VLES ENNEMIES

Deux paires d’antagonistes furent légendaires au couvent : la mère Saint-Joseph et Aliette Le Menn, la mère Saint-Boniface et Marie-Rose.

La mère Saint-Joseph est organiste ; de plus, elle fait une récréation et le réfectoire. Elle est encore maîtresse du dortoir Sainte-Anne ou des Horaces.

Ce n’est pas qu’elle soit méchante ni même trop sévère ; mais elle est tatillonne et bourrue. Elle punit sans cesse, quitte à biffer la punition quand on lui fait gentiment observer qu’elle est trop sévère, ou simplement quand on reconnaît ses torts. Mais elle aime l’ordre jusqu’à la manie, et c’est là une cause permanente de conflits. Il faut la voir, après chaque récréation passer la revue de Sous l’Allée.

« Hélène de Puyrenaud, vos caoutchoucs sont posés de travers ; il y en a un qui dépasse le casier. »

« A qui ce cerceau plein de boue qui salit la muraille ? »

« Et ce chapeau de soleil qui est suspendu par une coque de ruban ? »

« Tout le monde ne s’est pas décrotté les pieds ; faut-il donc que je passe désormais la revue des semelles ? »

Marie-Rose, qui a souvent maille à partir avec la mère Saint-Joseph, ne la prend pas trop au sérieux. « C’est le meilleur moyen d’en venir à bout », affirme-t-elle gravement. Un certain nombre de ses compagnes pensent de même. Et, si les rapports avec la mère Saint-Joseph comportent beaucoup de paroles, de fréquents chamaillis et pas mal de disputes, ils sont exempts d’amertume.

Il n’y a qu’avec Aliette que les relations sont tendues. Elles se sont prises mutuellement à rebours, et c’est pour la vie. La pauvre Aliette est du dortoir Sainte-Anne ; et comme elle est loin d’être ordonnée, les réprimandes pleuvent sur elle.

Alors, elle tient tête à sa maîtresse, raisonne, prétend qu’on lui en veut, — il faut convenir que les apparences légitiment cette affirmation, — et que c’est bien inutile qu’elle cherche à faire mieux, puisqu’on ne lui en tiendra aucun compte.

A la grande joie des pensionnaires, ces discussions se poursuivent jusque dans la solennité des Billets ; chacune des deux adversaires s’obstinant à avoir le dernier mot.

Comme Aliette avait fort heureusement l’esprit juste et droit, elle ne garda point rancune à la mère Saint-Joseph.

— Comprenez-vous, disait-elle, à Marie-Rose, bien des années plus tard, elle avait entrepris de m’inculquer l’ordre par n’importe quel moyen, elle n’était arrivée qu’à m’en inspirer l’horreur. Elle s’est trompée, mais ce n’était pas sa faute.

Il en fut de même pour la mère Saint-Boniface et Marie-Rose.

La Surveillante générale est pleine de qualités trop évidentes pour que nul songe à les mettre en doute. Chacun rend justice à son respect intransigeant du devoir, à l’équité de ses avis, à la fermeté de sa conscience. Mais elle est d’une vertu sévère, morose, implacable. Elle ignore le bon rire franc de la plupart de ses compagnes et le sourire indulgent de presque toutes.

Elle ne se contente pas de punir toute infraction à la règle, si menue, si inoffensive que soit cette infraction, elle recherche avec zèle tous les cas de répression et les utilise sans miséricorde. Son système éducatif veut que toute faute reçoive son châtiment. On peut dire qu’à cet égard Marie-Rose jouit d’un traitement dedéfaveur.

