Si de l’or flâne en mon gilet,Qu’on le porte chez Rachel, filleQui reste seule, sans famille,Et loge près du Châtelet.Elle est jolie et mal famée;Elle a l’œil bleu, grand et moqueur,Et c’est des reines de mon cœurCelle que j’ai le mieux aimée.[176]Voir au sujet de ces complots, lesPapiers Posthumes, de Rossel (pages 119 et suivantes) et laCommune vécuede G. Da Costa (tome II, pages 190 et suivantes).[177]Nous faisions brocher en fascicules de dix numéros les bouillons qui nous rentraient. Les soixante premiers numéros ont été ainsi brochés en fascicules de couleurs: jaune (1-10), ocre (11-20), bleu (21-30), vert (31-40), rouge (41-50), violet (51-60). Au dos de la couverture, reproductions de proclamations, appels, discours, etc.[178]Le passage du Saumon, récemment détruit, a fait place à la rue Bachaumont. Bien entendu, nous ne revîmes jamais les 7.000 collections brochées duPère Duchêne. Qui se les appropria? Ce qui est certain, c’est qu’ils furent vendus à très bon compte aux amateurs. Il fut même fait, avec nos clichés restés à l’imprimerie, de nouveaux tirages. J’écrivis un jour de Genève (juillet 1871), au personnage qui nous avait ainsi dépouillés honteusement, pour lui demander humblement de m’envoyer une collection. Il ne me répondit pas. Je n’imprime pas son nom ici. Il est mort depuis longtemps.[179]Humbert, arrêté, était alors à Versailles, attendant sa comparution devant le conseil de guerre qui le condamna aux travaux forcés à perpétuité. Vermersch et moi fûmes condamnés à mort par contumace. 3econseil de guerre, audience du 20 novembre 1871.[180]Vermersch oublie ici notre dîner du dimanche de l’entrée des troupes.[181]Voici le titre de ce numéro faux: «La Grande Jubilation du P. D., avec son salut aux jean-foutres de Versailleux, qui viennent d’eux-mêmes se jeter dans la mélasse; son grand appel aux bons bougres du faubourg Antoine et du 20earrondissement, et son projet d’illumination générale de la Ville de Paris.» Imprimé à 100 exemplaires numérotés. Je possède le numéro 80. Et je l’ai même payé 5 francs![182]Voir un curieux passage (page 212) du livreVingt ans de Police, souvenirs et anecdotes d’un ancien officier de paix. Paris, Dentu, 1881. Voir aussi mon article,Fausse monnaie, Médailles suspectes, paru dans l’Auroredu 11 juin 1907.[183]Pour donner une physionomie exacte de cette brasserie Glaser, ou brasserie Saint-Séverin, restée célèbre dans les fastes révolutionnaires, j’ai cru devoir faire remonter mes notes jusqu’aux derniers mois de l’Empire, et, ensuite, aux grandes journées du siège.[184]Oudet (Emile). Membre de la Commune (19earrondissement). Membre de la commission de sûreté générale.[185]Courbet (Gustave), membre de la Commune (6earrondissement). L’auteur de laRemise des Chevreuils, l’Enterrement d’Ornans, etc.[186]Lullier (Charles), lieutenant de vaisseau démissionnaire. Membre du Comité central. Arrêté, il s’échappa et combattit violemment la Commune. Il n’en fut pas moins condamné à mort, commué aux travaux forcés.[187]Eudes (Emile), membre de la Commune (11earrondissement). Membre du Comité de Salut public (10 mai).[188]Brideau (Gabriel), chef de la police municipale sous la Commune.[189]On découvrit, en 1870, que Puissant faisait, depuis de longues années, partie de la police. Voir l’article de M. Jules Claretie,l’Homme sans nom, dans leTempsdu 26 novembre 1908, et ma chronique de l’Auroredu 30 novembre 1908:A propos de l’Homme sans nom.[190]Enquête parlementaire, édition en un seul vol., page 266.[191]LePère Duchêne. No28 du 23 germinal an 79/12 avril 1871.[192]C’est dans leJournal des Débatsque parut (15 avril 1848) la belle et poignante réponse de Blanqui au document Taschereau.[193]Constant Thérion a servi, dit-on, de modèle à Daudet pour son Élysée Méraut desRois en exil.[194]Caria (Léopold), blanquiste. Prit part à l’affaire de La Villette. A l’état-major de la Légion d’honneur avec Eudes. Condamné aux travaux forcés par conseils de guerre.[195]Briosne, élu membre de la Commune (9earrondissement) aux élections complémentaires du 16 avril. Refusa de siéger.[196]J’ai déjà parlé plus haut (page 72) de ces lettres.[197]Voici ces deux derniers documents. D’abord le court billet de rappel, daté de Mazas, adressé par le prélat prisonnier à son grand-vicaire:L’archevêque de Paris à M. Lagarde, son grand-vicaire.M. Flotte, inquiet du retard que paraît éprouver le retour de M. Lagarde, et voulant dégager, vis à vis de la Commune, la parole qu’il avait donnée, part pour Versailles à l’effet de communiquer son appréhension au négociateur.Je ne puis qu’engager M. le grand-vicaire à faire connaître au juste à M. Flotte l’état de la question, à s’entendre avec lui, soit pour prolonger son séjour de vingt-quatre heures, si c’est absolument nécessaire, soit pour rentrer immédiatement à Paris, si c’est jugé plus convenable.De Mazas, 19 avril 1871.G... archevêque de Paris.Flotte n’alla pas lui-même à Versailles. Ce fut le jeune fils de madame Antoine (sœur de Blanqui) qui s’y rendit, porteur du billet de rappel de Monseigneur Darboy.Quand Antoine se présenta au domicile de l’abbé Lagarde—je tiens de lui-même ces détails qu’il me donna dès son retour de Versailles—il lui fut répondu que le vicaire-général était en conférence et qu’il lui était impossible de se déranger.Antoine fit remettre à Lagarde le billet de l’archevêque. Quelques minutes après, un domestique lui rapportait un chiffon de papier sur lequel le grand-vicaire avait transcrit au crayon, cette réponse laconique mais claire:M. Thiers me retient toujours ici, et je ne puis qu’attendre ses ordres, comme je l’ai plusieurs fois écrit à Monseigneur. Aussitôt que j’aurai du nouveau, je m’empresserai d’écrire.Lagarde.A dater de ce jour, Lagarde ne donna plus signe de vie. Quand il revint sain et sauf à Paris, l’archevêque son maître était tombé sous les balles de la Roquette.[198]Glaser mourut en janvier 1871, victime de l’épidémie de petite vérole qui sévit en ces jours déjà si lugubres. Nous le conduisîmes au cimetière Montparnasse. Pendant que l’un de nous prononçait, sur le bord de la fosse, quelques paroles d’adieu au vaillant camarade (Glaser était capitaine dans un bataillon de marche de la garde nationale), un obus éclata tout près au milieu des tombes.[199]L’insurrection n’est point encore, à cette date du 1ermars, maîtresse de Paris. Mais nous sommes, depuis la capitulation, en pleine ville révoltée.[200]Les statues étaient encore voilées de noir en avril. LePère Duchênenuméro 36 du 1erfloréal (20 avril) demande que ces voiles soient enlevés:«Ça n’est plus un voile noir qu’il faut mettre aux bonnes villes de France,«C’est un drapeau rouge qu’il faut leur foutre dans la main!»[201]La pension Laveur, où fréquentaient Courbet, Pierre Dupont, Vallès, tant d’autres, était installée, au no7 de la rue des Poitevins, dans l’ancien hôtel de Thou-Panckouke. Le percement de la rue Danton la fit disparaître en 1896. Un petit-neveu de Laveur a transporté la maison rue Serpente.[202]Voir la reproduction de cette carte dans l’albumGuerre, Invasion et Commune, d’Armand Dayot, page 283.[203]Ce tableau de Daubigny,la Moisson, a été transporté en 1907 au Louvre.[204]De temps immémorial, «l’astronome» de la place Vendôme avait installé sa lunette sur le trottoir qui encercle la grille du monument. Pour une maigre rétribution, il décrivait aux amateurs les spectacles du ciel. La lunette était restée là pendant le siège et pendant la Commune.[205]La Victoire ailée, qui reposait sur la dextre de César, disparut, comme elle avait déjà disparu (pas la même) en 1814. Ses traces ne sont point encore retrouvées. Le musée Carnavalet possède dans ses vitrines un tout petit morceau du monument brisé le 16 mai. Je connais deux autres échantillons, dont l’un est une tête de soldat arrachée aux frises. L’autre, plus considérable, est l’un des quatre boulons qui vissaient, sur la calotte supérieure, le César jeté bas par la Commune. Ce boulon, qui était, en 1895, entre les mains de mon ami J.-B. D..., fut scié par lui en trois morceaux. L’un de ces trois morceaux me sert de presse-papier.[206]Reclus (Élisée), géographe. Auteur de laGéographie universelle. Simple garde national, il fut fait prisonnier au plateau de Châtillon (4 avril). Condamné à la déportation. Commué en bannissement. Né en 1830. Mort en 1905.—Son frère Reclus (Elie), auteur desPrimitifs, nommé par la Commune directeur de la Bibliothèque nationale (30 avril). Né en 1827. Mort en 1904.[207]Journalistes, peintres, poètes même, criaient haro sur le grand artiste. Dans une plaquette de 12 pages:Sauvons Courbet!, éditée chez Lemerre, M. Emile Bergerat s’écriait:Qu’il vive! extasié devant son ombilic!Les pouces sur le ventre, à la façon des Carmes!Qu’on l’engraisse! et qu’ouvert nuit et jour au public,Il crève de vieillesse entre quatre gendarmes!Et le naïf géant qu’était Courbet s’affolait, à la lecture de ces généreuses productions![208]A l’audience du 14 août 1871 (procès des membres de la Commune), Courbet répondant à une interrogation du président, exposait ainsi son projet de déboulonner la colonne et de la réédifier aux Invalides:Le président.—Il paraît que la colonne Vendôme vous était particulièrement désagréable. Dès le 14 septembre (1870), vous en demandiez la démolition.Courbet.—... Pour moi, cette colonne obstruait. Un individu n’a pas le droit d’entraver la circulation. Cette colonne était mal placée... Moi je ne considérais la chose qu’au point de vue plastique. Je n’avais aucune haine contre la colonne, puisque mon oncle a été un des officiers du premier Empire; mais je voulais la mettre ailleurs, où elle fut mieux en vue. Je voulais la déboulonner. Si vous aviez fait attention, au point de vue de l’art, à cette colonne, vous auriez été de mon avis. C’était une mauvaise reproduction de la colonne Trajane. C’était de la sculpture comme un enfant en ferait. Pas de perspective. Rien. Les figures sont absolument grotesques.Le président.—C’est alors un zèle artistique, tout simplement, qui vous poussait à en vouloir à cette colonne.Courbet.—Tout simplement. Sur la place Vendôme c’était une prétention malheureuse d’œuvre d’art qui faisait rire les étrangers. Aux Invalides, c’était autre chose. C’était un souvenir militaire qui n’avait pas besoin d’être artistique.[209]Gaillard (Napoléon). Cordonnier. Orateur connu des réunions publiques. Nommé par Rossel colonel directeur des barricades (1ermai).