blessures.
MALINES.TOURELLE SUR LES BAILLES DE FER.
MALINES.TOURELLE SUR LES BAILLES DE FER.
MALINES.TOURELLE SUR LES BAILLES DE FER.
La vieille Maison échevinale, en meilleur état que le Palais de Charles-Quint, n'a pas autant d'importance; c'est cependant un bâtiment d'une assez jolie silhouette grâce à un arrangement de pignons, à la tourelle d'angle et au petit clocheton posé sur son toit.
Sur lesBailles de fer,—joli nom d'allure romantique,—qui commencent là, se voient quelques pignons du dix-septième siècle encadrant gentiment le marché. CesBailles de fer, large rue plutôt que place, conduisent au Grand Pont sur la Dyle, pont du treizième siècle, mais fort abîmé, dont les vieilles arches sombres tiennent à tout un quartier de vieilles constructions patinées à souhait.
En face, sur le Quai au sel, on trouve quelques-unes des plus curieuses parmi les maisons de Malines; la maison d'Adam et Eve a deux étages d'arcatures gothiques: celles de rez-de-chaussée encadrent les deux bas-reliefs qui ont fourni le nom à l'immeuble, la tentation d'Eve, puis Adam et Eve chassés du Paradis. D'après d'anciennes vues, la maison possédait jadis une belle tourelle d'angle disparue. A côté, autre pignon, de bois cette fois, très fouillé, avec sirènes à l'auvent et statuettes à chaque poteau d'encorbellement.
MALINES.—MAISON DU SAUMON.
MALINES.—MAISON DU SAUMON.
MALINES.—MAISON DU SAUMON.
Il s'en trouve un peu plus loin un autre non moins remarquable, en pierre, qui présente du haut en bas des encadrements de fenêtres fort compliqués, arcs trilobés, surbaissés, avec une jolie porte intacte comme sculptures et panneaux. Çà et là se montre quelque haute tourelle de briques, tourelle d'escalier sans doute, montant à une belle hauteur par-dessus les toits, ou surgissant dans des cours de maisons jadis importantes.
Que voir encore de Malines au hasard des petites rues? Le Palais de la Gouvernante, Marguerite de Parme, sert aujourd'hui de Palais de justice, c'est un bel édifice de noble architecture complètement restauré de nos jours. Un débris des remparts apparaît isolé parmi les arbres du boulevard, c'était la porte de Bruxelles, ouvrant entre deux fortes tours coiffées de bizarres poivrières, énormes et renflées en haut. Combien cela devait être plus joli avec l'avancée au-delà du fossé, comme le montrent les estampes d'autrefois.
Et les églises: Saint-Jean, belle tour, jolie petite rosace au portail, Sainte-Catherine, Notre-Dame d'Hanswyck, coupole basse du seizième siècle, Notre-Dame-au-delà-de-la-Dyle, plus intéressante, ces deux dernières s'arrangeant de façon très pittoresque parmi le fouillis des masures et des arbres au-dessus de la rivière.
Il n'y a pas un grand nombre de kilomètres entre Malines et Louvain, toutes les deux situées à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles et aussi sur la même petite rivière, la capricieuse Dyle qui la traverse divisée en plusieurs bras enfermant des îlots de maisons, ou les blocs de grands bâtiments des brasseries.
Louvain, vieille cité qui eut aussi ses jours de grandeur et d'opulence, se trouve aujourd'hui, après une série de mauvaises chances et de malheurs, très au large dans l'enceinte à peu près circulaire tracée il y a cinq ou six siècles, qu'elle remplissait de ses rues populeuses, de ses maisons serrées. Maintenant la ville s'est comme recroquevillée sur elle-même, la campagne a refranchi l'ancienne ligne des remparts et reconquis bien du terrain, de rue en rue.
HOTEL DE VILLE DE LOUVAIN.
HOTEL DE VILLE DE LOUVAIN.
HOTEL DE VILLE DE LOUVAIN.
Cette résidence des anciens ducs de Brabant était pourtant, comme tant d'autres villes de métiers, importante avec ses puissantes et riches corporations du drap et de la toile, et de plus une ville d'Université depuis 1426.
MALINES.—ANCIEN PALAIS DE MARGUERITE D'AUTRICHE.
