«Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.»
«Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.»
C'était bien le type du gastronome le plus accompli, le plus parfait de tous points. Ruiné par les évènements politiques, après avoir eu une immense fortune, il lui restait à peine cette médiocrité dont parle Horace; elle lui suffisait cependant pour vivre avec dignité et recevoir quelques amis.
Il donnait un dîner toutes les semaines et faisait lui-même son marché. Ce jour-là, il était à la halle dès quatre heures du matin.
Ses dîners duraient trois heures. Jamais plus de onze convives, jamais moins de cinq. Puis sept, puis neuf. Pourquoi ces nombres impairs? Était-ce pour se conformer au vieil adage romain:Numero Deus impare gaudet? On ne sait pas. M. de Cussy a emporté son secret dans la tombe.
Voici quelques-uns de ses aphorismes:
«Ne réunissez à dîner que les gens qui s'affilient en morale et en pensées;
«Mangez avec mesure, buvez à petits traits;
«Ne faites rien de trop pour votre estomac, ou il vous abandonnera, car il est ingrat;
«En hiver, votre salle à manger sera chaude; treize degrés; baignez-là de lumière.»
C'était un aimable et gai causeur, aimant assez la controverse. Il s'attaquait volontiers à Brillat-Savarin; il le considérait comme un gros mangeur et ne lui reconnaissait pas les qualités qui constituent le gastronome fin et délicat. L'entendant, un jour, demander deux douzaines d'huîtres par couvert, détachées et placées d'avance:
«Professeur, lui dit-il, vous n'y songez pas; des huîtres ouvertes et détachées! Je ne vous excuse que parce que vous êtes né dans le département de l'Ain!»
Brillat-Savarin soutenait qu'une salle à manger devait être ornée de glaces. M. de Cussy résistait, parce que «ce n'est qu'à jeun qu'on doit s'étudier dans son miroir».
Le professeur conseillait la musique pendant le dîner; M. de Cussy l'admettait, mais à la condition que les instruments à vent y domineraient.
Aussi passionné pour la musique que pour la bonne chère, il passa trois heures, la veille de sa mort, à répéter avec sa fille des scènes entières d'opéras, et le jour même où il expira, il avait mangé et digéré un perdreau rouge en entier.
C'était mourir au champ d'honneur!
C'est le dîner d'autrefois, le dîner du vieux temps, lorsqu'il existait une haute bourgeoisie, composée de l'élite des citoyens voués aux professions libérales, qu'ils honoraient de leur mérite et de leurs vertus. Bien habile qui pourrait dire aujourd'hui où commence et où finit ce que l'on nomme la bourgeoisie.
Il était d'usage, dans cette ancienne bourgeoisie, de donner tous les ans un ou plusieurs dîners qu'on appelaitde cérémonie. Cela se pratique toujours en province, de même que dans certaines familles parisiennes, pour qui ces dîners sont une obligation d'état, de position de fortune.
Le nombre des convives varie de dix à dix-huit au maximum, en ayant soin de ne s'arrêter jamais au chiffre redouté detreize, qui n'est cependant à craindre, comme le remarque Grimod de la Reynière, qu'autant qu'il n'y aurait à manger que pour douze.
C'est à un dîner de cérémonie que vous êtes invité.
La tenue de rigueur est: l'habit noir, la cravate blanche, les gants blancs ou paille.
Déjà quelques personnes sont réunies, à votre entrée dans le salon. Vous faites les salutations d'usage et vous restez debout, en causant avec vos voisins, jusqu'au moment où le maître d'hôtel ou le domestique qui en tient lieu, ouvre les deux battants de la porte et prononce les mots sacramentels:
«Madame est servie!»
Le maître de la maison offre alors le bras à la femme qui, en raison de son âge ou de sa position sociale, a droit à cette marque de respect ou de déférence. Il passe le premier.
La maîtresse de la maison donne le bras à l'homme le plus âgé ou le plus considérable. Elle vient en second.
Les invités prennent la file, en se conformant aux règles prescrites par l'étiquette.
C'est le bras droit que le cavalier doit toujours offrir.
Au passage d'une porte, il s'avancera en s'effaçant un peu à gauche, afin de laisser plus d'espace à sa dame, et de ne point amener de rencontre fâcheuse avec la traîne ou les garnitures de la robe.
Arrivés tous deux dans la salle à manger, il saluera sa compagne qui répondra par une légère inclination.
Ils attendront qu'on leur désigne leurs places, à moins que celles-ci ne soient indiquées par des cartes posées sur les serviettes.
Le cavalier ne s'assiéra que lorsque ses voisines de droite et de gauche se seront parfaitement installées—toujours en vertu de cette extrême attention que commandent l'agencement et les ondulations coquettes des robes.
Le maître et la maîtresse de la maison occupent le milieu de la table, en face l'un de l'autre. Les places d'honneur sont à leur droite d'abord, puis à la gauche. Les convives se rangent à la suite, de chaque côté, en observant toujours les prescriptions des diverses hiérarchies sociales.
C'est un très grand art de savoir placer son monde, que de bien assortir les âges, les positions et les sympathies, de manière à ne froisser personne, à ne blesser aucun amour-propre.
