APPENDICE
Extrait des souvenirs historiques de mon grand-père. Caractère de Marie-Louise.Marie-Louise avait apporté en France ses défauts et ses qualités, une extrême défiance d'elle-même, une absence complète de volonté. Aucune pensée d'ambition ne s'est révélée en elle. Si elle n'avait montré jusqu'à quel point l'idée de la célébrité lui répugnait, on aurait pu penser que ses prétentions se bornaient à jouir du reflet des rayons que lui renvoyait la couronne de son illustre époux, et qu'elle considérait toute espèce de gloire comme devant disparaître devant l'éclat d'une si grande renommée.Impératrice, elle pouvait montrer de l'éloignement pour les affaires, puisqu'elle n'y était point initiée; mais régente, elle a conservé la même indifférence. Avec le pouvoir de décider les questions, avec la sagacité et les connaissances nécessaires pour les bien comprendre, elle ne prenait rien sur elle: elle s'empressait de serendre à l'avis qui lui était soumis, comme pour en finir plus vite et pour décliner toute responsabilité. Résignée au présent, l'avenir ne la préoccupait pas; elle se délassait de l'ennui qui la gagnait en cultivant les arts, le dessin, la musique. Sa timidité naturelle, entretenue par la vie claustrale qu'elle avait menée jusqu'au jour de son mariage, était encore augmentée par les préventions qui lui avaient été inspirées contre l'esprit français dont elle redoutait les sarcasmes; elle était au reste d'autant moins contrariée dans son goût pour la retraite que l'Empereur s'en accommodait tout à fait.La catastrophe qui a frappé l'Empereur l'a jetée dans une douleur voisine du désespoir. Pendant les premiers mois d'une séparation qui devait être éternelle, elle s'est plus d'une fois reproché de n'avoir pas tenté l'impossible pour se réunir à lui, quoiqu'elle fût quelquefois préoccupée de la crainte que l'adversité et l'inaction n'aigrissent le caractère de l'Empereur, et qu'elle n'eût plus les mêmes chances d'être heureuse dans sa nouvelle situation. Ce regret, quoiqu'il ne fût pas tout à fait pur, lui était suggéré par le souvenir des tendres égards qu'elle avouait avoir trouvés en lui; elle craignait aussi que le tort de cette séparation ne lui fût imputé et ne lui nuisît dans l'opinion; car le public lui demanderait un compte personnel de ses actions, depuis que, livrée à elle même, elle avait perdu l'égide de l'irresponsabilité dont l'Empereur l'avait jusque-là couverte. A mesure que Napoléon l'avait plus connue, il s'était applaudi de son choix. Le caractère de cette princesse lui paraissait avoir été formé pour lui; elle lui avaitdonné du bonheur et des consolations au milieu des soucis de sa vie orageuse. Dans les relations habituelles elle était facile et bienveillante, sans perdre de sa dignité. Jamais une plainte ni un reproche ne sont sortis de sa bouche. Douée d'un caractère doux mais réservé et circonspect, ses sentiments n'avaient pas, dans leur expression, une grande vivacité. Elle était bienfaisante et aimait à donner; elle avait de la simplicité et de la finesse à la fois, une gaîté douce et de l'esprit sans causticité. Instruite, elle ne faisait point parade de ses connaissances, elle craignait d'être accusée de pédantisme. Compagne de l'Empereur, ses qualités attachantes avaient gagné l'affection de son époux, comme sa douceur inaltérable avait séduit toutes les personnes qui vivaient dans son intimité.On se tromperait en supposant que le devoir luttait péniblement en elle contre les inclinations; elle était naturelle et ne savait pas cacher ses impressions; mais l'événement a prouvé que, si elle était portée à la vertu en ce qu'elle a de facile, elle a manqué de la force nécessaire pour la pratiquer en ce qu'elle a de rigoureux. L'absence sans espoir de retour, des confidences mensongères, d'adroites flatteries, des promesses séduisantes et des oppositions menaçantes qu'elle n'a pas eu le courage de braver, ont rencontré en elle une malheureuse disposition à s'accommoder aux événements imprévus et à les accepter comme irrémédiables.
Extrait des souvenirs historiques de mon grand-père. Caractère de Marie-Louise.
Marie-Louise avait apporté en France ses défauts et ses qualités, une extrême défiance d'elle-même, une absence complète de volonté. Aucune pensée d'ambition ne s'est révélée en elle. Si elle n'avait montré jusqu'à quel point l'idée de la célébrité lui répugnait, on aurait pu penser que ses prétentions se bornaient à jouir du reflet des rayons que lui renvoyait la couronne de son illustre époux, et qu'elle considérait toute espèce de gloire comme devant disparaître devant l'éclat d'une si grande renommée.
