Que doit donc faire l'homme?
Il doit, comme les animaux, se préoccuper des besoins matériels de la vie, avec cette différence qu'il ne doit pas travailler pour lui seul, mais étendrel'influence de son travail sur ses semblables. Et lorsqu'il fait cela, je crois fermement qu'il est heureux et que sa vie est raisonnable.
Qu'avais-je donc fait pendant toute ma vie—pendant trente ans?
Non seulement je n'avais rien fait pour les autres, mais je n'avais rien produit pour moi-même. Je vivais en parasite, et m'étant demandé pourquoi je vivais, je recevais en réponse: pour rien. Si le sens de la vie humaine est dans la participation à la vie commune, comment donc moi, qui m'étais occupé pendant trente ans à la détruire en moi et chez les autres, comment pouvais-je recevoir une autre réponse que celle que ma vie était un non-sens et un mal?
C'est qu'elle était réellement absurde et méchante.
Dans l'univers tout arrive par la volonté de «quelqu'un», qui fait servir nos vies à la réalisation d'un but qui nous est inconnu. Pour avoir l'espoir de comprendre le sens de cette volonté, il faut avant tout l'exécuter, faire ce qu'on exige de nous. Si je me refuse à ce qu'on attend de moi, je ne comprendrai jamais ce qu'on me demande, et encore moins ce qu'on veut obtenir de tous et de tout le monde.
Je suppose que l'on prenne un mendiant nu et affamé, qu'on l'amène à une place où s'élève un magnifique bâtiment.
Après l'avoir nourri et vêtu, on luifait mouvoir de haut en bas une tige de bois qu'on lui désigne.
Avant de chercher pourquoi on l'a recueilli, nourri, vêtu; avant d'examiner si le bâtiment est beau et bien construit, le mendiant devra agiter ce bâton. Il comprendra alors que ce mouvement fait monter dans la pompe l'eau qui se répandra ensuite dans les jardins et rafraîchira les parterres.
Une autre occupation suivra celle-ci: il sera chargé de récolter les fruits et prendra sa part de la joie de son maître si la récolte est bonne.
Passant ainsi d'un travail bas à un autre plus élevé, il comprendra de mieux en mieux tout l'arrangement de l'établissement et, en y prenant part, il nepensera plus à demander pourquoi il est là; jamais aussi l'idée ne lui viendra d'adresser un reproche à son maître.
C'est ainsi que ceux qui font la volonté de leur maître ne lui reprochent rien, et ceux-là sont les hommes simples, travailleurs, ignorants, ce sont ceux-là enfin que nous estimons à l'égal des bestiaux.
Nous, les savants, nous mangeons tout ce qui appartient au maître; mais, quant à sa volonté, loin de faire ce qu'il attend de nous et d'agir, nous nous asseyons en rond et nous délibérons sur cette proposition:
—Pourquoi donc agiter le bras de la pompe?
—C'est stupide.
Et voilà tout ce que notre raisonnement a trouvé. Nous avons fini par décider que le maître est dépourvu de raison ou qu'il n'existe pas et que nous seuls possédons l'intelligence. Seulement, nous sentons que nous ne sommes bons à rien et qu'il faut d'une manière ou d'une autre nous débarrasser de nous-mêmes.
La conscience que j'acquis de l'erreur dans laquelle était tombée ma raison m'aida à me délivrer de la tentation des méditations creuses. La conviction que la science de la vérité ne pouvait être trouvée que dans la vie m'avait porté à douter si ma manière de vivre était la bonne; mais je fus sauvé parce que j'eus le temps de m'arracher à cette situation exclusive où je me trouvais,parce que je pus voir la véritable vie du peuple travailleur et comprendre que là seulement était la véritable vie.
Je sentis que si je voulais comprendre la vie, je devais vivre, non pas de la vie du parasite, mais de la vie véritable.
Après avoir ainsi accepté le sens donné à la vie par la vraie humanité, dans laquelle je me confondais désormais, je devais aussi vérifier ce sens par moi-même.
En ce même temps, il m'arriva ce qui suit. Pendant toute la durée de cette année, lorsque je me demandais presque sans cesse comment finir, par une corde ou par une balle, pendant tout ce temps, à côté de ces mouvements d'idéeset d'observations dont je viens de parler, mon cœur languissait d'un douloureux sentiment. Je ne puis appeler ce sentiment autrement que la recherche de Dieu.
Je dis que cette recherche de Dieu n'était pas un raisonnement, mais un sentiment, parce que cette recherche ne provenait pas du mouvement de mes idées,—elle leur était même directement contraire,—mais elle sortait du cœur. C'était comme un sentiment de crainte qui me faisait semblable à un orphelin et comme isolé au milieu de choses qui m'étaient étrangères; toutefois ce sentiment de crainte était mitigé par l'espoir de trouver l'assistance de quelqu'un.
Cependant, j'étais pleinement convaincu de l'impossibilité de prouver l'existence de Dieu.
J'avais compris avec Kant qu'on ne le peut.
Je cherchais Dieu quand même.
J'espérais le trouver et, par une vieille habitude, j'adressais pour m'y aider une prière à celui que je cherchais et ne trouvais pas.
Tantôt je répétais dans mon esprit les arguments de Kant et de Schopenhauer sur l'impossibilité de prouver l'existence de Dieu, tantôt je méditais ces arguments et les réfutais.
Je me disais:
—Si je suis, la cause de ce que je suis existe aussi, ainsi que la cause detoutes les causes. Et cette cause originale est ce qu'on appelle Dieu.
Je m'arrêtais sur cette pensée, et m'efforçais de concevoir la présence de cette cause. Du moment que je concevais qu'il y avait une force au pouvoir de laquelle je me trouvais, je sentais immédiatement la possibilité de vivre.
Mais je me demandais:
—Qu'est-ce donc que cette cause, cette force? Que dois-je penser d'elle, comment me comporter vis-à-vis de ce qu'on appelle Dieu?
Et ce n'était que des réponses connues qui me venaient dans la tête.
—Il est le Créateur, le dispensateur de tous les biens.
Ces réponses ne me contentaient pas et je sentais que ce dont j'avais besoin pour la vie, se perdait en moi. Je tombais dans la terreur et je commençais à prier celui que je cherchais, l'implorant de m'aider. Plus je le priais, plus il m'était évident qu'il ne m'entendait pas et qu'il n'y avait personne à qui l'on pût s'adresser.
Et, le désespoir au cœur de ce qu'il n'y eût pas de Dieu, je disais:
—Seigneur, pardonne-moi et sauve-moi! Seigneur, enseigne-moi, mon Dieu.
Mais personne ne me faisait cette grâce et je sentais que ma vie morale s'arrêtait.
Mais revenant sans cesse à ce problème,ma conscience me disait que je ne pouvais être au monde sans une raison, un sens ou une cause; que je ne pouvais être comme le pauvre oiseau tombé du nid, auquel cependant je me comparais.
Il est là couché sur le dos et criant dans les hautes herbes, appelant sa mère parce qu'il sait que sa mère l'a porté en elle, l'a couvé, l'a chauffé, l'a nourri, l'a aimé. Où est-elle donc, cette mère?
Et, si comme l'oiseau, je suis abandonné, qui donc m'a abandonné? Je ne puis me dissimuler que quelqu'un m'a fait naître en m'aimant?
Qui est donc cequelqu'un?
Dieu encore.
Il sait et il voit ma perplexité, mon désespoir, ma lutte.
