1881

Paris, 1880.

Cher Paul,

Je vais te raconter une demande en mariage par un prince: il est venu dîner, et il me glisse à l'oreille qu'il a à me parler. Ma tante causait avec C...., et je l'ai écouté.

—Faut-il me marier?

Vois-tu la ficelle, cher Paul?

—Oui, si cela vous fait plaisir.

—Cela ne me fait pas plaisir.

—Alors ne le faites pas. C'est tout ce que vous aviez à me dire?

—Non, je vous ai dit que je vous ai aimée ... Eh! bien, je vous aime... Vous comprenez que c'est une torture pour moi de venir ici comme ça; j'en suis malade.

—Et pourquoi? Je pensais que cela vous faisait plaisir.

—Oui, mais chaque fois que je vous dis quelque chose vous m'insultez...

—Mais non, je suis gaie, et si j'émaille notre conversation de digressions, c'est que vous mettez vraiment un temps infini entre chaque phrase.

—Vous ne vous moquerez pas de moi?

—Non, non, non, je suis très sérieuse.

Mais au lieu de parler, il me regardait avec ses yeux si cernés et son front encore plus pâle que d'habitude...

—Il faut m'en aller, n'est-ce pas, ne plus venir ici?

—Pourquoi?

—Je vous aime...

Il fallait parler bas pour ne pas être entendus des autres, et cela donnait aux voix quelque chose de doux et de charmant.

—Je vous ai dit que je vous aimais... et quand on aime une jeune fille, il n'y a pas trente-six issues; c'est l'un ou l'autre, n'est-ce pas? Il faut donc que je ne revienne plus...

—Et pourquoi? (Je faisais la naïve.)

—Parce que je souffre trop.

Puis, il se mit à pleurer. Il y avait dans ce mouvement quelque chose d'enfantin, de gentil; mais le mouchoir, qui est venu essuyer les yeux, a tout gâté.

—Voyons, voyons, oh! alors, disais-je sans rire, et puis des larmes maintenant, je veux bien, mais on ne les essuie pas avec des morceaux de toile, on les laisse essuyer par... celle qui les fait couler.

Il fit un geste d'impatience.

—Tout n'est pas rose dans ce monde, repris-je sérieusement, mais pas rose du tout... Mon système de faire ce qui fait plaisir... c'est bon, mais ce n'est pas praticable; on peut ne pas faire ce qui déplaît, mais faire ce qui plaît!...

—Écoutez-moi, mademoiselle, et ne m'insultez pas, ne vous moquez pas. Je vais m'en aller, ou bien il faut que vous... m'autorisiez à revenir; cela ne peut pas durer ainsi, je suis trop malheureux, je souffre, je suis malade. Quand on aime une jeune fille, il faut qu'on se marie avec elle ou qu'on s'en aille pour toujours.

—Écoutez, repris-je, c'est facile à dire: se marier; mais à faire, ça dépend...

—De qui?

—Mais de moi.

—Et alors?...

Il est jeune et il a dû trembler un peu, même s'il a pensé à ma dot.

—Et alors... moi, je ne veux pas m'engager; et puis, je ne sais pas, moi, s'il faut attendre. Est-ce que je sais ce que vous êtes; vous avez l'air d'un honnête homme, vous ne l'êtes peut-être pas... C'est long, un mariage, ça dure longtemps... Je ne crois pas à votre amour, qui est peut-être vrai... Je voudrais m'en assurer... Comprenez-vous, il faudrait attendre.

—Combien?

—Voyons, (je me mis à compter sur les doigts, cinq, six), au jour de l'an?

—C'est trop long.

—Alors, à Noël, mettons Noël, sept mois.

—Et si vous êtes sûre de mon amour, mademoiselle, vous consentirez?

—Ah! non, je ne dis pas cela, monsieur, ce serait m'engager, je ne veux pas m'engager, je ne vous aime pas. Mais ce délai est nécessaire pour nous édifier sur la situation de nos sentiments réciproques.

—Et alors, il vous faudra encore trois mois pour vous décider.

—Mais, non, je vous dirai cela tout de suite.

Et alors, je fais l'enfant, la simple. Après avoir été tantôt réveuse, tantôt grave, tantôt moqueuse, je parle de ma peinture, est-ce que je puis me marier! Je dois peindre. Et puis, ne devais-je pas mourir?...

—Je ferai de la peinture avec vous, mademoiselle.

—C'est cela, et pendant les sept mois vous apprendrez à dessiner.

Et je me mets à vanter la vie d'atelier, je lui parle de ma dot, disant qu'elle entre pour beaucoup dans son amour. Naturellement, il fait l'indigné.

—Est-ce que vous croyez que je ne pourrais pas trouver de l'argent, si je voulais! Est-ce que je sais seulement ce que vous avez, je me moque de votre fortune! C'est vous que j'aime!...

Eh! bien, cher Paul, je ne l'aime pas, je n'ai même pas pour lui de ce je ne sais quoi que j'avais pour X...