[210]Le haut fonctionnaire était M. de Salignac de Fénelon, qui vint, très loyalement, déposer favorablement au procès de notre ami Albert Callet, qui s’était, en même temps que Paget, Pilotell, Roullier, installé, le 19 mars, rue de Grenelle.[211]Après les élections du 26 mars, la Commune nomma une commission de l’enseignement. Le 20 avril, elle choisit Vaillant comme délégué à l’Instruction publique.[212]Ce portail—un lourd chapiteau que supportaient quatre colonnes, et un escalier d’accès—n’existe plus. Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu qui se trouvaient au Parvis ont été démolis après la guerre.[213]Les premières flammes jaillissent à dix heures du beffroi de l’Hôtel de Ville.[214]Paget pêchait, assis à l’entrée d’un des «cagnards» de l’ancien Hôtel-Dieu. Voir au musée Carnavalet un tableau représentant les cagnards disparus.[215]VoirEnquête Parlementaire du 18 Mars, édition en un volume, page 286. M. de Quinsonas avait été, pendant la lutte contre la Commune, officier d’ordonnance du général de Cissey.[216]Je reparlerai plus loin, dans le chapitreMatin de Bataille, de Joseph Moutier.[217]VoirEnquête Parlementaire sur l’Insurrection du 18 mars, édition en un volume, page 295. Déposition de M. le comte de Mun (orthographié par erreur, dans cette édition, de Mung).[218]V.Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1871,le 18 mars, par E. de Pressensé. V. E. Rousse.Lettres à un ami, II, 287. Hachette, 1909.[219]V. p. 190,Déjeuner chez Protot.[220]Ducrot (Auguste), commandant la deuxième armée, destinée à opérer sur la Marne. Sa proclamation du 28 novembre 1870 se terminait par cette phrase: «Pour moi, j’en fais le serment devant la nation tout entière, je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux.»[221]Le café d’Orsay était situé au coin de la rue du Bac et du quai d’Orsay, en face du pont Royal. Il a disparu lors de l’achèvement des bâtiments de la Caisse des Dépôts et Consignations.[222]Rosalie Bordas s’était rendue populaire en interprétant la chansonla Canaille, écrite par Alexis Bouvier au lendemain du meurtre de Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte. Après la déclaration de guerre, elle chanta avec grand succèsla Marseillaiseà la Scala.[223]Camélinat, l’un des fondateurs de l’Internationale. Nommé par la Commune directeur de la Monnaie. Plus tard, député de Paris.[224]Cet exemplaire (le mien) de la pièce de cinq francs frappée par la Commune a été reproduit dans l’albumla Guerre,l’Invasion,la Commune, d’Armand Dayot, page 299.[225]Un second type de pièce portait sur la tranche la mention:Travail, Garantie Nationale. (Voir plus loin la lettre de Camélinat.)[226]Pas tous. Au ministère de la Justice, où j’allais souvent déjeuner avec Protot, il m’est arrivé, à maintes reprises, de me servir de couverts d’argent aux armes fleurdelysées.[227]Il n’existe plus à la Monnaie aucune trace de l’exécution de cette tranche. Je m’en suis assuré près de la direction.[228]La lettre de Camélinat, en dehors des renseignements précieux qu’elle donne sur la Monnaie le mercredi 24 mai, fixe, par ce détail, l’heure de l’exécution de Beaufort. (Voir plus haut, page 66.)[229]On m’a assuré que Lonclas faisait également partie de cette délégation.[230]Le signataire de cette curieuse lettre est un industriel connu.[231]Maxime Du Camp (Convulsions, 8eédition, I. 293) nie formellement l’incident Delescluze. Il n’ignore pas la deuxième démarche d’Arnold, mais il ne sait rien de ce qui se passa à la porte de Vincennes. Il traite de «déposition erronée», le récit, pourtant exact, bien que malveillant, d’un sieur Reculet, qui a assisté à la scène du refus de passage par les gardes. (VoirEnquête Parlementaire, 18 mars, édit. en un vol., p. 522).[232]M. Washburne était alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris. Il avait fait, avec son secrétaire particulier, Mac-Kean, de nombreuses démarches pour faire mettre en liberté Monseigneur Darboy.[233]V. plus haut, p. 85,le Fusillé du Pont-Neuf.[234]Quand l’amnistie nous eut rouvert les portes de Paris, il nous prit envie d’aller, un soir, dîner chez Lapeyrouse, dans cette même salle du rez-de-chaussée, donnant sur le quai, où j’avais passé, le 24 mai 1871, une heure tragique. J’invitai un ami, comme moi retour d’exil. Nous avions longuement causé. Nous étions restés seuls.—Tiens, me dit l’ami, si tu réclamais la monnaie de ton billet de cent? Après avoir réglé l’addition, nous fîmes venir le gérant. Bien entendu, je n’avais pas la moindre intention de rentrer dans mon dû. Le gérant écouta, grave et souriant à la fois.—Dommage, monsieur, conclut-il en s’inclinant, vraiment dommage. Depuis 1871, la maison a changé de propriétaire. Voulez-vous, cependant, que je communique votre réclamation à la caisse?—Non, non, ne réclamez rien. Nous nous ferons rembourser cela à la prochaine. Et nous nous levâmes en riant, heureux tous deux d’avoir bavardé, en pleine liberté, dans cette salle où nous avions failli perdre la nôtre, et peut-être même plus encore.[235]Lisbonne (Maxime), colonel fédéré. Blessé le 25 mai boulevard Voltaire, condamné à mort, commué aux travaux forcés.[236]Rigault fut tué, vers trois heures, d’un coup de revolver, au pied de la barricade Royer-Collard, par le sous-officier qui le conduisait au Luxembourg.[237]La poudrière du Luxembourg sauta, très exactement, à midi vingt-huit minutes. (Témoignage d’un ami, habitant rue d’Assas, qui nota l’heure.)[238]Voir plus haut,Une journée à la Cour martiale du Luxembourg, p. 10.[239]La «boutique à Roullier» occupait les locaux du rez-de-chaussée, aujourd’hui dépendance du Collège de France, numéro 9 de la place Marcellin-Berthelot.[240]La Misère, petite feuillein-quarto. Sept numéros, du 6 au 12 février 1870. Rédacteurs: A. Passedouet, Maxime Vuillaume, Henri Bellenger, etc. Gérant: Léon Sornet. Imprimerie Rochette, 72-80, boulevard Montparnasse.La Misèrevendait la brochurele Droit du Travailleur, par le citoyen Paget-Lupicin.—Passedouet, condamné à la déportation, mourut en Calédonie. Léon Sornet fut le gérant de notrePère Duchêne.[241]On ne disait pas encore, en ce temps-là, à la vérité,anarchiste. On se contentait d’être révolutionnaire.[242]Le café Huber occupait l’angle de la rue Monsieur-le-Prince et des escaliers, encore existants, de la rue Antoine-Dubois. La maison, disparue, a fait place aux bâtiments de l’Ecole pratique de Médecine.[243]Roullier avait toujours travaillé en échoppe. Avant de s’être installé dans son atelier du «Collège de France», il avait battu la semelle 9, rue du Sommerard, au rez-de-chaussée de la maison que j’habitais. Longuet, qui demeurait à côté, au coin de la rue des Carmes et de la rue du Sommerard, y venait tailler de longues bavettes avec le citoyen savetier.[244]La reprise d’Hernaniau Théâtre-Français eut lieu le 20 juin 1867. La soirée fut des plus tumultueuses. La jeunesse des écoles y manifesta bruyamment, applaudissant à outrance les passages qui renfermaient quelque allusion hostile au régime impérial.[245]C’était, on le sait, un faux Vallès, qui avait subi ces tortures. D’autres infortunés furent ainsi passés par les armes, sur la dénonciation de quelque passant qui croyait reconnaître en eux, tantôt Billioray, tantôt Ferré, Vaillant, d’autres encore.[246]LeMoniteur Universeldu 1erjuin 1871.[247]«Le nombre des dénonciations anonymes adressées, soit aux quartiers généraux de l’armée, soit aux mairies, soit à Versailles, soit enfin, le plus grand nombre, aux commissaires de police de Paris, s’élève, depuis le 22 mai jusqu’au 13 juin, à 379.823. Le numéro d’ordre d’enregistrement à la Préfecture de police, où ces correspondances sont centralisées, a permis d’établir cette statistique de l’anonymat.» (Opinion Nationaledu 16 juin 1871).[248]LaPetite Pressedu 8 juin 1871.[249]LaPetite Pressedu 20 juin 1871.[250]Bellenger se trompait. Humbert était caché aux Batignolles, rue Truffault. Dénoncé par le concierge (15 juin), il fut conduit au commissariat de police voisin, où un agent le reconnut. Humbert protesta. Mais on découvrit chez les braves gens qui lui avaient donné asile une lettre adressée le matin même par sa mère. Madame Humbert demeurait 14, rue Soufflot. On y conduisit le prisonnier. Quand elle vit son fils, la pauvre mère se jeta dans ses bras. Humbert était perdu. On l’emmena dans un fiacre, d’où il s’échappa. Il fut repris à l’Odéon. A Versailles, il fut reçu par le fameux commissaire Clément, celui que nous appelions sous l’Empire le «vieux mouchard».—Je vous attendais, dit ironiquement Clément quand il se trouva en face d’Humbert. On sait qu’Humbert fut, le 21 novembre 1871, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le conseil de guerre.[251]Des trois rédacteurs duPère Duchêne, deux furent condamnés à mort par contumace: Vermersch et moi. Le troisième, Alphonse Humbert, présent, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il fit ses huit années de bagne. Je les aurais certainement faits comme lui. (Procès duPère Duchênedevant le conseil de guerre, audiences des 20 et 21 novembre 1871).[252]Razoua, arrêté le 17 juillet, fut remis en liberté dans les derniers jours d’août, le gouvernement français n’ayant fourni aucune preuve à l’appui de sa demande d’extradition. Voir pour détails,la Proscription française en Suissepar A. Claris. Genève, 1873. Bibliothèque nationale Lb57, 1702.[253]Brunereau (Louis), ancien délégué à la commission du travail du Luxembourg en 1848, chef du 117ebataillon sous le siège, du 228eaprès le 18 Mars.[254]Gambon (Ferdinand), membre de la Commune (10earrondissement), ancien représentant du peuple à la Constituante (1848), député à l’Assemblée nationale (1871). Membre du Comité de Salut public (10 mai).[255]Martelet, membre de la Commune (14earrondissement). Représenta la Commune aux obsèques de Pierre Leroux.[256]Legrandais, chef de bataillon après le 18 Mars. Plus tard, conseiller municipal du quartier Clignancourt (Montmartre).[257]LeRappeldu 10 février 1870 raconte ainsi son arrestation: «M. Bazire, rédacteur à laMarseillaise, a été arrêté à deux heures sur le quai de l’Orangerie. L’empereur se promenait sur la terrasse. Le citoyen Bazire a levé son chapeau et crié: Vive la République! Des agents se sont jetés sur lui et l’ont arrêté sur le champ.»