Tu es entrée depuis cinq jours dans ton premier printemps. Quand j’étais adolescent j’aimais de toute mon âme cette époque où mes rêveries fleurissaient avec la rose rustique, l’aubépine et l’anémone-sylvie. Je vibrais comme une ruche et me nourrissais d’avenir. Il y avait un banc dans un bosquet… Et les jeunes filles que j’avais suivies tiraient derrière elles les lourdes portes qui se refermaient sur leurs yeux flattés, interrogateurs et liquides. Les pluies fines dans la poussière sentaient bon… O mon cœur ! qui fus longuement balancé, tel que dans la haie le rameau que l’on touche en courant, que faisais-tu de ces trésors vivants cachés en toi comme des dormeuses dans leur demeure ?
Mon cœur répond : ce que j’ai fait de ces impressions de printemps, je les ai mûries en secret pour qu’elles prissent une forme. Des teintes de la rose rustique, de l’aubépine et de l’anémone-sylvie, du chant des oiseaux des bois, de la naissance mystérieuse de l’amour, des légères larmes de l’averse sur la terre et du balancement des branches j’ai pétri Bernadette.