EN REMONTANT LE FLEUVE

Il y avait une foisun assassin qui s’en tira avec les travaux forcés à perpétuité. Ce qui l’impressionna le plus, dès qu’il eut le temps d’y penser, ce fut l’ennui, réel et assommant, éprouvé par tous ceux qui avaient pris part au rite. — C’était comme si l’on allait chez le Docteur ou chez le Dentiste, expliqua-t-il. C’estvousqui arrivez chez eux, plein de vos affaires à vous, et vous découvrez que tout cela ne formepour euxqu’une partie de leur travail quotidien. Sans doute, ajouta-t-il, que j’aurais découvert que c’était encore la même chose si, — ahem… — j’étais allé jusqu’au bout !

Sans aucun doute. Entrez dans n’importe quel nouvel Enfer ou Paradis, et, sur le seuil bien usé, vous trouverez à vous attendre les experts pleins d’ennui qui assurent le service.

Pendant trois semaines nous restâmes assis sur des ponts copieusement meublés de chaises et de tapis, soigneusement isolés de tout ce qui en quelque façon se rapportait à l’Égypte, et sous le chaperonnage d’un drogman convenablement orientalisé. Deux ou trois fois par jour notre bateau s’arrêtait devant un rivage de boue couvert d’ânes. On sortait des selles de l’écoutille de l’avant, on harnachait les ânes qui étaient ensuite distribués comme autant de cartes, puis nous partions au galop à travers les moissons ou les déserts, selon le cas, on nous présentait en termes retentissants à un temple, puis finalement on nous rendait à notre pont et à nos Baedekers. En tant que confort, pour ne pas dire paresse ouatée, la vie n’avait pas d’égale, et comme la majeure partie des passagers étaient des citoyens des États-Unis (l’Égypte en hiver devrait faire partie des États-Unis comme territoire temporaire) l’intérêt ne faisait pas défaut. C’étaient, en nombre accablant, des femmes, avec, par-ci par-là, un mari ou un père placide, mené par le bout du nez, souffrant visiblement d’une congestion de renseignements sur sa ville natale. J’eus la joie de voir se rencontrer deux de ces hommes. Ils tournèrent le dos résolument à la rivière, coupèrent avec leurs dents et allumèrent leurs cigares, et, pendant une heure et quart, ne cessèrent d’émettre des statistiques touchant les industries, le commerce, la manufacture, les moyens de transport, et le journalisme de leurs villes, mettons Los Angeles et Rochester, N. Y. On aurait dit un duel entre deux enregistreurs de caisse.

On oubliait, bien entendu, que tous ces chiffres lugubres étaient animés pour eux, aussi, à mesure que Los Angeles parlait, Rochester voyait en imagination. Le lendemain je rencontrai un Anglais venu de l’autre bout du monde, c’est-à-dire du Soudan, très renseigné sur un chemin de fer peu connu installé dans un pays qui, de prime abord, n’avait paru être qu’un désert aride et qui s’était révélé en fin de compte comme plein de produits à transporter. Il était lancé en plein flot d’éloquence lorsque Los Angeles, fasciné par le seul roulement de chiffres, accosta et jeta l’ancre.

— Commântç’a, interposa-t-il avec vivacité pendant une pause.

On lui expliqua comment ; mais il commença aussitôt à mettre mon ami à sec au sujet de cette voie ferrée, mû uniquement par l’intérêt fraternel qu’il éprouvait, ainsi qu’il nous l’expliquait, « pour n’importe quel satané truc qui se fasse où qu’on veut ».

— Ainsi donc, poursuivait mon ami, nous allons pouvoir amener du bétail abyssin jusqu’au Caire.

— A pied ? Puis un rapide regard lancé vers le Désert :

— Mais non, mais non ! par voie ferrée et par la rivière. Et ensuite nous ferons pousser du coton entre le Nil Bleu et le Nil Blanc et « ficherons la pile » aux États-Unis.

— Commântç’a?

— Voici. L’interlocuteur étendit en forme d’éventail ses deux doigts sous l’énorme bec intéressé. Voici le Nil Bleu, et voici le Nil Blanc. Il existe une différence de niveau de tant, entre les deux, et ici, dans la fourche formée par mes deux doigts, nous allons…

— Oui, oui, je comprends, vous ferez de l’irrigation en profitant de la petite différence qui existe entre les deux niveaux. Combien d’acres ?