—Il est, me disais-je.
Et je n'avais qu'à reconnaître cela pour un moment et immédiatement la vie s'élevait en moi et je sentais la possibilité de vivre et la joie de l'existence. Mais de nouveau je passais de l'aveu de l'existence de Dieu à la relation qui devait exister entre lui et moi. Alors de nouveau ce Dieu se présentait à moi sous la forme de trois personnes; lui, le Créateur, il a envoyé son fils—le Rédempteur. Et ce Dieu en dehors du monde et de moi se fondait comme une glace, s'évanouissait à mes yeux et rien ne subsistait et, de nouveau, la source de ma vie se séchait;je retombais dans le désespoir et je sentais que je ne pouvais faire autre chose que me tuer. Ce qui était le pire de tout, c'est que je sentais que je ne pouvais pas même faire cela.
Bien des fois je passais ainsi d'un accès de joie et d'animation au désespoir et au sentiment de ne pouvoir vivre.
Je me rappelle qu'un jour de printemps précoce, j'étais seul dans la forêt, prêtant l'oreille à ses bruits mystérieux. J'écoutais et ma pensée se reportait comme toujours à ce qui l'occupait sans cesse depuis ces trois dernières années: la recherche de Dieu.
—C'est bien, il n'y a aucun Dieu qui ne soit une abstraction, au lieud'être une réalité comme l'est toute ma vie. Et rien, aucun miracle ne peut me prouver qu'il en existe un semblable, parce que les miracles ne seront que dans mon imagination.
—Mais l'idée du Dieu dont je suis en quête? me demandais-je. D'où est donc née cette idée?
Et de nouveau s'élevèrent en moi, avec cette pensée, des aspirations joyeuses vers la vie. Tout en moi s'éveilla, reçut un sens. Mais ma joie ne se soutint pas longtemps.
L'esprit continuait son travail.
—L'idée de Dieu n'est pas Dieu, me disais-je. L'idée est ce qui se passe en moi, l'idée de Dieu est un sentiment que je puis réveiller ou non en moi. Cen'est pas ce que je cherche. Je cherche ce sans quoi la vie n'aurait pu être.
Et de nouveau tout commença à mourir autour de moi et en moi et je voulus de nouveau me tuer.
Mais ici je rentrai en moi-même, réfléchissant à ce qui se passait en moi, et je me rappelai ces élans et ces découragements qui s'étaient succédé tant de fois en moi. Alors, comme maintenant, dès que je concevais Dieu, tout s'animait en moi; et si je l'oubliais, si je me refusais à croire en lui, la vie de mon âme s'arrêtait.
Qu'est-ce donc que ces sentiments si opposés?
Je ne vis donc pas lorsque je perdsla foi en l'existence de Dieu; je me serais donc tué depuis longtemps, si je n'avais pas un vague espoir de le trouver. Je ne vis donc véritablement que lorsque je le cherche et le sens.
—Qu'est-ce que je cherche donc encore?—s'écriait une voix en moi. Le voilà donc: Lui—c'est ce sans quoi on ne peut pas vivre. Or, connaître Dieu et vivre, c'est la même chose. Dieu est donc la vie.
—Eh bien! Vis, cherche Dieu, et il n'y aura pas de vie sans Dieu.
Dès lors, mieux que jamais, tout s'éclaira en moi et autour de moi, et cette lumière ne m'abandonne plus.
J'étais sauvé du suicide.
Quand et comment se passa en moice changement? Je n'aurais pu le dire.
Aussi insensiblement et graduellement que s'était détruite en moi la force de la vie et que j'étais arrivé à l'impossibilité de vivre, à la nécessité du suicide, à l'agonie morale, tout aussi graduellement et imperceptiblement me revint cette force de la vie. Et, ce qu'il y a d'étrange, c'est que cette force de la vie qui me revenait, n'était pas nouvelle. Elle était cette force ancienne, qui m'avait entraîné autrefois et c'est avec un sentiment tout juvénile que je revenais à la foi, à cette volonté qui m'avait produit et qui voulait quelque chose de moi; je revenais à la croyance que le but principal et unique de ma vie était d'être meilleur,c'est-à-dire de vivre plus en accord avec cette volonté; je revenais à la conscience que l'expression de cette volonté, je pouvais la trouver dans le formulaire que l'humanité s'est créé en dehors de moi; c'est-à-dire je revenais à la croyance en Dieu, à l'amélioration morale et à la tradition qui transmet le sens de la vie.
La seule différence était qu'alors tout cela avait été reçu sans connaissance de cause, tandis que maintenant je savais que je ne pouvais pas vivre sans cela.
Il me semblait qu'un jour, je ne me rappelais pas quand, on avait dû me faire asseoir dans une barque; on m'avait repoussé de quelque rivage inconnu, en me désignant la directionà suivre pour arriver à l'autre bord; on avait mis les rames dans mes mains inexpérimentées et on m'avait laissé seul. Je ramais comme je pouvais et je voguais. Mais plus je flottais vers le milieu, plus s'accentuait le courant qui me portait hors de ma route et plus je rencontrais de navigateurs emportés comme moi par ce courant. Les uns étaient seuls et continuaient de ramer toujours; d'autres avaient jeté les rames; il y avait de grandes barques, d'énormes vaisseaux remplis de monde; les uns luttaient contre le courant, les autres s'y abandonnaient. Plus je flottais, en regardant au loin, dans la direction du torrent et en suivant de l'œil tous les navigateurs, plus je perdais la directionqui m'avait été donnée. Lorsque je fus juste au milieu du torrent, dans la passe étroite que laissaient les canots et les vaisseaux qui se précipitaient en bas, je perdis la direction si complètement, que moi aussi je jetai les rames.
De toutes parts, avec joie et allégresse, se précipitaient autour de moi des navigateurs dans des bateaux à voiles et à rames et tous m'assuraient et assuraient aux autres qu'il ne pouvait y avoir d'autre direction. Je les crus et je naviguai avec eux. Mais voilà que je fus emporté loin, si loin que j'entendis le bruit de la cataracte dans laquelle je devais aller me briser, et je vis des chaloupes qui y disparaissaient. Longtemps je ne pus comprendrece qui m'était arrivé. Je voyais la ruine devant moi, je la redoutais et j'y courais. Je ne voyais nulle part de secours et je ne savais que faire; mais en me retournant en arrière, je vis une innombrable quantité de chaloupes qui luttaient contre le courant sans s'arrêter, sans perdre courage. Je me souvins de la rive qu'on m'avait montrée, de la direction qu'on m'avait indiquée et des rames qu'on m'avait mises entre les mains et je fis tous mes efforts pour sortir d'où j'étais en ramant en arrière, contre le courant et vers le rivage désigné.
Ce rivage c'était Dieu; la direction c'était la tradition; ces rames m'étaient données pour voguer librement vers le bord, pour m'unir à Dieu.
C'est ainsi que la force de la vie se renouvela en moi et que je recommençai à vivre.
Je renonçai à la vie du monde ayant reconnu que ce n'était pas la vie, mais seulement une parodie de la vie et que les conditions de superflu dans lesquelles nous vivons nous empêchent de comprendre la vie. En effet, je dois ne pas m'attacher aux exceptions, auxparasites de la vie, mais à la vie du peuple travailleur, de ceux qui produisent la vie et lui donnent un sens.
Le simple peuple, les travailleurs qui m'entouraient, c'était le peuple russe et je m'adressai à lui.
