LA VIE AU COUVENT

Une grande pièce oblongue ayant vue, d’un côté sur la mer, de l’autre sur les terrasses, quinze lits blancs où, sous les rideaux de basin rayé, quinze petites dormeuses poursuivent leur rêve, sans souci du jour qui va poindre, ni de la veilleuse qui craque en achevant de brûler son huile : nous sommes dans le dortoir de l’Ange Gardien.

La porte s’ouvre doucement, et une religieuse entre à pas de loup. Elle jette d’abord un coup d’œil d’ensemble, puis visite chaque « coin ».

Rassurée par le calme qui l’entoure, elle détache le chapelet qui pend à sa ceinture et commence à prier. Au bout de quelques minutes, le grand silence est interrompu par les trois premiers « tints » de l’angélus ; trois « tints » encore, puis trois autres, et la « volée » annonce qu’il faut se remettre à vivre.

Mère Saint-Boniface prononce comme un appel :

— Jésus !

Quelques voix très endormies répondent :

— Maria !

— Jésus ! répète la maîtresse qui, sans doute, n’a pas trouvé l’écho suffisant.

— Maria ! fait un chœur, cette fois plus nourri.

—Domine labia mea aperies.

—Et os meum annuntiabit laudem tuam.

— Mon Dieu, je vous donne mon cœur…

— Prenez-le, s’il vous plaît, afin qu’aucune créature…

Le reste se perd dans un bafouillage indistinct. On dirait que les petites locataires des lits blancs retournent au sommeil.

La religieuse accentue :

— … Afin qu’aucune créature ne puisse le posséder…

Et des voix, de plus en plus nombreuses, de plus en plus éveillées achèvent la prière.

Seule, Lucie Bradier n’a pas encore bougé de son lit. C’est son habitude d’être en retard ; mais vraiment, ce matin, il y a de l’excès.

Mère Saint-Boniface pénètre dans son « coin » :

— Jésus !

La règle veut, en effet, que les enfants soient éveillés au nom de Jésus. On en trouve la déclaration formelle dans saint Pierre Fourrier, fondateur de l’Ordre, et dans la vénérable mère Marie-Alix, première supérieure. Toutes les pensionnaires le savent, et Lucie Bradier mieux que personne. Il y a de la paresse dans son cas, mais il y a aussi beaucoup de taquinerie.

Ce matin donc, dans le dortoir de l’Ange Gardien, on s’amuse prodigieusement d’entendre la maîtresse répéterJésussur les tons les plus divers : impatientés, suppliants, désespérés, puis comminatoires, et renfermant la menace de châtiments exemplaires.

A la fin, Lucie Bradier se décide à répondreMaria, mais d’une voix dolente et lointaine qui redouble la joie de ses compagnes.

Libérée des obligations du règlement, mère Saint-Boniface se répand en reproches sur l’incurable mollesse de Lucie qui risque chaque jour de mettre tout le dortoir en retard.

Mais Lucie sait bien qu’elle sera prête en même temps que les autres, parce que les plus vives l’aideront à s’habiller et à mettre en ordre ses objets de toilette. La complaisance sous toutes ses formes est de règle au couvent, et notre paresseuse se dit que l’attrapade quotidienne est largement compensée par le plaisir d’avoir une demi-douzaine de femmes de chambre qui lui épargneront un peu d’effort et de mouvement.

Tout le monde est rangé autour de la longue table de toilette et procède aux ablutions… restreintes, en usage dans les pensionnats.

La mère Saint-Boniface se met à la coiffure, pendant que la petite sœur au voile blanc veille au bon ordre général, et donne un coup de main charitable aux maladroites et aux lambines.

La coiffure !… Ceux qui seraient tentés de croire à une opération de coquetterie incompatible avec l’éducation monastique peuvent être rassurés.

