V

Marion avait sorti d’un vieux cabas de molesquine noire unNouveau Testamentqui était illustré de photographies représentant l’actuel pays de Judée.

Ces photographies étaient la chose la plus émouvante du monde, bien que, sous des noms magnifiques, comme Nazareth, Bethléem, Gethsemani, des noms à ce point riches de poésie, de légende et d’histoire, il n’y eût la plupart du temps que de pauvres bourgades, des terres pelées, des buttes caillouteuses, des arbres chétifs… Mais d’entre tout cela, malgré tout, on voyait se lever, blanches et pures, les ombres du Fils de l’Homme et de ses apôtres, — ombres de vérité ou de rêve, ce qui n’importe guère : car la noblesse qui vient de l’un équivaut bien à la grandeur qui vient de l’autre.

Ces petites images avaient l’air d’éveiller dans le cœur de Marion un monde de pensées. Elle resta en contemplation pendant un long, long moment devant une gravure où l’on voyait une sorte de petite colline basse au flanc de laquelle paissait un troupeau de moutons : c’était le Mont des Oliviers. Et quand elle tourna la page, je lui posai une question sur je ne sais plus quoi, pour qu’elle me regardât : ses yeux étaient pleins de larmes.


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