—En ordonnant ce délai de sept mois, me laissez-vous la possibilité d'espérer?

—Il faut toujours espérer, quand même je vous dirais catégoriquementnon. Du reste, j'ai trouvé... Vous allez copier tantôt quelque chose que je rédigerai... Voici le document; il accepte.

En somme, moi je ne lui demande rien, c'est lui qui dit m'aimer, moi, je lui offre le moyen de s'en assurer. Voilà tout. C'est amusant, n'est-ce pas?

Demain, je t'écrirai encore.

Au revoir.

Comme c'est ennuyeux, chère princesse, que vous ne soyez pas à Paris! Songez donc, Gambetta donne une fête splendide, nous avons une invitation, mais maman et ma tante ne veulent pas y aller en deuil et ne connaissant personne chez les républicains, je suis si désolée d'être obligée de me passer de ce divertissement, qui sera, en vérité, une chose très amusante, et très drôle, et très magnifique, que je suis prête à aller vous chercher à Dieppe.

Vraiment vous devriez revenir à Paris au moins pour ce jour; c'est si près, Dieppe, seulement quatre heures, quatre fois le voyage à Versailles. Rien qu'une promenade.

Si vous voulez, deux de nous irons vous chercher pour vous décider plus facilement. Pensez donc! une première fête chez Léon, toute la haute gomme républicaine y sera; un spectacle unique et pour ainsi dire historique. On fait des préparatifs dix foisbœuf. Ce qui m'attriste un peu, c'est que le fils A... n'y sera pas à cause de la stupidité de son grand-père qui a eu l'invention d'être très souffrant. Mais je me consolerai facilement de cette absence.

Voyons, décidez-vous; sans vous, je serai forcée de rester à la maison; je ne connais que des bonapartistes qui, si je leur disais que je vais dans la hotte de la présidence, me considéreraient comme une personne absolument dégoûtante.

Vite une réponse.

Je vous embrasse.

Monsieur,

Voici un plan13avec le nord bien indiqué14. Maintenant voici mes idées à moi pour que vous sachiez dans quel sens marcher. L'atelier aurait la hauteur de deux étages et aurait trois jours, plus un jour d'en haut. Au-dessous de l'atelier, un atelier aussi, mais de sculpture, au rez-de-chaussée.

Vous comprenez, il n'y aurait pas de chambres habitables dans cette partie; du reste, je fais au crayon les divisions imaginées par moi; vous verrez si c'est pratique.

Je voudrais que l'atelier communiquât avec les salons. Ainsi voilà, rez-de-chaussée: atelier de sculpture, et cuisines, etc., etc. Premier étage: salons et ateliers. Deuxième étage: chambres à coucher; combles pour les domestiques. Je vois qu'on peut me faire ma chambre et un cabinet de toilette au premier, et l'atelier restera encore assez grand, et ma chambre aura cinq mètres de largeur. Ou bien, si vous trouviez le moyen de donner à l'atelier une forme régulière ce serait parfait.

Seulement ce à quoi je tiens, c'est que l'atelier vienne à la suite des salons et, pour économiser le terrain, on ferait la remise sous la salle à manger. Vous voyez que je trouve moyen d'avoir devant l'atelier un jardin, par lequel on entrera, car il faut aux ateliers une entrée à part. Au besoin, ma chambre et mon cabinet pourraient être au deuxième et je passerais à l'atelier par l'escalier intérieur.

Mais surtout que l'entrée principale soit de telle façon qu'on soit obligé de traverser le salon et la bibliothèque avant d'arriver à l'atelier. Les pièces en enfilades, enfin.

J'espère que vous comprendrez ces incohérences et excuserez le désordre de mes idées architecturales.

Agréez, je vous prie, Monsieur, mes civilités.

P.S. Il serait peut-être possible de placer le jardin (quand même il n'aurait qu'une superficie de 50 mètres) de telle façon que j'y puisse faire des études sans être vue de la rue. Je ne tiens pas au jardin à l'extérieur; là où je l'ai indiqué on pourrait ne faire qu'un jardinet de deux mètres de profondeur.

Enfin ce sont tout des idées en l'air! Du reste, le jardin me semble bien où je l'ai marqué sur le plan.

Maintenant il faut un escalier, une cour, une écurie et remise; je voudrais bien qu'on puisse entrer de l'escalier dans le grand salon.

Note 13:(retour)Le livre original comporte le plan à la page 139.

Le livre original comporte le plan à la page 139.

Note 14:(retour)Il s'agit ici d'un hôtel qu'on avait le projet de construire à Paris avenue Kléber. Il ne fut pas donné suite à ce projet.

Il s'agit ici d'un hôtel qu'on avait le projet de construire à Paris avenue Kléber. Il ne fut pas donné suite à ce projet.

Russie, Poltava, 21 mai/2 juin 1881.

Draperies blanches, yeux tristes, mains pâles, air détaché... Le royaume de ce pays-ci n'est pas pour moi! (sujet d'esquisse pour le paysage).