En voici le détail :

Quand les cheveux sont lissés, mais lissés comme on ne lisse nulle part ailleurs, on les divise par une raie qui va du front à la nuque et l’on en fait deux nattes serrées à bloc. On lie chaque extrémité avec un lacet de coton noir, puis on attache le bout de l’une à la racine de l’autre. Dans l’esthétique du couvent, cela constitue la coiffure en « berceau ». Si les nattes sont trop longues, on les reprend au milieu et on les fixe à la tête par deux épingles en fer noirci. On obtient ainsi un « double berceau ». Les nattes, au contraire, sont-elles trop courtes pour se rejoindre, on les laisse libres, mais le bout en est lié solidement. Les pensionnaires appellent cette troisième manière en « queue de rat » ou en « Cadet-Roussel ». Les cheveux sont-ils si courts qu’il est impossible de les tresser ?… ils n’échappent point pour cela au fameux cordon, on l’applique à la racine au lieu de l’appliquer à l’extrémité : voilà tout. Ce dernier mode porte le nom élégant de « petit balai ».

De ces quatre manières, on ne saurait dire laquelle est la plus vilaine ; mais les autorités compétentes affirment qu’elles sont parfaitement convenables pour des jeunes personnes. Que répondre à cela ?…

Chaque dortoir a son mode de cosmétique adopté par la maîtresse : pommade au bouquet, huile de noisettes, brillantine aux mille fleurs, etc. On n’a pas le choix. Les cheveux plats et les cheveux ondulés, les gras et les secs, les fins et les gros suivent le même traitement.

— Mes filles, déclare péremptoirement la mère Économe à celles qui réclament, vous nous empestez déjà assez comme cela ; on n’a pas besoin de faire un mélange de toutes vos horreurs. S’il ne tenait qu’à moi, l’eau de la pompe et un bon coup de brosse suffiraient à votre attifage.

Si la mère Saint-Boniface a choisi, pour son dortoir la « bandoline au géranium », c’est qu’elle n’a rien trouvé de plus lissant, de plus agglutinant, de plus infect ; de même que, pour elle, les peignes n’ont jamais de dents assez aiguës, ni assez dures.

Celles dont le cuir chevelu n’a point fait connaissance avec le peigne fin de la mère Saint-Boniface, celles dont la tête n’a jamais été imprégnée de « bandoline au géranium » ignorent un genre de supplice.

Les patientes ont beau implorer un changement de régime, leurs plaintes ne sont point écoutées.

Marie-Rose, alors qu’elle avait douze ans, leva même hardiment le drapeau de la révolte, mais sans plus de résultat.

Un matin, la bonne sœur Sainte-Claire entre au dortoir avec une figure de « vent debout », comme on dit dans la marine. Elle s’avance jusqu’au milieu de la pièce et prend un temps pour donner plus de poids à sa déclaration.

— A la lingerie, dit-elle, on se plaint que les « chevets » de ces demoiselles sont trop salis. Comme je réponds : « Ceux de l’Ange Gardien sont les pires. » Et mère Saint-Boniface n’a qu’à regarder pour se rendre compte que c’est vrai.

Il convient de remarquer que la classe bleue et le dortoir de l’Ange Gardien sont, de fondation, les boucs émissaires du pensionnat. Tous les méfaits anonymes leur sont attribués ; et, à faute égale, on leur découvre une malignité plus grande.

Les boucs émissaires se défendent de leur mieux, mais n’ont pas toujours gain de cause. Cette année-là, Marie-Rose s’est constituée le champion de l’Ange Gardien, champion vigilant et hardi, mais qui manque parfois de mesure.

— Bien entendu ! riposte-t-elle, hérissée comme un jeune coq, c’est grâce à cette horreur de « bandoline au géranium ». On n’a qu’à laisser nos têtes tranquilles, et nos chevets, comme dit la bonne sœur, ne seront pas plus salis que ceux des autres.

Cette apostrophe valut à Marie-Rose une bonne punition ; et le cosmétique abhorré continua de sévir.

Au couvent, il y a des mots que l’on évite de prononcer ; ce n’est pas qu’ils soient inconvenants, mais ils évoquent des idées qu’il est préférable d’écarter. Le motcorsetest du nombre. On lui substitue des euphémismes dont s’accommode mieux l’extrême réserve des religieuses. On dit uncorseletou unebrassière.

