Un jour, un des guichetiers entra dans ma prison d’un air mystérieux, et me dit :
« Quand lasioraZanze était ici… comme le café était apporté par elle… et qu’elle s’arrêtait longtemps à causer…, je craignais que la mauvaise fourbe n’épiât tous les secrets de monsieur…
— Elle n’en a pas épié un seul, lui dis-je en colère ; et moi, si j’en avais eu, je n’aurais pas été assez simple pour me les laisser arracher. Continuez.
— Pardon, voyez-vous ; je ne dis pas que monsieur soit simple, mais moi je ne me fiais pas à lasioraZanze. Et maintenant que monsieur n’a plus personne qui vienne lui tenir compagnie…, je me permets… de…
— Quoi ? Expliquez-vous une bonne fois.
— Monsieur me jure d’abord de ne pas me trahir ?
— Eh ! pour jurer de ne pas vous trahir, je le peux ; je n’ai jamais trahi personne.
— Monsieur dit donc vraiment qu’il le jure, hein ?
— Oui, je jure de ne pas vous trahir. Mais sachez, imbécile que vous êtes, que celui qui serait capable de vous trahir serait aussi capable de violer un serment. »
Il tira une lettre de sa poche, et me la remit en tremblant, et en me conjurant de la détruire quand je l’aurais lue.
« Restez là, lui dis-je en l’ouvrant ; aussitôt lue, je la détruirai en votre présence.
— Mais, monsieur, il faudrait répondre, et je ne puis attendre. Que monsieur fasse à son aise, seulement mettons-nous en intelligence. Quand monsieur entendra venir quelqu’un, qu’il sache que, si c’est moi, je chanterai toujours l’air :Sognai mi gera un gato. Alors monsieur n’a pas de surprise à craindre, et il peut garder dans sa poche un papier quelconque. Mais s’il n’entend pas cette chanson, ce sera un signe que ce n’est pas moi, ou que je suis accompagné. Dans ce cas, qu’il se garde de tenir jamais aucun papier caché, car ce pourrait être une perquisition ; mais, s’il en a un, qu’il le déchire avec soin et le jette par la fenêtre.
— Soyez tranquille ; je vois que vous êtes prudent, et je le serai, moi aussi.
— Pourtant monsieur m’a traité d’imbécile.
— Vous faites bien de me le reprocher, lui dis-je en lui serrant la main. Pardonnez-moi. »
Il s’en alla et je lus :
Je suis…(et ici il disait son nom)un de vos admirateurs. Je sais toute votreFrancesca da Riminipar cœur. On m’a arrêté pour…(et ici il disait la cause de son arrestation et la date),et je donnerais je ne sais combien de livres de mon sang pour avoir le bonheur d’être avec vous, ou d’avoir au moins une prison contiguë à la vôtre, afin que nous puissions parler ensemble. Depuis que j’ai appris par Tremerello, — c’est ainsi que nous appellerons notre confident, — que vous, monsieur, étiez prisonnier, et pour quel motif, j’ai brûlé du désir de vous dire que personne ne vous plaint plus que moi, que personne ne vous aime plus que moi. Seriez-vous assez bon pour accepter la proposition suivante, c’est-à-dire d’alléger ensemble le poids de notre solitude en nous écrivant ? Je vous promets, en homme d’honneur, qu’âme au monde ne le saura jamais par moi, persuadé que, si vous acceptez, je puis espérer de vous la même discrétion. — En attendant, pour que vous ayez quelque connaissance de moi, je vous ferai un abrégé de mon histoire.
Je suis…(et ici il disait son nom)un de vos admirateurs. Je sais toute votreFrancesca da Riminipar cœur. On m’a arrêté pour…(et ici il disait la cause de son arrestation et la date),et je donnerais je ne sais combien de livres de mon sang pour avoir le bonheur d’être avec vous, ou d’avoir au moins une prison contiguë à la vôtre, afin que nous puissions parler ensemble. Depuis que j’ai appris par Tremerello, — c’est ainsi que nous appellerons notre confident, — que vous, monsieur, étiez prisonnier, et pour quel motif, j’ai brûlé du désir de vous dire que personne ne vous plaint plus que moi, que personne ne vous aime plus que moi. Seriez-vous assez bon pour accepter la proposition suivante, c’est-à-dire d’alléger ensemble le poids de notre solitude en nous écrivant ? Je vous promets, en homme d’honneur, qu’âme au monde ne le saura jamais par moi, persuadé que, si vous acceptez, je puis espérer de vous la même discrétion. — En attendant, pour que vous ayez quelque connaissance de moi, je vous ferai un abrégé de mon histoire.
Suivait l’abrégé.