Oh! les horribles mastodontes, des gens qui ont des poses et des mains comme sur les vieux mauvais portraits. Faut-il être enragée, hein? Vous êtes un grand prophète, mais il me fallait ces cent heures de chemin de fer.

Du reste jusqu'à présent je n'en ai eu que l'avantage d'un rhume. L'air délicieusement pur et parfumé est trop frais pour rester tout le temps dehors et me voilà dedans... Je m'y suis fourrée moi-même, mais ça n'en est pas plus drôle... Si au moins c'était la sévère majesté des steppes, mais non! La campagne est jolie. La famille est aux petits soins, les nouveaux me trouvent délicieuse, les anciens trouvent que je suis devenue sérieuse et calme...

Il y a cinq ans, je venais montrer mes premières jupes longues et je leur ai servi un feu d'artifice à tout casser; à présent je viens chercher quelque chose qui flotte entreoublietrepos. J'ai la tête pleine de peinture, et ces personnes-là ne peuvent pas comprendre les nobles préoccupations des gens de notre espèce et puis, il faut l'avouer, je suis finie jusqu'à nouvel ordre.

Hier, pour la fête de mon père, grande ovation. Tous les paysans venus dans la cour, on l'a acclamé, secoué, embrassé, on m'a fait ôter mon chapeau et mon voile pour me voir et, après examen, ç'a été à moi d'être portée en triomphe et acclamée. Il m'a fallu en embrasser un tas. Puis sont arrivées les femmes, j'ai paru au balcon, nouvel enthousiasme et cri dominant: un bon mari!Gambetta à Cahors enfin.

Puis quand tout ce monde a eu bu et dansé, on a parlé de donations de terres, mais quelqu'un leur a montré le poing et l'incident a été clos.

On distribue, à ce qu'on dit, à ces braves gens des soi-disant ukases de l'Empereur, obligeant les propriétaires à leur donner trente-six choses. On a mis aussi à prix les têtes des nobles, 50 roubles la pièce. Me voyez-vous au bout d'une pique? Enfin, si vous avez présente à l'esprit l'histoire des dernières années de votre ancien régime, vous êtes au courant. La ressemblance est frappante depuis la condition épouvantable du peuple, jusqu'à l'aveuglement stupide des grands. Le paysan français qui met à sac le château en disant qu'il en est désolé, mais que le roi le veut ainsi, est le frère du Russe qui prétend avoir l'ordre de massacrer les Juifs.

Figurez-vous que je n'ai pas pu avoir un chevalet à Poltava. Un aimable indigène est allé en chercher un à 12 heures de chemin de fer, c'est au moins gentil. Ici il n'y a qu'un photographe peintre, pas moyen d'avoir une toile assez large. Ah! si vous saviez!

Comment va M. Tony Robert-Fleury? Je l'ai laissé souffrant. S'il allait crever sa toile!... Ça me dérangerait horriblement dans mes habitudes et puis, blague à part, je l'aime bien et vous aussi.

P.S.—Paul est devenu obèse, sa femme est gentille et jolie et tout va bien. Dina fait de grandes toilettes et s'amuse, et moi je ne suis même pas sensible aux triomphes populaires... C'est grave.

Août 1881.

Cher père,

Après l'article du journal Jugeni Cray, il faut absolument que je fasse cette image. Aussi vous seriez bien aimable de faire des démarches nécessaires puisque je ne sais comment m'y prendre. En outre comme vous êtes un être intelligent, je m'en rapporte à vous pour me procurer tous les renseignements exacts. Par exemple, pour quelle partie de l'église15serait l'image et sa grandeur, et sa forme, etc. Car je suppose que cela doit être approprié à la disposition des ornements intérieurs, et sans doute les principales images sont déjà commandées à des célébrités russes. Enfin tâchez de m'obtenir quelque chose d'important pour que j'aie de la satisfaction à le faire bien. J'aimerais que ce fût grandeur nature. Le Christ, par exemple, avec la figure de l'empereur: enfin je me mets à la disposition du comité (est-ce un comité?) pour telle image qu'on voudra.

Seulement, s'il faut que je sois l'esclave d'une certaine dimension ou d'un certain sujet, il faut que je le sache au plus vite, afin de penser à mon sujet et de m'y mettre.

En un mot, vous arrangerez cela très bien, j'en suis sûre.

Je félicite et embrasse la princesse16. Au revoir.

Votre fille célèbre,

ANDREY17.

ANDREY17.

ANDREY17.

Note 15:(retour)Église construite en mémoire de l'empereur Alexandre II, à Saint-Pétersbourg, à la place où l'empereur a été tué.

Église construite en mémoire de l'empereur Alexandre II, à Saint-Pétersbourg, à la place où l'empereur a été tué.

Note 16:(retour)Sœur de son père.

Sœur de son père.

Note 17:(retour)Marie Bashkirtseff exposa pour la première fois au Salon de 1880 et signa son tableau: Marie, Constentin Russ—au salon suivant, en 1881, elle signa Andrey—nom qu'elle adopta souvent dans sa correspondance. Ce n'est qu'en 1883 qu'elle mit son nom véritable sur ses tableaux, alors qu'elle se sentait plus certaine du succès.