Le sens qu'il me donna de la vie, s'il peut être exprimé, est le suivant:
—Chaque homme vient en ce monde par la volonté de Dieu. Dieu créa l'homme de telle sorte, que chaque homme peut perdre son âme ou bien la sauver.
Le but de l'homme dans la vie est de faire son salut; pour cela il faut vivre en Dieu et pour vivre en Dieu il faut renoncer à toutes les jouissancesde la vie, travailler, s'humilier, souffrir et être charitable.
Ce sens-là, le peuple le puise dans la foi, qui lui a été et qui lui est transmise par les prêtres et la tradition.
Ce sens m'était clair et il était cher à mon cœur. Mais avec lui, et indissolublement lié à lui chez notre peuple orthodoxe, au milieu duquel je vivais, se trouvaient bien des choses qui me repoussaient, me paraissaient inexplicables: les sacrements, les services de l'église, les carêmes, l'adoration des reliques et des images. Le peuple ne peut pas séparer l'une de l'autre toutes ces choses et je ne le pouvais non plus. Tout étranges qu'elles me semblaient, je les acceptai toutes,j'allai aux services, je fis matin et soir ma prière, je jeûnai, j'accomplis mes dévotions et tout d'abord mon intelligence ne s'y opposa pas.
Ce qui m'avait paru impossible n'excitait maintenant en moi aucune opposition.
Ce que la foi m'avait inspiré jadis était bien différent de ce qu'elle m'inspirait maintenant.
Autrefois la vie même me paraissait pleine de sens et la foi me semblait être une confirmation arbitraire de quelques arguments tout à fait inutiles, déraisonnables et indépendants de la vie. Je m'étais demandé alors quel sens avaient ces arguments, et, m'étant convaincu qu'ils n'en avaient pas, je lesavais rejetés. Maintenant, au contraire, je savais que ma vie n'avait pas et ne pouvait pas avoir de sens. Les arguments de la foi non seulement ne me paraissaient plus inutiles, mais encore j'étais amené, par l'indubitable expérience, à la conviction que ces arguments de la foi donnaient seuls le sens de la vie.
Je les regardais auparavant comme des décrets complètement inutiles et indéchiffrables, tandis que maintenant, si même je ne les comprenais pas, je savais qu'ils contenaient un sens et je me disais qu'il fallait apprendre à les comprendre. Je faisais le raisonnement suivant: La connaissance de la foi prend sa source, ainsi que toute l'intelligencehumaine, dans une origine mystérieuse.
Cette origine est Dieu, origine du corps humain aussi bien que de son intelligence.
De même que le corps que j'habite est venu par héritages successifs jusqu'à moi, de même m'arrivèrent mon intelligence et ma compréhension de la vie; et c'est pour cela que toutes les gradations du développement de cette compréhension de la vie ne peuvent être fausses, tout ce en quoi les hommes croient véritablement doit être la vérité. Elle peut être diversement exprimée, mais elle ne peut être un mensonge, et si elle me parait être un mensonge, cela veut dire seulementque je ne la comprends pas.
Je me disais encore: La substance de chaque croyance consiste en ce qu'elle donne tel sens de la vie qui n'est pas détruit par la mort. Il est naturel que, pour que la foi puisse répondre à la question d'un roi mourant dans le luxe, d'un vieux serf épuisé par un travail sans repos, d'un enfant inconscient, d'un sage vieillard, d'une vieille à demi privée de raison, d'une femme jeune et heureuse, d'un adolescent s'abandonnant aux passions, de tous les gens de conditions et d'éducations diverses, il est naturel que s'il y a une réponse à cette éternelle question de la vie:
—Pourquoi est-ce que je vis?—Qu'est-cequi résultera de ma vie? cette réponse, malgré son unité comme substance, doit être infiniment variée dans ses manifestations.
Plus elle est vraie, unique et profonde, plus étrange et monstrueuse elle doit paraître en cherchant à s'exprimer conformément à l'éducation et à la position de chacun. Mais ces raisonnements qui justifiaient pour moi l'étrangeté de la partie officielle de la foi étaient quand même insuffisants pour me permettre d'accomplir avec la foi, qui était l'unique affaire de ma vie, des actions dont je doutais.
Je désirais de toutes les forces de mon âme être en état de m'unir au peuple pour les cérémonies de sa foi,mais je ne pouvais pas faire cela.
Je sentais que je mentirais à moi-même, que je me moquerais de ce qui m'était sacré, si je le faisais. C'est ici que me vinrent en aide nos récents ouvrages théologiques russes.
Suivant ces théologiens, le dogme fondamental de la foi est l'infaillibilité de l'Église. La vérité de tout ce que confesse l'Église est la conséquence inévitable de la reconnaissance de ce dogme.
L'Église, comme l'ensemble des croyants réunis par l'amour, et pour cela même possédant la science véritable, cette Église devint la base de ma foi.
Je me disais que la vérité divine nepouvait pas être accessible à un homme: elle ne s'ouvre qu'à l'ensemble des hommes unis par l'amour. Pour concevoir la vérité, il faut ne pas se séparer; et pour ne pas se séparer, il faut aimer ceux-là même avec lesquels on n'est pas d'accord et se réconcilier avec eux. La vérité s'ouvrira à l'amour et, pour cela, si tu ne te soumets pas aux cérémonies de l'Église, tu violes l'amour et, violant l'amour, tu te prives de la possibilité de connaître la vérité.
Je ne voyais pas alors le sophisme qui se trouve dans ce raisonnement.
Je ne voyais pas alors que l'unité dans l'amour peut donner la plus grande somme d'amour; mais d'aucunemanière la vérité divine exprimée par des mots exacts dans le symbole de Nicée. Je ne voyais pas non plus que l'amour ne peut nullement rendre une certaine expression de la vérité obligatoire pour l'union.
Je ne voyais pas alors le défaut de ce raisonnement, et grâce à lui je pus participer à toutes les cérémonies de l'Église grecque, sans en comprendre la plus grande partie. Je tâchais alors de toute mon âme d'éviter tout raisonnement contradictoire et j'essayais d'expliquer aussi sensément que possible ces thèses de l'Église avec lesquelles je me trouvais en contact.
En accomplissant les cérémonies de l'Église, je domptais mon intelligenceet je me soumettais à la tradition à laquelle tenait toute l'humanité; je m'unissais à mes ancêtres, à ceux que j'aimais, à mon père, à ma mère. Eux et tous ceux qui avaient vécu auparavant croyaient et vivaient, et m'avaient engendré. Je me réunissais aussi à tous ces millions d'hommes du peuple que je respectais.
Et puis ces actions n'avaient rien de mauvais en elles-mêmes. Ce que je trouvais mauvais, c'étaient les mauvais penchants de se laisser aller à tous les désirs.
Me levant de grand matin pour les services de l'église, je savais que je faisais bien par cela seul que, pour humilier l'orgueil de mon esprit, pourme rapprocher de mes ancêtres, de mes contemporains, je sacrifiais ma tranquillité physique.
Je m'approuvais de même en faisant mes dévotions, en m'astreignant à la lecture quotidienne des prières avec les saluts et en observant tous les carêmes. Tout insignifiants qu'étaient ces sacrifices, ils étaient faits au nom du bien. Je faisais mes dévotions, je jeûnais, j'observais les prières indiquées selon le temps, à la maison et à l'église. Pendant le service de l'église, j'applaudissais chaque mot et lui donnais un sens lorsque je le pouvais.
