Fig. 67. — Campement tebbou, au nord du Koutous.Les hameaux ainsi construits sont assez nombreux au nord du Koutous ; j’en ai vu 5 (Garagoa, Dalguian, Boulloum, Boulakendo, Tassr), sur une longueur de 35 kilomètres. A Garagoa, il y a une soixantaine de chefs de cases, et Tassr m’a paru un peu plus important ; les trois autres villages étaient abandonnés au moment de mon passage (avril 1906).Je ne sais quelle est l’extension géographique de ce type spécial d’habitation : Nachtigal [l. c., p. 190] a indiqué, dans le Tibesti, des paillottes rectangulaires, mais à toit plat, qui paraissent différentes.Les Tebbous de Tassr et de Garagoa ne semblent pas former unerace homogène ; ils se donnent d’ailleurs, pour des raisons politiques probablement, comme des Azas ou Dazas, tout à faits différents des Tebbous véritables et ne pratiquant pas comme eux le vol des troupeaux de leurs voisins (?). Ils affirment même, quoique nous ayons eu la preuve du contraire, n’avoir pas de relations d’amitié avec eux.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXII.61. — TENTE TOUAREG.Chez les Oulimminden.Un bouclier est appuyé à la tente.62. — CAMPEMENT DE BELLAH.Bords du Niger.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXIII.Cliché Posth63. — CAMPEMENT DE BELLAH.Boucle du Niger.Cliché Pasquier64. — CAMPEMENT DE BELLAH.Près de Gao.Pour les tentes, il y a à signaler surtout la grande simplicité des installations touaregs ; la photographie (Pl. XXXII,phot. 61) montre à quoi elle se réduit en route ; le bouclier, appuyé contre la tente, et le méhari, indiquent suffisamment le peu de hauteur de ce logement qui ne sert qu’à donner de l’ombre. Lorsque le campement est installé pour quelques semaines, on conserve le toit de cuir, mais placé plus haut (2 m.), et on ferme les côtés au moyen de nattes ; la porte est habituellement au sud. L’installation reste cependant toujours assez primitive chez la plupart des Touaregs ; elle devient à peine un peu plus confortable dans la boucle du Niger, tout en se rattachant au même type (Pl. XXXIII).[106]Chevalier,C. R. Ac. Sciences, 30 avril 1900. — La végétation de la région de Tombouctou,Actes du Congrès international de botanique, 1900, p. 248. —La Géographie, XVII, 3, 1908, p. 201-210, etc.[107]On trouvera de bonnes reproductions des aspects de la végétation de ces diverses zônes dans Karsten et Schenk,Vegetationsbilder, Iena, 1906 et sv., en particulier, pour le Soudan, [4], Pl. 23 à 30 et, pour le Sahara algérien, [6], Pl. 19-24.[108]Timetr’inest le pluriel du mottamtek’, équivalent tamachek der’aba, la forêt.[109]A. Chevalier,Ass. française Av. Sc., Paris, 1900, p. 642-656.[110]Ces beaux liserons forment, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne, des fourrés très verts avec de grandes fleurs rouges, épanouies seulement le matin. C’est une plante toxique pour tous les troupeaux. Le poste d’Agadez l’a vérifié à ses dépens, ses chameaux, qui n’étaient pas du pays, ayant brouté ces liserons.[111]ἔδαφος = sol. Schimper,Plant-Geography upon a physiological basis, Oxford, 1903, p. 3. — Ce néologisme s’applique aussi bien aux particularités botaniques qui dépendent de détails topographiques, qu’à celles qui ont pour cause la constitution physique ou chimique du sol.[112]Cosson a donné, épars dans diverses autres notes, de nombreux renseignements sur la flore du Sahara.[113]Un genre de Scrophulariées,Lafuentea, n’était connu que par une seule espèce d’Andalousie. Battandier a décrit récemment une seconde espèce de ce genre (L. ovalifolia) de l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui est bien loin de la Méditerranée.[114]Massart, Un voyage botanique au Sahara,Bull. de la Soc. Bot. de Belgique, XXXVII, 1898, p. 202-339, 7 planches.[115]Le règne végétal en Algérie.Revue Scientifique, [2], XVI, 1879, p. 1205-1217.[116]Grisebach,La Végétation du Globe, trad. Tchiatcheff, 1878, II, p. 111. — O. Drude,Manuel de Géographie botanique, trad. Poirault, 1897, p. 426.[117]Battandier et Trabut,L’Algérie, Paris, 1898, p. 355.[118]N’si, graminées de petite taille, du groupe des Stipées. —Acheb, toutes les autres plantes dont la venue est à la merci d’une averse.[119]Maury,Assoc. franç. Av. Sciences, Toulouse, 1887. — Massart,l. c., et La Biologie de la végétation sur le littoral belge,Bull. Soc. Bot. de Belgique, XXXII, 1893.[120]Mentha sylvestrisest lena’na’des Arabes qui joue un grand rôle dans la préparation du thé. Le mot tamahek,ennar’nar’qui est visiblement le même, semble bien indiquer que la plante a été introduite.[121]Les cryptogames du Sahara sont encore moins connus que les phanérogames ; on trouvera, dans leBull. de la Soc. Mycologique de France, plusieurs notes de Patouillard sur les champignons du grand désert africain. Un pyrénomycète (Poronia) est connu en Nubie et sur le littoral atlantique.[122]Je laisse complètement de côté ce qui a trait au karité et aux lianes à caoutchouc, dont l’aire d’habitat est plus méridionale. — Les cultures vivrières ont d’ailleurs un intérêt plus immédiat ; elles seules permettent un accroissement rapide de la population quand un pays est vraiment peuplé, tout le reste vient facilement.[123]G. Rolland,Hydrologie du Sahara Algérien. —Mission A. Choisy, 1895, p. 7.[124]Ou tekhaouit, selle de femme. On en trouvera un croquis et une description détaillée dans Benhazera (Six mois chez les Touaregs, p. 39).[125]Foureau,Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens, Paris, 1896.[126]D’après Foureau (Cat., p. 29), mrokba ou merkeba désignerait aussi leScabiosa camelorumCoss., plante du Sud algérien qui n’est pas connue au Sahara. Elle s’éloigne, par tous ses caractères, des graminées précédentes.[127]En dehors des ouvrages relatifs au Sahara et au Soudan cités plus haut, j’ai pris quelques renseignements dans Bentham et Hooker,Genera plantarum, et dans Engler-Prantl,Pflanzen Familien.[128]A. Chevalier,Bull. Soc. Bot. de France, IV, 6, 1906, p. 480-496.[129]La véritable « myrrhe » provient d’une espèce voisine.[130]Bull. Soc. Bot. de France, [IV], 7, 1907, p. 252-257.[131]D’après Cosson, le dattier serait originaire des Canaries, où une sous-espèce, lePhœnix canariensisHort, est considérée comme spontanée par Webb et Berthelot. La présence de quelques végétaux canariens au cap Blanc, les Helix fossiles des dépôts d’estuaire de Port Étienne, semblent en effet indiquer que, jusqu’au début du Quaternaire, l’archipel canarien était réuni à l’Afrique. Cependant de Saporta affirme reconnaître, parmi les Phœnix tertiaires de la Haute Italie, l’ancêtre direct du dattier.[132]Gravier,Bulletin du Muséum, 1907, no3, p. 218-224, une carte.[133]Foureau,Doc. Scient. de la Mission Saharienne, t. II, p. 1055-1059 ; — De Joannis (Lépidoptères),Bull. de la Soc. entomologique de France, 1908, p. 82-83 ; — Van der Weele (Névroptères),id., 1908, p. 154 ; — Du Buysson (Hyménoptères),id., 1908, p. 131-135 ; — Lesne,Lyctus hipposiderosnv. sp.,Bull. du Muséum, 25 nov. 1908.[134]Pucheran,Revue et Magazine de Zoologie, 1865.[135]J’ai trouvé un beau varan, long de 0 m. 60, au milieu du tanezrouft de Timissao.[136]Massart,l. c., 1898 ; —Travaux du laboratoire de Wimereux, t. VII, 1899, p. 446-451.[137]La bibliographie des mollusques africains est déjà très riche. On trouvera l’indication des principaux mémoires dans L. Germain,Les Mollusques terrestres et fluviatiles de l’Afrique Centrale Française, in Chevalier,L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 459-617. — Voir aussi Pallary,Mollusques tertiaires fluviatiles d’Algérie,Mém. Soc. Géol. Paléont., 1901.[138]R. Anthony,Ann. de la Soc. royale Zoologique et Malacologique de Belgique, XLI, 1906, p. 322-430, pl. XI et XII.[139]On les désigne très improprement au Soudan sous le nom de bancs d’huîtres. Les Ætheria appartiennent à la famille des Unionidæ, qui ne renferme que des formes d’eau douce, très éloignées par leurs caractères anatomiques des Huîtres qui, de plus, sont essentiellement marines.[140]La grosse vipère de l’Ahaggar appartient à un genre voisin (Bitis). Elle est au moins très proche de la vipère du Gabon. Elle cause des accidents mortels même pendant les mois les plus froids (Guilho-Lohan).[141]J’emprunte ces déterminations à Maclaud :Notes sur les Mammifères et les Oiseaux de l’Afrique Occidentale, Paris, 1906.[142]Duveyrier signale à l’Ahaggar, d’après des renseignements indigènes, lataouritqu’il croit une sorte de loup. Je n’ai pu avoir aucune confirmation de l’existence d’un loup. Cortier [l. c.p. 362] pense que la taourirt est une hyène. — La seule rencontre dangereuse que l’on puisse faire dans l’Ahaggar est celle des hyènes qui, lorsqu’elles sont en bande, attaquent parfois des isolés. On ignore la limite nord deH. crocutaErx. qui est, paraît-il, vraiment dangereuse.[143]Catalogus mammalium tam viventium quam fossilium, Berlin, 1897-1899.[144]Jean [l. c., p. 148] émet des doutes sur l’existence du lion en Aïr. Les indigènes sont très affirmatifs. Von Bary le mentionne expressément et indique qu’il a une crinière ; Foureau en a vu des traces (D’Alger au Congo, p. 344, 359).[145]Pierre et Monteil,L’élevage au Soudan, Paris, 1905. — Dechambre,Rev. Col., 1905, p. 335 et 458.[146]De Franco,Études sur l’élevage du cheval en Afrique occidentale, Gorée.[147]Dinaux,Rens. coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1907, p. 64.[148]Pomel,Monographies des Vertébrés fossiles de l’Algérie, 2efasc., 1893. — Flamand,De l’introduction du chameau dans l’Afrique du Nord, Paris, 1907.[149]Leidy,Proc. of the Ac. of natural Science of Philadelphia, 1875.[150]Les Races et les Peuples de la Terre, Paris, 1900, Appendice II, p. 667-674.[151]Les Haoussas occupent l’Adr’ar’ de Tahoua, Zinder et s’étendent dans l’Aïr et dans la Nigeria ; ils sont très distincts, à première vue, des Bornouans et des Sonr’ai, entre lesquels ils sont enclavés. Leurs affinités sont plutôt avec les populations de l’Est africain.[152]In Desplagnes,Le Plateau Central Nigérien, p. 87-94.[153]Panet a publié une bonne étude sur les Touaregs du cercle de Dounzou (Revue des troupes coloniales, 1905, p. 418).[154]La Kabylie et les coutumes kabyles, 3 vol., 1872-1873, II, p. 3.[155]Tambari, synonyme méridional deamr’ar.Amr’arveut dire au sens propre « quelqu’un de grand soit par la fonction sociale, soit par l’âge ». C’est l’équivalent du mot arabecheikh(Motylinski,Dictionnaire, p. 110).[156]Inutile de mentionner l’hypothèse fantaisiste d’après laquelle les guerriers touaregs seraient les descendants des croisés de saint Louis.CHAPITRE VHYDROGRAPHIE ANCIENNELe Taffassasset. — Le bassin de Tombouctou et le moyen Niger. — Le bassin d’Ansongo. — Le Tchad et le Bahr El Ghazal.L’hydrographie du Sahara dans son état actuel est récente ; les preuves abondent que d’importants remaniements dans le dessin des cours d’eau sont d’hier.Malheureusement, les lacunes de la cartographie, l’absence complète d’hypsométrie précise, et l’ignorance où nous sommes de la classification du Pleistocène et du Quaternaire de l’Afrique centrale, obligent à faire une part, peut-être trop large, aux hypothèses, dans l’exposé de l’état ancien du réseau hydrographique. Il semble cependant qu’un essai de synthèse, même très audacieux, soit le seul moyen de grouper les faits acquis et de poser nettement les problèmes.Dans le Sahara algérien, depuis Duveyrier, le bassin de l’oued Igharghar est bien connu dans ses grandes lignes ; les patientes explorations de Foureau en ont précisé de nombreux détails et les recherches toutes récentes de Voinot nous ont bien fait connaître ses parties hautes.Gautier a montré l’extension du bassin de la Saoura qu’il a pu suivre jusqu’à Rezegallah ; les affluents de la rive gauche de ce fleuve sont bien connus et il ne reste plus à élucider que quelques questions de détail pour que l’histoire de ce fleuve soit définitivement éclaircie : on ne sait pas encore, par exemple, si la Daoura est un bassin fermé ou un affluent de la rive droite de la Saoura.Ces deux fleuves, l’Igharghar et la Saoura, bien vivants naguère, ont succombé l’un et l’autre dans leur lutte contre l’ensablement, mais ils sont morts sur place ; s’ils revenaient à la vie, ils reprendraient leur ancien cours. Des accidents tectoniques récents, comme le rajeunissementde la faille du Touat [Sahara algérien,p. 235], n’ont en rien modifié le dessin général des deux principaux bassins du Sahara du nord.Le Taffassasset.