Marie Bashkirtseff exposa pour la première fois au Salon de 1880 et signa son tableau: Marie, Constentin Russ—au salon suivant, en 1881, elle signa Andrey—nom qu'elle adopta souvent dans sa correspondance. Ce n'est qu'en 1883 qu'elle mit son nom véritable sur ses tableaux, alors qu'elle se sentait plus certaine du succès.

1881.

Cher B...,

Au lieu de Bayonne nous avons couché à Bordeaux, et je vous écris pour vous dire que nous avons vu Sarah dansla Dame. Vingt-cinq francs la stalle de balcon. Elle a joué, cela va sans dire, comme personne, mais je critiquerai très fort son entourage. Armand Duval, atroce. Et les toilettes! au risque de vous crever le cœur, je vous dirai qu'elle n'est pas bien habillée; la robe du premier assez jolie, du second (la bleue), jolie. Celle de la campagne, laide, et celle du bal encore plus. Une horrible guirlande toute raide, qui n'allait nullement avec les camélias du bas de la jupe... Enfin pour la province ça ne vaut pas la peine, mais c'est égal, si cette toilette est payée ce que vous avez dit, Sarah est joliment volée. Du reste, ne vaudrait-elle que mille francs, elle est laide; je ne comprends pas qu'une artiste comme Sarah se mette ça sur le dos. Le dernier peignoir est charmant ainsi que la pelisse blanche.

Du reste, elle a joué comme un ange. Mais je ne pouvais la gober entièrement, elle vous ressemble trop. C'est ridicule de se ressembler ainsi!

Qui des deux copie l'autre?

Comment vont vos deux pensionnaires? Dites-leur bien des choses. Et puis si vous étiez bien gentil vous iriez encore boulevard Rochechouart,57 bis. Vous voyez, je ne louerais que vers le 15 octobre, et je serais désolée si un autre m'enlevait ce paradis si bien exposé au Nord. Ne pourriez-vous, avec la finesse qui vous caractérise, vous arranger de façon à être prévenu par la concierge... je ne sais comment, mais que je puisse respirer librement ici sans la crainte que quelque peintre (ils sont si ignobles) loue l'atelier que je convoite. Si, pour vous encourager à m'arranger cela, il faut dire que la robe du quatrième est jolie, je vais le dire volontiers.

Il fait beau, il fait chaud, Biarritz est charmant.

Biarritz, 1881.

Cher B....,

Le quatrain qui commence votre lettre serait digne d'être de vous, il est ineffable. Les gants vont très bien, je vous remercie, c'est trois fois deux francs soixante-cinq centimes que je vous dois.

Hier, représentation de Coquelin cadet et grand bal. Il n'y a que des Espagnols et des Russes. Les Espagnoles sont jolies, jolies, jolies; quant aux Russes, il n'y en a qu'une, et vous savez de qui je veux parler.

Il pleut depuis deux jours; du reste, fin septembre, tout ça s'envole, et nous allons faire un tour artistique à travers l'Espagne, qui me passionne. Sans bagages, comme des Anglais; c'est le voyage le plus intéressant d'Europe et qu'il faut avoir fait, vraiment.

Ne regrettez pas de n'être pas à Biarritz, qui n'est pas plus amusant que Trouville ou Aix, mais à votre place, je profiterais de ce que les délicieuses Russes que vous savez vont en Espagne, et je ferais ce voyage dans ces conditions incomparables. Mais j'y songe vraiment, plaisanterie à part, la saison est tout à fait favorable, vous avez beaucoup travaillé, Paris est humide en octobre, vous toussez; vous raconterez vos aventures ibériennes, castillanes et andalouses à Sarah; voilà bien ce qu'il faut pour décider votre famille à vous laisser partir, sans compter qu'avec mille fois vingt sous le tour est joué aussi bien que laDamepar Sarah. Et puis vous serez sage étant en famille, et puis vous porterez mes ustensiles de peinture dans les passages dangereux des montagnes, ou'sque les écureuils ne s'aventurent qu'à regret, les biches plutôt, enfin il n'importe, comme on dit chez Victor Hugo. Donc, méditez sur ce projet éblouissant et au revoir. Merci de nous toutes pour les chiens et l'atelier, vous êtes bien gentil, comme disait Mme Thiers.

Andrey,

Future grande médaille.

Future grande médaille.

Future grande médaille.

Amado ed illustre B....!

Oui, son en Espagna ainsi qu'en Mantilla; parcouro l'una portando l'altra. Visito Toledo et l'Escorial faisando studias et conquêtas.