MALINES.—ANCIEN PALAIS DE MARGUERITE D'AUTRICHE.
MALINES.—ANCIEN PALAIS DE MARGUERITE D'AUTRICHE.
Le temps de prospérité des drapiers et tisserands est le quatorzième siècle: alors Louvain comptait deux cent mille âmes, plus que la plupart des capitales d'alors. Son Université au siècle suivant eut parfois huit mille étudiants répartis dans quarante-trois collèges. Aujourd'hui, temps de renaissance après une éclipse presque totale, elle en a deux mille.
MALINES.—PORTE DE BRUXELLES.
MALINES.—PORTE DE BRUXELLES.
MALINES.—PORTE DE BRUXELLES.
Au quinzième siècle, la draperie déclinait déjà; il fallut pour l'achever que le siècle suivant apportât avec lui tous les malheurs, la peste et la guerre. La peste s'acharna sur la malheureuse ville, elle tua cinquante mille habitants, dépeupla l'Université de ses élèves et finit par emporter tous les professeurs.
Ensuite les guerres de la Réforme survinrent, lesquelles détruisirent, suivant les historiens, trois mille trois cents maisons, ce qui faisait ressembler Louvain «moins à une ville qu'à une campagne ravagée». Actuellement, la ville remonte la pente, puisque de vingt-six mille habitants, en 1840, elle en compte maintenant plus de quarante mille.
Il reste à Louvain, de son âge prospère, un splendide édifice, un Hôtel de ville de toute magnificence, construit au milieu du quinzième siècle, et qui semble véritablement le chef-d'œuvre d'une confrérie d'orfèvres qui auraient travaillé la pierre, ou de maçons qui auraient tenté d'imiter l'œuvre des dentellières.
Construit tout à fait sur le modèle de ces châsses merveilleuses destinées à renfermer des reliques vénérées, il ne lui manque que des émaux et des pierres précieuses étincelant et rutilant au bout de ses pinacles ou dans les découpures de ses balustrades.
Cette fabuleuse architecture, ne pouvant être renfermée dans un musée, brille au plein soleil sur une Grande Place, pas très grande, étroite même, resserrée entre ce magnifique reliquaire d'art gothique et l'église Saint-Pierre, autre très beau morceau, au point de vue pittoresque surtout.
L'Hôtel de ville fait penser à une Sainte-Chapelle, c'est la même simplicité de plan, la même netteté de lignes, un rectangle à deux pignons lançant une svelte tourelle à chaque pointe, avec une autre tourelle à chaque angle, mais le tout est fouillé et sculpté de la base au faîte, fleuri de la première à la dernière pierre. Trois étages de fenêtres entre chacune desquelles une colonnette engagée au bas porte sur une saillie triangulaire, en guise de contreforts, une série de statues superposées sous des dais délicatement ciselés; tout le long du toit, règne une belle galerie de créneaux ajourés en balustrade flamboyante. Les tourelles d'angle, à partir de là, ont encore deux étages de plates-formes et une flèche aussi ajourée. Sur le toit, quatre étages de lucarnes.
Et partout, du haut en bas des arcatures trilobées, un hérissement de fleurons, de crochets, de pierres miraculeusement frisées, dentelées, tortillées. Et l'ensemble est d'une grâce souriante et épanouie. Il n'est pas d'architecture plus gaie que ce gothique flamboyant; par tous les temps, à travers bourrasques, brumes, tempêtes et révolutions, le gothique sourit toujours. Quelles lunettes portaient donc les gens du dix-huitième siècle qui l'accusaient d'être un art de tristesse!
Cet admirable monument était, comme tant d'autres, comme presque tous les monuments du Moyen-Age, arrivé à notre époque fort maltraité, et il a dû subir de nos jours une complète restauration; bien entendu les statues manquaient ou se trouvaient mutilées, il a fallu les refaire.
On fait commencer la décadence de Louvain à la fin du quatorzième siècle, après lesdissensionsentre les nobles et les artisans qui ensanglantèrent maintes fois la ville. Un des principaux chefs des gens des métiers ayant été assassiné à Bruxelles par des nobles chassés de Louvain, le peuple, quand la nouvelle en arriva, se rua en fureur sur les logis des nobles qui durent chercher refuge à l'Hôtel de ville.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-PIERRE.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-PIERRE.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-PIERRE.