[258]Nina Gaillard, dite Nina de Villars, musicienne et poète. Femme séparée d’Hector de Callias, journaliste, frère du peintre Horace de Callias. Nina avait ouvert, dans son appartement de la rue Chaptal, un salon littéraire, artistique et bohème où fréquentaient, à coté de poètes et d’artistes, des révolutionnaires comme Raoul Rigault et d’autres. Prise de peur après la répression versaillaise, elle s’enfuit à Genève. Elle y donna des concerts de musique classique, où elle se faisait présenter sur la scène par l’ancien membre de la Commune, fusionnien, Babick, vêtu d’une redingote à la polonaise, boutonnée jusqu’au col, bottes montantes, et ceinture rouge à la taille. Le public genevois, effaré, déserta vite. Quand elle fut rassurée, Nina retourna à Paris, où elle s’installa, avec sa mère, rue des Moines, aux Batignolles, son salon toujours ouvert. On y rencontrait Charles Cros, le musicien Cabaner, Ghys, Catulle Mendès, Bazire, etc.[259]Massol (Léon), ingénieur. Il s’adonna plus tard aux études pasteuriennes. Membre du Comité de l’Institut Pasteur, il mourut en décembre 1909 directeur du laboratoire de bactériologie de l’Université de Genève, qu’il avait créé.[260]Dumay (Jean-Baptiste), ouvrier mécanicien, maire du Creusot après le Quatre-Septembre, y proclame la Commune le 26 mars. Le mouvement avorté, il se réfugie en Suisse et est attaché, jusqu’à l’amnistie, aux travaux de percement du Gothard. Plus tard, député de Paris.[261]Babick, membre de la Commune (10earrt). Membre de la commission de justice et de la commission des travaux publics.[262]Razoua (Eugène), homme de lettres, ancien maréchal des logis de spahis, rédacteur duRéveilde Delescluze. Représentant de Paris à l’Assemblée nationale (1871), démissionnaire. Colonel commandant l’Ecole militaire.[263]Clément Thomas, commandant en chef des gardes nationales de la Seine (4 novembre 1870). Arrêté à Montmartre le 18 mars, il fut fusillé rue des Rosiers avec le général Lecomte.[264]Josselin (François), membre du Comité central, chef de la 18elégion.[265]VoirDîner chez Rachel, page 211.[266]Razoua (Eugène).Souvenirs d’un spahis, avec préface de Tony Révillon. Paris, Achille Faure, 1866.—VoirL’Homme qui tue, d’Hector France, qui fut de l’escadron de Razoua.[267]Lonclas (A.), membre de la Commune (douzième arrondissement), chef du 73ebataillon de la garde nationale. Membre de la Commission militaire (16 mai).[268]Philippe, membre de la Commune (douzième arrondissement). Condamné à mort par le conseil de guerre, Philippe fut fusillé à Satory, en même temps que Bénot, qui avait incendié les Tuileries, et Decamps, le 22 janvier 1873.[269]Vermersch n’était pas docteur ès-lettres.[270]Je ne crois pas que ce projet ait jamais été mis à exécution.[271]Wieland était un professeur d’Altorf avec qui Vermersch s’était lié.[272]Voir plus loin, p.423, leMur.[273]Ranc (Arthur), membre de la Commune, élu par le 9earrondissement. Démissionnaire le 6 avril. Plus tard, député, sénateur de la Seine.[274]Voir plus haut, page 302.[275]Advenant, administrateur duRéveilde Delescluze. C’est Advenant qui fit élever le tombeau de Delescluze au Père-Lachaise, tout proche de l’emplacement où étaient installées, pendant la Semaine de Mai, les batteries fédérées.[276]L’article duPère Duchênene détermina en rien l’arrestation de Chaudey. Depuis deux jours, elle était décidée. Rigault me l’a formellement déclaré quelques jours après l’arrestation du rédacteur duSiècle. Da Costa me l’a, à plusieurs reprises, déclaré, lui aussi. (Voir saCommune vécue, II, 96.)[277]Lefèbvre-Roncier, juge suppléant à la cour martiale (13 mai). Sous-chef d’état-major au ministère de la guerre (Delescluze). Plus tard, conseiller municipal de Paris.[278]Cette brochure parut, en 1906, à l’Imprimerie l’Emancipatrice, 3, rue de Pondichéry. (80 pages in octavo. 300 exemplaires numérotés, non mis dans le commerce.)[279]Da Costa, dans saCommune vécue(volume II, pages 97 et suivantes), s’évertue à établir «la vérité» sur l’article duPère Duchêne. Il nomme avec raison Advenant. Mais l’interprétation qu’il donne à sa démarche est inexacte. Il ignore également les conditions dans lesquelles fut publié l’article. Ce qu’il écrit n’est donc pas, comme il le croit, la vérité.[280]Dans lesNotes Politiquesqu’il donnait auRadical, Ranc écrit (26 septembre 1904): «LaRépublique Française, répondant à mon dernier article, déclare que je suis resté fidèle à mes vieilles idées jacobines. A mes vieilles idées républicaines et révolutionnaires, oui. Jacobines, non. J’ai la douce habitude d’être traité de vieux jacobin, et cela ne me touche pas autrement. Il faut pourtant que je réclame au nom de la vérité, et je suis enchanté que laRépublique Françaisem’en fournisse l’occasion. Qu’on m’appelle vieux dantonien, cela me flattera. Qu’on m’appelle vieil hébertiste, cela ne me choquera nullement. Je tiens qu’Hébert est un grand calomnié, et que Chaumette a été un des meilleurs, un des plus intelligents serviteurs de la Révolution. Donc, hébertiste, tant qu’il vous plaira! mais jacobin, non! Je n’ai jamais été de l’église où l’on glorifie Robespierre. Je n’ai jamais fait mes devoirs dans la chapelle de l’Etre suprême. Ceci dit, passons.»[281]Le Père-Lachaise reçut beaucoup plus d’un millier de cadavres. A elle seule, l’abominable cour martiale de la Roquette fournit à ses fosses communes douze cents fusillés.[282]L’hospice municipal de Brévannes, à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise), a été créé en 1884 par la Ville de Paris pour remédier à l’encombrement des hôpitaux parisiens.
Si de l’or flâne en mon gilet,Qu’on le porte chez Rachel, filleQui reste seule, sans famille,Et loge près du Châtelet.Elle est jolie et mal famée;Elle a l’œil bleu, grand et moqueur,Et c’est des reines de mon cœurCelle que j’ai le mieux aimée.[176]Voir au sujet de ces complots, lesPapiers Posthumes, de Rossel (pages 119 et suivantes) et laCommune vécuede G. Da Costa (tome II, pages 190 et suivantes).[177]Nous faisions brocher en fascicules de dix numéros les bouillons qui nous rentraient. Les soixante premiers numéros ont été ainsi brochés en fascicules de couleurs: jaune (1-10), ocre (11-20), bleu (21-30), vert (31-40), rouge (41-50), violet (51-60). Au dos de la couverture, reproductions de proclamations, appels, discours, etc.[178]Le passage du Saumon, récemment détruit, a fait place à la rue Bachaumont. Bien entendu, nous ne revîmes jamais les 7.000 collections brochées duPère Duchêne. Qui se les appropria? Ce qui est certain, c’est qu’ils furent vendus à très bon compte aux amateurs. Il fut même fait, avec nos clichés restés à l’imprimerie, de nouveaux tirages. J’écrivis un jour de Genève (juillet 1871), au personnage qui nous avait ainsi dépouillés honteusement, pour lui demander humblement de m’envoyer une collection. Il ne me répondit pas. Je n’imprime pas son nom ici. Il est mort depuis longtemps.[179]Humbert, arrêté, était alors à Versailles, attendant sa comparution devant le conseil de guerre qui le condamna aux travaux forcés à perpétuité. Vermersch et moi fûmes condamnés à mort par contumace. 3econseil de guerre, audience du 20 novembre 1871.[180]Vermersch oublie ici notre dîner du dimanche de l’entrée des troupes.[181]Voici le titre de ce numéro faux: «La Grande Jubilation du P. D., avec son salut aux jean-foutres de Versailleux, qui viennent d’eux-mêmes se jeter dans la mélasse; son grand appel aux bons bougres du faubourg Antoine et du 20earrondissement, et son projet d’illumination générale de la Ville de Paris.» Imprimé à 100 exemplaires numérotés. Je possède le numéro 80. Et je l’ai même payé 5 francs![182]Voir un curieux passage (page 212) du livreVingt ans de Police, souvenirs et anecdotes d’un ancien officier de paix. Paris, Dentu, 1881. Voir aussi mon article,Fausse monnaie, Médailles suspectes, paru dans l’Auroredu 11 juin 1907.[183]Pour donner une physionomie exacte de cette brasserie Glaser, ou brasserie Saint-Séverin, restée célèbre dans les fastes révolutionnaires, j’ai cru devoir faire remonter mes notes jusqu’aux derniers mois de l’Empire, et, ensuite, aux grandes journées du siège.[184]Oudet (Emile). Membre de la Commune (19earrondissement). Membre de la commission de sûreté générale.[185]Courbet (Gustave), membre de la Commune (6earrondissement). L’auteur de laRemise des Chevreuils, l’Enterrement d’Ornans, etc.[186]Lullier (Charles), lieutenant de vaisseau démissionnaire. Membre du Comité central. Arrêté, il s’échappa et combattit violemment la Commune. Il n’en fut pas moins condamné à mort, commué aux travaux forcés.[187]Eudes (Emile), membre de la Commune (11earrondissement). Membre du Comité de Salut public (10 mai).[188]Brideau (Gabriel), chef de la police municipale sous la Commune.[189]On découvrit, en 1870, que Puissant faisait, depuis de longues années, partie de la police. Voir l’article de M. Jules Claretie,l’Homme sans nom, dans leTempsdu 26 novembre 1908, et ma chronique de l’Auroredu 30 novembre 1908:A propos de l’Homme sans nom.[190]Enquête parlementaire, édition en un seul vol., page 266.[191]LePère Duchêne. No28 du 23 germinal an 79/12 avril 1871.[192]C’est dans leJournal des Débatsque parut (15 avril 1848) la belle et poignante réponse de Blanqui au document Taschereau.[193]Constant Thérion a servi, dit-on, de modèle à Daudet pour son Élysée Méraut desRois en exil.[194]Caria (Léopold), blanquiste. Prit part à l’affaire de La Villette. A l’état-major de la Légion d’honneur avec Eudes. Condamné aux travaux forcés par conseils de guerre.[195]Briosne, élu membre de la Commune (9earrondissement) aux élections complémentaires du 16 avril. Refusa de siéger.[196]J’ai déjà parlé plus haut (page 72) de ces lettres.[197]Voici ces deux derniers documents. D’abord le court billet de rappel, daté de Mazas, adressé par le prélat prisonnier à son grand-vicaire:L’archevêque de Paris à M. Lagarde, son grand-vicaire.M. Flotte, inquiet du retard que paraît éprouver le retour de M. Lagarde, et voulant dégager, vis à vis de la Commune, la parole qu’il avait donnée, part pour Versailles à l’effet de communiquer son appréhension au négociateur.Je ne puis qu’engager M. le grand-vicaire à faire connaître au juste à M. Flotte l’état de la question, à s’entendre avec lui, soit pour prolonger son séjour de vingt-quatre heures, si c’est absolument nécessaire, soit pour rentrer immédiatement à Paris, si c’est jugé plus convenable.De Mazas, 19 avril 1871.G... archevêque de Paris.Flotte n’alla pas lui-même à Versailles. Ce fut le jeune fils de madame Antoine (sœur de Blanqui) qui s’y rendit, porteur du billet de rappel de Monseigneur Darboy.Quand Antoine se présenta au domicile de l’abbé Lagarde—je tiens de lui-même ces détails qu’il me donna dès son retour de Versailles—il lui fut répondu que le vicaire-général était en conférence et qu’il lui était impossible de se déranger.Antoine fit remettre à Lagarde le billet de l’archevêque. Quelques minutes après, un domestique lui rapportait un chiffon de papier sur lequel le grand-vicaire avait transcrit au crayon, cette réponse laconique mais claire:M. Thiers me retient toujours ici, et je ne puis qu’attendre ses ordres, comme je l’ai plusieurs fois écrit à Monseigneur. Aussitôt que j’aurai du nouveau, je m’empresserai d’écrire.Lagarde.A dater de ce jour, Lagarde ne donna plus signe de vie. Quand il revint sain et sauf à Paris, l’archevêque son maître était tombé sous les balles de la Roquette.