A la messe, les paroles les plus graves étaient pour moi:
«Aimons-nous les uns les autres etsoyons unis dans une même foi.»
Mais plus loin, les mots «et confessons uniquement le Père et le Fils et le Saint-Esprit», je les omettais, car je ne pouvais pas les comprendre.
Il m'était devenu si indispensable de croire pour vivre que, sans m'en rendre compte, je me cachais à moi-même les contradictions et les obscurités de l'enseignement de la foi. Mais ma bonne volonté à trouver un sens aux cérémonies de l'Église avait une limite.
Si la prière liturgique devenait de plus en plus claire pour moi dans ses paroles principales, si je m'expliquaistant bien que mal les mots: «Et Notre Dame la Très Sainte Vierge Marie, ne l'oublions pas dans nos prières, ainsi que tous les Saints»; si je m'expliquais la répétition perpétuelle des prières pour le Tzar et ses parents parce qu'ils sont plus sujets à la tentation que les autres et ainsi ont besoin de plus de prières; si je m'expliquais les prières pour obtenir la soumission de l'ennemi parce que l'ennemi est un mal, si je m'expliquais ces prières et d'autres comme celles des chérubins et de tout l'offertoire, etc., par contre presque les deux tiers de tous les offices, ou ne m'offraient pas d'explication du tout, ou si j'y introduisais des explications, je mentais et par là je détruisais complètement mon unionavec Dieu, en perdant toute possibilité de la foi.
J'éprouvais la même chose pendant la célébration des principales fêtes. Se rappeler le jour du sabbat, c'est-à-dire consacrer un jour à s'adresser à Dieu, m'était compréhensible. Mais la grande fête en souvenir de la Résurrection, dont je ne pouvais pas me représenter l'authenticité, je ne pouvais pas la comprendre. Or, c'est par ce mot de «résurrection» précisément que les Russes désignent le jour consacré de chaque semaine. Et ces jours-là les fidèles prenaient part au sacrement de l'Eucharistie qui m'était tout à fait incompréhensible.
Toutes les autres douze fêtes, Noëlexcepté, étaient comme les souvenirs des miracles auxquels je tâchais de ne pas penser pour ne pas nier: l'Ascension, la Pentecôte, l'Epiphanie, l'Intercession de la Sainte Vierge, etc.
A la célébration de ces fêtes, sentant qu'on attribuait de l'importance à ce qui justement pour moi n'en avait pas du tout, j'inventais des explications qui me tranquillisaient, ou je fermais les yeux pour ne pas voir ce qui me scandalisait.
Je ressentais cela d'une façon plus sensible encore, lorsque j'assistais aux sacrements les plus ordinaires et qui étaient estimés comme les plus importants: le baptême et la communion. Ici je me trouvais en présence d'actionsnon seulement totalement incompréhensibles, mais absolument scandaleuses à mes yeux; j'étais amené au dilemme—ou de mentir ou de les rejeter.
Je n'oublierai jamais le sentiment douloureux que j'éprouvai le jour où je communiai pour la première fois depuis bien des années. Les services, la confession, les règlements, tout cela m'était compréhensible et produisait en moi la conscience joyeuse que le sens de la vie s'entr'ouvrait pour moi. J'expliquais même la communion comme une action accomplie en souvenir du Christ et indiquant la purification de tout péché et l'acceptation complète de l'enseignement du Christ. Que cette explication fût artificieuse, je ne le remarquais pas.J'étais si joyeux de m'humilier et de m'abaisser devant mon confesseur, prêtre simple et timide; de dépouiller mon âme de toutes ses impuretés, en me repentant de mes vices; j'étais si heureux de m'exercer d'une façon idéale à l'humilité des pères qui avaient écrit les prières du canon; j'étais si joyeux de l'union avec tous ceux qui croient ou qui avaient cru que je ne sentais nullement l'artifice de mon explication. Mais lorsque je m'approchai des «zarsky vorota»[1]et que le prêtre m'obligea de répéter que je croyais que ce que j'allais avaler était le vrai Corps et le vrai Sang du Christ, quelque chose mefrappa au cœur; c'est peu de dire que je voyais là une note fausse. C'était une exigence cruelle, imposée par quelqu'un qui n'avait évidemment jamais su lui-même ce que c'était que la foi.
J'ose dire maintenant que c'était une exigence cruelle; mais alors je n'y pensai même pas, je ne sentis qu'une inexprimable douleur.
Je ne me trouvais plus dans la même position que dans ma jeunesse, quand je ne voyais que la clarté de la vie; j'étais venu à la foi parce que, en dehors d'elle, je n'avais rien trouvé dans la vie, rien absolument, excepté la ruine; c'est pourquoi aussi il m'était impossible de rejeter cette foi. Et je me soumis. Je trouvais un sentimentdans mon âme, qui m'aida à supporter cela; c'était l'humiliation de moi-même. Je me suis donc humilié, j'ai avalé ce Sang et ce Corps sans aucun sentiment de raillerie, avec le désir de croire. Mais le coup était porté; et, sachant d'avance ce qui m'attendait, je ne pouvais plus une seconde fois me présenter à la communion.
Je continuais à participer aux cérémonies de l'Église comme auparavant, car je croyais toujours que dans cette foi que je suivais était la vérité. Or, il m'arriva quelque chose qui m'est clair maintenant, mais qui alors me paraissait étrange.
J'écoutais la conversation du paysan ignorant, du pèlerin, leur discussion surDieu, sur la foi, sur la vie, sur le salut, et pendant qu'ils parlaient, la connaissance de la foi s'entr'ouvrait pour moi.
Je me rapprochais du peuple, écoutant ses raisonnements sur la vie et la foi, et de plus en plus je comprenais la vérité. La même chose m'arrivait pendant la lecture desTchéti Minei[2]et desPrologues, cela devint ma lecture favorite. Excluant les miracles, les envisageant comme un apologue qui exprime une pensée, cette lecture m'ouvrait le sens de la vie.
Il y avait les vies de Macaire le Grand, de Josaphat le Prince (l'histoire de Bouddha); il y avait encore les paraboles de Jean Chrysostome,celles des voyageurs tombant dans le puits, du moine qui avait trouvé de l'or, de Pierre le Pèlerin, et partout les histoires des martyrs, qui proclamaient tous la même chose—que la mort n'excepte pas la vie; plus loin les histoires des ignorants sauvés, des simples d'esprit et de ceux qui ne savent rien de l'enseignement de l'Église.
Mais je n'avais qu'à me joindre aux sages croyants et à prendre leurs livres, qu'aussitôt quelque doute sur moi-même, quelque mécontentement, quelque discussion irritante s'élevaient en moi; et je sentais que, plus j'approfondissais leurs discours, plus je m'éloignais de la vérité et plus vite j'allais vers l'abîme.
[1]Le grand portail menant au sanctuaire de l'église grecque.
[1]Le grand portail menant au sanctuaire de l'église grecque.
[2]Martyrologes.
[2]Martyrologes.
Combien de fois j'enviais aux paysans leur ignorance et leur simplicité! Dans ces thèses qui ne m'offraient que des non-sens évidents, il n'y avait rien de faux pour eux; ils pouvaient les admettre et croire à leur vérité, à cette vérité à laquelle je croyais aussi.