De nouveau on renseigna Los Angeles. Il se dilata comme une grenouille sous une ondée. — Et dire que je me figurais que l’Égypte n’était que des momies et la Bible !Moi, je m’y connaissais autrefois en coton. Maintenant nous allons pouvoir causer.

Pendant la journée entière nos deux hommes arpentèrent le pont du navire avec l’insolence distraite des amoureux, et, tels des amoureux, chacun s’en allait dire à la dérobée quelle âme rare était son compagnon.

C’était là un des types à bord, mais il y en avait bien d’autres — des professionnels, qui ne fabriquaient ni ne vendaient rien — ceux-là, la main d’une démocratie exigeante semblait les avoir malheureusement tous coulés dans un même moule. Ils ne se taisaient pas, mais d’où qu’ils venaient leur conversation était aussi conforme à un modèle fixe que le sont les agencements d’un wagon Pullman.

J’en touchai un mot à une femme qui était bien au courant des sermons de l’une et l’autre langue.

— Je crois, dit-elle, que la banalité dont vous vous plaignez… »

— Je n’ai jamais dit banalité, protestai-je.

— Mais vous le pensiez. La banalité que vous avez remarquée provient de ce que nos hommes sont si souvent élevés par des vieilles femmes, des vieilles filles. Pratiquement, jusqu’au moment où il va à l’Université, et même pas toujours à ce moment, un garçon ne peut pas s’en affranchir.

— Alors qu’arrive-t-il ?

— Le résultat naturel. L’instinct d’un homme c’est d’apprendre à un garçon à penser par lui-même. Si une femme ne peut pas arriver à faire penser un garçoncomme elle, elle se laisse crouler et se met à pleurer. Un homme n’a pas de modèles fixes, il les crée. Il n’y a pas d’être au monde qui soit plus conforme à un modèle fixe qu’une femme. Et cela de toute nécessité. Etmaintenantcomprenez-vous ?

— Pas encore.

— Et bien, l’ennui en Amérique, c’est qu’on nous traite toujours comme des enfants à l’école. Vous pouvez le voir dans n’importe quel journal que vous ramassez. De quoi parlaient-ils tout à l’heure ces hommes ?

— De la falsification des denrées, de la réforme de la police, de l’embellissement des terrains vagues dans les villes, répondis-je vivement. Elle leva les deux bras : « J’en étais sûre » s’écria-t-elle, « Notre Grande Politique Nationale de la coéducation ménagère. Frimes et hypocrisies que tout cela ! Avez-vous jamais vu un homme conquérir le respect d’une femme en se paradant par le monde avec un torchon épinglé aux pans de ses habits ?

— Mais si cette femme le lui ordonne — lui disait de le faire, proposai-je.

— Alors elle le mépriserait d’autant plus. N’en riez pas,vous. Bientôt vous en serez là en Angleterre.

Je retournai auprès de la petite assemblée. Il y avait là une femme qui leur parlait comme quelqu’un qui en a l’habitude depuis le jour de sa naissance. Ils écoutèrent, avec l’extrême attention d’hommes dressés de bonne heure à écouter les femmes, mais non à converser avec elles. Elle était, pour ne pas dire davantage, la mère de toutes les femmes assommantes qui furent jamais, mais lorsqu’elle s’éloigna enfin, personne ne s’aventura à l’avouer.

— Voilà ce que j’appelle se faire traiter comme des enfants à l’école, dit méchamment mon amie.

— Mais voyons, elle les a figés d’ennui ; pourtant ils sont si bien élevés qu’ils ne s’en sont même pas rendu compte. Viendra un jour où l’Homme Américain se révoltera.

— Et que fera la Femme Américaine ?

— Elle se mettra à pleurer, et ça lui fera beaucoup de bien.

