LE SOURIRE

Mais puisque j’ai parlé de ton sourire : qu’il est bon ! Venu des abîmes de la Joie il flotte en l’air comme un parfum et comme une couleur, puis se pose sur ton visage ainsi que l’arome et la blancheur du lis sur son calice. Il s’épanouit, rayonne sur ta face. Et ta bouche n’est plus qu’un fruit rose pâle qui s’allonge vers les pommettes qui s’arrondissent, tes yeux sont deux gouttes d’eau de mer joyeuses. Et le plus divin, c’est le silence de ce sourire qui reflète l’air des anges et l’innocente ignorance et l’onde paisible du ciel sur laquelle nage un petit oiseau.

Quel fut le premier sourire du monde ? Ce fut la belle ligne que formèrent les choses en se donnant la main : la mer donna la main à la plaine, la plaine à la colline, la colline à la montagne et la montagne au ciel. Ton œil luisant, ô ma fille, donne la main à ta petite bouche plate qui la donne aux boules de tes joues qui la donnent à ton nez-en-l’air. Tu es comme le sourire du monde. Veux-tu que nous jouions au monde ? Tu n’as qu’à sourire. C’est fait. C’est moi qui suis pris. Je clume.

Tu sauras plus tard que jadis le monde ne cessait pas de sourire et que sa face ne commença de s’attrister que lorsque la première fleur se fana au Paradis terrestre. Tu n’as vu encore, ô Bernadette, aucune fleur se flétrir, et j’épie dans ton sourire la béatitude de nos premiers parents quand ils causaient avec Dieu devant les chevaux qui paissaient.


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