Seulement à moi, malheureux, il était clair que la vérité était entremêlée des fils les plus fins du mensonge et queje ne pouvais accepter la vérité sous une telle forme.
Ainsi, je vécus trois ans à peu près. D'abord, quand comme un catéchumène je pénétrais peu à peu la vérité, guidé seulement par l'instinct et marchant vers ce qui me paraissait être le plus clair, ce mélange de vrai et de faux ne m'étonnait pas autant. Si je ne comprenais pas quelque chose, je me disais:
—Je suis fautif, je suis mauvais.
Mais plus je me pénétrais de ces vérités que j'apprenais et plus elles me paraissaient la base de la vie; plus pénibles aussi et plus frappantes devinrent pour moi ces arrêts, ces chocs; plus il était difficile pour moi de tracercette démarcation qui se trouve entre ce que je ne comprenais pas, parce que je ne savais pas comprendre, et entre ce qu'on ne pouvait comprendre autrement qu'en se mentant à soi-même.
Malgré ces doutes et ces souffrances je tenais encore à l'orthodoxie. Mais les problèmes de la vie se présentèrent alors tout vivaces à mon esprit, et il fallait les résoudre.
La solution que donne l'Église étant contraire aux bases mêmes de la foi dans laquelle je vivais, je fus obligé de renoncer tout à fait à la possibilité de la communion des idées avec l'orthodoxie.
Ces problèmes étaient: premièrementle rapport de l'Église orthodoxe avec les autres Églises, avec le catholicisme et les autres, que l'orthodoxie appelle schismatiques.
Entre temps l'intérêt que je portais à la foi me rapprochait des croyants de diverses religions: des catholiques, des protestants, des vieux croyants, des molokanes et autres.
Je rencontrais parmi eux beaucoup de gens moralement élevés et véritablement croyants. Je désirais être leur frère. Eh quoi! Cet enseignement orthodoxe qui me promettait de nous unir tous par la foi unique et dans un seul amour, ce même enseignement, par la bouche de ses meilleurs représentants, me déclarait que tous ces autreshommes se trouvaient dans le mensonge, que ce qui leur donnait la force de la vie n'était que la tentation du diable et il n'y avait que nous qui fussions en possession de la seule vérité possible. Et je vis que les orthodoxes comptaient pour hérétiques tous ceux qui ne confessaient pas la foi de la même manière qu'eux.
Il en est de même, du reste, des catholiques qui considèrent l'orthodoxie comme une hérésie.
Je vis aussi que l'orthodoxie se conduisait vis-à-vis de ceux qui ne confessent pas la foi de la même façon qu'elle,—en symboles extérieurs et en paroles,—avec un emportement qu'elle s'efforce de cacher, mais qui n'est quetrop naturel, premièrement, parce que, affirmer que tu es dans le mensonge tandis que je suis dans la vérité, est le mot le plus cruel qu'un homme puisse dire à un autre, et secondement parce que l'homme qui aime ses enfants et ses frères ne peut pas ne pas s'emporter contre les gens qui ne veulent convertir ses enfants et ses frères à une foi erronée. Et cette hostilité augmente à mesure qu'on pénètre plus avant dans la science de la foi.
Et moi, qui croyais voir la vérité dans l'unité de l'amour, je fus frappé de voir que l'enseignement de la foi lui-même détruit ce qu'il aurait dû faire naître.
Ce fait est surtout bien évident pournous autres hommes instruits qui avons vécu dans des pays où l'on confesse tant de religions différentes et qui avons vu cette négation dédaigneuse jointe à cette confiance inébranlable en soi-même, avec laquelle le catholique se comporte vis-à-vis de l'orthodoxe et du protestant, l'orthodoxe vis-à-vis du catholique et du protestant, et le protestant vis-à-vis des deux autres; ces rapports sont encore les mêmes quand il s'agit du vieux croyant pashkonetz, du sheker et de toutes les religions.
On se dit: Il n'est pas possible que, malgré toute leur simplicité, les hommes ne voient pas que, si deux institutions se nient l'une l'autre, c'est qu'il n'y a ni dans l'une, ni dans l'autre, cette véritéunique, qui doit constituer la foi. Il y a donc là quelque chose, quelque explication à trouver; je le croyais, du moins, et je cherchais cette explication.
Je lisais tout ce que je pouvais sur ce sujet et je consultais tous ceux que je pouvais. Mais je ne reçus aucune explication, si ce n'est celle des hussards de Soumma qui croient que le premier régiment du monde est le régiment des hussards de Soumma, tout comme les lanciers jaunes croient que le premier régiment du monde est celui des lanciers jaunes.
Les prêtres des diverses confessions, leurs meilleurs représentants, ne purent me dire qu'une chose, c'est qu'ilscroyaient être dans la vérité, et que les autres étaient dans l'erreur; tout ce qu'ils pouvaient était de prier pour eux.
J'allais chez les archimandrites, chez les archirés, chez les vieillards, chez les ascètes, et je les questionnais; mais aucun d'eux ne se donnait la moindre peine pour m'expliquer cette situation.
Un seul m'expliqua tout, mais d'une telle manière que je ne demandai plus rien à personne.
Je leur parlais de ce qu'à tout incrédule qui s'adresse à la foi (et toute notre jeune génération en est là), cette question se présente la première: pourquoi la vérité n'est-elle pas dans le luthéranisme, dans le catholicisme, mais seulement dans l'orthodoxie?
On lui apprend au gymnase, car il ne peut pas l'ignorer comme le paysan, que le protestant et le catholique affirment de la même manière la vérité unique de leur foi. Les preuves historiques que chacune de ces confessions évoque pour s'attribuer la suprématie, sont insuffisantes. Ne peut-on pas, disais-je plus haut,—comprendre l'enseignement de façon à dégager la doctrine fondamentale des divergences d'opinions, de même que ces divergences disparaissent pour le vrai croyant? Ne peut-on pas aller plus loin dans la voie qui nous a réconciliés avec les vieux croyants? Ils affirmaient que la croix, les alleluias et la façon de marcher autour de l'autel sont autres chez nous.Nous leur avons dit: Vous croyez au symbole de Nicée, aux sept sacrements et nous y croyons aussi. Tenons-nous donc à cela et pour le reste, faites comme vous voudrez. Nous nous sommes réunis à eux parce que nous avons placé ce qu'il y a d'essentiel dans la foi plus haut que tout le reste.
Ne peut-on pas dire de même aux catholiques: nous croyons comme vous à ceci et à cela, au principal; quant au «Filioque» et au pape, faites comme vous voudrez. Ne peut-on donc plus s'adresser de même aux protestants?
Mon interlocuteur fut d'accord avec moi quant au fond; mais il ajouta que de telles concessions donneraient lieu à des reproches envers l'autorité ecclésiastiquequ'on ne manquerait pas d'accuser de s'écarter de la religion de ses ancêtres, qu'il y aurait schisme, tandis que le devoir de l'autorité ecclésiastique était de conserver dans toute sa pureté la religion orthodoxe gréco-russe, qui lui a été transmise par ses ancêtres.