Un peu plus tard, je rencontrai une femme d’un certain État de l’Ouest, et qui voyait pour la toute première fois le grand, l’heureux, l’inattentif monde du Créateur, et se trouvait assez affligée parce qu’il ne ressemblait pas à celui qu’elle connaissait, elle. Elle avait toujours compris que les Anglais étaient brutaux envers leurs femmes. — C’étaient les journaux de son État qui l’affirmaient — (si seulement vous pouviez connaître les journaux de son État !) — Mais jusqu’à présent elle n’avait pas remarqué de sévices exercés et les Anglaises, qu’elle renonçait, disait-elle, à jamais comprendre, avaient l’air de jouir d’une certaine liberté et d’une certaine égalité agréables à l’œil. D’autre part les Anglais se montraient manifestement bons envers des jeunes filles ayant des difficultés au sujet de leurs bagages et de leurs billets lorsqu’elles se trouvaient dans des chemins de fer étrangers. Gens tout à fait gentils, dit-elle en terminant, mais assez dépourvus d’humour.

Un jour elle me montra ce qui avait tout l’air d’être une gravure tirée de quelque journal de modes, représentant une étoffe pour robe — joli médaillon ovale d’étoiles sur un fond de rayures grenat — qui, je ne sais trop pourquoi, me semblait assez familier.

— Que c’est gentil ! Qu’est-ce donc ? dis-je.

— Notre Drapeau National, répondit-elle.

— Ah oui, mais il n’a pas tout à fait l’air…

— Non ; c’est une nouvelle manière d’arranger les étoiles pour qu’elles soient plus faciles à compter et plus décoratives. Nous allons voter là-dessus dans notre État, où nous avons le droit de vote — je voterai quand je serai de retour là-bas.

— Vraiment ! et comment voterez-vous ?

— C’est là justement à quoi je réfléchis.

— Elle étala le dessin sur ses genoux, elle le contempla la tête penchée d’un côté, comme si, en réalité, il eût été de l’étoffe pour robe.

Et pendant, tout ce temps la terre d’Égypte se déroulait à notre droite et à notre gauche, en marche solennelle. Comme la rivière était basse nous la vîmes du bateau telle une longue plinthe de boue pourpre et brunâtre, qui aurait de onze à vingt pieds de haut, soutenue visiblement tous les cent mètres par des caryatides en cuivre reluisant, sous forme d’hommes nus écopant de l’eau pour les récoltes qui se trouvaient en dessus.

Derrière cette éclatante ligne émeraude courait le fond fauve ou tigré du désert et un ciel bleu pâle encadrait le tout.

C’était là l’Égypte, celle-là même que les Pharaons, leurs ingénieurs, leurs architectes, avaient vue ; terre à cultiver, gens et bétail pour travailler, et en dehors de ce travail nulle distraction, aucune attirance, sauf lorsqu’on transportait les morts à leur sépulture au delà des limites des terres cultivables. Lorsque les rives devinrent plus basses la vue s’étendait sur au moins deux kilomètres de verdure bondée, tout comme une arche de Noé, de gens, de chameaux, de moutons, de bœufs, de buffles, et, de temps à autre, d’un cheval. Et les bêtes se tenaient aussi immobiles que des jouets parce qu’elles étaient attachées ou entravées chacune à son hémisphère de trèfle, s’avançant lorsque cet espace se trouvait tondu. Seuls les tout petits chevreaux étaient libres, et jouaient sur les bords plats des toits de boue comme des petits chats.

Rien d’étonnant que « chaque berger soit une abomination pour les Égyptiens ». Les sentiers à travers les champs, poussiéreux, foulés des pieds nus, sont ramenés jusqu’à la plus mesquine étroitesse qu’il soit possible d’obtenir ; les routes principales sont soulevées bien haut sur les flancs des canaux, à moins que la route permanente de quelque voie de chemin de fer très légère ne puisse être contrainte à les remplacer. Le froment, la canne à sucre, mûre, pâle et à touffe, le millet, l’orge, les oignons, les bouquets de ricin frangés, se bousculent pour trouver place où planter le pied puisque le désert leur refuse l’espace et que les hommes poursuivent le Nil dans sa chute, centimètre par centimètre, chaque matin, avec de nouveaux sillons où faire pousser les melons, tout le long des rives dégouttant encore d’humidité.