Non est impossible que je fasse quelque magnifica composition mais est meglior de ne rien présumar. Il m'a semblato démêler dans esperancia del segnor Juliano de me vider faire grande tableauto, il m'a semblato, dis-je, démêlar que maman a fato visita al segnor director et l'a serinato al effecto d'agir sur moi en faisando semblante de creder que je travaillo ici pour me faire restar dans le Midi. Si le pensiero machiavelico que prêto al nostro director al vrai, je lui retiro ma confiancia et la dono illico al segnor Cot qui non est complicio della familia (!) Vous pouvez lui faire part de cette menacia.

Dans tous les casos el tiempo que stabo in esto infecto pays sera employato a chipar segretos de Velasquez, Ribera et altros polissones. Et lorsque munita de tanta sapientia me riscabo à faire immensa toila d'après natura, enfonçatos Carolus, Tony et altros precursorès. Donc, caro chico, prego usted de faire demangiamento del 37 se abominabil propriator me ficha à la puerta avant janvier—ce sera donc le 15 octobre. Spero que sera plus tard. Dans todos los casos faudra ranger chosas dans antiqua chambra de Mlle Oelsnitz. Penso être de retour dans vingt jours à moins que... Il y a beaucoup de balcones, guitarras, œilladas et eventaillos mais le travaillo avant todo.

Attendo nuevas lettras de usted et me dico humilimente.

Andrey,Fabricante de chèvre-d'œufs,successor de Velasquezet de plusieurs cours étrangèreset professor de langua espagnol.

Andrey,Fabricante de chèvre-d'œufs,successor de Velasquezet de plusieurs cours étrangèreset professor de langua espagnol.

Andrey,

Fabricante de chèvre-d'œufs,

successor de Velasquez

et de plusieurs cours étrangères

et professor de langua espagnol.

VOYAGE PITTORESQUE EN ESPAGNE

PAR

M... B... Andrey.

Séville, Hôtel de Paris, 1881.

Cher maître,

Ô vous qui avez peut-être l'intention de voyager quelque jour, suivez ce conseil, fruit d'une expérience amère.

En fait de mères prenez la Méditerranée et en fait de tantes celle du Bazar du voyage (place de l'Opéra), car si vous êtes le moins du monde artiste, si vous avez la moindre tendance vers ce que les positivistes appellent poésie, si vous avez dans l'âme quelque coin inexpliqué qui aspire vers autre chose qu'un fond d'épicerie, fût-il de Gambetta même... si vous partez avec l'espoir de récolter des croquis, des études, voire des tableaux... Trois fois hélas! Je vais, pour ainsi dire, cher facteur, vous faire assister à mes pénibles déboires.

Burgos.—Qu'est-ce qu'il y a donc ici? une cathédrale, seulement? Il faut être Anglais pour... Oui j'ai entendu dire que des Anglais sont venus à Lausanne pour voir une cathédrale. Et quel froid! chien de pays! Qu'il faisait bon à Biarritz, et pourquoi sommes-nous partis? Première douche.

Valladolid.—Nous ne nous y arrêtons pas; on m'en a dégoûtée en me demandant une vingtaine de fois quelle était cette ville où je voulaisencorem'arrêter.

Madrid.—Une capitale, au moins, et il fait beau, pourtant le coucher du soleil... mais le musée est chauffé, je crois. C'est égal, vite, vite, allons à Séville, on y trouve du bon lait de vache et des poulets rôtis comme les aime Marie et puis le climat y est très sain. Voyez-vous les rêves d'Andalousie réduits en pâte pectorale. Est-ce qu'il ne serait pas permis de haïr un peu des gens qui vous dégoûtent ainsi de ce que vous étiez près d'admirer!

Enfin, départ pour Séville, arrêt à Cordoue où il pousse des aloès et des cactus et où il fait chaud. Délicieux pays! Mais légers gémissements faute de voiture, car ces dix mètres de marche et la visite de la mosquée vont m'exténuer. Plaintes à la troisième personne. Il n'y a rien à voir, le guideinventetout celaexprèspour nous faire manquer le train.

Séville.—Nous sortons prendre l'air du pays, nous orienter, mais il ne faut pas quitter les rues principales, car on y est à l'abri; les quartiers pittoresques, les rues ébréchées, interrompues de places et de jardins sont horribles, il y souffle une brise!...

Le cocher le faitexprès. Est-ce que par hasard (haineusement) nous sommes venues ici pour visiter les environs de Séville?

Je prie le ciel de me rendre indifférente à ces saintes infamies, mais je me vois à bout de patience. Cette continuelle tendance à ramener tout au plus bourgeois terre-à-terre, par tempérament, et à n'envisager que le côté hygiénique par principe, me rend folle, d'autant plus que je suis peut-être vraiment malade. Dans tous les cas, j'ai des médecins bien maladroits. À Madrid, on échappait un peu à tout cela grâce au musée et à des amis, un petit artiste entre autres qui a travaillé chez vous et dont nous avons connu la famille ici.