Impératrice, elle pouvait montrer de l'éloignement pour les affaires, puisqu'elle n'y était point initiée; mais régente, elle a conservé la même indifférence. Avec le pouvoir de décider les questions, avec la sagacité et les connaissances nécessaires pour les bien comprendre, elle ne prenait rien sur elle: elle s'empressait de serendre à l'avis qui lui était soumis, comme pour en finir plus vite et pour décliner toute responsabilité. Résignée au présent, l'avenir ne la préoccupait pas; elle se délassait de l'ennui qui la gagnait en cultivant les arts, le dessin, la musique. Sa timidité naturelle, entretenue par la vie claustrale qu'elle avait menée jusqu'au jour de son mariage, était encore augmentée par les préventions qui lui avaient été inspirées contre l'esprit français dont elle redoutait les sarcasmes; elle était au reste d'autant moins contrariée dans son goût pour la retraite que l'Empereur s'en accommodait tout à fait.
La catastrophe qui a frappé l'Empereur l'a jetée dans une douleur voisine du désespoir. Pendant les premiers mois d'une séparation qui devait être éternelle, elle s'est plus d'une fois reproché de n'avoir pas tenté l'impossible pour se réunir à lui, quoiqu'elle fût quelquefois préoccupée de la crainte que l'adversité et l'inaction n'aigrissent le caractère de l'Empereur, et qu'elle n'eût plus les mêmes chances d'être heureuse dans sa nouvelle situation. Ce regret, quoiqu'il ne fût pas tout à fait pur, lui était suggéré par le souvenir des tendres égards qu'elle avouait avoir trouvés en lui; elle craignait aussi que le tort de cette séparation ne lui fût imputé et ne lui nuisît dans l'opinion; car le public lui demanderait un compte personnel de ses actions, depuis que, livrée à elle même, elle avait perdu l'égide de l'irresponsabilité dont l'Empereur l'avait jusque-là couverte. A mesure que Napoléon l'avait plus connue, il s'était applaudi de son choix. Le caractère de cette princesse lui paraissait avoir été formé pour lui; elle lui avaitdonné du bonheur et des consolations au milieu des soucis de sa vie orageuse. Dans les relations habituelles elle était facile et bienveillante, sans perdre de sa dignité. Jamais une plainte ni un reproche ne sont sortis de sa bouche. Douée d'un caractère doux mais réservé et circonspect, ses sentiments n'avaient pas, dans leur expression, une grande vivacité. Elle était bienfaisante et aimait à donner; elle avait de la simplicité et de la finesse à la fois, une gaîté douce et de l'esprit sans causticité. Instruite, elle ne faisait point parade de ses connaissances, elle craignait d'être accusée de pédantisme. Compagne de l'Empereur, ses qualités attachantes avaient gagné l'affection de son époux, comme sa douceur inaltérable avait séduit toutes les personnes qui vivaient dans son intimité.
On se tromperait en supposant que le devoir luttait péniblement en elle contre les inclinations; elle était naturelle et ne savait pas cacher ses impressions; mais l'événement a prouvé que, si elle était portée à la vertu en ce qu'elle a de facile, elle a manqué de la force nécessaire pour la pratiquer en ce qu'elle a de rigoureux. L'absence sans espoir de retour, des confidences mensongères, d'adroites flatteries, des promesses séduisantes et des oppositions menaçantes qu'elle n'a pas eu le courage de braver, ont rencontré en elle une malheureuse disposition à s'accommoder aux événements imprévus et à les accepter comme irrémédiables.
Lettre du comte Marescalchi au baron de Méneval.
Parme, le 9 juillet 1814.