Nous avons entendu un maître dans la science du savoir-vivre,—Magister elegantiarum—critiquer cette façon de numéroter les convives, de les mesurer à la toise hiérarchique.
A son avis, tous les invités étant gens d'éducation, devraient être traités sur le pied d'égalité. Il n'admettait de préséance que pour les ministres de Dieu et les vieillards des deux sexes. Cette préséance de l'habit ecclésiastique est du reste consacrée par l'usage. Quand il se trouve un prêtre parmi les assistants, c'est à lui que revient de droit la première place d'honneur à côté de la maîtresse de la maison, de même qu'elle appartient de droit aussi, dans le corps diplomatique, au Nonce du Pape.
Vous voilà donc parfaitement installé.
Vous vous êtes incliné à droite et à gauche, en échangeant quelques paroles banales. N'oubliez pas que votre position de cavalier servant vous oblige à rendre à la personne que vous avez accompagnée tous les petits services possibles. Vous lui verserez à boire, si les vins sont sur la table; vous veillerez attentivement à ce que rien ne lui manque. Soyez aimable et prévenant, mais sans familiarité. Pesez bien vos paroles, et, pour plus de sûreté, renfermez-vous dans les généralités.
Si le maître de la maison offre lui-même d'un plat, ou la maîtresse de la maison d'une pâtisserie, d'une friandise quelconque confectionnée par elle, on est tenu de faire honneur à cette attention toute gracieuse.
Quand la conversation devient générale, si vous tenez à y prendre part, faites-le en homme de bon ton. N'interrompez pas, et surtout n'interpellez jamais personne d'un bout de la table à l'autre.
Assez ordinairement l'amphitryon a eu soin d'inviter un de ces beaux esprits, joyeux conteurs, qui ont toujours quelque nouvelle et merveilleuse histoire. Méry s'était fait une réputation hors ligne en ce genre. Nous nous rappelons qu'à une certaine époque un grand nombre de lettres d'invitation à dîner se terminaient invariablement par cette formule alléchante: «Nous aurons Méry.»
Le procédé était des plus cavaliers, mais à qui la faute?
Méry se vantait de devoir à Dieu et au Diable: c'étaient les seuls peut-être qu'il n'eût pas fait contribuer. Par ses emprunts réitérés, il s'était mis à la discrétion de ses créanciers, et ceux-ci étaient excusables, et même à tout prendre, très louables, de consentir à se rembourser enracontars. Est-il beaucoup de gens aujourd'hui qui se contenteraient d'une pareille monnaie?
Il lui arriva un jour d'emprunter contre signature une somme, relativement assez forte, à un banquier qui fut depuis député de l'arrondissement de Saint-Denis. Bien entendu qu'à l'échéance le susdit billet revint sans être payé. C'était une habitude à laquelle Méry ne dérogeait guère; mais il eut le tort de ne point reparaître chez son créancier. Celui-ci donna ordre à son huissier de poursuivre à outrance: si bien que, de petit papier en petit papier, le débiteur un beau matin fut appréhendé au corps et conduit... à la prison pour dettes?—Non pas! Mais bellement chez son créancier.
—Monsieur, fit celui-ci d'un air courroucé, vous êtes mon prisonnier de par la loi; cependant, en faveur de nos anciennes relations, je veux bien vous laisser libre sur parole, à la condition expresse que vous comparaîtrez à ma table, toutes les fois que vous en serez requis, et ce—jusqu'au jour où vous m'aurez remboursé intégralement—capital et intérêt.
—Accepté! répliqua Méry. Au fait, vous me devez les aliments.
A peu près à la même époque, Dumas père, ayant appris que, dans une maison où il n'allait que fort rarement, l'on s'était servi de son nom, au bas des invitations, imagina cette vengeance spirituelle de n'ouvrir la bouche que pour manger. A toutes les questions qu'on lui adressait, il répondait par des oui, des non, ou quelques mots des plus laconiques.
Vivement contrarié de ce mutisme auquel il ne s'attendait pas, l'amphitryon prit le parti d'interpeller directement son hôte.
—Monsieur Dumas, lui dit-il, est-ce que vous n'allez pas nous raconter quelque chose?
—Très volontiers, cher Monsieur, mais à la condition que chacun y mettra du sien et servira un plat de son métier. Mon voisin, par exemple, qui est capitaine d'artillerie, tirera d'abord un coup de canon, et aussitôt je commencerai une histoire.
Revenons à notre dîner. Une gaieté expansive circule avec les vins de dessert; la joie rayonne sur tous les visages.
Aujourd'hui, l'on ne porte plus guère de toasts que dans les banquets politiques. Pourtant si l'amphitryon offrait une santé, tous les convives s'inclineraient pour saluer la personne à qui elle est adressée, et videraient entièrement leurs verres.
Mais voici que le signal de quitter la table est donné. Chacun se lève en déposant sa serviette sur son assiette, et offre le bras à sa voisine de droite. Le retour au salon s'effectue de la même manière que pour la sortie, à cette différence près que la maîtresse de maison laisse passer tout le monde devant elle. Son mari ouvre la marche comme avant le dîner. Les convives le suivent, et chacun d'eux ramène à sa place la dame qu'il a conduite à table.