Toutefois, la loyauté force à convenir qu’elle agit par maladresse et non par méchanceté. Cette jeune nature très ouverte, avec des alternatives d’exubérante gaieté et de méditation profonde, lui semblait pleine de menaces pour l’avenir et elle résolut de la mater. Pour atteindre son but, elle employa les moyens qui lui parurent les plus efficaces : le ton habituellement grondeur, l’application la plus rigoureuse du règlement, les mortifications matérielles et morales, le regard toujours scrutateur et méfiant. « Par hasard, la conduite de l’enfant est correcte, mais sa pensée ?… n’y a-t-il rien à reprendre dans sa pensée ?… »

Ce système qui, du reste, ne la mata point, eut pour résultat de tenir Marie-Rose en état permanent de mutinerie, voire même d’indocilité, vis-à-vis de la Surveillante générale. Par bonheur, elle avait un bon fonds, elle se fâchait tout rouge, mais elle n’était ni boudeuse, ni rancunière. Son irritation s’évaporait en discours — discours brefs, mais énergiques — qui se terminaient généralement par l’aveu de ses fautes et la promesse de se corriger.

Au résumé, elle garda de ses luttes avec la mère Surveillante un souvenir égayé sans la moindre rancœur. Plus tard, même, quand la vie lui eut donné l’expérience, elle s’aperçut que, la mère Préfète et M. l’abbé mis à part, c’est la mère Saint-Boniface qui l’avait le mieux jugée, le mieux devinée. Le remède avait été mal appliqué, mais le diagnostic avait été exact.

La vérité est que la Surveillante était mauvaise disciplinaire. Comment lui avait-on confié ce poste très délicat dans un établissement où toutes les valeurs étaient si parfaitement utilisées ? c’est à n’y pas croire.

Mais la Supérieure la tenait en haute estime. Elle l’avait connue dans le monde — toutes deux étaient de la même société — et elle ne continuait à voir que les bons, les très beaux côtés de son caractère. Elle ne croyait pas, au surplus, qu’une direction un peu rude, mais toujours égale, pût nuire en quoi que ce fût, à la formation morale des enfants, et, dans une très large mesure, elle avait raison.

Mais le jour où ses neuf ans de souveraineté révolus, la mère Saint-Louis rentra dans le rang et fut remplacée par la mère Assomption, il y eut du changement. La mère Saint-Paul fut nommée Préfète, et la mère Saint-Jacques, Surveillante générale ; la mère Saint-Boniface réintégra la Communauté avec la qualité de conseillère que lui valait son temps de profession. Et, ainsi que le dirent les enfants, elle emporta tellement de regrets, qu’elle n’en laissa aucun.

Tout autre, plus pénible et plus amère fut l’impression laissée en Marie-Rose par deux religieuses, avec lesquelles heureusement, elle eut fort peu affaire.

La mère Saint-Jean-Baptiste fait la grande récréation du jeudi, les deux récréations du dimanche et la fameuse classe de comptabilité commerciale. Ce n’est pas qu’elle persécute la petite Gourregeolles, non ; elle affecte de l’ignorer. Jamais elle ne lui adresse la parole en dehors des nécessités du service. Si elle doit lui répondre, c’est de la façon la plus sèche, la plus concise, la plus détachée.

Marie-Rose, qui n’a pas l’âme fielleuse, tenta bien jadis quelques petites prévenances pour amadouer l’acariâtre, mais ses prévenances furent accueillies de telle façon qu’elle ne les renouvela pas, beaucoup moins par dépit que par discrétion.

Cette inimitié silencieuse ne mollit jamais ; et malgré les examens de conscience les plus minutieux, l’enfant fut incapable d’en découvrir la cause.

La mère Sainte-Catherine, elle, ne paraît jamais au Pensionnat, — c’est une des dignitaires de la Communauté, — mais on la rencontre quelquefois dans les allées et venues. Or, à la salutation réglementaire que lui adresse Marie-Rose, elle répond par un coup de tête très dédaigneux que l’enfant traduit de cette façon : « Vous croyez sans doute être quelque chose, mademoiselle Gourregeolles, et bien, vous n’êtes rien… deux fois rien… »

Marie-Rose aurait aisément pris son parti de cette attitude ; mais la mère Sainte-Catherine causa la seule injustice dont elle fut victime au couvent, et elle ne l’oublia jamais.