— Dans le Sahara soudanais, les changements ont été plus profonds ; pendant le Pleistocène, un seul fleuve important aboutissait à l’Atlantique. Né dans les contreforts de l’Ahaggar, le Taffassasset, après avoir quitté In Azaoua, se dirigeait vers le sud en passant au voisinage de l’Aïr, dans la plaine de Talak. Un peu plus loin, les grandes vallées de l’Adr’ar’ de Tahoua, les « dallols »[157], indiquent nettement son cours et celui de quelques-uns de ses affluents ; plus au sud encore le Taffassasset se confondait avec ce qui est aujourd’hui le Bas Niger, en aval de la région du W (à la rencontre du fleuve et des quartzites de l’Atacora).Les indications qui rendent cette reconstitution au moins vraisemblable sont nombreuses. Le dessin actuel du fleuve, tel qu’il résulte de la carte manuscrite où Cortier a résumé tous les itinéraires récents, présente deux angles presque droits : habituellement N.-S., le lit du fleuve se dirige de l’est à l’ouest, de Talak à l’Azaouak, pendant 500 kilomètres ; cette double inflexion dont l’existence paraît bien établie a besoin d’être justifiée (Carte géologiquehors texte).Les traces de changements récents dans le régime hydrographique se rencontrent à chaque pas ; au voisinage d’Agadez, le Teloua qui prend sa source dans le Baghazam, un des hauts sommets de l’Aïr, est encore assez vivant. Il a une pente notable : les observations barométriques faites à Agadez et à Assaoua donnent un chiffre voisin de 1/1000, chiffre que confirme l’état de ravinement du lit ; il s’agit donc d’un régime presque torrentiel pour la rivière principale de la plaine d’Agadez. Les affluents du Teloua, ceux de la rive gauche tout au moins, ont une pente presque nulle ; leurs lits sont à peine tracés ; à la saison des pluies, ils s’épandent en de véritables marais, transformant les parties argileuses de leur bassin en fondrières larges de plusieurs kilomètres, et dont la traversée peut devenir dangereuse. Ce n’est pas une allure normale, et d’ordinaire les affluents ont une pente plus forte que la rivière où ils se jettent.Des exemples analogues ne sont pas rares, mais le fait qui paraît le plus décisif est à coup sûr l’existence des dallols. Le plateau calcaire et gréseux qui constitue l’Adr’ar’ de Tahoua, malgré le dur manteau de latérite qui le recouvre partout, est profondément entaillépar des vallées fort nettes, larges parfois de 5 à 6 kilomètres ; ces vallées, ces dallols, sont limitées par des falaises toujours très bien marquées et dont la hauteur dépasse parfois 100 mètres, au voisinage de Keita par exemple. Leur caractère de vallée d’érosion n’est pas douteux, et elles servent encore de collecteur au peu de pluie qui tombe sur la région ; comme toutes les rivières habituellement inactives, elles ont mal su lutter contre le vent et des dunes encombrent leur lit ; ces barrages ont déterminé l’établissement d’un certain nombre de mares et d’étangs permanents ; celui de Keita, presque un lac, est un des plus célèbres (Pl. XX). On peut suivre les principaux dallols fort loin vers le sud ; le dallol Bosso se continue jusqu’au Niger. Vers l’amont ils ne viennent de nulle part : le Goulbi n’Sokoto, qui draine les eaux de la majeure partie du Tegama, passe au sud-est de l’Adr’ar’ ; toutes les eaux du nord du Tegama sont recueillies par le kori Tamago qui, se dirigeant vers l’ouest, passe très au nord de la région de Tahoua, et, vers l’Azaouak, va rejoindre l’Ir’azar d’Agadez, et le Taffassasset qui ont recueilli toutes les eaux de l’Aïr et de l’Ahaggar : tout passage vers le nord et vers l’est est actuellement coupé aux fleuves qui ont creusé les dallols. Ces vallées sont d’ailleurs trop importantes pour être attribuées à de simples ruisseaux ; au surplus, Tahoua est dans une région où les pluies sont actuellement peu importantes : la récolte du petit mil, pourtant peu exigeant, est parfois compromise par la sécheresse, bien que toutes les cultures soient dans les vallées ; tous les ergs morts, si abondants dans la région, et le vernis qui recouvre les latérites, prouvent cependant que, pendant le Quaternaire, ce pays était un vrai désert, où la pluie était plus rare qu’elle ne l’est maintenant. Il y a à ce point de vue amélioration du climat et non péjoration et cependant, malgré ce progrès, les ruisseaux de l’Adr’ar’ sont misérables et hors de proportion avec les grands dallols.Il faut donc que les dallols aient été creusés par des fleuves venus de loin, de régions où il pleuvait pendant le Quaternaire, c’est-à-dire du Sahara, et ceci ne peut se concilier qu’avec de profonds changements dans le régime hydrographique.Le bassin de Tombouctou et le moyen Niger.— En 1899, Chevalier[158], herborisant aux environs de Tombouctou, trouva sur le sable une coquille marine ; quelques jours après, les indigènes lui en apportèrent un grand nombre et lui apprirent qu’elles provenaient deKabarah où on les trouvait dans les carrières d’où était extraite l’argile qui sert à bâtir les maisons de la ville. Les coquilles seraient abondantes surtout dans une couche de sable, plus compact que celui des dunes et qui repose directement sur des argiles[159]. On a pensé d’abord que, comme aujourd’hui la caurie (Cypræa), ces coquilles avaient été apportées de la côte par les noirs et servaient de monnaie. Cette manière de voir ne paraît guère soutenable : le test est déjà modifié dans son aspect, et les coquilles de Tombouctou sont en voie de fossilisation ; elles sont loin d’avoir la fraîcheur de celles que l’on trouve en Mauritanie dans des dépôts de plage à quelques kilomètres de la côte ; Mabille avait observé que toutes sont de taille plus petite que les exemplaires originaires de l’Atlantique, dont le Muséum possède de riches séries. L’une d’elles (Marginella Egouen) mesure habituellement à l’île Gorée 9 lignes (20 mm.) d’après les indications d’Adanson [Histoire naturelle du Sénégal] ; un de mes exemplaires de Tombouctou n’a que 15 millimètres. Mais les échantillons plus nombreux qui sont, depuis, arrivés en Europe montrent à côté de formes naines des formes de taille très normale, de sorte que l’observation de Mabille perd une bonne partie de son importance. Au surplus l’abondance extrême de ces coquilles (on en trouve plusieurs dans chacune des briques de Tombouctou), ne paraît guère s’accorder avec l’idée d’un transport accidentel.Il faut donc admettre que ces animaux ont vécu et se sont multipliés à la place où on les trouve aujourd’hui : au Quaternaire la mer a occupé le bassin de Tombouctou. Jusqu’à présent on ne connaît que peu d’espèces appartenant à cette faune. Ce sont :Marginella marginataBorn, =M. EgouenAdan.M. pyrumGronovius,M. cingulataDillwyn,Columbella rusticaLinné ;la première seule est commune, mais toutes renferment à leur intérieur des débris indéterminables d’autres mollusques[160](Ceritheset lamellibranches).Les deux seuls gisements certains sont Kabarah et les berges du Faguibine, et ceci ne nous permet guère de juger quelle pouvait être l’étendue de cette mer. Heureusement quelques faits permettent tout au moins d’émettre des hypothèses vraisemblables, et d’indiquer de quel côté il faudra chercher la solution de ce problème. La petitecarte de lafigure 68montre que vers le sud les terrains cristallins, depuis Tidjika (Tagant) jusqu’à Tosaye, forment une ceinture ininterrompue, d’altitude souvent notable, parfois rehaussée de plateaux de grès (Hombori), ceinture qui donne bien probablement la limite méridionale extrême du bassin de Tombouctou. Vers le nord les renseignements sont encore bien vagues ; on sait cependant d’une manière certaine que les terrains cristallins dominent dans le Rio de Oro [Quiroga] (cf. ch. I,fig. 4), et qu’on les retrouve plus au sud où ils supportent les grès dévoniens de l’Adr’ar’ Tmar [Dereims] ; on sait aussi que l’on retrouve les mêmes terrains d’El Eglab à Taoudenni, où ils disparaissent sous les calcaires carbonifères de la hammada El Haricha [Mussel] (cf. ch. I,fig. 6) ; plus à l’est l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui se relie à l’Ahaggar, se prolonge vers l’ouest par les plateaux dévoniens du Timétrin presque jusqu’au méridien de Tombouctou, laissant, entre ces plateaux et Taoudenni, un passage pour la vallée de la Saoura, passage où l’on a signalé des grès (Infracrétacé) et des dépôts de sebkha. La région circonscrite par ces terrains anciens correspond en gros au Djouf et à l’Azaouad.Il est hors de doute que, pendant le Pleistocène, l’Atlantique empiétait largement sur la Mauritanie et qu’un golfe s’étendait au moins à 200 kilomètres dans l’intérieur des terres : des coquilles marines à peine fossiles (Senilia senilis?) abondent jusqu’à Aleg ; il est possible que, passant entre l’Adr’ar’ Tmar et le Tagant, ce golfe ait été rejoindre la mer de Tombouctou. A défaut de preuves directes, que l’ignorance où nous sommes, même de la géographie de ces régions, empêche de donner, on peut remarquer que, si l’on connaît d’innombrables exemples de transport de mollusques par les oiseaux, ces exemples portent sur des formes d’eau douce qui vont ainsi d’une mare à l’autre, ou bien sur des formes de lagune, des formes d’eau saumâtre, comme leCardium eduleL. des chotts algériens, qui sont adaptées à des variations considérables dans la température et dans la composition chimique, dans la salure du milieu qu’ils habitent. Pour les espèces littorales, mais franchement marines, comme le sont les Marginelles, on a pu parfois, avec beaucoup de patience, habituer quelques-unes d’entre elles à vivre dans de l’eau un peu plus ou un peu moins salée que l’eau de mer ; mais elles ne s’y reproduisent pas. L’abondance des fossiles à Tombouctou semble donc indiquer que l’eau y avait la même composition et la même constance de température que dans l’Atlantique, ce qui ne peut guère s’expliquer que par une communication directe entre le Djouf et l’Océan.Tombouctou est à environ 250 mètres au-dessus de la mer, mais cette différence de niveau n’est pas une objection : près de Reggio, en Calabre, des assises marines du Quaternaire ancien sont à plus de 800 mètres d’altitude, et l’on connaît sur le littoral de l’Angola des sables àSenilia senilis, l’une des espèces les plus communes du golfe quaternaire de Mauritanie, qui forment le couronnement de falaises hautes de 200 mètres.Fig. 68. — Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale.A ce golfe marin du Quaternaire ancien, peut-être partagé en deux lobes, dont l’un, Taoudenni, recevait la Saoura et l’autre, Faguibine, le Niger, a succédé au moins dans sa partie méridionale un lac de grande étendue.Récemment en effet, Dupuis Yakouba a recueilli dans l’Azaouad où on les trouve partout répandus sur le sol, entre les dunes, une série de mollusques d’eau douce qui, d’après l’examen de L. Germain, rappellent de très près la faune des eaux stagnantes du Tchad ; lesaffinités avec les espèces ou les variétés du Niger, pourtant tout proche, sont beaucoup moins marquées. Cette absence de formes d’eau courante est une bonne confirmation de l’existence d’un lac succédant à la mer à marginelles et dont le Faguibine et les lacs voisins sont le dernier reste.En même temps que s’interrompaient les communications avec l’Atlantique, dans la partie nord de l’ancien golfe, mal alimentée par la Saoura, s’accumulait le sel qui est actuellement exploité dans les salines de Taoudenni et de Tichitt.Tout ceci est encore évidemment bien hypothétique ; les faits positifs font défaut, le Djouf est inexploré. L’origine de la falaise d’El Khenachiche, qui semble un accident très important, est singulièrement obscure ; mais il fallait poser le problème.L’existence de ce golfe quaternaire, si elle était démontrée, rendrait assez vraisemblable, pendant l’Éocène et peut être le Crétacé supérieur, une communication directe entre le bassin de Tahoua et le Sénégal (chap. II) : entre le Silurien de Tosaye et l’Adr’ar’ des Ifor’as passent en effet les calcaires à huîtres et à oursins que l’on peut suivre jusqu’à Mabrouka et jusqu’au voisinage de Bemba, en plein cœur du bassin de Tombouctou, semblant jalonner vers l’ouest une communication directe avec l’Atlantique.Quoi qu’il en soit de ces dernières hypothèses dont la solution appartient à l’avenir, l’existence d’une mer quaternaire à Tombouctou à laquelle, à une époque plus récente, a succédé un lac, dont les régions lacustres sont les derniers témoins, paraît bien établie. La Saoura venant du nord, le Tamanr’asset descendu de la Coudia, et l’oued Ilock, qui prend sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, y aboutissaient ; il n’est pas téméraire de penser qu’il en était de même du Niger.Le cours moyen de ce fleuve, de Koulikoro à Tosaye, présente des particularités très remarquables.En amont du Macina, le Niger a toutes les allures d’un vieux fleuve fidèle à sa vallée qu’il occupe depuis longtemps ; il est profondément encaissé ; au-dessus du lit actuel, on distingue toute une série d’anciennes terrasses qui racontent les progrès lents de l’érosion ; à côté de ces caractères d’ancienneté, les nombreux rapides qui, au sud de Koulikoro, entravent souvent la navigation sont un indice de rajeunissement. En aval de Tosaye et surtout d’Ansongo, le Niger a des berges fort nettes ; son cours présente d’innombrables rapides ; il est en plein travail et ceci est un signe de jeunesse ; des vallées suspendues, parfois à une vingtaine de mètres au-dessus dufleuve, ne s’y raccordent pas et semblent appartenir à un autre âge et probablement à un autre réseau hydrographique.