Et je compris tout. Je cherche la foi, la force de la vie, et eux, ils cherchent le meilleur moyen d'accomplir devant les hommes certaines obligations humaines. Ces actions humaines, ils les accomplissent avec toutes les faiblesses de leur nature humaine. Ils ont beau parler de leur pitié pour les frères égarés, des prières qu'ils adressent pour eux au trône du Tout-Puissant,—il faut toujours user de violence pour accomplirdes actions humaines et dans ces conjonctures la violence a toujours été, est encore et sera toujours appliquée. Si deux religions se croient dans le vrai et se tiennent réciproquement pour fausses, ils voudront attirer leurs frères vers la vérité en prêchant leur doctrine. Et, si la doctrine fausse est prêchée aux fils inexpérimentés de l'Église qui se croit dans la vérité, alors, cette Église ne peut pas ne pas éloigner l'homme qui tente ses fils.
Que faut-il donc faire de ce sectateur qui, d'après l'opinion de l'orthodoxie, se consume dans une foi erronée, et qui dans ce qu'il y a de plus grave dans la vie—dans la religion—tente les fils de l'Église? Que faire, de lui, si ce n'estlui couper la tête ou l'enfermer?
Pendant le règne d'Alexis Mikhailowitch on brûlait ces hommes sur des bûchers, c'est-à-dire on leur appliquait le plus grand châtiment de cette époque. De nos jours on leur applique aussi la mesure la plus sévère—on les enferme, on les châtie par la prison cellulaire. Et je portai mon attention sur ce qui se fait au nom de la religion; je demeurai terrifié, et renonçai presque tout à fait à l'orthodoxie.
Le second rapport qu'on doit établir entre l'Église et les questions de la vie c'est le rapport qu'il y a entre elle et la guerre ou les exécutions.
A cette époque précisément, la Russie était impliquée dans une guerre.
Et voilà que les Russes, au nom de l'amour chrétien, se mirent à tuer leurs frères.
Il était impossible de ne pas penser à cela.
Ne pas voir que le meurtre est un mal contraire aux bases premières de toute religion, était impossible.
Et, en même temps, on priait dans les églises pour le succès de nos armes, et les docteurs de la religion reconnaissaient ce meurtre comme une affaire connexe à la religion. Non seulement pendant que se commettaient ces meurtres au nom de la guerre, mais encore pendant les émeutes qui la suivirent, je vis des dignitaires de l'Église, des professeurs de théologie, des moines,des ascètes, qui approuvaient l'exécution de ces jeunes gens égarés et délaissés.
Et je portai mon attention sur tout ce qui se faisait par ces gens qui pratiquaient le christianisme, et je fus terrifié.
Je cessai de douter, et je fus complètement convaincu que dans la doctrine de cette foi à laquelle je m'étais rallié, tout n'était pas vérité.
Auparavant j'aurais dit que tout l'enseignement était faux, mais maintenant je ne le pouvais plus.
Tout le peuple avait la connaissance de la vérité, c'était indubitable, puisque autrement il n'aurait pas pu vivre. Enoutre, cette connaissance de la vérité m'était dorénavant accessible, j'en vivais déjà et j'en sentais toute la vérité; mais dans ce savoir il y avait aussi du mensonge. Et je n'en pouvais douter. Tout ce qui m'avait repoussé autrefois se présentait maintenant vivement devant moi. Bien que je visse que dans le peuple tout entier il y avait moins de cet alliage trompeur que dans les doctrines des représentants de l'Église, je voyais néanmoins qu'aux croyances du peuple le mensonge était aussi mêlé.
Mais d'où venait le mensonge et d'où venait la vérité? Le mensonge ainsi que la vérité sont transmis par ce qu'on appelle l'Église. Le mensonge ainsi que la vérité sont contenus dans la tradition,dans celle qu'on nomme la sainte tradition, et dans l'Ecriture.
Et malgré moi je fus amené à l'étude, à l'investigation de cette Ecriture, à l'investigation dont j'avais eu grand'peur jusqu'à présent. Et je m'adressai à l'étude de cette même théologie, que j'avais rejetée une fois avec tant de mépris comme vaine. Alors elle me paraissait être une série de non-sens inutiles; alors, j'étais entouré de tous côtés par les phénomènes de la vie, qui me paraissaient clairs et pleins de sens; tandis que maintenant je serais content de rejeter ce qui n'entre pas dans ma tête robuste; mais je ne sais où aller.
C'est à cette doctrine que se rattache et qu'est indissolublement lié ce seulsavoir de la vie qui me fût ouvert. Malgré toute la singularité dont se frappe à ces mots mon esprit vieux et ferme, c'est le seul espoir d'être sauvé.
Il faut l'examiner avec précaution et attention pour le comprendre même moins bien que je ne comprenais les thèses de la science. Je ne cherche pas à comprendre aussi parfaitement et je ne puis le chercher, sachant la bizarrerie du savoir de la religion.
Je ne chercherai pas l'explication de toutes choses; je sais que l'explication du tout, ainsi que le commencement du tout, doit se cacher dans l'infini.
Mais je veux comprendre de telle sorte que je sois amené à ce qui est absolument inexprimable; je veux quetout ce qui est inexprimable le demeure, non pas parce que les exigences de mon esprit ne sont pas justifiées (elles sont justifiées et je ne puis rien comprendre en dehors d'elles), mais parce que je vois les limites de mon esprit.
Je veux comprendre de façon que chaque thèse inexplicable se présente à moi comme une nécessité absolue de ma raison même, et non pas comme une obligation de croire.
Que la vérité soit dans la doctrine, je n'en doute point; mais il est indubitable aussi qu'il y a du mensonge, et je dois trouver le vrai et le faux et séparer l'un de l'autre.
Et voilà la tâche que j'entreprends.
Ce que j'ai trouvé de faux dans cettedoctrine, ce que j'y ai trouvé de vrai et à quels résultats je suis arrivé, voilà ce que diront les autres parties de cet ouvrage, qui sera imprimé probablement par celui qui le croira nécessaire et qui jugera que l'ouvrage en vaut la peine.
1879.
Les pages précédentes ont été écrites par moi il y a trois ans.
Je revois maintenant cette partie imprimée et je reviens aujourd'hui au chemin que ma pensée a alors parcouru et à ces sentiments qui s'agitaient alors en moi si douloureusement.
Dans ces derniers temps j'eus un rêve.
Ce rêve m'exprima dans une image brève tout ce que j'ai ressenti etdécrit; c'est pourquoi je pense que cette description rafraîchira la mémoire de ceux qui m'ont compris, éclaircira et réunira en un tout ce que ces pages racontent d'une manière si longue.
Voici ce rêve:
«Je suis couché sur un lit, je ne m'y sens ni bien ni mal; je suis couché sur le dos. Mais je commence à me demander si je suis bien couché; et voilà que quelque chose me paraît incommode aux pieds: ou ma couche est trop courte, ou elle est inégale, je ne saurais le dire; mais ce n'est pas bien; je remue les pieds.
En même temps je commence à examiner sur quoi je suis couché, cequi ne m'était jamais venu à l'esprit jusqu'alors.
En examinant mon lit, je vois que je suis couché sur des lisières en fines cordes tressées, qui sont assujetties aux côtés du lit. La plante de mes pieds pose sur une de ces lisières; les jambes sur une autre; et je sens qu'aux pieds il y a quelque chose d'incommode.
Je sais qu'on peut remuer ces lisières. Par un mouvement des pieds, je repousse la dernière lisière et il me semble que je vais être mieux ainsi. Mais je l'ai repoussée trop loin, je veux la ressaisir avec les pieds; mais ce mouvement fait glisser de dessous mes pieds l'autre lisière et voilà que mes pieds restent suspendus.
