Chapter 7

30, rue Ampère, Paris.

Monsieur,

J'apprends avec surprise que le grand chagrin que j'ai éprouvé dans l'affaire de la médaille au Salon est interprété auprès de vous comme une sorte de rancune que j'aurais contre vous. Et comme c'est à vous seul, en somme, que je dois toute mon éducation artistique, je ne veux pas qu'un pareil malentendu subsiste une minute de plus. Je ne m'excuse pas, n'ayant pas à le faire, mais je désire beaucoup que mes paroles, mes lamentations et mes indignations, que je persiste à croire légitimes, ne soient pas dénaturées.

Je me rends parfaitement compte de ce qui a été fait pour moi; vous seul ne pouviez pas davantage; je suis très raisonnable en somme, vous voyez bien.

Agréez, je vous prie, cher maître, l'expression de mes meilleurs sentiments.

Juin 1884.

Monsieur,

Je viens de lire et de comprendre, à ce qu'il me semble,Lucrèce et la Préface. Ne m'en sachez aucun gré. Mais je ne suis ni vieille ni laide, et comme votre Lucrèce, j'ai encore lu tout ce que vous avez écrit; rendez-moi la pareille. Ce ne sera pas si beau, ni si long...

En somme, je ne sais plus quoi dire, très effrayée de mon audace (bas-bleu en herbe) et très désireuse de vous écrire des choses ravissantes, naturellement je n'y arriverai pas, je le désire trop. Vous êtes trop sérieux pour faire attention à des lettres d'inconnu, vous avez quarante ans, de vieilles amitiés, que feriez-vous d'une nouvelle admiration? Et pourtant j'ai fait le rêve très naïf probablement et très 1830 de gagner votre amitié par lettre.

Je pourrais simplement faire votre connaissance, mais je ne pourrais alors vous dire que les banalités. Tandis qu'inconnue, je puis vous dire franchement que j'ai l'audace et la présomption de comprendre et de partager vos pensées les plus délicates, ce que je ne pourrais pas vous exprimer de vive voix... Et en somme les vers ne m'occupent que lorsqu'ils sont mauvais, alors ils me gênent. Il vous plaît de rimer, rimez pourvu que je ne m'en aperçoive pas.

J'ai tout compris, mais il a fallu m'appliquer. J'ai beau me dire que le maniement de ces idées vous est familier et que je suis bien sotte d'admirer votre habileté à manœuvrer au milieu de toutes choses...

Au bout du compte, vous aussi vous devriez être béant d'étonnement devant le peintre qui manie ses couleurs et en fait, par des combinaisons que vous ne pouvez suivre, des tableaux variés et admirables. Mais vous vous croyez sans doute bien supérieur à un peintre en fouillantinutilementdans le mécanisme de la pensée humaine.

Ah! monsieur,

Je suis vraiment saisie pour vous d'une estime énorme, d'autant plus que j'ai eu plus de peine à comprendre votre préface deLucrèce. C'est infiniment plus difficile à saisir que la philosophie des anciens. Et j'ai de mon esprit une opinion si haute que celui qui parvient à m'embarrasser devient un géant pour moi. C'est votre cas. J'avais tout lu de vous, saufLucrèce. Et, en vous voyant manier si facilement ces choses si abstraites, j'éprouve pour vous une sainte vénération.

Cher maître,

Je vois que vous voulez remplacer M... Votre lettre est très jolie, mais, comme toujours, vous me prêtez des infamies, me voyant à travers des rapports d'atelier. Je n'ai jamais blessé la personne. Je suis trop délicate pour l'avoir fait sciemment et pas assez bête pour l'avoir fait inconsciemment. Il faudrait être vile pour humilier les inférieurs. Quant aux choses de voitures, dîners, etc., il faut ne m'avoir jamais vue pour croire que j'y ai jamais pensé.