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXIV.Cliché Pasquier65. — CHALANDS SUR LE NIGER. RÉGION DE GAO.La rive droite, qui forme le fond, ne présente pas de relief.Cliché Posth66. — LA VALLÉE DU NIGER ET LE VILLAGE DES TIRAILLEURS, VUS DU POSTE DE BOUREM.On voit nettement les divagations du fleuve.Dans son cours moyen (fig. 65,p. 175), dans le bassin de Tombouctou, le fleuve semble ne pas avoir de passé ; c’est à peine même s’il a un présent. Il s’étale en marécages immenses et s’égare en d’innombrables marigots qui, dans la région lacustre surtout, forment un absurde réseau ; à certaines saisons, dans quelques-unes de ses branches, il lui arrive de refluer sur lui-même. Dans tout ce bief, long de plus de 800 kilomètres, la pente est nulle et l’eau s’écoule à peine. Au mois d’août, en pleine crue, sa vitesse ne dépasse pas 6 kilomètres à l’heure : c’est la vitesse du Rhône en temps ordinaire, vitesse qui est souvent triplée (18 km.) en temps de crue. Quelques photographies, en particulier celle de la planche XXXIV (phot. 66), montreront combien le cours du Niger est mal défini.Le seuil de Tosaye, où le Niger quitte le bassin de Tombouctou, est d’une importance capitale ; au delà du seuil, le courant devient plus fort ; la rupture de pente est bien accusée. Cependant, en des pays moins plats, ce point serait à peine remarqué ; le pittoresque y est médiocre ; rien qui puisse être appelé une gorge, encore moins un défilé ; l’érosion n’a fait qu’échancrer l’arête cristalline, y creusant des falaises de quelques mètres ; le temps lui a manqué pour faire plus grand. L’eau n’y trouve encore qu’un écoulement difficile et lent et s’accumule en amont en masses énormes, surtout dans la région lacustre.On a encore peu de renseignements sur les lacs qui s’étendent sur la rive droite du fleuve, entre le Niger et Hombori ; Desplagnes [Le Plateau central nigérien] en a donné une carte, mais sans explication ; ceux de la rive gauche (Faguibine, Horo) sont mieux connus[161].Un fait assez imprévu, et qui semble bien établi par les mesures concordantes des lieutenants Figaret et Villatte, est que le Faguibine est en contre-bas d’une dizaine de mètres relativement au Niger. Malgré le sens de la pente, les crues du fleuve, qui varient de 5 à 8 mètres, ne suffisent pas à remplir chaque année cette importante dépression. Quelques barrages de médiocre importance s’y opposent, apportant une bonne confirmation à l’idée du desséchement en quelque sorte mécanique du Sahara [cf. t. I,ch. II].Cette irrégularité dans les crues se traduit par de grandes variations dans l’état des lacs et dans la richesse du pays. Lenz, en 1880, ne mentionne que quelques étangs autour de Ras El Mâ ; il est possibleque ses guides l’aient trompé et lui aient soigneusement caché la nappe d’eau principale ; mais il est plus vraisemblable, et mieux d’accord avec les traditions indigènes, qu’il est passé dans la région à un moment de grande sécheresse. D’après le chef du village de Fatakara, ce n’est que trois ans après la venue du voyageur allemand que les Daounas, stériles depuis de longues années, purent être ensemencés. Pendant quelques années, les récoltes furent superbes.En 1894, le Faguibine était un grand lac : Hourst y a vu une énorme nappe d’eau, sur laquelle il lui paraissait dangereux de naviguer dans une barque non pontée ; en 1905, son niveau avait baissé de 7 m. 50 et Ras El Mâ était à 30 kilomètres de la rive ; parfois même, assurent les indigènes, il ne reste du Faguibine que quelques débris dans les parages des rochers de Taguilem, où les fonds ont quelque profondeur.Villatte pense qu’un canal de 8 kilomètres de long, reliant le Fati au Télé, permettrait aux eaux du Niger de pénétrer tous les ans jusqu’au Faguibine, assurant une fertilité régulière à d’immenses territoires ; il ne semble pas qu’au point de vue technique l’établissement de ce canal puisse présenter de difficultés.Avant de l’entreprendre toutefois il sera prudent d’être mieux fixé sur les régions qui sont situées au nord et à l’ouest du Faguibine. La dépression du Djouf est en contre-bas d’au moins une centaine de mètres et il est à peu près certain que le Niger y a autrefois abouti [cf. t. I,p. 55]. Il ne faudrait pas oublier l’exemple qu’a donné récemment le Colorado qui, profitant d’un canal de dérivation, a failli abandonner le Pacifique pour créer un lac important dans le Salton Sink[162]; il serait plaisant, sous prétexte d’irriguer les Daounas, de renvoyer le Niger dans son ancien lit et de ruiner une bonne partie de l’Afrique occidentale.Les Maures affirment en effet qu’un chenal continu, partant de Ras El Mâ, relie la Faguibine à Oualata ; le service géographique des colonies (Carte au2000000e, feuilles 1 et 2) a tenu compte de ce renseignement et figure le Dahar Oualata en falaise, qu’elle prolonge au nord-ouest jusqu’à Tichitt, en plein Djouf.Diverses légendes confirment d’ailleurs cette ancienne direction du Niger ; on a conservé le souvenir d’une époque où le Niger, ou, pour mieux dire, un de ses bras, un marigot, se remplissait parfois jusqu’à Araouan ; des ruines sont connues dans le Djouf ; près d’Oualata, il existerait deux villes importantes aujourd’hui abandonnées ;entre Araouan et Taoudenni, Ed Denader aurait été peuplé par les Kel Antasar. Cette précision relative semble indiquer qu’il s’agit d’une ruine récente ; le desséchement du pays serait d’hier.Cependant une autre tradition, dont je dois l’indication à Gsell, permet de croire que depuis fort longtemps le Niger a cessé de couler du sud au nord. Hérodote [livre II, chapitreXXXII] raconte l’histoire de cinq jeunes gens de la tribu des Masamons qui, partis du littoral de la Grande Syrte, traversèrent, pendant de longs jours, le désert en marchant vers le couchant : ils arrivèrent ainsi dans un pays où il y avait des arbres et qu’habitaient des nains de couleur noire qui les firent prisonniers. Ces nains leur firent traverser, par de longues marches, des marécages et les conduisirent dans leur capitale, qu’arrosait un grand fleuve où se jouaient des crocodiles, et qui coulait de l’ouest vers l’est. On ne voit guère que le Niger qui corresponde à ces indications ; la présence de pygmées dans la partie occidentale du Soudan est d’accord avec les légendes que Desplagnes a recueillies [Le Plateau central nigérien, p. 69 et 71] ; leur souvenir est resté assez vivant dans le plateau nigérien d’où ils auraient été refoulés dans la grande forêt équatoriale à une époque assez récente.Il serait dangereux d’attribuer à ce récit une grande importance, mais il serait puéril de le rejetera priori.Le phénomène de capture qui s’est produit à Tosaye n’est pas douteux ; il s’agit là probablement d’un événement géologiquement récent : le récit d’Hérodote est peu clair, les traditions indigènes sont plus nombreuses et plus précises ; elles sont d’accord avec la présence de ruines et avec les faits géographiques ; on peut donc admettre, avec quelque vraisemblance, que le changement de lit du Niger n’est pas très vieux et que l’archéologie permettra peut-être de dater avec quelque exactitude cette importante modification des conditions de la vie dans le bassin de Tombouctou. Elle serait, d’après Desplagnes, antérieure au Néolithique africain qui est sans doute bien récent.Bassin d’Ansongo.— Que se passait-il entre le bassin du Niger et celui de Taffasasset, alors qu’ils étaient distincts ?J’ai déjà mentionné précédemment l’existence de vallées suspendues le long du Niger entre Niamey et Gao. Ces vallées sont en général assez larges, bien encaissées dans des berges élevées parfois de 5 à 6 mètres (fig. 79,p. 275).Leur hauteur au-dessus du Niger est très variable ; près de Gao, elles sont à 4 ou 5 mètres au-dessus du niveau du fleuve ; à Ansongo,le poste est bâti sur des graviers à 7 mètres au-dessus du Niger ; il y a 80 kilomètres entre Gao et Ansongo et le fleuve ne présente pas de rapides.Plus au sud, vers Niamey, les vallées suspendues dominent le fleuve d’une trentaine de mètres ; il y a entre Ansongo et Niamey 280 kilomètres et de très nombreux rapides. Les altitudes n’ont été déterminées qu’au baromètre ; elles accusent une cinquantaine de mètres de différence entre Gao et Niamey, au niveau du Niger. Il est impossible d’en conclure quoi que ce soit sur les niveaux relatifs des vallées suspendues et de savoir si celles de Niamey sont au-dessus ou au-dessous de celles de Gao. La cartographie de ces régions est encore trop sommaire pour que l’on puisse savoir si ces vallées suspendues s’arrêtent au Niger ou si elles le traversent et se continuent au delà du fleuve : j’en ai aperçu d’assez nombreuses sur chaque rive, mais ce n’est pas d’une pirogue que l’on peut les étudier sérieusement.Plus au sud, Hubert a observé des faits analogues, sur lesquels il donne peu de détails.Malgré ces incertitudes, ces vallées sont cependant la preuve d’un changement profond dans le régime des cours d’eau de la contrée, soit qu’elles n’aient jamais eu de rapport avec le Niger, soit qu’elles en soient d’anciens affluents.Ce bassin, dont Ansongo occupe le centre, semble assez bien délimité vers l’ouest par l’arête cristalline qui va de Tosaye à Hombori ; partout ailleurs ses limites sont assez indécises : ce coin de la boucle du Niger a été encore à peine parcouru.En tous cas ce bassin est mal modelé ; il est occupé par un grand nombre de mares, Merri, Doro, Gossi qui, d’après les renseignements qu’a bien voulu me donner le capitaine Aymard, sont, à la saison des pluies, de véritables lacs dont le périmètre dépasse 100 kilomètres ; à la fin de la saison sèche, elles n’ont plus que quelques lieues de tour. Le Telemsi est jusqu’à présent le moins mal connu des fleuves de ce bassin ; prenant sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, il contient parfois de l’eau dans des mares, mais ne coule plus ; il se raccorde fort mal avec ceux de ses affluents de la rive droite qui prennent leur source au nord du Bourem ; Combemorel [Comité Af. française, janv. 1909] met bien en évidence ce caractère hétérogène du réseau.Il est assez vraisemblable, sans qu’il soit possible pour le moment d’en donner la preuve positive, que ce bassin d’Ansongo a été un bassin fermé, intercalé entre le Niger et le Taffassasset.Comme agents du modelé, les bassins fermés sont des outils médiocres ; ils ne peuvent subsister que dans les régions où les pluies sont rares, et à cette cause d’infériorité manifeste, ils ajoutent encore leurs propres effets. Lorsqu’un fleuve se jette dans la mer, les sédiments qu’il y apporte ont un volume parfois considérable, mais à coup sûr négligeable devant le cube de l’Océan ; dans un bassin fermé, il n’en est plus de même et toutes les fois que le fleuve travaille, il surélève lui-même son niveau de base aux dépens des matériaux qu’il a arrachés aux parties les plus hautes de son bassin, deux actions dont les effets s’additionnent pour diminuer la pente du fleuve et restreindre sa puissance ; il est impossible aux affluents d’une mare de remonter leur tête bien loin et tous les phénomènes de capture ont chance de se faire à leurs dépens.Le Taffassasset était bien placé pour sortir vainqueur de la lutte ; s’il faut en croire Hubert [Thèse, p. 155] les fleuves côtiers du Dahomey portent la trace d’un abaissement de 40 mètres de leur niveau de base, aussi tous présentent-ils, à leur sortie de la région cristalline, une rupture de pente très nette. Quoique l’invariabilité de niveau, affirmée par Hubert, de la plate-forme ancienne, depuis l’Éocène, soit peu vraisemblable, le rajeunissement de tous les