Mais en excursion, en voiture, on est forcé de rester ensemble et alors c'est ou des insinuations tatillonnes pour mon bien, ou un silence lourd comme du plomb. À défaut de communions d'idées et d'intérêts, il faudrait au moins un peu d'entrain... Et je suis là comme un promeneur qui se voit obligé de traîner ses compagnons endormis et hargneux. Tenez, allez au Salon avec un de vos amis ou avec la maman d'une de vos élèves, je ne précise pas,—au choix. Eh bien, amplifiez, amplifiez, amplifiez, substituez au court supplice du Salon un voyage artistique (ô ironie!) à travers la très intéressante et très pittoresque Espagne et vous aurez une faible idée... Je fais les plus grands efforts pour conserver une certaine vigueur morale, mais quand même je me forcerais à résister encore un peu, l'élan n'y est plus; les ailes tombent et ne servent qu'à balayer les projets et illusions d'artiste réduits en poussière sous la pression hygiénique de ceux qui m'aiment. Et comme, tout au contraire du guide de Cordoue et du cocher de Séville, ils ne le font pasexprès, il n'y a absolument rien à faire que d'exhaler des plaintes sur trois feuilles de papier et de vous les envoyer comme si ça pouvait faire quelque chose...

Mais je nourris le secret espoir que vous allez par le premier courrier m'expédier ici quelque compagnon comme M. de Saint-Marceaux, sculpteur, ou M. Tony-Robert-Fleury, peintre. Mais est-ce que ce dernier nommé n'avait pas le projet d'aller cet hiver au Maroc? Dites-lui de se dépêcher, puisqu'il faut passer par l'Espagne,—on s'embarque à Cadix.

En partant du golfe d'Otrante,Nous étions trente,Mais en arrivant à Cadix,Nous n'étions que dix...

En partant du golfe d'Otrante,Nous étions trente,Mais en arrivant à Cadix,Nous n'étions que dix...

En partant du golfe d'Otrante,

Nous étions trente,

Mais en arrivant à Cadix,

Nous n'étions que dix...

Un seul me suffira. S'il ne me tombe quelque secours du ciel, vous me verrez avant peu.

Fin du très navrant voyage en Espagnepar M. B. Andrey.

Fin du très navrant voyage en Espagnepar M. B. Andrey.

Fin du très navrant voyage en Espagne

par M. B. Andrey.

34, Avenue Montaigne, Paris, 1881.

Chère maman,

Je suis arrivée en très bon état.

Papa a été très bien tout le temps, c'est ce qu'il me prie de te faire savoir. Il vous racontera nos aventures de Varsovie et de Berlin.

Le tableau est déballé, on y a fait un trou, heureusement peu visible. Je n'ai pas encore eu le temps de le montrer aux grands artistes.

Tony-Robert-Fleury va bien et se prépare à partir pour la Suisse; jusqu'à présent je n'ai vu que Julian, qui est toujours gros comme C.... et qui vous fait dire mille choses. Mme Gavini est partie le jour de mon arrivée, je ne l'ai donc pas vue. Saint-Amand est allé rejoindre sa sœur au Mont-Dore.

Paris est vide, mais j'ai beaucoup de choses à faire, entre autres un tableau pour le Salon.

J'envoie un tas de choses à Dina. Qu'elle ne se plaigne pas de recevoir si peu de choses. Papa crie comme un coq de peur des douanes, etc., etc. Papa crie comme un paon, tellement il a peur d'être encombré de bagages.

Les commissions de la princesse sont faites.

Je vous embrasse; revenez pour aller à Biarritz.

Chère amie,

Voici ma réponse. Je fais une espèce de discours sur la jalousie. Pourquoi sur la jalousie, je n'en sais rien. La jalousie et la monarchie sont mes sujets favoris. Y a-t-il au monde rien de plus absurde que la jalousie! On se rend ridicule en étant jaloux. Vous aimez une femme, elle vous aime; un beau jour elle cesse de vous aimer; mais est-ce sa faute? Est-ce qu'elle n'aime plus parce qu'elle ne veut plus vous aimer? Est-ce qu'elle a aimé parce qu'elle voulait aimer?... Non... Eh! bien, pourquoi donc la martyriser? Pourquoi cette fureur inutile, stupide? Car une femme ou un homme rejetés et changés contre un autre ou une autre sont toujours, quoi qu'on dise, pitoyables. Et leur côté ridicule est bien mal drapé par la grande robe tragique. On n'aime plus le même ou on en aime un autre, mais ce n'est pas parce qu'on le veut ainsi. C'est un changement incompréhensible, involontaire, produit sans doute par le déplacement des molécules de l'imagination. Si on est jaloux à n'en pouvoir plus, eh! bien, qu'on les tue tous les deux et soi-même après!

Je me demande toujours s'il y a au monde quelque chose de plus laid, de plus ridicule que les scènes de jalousie. Quand on est jaloux à tort, on a, malgré tout, un doute; alors il faut aller trouver la femme et la supplier, au nom de tout ce qu'il y a de cher, de sacré, de faire cesser ce doute; on est bien misérable alors, car les femmes sont de grandes coquines, qui sont toujours prêtes à martyriser ceux qui se livrent à elles loyalement.