Un instant après, on apporte le café: c'est la maîtresse de la maison qui en fait les honneurs. Ne versez pas votre café dans votre soucoupe; laissez votre cuiller dans la tasse.
Etes-vous du nombre de ceux qui ne peuvent se priver du cigare ou de la cigarette après avoir mangé? Suivez le maître de la maison au fumoir, et rentrez au salon le plus tôt possible. La politesse exige que vous contribuiez pour votre part à l'agrément du reste de la soirée.
Si la maîtresse de la maison parle de faire un peu de musique, les amateurs s'empresseront de déférer à son désir. C'est à elle à ne point abuser de leur complaisance. On n'a pas oublié la piquante réponse de Chopin à son amphitryon qui se croyait en quelque sorte en droit de tenir le grand artiste au piano pendant toute la soirée.
—Ah! Monsieur, dit Chopin, après avoir joué une mazurka, j'ai si peu mangé!
Il faut pourvoir à tout, quand on s'est chargé, comme le dit Brillat-Savarin, du bonheur de ses invités durant cinq ou six heures. En conséquence, des tables de jeu ont été dressées dans un petit salon, pour les personnes dont c'est la passion favorite, et même l'unique amusement, de remuer les cartes.
Le maître ou la maîtresse de la maison engageront les parties entre les amateurs qui ne se mettront au jeu qu'après en avoir été priés.
Les dames choisissent leurs places; les hommes attendent pour s'asseoir qu'elles aient fait ce choix. Il est d'usage que la personne qui distribue les cartes pour la première fois, s'incline et que chacun lui rende son salut avant de relever son jeu.
Les jeunes gens doivent s'abstenir de jouer. Une jeune femme ne paraîtra à une table de jeu, qu'autant que sa présence sera nécessaire pour remplir une place vacante.
Pendant que chacun est à ses plaisirs, on a servi le thé dont la maîtresse de la maison a fait les honneurs comme pour le café.
La soirée s'avance, et déjà quelques personnes se sont levées, bien que la maîtresse de la maison ait cherché à les retenir. Il est l'heure, plus que l'heure de se retirer.
Vous prenez alors congé de vos hôtes auxquels vous devez une visite dans les huit jours.
N'oubliez pas, au cours de cette visite, de faire l'éloge du dîner et des convives. Appuyez surtout sur la gracieuse hospitalité du maître, et de la maîtresse de la maison.
Les déjeuners ditsà la fourchettesont peu usités à Paris, en raison de l'heure qu'il faudrait leur consacrer, et qui est due forcément aux affaires. Il n'en est pas de même en province, où l'on a beaucoup plus de temps à soi.
Là, lesdéjeuners-dînatoiressont en grand honneur. L'on se met à table à midi et l'on y reste jusqu'à trois ou quatre heures. La bonne chère fait les délices de ces repas; l'on y mange une cuisine excellente confectionnée par un véritable cordon bleu, des sauces qui ne sont point frelatées, des viandes qui sont rôties à la broche et n'ont rien à démêler avec cet ignoblefour,—sans contredit la plus désastreuse conquête de la civilisation moderne.
Ajoutez à cela qu'en province il n'est pas de propriétaire, de rentier un peu riche, qui n'ait un caveau réservé, avec ses vins bien rangés et étiquetés par récolte: toutes choses fort rares à Paris et qui tendent à le devenir davantage chaque jour.
A bien dire, les déjeuners priés à Paris sont des déjeuners d'affaires, entre hommes. Aussi est-il reçu qu'après le dessert les dames quittent la table pour laisser ces messieurs à leurs conversations sérieuses et à leurs cigares.
Les hommes y assistent en redingote noire, cravate item;
Les femmes en toilettes mixtes, outoilettes d'intérieur.
Le tabac, soit qu'on le prenne en poudre ou qu'on l'aspire en fumée, occupe une si large place dans nos habitudes, il y a opéré un changement si considérable, si funeste à l'existence même de la bonne compagnie, qu'il nous est impossible de n'en pas dire quelques mots.
Le tabac en poudre, malgré Aristote et sa docte cabale, est resté divin pour les priseurs. Il est à remarquer toutefois que sa consommation tend à diminuer, tandis que celle du tabac à fumer va sans cesse en progressant.
Cela tient à ce que la clientèle des priseurs qui se compose en très grande majorité de vieillards des deux sexes, est loin de se recruter en proportion des vides qu'elle éprouve.
Depuis que la tabatière a cessé d'être un objet de luxe et d'ostentation, depuis qu'elle n'est plus à la mode, la fameusepoudre à la reinea été frappée de discrédit. Elle a perdu cent pour cent dans l'estime des nez à priser, ou, pour éviter un mauvais jeu de mot, des nez qui prisent.
Le tabac à fumer a vu, au contraire, s'accroître son empire; chaque jour il fait de nouvelles conquêtes. C'est qu'aussi il flatte et caresse bien mieux les appétences de l'homme, chez qui tout est fumée: fumée de la gloire, fumée des richesses, fumée des honneurs, etc., etc. Chacun poursuit ici-bas sa fumée avec la même ardeur que ce pauvre Ixion poursuivait sa nue.