Je fais un mouvement de tout mon corps pour en venir à bout, persuadé que je m'arrangerai tout de suite; mais ce mouvement fait glisser et s'entremêler sous moi encore d'autres lisières, et je vois que l'affaire va de mal en pis, que mes membres inférieurs descendent et restent penchés, tandis que les pieds n'arrivent pas jusqu'à terre.
Je me soutiens par le haut du dos seulement et, outre son incommodité, cette position me devient pénible, Dieu sait pourquoi. Ce n'est qu'ici que je me demande ce qui avant ne m'était même pas venu à la tête. Je me demande: où suis-je, et sur quoi suis-je couché? Et je commence à me retourner; avant tout je regarde en bas, là où estpenché mon corps et où je sens que je dois tomber tout de suite; je regarde en bas et je ne puis en croire mes propres yeux. Ce n'est pas que je sois sur une hauteur pareille à la plus haute tour ou à la plus haute montagne du monde, mais je suis sur une hauteur comme je n'aurais jamais pu me l'imaginer.
Je ne puis même pas me rendre compte si véritablement je vois quelque chose en bas dans ce précipice sans fond sur lequel je suis suspendu et qui m'attire. Mon cœur se serre et la terreur m'envahit. C'est affreux de regarder en bas.
Je sens que si je regardais, je glisserais tout de suite de la dernière lisière et je périrais.
Je ne regarde pas.
Mais ne pas regarder est pire encore, puisque je pense à ce qui m'arrivera tout à l'heure quand j'aurai été arraché de la dernière lisière.
Et je sens que par suite de ma terreur je perds mon dernier appui et que je glisse lentement sur le dos toujours plus bas et plus bas.
Encore un moment et je serai précipité.
Et voilà qu'il me vient l'idée que cela ne peut pas être vrai.
C'est un rêve. Réveille-toi.
J'essaye de me réveiller et je ne le puis pas.
—Que faire, que faire? me demandai-je en jetant un coup d'oeil en haut.
Là-haut, c'est aussi l'abîme.
Je regarde cet abîme céleste et je m'efforce d'oublier l'abîme d'en bas; et vraiment je l'oublie. L'infini d'en bas me repousse et me terrifie; l'infini d'en haut m'attire et m'affermit.
Je suis suspendu au-dessus de l'abîme sur la dernière lisière qui n'ait pas encore glissé; je sens que je suis suspendu, mais en regardant en haut mon effroi disparaît.
Comme il arrive souvent dans les rêves, une voix me dit:
—Fais attention! le voici!
Et je regarde toujours, pendant bien, bien longtemps, l'infini céleste et je sens qu'en me calmant je commence à me rappeler tout ce qui a été, et jeme souviens comment tout est arrivé: comment j'ai remué des pieds, comment je fus suspendu, comment je fus terrifié et comment je me suis sauvé de l'effroi parce que j'ai regardé en haut. Je me demande:
—Eh bien! Maintenant est-ce toujours la même chose? Ce n'est pas que je me retourne, mais je sens de tout mon corps ce point d'appui sur lequel je me tiens. Et voilà que je commence à voir, que je ne suis déjà plus suspendu et que je ne tombe pas, mais que je me tiens fermement.
Je me demande comment je me tiens, je tâtonne, je me retourne et je vois que sous moi, juste au milieu, se trouve une lisière et que, tout en regardanten haut, je suis couché sur elle dans l'équilibre le plus stable et que ce n'est qu'elle seule qui me tient.
Et, comme cela arrive dans le sommeil, tout le mécanisme, à l'aide duquel je me tiens, se représente à moi très naturellement, compréhensiblement et indubitablement, bien qu'en réalité ce mécanisme n'ait pas le moindre sens.
Je m'étonne même, tout en dormant, que je n'aie pas compris avant que, sur ma tête, il y avait une tour dont la solidité est incontestable, quoique cette tour n'ait pas de base. Puis de la tour une corde est tendue, Dieu sait comment, mais en tout cas d'une manière très ingénieuse et fort simple en mêmetemps. Si l'on est couché sur cette corde par le milieu du corps, et si l'on regarde en haut, il ne paraît même pas qu'il puisse être question d'une chute.
Tout cela m'apparaît clairement et je suis content et tranquille.
Puis quelqu'un me dit:
—Prends garde; rappelle-toi.
Et je me réveillai.
1882.
TABLEPRÉFACEI.—Croyances de jeunesse.—Scepticisme précoce.—L'athéisme au gymnase.—Mysticisme de Dimitri Tolstoï.—Comment on cesse de croire.—L'orthodoxie n'est point un garant de la vertu.—Histoire de S.—La foi dans le perfectionnementII.—Les passions de la jeunesse.—L'auteur commence à écrire.—Théories du milieu artiste sur la vie.—La vocation des artistes, êtres prépondérants, est d'instruire les hommes.—L'auteur se refuse à admettre cette foi.—Le vrai désir de ses apôtres est de recevoir le plus d'argent et de louanges possibleIII.—L'auteur voyage.—Sa foi dans le perfectionnement grandit au contact de la civilisation européenne.—Fragilité de cette confiance prouvée par la vue d'une exécution capitale à Paris.—Mort du frère de l'auteur.—L'auteur organise des écoles paysannes.—Nouveaux voyages à l'étranger.—Arbitrage, enseignement et journalisme.—Maladie morale.—Départ pour le désert.—Mariage.—Influence de la vie de famille.—L'auteur continue à écrire.—Crise.—La vie n'a plus de joies si on en ignore le pourquoi.—Moralement l'auteur ne peut plus vivreIV.—La vie est un non-sens.—Idée du suicide.—Le bonheur de l'auteur est cependant complet, sa santé parfaite.—La vie est une méchante plaisanterie jouée parquelqu'un.—Il n'y a rien, il n'y a rien eu, il n'y aura jamais rien dans la vie.—Fable orientale.—Impossibilité de ne pas penser.—Terreurde l'obscurité: la mort immédiate vaut mieuxV.—Recherches du secret de la vie.—Les sciences exactes.—Les sciences théoriques.—Arrêt du développement.—Les sciences ignorent la question de la vie.—A la recherche d'une théorie.—Néant de la philosophieVI.—L'homme égaré.—Quel est le sens de la vie?—Socrate.—Schopenhauer.—Salomon.—Bouddha.—L'Ecclésiaste et Çakia-Monni.—La mort vaut mieux que la vie dont il faut se défaireVII.—Les quatre issues: L'ignorance.—L'épicuréisme.—La force.—La faiblesse.—Ne pas comprendre que la vie est un non-sens.—Profiter de la vie telle qu'elle est sans penser à l'avenir.—Comprenant que la vie est un mal, se tuer.—Savoir que la vie est un mal et vivre malgré cela.—L'auteur se demande s'il y a encore quelque chose qu'il ne sait pas ouquelque erreur dans son raisonnementVIII.—Où est l'erreur?—L'auteur n'avait considéré que la vie factice des hommes de sa société.—Il croyait que la vie des masses n'était qu'une circonstance sans importance.—Les masses, loin de ne pas comprendre la question de la vie, la posent et la résolvent avec une clarté étonnante.—Mais leur réponse est basée sur une foi que n'a plus l'auteur.—Dilemme terribleIX.