Mon cher Méneval, vous pouvez être sûr de mon empressement pour les affaires et pour le service de Sa Majesté; vous me connaissez et c'est assez; mais je ne vous cache pas qu'ici je me trouve dans une bien cruelle position. Je suis arrivé que—comme j'ai eu l'honneur de vous l'écrire—on avait déjà tout organisé, et avec un système et des mesures qui sont absolument au-dessus des forces de ce pays. C'est le désordre immédiat dans lequel est l'administration qui m'épouvante. La station des troupes et les devoir entretenir à nos frais absorbent tout l'argent qui se verse dans la caisse, et la dépense en est si considérable, que, ne pouvant pas y faire face avec tout ce qu'on perçoit, la dette publique augmente de jour en jour, et ceux qui fournissent en nature ou qui sont obligés de prêter des vivres et des logements, réclament des secours, sans quoi ils sont à la veille de quitter.Dépourvus ainsi de moyens, les contribuants se trouvent dans l'impossibilité de payer les impôts, la roue ne tourne que très lentement, et le pays ne présente pas la moindre ressource et d'aucune espèce.L'objet donc qui m'intéresse en ce moment davantage est la réduction des troupes ou du moins qu'elles soient mises sur le pied de paix, comme on l'a déjà fait aucommencement du mois dans la Lombardie. J'en ai montré la nécessité à Sa Majesté l'empereur et à Son Altesse le prince de Metternich. Si l'impératrice est encore à Vienne, engagez-la à en parler aussi, autrement elle viendra ici, mon cher Méneval, qu'elle n'aura pas de quoi vivre.Je profite du départ du général Nugent pour vous faire arriver cette lettre plus promptement et voilà encore un autre malheur. Les postes retardent, de manière que pour recevoir ici une réponse de Vienne, il y faut au moins un mois.Je vous ai rendu compte que nous manquons tout à fait de linge et d'argenterie; mais il y a un autre objet sur lequel il me faut connaître les volontés de Sa Majesté. Hors deux anciennes voitures de gala, nous n'avons de quoi servir ici l'impératrice, ni voitures, ni harnais; et si l'on doit lui faire trouver des voitures de service, ce sera un autre embarras, et il faut me l'écrire tout de suite. Ni à Parme, ni à Milan même, on ne fait plus usage que de petites diligences, ou de certaines voitures de campagne sans siège. Donc ce sera difficile d'en acheter et de s'en procurer; il faudra peut-être même les ordonner.Adieu, je vais travailler, et j'ai l'antichambre remplie de créanciers, d'ecclésiastiques auxquels on n'a pas payé leurs pensions depuis une année, de magistrats qui ne sont pas payés depuis trois mois, de fournisseurs qui sont épuisés... Enfin c'est un abîme, et ne croyez pas que je vous en impose. Si j'arrive à dresser cette machine vous me ferez une statue.Je suis toujours et de tout mon cœur avec toute l'estime et la reconnaissance,
Mon cher Méneval, vous pouvez être sûr de mon empressement pour les affaires et pour le service de Sa Majesté; vous me connaissez et c'est assez; mais je ne vous cache pas qu'ici je me trouve dans une bien cruelle position. Je suis arrivé que—comme j'ai eu l'honneur de vous l'écrire—on avait déjà tout organisé, et avec un système et des mesures qui sont absolument au-dessus des forces de ce pays. C'est le désordre immédiat dans lequel est l'administration qui m'épouvante. La station des troupes et les devoir entretenir à nos frais absorbent tout l'argent qui se verse dans la caisse, et la dépense en est si considérable, que, ne pouvant pas y faire face avec tout ce qu'on perçoit, la dette publique augmente de jour en jour, et ceux qui fournissent en nature ou qui sont obligés de prêter des vivres et des logements, réclament des secours, sans quoi ils sont à la veille de quitter.
Dépourvus ainsi de moyens, les contribuants se trouvent dans l'impossibilité de payer les impôts, la roue ne tourne que très lentement, et le pays ne présente pas la moindre ressource et d'aucune espèce.
L'objet donc qui m'intéresse en ce moment davantage est la réduction des troupes ou du moins qu'elles soient mises sur le pied de paix, comme on l'a déjà fait aucommencement du mois dans la Lombardie. J'en ai montré la nécessité à Sa Majesté l'empereur et à Son Altesse le prince de Metternich. Si l'impératrice est encore à Vienne, engagez-la à en parler aussi, autrement elle viendra ici, mon cher Méneval, qu'elle n'aura pas de quoi vivre.
Je profite du départ du général Nugent pour vous faire arriver cette lettre plus promptement et voilà encore un autre malheur. Les postes retardent, de manière que pour recevoir ici une réponse de Vienne, il y faut au moins un mois.
Je vous ai rendu compte que nous manquons tout à fait de linge et d'argenterie; mais il y a un autre objet sur lequel il me faut connaître les volontés de Sa Majesté. Hors deux anciennes voitures de gala, nous n'avons de quoi servir ici l'impératrice, ni voitures, ni harnais; et si l'on doit lui faire trouver des voitures de service, ce sera un autre embarras, et il faut me l'écrire tout de suite. Ni à Parme, ni à Milan même, on ne fait plus usage que de petites diligences, ou de certaines voitures de campagne sans siège. Donc ce sera difficile d'en acheter et de s'en procurer; il faudra peut-être même les ordonner.
Adieu, je vais travailler, et j'ai l'antichambre remplie de créanciers, d'ecclésiastiques auxquels on n'a pas payé leurs pensions depuis une année, de magistrats qui ne sont pas payés depuis trois mois, de fournisseurs qui sont épuisés... Enfin c'est un abîme, et ne croyez pas que je vous en impose. Si j'arrive à dresser cette machine vous me ferez une statue.