On fume partout—au dehors et au dedans, dans la rue comme chez soi, à la ville et aux champs. C'est une épidémie qui prend les générations presque au sortir du berceau, et s'étend sur elles comme une plaie incurable.
En vain des sociétés se sont fondées, des médecins, des savants, des académiciens, des journalistes, se sont réunis pour conjurer le mal; en vain ont-ils fait paraître brochures sur brochures, articles sur articles, pour signaler les dangers du tabac,—ce poison aussi fatal à la santé de l'homme que préjudiciable à sa bourse.
«Le tabac, écrivait Charles Fourier, est l'opium de l'esprit humain: Peuple qui fume, peuple qui périt.»
Stendhal (Beyle), cet esprit si fin et en même temps si profond, a poussé plus avant et surtout plus en avant ses observations:
«Si la Turquie, dit-il, porte la nuit sur son visage, si l'Allemagne rêve dans l'espace, si l'Espagne dort d'un sommeil entrecoupé de somnambulisme, si la Hollande étouffe dans son embonpoint, si la France enfin laisse flotter son regard, nous devons désormais accuser de ce mystérieux suicide national, le chibouque, la pipe, le cigare et la cigarette. Pour peu que la chose dure encore un siècle ou deux, l'intelligence du monde finira en fumée, et le singe pourra traiter avec l'homme d'égal à égal.»
Ces sages avertissements n'ont servi à rien. Les fumeurs n'en ont tenu aucun compte; ils ont allumé leur tabac avec les feuillets des brochures, avec les articles des journaux, et le feu des cigares et de la cigarette a continué sur toute la ligne avec plus d'intensité que jamais.
Aujourd'hui, le cigare règne et gouverne en maître absolu.
De Paris à Pékin, de Londres à Philadelphie, de Lisbonne à Pétersbourg, de Brest à Stamboul, c'est à qui se rangera
Sous le sceptre cendré de ce tyran en feu.
Sous le sceptre cendré de ce tyran en feu.
Il est devenu le commensal de tous les logis, et s'assied à tous les foyers, se mêle à tous les propos même aux entretiens les plus doux. Il est l'ami, le confident de nos pensées, le compagnon de nos travaux; il a sa part de toutes nos peines, de tous nos plaisirs.
Comme les lettres de Pline, il nous suit à la ville, à la campagne, aux eaux; il est de tous les voyages, monte en chemin de fer, et secoue sa cendre sur la robe des dames.
Parfois, il veut bien encore leur demander la permission de s'allumer; mais c'est pour la forme, et il le fait de façon à n'être pas refusé.
Encore un peu de temps, et le cigare s'allumera tout seul!
Où cela s'arrêtera-t-il?
Cela ne s'arrêtera pas.
Les choses prendront même un développement que les circonstances n'ont pas permis jusqu'à présent. A l'aide du progrès,—n'en doutez pas—les écoles, les collèges, un peu bien situés dans l'Université, finiront par posséder des professeurs assermentés defumerie. On fumera partout et toujours: en se couchant, en se levant, en mangeant, en vaquant à toutes ses occupations.
Le cigare deviendra le flambeau de l'hyménée: on se mariera le cigare à la bouche. Le monde enfin ne sera plus qu'un vaste appareil fumivore, et les feux du tabac nous consumeront, ainsi qu'il est dit dans l'Apocalypse:
Et circumdabit gentes fumus, et perebunt!
Et circumdabit gentes fumus, et perebunt!
Et la fumée envahira les nations, et elles périront!
Cette fumée aperçue à travers les âges par saint Jean ne peut être que la fumée du tabac, à moins pourtant que ce ne soit celle de la dynamite!
Nous n'avons pas à entrer ici dans tous les détails de ces diverses cérémonies; nous nous bornerons à rappeler les principaux usages que l'étiquette prescrit pour chacune d'elles.
Le baptême est une cérémonie purement religieuse. C'est l'entrée dans le giron de l'Église de l'enfant qui vient de naître, et à qui son parrain et sa marraine servent d'introducteurs.
Le grand-père paternel et la grand'mère maternelle sont de droit parrain et marraine du premier né.
On alterne pour le second. Le père de la jeune femme en est le parrain, et la mère du mari la marraine.
A défaut de l'un ou de l'autre, ou de tous les deux, on choisit toujours l'ascendant le plus proche et le plus âgé dans la ligne paternelle et dans la ligne maternelle.
Il est d'usage de laisser à la marraine le choix de son compère. Quelquefois cependant on lui désigne la personne qu'on désirerait donner pour parrain à l'enfant; mais elle est libre de refuser.
Avant d'offrir le parrainage à une personne, les parents auront soin de s'assurer si cette proposition lui agrée.
Dans le cas où il ne vous conviendrait pas d'accepter une pareille demande, apportez dans votre refus toutes les formes et la bonne grâce possibles.
On ne doit pas refuser de servir de parrain ou de marraine à l'enfant d'une personne qui est dans une situation peu aisée. Ce serait manquer tout à la fois de charité et de savoir-vivre.
Ne vous offrez jamais personnellement pour être parrain ou marraine dans une famille d'une condition égale à la vôtre, et encore moins d'une condition supérieure.