Donc, la mère Sainte-Catherine avait eu un petit accident qui l’obligeait momentanément à marcher avec une canne, et l’empêchait de tenir sa place dans les défilés de la Communauté. D’autre part, Marie-Rose avait l’observation aiguë et très amusée. Des choses, en apparence insignifiantes et que la masse n’avait point remarquées, la plongeaient dans des accès de fou rire dont elle ne pouvait se défendre.

Un dimanche, à la sortie des vêpres, Marie-Rose s’entendit interpeller par la Surveillante générale qui semblait écouter une plainte de la mère Sainte-Catherine.

— Mademoiselle Gourregeolles !… vous allez immédiatement demander pardon de votre inconvenance…, sans préjudice, bien entendu, d’une bonne punition pour mauvaise tenue au Chœur.

— J’ai été inconvenante, moi ?… fit Marie-Rose, au comble de l’étonnement, avec qui donc ?…

— Mademoiselle, répondit la plaignante, ne joignez point l’hypocrisie à votre méchanceté première ; quand je suis passée devant les rangs des pensionnaires en m’appuyant sur ma canne, vous m’avez adressé une grimace de moquerie.

— Moi ?… répéta l’enfant, surprise et chagrinée.

Elle était capable de bien des sottises et de bien des malices ; elle raillait volontiers les événements et les situations, mais jamais les personnes, à plus forte raison une personne infirme. Toute espèce de souffrance la faisait, au contraire, tressaillir douloureusement.

— Oui, mademoiselle Gourregeolles,vous… affirma la mère Sainte-Catherine ; n’essayez pas de mentir, je vous ai vue.

Cette fois, Marie-Rose se rebiffa. Après l’avoir accusée de mauvais cœur, voilà qu’on la soupçonnait de fausseté. Elle répondit avec violence :

— Si je m’étais moquée de vous, parce que vous avez mal au pied, mère Sainte-Catherine, je serais très coupable, en effet, et je n’aurais pas besoin qu’on me force à vous demander pardon ; mais je n’ai pas fait de grimace ; et si j’ai ri, c’est d’une chose qui me semblait drôle et à laquelle vous étiez tout à fait étrangère.

Avec un peu de diplomatie, il eût été facile de concilier les deux adversaires et d’éviter un conflit regrettable. Mais la mère Surveillante était tout le contraire d’une diplomate ; et, loin d’apaiser les querelles, elle excellait à les envenimer. Elle prononça avec autorité :

— Entre votre parole et celle de mère Sainte-Catherine, vous comprenez que je n’hésite pas.

— La mère Sainte-Catherine se trompe, voilà tout.

— Alors, vous refusez de demander pardon ?

— Oui, je refuse, déclara nettement Marie-Rose.

— C’est bien, mademoiselle, vous pouvez rejoindre vos compagnes ; mais votre punition commence dès maintenant ; vous êtes en interdit.

Si la mère Préfète avait été au Pensionnat, rien de ce qui suivit ne se serait passé ; elle aurait su dire que, du moment où sa fille déclarait n’avoir pas fait une chose, c’est qu’elle ne l’avait pas faite, — elle savait bien que l’enfant venait quelquefois près d’elle s’accuser de petits méfaits qui, par hasard, n’avaient pas été découverts, — et, sans désavouer complètement la mère Sainte-Catherine, elle aurait trouvé moyen de soustraire Marie-Rose à une punition qu’elle n’avait pas méritée.

Mais, par malheur, elle était malade à ce moment, et elle demeura encore absente dix jours. Pendant ces dix jours, Marie-Rose s’obstina, malgré l’intervention directe de la mère Supérieure. Jamais pareille résistance ne s’était vue, surtout en face de l’autorité suprême. La fillette était au silence pendant les récréations, elle défilait hors des rangs et elle assistait aux offices dans l’avant-chœur, toute seule sur une chaise.