Mais la foule les y pourchassa et enfonça toutes les portes, les nobles furent impitoyablement massacrés et jetés par les fenêtres sur les piques du populaire entassé sur la place.
Les massacres suscitèrent d'autres massacres en représailles, il en résulta une longue guerre qui se termina mal pour Louvain. Le duc de Luxembourg, Wenceslas, futur empereur d'Allemagne, petit-fils de Jean de Luxembourg, le roi de Bohême aveugle qui mourut à Crécy, amena une armée pour châtier la ville où il entra par la brèche en janvier 1382. C'est alors que la fabrication des draps commença à décliner et que beaucoup d'artisans portèrent leurs Métiers en Angleterre.
LOUVAIN. CHAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE.
LOUVAIN. CHAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE.
LOUVAIN. CHAIRE DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE.
Cette décadence n'empêcha pourtant pas Louvain de construire l'admirable Hôtel de ville actuel, pour remplacer celui qui avait été le théâtre de cettedéfenestration, et que sans doute la guerre avait ruiné comme une énorme quantité de maisons en ville.
Presque en face de l'Hôtel de ville s'ouvre le porche latéral de l'église Saint-Pierre. Ce côté de la place est tout à fait pittoresque, il y a encore de vieilles petites maisons rouges, à lucarnes flamandes pourvues de frontons à volutes, sous les chapelles de l'église. Pourvu qu'on ne les démolisse pas! l'abside est déjà complètement dégagée et il y a bien des démolitions en train autour de Saint-Pierre. Cela fait si bien partout, ces églises surgissant au-dessus des maisons basses serrées, nichées, pour ainsi dire, dans le giron du grand monument. Ici comme ailleurs, l'église y prend une majesté et une grandeur remarquables, cet entourage cadre très bien avec l'architecture rude du porche devant lequel s'avancent les bases d'un portail commencé, et les deux étages de fenêtres, d'un joli dessin, les pignons des chapelles et tous les arcs-boutants ajoutent encore du mouvementé.
HOTEL DE VILLE D'AUDENARDE.
HOTEL DE VILLE D'AUDENARDE.
HOTEL DE VILLE D'AUDENARDE.
Pour l'intérieur, il faudrait comme à presque toutes les églises, répéter qu'il est majestueux et riche en monuments et œuvres d'art: jubé gothique, grand tabernacle, tombeaux, retables, tableaux, chaire décorative posée sur un gros rocher de bois sculpté formant grotte, avec arbres, feuillages sculptés et statues, particulièrement un saint Paul de grandeur naturelle tombant de cheval sur la route d'Ephèse.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.
LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-JACQUES.
Notons encore un Christ singulier, vêtu d'une robe de velours, et très vénéré parce qu'un jour, suivant une légende, il détacha un bras de sa croix pour saisir un voleur en train d'enlever le calice de l'autel.
LOUVAIN.—RESTE DES REMPARTS AU PARC SAINT-DONAT.
LOUVAIN.—RESTE DES REMPARTS AU PARC SAINT-DONAT.
LOUVAIN.—RESTE DES REMPARTS AU PARC SAINT-DONAT.
Il paraît que jadis, au-dessus de la façade, une énorme tour montait à 175 mètres, sans la croix, entre deux autres de 140. C'était de toute l'Europe la pointe monumentale la plus haute. Le 31 janvier 1604, un ouragan formidable soufflait sur Louvain; la grosse tour, orgueil de la ville, vacilla soudain sur ses deux voisines qui fléchirent, et toutes trois s'écroulèrent sur les maisons voisines, pendant que la grande croix emportée passait par-dessus les maisons de la Place et s'en allait au loin tomber dans la Dyle.
VIEUX PIGNON, RUE DE NAMUR.
VIEUX PIGNON, RUE DE NAMUR.
VIEUX PIGNON, RUE DE NAMUR.
Ici, comme dans toutes les villes, les riches corporations possédaient des Halles monumentales. Les anciennes Halles aux draps, actuellement occupées par l'Université, ne sont qu'un débris de l'édifice primitif du treizième siècle; il reste le rez-de-chaussée, très dénaturé extérieurement, sur lequel au dix-septième siècle, on a construit un étage sans beauté. Cependant la grande salle d'entrée est d'un beau caractère, avec son double escalier dans le fond, son plafond à grosses poutres, porté par une épine de fortes colonnes gothiques.