La qualité de parrain et de marraine implique une sorte de responsabilité presque paternelle; elle est tout à la fois une charge matérielle et morale.
Ainsi elle oblige à des frais de cérémonie, à des dépenses diverses pour cadeaux. Nous ne parlerons pas des cadeaux qui varient selon les localités, et qui sont en outre subordonnés à la position de fortune de ceux qui donnent et de ceux qui reçoivent.
Le parrain est le grand dispensateur de dragées.
La veille du jour du baptême, il envoie à sa commère une ou plusieurs douzaines de boîtes, selon qu'il tient à faire les choses plus ou moins largement.
Il distribue des cornets de bonbons avec pièces d'argent à la garde-malade et aux domestiques.
Voici comment se règlent les choses, le jour de la cérémonie:
Le père se charge du service des voitures. Il en envoie une au parrain qui va lui-même chercher la marraine et la fait monter avec lui.
Le père, la nourrice ou la garde, occupent une seconde voiture; mais, à la rigueur, une seule peut suffire.
Dans ce cas, la marraine occupe le fond de la voiture avec l'enfant et la nourrice. Le père et le parrain se plaçent sur la banquette du devant.
Si c'est l'enfant d'un haut personnage que l'on va faire baptiser, l'enfant occupera le fond de la voiture avec la marraine, et même on lui donnera la droite comme place d'honneur.
En arrivant à l'église, la femme qui porte l'enfant, entre la première. Le parrain et la marraine la suivent, sans se donner le bras; puis viennent le père, les parents et les amis de la famille.
Quand la cérémonie commence, le parrain se place à droite de l'enfant, la marraine à gauche. La nourrice tient la tête de l'enfant appuyée sur le bras droit.
Le prêtre fait les questions voulues et exorcise le nouveau-né.
Le parrain et la marraine récitent à voix basse, et en français, lePateret leCredo, et prennent les engagements chrétiens pour le compte du bébé.
De là l'obligation qu'ils contractent de surveiller la façon dont il sera élevé et de le suivre dans le développement graduel de son existence.
L'enfant a reçu trois noms: un de sa marraine, un autre du parrain, et le troisième choisi par la mère; et c'est sous ces trois noms, qui doivent se trouver dans le calendrier des Saints, que le prêtre baptise l'enfant.
On se rend alors à la sacristie pour y signer l'acte de baptême.
Il faut veiller très attentivement à ce que les noms donnés à l'enfant soient les mêmes que ceux qui figurent sur les registres de la mairie, sans quoi il serait exposé par la suite à toute sorte d'embarras, chaque fois qu'il aurait à se servir de ces deux actes.
Le père envoie une boîte de bonbons à l'ecclésiastique qui a administré le baptême, et y ajoute quelques pièces d'or ou d'argent, selon sa fortune.
Il y a encore le suisse, le sacristain, l'enfant de chœur ainsi que les pauvres, qui vous attendent à la sortie de l'église, et auxquels il est d'usage de distribuer quelque argent: c'est l'affaire du parrain.
Le parrain et la marraine reconduisent l'enfant à sa mère, et reçoivent ses remerciements en échange de leurs félicitations.
Généralement, un repas de gala a lieu après la cérémonie. Si la mère est encore trop faible pour y assister, l'on se borne à une collation, et l'on attend son rétablissement, afin qu'elle puisse participer au repas et en faire les honneurs.
A partir de ce jour, le parrain et la marraine sont considérés comme membres de la famille. Ils s'occuperont de leur filleul ou filleule qui, de leur côté, n'oublieront jamais le respect et la reconnaissance qu'ils doivent à l'un et à l'autre.
Passons sur les préliminaires pour arriver tout de suite aux cérémonies civile et religieuse.
Le contrat a été signé par les deux parties. Le sacrifice est fait, d'un côté comme de l'autre; le notaire y a passé, comme on le dit encore dans certaines provinces; en d'autres termes, il n'y a plus à y revenir.
La publication des bans se fait à l'église, en même temps que le mariage est affiché à la mairie.
Il ne peut avoir lieu que dans la commune où l'un des deux contractants a son domicile, lequel s'établit par six mois de résidence continue.
Les pièces à fournir à la mairie, sont:
1oUn certificat constatant que la publication des bans a été faite dans les localités où la loi l'exige;
2oLes extraits de naissance des conjoints, et en cas d'impossibilité, un acte de notoriété délivré sur le lieu de leur naissance, ou de leur domicile. Cet acte devra être légalisé sans le moindre vice de forme.
3oLe consentement par acte notarié des père et mère, dans le cas où ils ne pourraient assister à la célébration du mariage; et, dans le cas où ils auraient refusé ce consentement, la preuve légale que les soumissions respectueuses ont été faites suivant les prescriptions de la loi;
4oLe futur est tenu de fournir son acte de libération du service militaire;
5oS'il appartient à l'armée, l'autorisation du ministre de la guerre.
A Paris, le mariage à la mairie a presque toujours lieu la veille du jour de sa célébration à l'église. Cependant la célébration à l'église peut être retardée de plusieurs jours.
Aujourd'hui, il n'y a guère que les parents des futurs et leurs témoins qui assistent au mariage civil.