Heureusement, des consolations lui venaient un peu de tous côtés. Si la mère Saint-Boniface la harcelait d’objurgations qui ne faisaient que l’endurcir, la mère Saint-Jacques prenait pour lui parler une voix plus douce, une voix attendrie presque ; et la bonne mère Sainte-Thérèse lui donnait chaque jour une image nouvelle. La mère Saint-Bernard continuait à son élève l’intérêt plein d’affection et d’estime qu’elle lui témoignait habituellement. Au résumé, les maîtresses semblaient ignorer l’incident.

Quant aux compagnes de Marie-Rose, quelques-unes, sans doute, se réjouissaient de la voir en si fâcheuse posture ; et Alice Gagneur lui disait avec un ton qui donnait envie de la gifler : « Je prie Dieu qu’il vous éclaire. » Mais Hélène et Charlotte l’approuvaient dans sa résistance ; Marthe Friardel pleurait à chaudes larmes à toutes les récréations, aux défilés, aux offices, chaque fois, en un mot, que la disgrâce de son amie était manifeste ; et Cormolin affirmait, de sa voix de crécelle : « Mlle Gourregeolles n’a rien fait ; je le sais bien, moi ; et c’est injuste de la mettre en pénitence. »

En somme la majorité était pour Marie-Rose. Même celles qui ne l’aimaient pas étaient forcées de rendre hommage à sa loyauté habituelle.

Au fond, tout de même, la petite révoltée gardait un peu d’inquiétude. Qu’est-ce que la mère Assomption pensait d’elle ?… Comment l’accueillerait-elle à son retour au Pensionnat ? Ce n’était pas la punition qui lui faisait peur, mais le jugement de son cher mentor.

Une après-midi, la mère Préfète vint au Pensionnat, très faible encore et très changée. C’était l’heure de la collation. A l’accueil enthousiaste de ses enfants, elle répondit par un sourire de satisfaction, mais fit signe qu’elle ne pouvait point parler. Elle avait craché le sang et il lui fallait encore beaucoup de ménagements. Puis, d’un geste, elle appela Marie-Rose, qui la suivit dans son cabinet.

— Ma chère fille, dit-elle, si bas qu’on avait peine à l’entendre, je suis revenue plus tôt que je n’aurais dû.

Les nerfs de l’enfant exaspérés par la lutte qu’elle soutenait depuis si longtemps se détendirent subitement et elle éclata en sanglots.

— Ne parlez pas, mère Assomption, supplia-t-elle, je comprends bien ce que vous voulez dire. J’ai eu tant de chagrin en pensant à vous ; mais je ne pouvais pas demander pardon à la mère Sainte-Catherine, puisque je ne me suis pas moquée d’elle… Si j’avais ri de son pied blessé, j’aurais été une très vilaine fille, mais je ne l’ai pas fait… Vous ne croyez pas, dites, mère Assomption, que j’aie pu le faire, ni que je me sois refusée à reconnaître mes torts… J’ai assez souvent besoin de faire des excuses pour que l’on ajoute foi à ma parole… et vous savez bien que je ne mens jamais… La mère Sainte-Catherine le croit, mais elle se trompe : voilà tout.

Marie-Rose parla encore longtemps ; toute l’amertume de son cœur débordait en protestations d’innocence pour elle-même, d’affectueuse soumission pour sa chère maîtresse, sans l’ombre d’une accusation pour celle qui, de très bonne foi, sans doute, mais avec une sévérité implacable, l’avait condamnée.

— Marie-Rose, dit enfin la mère Préfète, Notre-Seigneur avait-il commis tous les forfaits dont on l’accusa ?… et songea-t-il un seul instant à se révolter ?… Vous qui l’aimez tant, ne pourriez-vous l’imiter une fois par hasard ?… et vous sacrifier pour l’édification du Pensionnat ?…

La fillette se raidit devant la soumission que, tacitement, on exigeait d’elle. Elle aimait beaucoup la mère Préfète et elle était infiniment touchée de la voir revenir au Pensionnat rien que pour elle, mais toute injustice l’exaspérait.