Je suis toujours et de tout mon cœur avec toute l'estime et la reconnaissance,
Votre ami et serviteur:N. MARESCALCHI.
Lettre de M. de Bausset au baron de Méneval.
Parme, ce 12 août 1814.
Malgré tous mes beaux projets, mon cher Méneval, je suis à Parme depuis quelques jours. L'espoir d'y être utile m'a fait braver la crainte d'y être encore plus mal reçu que le sieur Cappei[107]. Vous aurez appris qu'il s'est opéré de grands changements dans le gouvernement. Le tout s'est fait sans qu'il en ait été donné préalablement communication à notre féal Marescalchi. La visite de son successeur lui a appris le changement de son attitude, et je l'ai encore trouvé tout chaud de son désappointement. Personne n'avait de meilleures intentions; mais il ne pouvait se décider à porter les grands coups. Tout le provisoire est à bas, mais aussi les mécontents en sont augmentés... Marescalchi m'a fait connaître une partie des nouvelles instructions qui lui ont été adressées en sa qualité nouvelle de ministred'Autriche près le gouvernement de Parme. On y déploie une sévérité extrême sur tout ce qui peut avoir rapport à la France, et il lui est enjoint de ne souffrir la présence d'aucun Français dans les États de Parme, si ce n'est pourtant ceux qui accompagneront l'impératrice, et on lui renouvelle de plus fort d'apporter une grande surveillance sur tout ce qui peut regarder l'île d'Elbe... Ordre aussi de faire partir les cinquante-cinq Polonais pour leur pays s'ils ne veulent pas s'enrôler dans les armées autrichiennes. Comme il leur est dû trois mois de solde, leur réclamation exige une nouvelle réponse de Vienne. Peut-être Sa Majesté l'impératrice parviendra-t-elle à obtenir de son père de les garder à son service, chose qu'ils désirent vivement.L'article du règlement constitutionnel, qui dit qu'il n'y aura point d'étrangers employés dans le gouvernement, ne regarde pas les Français attachés à l'impératrice, et chose assez remarquable, le ministre nouveau est un compatriote de ma femme et né en Irlande, première infraction; de plus le sieur abbé Commensard, nouveau conseiller d'État est également né irlandais. Comme vous voyez il y a des accommodements avec le ciel. Il ne faut pas se dissimuler les avantages réels d'un changement subit dans le gouvernement de Parme. Il en résulte nécessairement une grande économie dans les ressorts politiques, et déversement de faveur qui tourne au profit de Sa Majesté qui est devenue pour les uns un refuge, et un espoir pour tout ce qui, étant supprimé, se flatte d'être employé de nouveau.J'ai été très bien accueilli dans ce pays. On me saitgré de ne fermer ma porte à personne, pas même aux très nombreux marmitons des anciens ducs. Je m'occupe à préparer tout ce qui est nécessaire à l'établissement de la maison. Le désordre est grand, les ressources nulles, puisque la régence, non contente des dettes énormes qui vous sont connues, a eu l'extrêmeattentiond'hypothéquer le domaine particulier de la couronne jusqu'à la fin de novembre.Sa Majesté se flatte de venir ici bientôt; mon cher Méneval, j'ai peine à croire que son père y consente. A en juger par les nuages politiques qui environnent l'ouverture du Congrès de Vienne, il est probable que l'Italie pourrait bien n'être pas tranquille. Le roi de Naples s'agite beaucoup. Il a une armée superbe, un trésor au grand complet, et ses forces se sont singulièrement accrues par les désertions de presque toute la vieille armée d'Italie qui a pris du service auprès de lui. On murmure tout bas, et je vous le dis de même tout bas, qu'il a des prétentions sur les états de Bologne, et qu'il est occupé en ce moment à passer les revues de ses troupes sur les frontières des trois légations.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... Ce pays est triste, les femmes y sont peu jolies. L'atmosphère est brûlante, l'Opéra médiocre, le palais très vieux; mais je m'occupe d'établir le logement de Sa Majesté au palais duJardin. Avec quelques milliers de francs, elle aura un beau palais, tout à fait indépendant.Avez-vous entendu dire dans votre ville que l'on devait proposer au Congrès un échange des duchés deParme avec les trois légations Bologne, Ferrare et Ravenne? L'empereur d'Autriche en a parlé sur ce ton à Marescalchi, supposé toutefois que les prétentions de Sa Majesté napolitaine soient réduites à leur juste valeur. De tout cela il faut conclure que le sort de Sa Majesté est incertain; que son voyage, malgré ses désirs, est encore éloigné, et que vraisemblablement nous sommes encore destinés à aller goûter les douceurs ineffables du séjour de Schœnbrunn. La volonté de Dieu soit faite! Je suis dévoué pour jamais au service de Sa Majesté et je lui resterai fidèle partout et en tout. L'empereur d'Autriche a nommé le comte de San Vitale grand chambellan de Sa Majesté. C'est une nouvelle qu'Elle n'a sue que par moi.J'oubliais de vous dire que le palais de Colorno est beau, bien conservé et à peu près meublé. Il n'en est pas de même des autres vieux palais; à peine y a-t-il des murailles!Veuillez agréer, etc.,