[198]Glaser mourut en janvier 1871, victime de l’épidémie de petite vérole qui sévit en ces jours déjà si lugubres. Nous le conduisîmes au cimetière Montparnasse. Pendant que l’un de nous prononçait, sur le bord de la fosse, quelques paroles d’adieu au vaillant camarade (Glaser était capitaine dans un bataillon de marche de la garde nationale), un obus éclata tout près au milieu des tombes.[199]L’insurrection n’est point encore, à cette date du 1ermars, maîtresse de Paris. Mais nous sommes, depuis la capitulation, en pleine ville révoltée.[200]Les statues étaient encore voilées de noir en avril. LePère Duchênenuméro 36 du 1erfloréal (20 avril) demande que ces voiles soient enlevés:«Ça n’est plus un voile noir qu’il faut mettre aux bonnes villes de France,«C’est un drapeau rouge qu’il faut leur foutre dans la main!»[201]La pension Laveur, où fréquentaient Courbet, Pierre Dupont, Vallès, tant d’autres, était installée, au no7 de la rue des Poitevins, dans l’ancien hôtel de Thou-Panckouke. Le percement de la rue Danton la fit disparaître en 1896. Un petit-neveu de Laveur a transporté la maison rue Serpente.[202]Voir la reproduction de cette carte dans l’albumGuerre, Invasion et Commune, d’Armand Dayot, page 283.[203]Ce tableau de Daubigny,la Moisson, a été transporté en 1907 au Louvre.[204]De temps immémorial, «l’astronome» de la place Vendôme avait installé sa lunette sur le trottoir qui encercle la grille du monument. Pour une maigre rétribution, il décrivait aux amateurs les spectacles du ciel. La lunette était restée là pendant le siège et pendant la Commune.[205]La Victoire ailée, qui reposait sur la dextre de César, disparut, comme elle avait déjà disparu (pas la même) en 1814. Ses traces ne sont point encore retrouvées. Le musée Carnavalet possède dans ses vitrines un tout petit morceau du monument brisé le 16 mai. Je connais deux autres échantillons, dont l’un est une tête de soldat arrachée aux frises. L’autre, plus considérable, est l’un des quatre boulons qui vissaient, sur la calotte supérieure, le César jeté bas par la Commune. Ce boulon, qui était, en 1895, entre les mains de mon ami J.-B. D..., fut scié par lui en trois morceaux. L’un de ces trois morceaux me sert de presse-papier.[206]Reclus (Élisée), géographe. Auteur de laGéographie universelle. Simple garde national, il fut fait prisonnier au plateau de Châtillon (4 avril). Condamné à la déportation. Commué en bannissement. Né en 1830. Mort en 1905.—Son frère Reclus (Elie), auteur desPrimitifs, nommé par la Commune directeur de la Bibliothèque nationale (30 avril). Né en 1827. Mort en 1904.[207]Journalistes, peintres, poètes même, criaient haro sur le grand artiste. Dans une plaquette de 12 pages:Sauvons Courbet!, éditée chez Lemerre, M. Emile Bergerat s’écriait:Qu’il vive! extasié devant son ombilic!Les pouces sur le ventre, à la façon des Carmes!Qu’on l’engraisse! et qu’ouvert nuit et jour au public,Il crève de vieillesse entre quatre gendarmes!Et le naïf géant qu’était Courbet s’affolait, à la lecture de ces généreuses productions![208]A l’audience du 14 août 1871 (procès des membres de la Commune), Courbet répondant à une interrogation du président, exposait ainsi son projet de déboulonner la colonne et de la réédifier aux Invalides:Le président.—Il paraît que la colonne Vendôme vous était particulièrement désagréable. Dès le 14 septembre (1870), vous en demandiez la démolition.Courbet.—... Pour moi, cette colonne obstruait. Un individu n’a pas le droit d’entraver la circulation. Cette colonne était mal placée... Moi je ne considérais la chose qu’au point de vue plastique. Je n’avais aucune haine contre la colonne, puisque mon oncle a été un des officiers du premier Empire; mais je voulais la mettre ailleurs, où elle fut mieux en vue. Je voulais la déboulonner. Si vous aviez fait attention, au point de vue de l’art, à cette colonne, vous auriez été de mon avis. C’était une mauvaise reproduction de la colonne Trajane. C’était de la sculpture comme un enfant en ferait. Pas de perspective. Rien. Les figures sont absolument grotesques.Le président.—C’est alors un zèle artistique, tout simplement, qui vous poussait à en vouloir à cette colonne.Courbet.—Tout simplement. Sur la place Vendôme c’était une prétention malheureuse d’œuvre d’art qui faisait rire les étrangers. Aux Invalides, c’était autre chose. C’était un souvenir militaire qui n’avait pas besoin d’être artistique.[209]Gaillard (Napoléon). Cordonnier. Orateur connu des réunions publiques. Nommé par Rossel colonel directeur des barricades (1ermai).[210]Le haut fonctionnaire était M. de Salignac de Fénelon, qui vint, très loyalement, déposer favorablement au procès de notre ami Albert Callet, qui s’était, en même temps que Paget, Pilotell, Roullier, installé, le 19 mars, rue de Grenelle.[211]Après les élections du 26 mars, la Commune nomma une commission de l’enseignement. Le 20 avril, elle choisit Vaillant comme délégué à l’Instruction publique.[212]Ce portail—un lourd chapiteau que supportaient quatre colonnes, et un escalier d’accès—n’existe plus. Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu qui se trouvaient au Parvis ont été démolis après la guerre.[213]Les premières flammes jaillissent à dix heures du beffroi de l’Hôtel de Ville.[214]Paget pêchait, assis à l’entrée d’un des «cagnards» de l’ancien Hôtel-Dieu. Voir au musée Carnavalet un tableau représentant les cagnards disparus.[215]VoirEnquête Parlementaire du 18 Mars, édition en un volume, page 286. M. de Quinsonas avait été, pendant la lutte contre la Commune, officier d’ordonnance du général de Cissey.[216]Je reparlerai plus loin, dans le chapitreMatin de Bataille, de Joseph Moutier.[217]VoirEnquête Parlementaire sur l’Insurrection du 18 mars, édition en un volume, page 295. Déposition de M. le comte de Mun (orthographié par erreur, dans cette édition, de Mung).[218]V.Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1871,le 18 mars, par E. de Pressensé. V. E. Rousse.Lettres à un ami, II, 287. Hachette, 1909.[219]V. p. 190,Déjeuner chez Protot.[220]Ducrot (Auguste), commandant la deuxième armée, destinée à opérer sur la Marne. Sa proclamation du 28 novembre 1870 se terminait par cette phrase: «Pour moi, j’en fais le serment devant la nation tout entière, je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux.»[221]Le café d’Orsay était situé au coin de la rue du Bac et du quai d’Orsay, en face du pont Royal. Il a disparu lors de l’achèvement des bâtiments de la Caisse des Dépôts et Consignations.[222]Rosalie Bordas s’était rendue populaire en interprétant la chansonla Canaille, écrite par Alexis Bouvier au lendemain du meurtre de Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte. Après la déclaration de guerre, elle chanta avec grand succèsla Marseillaiseà la Scala.[223]Camélinat, l’un des fondateurs de l’Internationale. Nommé par la Commune directeur de la Monnaie. Plus tard, député de Paris.[224]Cet exemplaire (le mien) de la pièce de cinq francs frappée par la Commune a été reproduit dans l’albumla Guerre,l’Invasion,la Commune, d’Armand Dayot, page 299.[225]Un second type de pièce portait sur la tranche la mention:Travail, Garantie Nationale. (Voir plus loin la lettre de Camélinat.)[226]Pas tous. Au ministère de la Justice, où j’allais souvent déjeuner avec Protot, il m’est arrivé, à maintes reprises, de me servir de couverts d’argent aux armes fleurdelysées.[227]Il n’existe plus à la Monnaie aucune trace de l’exécution de cette tranche. Je m’en suis assuré près de la direction.[228]La lettre de Camélinat, en dehors des renseignements précieux qu’elle donne sur la Monnaie le mercredi 24 mai, fixe, par ce détail, l’heure de l’exécution de Beaufort. (Voir plus haut, page 66.)[229]On m’a assuré que Lonclas faisait également partie de cette délégation.[230]Le signataire de cette curieuse lettre est un industriel connu.[231]Maxime Du Camp (Convulsions, 8eédition, I. 293) nie formellement l’incident Delescluze. Il n’ignore pas la deuxième démarche d’Arnold, mais il ne sait rien de ce qui se passa à la porte de Vincennes. Il traite de «déposition erronée», le récit, pourtant exact, bien que malveillant, d’un sieur Reculet, qui a assisté à la scène du refus de passage par les gardes. (VoirEnquête Parlementaire, 18 mars, édit. en un vol., p. 522).[232]M. Washburne était alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris. Il avait fait, avec son secrétaire particulier, Mac-Kean, de nombreuses démarches pour faire mettre en liberté Monseigneur Darboy.[233]V. plus haut, p. 85,le Fusillé du Pont-Neuf.[234]Quand l’amnistie nous eut rouvert les portes de Paris, il nous prit envie d’aller, un soir, dîner chez Lapeyrouse, dans cette même salle du rez-de-chaussée, donnant sur le quai, où j’avais passé, le 24 mai 1871, une heure tragique. J’invitai un ami, comme moi retour d’exil. Nous avions longuement causé. Nous étions restés seuls.—Tiens, me dit l’ami, si tu réclamais la monnaie de ton billet de cent? Après avoir réglé l’addition, nous fîmes venir le gérant. Bien entendu, je n’avais pas la moindre intention de rentrer dans mon dû. Le gérant écouta, grave et souriant à la fois.—Dommage, monsieur, conclut-il en s’inclinant, vraiment dommage. Depuis 1871, la maison a changé de propriétaire. Voulez-vous, cependant, que je communique votre réclamation à la caisse?—Non, non, ne réclamez rien. Nous nous ferons rembourser cela à la prochaine. Et nous nous levâmes en riant, heureux tous deux d’avoir bavardé, en pleine liberté, dans cette salle où nous avions failli perdre la nôtre, et peut-être même plus encore.[235]Lisbonne (Maxime), colonel fédéré. Blessé le 25 mai boulevard Voltaire, condamné à mort, commué aux travaux forcés.[236]Rigault fut tué, vers trois heures, d’un coup de revolver, au pied de la barricade Royer-Collard, par le sous-officier qui le conduisait au Luxembourg.