LE TROUSSEAU DE CLEFS

Dans sa voiture, à l’ombre de l’acacia, Bernadette me sourit comme la lune en plein jour. Entre les pavés de la cour, un plantain est si net qu’il semble une tache d’eau sur la lumière. La vie, telle qu’une mer calme, fait entendre son murmure et l’enfant joue avec un trousseau de clefs. Elle jouera longtemps avec ce trousseau de clefs, heureuse de toute nouveauté, et si douce sous son petit chapeau de paille d’où pendent deux pompons de fleurs d’artichaut ! Qu’il est beau, ce monde où chaque chose se découvre peu à peu ! Voilà : il y a donc encore, en dehors du polichinelle, de la poupée et du chat d’étoffe, il y a des clefs. Mon Dieu, se dit sans doute Bernadette, il est bon de vivre à cette heure-ci sur une terre où il y a quelque chose de brillant qui fait du bruit et que je mords.


Back to IndexNext