Malgré tous mes beaux projets, mon cher Méneval, je suis à Parme depuis quelques jours. L'espoir d'y être utile m'a fait braver la crainte d'y être encore plus mal reçu que le sieur Cappei[107]. Vous aurez appris qu'il s'est opéré de grands changements dans le gouvernement. Le tout s'est fait sans qu'il en ait été donné préalablement communication à notre féal Marescalchi. La visite de son successeur lui a appris le changement de son attitude, et je l'ai encore trouvé tout chaud de son désappointement. Personne n'avait de meilleures intentions; mais il ne pouvait se décider à porter les grands coups. Tout le provisoire est à bas, mais aussi les mécontents en sont augmentés... Marescalchi m'a fait connaître une partie des nouvelles instructions qui lui ont été adressées en sa qualité nouvelle de ministred'Autriche près le gouvernement de Parme. On y déploie une sévérité extrême sur tout ce qui peut avoir rapport à la France, et il lui est enjoint de ne souffrir la présence d'aucun Français dans les États de Parme, si ce n'est pourtant ceux qui accompagneront l'impératrice, et on lui renouvelle de plus fort d'apporter une grande surveillance sur tout ce qui peut regarder l'île d'Elbe... Ordre aussi de faire partir les cinquante-cinq Polonais pour leur pays s'ils ne veulent pas s'enrôler dans les armées autrichiennes. Comme il leur est dû trois mois de solde, leur réclamation exige une nouvelle réponse de Vienne. Peut-être Sa Majesté l'impératrice parviendra-t-elle à obtenir de son père de les garder à son service, chose qu'ils désirent vivement.
L'article du règlement constitutionnel, qui dit qu'il n'y aura point d'étrangers employés dans le gouvernement, ne regarde pas les Français attachés à l'impératrice, et chose assez remarquable, le ministre nouveau est un compatriote de ma femme et né en Irlande, première infraction; de plus le sieur abbé Commensard, nouveau conseiller d'État est également né irlandais. Comme vous voyez il y a des accommodements avec le ciel. Il ne faut pas se dissimuler les avantages réels d'un changement subit dans le gouvernement de Parme. Il en résulte nécessairement une grande économie dans les ressorts politiques, et déversement de faveur qui tourne au profit de Sa Majesté qui est devenue pour les uns un refuge, et un espoir pour tout ce qui, étant supprimé, se flatte d'être employé de nouveau.
J'ai été très bien accueilli dans ce pays. On me saitgré de ne fermer ma porte à personne, pas même aux très nombreux marmitons des anciens ducs. Je m'occupe à préparer tout ce qui est nécessaire à l'établissement de la maison. Le désordre est grand, les ressources nulles, puisque la régence, non contente des dettes énormes qui vous sont connues, a eu l'extrêmeattentiond'hypothéquer le domaine particulier de la couronne jusqu'à la fin de novembre.
Sa Majesté se flatte de venir ici bientôt; mon cher Méneval, j'ai peine à croire que son père y consente. A en juger par les nuages politiques qui environnent l'ouverture du Congrès de Vienne, il est probable que l'Italie pourrait bien n'être pas tranquille. Le roi de Naples s'agite beaucoup. Il a une armée superbe, un trésor au grand complet, et ses forces se sont singulièrement accrues par les désertions de presque toute la vieille armée d'Italie qui a pris du service auprès de lui. On murmure tout bas, et je vous le dis de même tout bas, qu'il a des prétentions sur les états de Bologne, et qu'il est occupé en ce moment à passer les revues de ses troupes sur les frontières des trois légations.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... Ce pays est triste, les femmes y sont peu jolies. L'atmosphère est brûlante, l'Opéra médiocre, le palais très vieux; mais je m'occupe d'établir le logement de Sa Majesté au palais duJardin. Avec quelques milliers de francs, elle aura un beau palais, tout à fait indépendant.