Administrativement un tel pays devrait être une pure joie. Les habitants n’émigrent pas ; toutes leurs ressources sont là devant les yeux, ils sont aussi accoutumés que leur bétail à être menés de-ci de-là. Tout ce qu’ils désirent, et on le leur a accordé, c’est d’être mis à l’abri de l’assassinat, de la mutilation, du viol et du vol. Tout le reste, ils pourront s’en occuper dans leurs villages silencieux, ombragés de palmiers où roucoulent leurs pigeons et où, dans la poussière, jouent leurs petits enfants.

Mais la civilisation occidentale est un jeu dévastateur et égoïste. Comme la jeune femme de « Notre État » elle dit en substance : « Je suis riche. Je n’ai rien à faire. Ilfautque je fasse quelque chose. Je vais m’occuper de réforme sociale. »

Actuellement, il existe en Égypte une petite réforme sociale qui est assez plaisante. Le cultivateur égyptien emprunte de l’argent — ce à quoi sont astreints tous les fermiers. — Cette terre, sans haie, sans fleur sauvage est sa passion par héritage et souffrance, tous deux immémoriaux, il vit grâce à Elle, chez Elle et pour Elle. Il emprunte pour la développer, pour pouvoir en acheter davantage, soit de trente à deux cents livres anglaises par acre, faisant là-dessus un profit, tous frais payés, de cinq à dix livres par acre. Jadis il empruntait à des prêteurs locaux, Grecs pour la plupart, à 30 % par an, ou davantage. Ce taux n’est pas excessif, à condition que l’opinion publique tolère que de temps en temps celui qui emprunte assassine celui qui prête : mais l’administration moderne qualifie cela désordre et meurtre.

Donc il y a quelques années on établit une banque avec garantie sur l’État qui prêtait aux cultivateurs à huit pour cent, et le cultivateur s’empressa de profiter de ce privilège. Il n’était pas plus en retard pour régler que de raison, mais étant fermier il ne payait naturellement pas avant d’avoir été menacé de saisie. De sorte qu’il fit de bonnes affaires et acheta encore de la terre, c’était là ce que désirait son cœur. Cette année-ci, c’est-à-dire 1913, l’administration promulgua soudain des ordres selon lesquels aucun fermier possédant moins de cinq acres ne pourrait emprunter sur ses terres. L’affaire m’intéressait directement, parce que j’avais cinq cents livres sterling d’actions dans cette même banque garantie par l’État et plus de la moitié de nos clients étaient des individus ne possédant pas plus de cinq acres. Donc je pris des renseignements dans des milieux qui semblaient être au courant. On me dit que la nouvelle loi était complètement d’accord avec le Décret des États-Unis, celui de la France et les intentions de la Divine Providence, — ou ce qui revenait au même.

— Mais, demandai-je, est-ce que cette limitation de crédit n’empêchera pas les hommes qui ont moins de cinq acres d’emprunter davantage pour acheter davantage de terrain et de faire leur chemin dans le monde ?

— Si fait, me répondit-on, évidemment. Et c’est justement là ce que nous voulons éviter. La moitié de ces gens-là se ruinent en essayant de s’agrandir. Il faut que nous les protégions contre eux-mêmes.

C’est là, hélas ! l’unique ennemi contre lequel aucune loi ne saurait protéger aucun fils d’Adam, puisque les véritables raisons qui font ou perdent un homme sont absurdes ou trop obscènes pour qu’on les atteigne du dehors. Donc je cherchai ailleurs pour découvrir comment le cultivateur allait faire.

Lui ? me dit une des nombreuses personnes qui m’avaient renseigné, lui ! il va bien, rien à craindre. Il y a environ six façons que je connais,moi, d’éluder le Décret. Et très probablement que le Fellah en connaît six autres. Il a été dressé à se débrouiller tout seul depuis les temps de Ramsès. Ne serait-ce que pour la cession du terrain, il sait falsifier les documents, emprunter assez de terre pour que son bien dépasse cinq acres le temps nécessaire pour faire faire l’enregistrement de l’emprunt ; obtenir de l’argent de ses femmes (oui, voilà un résultat du progrès moderne dans ce pays !) ou bien aller retrouver le vieil ami le Grec à 30 %.