Partout on rencontre l'eau dans la ville, la Dyle que l'on passe et repasse; partout fument de grandes brasseries: c'est la ville de Gambrinus, partout roulent de grandes voitures chargées de tonneaux. Dans toutes ces rues où l'atmosphère a l'odeur et le goût de la bière, on peut rencontrer un certain nombre de vieilles maisons ou de choses intéressantes, mais sans exagération.
Il y a, non loin de l'Université, un beau et grand pignon de briques à rosaces curieuses, qui provient peut-être de quelque collège; plus loin, un reste de tour avec un morceau de rempart dans un parc. Dans la rue de Bruxelles, se voit, près de l'Hôpital, un vieux portail roman assez curieux appliqué à une chapelle moderne.
ÉGLISE SAINTE-WALBURGE, A AUDENARDE.
ÉGLISE SAINTE-WALBURGE, A AUDENARDE.
ÉGLISE SAINTE-WALBURGE, A AUDENARDE.
Parmi les églises, Sainte-Gertrude et Saint-Jacques surtout, ont quelque intérêt, le grand pignon de Saint-Jacques et sa flèche, se découpent pittoresquement sur le ciel. Quant aux bâtiments de l'Abbaye du Parc aux portes de la ville, ils ont été modernisés au dix-huitième siècle.
Audenarde, c'est encore un Hôtel de ville de premier ordre, encore un très merveilleux édifice qui peut bien se mettre au premier rang, à côté de celui de Louvain. Il est dans le même caractère et tout autant ciselé, tout autant fouillé et travaillé, avec la délicieuse fantaisie du gothique le plus flamboyant, et même il possède, pour le distinguer de la Châsse de Louvain, quelque chose de plus, un beffroi superbe.
C'est pourtant une bien petite ville par le chiffre actuel de sa population, six mille habitants, mais il ne lui suffit pas d'avoir pour Hôtel de ville un chef-d'œuvre de l'art gothique, elle a encore deux belles et grandes églises. D'ailleurs Audenarde jadis était artiste, ce n'est pas des draps qu'elle fabriquait, mais des tapisseries de haute lisse très fameuses, et c'est même chez elle qu'on vint chercher, à la fondation des Gobelins, des ouvriers habiles et le maître tapissier Jans pour les diriger.
AUDENARDE.—NOTRE-DAME DE PAMELE.
AUDENARDE.—NOTRE-DAME DE PAMELE.
AUDENARDE.—NOTRE-DAME DE PAMELE.
Son histoire est celle de toutes les villes voisines pendant les siècles du Moyen-Age. Lorsque Gand se révolta contre le duc Philippe le Bon en 1452, un corps d'hommes d'armes du duc, commandé par le sire de Lalaing, défendit la ville d'Audenarde contre les milices gantoises, trente mille hommes, qui avaient amené avec elles, entre autres pièces d'artillerie, le grand canon Dulle Griet, Marguerite l'Enragée, et Audenarde allait succomber si l'armée du duc, avec toute la noblesse des Flandres, n'était venue livrer bataille aux assiégeants sous les murs de la ville.
Audenarde connut aussi toutes les alarmes, toutes les mauvaises chances des guerres du seizième siècle. Cependant, prise par Alexandre Farnèse, duc de Parme, dans sa campagne de 1581, elle fut plus heureuse que d'autres.
Une maison de la Grand'Place avait abrité un roman d'amour de l'Empereur Charles-Quint, et Farnèse, se souvenant que sa mère, Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles-Quint et d'une belle Flamande, Jeanne van der Gheenst, de la famille d'un maître tapissier d'Audenarde, y était née, épargna à la ville les horreurs de la mise à sac. Plus tard, elle fut prise trois ou quatre fois par les Français qui la démantelèrent.
Pour l'Hôtel de ville, c'est la même ordonnance qu'à Louvain, un rectangle à double pignon, décoré de la même façon, avec la même prodigalité. En plus, le rez-de-chaussée est précédé d'une jolie galerie d'arcades en avant-corps, grand balcon régnant sur toute la façade, et du milieu duquel se détache le beffroi, jolie tour carrée aussi fouillée que tout le reste, ouverte au dedans de la galerie en manière de «bretèque» pour parler au peuple. La grande salle échevinale donne sur cette bretèque, une grande salle de noble caractère, avec une magnifique cheminée comme il s'en trouve une série à signaler dans les Hôtels de ville de Belgique.