Avez-vous entendu dire dans votre ville que l'on devait proposer au Congrès un échange des duchés deParme avec les trois légations Bologne, Ferrare et Ravenne? L'empereur d'Autriche en a parlé sur ce ton à Marescalchi, supposé toutefois que les prétentions de Sa Majesté napolitaine soient réduites à leur juste valeur. De tout cela il faut conclure que le sort de Sa Majesté est incertain; que son voyage, malgré ses désirs, est encore éloigné, et que vraisemblablement nous sommes encore destinés à aller goûter les douceurs ineffables du séjour de Schœnbrunn. La volonté de Dieu soit faite! Je suis dévoué pour jamais au service de Sa Majesté et je lui resterai fidèle partout et en tout. L'empereur d'Autriche a nommé le comte de San Vitale grand chambellan de Sa Majesté. C'est une nouvelle qu'Elle n'a sue que par moi.
J'oubliais de vous dire que le palais de Colorno est beau, bien conservé et à peu près meublé. Il n'en est pas de même des autres vieux palais; à peine y a-t-il des murailles!
Veuillez agréer, etc.,
Signé: BAUSSET.
Lettre de Marie-Louise à la comtesse de Montesquiou.
Mmela comtesse de Montesquiou, voulant prévoir le cas, qui j'espère, avec l'aide de Dieu, n'arrivera pas, où mon fils viendrait à être atteint d'une maladie qui exigerait les secours du médecin, je désire que vous fassiez appeler alors M. le docteur Franck dans lequel j'ai confiance. Si une consultation devenait nécessaire vous voudriez bien prier le premier médecin de l'Empereur, mon auguste père, de joindre ses conseils à ceux de M. Franck et de mon médecin.Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, madame la comtesse de Montesquiou, en sa sainte garde. Écrit au château de Schöenbrunn, le 19 juin 1814.
Mmela comtesse de Montesquiou, voulant prévoir le cas, qui j'espère, avec l'aide de Dieu, n'arrivera pas, où mon fils viendrait à être atteint d'une maladie qui exigerait les secours du médecin, je désire que vous fassiez appeler alors M. le docteur Franck dans lequel j'ai confiance. Si une consultation devenait nécessaire vous voudriez bien prier le premier médecin de l'Empereur, mon auguste père, de joindre ses conseils à ceux de M. Franck et de mon médecin.
Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, madame la comtesse de Montesquiou, en sa sainte garde. Écrit au château de Schöenbrunn, le 19 juin 1814.
Signé: MARIE-LOUISE.
Lettre du grand chambellan, comte Wrbna au baron de Méneval.
Monsieur le Baron!Je n'ai pas manqué de remettre au courier qui partira ce soir pour Vienne la lettre que vous avez bien voulu m'envoyer pour Sa Majesté l'impératrice Marie-Louise, duchesse de Parme, et je saisis cette occasionpour vous renouveler, Monsieur le Baron, les assurances de la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être,Monsieur le Baron,Votre très humble et très obéissant serviteur,Le ComteR.DEWRBNA.
Monsieur le Baron!
Je n'ai pas manqué de remettre au courier qui partira ce soir pour Vienne la lettre que vous avez bien voulu m'envoyer pour Sa Majesté l'impératrice Marie-Louise, duchesse de Parme, et je saisis cette occasionpour vous renouveler, Monsieur le Baron, les assurances de la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Baron,Votre très humble et très obéissant serviteur,Le ComteR.DEWRBNA.
Paris, ce 19 août 1815.
Anecdote concernant Marie-Louise duchesse de Parme.
M. Darlincourt arriva à Ischel par Salzbourg, lorsqu'on apprit la nouvelle de la chute de cheval que venait de faire le duc de Bordeaux.Il y trouva Marie-Louise avec sa cour qui se composait: 1odu comte de Bombelles, grand maître de sa maison; 2ode la comtesse de San Vitale, sa fille, jeune et jolie dame d'honneur; 3odes baronnes Palaviccini et Sobel, dames du palais; 4odu comte de San Vitale (gendre), chambellan; 5odu colonel de Richer, trésorier; 6ode son chapelain; 7odu jeune comte de Montenuovo (fils), un des beaux officiers de l'Allemagne.Marie-Louise parla de la France. Elle dit qu'Elle aurait pu la connaître; mais que son temps s'était passé en représentations et à écouter des harangues, de sorteque tout ce qu'elle a pu en contempler à son aise, ce sont les physionomies des maires et des adjoints. (Dans ce souvenir éclate la répugnance qu'elle a toujours eue pour la représentation.)Elle parla d'une superstition commune à Vienne comme au reste de l'Allemagne: la Dame blanche! Elle apparaît à Vienne quand un membre de la famille impériale doit mourir. La mère de Marie-Louise était mourante. Sa jeune sœur Léopoldine l'aperçoit derrière le fauteuil de sa mère et l'en avertit. L'Impératrice lui répond que c'est la Dame blanche qui vient la chercher. En effet, le lendemain l'Impératrice était morte.Un employé du château aperçoit le fantôme dans sa tournée. Le lendemain, on apprend la mort de l'archiduc Rodolphe qu'on ne savait pas en danger de mort.L'archiduc Antoine voit une femme à genoux près de son lit pendant qu'il recevait les sacrements. C'était la Dame blanche. Il meurt le lendemain.Il y a aussi une Dame blanche à Berlin. Elle se montra à la mort du Grand Frédéric.Il y a à Munich une Dame noire, qui avait été l'Électrice de Bavière en 1785. Elle annonce aussi la mort des personnages de la famille royale.Il y a à Bareuth une Dame mortuaire qui a aussi sa célébrité.Etc., etc., etc.