cours d’eau du Dahomey paraît bien établi. L’embouchure du Taffassasset en était trop proche pour que le fleuve n’ait pas puisé dans ce mouvement négatif une nouvelle vigueur. L’un de ses affluents attaquant l’Atacora, créait le W et pénétrait au cœur du bassin d’Ansongo.La masse d’eau qu’il y trouvait lui permettait de remonter rapidement sa source et de rejoindre à Tosaye le Niger, qui probablement déjà venait s’étaler paresseusement, à l’époque des crues, sur toute la surface du bassin de Tombouctou, vaste plaine sans relief où aucun obstacle ne pouvait l’arrêter.Ce qui n’était d’abord qu’un petit affluent de l’ancien Taffassasset, devenait la branche maîtresse du réseau ; le dallol Bosso, profitant du nouvel état de choses, prenait une grosse importance et peut-être, dès la capture du bassin d’Ansongo, décapitait, au nord de Tahoua, le Taffassasset et obligeait tous les oueds descendus de l’Aïr ou de l’Ahaggar à abandonner les dallols de l’Adr’ar’ de Tahoua.Pour agir ainsi, il fallait que tous ces fleuves soient encore bien vivants et ceci nous reporterait à l’époque où les oueds sahariens étaient encore de vrais cours d’eau, à l’époque du Néolithique africain. L’étude du Niger donne peut-être une date plus rapprochée, mais sa capture est postérieure à celle du bassin d’Ansongo. Peut-être n’est-il pas absurde de penser que la suppression des grands lacs du Djouf,suppression qui a dû suivre la capture du Niger, a pu avoir une répercussion sur le climat du Sahara et diminuer de quelques tornades la quantité de pluie qui tombait sur l’Ahaggar. Le Taffassasset coule encore parfois jusqu’à In Azaoua où les puits sont peu profonds (7 m.). Peut-être faudrait-il peu de chose pour lui rendre la vie.D’autres hypothèses sont possibles. Le lieutenant Dulac croit que, autrefois, le Niger passait au sud du plateau de Bandiagara ; il a pu suivre en tous cas une vallée bien tracée, se dirigeant vers l’est et qui pouvait avoir abouti vers Say ou Niamey ; il attribue ces changements hydrographiques à des mouvements tectoniques et aussi à des accidents volcaniques dont la région de Hombori présenterait, paraît-il, des traces (communication verbale).Les mouvements tectoniques récents ne sont pas rares en Afrique ; la faille du Touat en est une preuve [cf. t. I,p. 236] ; lesSenilia senilisde l’Angola forment une plage soulevée à 200 mètres. Nul doute qu’ils n’aient aidé certains phénomènes de capture et qu’ils n’en aient entravé d’autres.Je n’ignore pas que cet essai de synthèse est trop hardi et dépasse largement ce que l’on peut légitimement déduire de quelques faits d’observation.Il importait surtout de bien mettre en évidence l’ampleur des modifications que le réseau hydrographique a subies au Soudan ; il était nécessaire d’attirer l’attention des chercheurs sur ces questions si complexes, pour la solution desquelles les efforts d’un grand nombre ne seront pas inutiles.Le Tchad et le Bahr El Ghazal.— Le bassin du Tchad n’est encore que partiellement connu ; le Chari et ses affluents, la Komadougou et le lac lui-même ont été relevés avec soin et l’on en peut dresser une carte d’ensemble avec une certitude suffisante. Au nord-est du Tchad les données sont beaucoup plus imprécises.Avoisinant le lac à l’est, un plateau d’élévation moyenne assez faible, long de 200 kilomètres du nord-ouest au sud-est, et large de 150, porte différents noms correspondant à divers aspects topographiques : le Chittati, tout proche du Tchad, est caractérisé par des cuvettes fermées, en général elliptiques, en contre-bas du plateau ; la falaise atteint parfois 50 à 60 mètres. Dans le Kanem, les dépressions, longues de 6 à 7 kilomètres, sont généralement orientées nord-sud et voisines les unes des autres. Des dunes élevées, hautes parfois de 100 mètres et fixées maintenant par la végétation, donnentau Manga son principal caractère [Freydenberg,Thèse, p. 56, 74].Ce plateau tranche très nettement par la nature de son sol sur les dépôts d’alluvions, argileux et sableux, qui, à partir du 9° Lat. N., forment la plaine où, sans thalwegs bien définis, serpentent les principaux affluents du Tchad ; le Kanem est peut-être un témoin des grès et argiles du Tegama.A l’est de ce plateau se trouvent quelques dépressions qui, jadis, ont été des lacs.L’Egueï, large d’une trentaine de kilomètres, s’étend, du nord-ouest au sud-est, sur une longueur de 150 kilomètres ; un peu plus loin se rencontrent le Toro et le Bodelé, à contours encore mal précisés ; passant au sud du Kanem et de l’Egueï, un sillon, le Bahr El Ghazal, est creusé depuis le Tchad jusqu’au Bodelé qu’il vient rejoindre dans la région du Djourab.Nachtigal, le premier, a vu ces régions ; il y a signalé des coquilles et des débris de poissons. Ces dernières années, l’Egueï et le Bodelé ont été étudiés à nouveau par Mangin ; les Melania et les vertèbres de poissons qu’il en a rapportées, montrent bien que ces dépressions étaient récemment encore occupées par d’importantes nappes d’eau douce et qu’elles faisaient partie d’un plus grand Tchad.Toute cette zone de bas-fonds, d’anciens marais, paraît nettement limitée vers le nord ; une série de hauteurs, où plusieurs oueds, dont le moins mal connu est le Tin Toumma[163], prennent naissance, s’étend de Dibbela au Tibesti et sépare le bassin de Bilma de celui du Tchad ; vers le sud, le lac Fittri, alimenté par le Batha qui descendait de l’Ouadaï, et la dépression que Chevalier désigne sous le nom de lac Baro, ont été en relation évidente d’affluent avec le Tchad.Vers le nord-est les choses sont beaucoup plus obscures ; le Tibesti, dont certains sommets atteignent2700 mètres, forme un massif important de grès dévoniens (?) couronnés de formations volcaniques. Cette haute barrière s’approche vers le sud-est de l’Ennedi, région élevée qui semble se relier au Darfour. D’après les renseignements du capitaine Cornet, Freydenberg [Thèse, p. 78] indique que la partie occidentale de l’Ennedi, la seule connue, est un pays de plateaux formés d’assises gréseuses, bariolées et dures ; ces plateaux sont entaillés de profondes vallées qui se dirigent vers le Bahr El Ghazal.Entre le Tibesti et l’Ennedi se place une région relativement basse,riche en eau, le Borkou, où l’on compte quelques oasis. Les renseignements géologiques relatifs au Borkou sont peu nombreux et vagues ; on y a signalé des grès durs, analogues à ceux de l’Ennedi, (Dévonien ?) et des grès tendres, argileux, maculés d’oxyde de fer (Crétacé ? Éocène ?). Nachtigal mentionne expressément, au sud-ouest du Borkou, une arête abrupte haute d’une trentaine de mètres, l’Amanga. Contre l’Amanga s’appuient des formations calcaires riches en coquilles [l. c., p. 430].Tout cela est bien flou et apporte peu de lumières sur une des questions les plus obscures encore de la géographie africaine.On ne sait pas encore, d’une façon positive, si le Tchad est le centre d’un bassin fermé ou si, comme le pensait Nachtigal, le Bahr ne serait pas son émissaire.Il ne s’agit pas, bien entendu, de savoir si actuellement le Bahr El Ghazal coule vraiment vers l’est, mais bien si la pente générale des vallées est vers l’est, et si ce ne sont pas des phénomènes de barrages du lit par des actions éoliennes, ou des phénomènes de capture en amont du Tchad, qui ont arrêté dans leur marche vers l’est les eaux du Chari et de la Komadougou. L’exemple du Faguibine montre nettement que, aux confins du désert, un fleuve peut abandonner son ancien lit, sans qu’il y ait inversion de la pente.Un fait d’une importance capitale et qui avait déjà frappé Nachtigal est que les eaux du Tchad sont douces ; elles restent buvables même pendant les périodes de sécheresse. On ne peut invoquer l’absence de sel dans la région : les mares à natron abondent au voisinage et donnent lieu à d’importantes exploitations à Buné, à Gourselik, dans le Chittati, etc.Les eaux de rivière contiennent toujours, en solution, des matières salines et si le Tchad est un bassin fermé, toutes celles qu’ont charriées, depuis des siècles, les divers affluents du lac, ne peuvent se trouver que dans le Tchad. Il est possible de se rendre compte de la rapidité avec laquelle peut s’accroître la salure du lac sous cette seule influence.Toutes les observations recueillies, et les traditions indigènes citées par Freydenberg, sont d’accord pour montrer que si le Tchad présente d’une année à l’autre de grandes variations de niveau, il reprend cependant périodiquement les mêmes contours ; on peut donc admettre qu’en moyenne, il reçoit annuellement autant d’eau de ses affluents qu’il en perd par évaporation. Supposons en outre que les années où il est le plus bas, il conserve encore autant d’eau qu’il en perd par évaporation ; il est probable, d’après les données d’observation,les sondages surtout, qu’il en conserve beaucoup moins, ce qui rendrait l’accroissement de la salure plus rapide encore.Ceci nous permet de mettre le problème en équation ; appelonssla surface moyenne du lac,hla hauteur d’eau qui s’évapore chaque année ;shsera le volume d’eau évaporé annuellement et aussi celui que les affluents amènent au lac ; 2shsera le volume moyen des eaux du lac.A défaut d’analyse des eaux du Chari et de la Komadougou, nous savons que les eaux douces renferment en moyenne18100000de matières salines dissoutes ; le chiffre le plus élevé66,5100000est fourni par les eaux qui ont circulé sur des graviers ou des alluvions, le plus faible5,94100000par les eaux de sources, issues des granites et des gneiss. Si nous prenons ce dernier chiffre, la quantité de sel que chaque année ses affluents amènent au Tchad serash5,94100000L’eau de mer contient351000de matières dissoutes ; l’équation
Fig. 67. — Campement tebbou, au nord du Koutous.
Fig. 67. — Campement tebbou, au nord du Koutous.
Fig. 67. — Campement tebbou, au nord du Koutous.
Les hameaux ainsi construits sont assez nombreux au nord du Koutous ; j’en ai vu 5 (Garagoa, Dalguian, Boulloum, Boulakendo, Tassr), sur une longueur de 35 kilomètres. A Garagoa, il y a une soixantaine de chefs de cases, et Tassr m’a paru un peu plus important ; les trois autres villages étaient abandonnés au moment de mon passage (avril 1906).
Je ne sais quelle est l’extension géographique de ce type spécial d’habitation : Nachtigal [l. c., p. 190] a indiqué, dans le Tibesti, des paillottes rectangulaires, mais à toit plat, qui paraissent différentes.
Les Tebbous de Tassr et de Garagoa ne semblent pas former unerace homogène ; ils se donnent d’ailleurs, pour des raisons politiques probablement, comme des Azas ou Dazas, tout à faits différents des Tebbous véritables et ne pratiquant pas comme eux le vol des troupeaux de leurs voisins (?). Ils affirment même, quoique nous ayons eu la preuve du contraire, n’avoir pas de relations d’amitié avec eux.
R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXII.61. — TENTE TOUAREG.Chez les Oulimminden.Un bouclier est appuyé à la tente.62. — CAMPEMENT DE BELLAH.Bords du Niger.
61. — TENTE TOUAREG.Chez les Oulimminden.Un bouclier est appuyé à la tente.
61. — TENTE TOUAREG.Chez les Oulimminden.Un bouclier est appuyé à la tente.
61. — TENTE TOUAREG.
Chez les Oulimminden.
Un bouclier est appuyé à la tente.
62. — CAMPEMENT DE BELLAH.Bords du Niger.
62. — CAMPEMENT DE BELLAH.Bords du Niger.
62. — CAMPEMENT DE BELLAH.
Bords du Niger.
R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXIII.Cliché Posth63. — CAMPEMENT DE BELLAH.Boucle du Niger.Cliché Pasquier64. — CAMPEMENT DE BELLAH.Près de Gao.
Cliché Posth63. — CAMPEMENT DE BELLAH.Boucle du Niger.
Cliché Posth63. — CAMPEMENT DE BELLAH.Boucle du Niger.
Cliché Posth
63. — CAMPEMENT DE BELLAH.
Boucle du Niger.
Cliché Pasquier64. — CAMPEMENT DE BELLAH.Près de Gao.
Cliché Pasquier64. — CAMPEMENT DE BELLAH.Près de Gao.
Cliché Pasquier
64. — CAMPEMENT DE BELLAH.
Près de Gao.
Pour les tentes, il y a à signaler surtout la grande simplicité des installations touaregs ; la photographie (Pl. XXXII,phot. 61) montre à quoi elle se réduit en route ; le bouclier, appuyé contre la tente, et le méhari, indiquent suffisamment le peu de hauteur de ce logement qui ne sert qu’à donner de l’ombre. Lorsque le campement est installé pour quelques semaines, on conserve le toit de cuir, mais placé plus haut (2 m.), et on ferme les côtés au moyen de nattes ; la porte est habituellement au sud. L’installation reste cependant toujours assez primitive chez la plupart des Touaregs ; elle devient à peine un peu plus confortable dans la boucle du Niger, tout en se rattachant au même type (Pl. XXXIII).
