PRIX D’EXCELLENCE :Marie-Rose Gourregeolles, de Paris.
1erPRIX DE FRANÇAIS :Marie-Rose Gourregeolles, deux fois nommée.
1erPRIX D’HISTOIRE :Marie-Rose Gourregeolles…
A chaque appel de son nom, Marie-Rose monte sur l’estrade, reçoit son prix, puis regagne sa place sans paraître se douter que, pour un moment, elle est une triomphatrice.
Elle est toute désemparée. Le chagrin de quitter son cher couvent, un vague effroi de la vie nouvelle qu’il va lui falloir mener, la hantent sans merci.
La veille, cet avis a passé dans les groupes :
« Les enfants qui doivent quitter définitivement le Pensionnat sont priées de rassembler leurs paquets de toute nature au vestiaire où se font les malles. »
Alors la petite Gourregeolles s’est senti le cœur et le cerveau si lourds que la faculté de raisonner s’est particulièrement éteinte en elle.
Machinalement, elle vide son pupitre, réunit tous les menus objets qui lui appartiennent, et, sans mot dire, les porte sur la longue table du vestiaire, en face du no31, qui est le sien depuis son entrée au couvent.
Le soir, au coucher, elle récite avec une ferveur profonde l’acte de contrition quotidien ; c’est de toute son âme qu’elle demande pardon des fautes qu’elle a pu commettre envers ses maîtresses et envers ses compagnes. Puis, la figure cachée sur son bras replié, elle sanglote éperdument.
Aujourd’hui, jour des prix, la matinée occupée par les derniers préparatifs de la fête et par les apprêts de la toilette, s’est écoulée joyeuse pour la plupart, morne pour Marie-Rose.
A différentes reprises, ses compagnes l’ont tarabustée : « Comment peut-elle avoir cette figure de bonnet de nuit avec la perspective des succès qui vont pleuvoir sur elle ?… »
Les unes la félicitent d’avance ; d’autres lui expriment gentiment le regret qu’elles ont de la quitter : Marie-Rose est très touchée, mais sa figure ne se déride pas.
Ce qu’il lui faudrait pour la remettre d’aplomb, c’est une bonne causerie cœur à cœur avec l’une de ses maîtresses, parmi celles qui la connaissent et la comprennent : mère Saint-Bernard, mère Saint-Jacques, mère Sainte-Thérèse et surtout mère Assomption. Mais toutes sont absorbées par des occupations supplémentaires, aucune ne se trouve disponible.
Et la petite Gourregeolles traîne son chagrin, le cerveau brouillé, les jambes molles, le geste hésitant.
Mlle Gourregeolles, de Paris, a tous les premiers prix, et on applaudit chaleureusement. Au concours fait entre les établissements du même Ordre et placés sous la même direction, elle obtient la première place ; c’est un succès pour le couvent, et on l’acclame.
Marie-Rose n’en a cure. Ces étapes glorieuses sont un acheminement vers le dernier sacrifice ; tout à l’heure, la porte du couvent se fermera sur elle pour ne plus se rouvrir… : c’est à cela qu’elle songe…, à cela seulement.
Maintenant, on est dans la cour de la Communauté, la plus centrale, pour les adieux réciproques. Silencieuse, moralement isolée, insensible au brouhaha du départ, Marie-Rose se demande s’il ne serait pas plus sage de rester là, toujours, dans cet asile de bénédiction, à l’abri du monde qui, d’instinct, lui répugne et l’épouvante.
— Eh bien ! ma chère fille, voici venu le moment de mettre en œuvre les principes que vous avez reçus ici : « Accepter la vie bravement, telle qu’elle se présente, sans en médire et sans la maudire…, accomplir les devoirs les plus sévères, les plus douloureux, non seulement sans défaillance, mais encore avec une figure souriante qui éloigne toute idée de sacrifice… »
C’est la mère Assomption qui, devinant sans doute le pénible état d’âme de son élève préférée, vient la réconforter.
Sans lui dire combien elle est chagrine de son départ et touchée de ses regrets, elle lui indique le chemin qu’il faut suivre, tout droit et de pied ferme.
A l’audition de cette voix aimée, vénérée, Marie-Rose se ressaisit. Sa lâcheté de tout à l’heure lui fait honte ; et si, malgré tout, le cœur lui « mollit » un peu en repassant le seuil que, voici treize ans, elle a franchi de son pas menu de toute petite, nul ne s’en aperçoit.
Elle est bien résolue à faire honneur à ses maîtresses et à son couvent.
FIN