Ces témoins au nombre de quatre,—deux pour le marié, deux pour la mariée,—sont pris parmi les plus proches parents; quelquefois aussi ce sont des personnages dont on désire se faire honneur et appui.
On se rend à la mairie en voitures ordinaires et en toilette de ville, qui est laissée au goût de chacun.
Le maire ou l'adjoint lisent la loi aux futurs et leur font prononcer leOuisacramental.
Après quoi, ils sont déclarés unis devant la loi.
C'est la mariée qui signe la première; puis elle passe la plume à son mari qui, en la recevant, salue et dit: «Merci,Madame!»
A partir de ce moment, chacun l'appelleMadame.
L'époux et ses parents reconduisent la mariée à son domicile. Le soir, un dîner auquel les témoins seuls assistent, réunit les deux familles.
Pour se marier à l'église, on devra fournir:
1oUn certificat constatant la publication des bans dans les églises où elle est exigible;
2oUn extrait de l'acte de baptême, ou à son défaut, une attestation que l'on a fait sa première communion;
3oUn billet de confession.
Le marié et sa famille vont chercher la mariée et les siens à leur domicile;
Le marié offre à celle-ci le bouquet denocesqui doit être entièrement blanc;
Il porte également avec lui l'anneau et la pièce de mariage, laquelle peut être d'or ou d'argent, selon la fortune des conjoints.
Les lettres d'invitation faites en double, ont dû être envoyées huit jours au moins avant le mariage;
Les lettres de faire part ne s'envoient que dans la quinzaine qui suit. Elles sont destinées aux personnes habitant une autre résidence, à celles avec qui l'on n'a pas de relations suivies, à tous ceux enfin dont on n'espère pas, ou même dont on ne désire pas la présence à la cérémonie.
On expédie ces lettres dans de grandes enveloppes, en ayant soin de placer en dessus la lettre des parents ou tuteurs qui en font l'envoi.
Voici dans quel ordre le cortège se rend à l'église:
La première voiture est occupée par la mariée qui s'installe au fond et à droite, ayant sa mère à sa gauche. Le père s'assied sur la banquette du devant;
Dans la seconde voiture, prennent place le marié et sa famille. Il occupe le fond, à gauche, sa mère à sa droite, et le père sur le devant;
Puis vient la voiture de la demoiselle d'honneur; et après celles des témoins et des autres membres de la famille.
C'est une sœur de la mariée, ou une des plus proches parentes, ou encore une amie intime qui remplit le rôle de la demoiselle d'honneur;
De même pour le marié, c'est son frère ou un ami qui lui sert de garçon d'honneur.
La demoiselle et le garçon d'honneur doivent être célibataires.
La quête est toujours faite par la demoiselle d'honneur.
S'il y a deux quêteuses, cette fonction en double revient à la plus jeune parente du marié, et le plus jeune parent de la mariée lui donne la main pour quêter.
Il est de bon goût d'indiquer très exactement sur les lettres l'heure de la cérémonie, afin de ne pas faire attendre les invités;
Ceux-ci doivent être rendus à l'église pour le moment de l'entrée des jeunes époux.
Quand les voitures arrivent devant le portail, le suisse dispose aussitôt le cortège sur deux rangs, de manière que la jeune mariée, en passant au milieu, soit protégée contre les regards indiscrets des curieux;
Le père de la mariée lui offre la main pour la conduire à l'autel.
Le marié la suit avec sa mère; la mère de la mariée est au bras du père du jeune homme.
Puis viennent la demoiselle et le garçon d'honneur; les témoins avec les plus proches parents et les autres membres de la famille.
Arrivés devant les sièges qui leur sont réservés, le marié se place à droite, la mariée à gauche.
Les parents de chaque famille, les amis et les invités, se rangent dans le même ordre; à droite, ceux du jeune homme; à gauche, ceux de la jeune femme.
A l'Offertoire, le poêle est tenu par les deux plus jeunes garçons de la famille. Si l'un d'eux est trop petit, on le hisse droit sur une chaise.
Aux questions adressées par le prêtre, le marié et la mariée répondent à demi-voix et en s'inclinant avec respect.
Au moment de la bénédiction de l'anneau, les époux ôtent leurs gants, et le marié prend de la main droite l'anneau que lui présente le prêtre et le passe au doigt annulaire de la main gauche de la mariée.
La messe terminée, on se rend dans l'ordre suivant à la sacristie pour signer les actes du mariage:
Le père du marié donne le bras à la mariée; la mère de la mariée au jeune époux; et ainsi de suite en intervertissant les rôles.
Après la signature, le marié présente les personnes de sa connaissance à la mariée qui, autant que possible, adresse à chacune d'elles un mot aimable.
Les parents de la mariée présentent leur gendre.
Chacun adresse son petit compliment aux deux époux en leur serrant la main avec effusion, tout en passant assez vite: un mot du cœur suffit.
Il est bien d'attendre les mariés à la sortie de l'église; c'est un dernier hommage.
Le marié donne le bras à sa femme;
Le père de la mariée suit en donnant le bras à la mère du marié; puis le père du marié à la mère de la mariée, etc.