Ce discours achevé, discours qui, pour la première fois de ma vie, rend fidèlement ma pensée, je vous embrasse et j'attends la réplique.

Nice.Villa Misé-Brun.

Chère maman,

Nous sommes très bien arrivés, tout est charmant et je suis enchantée d'être ici. Nous sommes très gais, il fait très beau et je crains que ma sainte famille ne m'apporte les tracasseries habituelles. Nous sommes si calmes, si sages! Paul, Sacha et Dina sont aux petits soins auprès de moi; Vassili fait très bien la cuisine, Rosalie sert avec entrain; le soleil chauffe. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Donc, prenez bien votre temps et arrivez-nous vers le carnaval, tout est prêt pour vous recevoir.

Envoyez de suite burnous algérien blanc dans le haut de l'armoire dans ma chambre, ombrelle doublée de rose, robe noire, garnie de plumes noires, dans le placard du cabinet de toilette.

Mille choses aimables à tout le monde

Et surtout ne touchez à rien dans mes livres et les tableaux, qui sont au-dessus des livres.Que la poussière reste. Ne dérangez pas le moindre papier, je vous en supplie.

Maman,

Puisqu'il y a eu cet incendie et puisque papa est malade, je vois bien que les projets que j'ai eus ne sont plus de mise. Examinez cela et parlez-moi franchement. Quant à partir, songez à la folie, à l'énormité d'un tel voyage en cette saison. Et puis surtout si papa est malade et que les médecins lui recommandent un climat plus doux, ce serait insensé de rester là. Il n'y aura ni amusements, ni moyen de rien faire, si l'on est malade et triste.

J'ai besoin d'aller en Algérie, cela se trouvera donc bien de toutes façons; j'aurai à soigner l'auteur de mes jours et à faire mon tableau; vous voyez que cela s'arrange à merveille.

Donc si, comme je le crois, mon voyage ne se fait plus, et je ne le regrette pas, revenez au plus vite et rapportez-moi de l'argent pour payer mon portrait. Il faut s'en tenir à ma première lettre, celle qui contient mes recommandations et qui vous dit de revenir vite.

Répondez par dépêche. Amenez le père, puisqu'il faut qu'il se soigne; s'il reste malade à la campagne, il mourra, dites-le à la princesse.

J'attends la réponse à ma dernière lettre et à celle-ci, mais je crois vraiment, que c'est vous qui viendrez, car mon voyage à moi, dans les circonstances présentes, serait l'acte d'une enragée.

J'embrasse tout le monde.

Cher maître,

On a tant réclamé d'égalités et de libertés pour les femmes, et tant de gens intelligents et éclairés s'en sont moqués, que ces seuls mots de droits des femmes nous remplissent d'une mauvaise honte, et pourtant le droit ou l'égalité que nous réclamons n'ont rien à faire avec la politique et ne touchent d'aucune part ni au nihilisme, ni au socialisme, ni au bonapartisme, ni au droit de voter, ni à l'éligibilité des femmes.

Toutes ces questions ont été agitées partout, on a parlé d'une quantité d'injustices plus ou moins abominables au préjudice du sexe faible, il n'y en a qu'une qu'on a laissée en repos, justement peut-être parce que c'est la plus vraie, la plus saisissante, la plus cruelle: l'absence d'une école des Beaux-Arts pour les femmes.

Comment, disent les étrangers ébahis, les femmes sont admises à l'École de médecine, et l'École des beaux-arts leur est fermée! Mais chez nous, à Saint-Pétersbourg, ou chez nous à Stockholm, les dames sont reçues à l'Académie et nous ne sommes pas la France, nous ne sommes pas Paris!

Justement, nous dira-t-on, vos armes se tournent contre vous. En France, à Paris, cela ne serait pas possible.

—Et pourquoi?

Alors on fait un grand discours en trois points, bourré de conclusions qui prouvent toutes que notre société est pourrie et que l'immoralité de la nation française est telle que ce qui se peut très bien ailleurs ne se peut pas du tout en France.

Et d'abord répétons que les femmes sont admises à l'École de Médecine; nous dirons ensuite à quel point, tout en étant à l'École des Beaux-Arts (dans les pays que nous avons cités), elles sont en contact avec les élèves hommes. Le cours d'esthétique seul a lieu en commun en Suède. Et puisqu'en France les dames vont aux divers cours confondues avec les messieurs, en quoi ce cours, fait à l'École, serait-il plus dangereux ou plus inconvenant? Les ateliers où l'on travaille avec le modèle sont séparés.

Ainsi donc pour tout ce qui est inconvénient l'on est séparé.

Le modèle est tout nu chez les hommes; chez les femmes il porte un caleçon comme en portent aux bains de mer les messieurs que des dames fort pudiques ne se font aucun scrupule de regarder à Trouville ou à Dieppe. Ainsi donc, pour tout ce qui a égard aux inconvénients, les élèves sont séparés, mais ils sont réunis pour tous les avantages.

Une grande publicité est donnée aux concours d'admission et aux expulsions, ce qui ne contribue pas peu à maintenir l'ordre à l'École.