— C’est plus modeste, disent-elles.

Elles pourraient ajouter :

— C’est plus exact.

En effet, la pièce de costume dont il s’agit ne ressemble que de très loin à un corset. C’est un morceau de coutil gris avec des plis piqués qui en augmentent la raideur, et un vague baleinage que l’on a peine à découvrir tant il est discret. La brassière est toute droite du haut en bas, si bien qu’il faut des épaulettes pour la maintenir, autrement elle glisserait jusqu’aux talons.

Voici comment s’opère le laçage. On se place à la queue leu-leu ; la deuxième lace la première, la troisième lace la deuxième et ainsi de suite, la petite sœur laçant la dernière. Naturellement il y a une privilégiée qui se croise les bras. Mais, comme le règlement est établi avec une équité parfaite, c’est à chacune son tour d’être privilégiée.

Est-ce la jouissance de rester deux minutes à ne rien faire quand les autres s’occupent ? Est-ce tout simplement la satisfaction que chacun éprouve dans l’exercice de son droit ? toujours est-il que l’on revendique âprement son tour de privilège. On l’établit dès la veille au soir.

— Demain, c’est moi qui suis en tête pour le laçage.

Il se produit quelquefois des conflits de note aigre-douce.

— Béatrix, ne serrez pas tant, dit une fluette.

— Henriette, serrez davantage, réclame une forte, j’aurai l’air d’un sac.

— Que je serre ou que je ne serre pas, vous aurez toujours l’air d’un sac, ma pauvre Renée.

— Merci bien, vous êtes polie.

Marie-Rose a un critérium de serrage. Il faut que ses effets puissent opérer autour d’elle un mouvement de semi-rotation sans qu’elle les sente. Pour cette épreuve, elle a une manière à elle de se secouer de droite à gauche, puis de gauche à droite qui lui attire de nombreuses observations.

— C’est de la mauvaise tenue, affirme la mère Saint-Boniface.

— Non, c’est de la précaution, riposte Marie-Rose, je n’ai pas envie d’étouffer, moi.

Et du moment où elle se trouve à son aise, peu lui importe que dans la famille on déclare qu’elle ressemble à une poupée de son.

Quand la toilette est terminée, on range les lits.

Les rideaux de basin blanc, suspendus à un gros anneau de cuivre, entourent le lit de trois côtés, formant ainsi le « coin » où chacune se sent chez soi — un « chez soi » bien réduit mais dont on se montre d’autant plus jaloux. Tous les matins, il faut ramener en plis réguliers les rideaux sur le pied du lit, afin que, pendant la journée, les fenêtres étant largement ouvertes, l’air puisse circuler librement, la lumière pénétrer jusqu’aux plus petits recoins.

Puis, pour donner au dortoir l’aspect rangé qu’ont, à toute heure, les choses du couvent, on redresse la courtepointe et on la tire sur le traversin.

Les courtepointes sont taillées à l’ancienne mode, de telle manière qu’elles couvrent toute la literie sans nécessiter un pli. Les lambrequins en sont si longs qu’ils touchent presque terre.

Marie-Rose, qui aime la précision dans les termes, dit quelquefois :

— Des courtepointes, cela !… Ah ! bien, je me demande comment seraient les pointes si elles n’étaient pas courtes.

Les courtepointes sont faites de ces étoffes antiques, inusables comme tissu et comme coloris ; leur existence est encore prolongée par les soins méticuleux des bonnes sœurs qui éloignent tout danger d’avaries. On donne à ces étoffes, dont la fabrication est abandonnée depuis longtemps, le nom d’« indiennes » ou de « perses ». Les gens d’humeur conciliante disent de l’« indienne-perse ».