L'on mêle et l'on confond ainsi les deux familles.
Avons-nous besoin de dire que les gens de bonne compagnie ne font pas de noces chez les restaurateurs? On invite moins de monde, mais l'on reçoit chez soi.
Il s'est introduit depuis quelque temps un nouvel usage qui rompt ouvertement en visière aux vieux us et coutumes, si fatigants, si gênants pour les jeunes mariés.
En sortant de l'église, ceux-ci montent seuls dans une voiture, et rentrent chez eux.
C'est une manière de rapt de bon ton de la part du mari.
La jeune femme reçoit alors la famille et les amis intimes; et nul autre que ceux qui ont été priés, n'assiste à la réunion.
Il arrive même aux nouveaux époux de se soustraire à cette dernière obligation, et de laisser à leurs parents le soin de faire les honneurs du déjeuner ou du lunch que l'on offre à la famille.
Après s'être esquivés, ils partent pour un voyage réel à l'étranger ou simplement pour une résidence peu éloignée, où ils pourront au moins jouir en liberté du premier quartier de la lune de miel.
Les visites de noces ne commencent guère que dans le mois qui suit le mariage.
Les nouveaux mariés ne rendent de visites qu'aux invités avec lesquels ils veulent avoir et entretenir des relations; aux autres, ils envoient leurs cartes.
Les personnes ayant reçu une lettre d'invitation ou seulement une lettre de faire part,—qu'elles aient on non assisté au mariage,—sont tenues à remettre ou à envoyer dans la huitaine leurs cartes au membre de la famille qui leur a adressé cette lettre d'invitation ou de faire part.
Si c'est par suite d'un cas de force majeure qu'elles n'ont pas paru à la cérémonie, les convenances veulent qu'elles le fassent savoir et s'en excusent par lettre.
On ne rend jamais de visite aux nouveaux mariés avant d'avoir reçu la leur.
Là, d'un enterrement la funèbre ordonnanceD'un pas lugubre et lent vers l'église s'avance.Boileau.
Les cérémonies de l'enterrement sont les dernières marques d'affection que l'on donne à celui qui s'en va. A moins d'un empêchement absolu, c'est manquer à toutes les convenances que de ne pas assister à un enterrement auquel on est prié par une lettre spéciale.
Les lettres d'invitation doivent être remises la veille du jour du convoi. Les lettres de faire part aux personnes éloignées s'envoient aussitôt après. On y supprime depuis quelque temps les noms des membres féminins de la famille.
Il est plus respectueux de faire porter à domicile les lettres d'invitation. Sauf quelques rares exceptions, on peut toutefois les mettre à la poste.
Quand les relations du défunt sont trop nombreuses, et que le temps manque pour écrire les adresses, il convient de faire insérer dans les journaux les plus répandus une invitation générale; c'est le meilleur moyen de réparer les omissions qu'on peut commettre.
Les hommes se rendent à la maison mortuaire; les femmes vont directement à l'église. Les proches parentes restent au domicile.
Chacun sera vêtu de noir ou tout au moins de couleur foncée; les hommes, autant que possible, en habit noir, cravate blanche et gants noirs.
Il était d'usage autrefois qu'une femme n'assistât point au convoi de son mari, ni de son enfant,—le mari à celui de sa femme. Cet usage tend à disparaître à Paris, malgré tout ce qu'il peut y avoir de douloureux pour une épouse, pour une mère, d'accompagner à sa dernière demeure son mari ou son enfant.
Au départ du cortège, les parents les plus proches sortent les premiers et se rangent derrière la personne qui conduit le deuil; puis viennent les invités, les amis et les connaissances.
Si la température est douce, il faut, par respect pour le mort, tenir son chapeau à la main. S'il fait froid ou qu'il pleuve, on reste couvert, en ayant soin toutefois de se découvrir au moment où l'on descend le corps pour l'entrer à l'église.
Les hommes se rangent à droite, les femmes à gauche; elles n'accompagnent que fort rarement le convoi au cimetière.
On ne monte dans les voitures de deuil qu'au sortir de l'église, et l'on y monte indistinctement avec des personnes qu'on ne connaît pas.
Dans la première, se trouve le clergé;
Dans celles qui suivent les parents, puis les gens de la maison, et enfin les invités.
La famille devra toujours se pourvoir d'un nombre de voitures en rapport avec celui des invités; et ces voitures reconduiront à leur domicile tous ceux qui auront suivi le convoi jusqu'au cimetière. On donne un modeste pourboire au cocher.
Le jour même ou le lendemain au plus tard, les invités, hommes et femmes, remettront chez la personne de la famille qui leur a adressé le billet d'invitation, leur carte pliée ou brisée à l'envers ainsi qu'il est indiqué à la rubriqueCartes de visite.
Dans quelques maisons,—en bien petit nombre, il est vrai,—le veuf, la veuve ou les proches parents, reçoivent le jour même de l'enterrement; on fera donc bien de se renseigner chez le concierge, en déposant sa carte.
Les personnes qui ont reçu une lettre de faire part, envoient leurs cartes par la poste. Si elles tiennent à témoigner de leur sympathie particulière, elles écriront une lettre de condoléance.