[237]La poudrière du Luxembourg sauta, très exactement, à midi vingt-huit minutes. (Témoignage d’un ami, habitant rue d’Assas, qui nota l’heure.)[238]Voir plus haut,Une journée à la Cour martiale du Luxembourg, p. 10.[239]La «boutique à Roullier» occupait les locaux du rez-de-chaussée, aujourd’hui dépendance du Collège de France, numéro 9 de la place Marcellin-Berthelot.[240]La Misère, petite feuillein-quarto. Sept numéros, du 6 au 12 février 1870. Rédacteurs: A. Passedouet, Maxime Vuillaume, Henri Bellenger, etc. Gérant: Léon Sornet. Imprimerie Rochette, 72-80, boulevard Montparnasse.La Misèrevendait la brochurele Droit du Travailleur, par le citoyen Paget-Lupicin.—Passedouet, condamné à la déportation, mourut en Calédonie. Léon Sornet fut le gérant de notrePère Duchêne.[241]On ne disait pas encore, en ce temps-là, à la vérité,anarchiste. On se contentait d’être révolutionnaire.[242]Le café Huber occupait l’angle de la rue Monsieur-le-Prince et des escaliers, encore existants, de la rue Antoine-Dubois. La maison, disparue, a fait place aux bâtiments de l’Ecole pratique de Médecine.[243]Roullier avait toujours travaillé en échoppe. Avant de s’être installé dans son atelier du «Collège de France», il avait battu la semelle 9, rue du Sommerard, au rez-de-chaussée de la maison que j’habitais. Longuet, qui demeurait à côté, au coin de la rue des Carmes et de la rue du Sommerard, y venait tailler de longues bavettes avec le citoyen savetier.[244]La reprise d’Hernaniau Théâtre-Français eut lieu le 20 juin 1867. La soirée fut des plus tumultueuses. La jeunesse des écoles y manifesta bruyamment, applaudissant à outrance les passages qui renfermaient quelque allusion hostile au régime impérial.[245]C’était, on le sait, un faux Vallès, qui avait subi ces tortures. D’autres infortunés furent ainsi passés par les armes, sur la dénonciation de quelque passant qui croyait reconnaître en eux, tantôt Billioray, tantôt Ferré, Vaillant, d’autres encore.[246]LeMoniteur Universeldu 1erjuin 1871.[247]«Le nombre des dénonciations anonymes adressées, soit aux quartiers généraux de l’armée, soit aux mairies, soit à Versailles, soit enfin, le plus grand nombre, aux commissaires de police de Paris, s’élève, depuis le 22 mai jusqu’au 13 juin, à 379.823. Le numéro d’ordre d’enregistrement à la Préfecture de police, où ces correspondances sont centralisées, a permis d’établir cette statistique de l’anonymat.» (Opinion Nationaledu 16 juin 1871).[248]LaPetite Pressedu 8 juin 1871.[249]LaPetite Pressedu 20 juin 1871.[250]Bellenger se trompait. Humbert était caché aux Batignolles, rue Truffault. Dénoncé par le concierge (15 juin), il fut conduit au commissariat de police voisin, où un agent le reconnut. Humbert protesta. Mais on découvrit chez les braves gens qui lui avaient donné asile une lettre adressée le matin même par sa mère. Madame Humbert demeurait 14, rue Soufflot. On y conduisit le prisonnier. Quand elle vit son fils, la pauvre mère se jeta dans ses bras. Humbert était perdu. On l’emmena dans un fiacre, d’où il s’échappa. Il fut repris à l’Odéon. A Versailles, il fut reçu par le fameux commissaire Clément, celui que nous appelions sous l’Empire le «vieux mouchard».—Je vous attendais, dit ironiquement Clément quand il se trouva en face d’Humbert. On sait qu’Humbert fut, le 21 novembre 1871, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le conseil de guerre.[251]Des trois rédacteurs duPère Duchêne, deux furent condamnés à mort par contumace: Vermersch et moi. Le troisième, Alphonse Humbert, présent, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il fit ses huit années de bagne. Je les aurais certainement faits comme lui. (Procès duPère Duchênedevant le conseil de guerre, audiences des 20 et 21 novembre 1871).[252]Razoua, arrêté le 17 juillet, fut remis en liberté dans les derniers jours d’août, le gouvernement français n’ayant fourni aucune preuve à l’appui de sa demande d’extradition. Voir pour détails,la Proscription française en Suissepar A. Claris. Genève, 1873. Bibliothèque nationale Lb57, 1702.[253]Brunereau (Louis), ancien délégué à la commission du travail du Luxembourg en 1848, chef du 117ebataillon sous le siège, du 228eaprès le 18 Mars.[254]Gambon (Ferdinand), membre de la Commune (10earrondissement), ancien représentant du peuple à la Constituante (1848), député à l’Assemblée nationale (1871). Membre du Comité de Salut public (10 mai).[255]Martelet, membre de la Commune (14earrondissement). Représenta la Commune aux obsèques de Pierre Leroux.[256]Legrandais, chef de bataillon après le 18 Mars. Plus tard, conseiller municipal du quartier Clignancourt (Montmartre).[257]LeRappeldu 10 février 1870 raconte ainsi son arrestation: «M. Bazire, rédacteur à laMarseillaise, a été arrêté à deux heures sur le quai de l’Orangerie. L’empereur se promenait sur la terrasse. Le citoyen Bazire a levé son chapeau et crié: Vive la République! Des agents se sont jetés sur lui et l’ont arrêté sur le champ.»[258]Nina Gaillard, dite Nina de Villars, musicienne et poète. Femme séparée d’Hector de Callias, journaliste, frère du peintre Horace de Callias. Nina avait ouvert, dans son appartement de la rue Chaptal, un salon littéraire, artistique et bohème où fréquentaient, à coté de poètes et d’artistes, des révolutionnaires comme Raoul Rigault et d’autres. Prise de peur après la répression versaillaise, elle s’enfuit à Genève. Elle y donna des concerts de musique classique, où elle se faisait présenter sur la scène par l’ancien membre de la Commune, fusionnien, Babick, vêtu d’une redingote à la polonaise, boutonnée jusqu’au col, bottes montantes, et ceinture rouge à la taille. Le public genevois, effaré, déserta vite. Quand elle fut rassurée, Nina retourna à Paris, où elle s’installa, avec sa mère, rue des Moines, aux Batignolles, son salon toujours ouvert. On y rencontrait Charles Cros, le musicien Cabaner, Ghys, Catulle Mendès, Bazire, etc.[259]Massol (Léon), ingénieur. Il s’adonna plus tard aux études pasteuriennes. Membre du Comité de l’Institut Pasteur, il mourut en décembre 1909 directeur du laboratoire de bactériologie de l’Université de Genève, qu’il avait créé.[260]Dumay (Jean-Baptiste), ouvrier mécanicien, maire du Creusot après le Quatre-Septembre, y proclame la Commune le 26 mars. Le mouvement avorté, il se réfugie en Suisse et est attaché, jusqu’à l’amnistie, aux travaux de percement du Gothard. Plus tard, député de Paris.[261]Babick, membre de la Commune (10earrt). Membre de la commission de justice et de la commission des travaux publics.[262]Razoua (Eugène), homme de lettres, ancien maréchal des logis de spahis, rédacteur duRéveilde Delescluze. Représentant de Paris à l’Assemblée nationale (1871), démissionnaire. Colonel commandant l’Ecole militaire.[263]Clément Thomas, commandant en chef des gardes nationales de la Seine (4 novembre 1870). Arrêté à Montmartre le 18 mars, il fut fusillé rue des Rosiers avec le général Lecomte.[264]Josselin (François), membre du Comité central, chef de la 18elégion.[265]VoirDîner chez Rachel, page 211.[266]Razoua (Eugène).Souvenirs d’un spahis, avec préface de Tony Révillon. Paris, Achille Faure, 1866.—VoirL’Homme qui tue, d’Hector France, qui fut de l’escadron de Razoua.[267]Lonclas (A.), membre de la Commune (douzième arrondissement), chef du 73ebataillon de la garde nationale. Membre de la Commission militaire (16 mai).[268]Philippe, membre de la Commune (douzième arrondissement). Condamné à mort par le conseil de guerre, Philippe fut fusillé à Satory, en même temps que Bénot, qui avait incendié les Tuileries, et Decamps, le 22 janvier 1873.[269]Vermersch n’était pas docteur ès-lettres.[270]Je ne crois pas que ce projet ait jamais été mis à exécution.[271]Wieland était un professeur d’Altorf avec qui Vermersch s’était lié.[272]Voir plus loin, p.423, leMur.[273]Ranc (Arthur), membre de la Commune, élu par le 9earrondissement. Démissionnaire le 6 avril. Plus tard, député, sénateur de la Seine.[274]Voir plus haut, page 302.[275]Advenant, administrateur duRéveilde Delescluze. C’est Advenant qui fit élever le tombeau de Delescluze au Père-Lachaise, tout proche de l’emplacement où étaient installées, pendant la Semaine de Mai, les batteries fédérées.[276]L’article duPère Duchênene détermina en rien l’arrestation de Chaudey. Depuis deux jours, elle était décidée. Rigault me l’a formellement déclaré quelques jours après l’arrestation du rédacteur duSiècle. Da Costa me l’a, à plusieurs reprises, déclaré, lui aussi. (Voir saCommune vécue, II, 96.)[277]Lefèbvre-Roncier, juge suppléant à la cour martiale (13 mai). Sous-chef d’état-major au ministère de la guerre (Delescluze). Plus tard, conseiller municipal de Paris.[278]Cette brochure parut, en 1906, à l’Imprimerie l’Emancipatrice, 3, rue de Pondichéry. (80 pages in octavo. 300 exemplaires numérotés, non mis dans le commerce.)[279]Da Costa, dans saCommune vécue(volume II, pages 97 et suivantes), s’évertue à établir «la vérité» sur l’article duPère Duchêne. Il nomme avec raison Advenant. Mais l’interprétation qu’il donne à sa démarche est inexacte. Il ignore également les conditions dans lesquelles fut publié l’article. Ce qu’il écrit n’est donc pas, comme il le croit, la vérité.[280]Dans lesNotes Politiquesqu’il donnait auRadical, Ranc écrit (26 septembre 1904): «LaRépublique Française, répondant à mon dernier article, déclare que je suis resté fidèle à mes vieilles idées jacobines. A mes vieilles idées républicaines et révolutionnaires, oui. Jacobines, non. J’ai la douce habitude d’être traité de vieux jacobin, et cela ne me touche pas autrement. Il faut pourtant que je réclame au nom de la vérité, et je suis enchanté que laRépublique Françaisem’en fournisse l’occasion. Qu’on m’appelle vieux dantonien, cela me flattera. Qu’on m’appelle vieil hébertiste, cela ne me choquera nullement. Je tiens qu’Hébert est un grand calomnié, et que Chaumette a été un des meilleurs, un des plus intelligents serviteurs de la Révolution. Donc, hébertiste, tant qu’il vous plaira! mais jacobin, non! Je n’ai jamais été de l’église où l’on glorifie Robespierre. Je n’ai jamais fait mes devoirs dans la chapelle de l’Etre suprême. Ceci dit, passons.»[281]Le Père-Lachaise reçut beaucoup plus d’un millier de cadavres. A elle seule, l’abominable cour martiale de la Roquette fournit à ses fosses communes douze cents fusillés.[282]L’hospice municipal de Brévannes, à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise), a été créé en 1884 par la Ville de Paris pour remédier à l’encombrement des hôpitaux parisiens.
Si de l’or flâne en mon gilet,Qu’on le porte chez Rachel, filleQui reste seule, sans famille,Et loge près du Châtelet.Elle est jolie et mal famée;Elle a l’œil bleu, grand et moqueur,Et c’est des reines de mon cœurCelle que j’ai le mieux aimée.
Si de l’or flâne en mon gilet,Qu’on le porte chez Rachel, filleQui reste seule, sans famille,Et loge près du Châtelet.Elle est jolie et mal famée;Elle a l’œil bleu, grand et moqueur,Et c’est des reines de mon cœurCelle que j’ai le mieux aimée.
Si de l’or flâne en mon gilet,Qu’on le porte chez Rachel, filleQui reste seule, sans famille,Et loge près du Châtelet.Elle est jolie et mal famée;Elle a l’œil bleu, grand et moqueur,Et c’est des reines de mon cœurCelle que j’ai le mieux aimée.
[176]Voir au sujet de ces complots, lesPapiers Posthumes, de Rossel (pages 119 et suivantes) et laCommune vécuede G. Da Costa (tome II, pages 190 et suivantes).
[177]Nous faisions brocher en fascicules de dix numéros les bouillons qui nous rentraient. Les soixante premiers numéros ont été ainsi brochés en fascicules de couleurs: jaune (1-10), ocre (11-20), bleu (21-30), vert (31-40), rouge (41-50), violet (51-60). Au dos de la couverture, reproductions de proclamations, appels, discours, etc.
[178]Le passage du Saumon, récemment détruit, a fait place à la rue Bachaumont. Bien entendu, nous ne revîmes jamais les 7.000 collections brochées duPère Duchêne. Qui se les appropria? Ce qui est certain, c’est qu’ils furent vendus à très bon compte aux amateurs. Il fut même fait, avec nos clichés restés à l’imprimerie, de nouveaux tirages. J’écrivis un jour de Genève (juillet 1871), au personnage qui nous avait ainsi dépouillés honteusement, pour lui demander humblement de m’envoyer une collection. Il ne me répondit pas. Je n’imprime pas son nom ici. Il est mort depuis longtemps.
[179]Humbert, arrêté, était alors à Versailles, attendant sa comparution devant le conseil de guerre qui le condamna aux travaux forcés à perpétuité. Vermersch et moi fûmes condamnés à mort par contumace. 3econseil de guerre, audience du 20 novembre 1871.
[180]Vermersch oublie ici notre dîner du dimanche de l’entrée des troupes.
[181]Voici le titre de ce numéro faux: «La Grande Jubilation du P. D., avec son salut aux jean-foutres de Versailleux, qui viennent d’eux-mêmes se jeter dans la mélasse; son grand appel aux bons bougres du faubourg Antoine et du 20earrondissement, et son projet d’illumination générale de la Ville de Paris.» Imprimé à 100 exemplaires numérotés. Je possède le numéro 80. Et je l’ai même payé 5 francs!
[182]Voir un curieux passage (page 212) du livreVingt ans de Police, souvenirs et anecdotes d’un ancien officier de paix. Paris, Dentu, 1881. Voir aussi mon article,Fausse monnaie, Médailles suspectes, paru dans l’Auroredu 11 juin 1907.
[183]Pour donner une physionomie exacte de cette brasserie Glaser, ou brasserie Saint-Séverin, restée célèbre dans les fastes révolutionnaires, j’ai cru devoir faire remonter mes notes jusqu’aux derniers mois de l’Empire, et, ensuite, aux grandes journées du siège.
[184]Oudet (Emile). Membre de la Commune (19earrondissement). Membre de la commission de sûreté générale.
[185]Courbet (Gustave), membre de la Commune (6earrondissement). L’auteur de laRemise des Chevreuils, l’Enterrement d’Ornans, etc.
[186]Lullier (Charles), lieutenant de vaisseau démissionnaire. Membre du Comité central. Arrêté, il s’échappa et combattit violemment la Commune. Il n’en fut pas moins condamné à mort, commué aux travaux forcés.
[187]Eudes (Emile), membre de la Commune (11earrondissement). Membre du Comité de Salut public (10 mai).
[188]Brideau (Gabriel), chef de la police municipale sous la Commune.
[189]On découvrit, en 1870, que Puissant faisait, depuis de longues années, partie de la police. Voir l’article de M. Jules Claretie,l’Homme sans nom, dans leTempsdu 26 novembre 1908, et ma chronique de l’Auroredu 30 novembre 1908:A propos de l’Homme sans nom.
[190]Enquête parlementaire, édition en un seul vol., page 266.
[191]LePère Duchêne. No28 du 23 germinal an 79/12 avril 1871.
[192]C’est dans leJournal des Débatsque parut (15 avril 1848) la belle et poignante réponse de Blanqui au document Taschereau.
[193]Constant Thérion a servi, dit-on, de modèle à Daudet pour son Élysée Méraut desRois en exil.
[194]Caria (Léopold), blanquiste. Prit part à l’affaire de La Villette. A l’état-major de la Légion d’honneur avec Eudes. Condamné aux travaux forcés par conseils de guerre.
[195]Briosne, élu membre de la Commune (9earrondissement) aux élections complémentaires du 16 avril. Refusa de siéger.
[196]J’ai déjà parlé plus haut (page 72) de ces lettres.
[197]Voici ces deux derniers documents. D’abord le court billet de rappel, daté de Mazas, adressé par le prélat prisonnier à son grand-vicaire:
L’archevêque de Paris à M. Lagarde, son grand-vicaire.M. Flotte, inquiet du retard que paraît éprouver le retour de M. Lagarde, et voulant dégager, vis à vis de la Commune, la parole qu’il avait donnée, part pour Versailles à l’effet de communiquer son appréhension au négociateur.Je ne puis qu’engager M. le grand-vicaire à faire connaître au juste à M. Flotte l’état de la question, à s’entendre avec lui, soit pour prolonger son séjour de vingt-quatre heures, si c’est absolument nécessaire, soit pour rentrer immédiatement à Paris, si c’est jugé plus convenable.De Mazas, 19 avril 1871.G... archevêque de Paris.
L’archevêque de Paris à M. Lagarde, son grand-vicaire.
M. Flotte, inquiet du retard que paraît éprouver le retour de M. Lagarde, et voulant dégager, vis à vis de la Commune, la parole qu’il avait donnée, part pour Versailles à l’effet de communiquer son appréhension au négociateur.
Je ne puis qu’engager M. le grand-vicaire à faire connaître au juste à M. Flotte l’état de la question, à s’entendre avec lui, soit pour prolonger son séjour de vingt-quatre heures, si c’est absolument nécessaire, soit pour rentrer immédiatement à Paris, si c’est jugé plus convenable.
De Mazas, 19 avril 1871.
G... archevêque de Paris.
Flotte n’alla pas lui-même à Versailles. Ce fut le jeune fils de madame Antoine (sœur de Blanqui) qui s’y rendit, porteur du billet de rappel de Monseigneur Darboy.
Quand Antoine se présenta au domicile de l’abbé Lagarde—je tiens de lui-même ces détails qu’il me donna dès son retour de Versailles—il lui fut répondu que le vicaire-général était en conférence et qu’il lui était impossible de se déranger.
Antoine fit remettre à Lagarde le billet de l’archevêque. Quelques minutes après, un domestique lui rapportait un chiffon de papier sur lequel le grand-vicaire avait transcrit au crayon, cette réponse laconique mais claire:
M. Thiers me retient toujours ici, et je ne puis qu’attendre ses ordres, comme je l’ai plusieurs fois écrit à Monseigneur. Aussitôt que j’aurai du nouveau, je m’empresserai d’écrire.Lagarde.
M. Thiers me retient toujours ici, et je ne puis qu’attendre ses ordres, comme je l’ai plusieurs fois écrit à Monseigneur. Aussitôt que j’aurai du nouveau, je m’empresserai d’écrire.
Lagarde.
A dater de ce jour, Lagarde ne donna plus signe de vie. Quand il revint sain et sauf à Paris, l’archevêque son maître était tombé sous les balles de la Roquette.
[198]Glaser mourut en janvier 1871, victime de l’épidémie de petite vérole qui sévit en ces jours déjà si lugubres. Nous le conduisîmes au cimetière Montparnasse. Pendant que l’un de nous prononçait, sur le bord de la fosse, quelques paroles d’adieu au vaillant camarade (Glaser était capitaine dans un bataillon de marche de la garde nationale), un obus éclata tout près au milieu des tombes.
[199]L’insurrection n’est point encore, à cette date du 1ermars, maîtresse de Paris. Mais nous sommes, depuis la capitulation, en pleine ville révoltée.
[200]Les statues étaient encore voilées de noir en avril. LePère Duchênenuméro 36 du 1erfloréal (20 avril) demande que ces voiles soient enlevés:
«Ça n’est plus un voile noir qu’il faut mettre aux bonnes villes de France,«C’est un drapeau rouge qu’il faut leur foutre dans la main!»
«Ça n’est plus un voile noir qu’il faut mettre aux bonnes villes de France,«C’est un drapeau rouge qu’il faut leur foutre dans la main!»
«Ça n’est plus un voile noir qu’il faut mettre aux bonnes villes de France,«C’est un drapeau rouge qu’il faut leur foutre dans la main!»
[201]La pension Laveur, où fréquentaient Courbet, Pierre Dupont, Vallès, tant d’autres, était installée, au no7 de la rue des Poitevins, dans l’ancien hôtel de Thou-Panckouke. Le percement de la rue Danton la fit disparaître en 1896. Un petit-neveu de Laveur a transporté la maison rue Serpente.
[202]Voir la reproduction de cette carte dans l’albumGuerre, Invasion et Commune, d’Armand Dayot, page 283.
[203]Ce tableau de Daubigny,la Moisson, a été transporté en 1907 au Louvre.
[204]De temps immémorial, «l’astronome» de la place Vendôme avait installé sa lunette sur le trottoir qui encercle la grille du monument. Pour une maigre rétribution, il décrivait aux amateurs les spectacles du ciel. La lunette était restée là pendant le siège et pendant la Commune.
[205]La Victoire ailée, qui reposait sur la dextre de César, disparut, comme elle avait déjà disparu (pas la même) en 1814. Ses traces ne sont point encore retrouvées. Le musée Carnavalet possède dans ses vitrines un tout petit morceau du monument brisé le 16 mai. Je connais deux autres échantillons, dont l’un est une tête de soldat arrachée aux frises. L’autre, plus considérable, est l’un des quatre boulons qui vissaient, sur la calotte supérieure, le César jeté bas par la Commune. Ce boulon, qui était, en 1895, entre les mains de mon ami J.-B. D..., fut scié par lui en trois morceaux. L’un de ces trois morceaux me sert de presse-papier.
[206]Reclus (Élisée), géographe. Auteur de laGéographie universelle. Simple garde national, il fut fait prisonnier au plateau de Châtillon (4 avril). Condamné à la déportation. Commué en bannissement. Né en 1830. Mort en 1905.—Son frère Reclus (Elie), auteur desPrimitifs, nommé par la Commune directeur de la Bibliothèque nationale (30 avril). Né en 1827. Mort en 1904.
[207]Journalistes, peintres, poètes même, criaient haro sur le grand artiste. Dans une plaquette de 12 pages:Sauvons Courbet!, éditée chez Lemerre, M. Emile Bergerat s’écriait:
Qu’il vive! extasié devant son ombilic!Les pouces sur le ventre, à la façon des Carmes!Qu’on l’engraisse! et qu’ouvert nuit et jour au public,Il crève de vieillesse entre quatre gendarmes!
Qu’il vive! extasié devant son ombilic!Les pouces sur le ventre, à la façon des Carmes!Qu’on l’engraisse! et qu’ouvert nuit et jour au public,Il crève de vieillesse entre quatre gendarmes!
Qu’il vive! extasié devant son ombilic!Les pouces sur le ventre, à la façon des Carmes!Qu’on l’engraisse! et qu’ouvert nuit et jour au public,Il crève de vieillesse entre quatre gendarmes!
Et le naïf géant qu’était Courbet s’affolait, à la lecture de ces généreuses productions!
[208]A l’audience du 14 août 1871 (procès des membres de la Commune), Courbet répondant à une interrogation du président, exposait ainsi son projet de déboulonner la colonne et de la réédifier aux Invalides:
Le président.—Il paraît que la colonne Vendôme vous était particulièrement désagréable. Dès le 14 septembre (1870), vous en demandiez la démolition.
Courbet.—... Pour moi, cette colonne obstruait. Un individu n’a pas le droit d’entraver la circulation. Cette colonne était mal placée... Moi je ne considérais la chose qu’au point de vue plastique. Je n’avais aucune haine contre la colonne, puisque mon oncle a été un des officiers du premier Empire; mais je voulais la mettre ailleurs, où elle fut mieux en vue. Je voulais la déboulonner. Si vous aviez fait attention, au point de vue de l’art, à cette colonne, vous auriez été de mon avis. C’était une mauvaise reproduction de la colonne Trajane. C’était de la sculpture comme un enfant en ferait. Pas de perspective. Rien. Les figures sont absolument grotesques.
Le président.—C’est alors un zèle artistique, tout simplement, qui vous poussait à en vouloir à cette colonne.
Courbet.—Tout simplement. Sur la place Vendôme c’était une prétention malheureuse d’œuvre d’art qui faisait rire les étrangers. Aux Invalides, c’était autre chose. C’était un souvenir militaire qui n’avait pas besoin d’être artistique.
[209]Gaillard (Napoléon). Cordonnier. Orateur connu des réunions publiques. Nommé par Rossel colonel directeur des barricades (1ermai).
[210]Le haut fonctionnaire était M. de Salignac de Fénelon, qui vint, très loyalement, déposer favorablement au procès de notre ami Albert Callet, qui s’était, en même temps que Paget, Pilotell, Roullier, installé, le 19 mars, rue de Grenelle.
[211]Après les élections du 26 mars, la Commune nomma une commission de l’enseignement. Le 20 avril, elle choisit Vaillant comme délégué à l’Instruction publique.
[212]Ce portail—un lourd chapiteau que supportaient quatre colonnes, et un escalier d’accès—n’existe plus. Les bâtiments de l’Hôtel-Dieu qui se trouvaient au Parvis ont été démolis après la guerre.
[213]Les premières flammes jaillissent à dix heures du beffroi de l’Hôtel de Ville.
[214]Paget pêchait, assis à l’entrée d’un des «cagnards» de l’ancien Hôtel-Dieu. Voir au musée Carnavalet un tableau représentant les cagnards disparus.
[215]VoirEnquête Parlementaire du 18 Mars, édition en un volume, page 286. M. de Quinsonas avait été, pendant la lutte contre la Commune, officier d’ordonnance du général de Cissey.
[216]Je reparlerai plus loin, dans le chapitreMatin de Bataille, de Joseph Moutier.
[217]VoirEnquête Parlementaire sur l’Insurrection du 18 mars, édition en un volume, page 295. Déposition de M. le comte de Mun (orthographié par erreur, dans cette édition, de Mung).
[218]V.Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1871,le 18 mars, par E. de Pressensé. V. E. Rousse.Lettres à un ami, II, 287. Hachette, 1909.
[219]V. p. 190,Déjeuner chez Protot.
[220]Ducrot (Auguste), commandant la deuxième armée, destinée à opérer sur la Marne. Sa proclamation du 28 novembre 1870 se terminait par cette phrase: «Pour moi, j’en fais le serment devant la nation tout entière, je ne rentrerai dans Paris que mort ou victorieux.»
[221]Le café d’Orsay était situé au coin de la rue du Bac et du quai d’Orsay, en face du pont Royal. Il a disparu lors de l’achèvement des bâtiments de la Caisse des Dépôts et Consignations.
[222]Rosalie Bordas s’était rendue populaire en interprétant la chansonla Canaille, écrite par Alexis Bouvier au lendemain du meurtre de Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte. Après la déclaration de guerre, elle chanta avec grand succèsla Marseillaiseà la Scala.
[223]Camélinat, l’un des fondateurs de l’Internationale. Nommé par la Commune directeur de la Monnaie. Plus tard, député de Paris.
[224]Cet exemplaire (le mien) de la pièce de cinq francs frappée par la Commune a été reproduit dans l’albumla Guerre,l’Invasion,la Commune, d’Armand Dayot, page 299.
[225]Un second type de pièce portait sur la tranche la mention:Travail, Garantie Nationale. (Voir plus loin la lettre de Camélinat.)
[226]Pas tous. Au ministère de la Justice, où j’allais souvent déjeuner avec Protot, il m’est arrivé, à maintes reprises, de me servir de couverts d’argent aux armes fleurdelysées.
[227]Il n’existe plus à la Monnaie aucune trace de l’exécution de cette tranche. Je m’en suis assuré près de la direction.
[228]La lettre de Camélinat, en dehors des renseignements précieux qu’elle donne sur la Monnaie le mercredi 24 mai, fixe, par ce détail, l’heure de l’exécution de Beaufort. (Voir plus haut, page 66.)
[229]On m’a assuré que Lonclas faisait également partie de cette délégation.
[230]Le signataire de cette curieuse lettre est un industriel connu.
[231]Maxime Du Camp (Convulsions, 8eédition, I. 293) nie formellement l’incident Delescluze. Il n’ignore pas la deuxième démarche d’Arnold, mais il ne sait rien de ce qui se passa à la porte de Vincennes. Il traite de «déposition erronée», le récit, pourtant exact, bien que malveillant, d’un sieur Reculet, qui a assisté à la scène du refus de passage par les gardes. (VoirEnquête Parlementaire, 18 mars, édit. en un vol., p. 522).
[232]M. Washburne était alors ambassadeur des Etats-Unis à Paris. Il avait fait, avec son secrétaire particulier, Mac-Kean, de nombreuses démarches pour faire mettre en liberté Monseigneur Darboy.
[233]V. plus haut, p. 85,le Fusillé du Pont-Neuf.
[234]Quand l’amnistie nous eut rouvert les portes de Paris, il nous prit envie d’aller, un soir, dîner chez Lapeyrouse, dans cette même salle du rez-de-chaussée, donnant sur le quai, où j’avais passé, le 24 mai 1871, une heure tragique. J’invitai un ami, comme moi retour d’exil. Nous avions longuement causé. Nous étions restés seuls.—Tiens, me dit l’ami, si tu réclamais la monnaie de ton billet de cent? Après avoir réglé l’addition, nous fîmes venir le gérant. Bien entendu, je n’avais pas la moindre intention de rentrer dans mon dû. Le gérant écouta, grave et souriant à la fois.—Dommage, monsieur, conclut-il en s’inclinant, vraiment dommage. Depuis 1871, la maison a changé de propriétaire. Voulez-vous, cependant, que je communique votre réclamation à la caisse?—Non, non, ne réclamez rien. Nous nous ferons rembourser cela à la prochaine. Et nous nous levâmes en riant, heureux tous deux d’avoir bavardé, en pleine liberté, dans cette salle où nous avions failli perdre la nôtre, et peut-être même plus encore.
[235]Lisbonne (Maxime), colonel fédéré. Blessé le 25 mai boulevard Voltaire, condamné à mort, commué aux travaux forcés.
[236]Rigault fut tué, vers trois heures, d’un coup de revolver, au pied de la barricade Royer-Collard, par le sous-officier qui le conduisait au Luxembourg.
[237]La poudrière du Luxembourg sauta, très exactement, à midi vingt-huit minutes. (Témoignage d’un ami, habitant rue d’Assas, qui nota l’heure.)
[238]Voir plus haut,Une journée à la Cour martiale du Luxembourg, p. 10.
[239]La «boutique à Roullier» occupait les locaux du rez-de-chaussée, aujourd’hui dépendance du Collège de France, numéro 9 de la place Marcellin-Berthelot.
[240]La Misère, petite feuillein-quarto. Sept numéros, du 6 au 12 février 1870. Rédacteurs: A. Passedouet, Maxime Vuillaume, Henri Bellenger, etc. Gérant: Léon Sornet. Imprimerie Rochette, 72-80, boulevard Montparnasse.La Misèrevendait la brochurele Droit du Travailleur, par le citoyen Paget-Lupicin.—Passedouet, condamné à la déportation, mourut en Calédonie. Léon Sornet fut le gérant de notrePère Duchêne.
[241]On ne disait pas encore, en ce temps-là, à la vérité,anarchiste. On se contentait d’être révolutionnaire.
[242]Le café Huber occupait l’angle de la rue Monsieur-le-Prince et des escaliers, encore existants, de la rue Antoine-Dubois. La maison, disparue, a fait place aux bâtiments de l’Ecole pratique de Médecine.
[243]Roullier avait toujours travaillé en échoppe. Avant de s’être installé dans son atelier du «Collège de France», il avait battu la semelle 9, rue du Sommerard, au rez-de-chaussée de la maison que j’habitais. Longuet, qui demeurait à côté, au coin de la rue des Carmes et de la rue du Sommerard, y venait tailler de longues bavettes avec le citoyen savetier.
[244]La reprise d’Hernaniau Théâtre-Français eut lieu le 20 juin 1867. La soirée fut des plus tumultueuses. La jeunesse des écoles y manifesta bruyamment, applaudissant à outrance les passages qui renfermaient quelque allusion hostile au régime impérial.
[245]C’était, on le sait, un faux Vallès, qui avait subi ces tortures. D’autres infortunés furent ainsi passés par les armes, sur la dénonciation de quelque passant qui croyait reconnaître en eux, tantôt Billioray, tantôt Ferré, Vaillant, d’autres encore.
[246]LeMoniteur Universeldu 1erjuin 1871.
[247]«Le nombre des dénonciations anonymes adressées, soit aux quartiers généraux de l’armée, soit aux mairies, soit à Versailles, soit enfin, le plus grand nombre, aux commissaires de police de Paris, s’élève, depuis le 22 mai jusqu’au 13 juin, à 379.823. Le numéro d’ordre d’enregistrement à la Préfecture de police, où ces correspondances sont centralisées, a permis d’établir cette statistique de l’anonymat.» (Opinion Nationaledu 16 juin 1871).
[248]LaPetite Pressedu 8 juin 1871.
[249]LaPetite Pressedu 20 juin 1871.
[250]Bellenger se trompait. Humbert était caché aux Batignolles, rue Truffault. Dénoncé par le concierge (15 juin), il fut conduit au commissariat de police voisin, où un agent le reconnut. Humbert protesta. Mais on découvrit chez les braves gens qui lui avaient donné asile une lettre adressée le matin même par sa mère. Madame Humbert demeurait 14, rue Soufflot. On y conduisit le prisonnier. Quand elle vit son fils, la pauvre mère se jeta dans ses bras. Humbert était perdu. On l’emmena dans un fiacre, d’où il s’échappa. Il fut repris à l’Odéon. A Versailles, il fut reçu par le fameux commissaire Clément, celui que nous appelions sous l’Empire le «vieux mouchard».—Je vous attendais, dit ironiquement Clément quand il se trouva en face d’Humbert. On sait qu’Humbert fut, le 21 novembre 1871, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le conseil de guerre.
[251]Des trois rédacteurs duPère Duchêne, deux furent condamnés à mort par contumace: Vermersch et moi. Le troisième, Alphonse Humbert, présent, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il fit ses huit années de bagne. Je les aurais certainement faits comme lui. (Procès duPère Duchênedevant le conseil de guerre, audiences des 20 et 21 novembre 1871).
[252]Razoua, arrêté le 17 juillet, fut remis en liberté dans les derniers jours d’août, le gouvernement français n’ayant fourni aucune preuve à l’appui de sa demande d’extradition. Voir pour détails,la Proscription française en Suissepar A. Claris. Genève, 1873. Bibliothèque nationale Lb57, 1702.
[253]Brunereau (Louis), ancien délégué à la commission du travail du Luxembourg en 1848, chef du 117ebataillon sous le siège, du 228eaprès le 18 Mars.
[254]Gambon (Ferdinand), membre de la Commune (10earrondissement), ancien représentant du peuple à la Constituante (1848), député à l’Assemblée nationale (1871). Membre du Comité de Salut public (10 mai).
[255]Martelet, membre de la Commune (14earrondissement). Représenta la Commune aux obsèques de Pierre Leroux.
[256]Legrandais, chef de bataillon après le 18 Mars. Plus tard, conseiller municipal du quartier Clignancourt (Montmartre).
[257]LeRappeldu 10 février 1870 raconte ainsi son arrestation: «M. Bazire, rédacteur à laMarseillaise, a été arrêté à deux heures sur le quai de l’Orangerie. L’empereur se promenait sur la terrasse. Le citoyen Bazire a levé son chapeau et crié: Vive la République! Des agents se sont jetés sur lui et l’ont arrêté sur le champ.»
[258]Nina Gaillard, dite Nina de Villars, musicienne et poète. Femme séparée d’Hector de Callias, journaliste, frère du peintre Horace de Callias. Nina avait ouvert, dans son appartement de la rue Chaptal, un salon littéraire, artistique et bohème où fréquentaient, à coté de poètes et d’artistes, des révolutionnaires comme Raoul Rigault et d’autres. Prise de peur après la répression versaillaise, elle s’enfuit à Genève. Elle y donna des concerts de musique classique, où elle se faisait présenter sur la scène par l’ancien membre de la Commune, fusionnien, Babick, vêtu d’une redingote à la polonaise, boutonnée jusqu’au col, bottes montantes, et ceinture rouge à la taille. Le public genevois, effaré, déserta vite. Quand elle fut rassurée, Nina retourna à Paris, où elle s’installa, avec sa mère, rue des Moines, aux Batignolles, son salon toujours ouvert. On y rencontrait Charles Cros, le musicien Cabaner, Ghys, Catulle Mendès, Bazire, etc.
[259]Massol (Léon), ingénieur. Il s’adonna plus tard aux études pasteuriennes. Membre du Comité de l’Institut Pasteur, il mourut en décembre 1909 directeur du laboratoire de bactériologie de l’Université de Genève, qu’il avait créé.
[260]Dumay (Jean-Baptiste), ouvrier mécanicien, maire du Creusot après le Quatre-Septembre, y proclame la Commune le 26 mars. Le mouvement avorté, il se réfugie en Suisse et est attaché, jusqu’à l’amnistie, aux travaux de percement du Gothard. Plus tard, député de Paris.
[261]Babick, membre de la Commune (10earrt). Membre de la commission de justice et de la commission des travaux publics.
[262]Razoua (Eugène), homme de lettres, ancien maréchal des logis de spahis, rédacteur duRéveilde Delescluze. Représentant de Paris à l’Assemblée nationale (1871), démissionnaire. Colonel commandant l’Ecole militaire.
[263]Clément Thomas, commandant en chef des gardes nationales de la Seine (4 novembre 1870). Arrêté à Montmartre le 18 mars, il fut fusillé rue des Rosiers avec le général Lecomte.
[264]Josselin (François), membre du Comité central, chef de la 18elégion.
[265]VoirDîner chez Rachel, page 211.
[266]Razoua (Eugène).Souvenirs d’un spahis, avec préface de Tony Révillon. Paris, Achille Faure, 1866.—VoirL’Homme qui tue, d’Hector France, qui fut de l’escadron de Razoua.
[267]Lonclas (A.), membre de la Commune (douzième arrondissement), chef du 73ebataillon de la garde nationale. Membre de la Commission militaire (16 mai).
[268]Philippe, membre de la Commune (douzième arrondissement). Condamné à mort par le conseil de guerre, Philippe fut fusillé à Satory, en même temps que Bénot, qui avait incendié les Tuileries, et Decamps, le 22 janvier 1873.
[269]Vermersch n’était pas docteur ès-lettres.
[270]Je ne crois pas que ce projet ait jamais été mis à exécution.
[271]Wieland était un professeur d’Altorf avec qui Vermersch s’était lié.
[272]Voir plus loin, p.423, leMur.
[273]Ranc (Arthur), membre de la Commune, élu par le 9earrondissement. Démissionnaire le 6 avril. Plus tard, député, sénateur de la Seine.
[274]Voir plus haut, page 302.
[275]Advenant, administrateur duRéveilde Delescluze. C’est Advenant qui fit élever le tombeau de Delescluze au Père-Lachaise, tout proche de l’emplacement où étaient installées, pendant la Semaine de Mai, les batteries fédérées.
[276]L’article duPère Duchênene détermina en rien l’arrestation de Chaudey. Depuis deux jours, elle était décidée. Rigault me l’a formellement déclaré quelques jours après l’arrestation du rédacteur duSiècle. Da Costa me l’a, à plusieurs reprises, déclaré, lui aussi. (Voir saCommune vécue, II, 96.)
[277]Lefèbvre-Roncier, juge suppléant à la cour martiale (13 mai). Sous-chef d’état-major au ministère de la guerre (Delescluze). Plus tard, conseiller municipal de Paris.
[278]Cette brochure parut, en 1906, à l’Imprimerie l’Emancipatrice, 3, rue de Pondichéry. (80 pages in octavo. 300 exemplaires numérotés, non mis dans le commerce.)
[279]Da Costa, dans saCommune vécue(volume II, pages 97 et suivantes), s’évertue à établir «la vérité» sur l’article duPère Duchêne. Il nomme avec raison Advenant. Mais l’interprétation qu’il donne à sa démarche est inexacte. Il ignore également les conditions dans lesquelles fut publié l’article. Ce qu’il écrit n’est donc pas, comme il le croit, la vérité.
[280]Dans lesNotes Politiquesqu’il donnait auRadical, Ranc écrit (26 septembre 1904): «LaRépublique Française, répondant à mon dernier article, déclare que je suis resté fidèle à mes vieilles idées jacobines. A mes vieilles idées républicaines et révolutionnaires, oui. Jacobines, non. J’ai la douce habitude d’être traité de vieux jacobin, et cela ne me touche pas autrement. Il faut pourtant que je réclame au nom de la vérité, et je suis enchanté que laRépublique Françaisem’en fournisse l’occasion. Qu’on m’appelle vieux dantonien, cela me flattera. Qu’on m’appelle vieil hébertiste, cela ne me choquera nullement. Je tiens qu’Hébert est un grand calomnié, et que Chaumette a été un des meilleurs, un des plus intelligents serviteurs de la Révolution. Donc, hébertiste, tant qu’il vous plaira! mais jacobin, non! Je n’ai jamais été de l’église où l’on glorifie Robespierre. Je n’ai jamais fait mes devoirs dans la chapelle de l’Etre suprême. Ceci dit, passons.»
[281]Le Père-Lachaise reçut beaucoup plus d’un millier de cadavres. A elle seule, l’abominable cour martiale de la Roquette fournit à ses fosses communes douze cents fusillés.
[282]L’hospice municipal de Brévannes, à Limeil-Brévannes (Seine-et-Oise), a été créé en 1884 par la Ville de Paris pour remédier à l’encombrement des hôpitaux parisiens.