— Mais le Grec le ferait saisir et ce serait contraire à la loi, n’est-ce pas ? dis-je.

— Ne vous tracassez pas au sujet du Grec. Il sait tourner n’importe quelle loi qui existe pourvu qu’il y ait cinq piastres à gagner là-dedans.

— Sans doute, mais est-ce que réellement la Banque Agricole faisait saisir trop de cultivateurs ?

— Pas le moins du monde. Le nombre de petits biens est plutôt en augmentation. La plupart des cultivateurs ne consentent à payer un emprunt que si on les menace d’une assignation. Ils s’imaginent que cela les pose et cependant leur inconséquence fait augmenter le nombre des assignations bien que ces dernières n’impliquent pas toujours la vente du terrain. Et puis il y a autre chose encore : tout le monde (dans la vie réelle) ne réussit pas de même. Ou bien ils ne font pas le métier de fermier comme il faut, ou bien ils s’adonnent au hashish, ou s’entichent bêtement de quelque fille, et empruntent pour elle ou font quelque chose d’analogue ; et alors ils sont saisis. Vous avez pu le remarquer.

— Assurément. Et en attendant que fait le fellah ?

— En attendant, le fellah a mal lu le Décret — comme toujours. Il s’imagine que son effet sera rétrospectif, et qu’il n’a pas à payer ses dettes anciennes. Il se peut qu’ils causent des embarras, mais je crois que votre Banque restera tranquille.

— Restera tranquille ! Avec les trois quarts de ses affaires compromises — et mes cinq cents livres engagées !

— C’est là votre ennui ? Je ne crois pas que vos actions montent bien vite, mais si vous voulez vous amuser allez en causer avec les Français.

C’était là évidemment un moyen aussi bon qu’un autre de se distraire. Le Français auquel je m’adressais parlait avec une certaine connaissance de la finance et de la politique et avec la malice naturelle que porte une race logique à une horde illogique :

— Oui, me dit-il. C’est une idée absurde que de limiter le crédit dans de telles circonstances. Mais là n’est pas tout. Les gens ne sont pas effrayés, les affaires ne sont pas compromises par suite d’une seule idée absurde, mais bien par l’éventualité d’autres pareilles.

— Il y a donc bien d’autres idées encore que l’on voudrait essayer dans ce pays ?

— Deux ou trois, me répondit-il avec placidité. Elles sont toutes généreuses, mais toutes sont ridicules. L’Égypte n’est pas un endroit où l’on devrait promulguer des idées ridicules.

— Mais, mes actions, mes actions, m’écriai-je, elles ont déjà baissé de plusieurs points.

— C’est fort possible. Elles baisseront davantage. Puis elles remonteront.

— Merci, mais pourquoi ?

— Parce que l’idée est fondamentalement absurde. Votre pays ne l’admettra jamais, mais il y aura des arrangements, des accommodements, des ajustements, jusqu’à ce que tout soit comme auparavant. Cela sera l’affaire du fonctionnaire permanent — pauvre diable ! — d’y mettre bon ordre. C’est toujours son affaire. En attendant la hausse va se porter sur toutes les denrées.

— Pourquoi cela ?

— Parce que le terrain est la principale caution en Égypte. Si un homme ne peut pas emprunter sur cette caution, les intérêts augmenteront sur tous les autres cautionnements qu’il offre. Cela aura une répercussion sur le travail en général, les gages et les contrats gouvernementaux.

Il s’exprimait avec tant de conviction et avec tant de preuves historiques à l’appui, que je voyais perspective sur perspective d’anciens Pharaons, énergiques maîtres de la vie et de la mort, sur tout le parcours de la rivière, arrêtés en plein essor par des comptables impitoyables, qui annonçaient prophétiquement que les dieux eux-mêmes ne sauraient faire que deux et deux fassent plus de quatre. Et la vision, parcourant les siècles, aboutit à une seule petite tête grave, à bord d’un bateau Cook, penchée de côté, en train d’examiner ce problème vital : l’arrangement de notre « Drapeau National » pour que ce soit « plus facile de compter les étoiles. »

— Pour la millième fois loué soit Allah pour la diversité de ses créatures !


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