—L'erreur de l'auteur. Il a toujours répondu non à la question de la vie, mais à la question de sa vie. C'est la foi qui donne la possibilité de vivre.—Sans foi on ne peut pas vivre.—Dans les réponses fournies par la foi il y a une profonde sagesse humaineX.—L'auteur étudie les religions.—Il fréquente les croyants et les théologiens.—L'auteur est effrayé de se sentir retourner au désespoir.—Lavie d'aucun de ces hommes ne correspond à leurs principes.—La foi de ces gens n'est pas celle qu'il cherche.—Il se rapproche des croyants du peuple et des sectaires.—Ici il trouve une vraie foi.—L'auteur comprend qu'ils ont le sens de la vieXI.—Tout s'éclaire.—Les hommes sont des fous.—Qu'a fait l'auteur pendant trente ans?—Pour comprendre la volonté du Régulateur de l'univers, il faut l'exécuter.—Les savants et les simplesXII.—Il faut vivre non pas de la vie du parasite, mais de la vie véritable.—La recherche de Dieu.—Si Dieu, cause de toutes les causes, existe, on peut vivre.—Le problème demeure insoluble.—L'oiseau tombé du nid.—Il estcependant.—Aspirations à la vie.—Désespoirs.—La Barque.—Dieu, c'est le rivageXIII.—La vie du monde est une parodie de la vie.—Pour comprendre la vie,il faut s'adresser à ceux qui la produisent et lui donnent un sens.—L'auteur accepte tous les rites liés à la foi.—Les raisons de sa conduite.—Raisonnements des théologiens russes.—Les réticences de la foi de l'auteurXIV.—Le rituel incompris.—Ce que l'auteur rejetait de sa foi.—Les idées religieuses du peuple.—Lectures des Vies des Saints et des MartyrologuesXV.—L'auteur envie la simplicité des croyants du peuple.—L'orthodoxie.—Nouveaux problèmes.—L'Église orthodoxe et les autres Églises.—Les hommes des diverses fois se traitent mutuellement d'hérétiques.—L'auteur essaie de concilier les diverses communions chrétiennes.—Réponse d'un prêtre russe.—L'auteur renonce à l'orthodoxie.—L'Église orthodoxe et la guerreXVI.—Il y a du mensonge dans la foi.—L'auteurétudie les Écritures.—Le fruit de ses études formera un livre:Ma ReligionCONCLUSION
TABLE
PRÉFACE
I.—Croyances de jeunesse.—Scepticisme précoce.—L'athéisme au gymnase.—Mysticisme de Dimitri Tolstoï.—Comment on cesse de croire.—L'orthodoxie n'est point un garant de la vertu.—Histoire de S.—La foi dans le perfectionnement
II.—Les passions de la jeunesse.—L'auteur commence à écrire.—Théories du milieu artiste sur la vie.—La vocation des artistes, êtres prépondérants, est d'instruire les hommes.—L'auteur se refuse à admettre cette foi.—Le vrai désir de ses apôtres est de recevoir le plus d'argent et de louanges possible
III.—L'auteur voyage.—Sa foi dans le perfectionnement grandit au contact de la civilisation européenne.—Fragilité de cette confiance prouvée par la vue d'une exécution capitale à Paris.—Mort du frère de l'auteur.—L'auteur organise des écoles paysannes.—Nouveaux voyages à l'étranger.—Arbitrage, enseignement et journalisme.—Maladie morale.—Départ pour le désert.—Mariage.—Influence de la vie de famille.—L'auteur continue à écrire.—Crise.—La vie n'a plus de joies si on en ignore le pourquoi.—Moralement l'auteur ne peut plus vivre
IV.—La vie est un non-sens.—Idée du suicide.—Le bonheur de l'auteur est cependant complet, sa santé parfaite.—La vie est une méchante plaisanterie jouée parquelqu'un.—Il n'y a rien, il n'y a rien eu, il n'y aura jamais rien dans la vie.—Fable orientale.—Impossibilité de ne pas penser.—Terreurde l'obscurité: la mort immédiate vaut mieux
V.—Recherches du secret de la vie.—Les sciences exactes.—Les sciences théoriques.—Arrêt du développement.—Les sciences ignorent la question de la vie.—A la recherche d'une théorie.—Néant de la philosophie
VI.—L'homme égaré.—Quel est le sens de la vie?—Socrate.—Schopenhauer.—Salomon.—Bouddha.—L'Ecclésiaste et Çakia-Monni.—La mort vaut mieux que la vie dont il faut se défaire
VII.—Les quatre issues: L'ignorance.—L'épicuréisme.—La force.—La faiblesse.—Ne pas comprendre que la vie est un non-sens.—Profiter de la vie telle qu'elle est sans penser à l'avenir.—Comprenant que la vie est un mal, se tuer.—Savoir que la vie est un mal et vivre malgré cela.—L'auteur se demande s'il y a encore quelque chose qu'il ne sait pas ouquelque erreur dans son raisonnement
VIII.—Où est l'erreur?—L'auteur n'avait considéré que la vie factice des hommes de sa société.—Il croyait que la vie des masses n'était qu'une circonstance sans importance.—Les masses, loin de ne pas comprendre la question de la vie, la posent et la résolvent avec une clarté étonnante.—Mais leur réponse est basée sur une foi que n'a plus l'auteur.—Dilemme terrible
IX.—L'erreur de l'auteur. Il a toujours répondu non à la question de la vie, mais à la question de sa vie. C'est la foi qui donne la possibilité de vivre.—Sans foi on ne peut pas vivre.—Dans les réponses fournies par la foi il y a une profonde sagesse humaine
X.—L'auteur étudie les religions.—Il fréquente les croyants et les théologiens.—L'auteur est effrayé de se sentir retourner au désespoir.—Lavie d'aucun de ces hommes ne correspond à leurs principes.—La foi de ces gens n'est pas celle qu'il cherche.—Il se rapproche des croyants du peuple et des sectaires.—Ici il trouve une vraie foi.—L'auteur comprend qu'ils ont le sens de la vie
XI.—Tout s'éclaire.—Les hommes sont des fous.—Qu'a fait l'auteur pendant trente ans?—Pour comprendre la volonté du Régulateur de l'univers, il faut l'exécuter.—Les savants et les simples
XII.—Il faut vivre non pas de la vie du parasite, mais de la vie véritable.—La recherche de Dieu.—Si Dieu, cause de toutes les causes, existe, on peut vivre.—Le problème demeure insoluble.—L'oiseau tombé du nid.—Il estcependant.—Aspirations à la vie.—Désespoirs.—La Barque.—Dieu, c'est le rivage
XIII.—La vie du monde est une parodie de la vie.—Pour comprendre la vie,il faut s'adresser à ceux qui la produisent et lui donnent un sens.—L'auteur accepte tous les rites liés à la foi.—Les raisons de sa conduite.—Raisonnements des théologiens russes.—Les réticences de la foi de l'auteur
XIV.—Le rituel incompris.—Ce que l'auteur rejetait de sa foi.—Les idées religieuses du peuple.—Lectures des Vies des Saints et des Martyrologues
XV.—L'auteur envie la simplicité des croyants du peuple.—L'orthodoxie.—Nouveaux problèmes.—L'Église orthodoxe et les autres Églises.—Les hommes des diverses fois se traitent mutuellement d'hérétiques.—L'auteur essaie de concilier les diverses communions chrétiennes.—Réponse d'un prêtre russe.—L'auteur renonce à l'orthodoxie.—L'Église orthodoxe et la guerre
XVI.—Il y a du mensonge dans la foi.—L'auteurétudie les Écritures.—Le fruit de ses études formera un livre:Ma Religion
CONCLUSION