La légende de la femme artiste, de cet être vagabond et perverti, incompatible avec le travail ou le talent, laide, mourant de faim, belle, tournant mal, est une histoire à laquelle on ne croit plus beaucoup, bien qu'il soit toujours convenu de jeter le nom vénérable et adoré d'Artistecomme un manteau sur un tas de choses qui n'ont le plus souvent aucun rapport avec l'art. Toutefois le vieux préjugé n'a été remplacé que par une idée excessivement vague de ce que cela pourrait bien être. Le type n'était plus grotesque, on ne se donne pas la peine de le regarder. Ce ne sont pas les quelques personnalités en vue, les charlatans, les demoiselles qui font des copies au Louvre ou qui apprennent la peinture agréable dans un atelier à la mode, qui peuvent nous édifier. Mais c'est sur la masse vraiment considérable et renfermant une moyenne de capacités vraiment digne d'intérêt des élèves qui cherchent l'étude sérieuse de l'art dans les ateliers privés, c'est sur cette masse considérable et qui renferme une moyenne de capacités qui étonnerait ceux qui se moquent du travail des femmes, qu'il faut porter les yeux pour s'assurer combien elles sont intéressantes ces travailleuses, et avec quelles peines inouïes elles parviennent à s'organiser une éducation à peu près régulière, mais qui pèche par tant de côtés.

L'atelier de M. X...,qui est le plus fréquenté, contient plus de cinquante élèves.

Ceux qui se moquent des talents féminins ne sauront jamais combien de dispositions sérieuses, de tempéraments réels et remarquables ont été découragés et atrophiés par une éducation vicieuse ou incomplète. L'artiste femme est tout aussi intéressante que l'artiste homme. On dira que, sauf deux ou trois exceptions, il n'y a pas eu d'exemple de femmes ayant fourni à l'art des personnalités considérables d'artistes comparables aux artistes hommes, oui, mais les hommes reçoivent dans une des plus magnifiques écoles du monde une éducation intelligente et grandiose; pendant tout le jour ils sont entourés des beautés de l'Art, leur yeux ne reposent que sur lignes pures et couleurs éclatantes, ils respirent une atmosphère propre à ouvrir leur âme à l'inspiration et à développer les ailes de leur imagination qui doivent les porter vers le génie. Et pour les femmes, rien! ou le hasard des ateliers privés.

Quoi d'étonnant alors que, sauf deux ou trois exceptions, les femmes n'aient jamais fourni à l'art sérieux de personnalités considérables. Et pourquoi cette injustice envers la femme qui est prouvée mille fois plus courageuse, plus vaillante, ayant, outre la pauvreté malheureusement commune aux uns et aux autres, à lutter contre de terribles préjugés et des difficultés sans nombre, n'ayant même pas la liberté d'allures de l'homme?

C'est à l'homme qui, par sa nature même, a toutes les facilités d'étudier, que l'on donne tous les moyens, et c'est à la femme, qui est naturellement privée de la liberté d'allures et qui a à lutter contre tout et tous, c'est à la femme qu'on refuse cet enseignement.

Il y a déjà sans cela trop de femmes artistes, dira-t-on; la femme est faite pour le foyer. Hélas! ce n'est pas en leur ôtant le moyen de satisfaire une noble passion qu'on leur donnera l'envie de filer de la laine. Pourquoi ne pas donner aux ambitions féminines ce magnifique débouché, pourquoi ne pas encourager ces tendances vers le grand, le beau, l'utile, en donnant à Paris, la capitale du monde, qui a, comme l'antique Rome, la prétention d'être lecuriam dignitalem, gymnasium litterarum, domicilium, verbicem mundi, patriam libertatis?

C'est pour cela qu'il faut faire appel à tous les artistes.

Mais ce ne sont pas là des objections sérieuses, et si ce n'était que cela... rien de plus facile que d'établir deux ateliers de trente à quarante personnes chacun; les locaux ne manquent pas. Mais cela ennuierait ces messieurs les professeurs, d'abord parce que ce serait une innovation, un changement et que la routine est une des fleurs qui poussent le mieux dans nos instituts, et puis, des femmes, cela n'est pas sérieux! Est-ce qu'une femme peut travailler sérieusement. Allons donc! Mais oui, elle peut travailler sérieusement, et il y a même bien des gens qui le pensent, tout en disant le contraire; mais que voulez-vous, c'est si banal depionerles femmes. C'est tellement banal que cela ne devrait plus se faire et qu'il devrait devenir bien porté de s'en abstenir.

C'est aux gens éclairés, aux artistes, aux disciples de l'art, qui ne voient que lignes pures et couleurs éclatantes, qui respirent une atmosphère propre à ouvrir l'âme à l'inspiration, à ce qui est puissant et beau, et à développer les ailes de l'imagination qui doivent porter vers le génie, c'est aux amis du progrès et de la justice qu'il faut faire appel.

La France tient la tête pour la peinture.


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