[106]Chevalier,C. R. Ac. Sciences, 30 avril 1900. — La végétation de la région de Tombouctou,Actes du Congrès international de botanique, 1900, p. 248. —La Géographie, XVII, 3, 1908, p. 201-210, etc.[107]On trouvera de bonnes reproductions des aspects de la végétation de ces diverses zônes dans Karsten et Schenk,Vegetationsbilder, Iena, 1906 et sv., en particulier, pour le Soudan, [4], Pl. 23 à 30 et, pour le Sahara algérien, [6], Pl. 19-24.[108]Timetr’inest le pluriel du mottamtek’, équivalent tamachek der’aba, la forêt.[109]A. Chevalier,Ass. française Av. Sc., Paris, 1900, p. 642-656.[110]Ces beaux liserons forment, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne, des fourrés très verts avec de grandes fleurs rouges, épanouies seulement le matin. C’est une plante toxique pour tous les troupeaux. Le poste d’Agadez l’a vérifié à ses dépens, ses chameaux, qui n’étaient pas du pays, ayant brouté ces liserons.[111]ἔδαφος = sol. Schimper,Plant-Geography upon a physiological basis, Oxford, 1903, p. 3. — Ce néologisme s’applique aussi bien aux particularités botaniques qui dépendent de détails topographiques, qu’à celles qui ont pour cause la constitution physique ou chimique du sol.[112]Cosson a donné, épars dans diverses autres notes, de nombreux renseignements sur la flore du Sahara.[113]Un genre de Scrophulariées,Lafuentea, n’était connu que par une seule espèce d’Andalousie. Battandier a décrit récemment une seconde espèce de ce genre (L. ovalifolia) de l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui est bien loin de la Méditerranée.[114]Massart, Un voyage botanique au Sahara,Bull. de la Soc. Bot. de Belgique, XXXVII, 1898, p. 202-339, 7 planches.[115]Le règne végétal en Algérie.Revue Scientifique, [2], XVI, 1879, p. 1205-1217.[116]Grisebach,La Végétation du Globe, trad. Tchiatcheff, 1878, II, p. 111. — O. Drude,Manuel de Géographie botanique, trad. Poirault, 1897, p. 426.[117]Battandier et Trabut,L’Algérie, Paris, 1898, p. 355.[118]N’si, graminées de petite taille, du groupe des Stipées. —Acheb, toutes les autres plantes dont la venue est à la merci d’une averse.[119]Maury,Assoc. franç. Av. Sciences, Toulouse, 1887. — Massart,l. c., et La Biologie de la végétation sur le littoral belge,Bull. Soc. Bot. de Belgique, XXXII, 1893.[120]Mentha sylvestrisest lena’na’des Arabes qui joue un grand rôle dans la préparation du thé. Le mot tamahek,ennar’nar’qui est visiblement le même, semble bien indiquer que la plante a été introduite.[121]Les cryptogames du Sahara sont encore moins connus que les phanérogames ; on trouvera, dans leBull. de la Soc. Mycologique de France, plusieurs notes de Patouillard sur les champignons du grand désert africain. Un pyrénomycète (Poronia) est connu en Nubie et sur le littoral atlantique.[122]Je laisse complètement de côté ce qui a trait au karité et aux lianes à caoutchouc, dont l’aire d’habitat est plus méridionale. — Les cultures vivrières ont d’ailleurs un intérêt plus immédiat ; elles seules permettent un accroissement rapide de la population quand un pays est vraiment peuplé, tout le reste vient facilement.[123]G. Rolland,Hydrologie du Sahara Algérien. —Mission A. Choisy, 1895, p. 7.[124]Ou tekhaouit, selle de femme. On en trouvera un croquis et une description détaillée dans Benhazera (Six mois chez les Touaregs, p. 39).[125]Foureau,Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens, Paris, 1896.[126]D’après Foureau (Cat., p. 29), mrokba ou merkeba désignerait aussi leScabiosa camelorumCoss., plante du Sud algérien qui n’est pas connue au Sahara. Elle s’éloigne, par tous ses caractères, des graminées précédentes.[127]En dehors des ouvrages relatifs au Sahara et au Soudan cités plus haut, j’ai pris quelques renseignements dans Bentham et Hooker,Genera plantarum, et dans Engler-Prantl,Pflanzen Familien.[128]A. Chevalier,Bull. Soc. Bot. de France, IV, 6, 1906, p. 480-496.[129]La véritable « myrrhe » provient d’une espèce voisine.[130]Bull. Soc. Bot. de France, [IV], 7, 1907, p. 252-257.[131]D’après Cosson, le dattier serait originaire des Canaries, où une sous-espèce, lePhœnix canariensisHort, est considérée comme spontanée par Webb et Berthelot. La présence de quelques végétaux canariens au cap Blanc, les Helix fossiles des dépôts d’estuaire de Port Étienne, semblent en effet indiquer que, jusqu’au début du Quaternaire, l’archipel canarien était réuni à l’Afrique. Cependant de Saporta affirme reconnaître, parmi les Phœnix tertiaires de la Haute Italie, l’ancêtre direct du dattier.[132]Gravier,Bulletin du Muséum, 1907, no3, p. 218-224, une carte.[133]Foureau,Doc. Scient. de la Mission Saharienne, t. II, p. 1055-1059 ; — De Joannis (Lépidoptères),Bull. de la Soc. entomologique de France, 1908, p. 82-83 ; — Van der Weele (Névroptères),id., 1908, p. 154 ; — Du Buysson (Hyménoptères),id., 1908, p. 131-135 ; — Lesne,Lyctus hipposiderosnv. sp.,Bull. du Muséum, 25 nov. 1908.[134]Pucheran,Revue et Magazine de Zoologie, 1865.[135]J’ai trouvé un beau varan, long de 0 m. 60, au milieu du tanezrouft de Timissao.[136]Massart,l. c., 1898 ; —Travaux du laboratoire de Wimereux, t. VII, 1899, p. 446-451.[137]La bibliographie des mollusques africains est déjà très riche. On trouvera l’indication des principaux mémoires dans L. Germain,Les Mollusques terrestres et fluviatiles de l’Afrique Centrale Française, in Chevalier,L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 459-617. — Voir aussi Pallary,Mollusques tertiaires fluviatiles d’Algérie,Mém. Soc. Géol. Paléont., 1901.[138]R. Anthony,Ann. de la Soc. royale Zoologique et Malacologique de Belgique, XLI, 1906, p. 322-430, pl. XI et XII.[139]On les désigne très improprement au Soudan sous le nom de bancs d’huîtres. Les Ætheria appartiennent à la famille des Unionidæ, qui ne renferme que des formes d’eau douce, très éloignées par leurs caractères anatomiques des Huîtres qui, de plus, sont essentiellement marines.[140]La grosse vipère de l’Ahaggar appartient à un genre voisin (Bitis). Elle est au moins très proche de la vipère du Gabon. Elle cause des accidents mortels même pendant les mois les plus froids (Guilho-Lohan).[141]J’emprunte ces déterminations à Maclaud :Notes sur les Mammifères et les Oiseaux de l’Afrique Occidentale, Paris, 1906.[142]Duveyrier signale à l’Ahaggar, d’après des renseignements indigènes, lataouritqu’il croit une sorte de loup. Je n’ai pu avoir aucune confirmation de l’existence d’un loup. Cortier [l. c.p. 362] pense que la taourirt est une hyène. — La seule rencontre dangereuse que l’on puisse faire dans l’Ahaggar est celle des hyènes qui, lorsqu’elles sont en bande, attaquent parfois des isolés. On ignore la limite nord deH. crocutaErx. qui est, paraît-il, vraiment dangereuse.[143]Catalogus mammalium tam viventium quam fossilium, Berlin, 1897-1899.[144]Jean [l. c., p. 148] émet des doutes sur l’existence du lion en Aïr. Les indigènes sont très affirmatifs. Von Bary le mentionne expressément et indique qu’il a une crinière ; Foureau en a vu des traces (D’Alger au Congo, p. 344, 359).[145]Pierre et Monteil,L’élevage au Soudan, Paris, 1905. — Dechambre,Rev. Col., 1905, p. 335 et 458.[146]De Franco,Études sur l’élevage du cheval en Afrique occidentale, Gorée.[147]Dinaux,Rens. coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1907, p. 64.[148]Pomel,Monographies des Vertébrés fossiles de l’Algérie, 2efasc., 1893. — Flamand,De l’introduction du chameau dans l’Afrique du Nord, Paris, 1907.[149]Leidy,Proc. of the Ac. of natural Science of Philadelphia, 1875.[150]Les Races et les Peuples de la Terre, Paris, 1900, Appendice II, p. 667-674.[151]Les Haoussas occupent l’Adr’ar’ de Tahoua, Zinder et s’étendent dans l’Aïr et dans la Nigeria ; ils sont très distincts, à première vue, des Bornouans et des Sonr’ai, entre lesquels ils sont enclavés. Leurs affinités sont plutôt avec les populations de l’Est africain.[152]In Desplagnes,Le Plateau Central Nigérien, p. 87-94.[153]Panet a publié une bonne étude sur les Touaregs du cercle de Dounzou (Revue des troupes coloniales, 1905, p. 418).[154]La Kabylie et les coutumes kabyles, 3 vol., 1872-1873, II, p. 3.[155]Tambari, synonyme méridional deamr’ar.Amr’arveut dire au sens propre « quelqu’un de grand soit par la fonction sociale, soit par l’âge ». C’est l’équivalent du mot arabecheikh(Motylinski,Dictionnaire, p. 110).[156]Inutile de mentionner l’hypothèse fantaisiste d’après laquelle les guerriers touaregs seraient les descendants des croisés de saint Louis.
[106]Chevalier,C. R. Ac. Sciences, 30 avril 1900. — La végétation de la région de Tombouctou,Actes du Congrès international de botanique, 1900, p. 248. —La Géographie, XVII, 3, 1908, p. 201-210, etc.
[106]Chevalier,C. R. Ac. Sciences, 30 avril 1900. — La végétation de la région de Tombouctou,Actes du Congrès international de botanique, 1900, p. 248. —La Géographie, XVII, 3, 1908, p. 201-210, etc.
[107]On trouvera de bonnes reproductions des aspects de la végétation de ces diverses zônes dans Karsten et Schenk,Vegetationsbilder, Iena, 1906 et sv., en particulier, pour le Soudan, [4], Pl. 23 à 30 et, pour le Sahara algérien, [6], Pl. 19-24.
[107]On trouvera de bonnes reproductions des aspects de la végétation de ces diverses zônes dans Karsten et Schenk,Vegetationsbilder, Iena, 1906 et sv., en particulier, pour le Soudan, [4], Pl. 23 à 30 et, pour le Sahara algérien, [6], Pl. 19-24.
[108]Timetr’inest le pluriel du mottamtek’, équivalent tamachek der’aba, la forêt.
[108]Timetr’inest le pluriel du mottamtek’, équivalent tamachek der’aba, la forêt.
[109]A. Chevalier,Ass. française Av. Sc., Paris, 1900, p. 642-656.
[109]A. Chevalier,Ass. française Av. Sc., Paris, 1900, p. 642-656.
[110]Ces beaux liserons forment, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne, des fourrés très verts avec de grandes fleurs rouges, épanouies seulement le matin. C’est une plante toxique pour tous les troupeaux. Le poste d’Agadez l’a vérifié à ses dépens, ses chameaux, qui n’étaient pas du pays, ayant brouté ces liserons.
[110]Ces beaux liserons forment, dans toutes les parties humides de la zone sahélienne, des fourrés très verts avec de grandes fleurs rouges, épanouies seulement le matin. C’est une plante toxique pour tous les troupeaux. Le poste d’Agadez l’a vérifié à ses dépens, ses chameaux, qui n’étaient pas du pays, ayant brouté ces liserons.
[111]ἔδαφος = sol. Schimper,Plant-Geography upon a physiological basis, Oxford, 1903, p. 3. — Ce néologisme s’applique aussi bien aux particularités botaniques qui dépendent de détails topographiques, qu’à celles qui ont pour cause la constitution physique ou chimique du sol.
[111]ἔδαφος = sol. Schimper,Plant-Geography upon a physiological basis, Oxford, 1903, p. 3. — Ce néologisme s’applique aussi bien aux particularités botaniques qui dépendent de détails topographiques, qu’à celles qui ont pour cause la constitution physique ou chimique du sol.
[112]Cosson a donné, épars dans diverses autres notes, de nombreux renseignements sur la flore du Sahara.
[112]Cosson a donné, épars dans diverses autres notes, de nombreux renseignements sur la flore du Sahara.
[113]Un genre de Scrophulariées,Lafuentea, n’était connu que par une seule espèce d’Andalousie. Battandier a décrit récemment une seconde espèce de ce genre (L. ovalifolia) de l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui est bien loin de la Méditerranée.
[113]Un genre de Scrophulariées,Lafuentea, n’était connu que par une seule espèce d’Andalousie. Battandier a décrit récemment une seconde espèce de ce genre (L. ovalifolia) de l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui est bien loin de la Méditerranée.
[114]Massart, Un voyage botanique au Sahara,Bull. de la Soc. Bot. de Belgique, XXXVII, 1898, p. 202-339, 7 planches.
[114]Massart, Un voyage botanique au Sahara,Bull. de la Soc. Bot. de Belgique, XXXVII, 1898, p. 202-339, 7 planches.
[115]Le règne végétal en Algérie.Revue Scientifique, [2], XVI, 1879, p. 1205-1217.
[115]Le règne végétal en Algérie.Revue Scientifique, [2], XVI, 1879, p. 1205-1217.
[116]Grisebach,La Végétation du Globe, trad. Tchiatcheff, 1878, II, p. 111. — O. Drude,Manuel de Géographie botanique, trad. Poirault, 1897, p. 426.
[116]Grisebach,La Végétation du Globe, trad. Tchiatcheff, 1878, II, p. 111. — O. Drude,Manuel de Géographie botanique, trad. Poirault, 1897, p. 426.
[117]Battandier et Trabut,L’Algérie, Paris, 1898, p. 355.
[117]Battandier et Trabut,L’Algérie, Paris, 1898, p. 355.
[118]N’si, graminées de petite taille, du groupe des Stipées. —Acheb, toutes les autres plantes dont la venue est à la merci d’une averse.
[118]N’si, graminées de petite taille, du groupe des Stipées. —Acheb, toutes les autres plantes dont la venue est à la merci d’une averse.
[119]Maury,Assoc. franç. Av. Sciences, Toulouse, 1887. — Massart,l. c., et La Biologie de la végétation sur le littoral belge,Bull. Soc. Bot. de Belgique, XXXII, 1893.
[119]Maury,Assoc. franç. Av. Sciences, Toulouse, 1887. — Massart,l. c., et La Biologie de la végétation sur le littoral belge,Bull. Soc. Bot. de Belgique, XXXII, 1893.