Il est toujours très convenable de faire acte de cœur dans ces circonstances douloureuses.
On est tenu, dans les cinq ou six semaines qui suivent, de renvoyer des cartes à toutes les personnes qui vous en ont adressé ou qui vous ont écrit.
Quant aux visites, elles ne se rendent qu'à l'expiration du grand deuil.
Nous avons réuni, sous ce titre, plusieurs sujets nouveaux qui sont du ressort du savoir-vivre, et d'autres qui, bien que traités déjà dans l'ouvrage, appelaient un supplément pour réparer les omissions inévitables.
Il faut être poli, gracieux et serviable en tout lieu et en toute circonstance.
Si vous voyez venir à vous, sur le trottoir, une femme, un prêtre, un vieillard, un infirme ou un homme chargé d'un fardeau, vous leur céderez le haut du pavé, c'est-à-dire le côté des maisons.
Donnez toujours le haut du pavé à la femme que vous accompagnez.
Réglez votre pas sur le sien, et veillez à ce qu'elle ne soit pas heurtée par les passants.
Si vous êtes seul et que vous rencontriez un ami, saluez-le et remettez votre chapeau, quand bien même vous vous arrêteriez pour causer avec lui.
Si c'est un supérieur ou un vieillard, restez découvert jusqu'à ce que l'on vous ait prié de remettre votre chapeau.
Si vous entamez une conversation, parlez à voix basse pour ne pas attirer l'attention des passants.
L'entretien doit être très court, et c'est à la personne la plus âgée ou la plus considérable à le rompre la première, et à prendre congé.
Un homme qui rencontre une dame de sa connaissance, la saluera, mais ne s'arrêtera point à causer avec elle, surtout si l'un et l'autre sont jeunes.
La discrétion veut que l'on ne salue pas un homme qui donne le bras à une dame, à moins qu'il ne vous y autorise par un signe.
On saluera bien moins encore une femme qui serait accompagnée par un cavalier que l'on ne connaît pas.
Les règles de la bonne compagnie s'opposent à ce qu'un homme donne le bras à deux dames à la fois, et à ce qu'une dame se tienne aux bras de deux cavaliers;
Il y a exception toutefois pour le premier cas c'est lorsque l'obscurité de la nuit et le pavé glissant et mauvais, peuvent nécessiter un appui, un soutien.
Un fumeur qui aborde une femme doit jeter son cigare aussitôt. Il serait plus qu'inconvenant de le garder à la main en parlant à une personne qu'on respecte.
Dans la rue et à la promenade, un père peut donner le bras à sa fille, au lieu de le donner à sa femme;
Un jeune homme l'offrira à sa mère, et non pas à sa sœur;
Un oncle à sa nièce, un neveu à sa tante, et non à sa cousine.
Un cavalier peut accompagner plusieurs dames à la promenade; mais il y aurait inconvenance de sa part à s'implanter en quelque sorte au milieu de la famille, à moins de prétendre à la main de la jeune fille.
Il ne faut pas non plus quitter son monde avec trop de précipitation, ce serait impoli. Le tact est le meilleur juge en pareille circonstance.
Montez-vous en voiture pour accompagner une ou plusieurs personnes? Faites-les passer devant vous; offrez la main aux dames et soutenez les vieillards par le bras.
A l'arrivée de la voiture, descendez le premier, et usez des mêmes attentions.
Quoi qu'il soit reçu aujourd'hui qu'un cavalier garde son chapeau dans une voiture, même fermée, il sera de bon ton d'en faire la demande.
Maintenant est-il besoin d'ajouter que l'on doit toujours, par politesse, offrir les places du fond et s'installer sur la banquette du devant.
Si vous vous trouvez en tête à tête avec une dame dans une voiture, ne vous asseyez pas à son côté avant qu'elle ne vous en ait prié. Agissez de même envers un supérieur ou un vieillard.
Si l'on veut vous faire monter le premier, refusez d'abord; si l'on insiste, montez. On ne doit même pas hésiter, quand c'est un supérieur ou un haut personnage qui vous y convie.
Un jour, Louis XIV avait invité un Mortemart à l'accompagner à la promenade. A cette époque déjà, les Mortemart étaient réputés pour leur grand ton et leurs manières élégantes. On disait en parlant d'eux: «L'esprit et la politesse des Mortemart».
Le carrosse du roi s'étant approché, Louis XIV fit signe de la main au duc de passer le premier. Tout autre peut-être eût fait des cérémonies; le duc monta aussitôt, ce qui lui valut les félicitations du grand roi.
L'invitation d'un souverain est un ordre.
Le savoir-vivre en famille comprend les devoirs des époux entre eux et envers leurs enfants, et les devoirs de ceux-ci envers leurs parents.
En bonne règle de conduite, les époux ne devraient jamais se départir entre eux des attentions, des petits soins qu'ils se prodiguaient, avant et pendant les premiers temps de leur mariage.
Se regarder comme affranchi de toute contrainte, se relâcher de l'observation scrupuleuse des égards et des convenances qu'on se doit mutuellement, c'est compromettre le bonheur conjugal.
Un excellent moyen de le conserver, sera toujours de suivre le précepte du Fabuliste: