Chapter 21

IVmort et résurrection

IV

mort et résurrection

Par une belle après-midi du 10 mars, nous étions tous trois occupés à rédiger notre numéro 6, quand, à travers la porte vitrée de notre salle de rédaction, nous vîmes s’avancer un homme vêtu de noir. Il frappa discrètement au carreau. Il tenait à la main une feuille de papier bleuâtre, couverte de griffonnages, qu’il nous tendit, après avoir été introduit.

—Ça y est, dit Sornet, notre gérant, en prenant la feuille.

C’était la notification par huissier de notre suppression, par arrêté signé Vinoy.

Sornet piqua la feuille à la cloison.

—Nous paraîtrons quand même! A Paris ou autre part... Partons à Lyon!

Simon et Aubouin furent convoqués. Ils firent un peu la grimace quand nous leur eûmes expliqué notre projet. Humbert et Vermersch partaient pour Lyon. Moi, je restais à Paris, montant la garde. Le lendemain, on ramasserait tout l’argent dû par les vendeurs. Et au large! S’il arrive quelque chose ici, eh bien! je m’arrangerai. Du reste, nous conservons la composition du numéro, déjà commencée. Ce sera toujours cela de fait.

Vermersch et Humbert, accompagnés de Simon, se mirenten route le soir même. Les affiches furent posées à Lyon. Mais nul besoin de faire paraître le journal. Le 18 mars éclata.

Le 21 au matin,[137]les crieurs gueulaient à qui mieux mieux «La Grande Joie du Père Duchêne de pouvoir enfin causer des affaires de la Nation avec les bons patriotes qui ont chassé tous les jean-foutres de l’Hôtel de Ville».

Humbert et Vermersch, à peine connue et affirmée la victoire des Buttes, avaient sauté dans le train. Je déjeunais dans notre petit caboulot de la rue de l’École-de-Médecine—une des vieilles maisons à pignon disparues il y a quelques années—quand je les vis entrer, triomphants.

Nous nous embrassâmes. C’est tout juste si nos larmes ne coulèrent pas dans les rognons sautés qui fumaient devant moi...


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