[120]Mentha sylvestrisest lena’na’des Arabes qui joue un grand rôle dans la préparation du thé. Le mot tamahek,ennar’nar’qui est visiblement le même, semble bien indiquer que la plante a été introduite.
[120]Mentha sylvestrisest lena’na’des Arabes qui joue un grand rôle dans la préparation du thé. Le mot tamahek,ennar’nar’qui est visiblement le même, semble bien indiquer que la plante a été introduite.
[121]Les cryptogames du Sahara sont encore moins connus que les phanérogames ; on trouvera, dans leBull. de la Soc. Mycologique de France, plusieurs notes de Patouillard sur les champignons du grand désert africain. Un pyrénomycète (Poronia) est connu en Nubie et sur le littoral atlantique.
[121]Les cryptogames du Sahara sont encore moins connus que les phanérogames ; on trouvera, dans leBull. de la Soc. Mycologique de France, plusieurs notes de Patouillard sur les champignons du grand désert africain. Un pyrénomycète (Poronia) est connu en Nubie et sur le littoral atlantique.
[122]Je laisse complètement de côté ce qui a trait au karité et aux lianes à caoutchouc, dont l’aire d’habitat est plus méridionale. — Les cultures vivrières ont d’ailleurs un intérêt plus immédiat ; elles seules permettent un accroissement rapide de la population quand un pays est vraiment peuplé, tout le reste vient facilement.
[122]Je laisse complètement de côté ce qui a trait au karité et aux lianes à caoutchouc, dont l’aire d’habitat est plus méridionale. — Les cultures vivrières ont d’ailleurs un intérêt plus immédiat ; elles seules permettent un accroissement rapide de la population quand un pays est vraiment peuplé, tout le reste vient facilement.
[123]G. Rolland,Hydrologie du Sahara Algérien. —Mission A. Choisy, 1895, p. 7.
[123]G. Rolland,Hydrologie du Sahara Algérien. —Mission A. Choisy, 1895, p. 7.
[124]Ou tekhaouit, selle de femme. On en trouvera un croquis et une description détaillée dans Benhazera (Six mois chez les Touaregs, p. 39).
[124]Ou tekhaouit, selle de femme. On en trouvera un croquis et une description détaillée dans Benhazera (Six mois chez les Touaregs, p. 39).
[125]Foureau,Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens, Paris, 1896.
[125]Foureau,Essai de catalogue des noms arabes et berbères de quelques plantes, arbustes et arbres algériens et sahariens, Paris, 1896.
[126]D’après Foureau (Cat., p. 29), mrokba ou merkeba désignerait aussi leScabiosa camelorumCoss., plante du Sud algérien qui n’est pas connue au Sahara. Elle s’éloigne, par tous ses caractères, des graminées précédentes.
[126]D’après Foureau (Cat., p. 29), mrokba ou merkeba désignerait aussi leScabiosa camelorumCoss., plante du Sud algérien qui n’est pas connue au Sahara. Elle s’éloigne, par tous ses caractères, des graminées précédentes.
[127]En dehors des ouvrages relatifs au Sahara et au Soudan cités plus haut, j’ai pris quelques renseignements dans Bentham et Hooker,Genera plantarum, et dans Engler-Prantl,Pflanzen Familien.
[127]En dehors des ouvrages relatifs au Sahara et au Soudan cités plus haut, j’ai pris quelques renseignements dans Bentham et Hooker,Genera plantarum, et dans Engler-Prantl,Pflanzen Familien.
[128]A. Chevalier,Bull. Soc. Bot. de France, IV, 6, 1906, p. 480-496.
[128]A. Chevalier,Bull. Soc. Bot. de France, IV, 6, 1906, p. 480-496.
[129]La véritable « myrrhe » provient d’une espèce voisine.
[129]La véritable « myrrhe » provient d’une espèce voisine.
[130]Bull. Soc. Bot. de France, [IV], 7, 1907, p. 252-257.
[130]Bull. Soc. Bot. de France, [IV], 7, 1907, p. 252-257.
[131]D’après Cosson, le dattier serait originaire des Canaries, où une sous-espèce, lePhœnix canariensisHort, est considérée comme spontanée par Webb et Berthelot. La présence de quelques végétaux canariens au cap Blanc, les Helix fossiles des dépôts d’estuaire de Port Étienne, semblent en effet indiquer que, jusqu’au début du Quaternaire, l’archipel canarien était réuni à l’Afrique. Cependant de Saporta affirme reconnaître, parmi les Phœnix tertiaires de la Haute Italie, l’ancêtre direct du dattier.
[131]D’après Cosson, le dattier serait originaire des Canaries, où une sous-espèce, lePhœnix canariensisHort, est considérée comme spontanée par Webb et Berthelot. La présence de quelques végétaux canariens au cap Blanc, les Helix fossiles des dépôts d’estuaire de Port Étienne, semblent en effet indiquer que, jusqu’au début du Quaternaire, l’archipel canarien était réuni à l’Afrique. Cependant de Saporta affirme reconnaître, parmi les Phœnix tertiaires de la Haute Italie, l’ancêtre direct du dattier.
[132]Gravier,Bulletin du Muséum, 1907, no3, p. 218-224, une carte.
[132]Gravier,Bulletin du Muséum, 1907, no3, p. 218-224, une carte.
[133]Foureau,Doc. Scient. de la Mission Saharienne, t. II, p. 1055-1059 ; — De Joannis (Lépidoptères),Bull. de la Soc. entomologique de France, 1908, p. 82-83 ; — Van der Weele (Névroptères),id., 1908, p. 154 ; — Du Buysson (Hyménoptères),id., 1908, p. 131-135 ; — Lesne,Lyctus hipposiderosnv. sp.,Bull. du Muséum, 25 nov. 1908.
[133]Foureau,Doc. Scient. de la Mission Saharienne, t. II, p. 1055-1059 ; — De Joannis (Lépidoptères),Bull. de la Soc. entomologique de France, 1908, p. 82-83 ; — Van der Weele (Névroptères),id., 1908, p. 154 ; — Du Buysson (Hyménoptères),id., 1908, p. 131-135 ; — Lesne,Lyctus hipposiderosnv. sp.,Bull. du Muséum, 25 nov. 1908.
[134]Pucheran,Revue et Magazine de Zoologie, 1865.
[134]Pucheran,Revue et Magazine de Zoologie, 1865.
[135]J’ai trouvé un beau varan, long de 0 m. 60, au milieu du tanezrouft de Timissao.
[135]J’ai trouvé un beau varan, long de 0 m. 60, au milieu du tanezrouft de Timissao.
[136]Massart,l. c., 1898 ; —Travaux du laboratoire de Wimereux, t. VII, 1899, p. 446-451.
[136]Massart,l. c., 1898 ; —Travaux du laboratoire de Wimereux, t. VII, 1899, p. 446-451.
[137]La bibliographie des mollusques africains est déjà très riche. On trouvera l’indication des principaux mémoires dans L. Germain,Les Mollusques terrestres et fluviatiles de l’Afrique Centrale Française, in Chevalier,L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 459-617. — Voir aussi Pallary,Mollusques tertiaires fluviatiles d’Algérie,Mém. Soc. Géol. Paléont., 1901.
[137]La bibliographie des mollusques africains est déjà très riche. On trouvera l’indication des principaux mémoires dans L. Germain,Les Mollusques terrestres et fluviatiles de l’Afrique Centrale Française, in Chevalier,L’Afrique Centrale Française, 1908, p. 459-617. — Voir aussi Pallary,Mollusques tertiaires fluviatiles d’Algérie,Mém. Soc. Géol. Paléont., 1901.
[138]R. Anthony,Ann. de la Soc. royale Zoologique et Malacologique de Belgique, XLI, 1906, p. 322-430, pl. XI et XII.
[138]R. Anthony,Ann. de la Soc. royale Zoologique et Malacologique de Belgique, XLI, 1906, p. 322-430, pl. XI et XII.
[139]On les désigne très improprement au Soudan sous le nom de bancs d’huîtres. Les Ætheria appartiennent à la famille des Unionidæ, qui ne renferme que des formes d’eau douce, très éloignées par leurs caractères anatomiques des Huîtres qui, de plus, sont essentiellement marines.
[139]On les désigne très improprement au Soudan sous le nom de bancs d’huîtres. Les Ætheria appartiennent à la famille des Unionidæ, qui ne renferme que des formes d’eau douce, très éloignées par leurs caractères anatomiques des Huîtres qui, de plus, sont essentiellement marines.
[140]La grosse vipère de l’Ahaggar appartient à un genre voisin (Bitis). Elle est au moins très proche de la vipère du Gabon. Elle cause des accidents mortels même pendant les mois les plus froids (Guilho-Lohan).
[140]La grosse vipère de l’Ahaggar appartient à un genre voisin (Bitis). Elle est au moins très proche de la vipère du Gabon. Elle cause des accidents mortels même pendant les mois les plus froids (Guilho-Lohan).
[141]J’emprunte ces déterminations à Maclaud :Notes sur les Mammifères et les Oiseaux de l’Afrique Occidentale, Paris, 1906.
[141]J’emprunte ces déterminations à Maclaud :Notes sur les Mammifères et les Oiseaux de l’Afrique Occidentale, Paris, 1906.
[142]Duveyrier signale à l’Ahaggar, d’après des renseignements indigènes, lataouritqu’il croit une sorte de loup. Je n’ai pu avoir aucune confirmation de l’existence d’un loup. Cortier [l. c.p. 362] pense que la taourirt est une hyène. — La seule rencontre dangereuse que l’on puisse faire dans l’Ahaggar est celle des hyènes qui, lorsqu’elles sont en bande, attaquent parfois des isolés. On ignore la limite nord deH. crocutaErx. qui est, paraît-il, vraiment dangereuse.
[142]Duveyrier signale à l’Ahaggar, d’après des renseignements indigènes, lataouritqu’il croit une sorte de loup. Je n’ai pu avoir aucune confirmation de l’existence d’un loup. Cortier [l. c.p. 362] pense que la taourirt est une hyène. — La seule rencontre dangereuse que l’on puisse faire dans l’Ahaggar est celle des hyènes qui, lorsqu’elles sont en bande, attaquent parfois des isolés. On ignore la limite nord deH. crocutaErx. qui est, paraît-il, vraiment dangereuse.
[143]Catalogus mammalium tam viventium quam fossilium, Berlin, 1897-1899.
[143]Catalogus mammalium tam viventium quam fossilium, Berlin, 1897-1899.
[144]Jean [l. c., p. 148] émet des doutes sur l’existence du lion en Aïr. Les indigènes sont très affirmatifs. Von Bary le mentionne expressément et indique qu’il a une crinière ; Foureau en a vu des traces (D’Alger au Congo, p. 344, 359).
[144]Jean [l. c., p. 148] émet des doutes sur l’existence du lion en Aïr. Les indigènes sont très affirmatifs. Von Bary le mentionne expressément et indique qu’il a une crinière ; Foureau en a vu des traces (D’Alger au Congo, p. 344, 359).
[145]Pierre et Monteil,L’élevage au Soudan, Paris, 1905. — Dechambre,Rev. Col., 1905, p. 335 et 458.
[145]Pierre et Monteil,L’élevage au Soudan, Paris, 1905. — Dechambre,Rev. Col., 1905, p. 335 et 458.
[146]De Franco,Études sur l’élevage du cheval en Afrique occidentale, Gorée.
[146]De Franco,Études sur l’élevage du cheval en Afrique occidentale, Gorée.
[147]Dinaux,Rens. coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1907, p. 64.
[147]Dinaux,Rens. coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique française, 1907, p. 64.
[148]Pomel,Monographies des Vertébrés fossiles de l’Algérie, 2efasc., 1893. — Flamand,De l’introduction du chameau dans l’Afrique du Nord, Paris, 1907.
[148]Pomel,Monographies des Vertébrés fossiles de l’Algérie, 2efasc., 1893. — Flamand,De l’introduction du chameau dans l’Afrique du Nord, Paris, 1907.
[149]Leidy,Proc. of the Ac. of natural Science of Philadelphia, 1875.
[149]Leidy,Proc. of the Ac. of natural Science of Philadelphia, 1875.
[150]Les Races et les Peuples de la Terre, Paris, 1900, Appendice II, p. 667-674.
[150]Les Races et les Peuples de la Terre, Paris, 1900, Appendice II, p. 667-674.
[151]Les Haoussas occupent l’Adr’ar’ de Tahoua, Zinder et s’étendent dans l’Aïr et dans la Nigeria ; ils sont très distincts, à première vue, des Bornouans et des Sonr’ai, entre lesquels ils sont enclavés. Leurs affinités sont plutôt avec les populations de l’Est africain.
[151]Les Haoussas occupent l’Adr’ar’ de Tahoua, Zinder et s’étendent dans l’Aïr et dans la Nigeria ; ils sont très distincts, à première vue, des Bornouans et des Sonr’ai, entre lesquels ils sont enclavés. Leurs affinités sont plutôt avec les populations de l’Est africain.
[152]In Desplagnes,Le Plateau Central Nigérien, p. 87-94.
[152]In Desplagnes,Le Plateau Central Nigérien, p. 87-94.
[153]Panet a publié une bonne étude sur les Touaregs du cercle de Dounzou (Revue des troupes coloniales, 1905, p. 418).
[153]Panet a publié une bonne étude sur les Touaregs du cercle de Dounzou (Revue des troupes coloniales, 1905, p. 418).
[154]La Kabylie et les coutumes kabyles, 3 vol., 1872-1873, II, p. 3.