Les dessins n’en sont pasmodern-style, oh ! non. Ils ne renferment ni allégorie, ni symbole, ni sens caché, et sont accessibles aux esprits les plus simples. Il y a dans un dortoir lesHoraceset lesCuriaces, marron clair, dans un autre, l’Histoire de Joseph vendu par ses frères, de couleur lie de vin, puis unHaroun-al-Raschid, abricot très mûr,les Quatre Fils Aymon, d’un violet prune de Monsieur, des oiseaux huppés et empennés de la façon la plus effarante, sur des arbres plus effarants encore, le tout d’un bleu de vieille porcelaine, des anges — ou des amours, la chose ne fut jamais bien élucidée — d’un rose pâle sur fond crème.

Ces antiquailles auraient constitué des pièces de collection très intéressantes, mais les fillettes n’en ont cure ; elles traitent sans plus de façon le patriarche, le calife, les guerriers romains, les preux, l’oisellerie et les enfants joufflus.

Officiellement, chaque dortoir est désigné par le nom de son patron. Il y a l’Ange Gardien, le petit Jésus, Sainte-Anne, Sainte-Agnès, Sainte-Marthe, etc, mais les élèves préfèrent le classement par courtepointes. On dit, par exemple :

— Les Fils Aymon sont toujours en retard.

Ou bien :

— Les Paradisiers ont cassé un carreau, ce matin.

Ou encore :

— On a fait joliment du bruit, hier au Joseph.

Sept heures moins un quart. La cloche de sortie va bientôt sonner.

La semainière accomplit son office de rangement sous la surveillance de la petite novice. Quelques fillettes déjà prêtes s’occupent diversement. Les studieuses repassent une leçon ; les raffinées polissent leurs ongles sur un coin de leur tablier ; les coquettes examinent leurs dents ou rectifient leur coiffure devant l’unique petit miroir où l’on a bien de la peine à voir sa figure tout entière ; les babillardes ébauchent à voix basse une conversation où se mêlent des rires étouffés, des piques et même de petites disputes. Les lambines achèvent leur toilette, bousculées par la mère Saint-Boniface, gentiment aidées par la petite sœur au voile blanc dont la complaisance aplanit beaucoup de difficultés.

La porte s’ouvre sans bruit.

— Bonjour mes petites filles ; on est sages et bien portantes, ce matin ?

Toutes répondent à l’appel de cette voix douce et ferme qu’elles connaissent et qu’elles chérissent :

— Bonjour, mère Préfète.

— Sages,… fait la maîtresse, heu !… bien portantes… on n’a qu’à les regarder.

Le fait est que tous les minois sont frais et rosés, les mouvements prestes, l’œil vif.

— Alors, le vent n’a empêché personne de dormir ?

Les fillettes se regardent avec un étonnement interrogateur. Il a donc fait du vent ?…

— On a le sommeil robuste, à votre âge, fait la mère Assomption avec une maternelle indulgence ; le vent, toute la nuit, a soufflé en tempête, la mer est démontée… Ce matin, on ajoutera à la prière unAve maris stellapour les marins qui sont « dehors ».

« Les marins qui sont dehors… » il y a des milieux où l’on ne saisirait pas bien ; mais au couvent, tout le monde sait que « dehors », c’est le grand large. La mère Supérieure et la mère Préfète, qui sont les filles du célèbre amiral G., emploient tout naturellement les termes de la marine qui leur sont familiers, elles sont certaines d’être comprises.

Beaucoup de figures s’assombrissent ; il y a des fillettes qui ont un père, des frères, des oncles « dehors ». Mais si l’on ne heurte pas inutilement la sensibilité des enfants, on ne la ménage pas trop non plus. L’éducation est franchement altruiste. Et, par ce matin de mauvais temps, la mère Assomption juge bon de dire à ses élèves :

— Cette journée qui commence, d’autres que vous la vivront ; et parmi ceux-là, beaucoup sont moins bien partagés : il faut songer à eux.

Le soir.

Huit heures sonnent. Dans le grand vestibule, les pensionnaires sont déjà rangées, non plus par ceintures, mais par dortoir. Les deux gardiennes de la récréation veillent à ce que l’ordre et le silence soient rigoureusement respectés.