AUDENARDE. CHEMINÉE DE L'HOTEL DE VILLE.
AUDENARDE. CHEMINÉE DE L'HOTEL DE VILLE.
AUDENARDE. CHEMINÉE DE L'HOTEL DE VILLE.
Le beffroi a encore trois étages après la naissance du toit, dont deux octogonaux pour le campanile, et il se termine par une coupole à jour en forme de couronne impériale, fleuronnée et hérissée de crochets, au sommet de laquelle plane orgueilleusement une statue dorée d'homme d'armes, que les gens d'Audenarde appellent Hanske, le «petit Jean le Guerrier».
L'Hôtel de ville est dans tout l'éclat d'une récente restauration, qui met en relief toute la délicatesse de sa délicieuse ornementation: on a doré la crête du faîtage et les aigles impériales placées au sommet des grandes lucarnes.
De l'autre côté de l'immense Grand'Place, au delà d'une fontaine datant de l'occupation française sous Louis XIV, au-dessus de maisons qui semblent minuscules en raison de la distance, montent les murailles sombres de Sainte-Walburge, église considérable, dominée par une belle tour robuste de 98 mètres.
Pittoresque plutôt que belle, l'église est faite de morceaux abîmés ayant fortement souffert, ou de parties refaites, car elle a subi plusieurs dévastations, d'abord au seizième siècle, quand les Réformés iconoclastes mirent, à Audenarde comme ailleurs, les églises à sac, et ensuite, pendant les guerres du dix-septième siècle, par les sièges et ensuite, pendant les guerresen1864.
Dans le quartier de Pamele, où jadis, entouré par l'Escaut, se trouvait le très curieux château à enceinte ronde ou plutôt octogonale, détruit au dix-septième siècle, s'élève une autre église, Notre-Dame de Pamele, édifice romano-gothique d'un bon effet, sur le bord de la rivière, dans le mouvement de la batellerie, parmi les mâts des péniches attendant l'éclusée.
BRUXELLES.—NOTRE-DAME DU SABLON.
BRUXELLES.—NOTRE-DAME DU SABLON.
BRUXELLES.—NOTRE-DAME DU SABLON.
La Grand'Place et ses souvenirs.—L'Hôtel de ville.—La Maison du Roi et les Maisons de corporations.—Les comtes d'Egmont et de Horn.—Sainte-Gudule et les églises.—Palais sur palais.—La porte de Hal.
Jamais personne n'a parlé de Bruxelles autrement que pour reconnaître son charme et ses agréments divers. Grande et superbe ville, Bruxelles trouve le moyen de se montrer vraiment une capitale très moderne, tout en demeurant une ville originale, bien flamande, bien caractérisée, d'aspect aimable et gai, d'être cosmopolite sans cosmopolitisme banal, et de conserver, ce qui devient si rare partout, la couleur locale.
BRUXELLES.—PLACE DE L'HOTEL DE VILLE.
BRUXELLES.—PLACE DE L'HOTEL DE VILLE.
BRUXELLES.—PLACE DE L'HOTEL DE VILLE.
Une capitale toute pimpante de jeunesse et de modernité, cela se voit aux fastueuses architectures dans le goût du jour, aux dômes et coupoles s'allongeant ou bombant dans le ciel, au coin des grandes artères nouvelles sillonnées de trams électriques, agitées d'un mouvement intense,—mais tout ce décor vingtième siècle, tous ces quartiers de la vie actuelle, tous ces boulevards auxquels on passe la banalité des choses neuves qui n'ont pas encore beaucoup vécu, tout cela tourne autour d'un centre historique et artistique, où tout le caractère d'une vieille cité flamande se montre pleinement pittoresque et expressif.
Le noyau, le vieux Bruxelles central, pour quiconque ne s'attarde pas aux nouveautés des grandes voies ou aux élégances des magasins en recherche de somptuosité, offre autant de savoureuses satisfactions artistiques qu'on en peut désirer. Il y a tout le quartier de l'Hôtel de ville si curieux, si grouillant, si amusant, si haut en couleur, où tous les aspects, de coin de rue en coin de rue, sont intéressants par la variété, l'imprévu, le mouvementé.