[154]La Kabylie et les coutumes kabyles, 3 vol., 1872-1873, II, p. 3.
[155]Tambari, synonyme méridional deamr’ar.Amr’arveut dire au sens propre « quelqu’un de grand soit par la fonction sociale, soit par l’âge ». C’est l’équivalent du mot arabecheikh(Motylinski,Dictionnaire, p. 110).
[155]Tambari, synonyme méridional deamr’ar.Amr’arveut dire au sens propre « quelqu’un de grand soit par la fonction sociale, soit par l’âge ». C’est l’équivalent du mot arabecheikh(Motylinski,Dictionnaire, p. 110).
[156]Inutile de mentionner l’hypothèse fantaisiste d’après laquelle les guerriers touaregs seraient les descendants des croisés de saint Louis.
[156]Inutile de mentionner l’hypothèse fantaisiste d’après laquelle les guerriers touaregs seraient les descendants des croisés de saint Louis.
HYDROGRAPHIE ANCIENNE
Le Taffassasset. — Le bassin de Tombouctou et le moyen Niger. — Le bassin d’Ansongo. — Le Tchad et le Bahr El Ghazal.
L’hydrographie du Sahara dans son état actuel est récente ; les preuves abondent que d’importants remaniements dans le dessin des cours d’eau sont d’hier.
Malheureusement, les lacunes de la cartographie, l’absence complète d’hypsométrie précise, et l’ignorance où nous sommes de la classification du Pleistocène et du Quaternaire de l’Afrique centrale, obligent à faire une part, peut-être trop large, aux hypothèses, dans l’exposé de l’état ancien du réseau hydrographique. Il semble cependant qu’un essai de synthèse, même très audacieux, soit le seul moyen de grouper les faits acquis et de poser nettement les problèmes.
Dans le Sahara algérien, depuis Duveyrier, le bassin de l’oued Igharghar est bien connu dans ses grandes lignes ; les patientes explorations de Foureau en ont précisé de nombreux détails et les recherches toutes récentes de Voinot nous ont bien fait connaître ses parties hautes.
Gautier a montré l’extension du bassin de la Saoura qu’il a pu suivre jusqu’à Rezegallah ; les affluents de la rive gauche de ce fleuve sont bien connus et il ne reste plus à élucider que quelques questions de détail pour que l’histoire de ce fleuve soit définitivement éclaircie : on ne sait pas encore, par exemple, si la Daoura est un bassin fermé ou un affluent de la rive droite de la Saoura.
Ces deux fleuves, l’Igharghar et la Saoura, bien vivants naguère, ont succombé l’un et l’autre dans leur lutte contre l’ensablement, mais ils sont morts sur place ; s’ils revenaient à la vie, ils reprendraient leur ancien cours. Des accidents tectoniques récents, comme le rajeunissementde la faille du Touat [Sahara algérien,p. 235], n’ont en rien modifié le dessin général des deux principaux bassins du Sahara du nord.
Le Taffassasset.— Dans le Sahara soudanais, les changements ont été plus profonds ; pendant le Pleistocène, un seul fleuve important aboutissait à l’Atlantique. Né dans les contreforts de l’Ahaggar, le Taffassasset, après avoir quitté In Azaoua, se dirigeait vers le sud en passant au voisinage de l’Aïr, dans la plaine de Talak. Un peu plus loin, les grandes vallées de l’Adr’ar’ de Tahoua, les « dallols »[157], indiquent nettement son cours et celui de quelques-uns de ses affluents ; plus au sud encore le Taffassasset se confondait avec ce qui est aujourd’hui le Bas Niger, en aval de la région du W (à la rencontre du fleuve et des quartzites de l’Atacora).
Les indications qui rendent cette reconstitution au moins vraisemblable sont nombreuses. Le dessin actuel du fleuve, tel qu’il résulte de la carte manuscrite où Cortier a résumé tous les itinéraires récents, présente deux angles presque droits : habituellement N.-S., le lit du fleuve se dirige de l’est à l’ouest, de Talak à l’Azaouak, pendant 500 kilomètres ; cette double inflexion dont l’existence paraît bien établie a besoin d’être justifiée (Carte géologiquehors texte).
Les traces de changements récents dans le régime hydrographique se rencontrent à chaque pas ; au voisinage d’Agadez, le Teloua qui prend sa source dans le Baghazam, un des hauts sommets de l’Aïr, est encore assez vivant. Il a une pente notable : les observations barométriques faites à Agadez et à Assaoua donnent un chiffre voisin de 1/1000, chiffre que confirme l’état de ravinement du lit ; il s’agit donc d’un régime presque torrentiel pour la rivière principale de la plaine d’Agadez. Les affluents du Teloua, ceux de la rive gauche tout au moins, ont une pente presque nulle ; leurs lits sont à peine tracés ; à la saison des pluies, ils s’épandent en de véritables marais, transformant les parties argileuses de leur bassin en fondrières larges de plusieurs kilomètres, et dont la traversée peut devenir dangereuse. Ce n’est pas une allure normale, et d’ordinaire les affluents ont une pente plus forte que la rivière où ils se jettent.
Des exemples analogues ne sont pas rares, mais le fait qui paraît le plus décisif est à coup sûr l’existence des dallols. Le plateau calcaire et gréseux qui constitue l’Adr’ar’ de Tahoua, malgré le dur manteau de latérite qui le recouvre partout, est profondément entaillépar des vallées fort nettes, larges parfois de 5 à 6 kilomètres ; ces vallées, ces dallols, sont limitées par des falaises toujours très bien marquées et dont la hauteur dépasse parfois 100 mètres, au voisinage de Keita par exemple. Leur caractère de vallée d’érosion n’est pas douteux, et elles servent encore de collecteur au peu de pluie qui tombe sur la région ; comme toutes les rivières habituellement inactives, elles ont mal su lutter contre le vent et des dunes encombrent leur lit ; ces barrages ont déterminé l’établissement d’un certain nombre de mares et d’étangs permanents ; celui de Keita, presque un lac, est un des plus célèbres (Pl. XX). On peut suivre les principaux dallols fort loin vers le sud ; le dallol Bosso se continue jusqu’au Niger. Vers l’amont ils ne viennent de nulle part : le Goulbi n’Sokoto, qui draine les eaux de la majeure partie du Tegama, passe au sud-est de l’Adr’ar’ ; toutes les eaux du nord du Tegama sont recueillies par le kori Tamago qui, se dirigeant vers l’ouest, passe très au nord de la région de Tahoua, et, vers l’Azaouak, va rejoindre l’Ir’azar d’Agadez, et le Taffassasset qui ont recueilli toutes les eaux de l’Aïr et de l’Ahaggar : tout passage vers le nord et vers l’est est actuellement coupé aux fleuves qui ont creusé les dallols. Ces vallées sont d’ailleurs trop importantes pour être attribuées à de simples ruisseaux ; au surplus, Tahoua est dans une région où les pluies sont actuellement peu importantes : la récolte du petit mil, pourtant peu exigeant, est parfois compromise par la sécheresse, bien que toutes les cultures soient dans les vallées ; tous les ergs morts, si abondants dans la région, et le vernis qui recouvre les latérites, prouvent cependant que, pendant le Quaternaire, ce pays était un vrai désert, où la pluie était plus rare qu’elle ne l’est maintenant. Il y a à ce point de vue amélioration du climat et non péjoration et cependant, malgré ce progrès, les ruisseaux de l’Adr’ar’ sont misérables et hors de proportion avec les grands dallols.
Il faut donc que les dallols aient été creusés par des fleuves venus de loin, de régions où il pleuvait pendant le Quaternaire, c’est-à-dire du Sahara, et ceci ne peut se concilier qu’avec de profonds changements dans le régime hydrographique.
Le bassin de Tombouctou et le moyen Niger.— En 1899, Chevalier[158], herborisant aux environs de Tombouctou, trouva sur le sable une coquille marine ; quelques jours après, les indigènes lui en apportèrent un grand nombre et lui apprirent qu’elles provenaient deKabarah où on les trouvait dans les carrières d’où était extraite l’argile qui sert à bâtir les maisons de la ville. Les coquilles seraient abondantes surtout dans une couche de sable, plus compact que celui des dunes et qui repose directement sur des argiles[159]. On a pensé d’abord que, comme aujourd’hui la caurie (Cypræa), ces coquilles avaient été apportées de la côte par les noirs et servaient de monnaie. Cette manière de voir ne paraît guère soutenable : le test est déjà modifié dans son aspect, et les coquilles de Tombouctou sont en voie de fossilisation ; elles sont loin d’avoir la fraîcheur de celles que l’on trouve en Mauritanie dans des dépôts de plage à quelques kilomètres de la côte ; Mabille avait observé que toutes sont de taille plus petite que les exemplaires originaires de l’Atlantique, dont le Muséum possède de riches séries. L’une d’elles (Marginella Egouen) mesure habituellement à l’île Gorée 9 lignes (20 mm.) d’après les indications d’Adanson [Histoire naturelle du Sénégal] ; un de mes exemplaires de Tombouctou n’a que 15 millimètres. Mais les échantillons plus nombreux qui sont, depuis, arrivés en Europe montrent à côté de formes naines des formes de taille très normale, de sorte que l’observation de Mabille perd une bonne partie de son importance. Au surplus l’abondance extrême de ces coquilles (on en trouve plusieurs dans chacune des briques de Tombouctou), ne paraît guère s’accorder avec l’idée d’un transport accidentel.
Il faut donc admettre que ces animaux ont vécu et se sont multipliés à la place où on les trouve aujourd’hui : au Quaternaire la mer a occupé le bassin de Tombouctou. Jusqu’à présent on ne connaît que peu d’espèces appartenant à cette faune. Ce sont :
Marginella marginataBorn, =M. EgouenAdan.
M. pyrumGronovius,
M. cingulataDillwyn,
Columbella rusticaLinné ;
la première seule est commune, mais toutes renferment à leur intérieur des débris indéterminables d’autres mollusques[160](Ceritheset lamellibranches).
Les deux seuls gisements certains sont Kabarah et les berges du Faguibine, et ceci ne nous permet guère de juger quelle pouvait être l’étendue de cette mer. Heureusement quelques faits permettent tout au moins d’émettre des hypothèses vraisemblables, et d’indiquer de quel côté il faudra chercher la solution de ce problème. La petitecarte de lafigure 68montre que vers le sud les terrains cristallins, depuis Tidjika (Tagant) jusqu’à Tosaye, forment une ceinture ininterrompue, d’altitude souvent notable, parfois rehaussée de plateaux de grès (Hombori), ceinture qui donne bien probablement la limite méridionale extrême du bassin de Tombouctou. Vers le nord les renseignements sont encore bien vagues ; on sait cependant d’une manière certaine que les terrains cristallins dominent dans le Rio de Oro [Quiroga] (cf. ch. I,fig. 4), et qu’on les retrouve plus au sud où ils supportent les grès dévoniens de l’Adr’ar’ Tmar [Dereims] ; on sait aussi que l’on retrouve les mêmes terrains d’El Eglab à Taoudenni, où ils disparaissent sous les calcaires carbonifères de la hammada El Haricha [Mussel] (cf. ch. I,fig. 6) ; plus à l’est l’Adr’ar’ des Ifor’as, qui se relie à l’Ahaggar, se prolonge vers l’ouest par les plateaux dévoniens du Timétrin presque jusqu’au méridien de Tombouctou, laissant, entre ces plateaux et Taoudenni, un passage pour la vallée de la Saoura, passage où l’on a signalé des grès (Infracrétacé) et des dépôts de sebkha. La région circonscrite par ces terrains anciens correspond en gros au Djouf et à l’Azaouad.
Il est hors de doute que, pendant le Pleistocène, l’Atlantique empiétait largement sur la Mauritanie et qu’un golfe s’étendait au moins à 200 kilomètres dans l’intérieur des terres : des coquilles marines à peine fossiles (Senilia senilis?) abondent jusqu’à Aleg ; il est possible que, passant entre l’Adr’ar’ Tmar et le Tagant, ce golfe ait été rejoindre la mer de Tombouctou. A défaut de preuves directes, que l’ignorance où nous sommes, même de la géographie de ces régions, empêche de donner, on peut remarquer que, si l’on connaît d’innombrables exemples de transport de mollusques par les oiseaux, ces exemples portent sur des formes d’eau douce qui vont ainsi d’une mare à l’autre, ou bien sur des formes de lagune, des formes d’eau saumâtre, comme leCardium eduleL. des chotts algériens, qui sont adaptées à des variations considérables dans la température et dans la composition chimique, dans la salure du milieu qu’ils habitent. Pour les espèces littorales, mais franchement marines, comme le sont les Marginelles, on a pu parfois, avec beaucoup de patience, habituer quelques-unes d’entre elles à vivre dans de l’eau un peu plus ou un peu moins salée que l’eau de mer ; mais elles ne s’y reproduisent pas. L’abondance des fossiles à Tombouctou semble donc indiquer que l’eau y avait la même composition et la même constance de température que dans l’Atlantique, ce qui ne peut guère s’expliquer que par une communication directe entre le Djouf et l’Océan.
Tombouctou est à environ 250 mètres au-dessus de la mer, mais cette différence de niveau n’est pas une objection : près de Reggio, en Calabre, des assises marines du Quaternaire ancien sont à plus de 800 mètres d’altitude, et l’on connaît sur le littoral de l’Angola des sables àSenilia senilis, l’une des espèces les plus communes du golfe quaternaire de Mauritanie, qui forment le couronnement de falaises hautes de 200 mètres.
Fig. 68. — Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale.
