MADAME CLORINDE

La semaine dernière, à travers mon binocle,Étant à l'Opéra,—Mignonne statuette enlevée à son socle—Je vis passer un rat.Mais un rat, sur ma foi, de structure divine,Un rat fluet, coquin;Bouche-fleur, perles-dents, avec des pieds de Chine,Et l'œil américain.Des quinquets de la rampe où je voyais reluireLes coins d'or de ses bas,Elle jetait à tous un agaçant sourireEntre deux entrechats.Ses bras nus paraissaient appeler des caresses,Arrondis ou tombants,Tandis que sur son dos battaient deux folles tressesEt deux nœuds de rubans.Pas vingt ans!—Et déjà, ses ennuis, ses caprices,Qui pourrait les compter?Et combien t'ont donné, petit rat de coulisses,Leur cœur à grignotter!

La semaine dernière, à travers mon binocle,

Étant à l'Opéra,

—Mignonne statuette enlevée à son socle—

Je vis passer un rat.

Mais un rat, sur ma foi, de structure divine,

Un rat fluet, coquin;

Bouche-fleur, perles-dents, avec des pieds de Chine,

Et l'œil américain.

Des quinquets de la rampe où je voyais reluire

Les coins d'or de ses bas,

Elle jetait à tous un agaçant sourire

Entre deux entrechats.

Ses bras nus paraissaient appeler des caresses,

Arrondis ou tombants,

Tandis que sur son dos battaient deux folles tresses

Et deux nœuds de rubans.

Pas vingt ans!—Et déjà, ses ennuis, ses caprices,

Qui pourrait les compter?

Et combien t'ont donné, petit rat de coulisses,

Leur cœur à grignotter!


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