— Comment, on est encore en tumulte à l’Ange Gardien !

— Qui est-ce qui babille à Sainte-Agnès ?

Le défilé s’organise dans le bel escalier aux dalles blanches, à la rampe de fer ouvragé.

Parfois il se produit de petites altercations entre dortoirs.

— Montez donc, les Haroun, quels colimaçons !

Mais le silence étant officiellement établi, toute infraction est énergiquement réprimée par un :chut !

A la porte de chaque dortoir, la maîtresse attend son groupe. Avant de se séparer, on échange à voix basse quelques adieux :

— Bonsoir, Bénédicte !

— Bonsoir, Marie-Rose, Hélène, Charlotte.

On hasarde pour une maîtresse qu’on aime bien :

— Bonsoir, mère Saint-Jacques.

La religieuse qui, au fond, est sans doute flattée de l’attention, doit dire pour faire respecter le règlement :

— C’est du silence, cela, dites un peu !

Le dortoir est doucement éclairé par une lampe à huile. Les rideaux blancs sont clos ; tout est paisible et frais.

Sans qu’il soit besoin d’avertissements, rien que par l’influence du calme qui les entoure, les fillettes se recueillent, leur ton s’apaise, leurs gestes deviennent plus mesurés.

On se déshabille sans bruit avec cette chasteté qui s’ignore, tant elle est naturelle et coutumière ; et, un peu lasse, de quinze heures de travail, d’exercices et de jeu, on se met au lit.

Il est loin d’être douillet, le lit des petites pensionnaires : un sommier fort peu élastique, un matelas très plat, un traversin très dur, des draps de toile rêche et la fameuse courtepointe à bonshommes ; par terre, un gros paillasson qui pique les pieds quand il est trop neuf : c’est tout.

Encore, ce régime spartiate, certaines religieuses ont-elles le front de le trouver trop doux.

— Ah ! mes enfants !… on s’amollit de plus en plus. Vos mères ont été élevées autrement que cela.

Pendant la récréation du soir, la mère Préfète a entendu le rapport des maîtresses et des surveillantes du pensionnat. Elle sait que Georgette Mauriat n’a pas mangé au souper, que Françoise Louvière s’est plainte de mal à la tête, que Geneviève de Rocquemont et Madeleine Chantrier ont eu ensemble une explication un peu vive, que Suzanne Barouy s’est montrée indocile à l’étude, que Marie-Rose Courregeolles a dissipé tout le réfectoire ; et, avant de prendre du repos, elle tient à s’assurer par elle-même de la santé et de l’humeur de ses enfants.

Elle va au « coin » de celles qui lui ont été signalées ou qu’elle a pu remarquer elle-même. De sa voix toujours grave, mais où se devine une affection profonde, une indulgence sans bornes, elle encourage, apaise, console… ou gronde. Mais sa gronderie même est bonne, et les petites méchantes la préfèrent de beaucoup au silence.

Demain, peut-être, la sévérité aura pris du « revif », suivant l’expression des pensionnaires dont beaucoup sont familiarisées avec les termes de la marine ; mais la mère Préfète ne veut pas que ses filles s’endorment sur une pensée d’amertume, de révolte ou de chagrin.

—Asperges me Domine, hyssopo et mundabor.

—Lavabis me et super nivem dealbabor.

La maîtresse va de lit en lit, portant l’eau bénite aux petites filles. Et, comme on s’est éveillées le matin, on s’endort le soir, la prière sur les lèvres.

Quand, à neuf heures, la religieuse quitte le dortoir pour la cellule où, par une grande vitre mobile elle voit tout ce qui se passe à côté, les quinze têtes blondes ou brunes reposent sur l’austère chevet ; les respirations se rythment par le sommeil. Dans ce refuge clos et frais, aucun danger ne menace les petites dormeuses. Leurs âmes sont si pures que le mal ne saurait les effleurer même en rêve…

Sur la pointe des pieds, avec un geste de bénédiction, la maîtresse se retire.


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