La Grand'Place est un des points les plus caractéristiques de notre vieille Europe, par son merveilleux ensemble architectural: l'Hôtel de ville tenant tout un côté, la maison du Roi, ancienne Halle au pain en face, et l'entourage curieusement découpé des maisons de corporations.
Le colossal Hôtel de ville, avec ses 80 mètres de façade et sa tour haute de 114 mètres, domine superbement toutes ces architectures entassées, d'un mouvement, d'une richesse et d'une variété de lignes extraordinaires et si chaudement colorées. C'est aux premières années du quinzième siècle que Bruxelles, déjà ville florissante, s'offrit ce gigantesque édifice, que pour la glorification des libertés communales, on voulut faire puissant et somptueux, surchargé, hérissé de sculptures, polychromé et même recouvert de feuilles d'or par places, aux fines tourelles et ailleurs.
Commencé en 1402, l'œuvre s'acheva en 1455. L'énorme masse a deux étages de hautes fenêtres sur un rez-de-chaussée précédé d'une galerie d'arcades, des rangées de statues partout où le nu des murs pouvait se montrer, de belles tourelles d'angle montant aux pignons et une galerie crénelée. Le beffroi partage la façade en deux parties inégales, la plus longue est la plus ancienne; il y a quelque différence au premier étage, après la tour, dans l'aile droite commencée en 1444. Elle monte superbe à l'escalade des nuages, cette tour, fine et légère dans la moitié supérieure, polygonale, et soutenue, quand elle a dépassé le grand comble, par de fines tourelles faisant office de contreforts. Tout en haut, sur la pointe, le patron de la ville, un Saint Michel, statue de cuivre doré, ayant 5 mètres de taille, les pieds sur le Mauvais Ange, brandit l'épée et tourne à tous les vents depuis 1445.
Les bâtiments forment un vaste carré autour d'une cour centrale. Ils renferment nombre de belles salles restaurées et décorées, soit en 1718, soit à notre époque. Au point de vue historique, il faut retenir l'ancienne salle des Etats de Brabant, dans laquelle en 1556 l'empereur Charles-Quint vieilli, usé, cassé avant l'âge, prononça son abdication dans une séance mémorable et remit le sceptre à son fils Philippe II. C'est là aussi, que douze ans plus tard, les comtes d'Egmont et de Horn entendirent prononcer leur sentence. L'Hôtel de ville a beaucoup souffert du bombardement de 1695 et toute la partie postérieure de l'édifice dut être reconstruite.
Cette année-là, au cours des grandes guerres soutenues avec des fortunes diverses par Louis XIV, contre les puissances coalisées: Angleterre, Hollande, Espagne, Allemagne, Savoie, une armée de soixante mille hommes, sous le commandement de Villeroy, se présenta devant Bruxelles, pour faire lever, par une énergique diversion, le siège de Namur que défendait Boufflers.
En représailles de tous les bombardements à outrance, avec brûlots et machines infernales, par lesquels les Anglais essayaient de détruire tous les ports français, Le Havre, Saint-Malo, Calais, Granville, Dunkerque, Dieppe, etc., Villeroy déchaîna sur Bruxelles pendant trois jours, du 13 au 15 août 1695, un ouragan de bombes et de boulets rouges. L'incendie, activé par un vent violent, fit de la ville une effroyable fournaise. Seize églises ou chapelles, quatre mille maisons furent réduites en cendres. L'Hôtel de ville flambait, les Maisons des corporations s'écroulaient, ce fut un désastre épouvantable qui n'empêcha pas Namur de tomber aux mains du roi d'Angleterre, et les batailles de continuer.
La prospérité de Bruxelles n'avait fait que grandir sous les princes de la maison de Bourgogne, son commerce s'était développé, ses métiers pouvaient rivaliser avec ceux de Gand et d'Anvers et le règne de l'empereur Charles-Quint avait été pour la ville un temps de splendeur. La Grand'Place, cadre magnifique pour les fêtes et les tournois, devait voir après Charles-Quint de tout autres spectacles.