La religieuse prit sur les rayons de sa bibliothèque, un livre qu’elle feuilleta, puis offrit ouvert à Marie-Rose.

— Lisez, ma fille… tout haut.

L’enfant lut d’une voix tremblante, ce texte qu’elle connaissait de longue date :

« Évangile, selon saint Mathieu : chapitreV, verset 38.

« Vous avez entendu qu’il a été dit : « Œil pour œil, dent pour dent. »

« Et moi, je vous dis de ne point résister aux mauvais traitements ; mais si quelqu’un t’a frappé sur la joue droite, présente-lui encore l’autre ;

« Et à celui qui vient disputer en jugement avec toi et t’enlever ta tunique, abandonne-lui encore ton manteau.

« Et quiconque te forcera à faire mille pas, fais-en encore deux autres mille avec lui.

« Vous avez entendu qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. »

« Et moi, je vous dis : « Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. »

« Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les Publicains ne le font-ils pas ainsi ? »

Marie-Rose se tut, calmée. Elle comprit que si la mère Préfète avait voulu l’amener à une soumission volontaire, elle avait tout de même reconnu d’une manière détournée, mais pleine de loyauté et de délicatesse, sa non-culpabilité. Pour un moment cette pensée lui fit oublier tous ses griefs.

— Je ferai ce que vous voudrez, ma mère, dit-elle avec une docilité sans restriction.

— Alors, venez avec moi ; il faut battre le fer pendant qu’il est chaud.

Toutes deux s’acheminèrent vers la Communauté ; et, en route, l’enfant babillait, le cœur allégé.

— Nous avions beaucoup de chagrin, vous savez, mère Assomption, pendant que vous étiez absente. Tout le monde était très pieux, à la prière pour les malades ; et moi, je disaisSalus infirmorumchaque soir avant de m’endormir.

Dans la cour de la Communauté, on trouva la mère Supérieure et la mère Sainte-Catherine qui se promenaient, chacune de son côté, en récitant les Heures.

Un peu chiffonnée que l’on n’ait même pas mis sa soumission en doute, Marie-Rose s’avança vers la mère Sainte-Catherine et dit tout court :

— Pardon, ma mère.

La religieuse ne répondit point d’abord, semblant trouver que c’était un peu sec. Mais la mère Préfète dut faire signe qu’il ne fallait pas exiger davantage, car la prétendue offensée répondit d’un ton solennel :

— Je vous pardonne, mademoiselle.

Ce fut tout. Marie-Rose ne présenta point son front pour le baiser de paix ; et, après un geste d’approbation de la mère Préfète, elle tourna les talons et regagna le Pensionnat.

L’interdit prononcé contre elle fut levé au milieu d’un tumulte joyeux. On criait :

— Vive Marie-Rose !

— Vive Gourregeolles !

Toutes les parties de ballon et de corde à sauter lui offrirent une place d’honneur. Marthe Friardel sanglota ; Cormolin ne perdit pas une si belle occasion de pousser des cris aigus ; et une Verte insista jusqu’à l’indiscrétion pour qu’elle acceptât un restant de tartine rongée tout autour.

Marie-Rose ne goûta que fort peu l’ovation dont elle était l’objet. Son âme, douloureusement ulcérée, étant à d’autres pensées.

Pour la première fois, elle évaluait ce que ce motinjusticepouvait contenir de tort et de souffrance. Cette idée, qu’elle avait eu le temps de ressasser pendant ses longues heures de silence et qui, d’ailleurs, trouvait en elle un terrain favorable, devait être, par la suite, cause de ses pires heures d’amertume et de révolte.

Si la mère Sainte-Catherine avait pu se rendre compte du mal qu’elle venait de faire à cette enfant de treize ans, difficile de caractère, mais pleine de droiture et de bonne volonté, elle n’aurait pas été fière de sa victoire.


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