M. Darlincourt arriva à Ischel par Salzbourg, lorsqu'on apprit la nouvelle de la chute de cheval que venait de faire le duc de Bordeaux.
Il y trouva Marie-Louise avec sa cour qui se composait: 1odu comte de Bombelles, grand maître de sa maison; 2ode la comtesse de San Vitale, sa fille, jeune et jolie dame d'honneur; 3odes baronnes Palaviccini et Sobel, dames du palais; 4odu comte de San Vitale (gendre), chambellan; 5odu colonel de Richer, trésorier; 6ode son chapelain; 7odu jeune comte de Montenuovo (fils), un des beaux officiers de l'Allemagne.
Marie-Louise parla de la France. Elle dit qu'Elle aurait pu la connaître; mais que son temps s'était passé en représentations et à écouter des harangues, de sorteque tout ce qu'elle a pu en contempler à son aise, ce sont les physionomies des maires et des adjoints. (Dans ce souvenir éclate la répugnance qu'elle a toujours eue pour la représentation.)
Elle parla d'une superstition commune à Vienne comme au reste de l'Allemagne: la Dame blanche! Elle apparaît à Vienne quand un membre de la famille impériale doit mourir. La mère de Marie-Louise était mourante. Sa jeune sœur Léopoldine l'aperçoit derrière le fauteuil de sa mère et l'en avertit. L'Impératrice lui répond que c'est la Dame blanche qui vient la chercher. En effet, le lendemain l'Impératrice était morte.
Un employé du château aperçoit le fantôme dans sa tournée. Le lendemain, on apprend la mort de l'archiduc Rodolphe qu'on ne savait pas en danger de mort.
L'archiduc Antoine voit une femme à genoux près de son lit pendant qu'il recevait les sacrements. C'était la Dame blanche. Il meurt le lendemain.
Il y a aussi une Dame blanche à Berlin. Elle se montra à la mort du Grand Frédéric.
Il y a à Munich une Dame noire, qui avait été l'Électrice de Bavière en 1785. Elle annonce aussi la mort des personnages de la famille royale.
Il y a à Bareuth une Dame mortuaire qui a aussi sa célébrité.
Etc., etc., etc.
Copie de la lettre de Mmela comtesse de Montesquiou à M. Ballouhey en date du 12 août 1832.
Veuillez, Monsieur, me rendre le service de faire passer, par une occasion sûre, la lettre que je renferme dans celle-ci, je dis sûre à cause du désir que j'ai qu'elle parvienne à celle qui en est l'objet. Il m'a paru impossible, malgré la loi que je m'étais faite, de garder le silence dans le moment d'une aussi grande douleur et qui est si légitimement partagée par mon cœur. Moins je voulais croire aux nouvelles si tristes que vous m'aviez données à votre dernière visite, plus j'ai été accablée de ce triste événement, et qui était pour moi inattendu.Les jugements de Dieu sont impénétrables! adorer et se taire est ma devise depuis longtemps; mais j'aime à reconnaître dans cette mort prématurée la preuve que la Providence, dans sa miséricorde, lui réservait une couronne immortelle, que les puissances de la terre ne pourront plus lui enlever. Cette manière d'envisager les choses n'empêche pas les larmes de couler, mais elle les rend moins amères.Agréez, Monsieur, la nouvelle assurance de ma considération distinguée.Signé: M., ComtesseDEMONTESQUIOU.
Veuillez, Monsieur, me rendre le service de faire passer, par une occasion sûre, la lettre que je renferme dans celle-ci, je dis sûre à cause du désir que j'ai qu'elle parvienne à celle qui en est l'objet. Il m'a paru impossible, malgré la loi que je m'étais faite, de garder le silence dans le moment d'une aussi grande douleur et qui est si légitimement partagée par mon cœur. Moins je voulais croire aux nouvelles si tristes que vous m'aviez données à votre dernière visite, plus j'ai été accablée de ce triste événement, et qui était pour moi inattendu.