Je vous dis que vous me prêtez des infamies, mais, comme ma conscience est pure, je n'en suis pas émue. On perdrait sa vie à convaincre les gens. Quant à mon talent, je l'ai en une estime profonde et même, en rêve, je ne me comparerai jamais à votre protégé. Peu de peintres ont eu la presse que j'ai eue cette année. En plus, je viens de vendre deux études à un amateur et à un marchand, des inconnus pour moi.

On voit bien que je vous ai rendu enragé pour que vous disiez ce que vous ne pouvez pas penser. Si je vous ai écrit pour me rétracter, c'est influencée par T. R. F. qui a dit que vous aviez été très bien pour moi. Et aussi parce que j'ai pensé qu'après tout, me préférer le risible X..., n'est pas me faire du mal. Vous êtes libre de le préférer. C'est drôle, voilà tout.

Et puis, nous ne nous brouillerons jamais. C'est tout à fait impossible, bien que vous fassiez semblant de penser du mal de moi pour me taquiner, vous savez bien au fond, que je suis l'être le plus pur, le plus admirable, le plus juste, le plus grand et le plus loyal du monde. Je parle sérieusement. Vous savez que je ne tiens pas à ceux qui ne me comprennent pas; ceux à qui je tiens me comprennent. En plus, je suis au moment d'avoir un talent européen.Vous brouilleravecun être aussiadmirable et rare? Allons donc!

Je ne puis mieux répondre à votre spirituelle lettre, qu'en faisant mon sincère éloge, un éloge raisonné et basé sur la profonde connaissance de moi-même, de ce moi unique et merveilleux qui m'enchante et que j'adore comme Narcisse. Trouvez-moi dans Paris un type qui écrive un pareil morceau d'un seul jet. Sans doute, si vous comparez mon talent de peintre à mon talent de pamphlétaire et de polémiste!...

TABLE DES MATIÈRES

Préface de François Coppée

1868-1874

À sa tanteÀ son cousinÀ Mademoiselle B***À sa tante

1875

À Mademoiselle ColignonÀ la mêmeÀ la mêmeÀ sa mèreÀ Mademoiselle X***À sa tanteÀ sa cousineÀ sa tanteÀ la mêmeÀ la mêmeÀ sa mèreÀ son grand-pèreÀ son frère

1876

À sa tanteÀ la mêmeÀ son pèreÀ sa tanteÀ la mêmeÀ Mademoiselle ColignonÀ la mêmeÀ sa mèreÀ la mêmeÀ Mademoiselle ColignonÀ Mademoiselle X***À son frère

1877

À Madame H***À sa tanteAu marquis de C***À Monsieur X***À Monsieur de M***Au mêmeÀ Mademoiselle Colignon

1878

À Monsieur de M***Au mêmeÀ Mademoiselle B***À la mêmeÀ sa mèreÀ la mêmeÀ la même

1879

À M. X***À Mademoiselle ColignonÀ son frèreÀ M. X***À son frère

1880

À M. X***À Monsieur JulianÀ son frèreÀ la princesse K***À Monsieur X***

1881

À Monsieur JulianÀ son pèreÀ M. B***Au mêmeAu même À Monsieur JulianÀ sa mèreÀ Mademoiselle Colignon

1882

À sa mèreÀ la mêmeÀ Monsieur JulianÀ M. B***À Monsieur Julian

1883

À Mademoiselle X***Traduction de la lettre précédenteÀ Mademoiselle X***Traduction de la lettre précédenteÀ Monsieur B***À Monsieur Alexandre D***Au mêmeÀ Monsieur X***À son frèreÀ sa mèreÀ Mademoiselle CanrobertÀ sa mère

1884

À Monsieur B***À Mademoiselle X***À la mêmeÀ son frèreÀ Monsieur X***À Monsieur E***À Monsieur de MaupassantAu mêmeAu mêmeAu mêmeAu mêmeAu mêmeAu baron de Saint-AmandÀ son frèreÀ Monsieur Henry HoussayeÀ Monsieur Edmond de GoncourtÀ Monsieur Émile ZolaÀ Monsieur ***À Monsieur Tony-Robert-FleuryÀ Monsieur Sully-PrudhommeAu mêmeÀ Monsieur Julian

FIN


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