Les jugements de Dieu sont impénétrables! adorer et se taire est ma devise depuis longtemps; mais j'aime à reconnaître dans cette mort prématurée la preuve que la Providence, dans sa miséricorde, lui réservait une couronne immortelle, que les puissances de la terre ne pourront plus lui enlever. Cette manière d'envisager les choses n'empêche pas les larmes de couler, mais elle les rend moins amères.
Agréez, Monsieur, la nouvelle assurance de ma considération distinguée.
Signé: M., ComtesseDEMONTESQUIOU.
Lettre de mon grand-père à sa femme à proposde la mort du duc de Reichstadt.
Le 9 août 1832.
Des bains du mont Dore.
J'étais bien préparé, ma chère amie, à la perte douloureuse dont j'ai appris ici la nouvelle. J'avais vu, avant de quitter Paris, une lettre du DrMalfatti à Antomarchi, qui lui donnait de longs détails sur la nature de la maladie de l'infortuné prince. Il était attaqué d'une phtisie tuberculeuse, arrivée à son dernier période et malheureusement incurable. Depuis longtemps les médecins sollicitaient son éloignement de Vienne. Mais la Sainte-Alliance s'y est constamment opposée. Metternich n'a pas osé lui désobéir, et l'Empereur s'est séparé de son petit-fils en pleurant pour ne pas le voir mourir. Dieu nous préserve d'avoir des cœurs de souverain! C'est un nouvel attentat dont la coalition s'est chargée et qui ajoute à l'exécration que lui vouera la postérité. Je crois au désespoir de sa mère, mais je ne la crois pas inconsolable. Dieu lui pardonne! Que de maux sa faiblesse nous a causés! Une profonde obscurité couvre l'adolescence et la mort du jeune infortuné. Les crimes qu'a vu commettre le Moyen âge étaient empreints d'une énergie sauvage qui avait quelque grandeur, mais quel dégoût, mêlé d'horreur, inspire cette lâcheté de cœur qui n'ose pas assassiner, mais quifait mourir d'une lente agonie un jeune homme dont l'âme ardente et généreuse se consume dans d'impuissants efforts, sans trouver une âme dont les sentiments et les pensées répondent aux siens. Je ne sais quel sentiment domine en moi, de l'indignation ou de la douleur. Mon repos en est troublé pour toute ma vie, et je tâche en vain d'écarter ces fâcheux souvenirs. J'ai trouvé dans la maréchale Ney et dans madame Tascher une sympathie qui a eu quelque douceur pour moi, mais elles ne peuvent sentir tout ce que j'éprouve.
J'étais bien préparé, ma chère amie, à la perte douloureuse dont j'ai appris ici la nouvelle. J'avais vu, avant de quitter Paris, une lettre du DrMalfatti à Antomarchi, qui lui donnait de longs détails sur la nature de la maladie de l'infortuné prince. Il était attaqué d'une phtisie tuberculeuse, arrivée à son dernier période et malheureusement incurable. Depuis longtemps les médecins sollicitaient son éloignement de Vienne. Mais la Sainte-Alliance s'y est constamment opposée. Metternich n'a pas osé lui désobéir, et l'Empereur s'est séparé de son petit-fils en pleurant pour ne pas le voir mourir. Dieu nous préserve d'avoir des cœurs de souverain! C'est un nouvel attentat dont la coalition s'est chargée et qui ajoute à l'exécration que lui vouera la postérité. Je crois au désespoir de sa mère, mais je ne la crois pas inconsolable. Dieu lui pardonne! Que de maux sa faiblesse nous a causés! Une profonde obscurité couvre l'adolescence et la mort du jeune infortuné. Les crimes qu'a vu commettre le Moyen âge étaient empreints d'une énergie sauvage qui avait quelque grandeur, mais quel dégoût, mêlé d'horreur, inspire cette lâcheté de cœur qui n'ose pas assassiner, mais quifait mourir d'une lente agonie un jeune homme dont l'âme ardente et généreuse se consume dans d'impuissants efforts, sans trouver une âme dont les sentiments et les pensées répondent aux siens. Je ne sais quel sentiment domine en moi, de l'indignation ou de la douleur. Mon repos en est troublé pour toute ma vie, et je tâche en vain d'écarter ces fâcheux souvenirs. J'ai trouvé dans la maréchale Ney et dans madame Tascher une sympathie qui a eu quelque douceur pour moi, mais elles ne peuvent sentir tout ce que j'éprouve.
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