Fig. 68. — Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale.
Fig. 68. — Les massifs anciens et les bassins de l’Afrique occidentale.
A ce golfe marin du Quaternaire ancien, peut-être partagé en deux lobes, dont l’un, Taoudenni, recevait la Saoura et l’autre, Faguibine, le Niger, a succédé au moins dans sa partie méridionale un lac de grande étendue.
Récemment en effet, Dupuis Yakouba a recueilli dans l’Azaouad où on les trouve partout répandus sur le sol, entre les dunes, une série de mollusques d’eau douce qui, d’après l’examen de L. Germain, rappellent de très près la faune des eaux stagnantes du Tchad ; lesaffinités avec les espèces ou les variétés du Niger, pourtant tout proche, sont beaucoup moins marquées. Cette absence de formes d’eau courante est une bonne confirmation de l’existence d’un lac succédant à la mer à marginelles et dont le Faguibine et les lacs voisins sont le dernier reste.
En même temps que s’interrompaient les communications avec l’Atlantique, dans la partie nord de l’ancien golfe, mal alimentée par la Saoura, s’accumulait le sel qui est actuellement exploité dans les salines de Taoudenni et de Tichitt.
Tout ceci est encore évidemment bien hypothétique ; les faits positifs font défaut, le Djouf est inexploré. L’origine de la falaise d’El Khenachiche, qui semble un accident très important, est singulièrement obscure ; mais il fallait poser le problème.
L’existence de ce golfe quaternaire, si elle était démontrée, rendrait assez vraisemblable, pendant l’Éocène et peut être le Crétacé supérieur, une communication directe entre le bassin de Tahoua et le Sénégal (chap. II) : entre le Silurien de Tosaye et l’Adr’ar’ des Ifor’as passent en effet les calcaires à huîtres et à oursins que l’on peut suivre jusqu’à Mabrouka et jusqu’au voisinage de Bemba, en plein cœur du bassin de Tombouctou, semblant jalonner vers l’ouest une communication directe avec l’Atlantique.
Quoi qu’il en soit de ces dernières hypothèses dont la solution appartient à l’avenir, l’existence d’une mer quaternaire à Tombouctou à laquelle, à une époque plus récente, a succédé un lac, dont les régions lacustres sont les derniers témoins, paraît bien établie. La Saoura venant du nord, le Tamanr’asset descendu de la Coudia, et l’oued Ilock, qui prend sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, y aboutissaient ; il n’est pas téméraire de penser qu’il en était de même du Niger.
Le cours moyen de ce fleuve, de Koulikoro à Tosaye, présente des particularités très remarquables.
En amont du Macina, le Niger a toutes les allures d’un vieux fleuve fidèle à sa vallée qu’il occupe depuis longtemps ; il est profondément encaissé ; au-dessus du lit actuel, on distingue toute une série d’anciennes terrasses qui racontent les progrès lents de l’érosion ; à côté de ces caractères d’ancienneté, les nombreux rapides qui, au sud de Koulikoro, entravent souvent la navigation sont un indice de rajeunissement. En aval de Tosaye et surtout d’Ansongo, le Niger a des berges fort nettes ; son cours présente d’innombrables rapides ; il est en plein travail et ceci est un signe de jeunesse ; des vallées suspendues, parfois à une vingtaine de mètres au-dessus dufleuve, ne s’y raccordent pas et semblent appartenir à un autre âge et probablement à un autre réseau hydrographique.
R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXIV.Cliché Pasquier65. — CHALANDS SUR LE NIGER. RÉGION DE GAO.La rive droite, qui forme le fond, ne présente pas de relief.Cliché Posth66. — LA VALLÉE DU NIGER ET LE VILLAGE DES TIRAILLEURS, VUS DU POSTE DE BOUREM.On voit nettement les divagations du fleuve.
Cliché Pasquier65. — CHALANDS SUR LE NIGER. RÉGION DE GAO.La rive droite, qui forme le fond, ne présente pas de relief.
Cliché Pasquier65. — CHALANDS SUR LE NIGER. RÉGION DE GAO.La rive droite, qui forme le fond, ne présente pas de relief.
Cliché Pasquier
65. — CHALANDS SUR LE NIGER. RÉGION DE GAO.
La rive droite, qui forme le fond, ne présente pas de relief.
Cliché Posth66. — LA VALLÉE DU NIGER ET LE VILLAGE DES TIRAILLEURS, VUS DU POSTE DE BOUREM.On voit nettement les divagations du fleuve.
Cliché Posth66. — LA VALLÉE DU NIGER ET LE VILLAGE DES TIRAILLEURS, VUS DU POSTE DE BOUREM.On voit nettement les divagations du fleuve.
Cliché Posth
66. — LA VALLÉE DU NIGER ET LE VILLAGE DES TIRAILLEURS, VUS DU POSTE DE BOUREM.
On voit nettement les divagations du fleuve.
Dans son cours moyen (fig. 65,p. 175), dans le bassin de Tombouctou, le fleuve semble ne pas avoir de passé ; c’est à peine même s’il a un présent. Il s’étale en marécages immenses et s’égare en d’innombrables marigots qui, dans la région lacustre surtout, forment un absurde réseau ; à certaines saisons, dans quelques-unes de ses branches, il lui arrive de refluer sur lui-même. Dans tout ce bief, long de plus de 800 kilomètres, la pente est nulle et l’eau s’écoule à peine. Au mois d’août, en pleine crue, sa vitesse ne dépasse pas 6 kilomètres à l’heure : c’est la vitesse du Rhône en temps ordinaire, vitesse qui est souvent triplée (18 km.) en temps de crue. Quelques photographies, en particulier celle de la planche XXXIV (phot. 66), montreront combien le cours du Niger est mal défini.
Le seuil de Tosaye, où le Niger quitte le bassin de Tombouctou, est d’une importance capitale ; au delà du seuil, le courant devient plus fort ; la rupture de pente est bien accusée. Cependant, en des pays moins plats, ce point serait à peine remarqué ; le pittoresque y est médiocre ; rien qui puisse être appelé une gorge, encore moins un défilé ; l’érosion n’a fait qu’échancrer l’arête cristalline, y creusant des falaises de quelques mètres ; le temps lui a manqué pour faire plus grand. L’eau n’y trouve encore qu’un écoulement difficile et lent et s’accumule en amont en masses énormes, surtout dans la région lacustre.
On a encore peu de renseignements sur les lacs qui s’étendent sur la rive droite du fleuve, entre le Niger et Hombori ; Desplagnes [Le Plateau central nigérien] en a donné une carte, mais sans explication ; ceux de la rive gauche (Faguibine, Horo) sont mieux connus[161].
Un fait assez imprévu, et qui semble bien établi par les mesures concordantes des lieutenants Figaret et Villatte, est que le Faguibine est en contre-bas d’une dizaine de mètres relativement au Niger. Malgré le sens de la pente, les crues du fleuve, qui varient de 5 à 8 mètres, ne suffisent pas à remplir chaque année cette importante dépression. Quelques barrages de médiocre importance s’y opposent, apportant une bonne confirmation à l’idée du desséchement en quelque sorte mécanique du Sahara [cf. t. I,ch. II].
Cette irrégularité dans les crues se traduit par de grandes variations dans l’état des lacs et dans la richesse du pays. Lenz, en 1880, ne mentionne que quelques étangs autour de Ras El Mâ ; il est possibleque ses guides l’aient trompé et lui aient soigneusement caché la nappe d’eau principale ; mais il est plus vraisemblable, et mieux d’accord avec les traditions indigènes, qu’il est passé dans la région à un moment de grande sécheresse. D’après le chef du village de Fatakara, ce n’est que trois ans après la venue du voyageur allemand que les Daounas, stériles depuis de longues années, purent être ensemencés. Pendant quelques années, les récoltes furent superbes.
En 1894, le Faguibine était un grand lac : Hourst y a vu une énorme nappe d’eau, sur laquelle il lui paraissait dangereux de naviguer dans une barque non pontée ; en 1905, son niveau avait baissé de 7 m. 50 et Ras El Mâ était à 30 kilomètres de la rive ; parfois même, assurent les indigènes, il ne reste du Faguibine que quelques débris dans les parages des rochers de Taguilem, où les fonds ont quelque profondeur.
Villatte pense qu’un canal de 8 kilomètres de long, reliant le Fati au Télé, permettrait aux eaux du Niger de pénétrer tous les ans jusqu’au Faguibine, assurant une fertilité régulière à d’immenses territoires ; il ne semble pas qu’au point de vue technique l’établissement de ce canal puisse présenter de difficultés.
Avant de l’entreprendre toutefois il sera prudent d’être mieux fixé sur les régions qui sont situées au nord et à l’ouest du Faguibine. La dépression du Djouf est en contre-bas d’au moins une centaine de mètres et il est à peu près certain que le Niger y a autrefois abouti [cf. t. I,p. 55]. Il ne faudrait pas oublier l’exemple qu’a donné récemment le Colorado qui, profitant d’un canal de dérivation, a failli abandonner le Pacifique pour créer un lac important dans le Salton Sink[162]; il serait plaisant, sous prétexte d’irriguer les Daounas, de renvoyer le Niger dans son ancien lit et de ruiner une bonne partie de l’Afrique occidentale.
Les Maures affirment en effet qu’un chenal continu, partant de Ras El Mâ, relie la Faguibine à Oualata ; le service géographique des colonies (Carte au2000000e, feuilles 1 et 2) a tenu compte de ce renseignement et figure le Dahar Oualata en falaise, qu’elle prolonge au nord-ouest jusqu’à Tichitt, en plein Djouf.
Diverses légendes confirment d’ailleurs cette ancienne direction du Niger ; on a conservé le souvenir d’une époque où le Niger, ou, pour mieux dire, un de ses bras, un marigot, se remplissait parfois jusqu’à Araouan ; des ruines sont connues dans le Djouf ; près d’Oualata, il existerait deux villes importantes aujourd’hui abandonnées ;entre Araouan et Taoudenni, Ed Denader aurait été peuplé par les Kel Antasar. Cette précision relative semble indiquer qu’il s’agit d’une ruine récente ; le desséchement du pays serait d’hier.
Cependant une autre tradition, dont je dois l’indication à Gsell, permet de croire que depuis fort longtemps le Niger a cessé de couler du sud au nord. Hérodote [livre II, chapitreXXXII] raconte l’histoire de cinq jeunes gens de la tribu des Masamons qui, partis du littoral de la Grande Syrte, traversèrent, pendant de longs jours, le désert en marchant vers le couchant : ils arrivèrent ainsi dans un pays où il y avait des arbres et qu’habitaient des nains de couleur noire qui les firent prisonniers. Ces nains leur firent traverser, par de longues marches, des marécages et les conduisirent dans leur capitale, qu’arrosait un grand fleuve où se jouaient des crocodiles, et qui coulait de l’ouest vers l’est. On ne voit guère que le Niger qui corresponde à ces indications ; la présence de pygmées dans la partie occidentale du Soudan est d’accord avec les légendes que Desplagnes a recueillies [Le Plateau central nigérien, p. 69 et 71] ; leur souvenir est resté assez vivant dans le plateau nigérien d’où ils auraient été refoulés dans la grande forêt équatoriale à une époque assez récente.
Il serait dangereux d’attribuer à ce récit une grande importance, mais il serait puéril de le rejetera priori.
Le phénomène de capture qui s’est produit à Tosaye n’est pas douteux ; il s’agit là probablement d’un événement géologiquement récent : le récit d’Hérodote est peu clair, les traditions indigènes sont plus nombreuses et plus précises ; elles sont d’accord avec la présence de ruines et avec les faits géographiques ; on peut donc admettre, avec quelque vraisemblance, que le changement de lit du Niger n’est pas très vieux et que l’archéologie permettra peut-être de dater avec quelque exactitude cette importante modification des conditions de la vie dans le bassin de Tombouctou. Elle serait, d’après Desplagnes, antérieure au Néolithique africain qui est sans doute bien récent.
Bassin d’Ansongo.— Que se passait-il entre le bassin du Niger et celui de Taffasasset, alors qu’ils étaient distincts ?
J’ai déjà mentionné précédemment l’existence de vallées suspendues le long du Niger entre Niamey et Gao. Ces vallées sont en général assez larges, bien encaissées dans des berges élevées parfois de 5 à 6 mètres (fig. 79,p. 275).
Leur hauteur au-dessus du Niger est très variable ; près de Gao, elles sont à 4 ou 5 mètres au-dessus du niveau du fleuve ; à Ansongo,le poste est bâti sur des graviers à 7 mètres au-dessus du Niger ; il y a 80 kilomètres entre Gao et Ansongo et le fleuve ne présente pas de rapides.
Plus au sud, vers Niamey, les vallées suspendues dominent le fleuve d’une trentaine de mètres ; il y a entre Ansongo et Niamey 280 kilomètres et de très nombreux rapides. Les altitudes n’ont été déterminées qu’au baromètre ; elles accusent une cinquantaine de mètres de différence entre Gao et Niamey, au niveau du Niger. Il est impossible d’en conclure quoi que ce soit sur les niveaux relatifs des vallées suspendues et de savoir si celles de Niamey sont au-dessus ou au-dessous de celles de Gao. La cartographie de ces régions est encore trop sommaire pour que l’on puisse savoir si ces vallées suspendues s’arrêtent au Niger ou si elles le traversent et se continuent au delà du fleuve : j’en ai aperçu d’assez nombreuses sur chaque rive, mais ce n’est pas d’une pirogue que l’on peut les étudier sérieusement.
Plus au sud, Hubert a observé des faits analogues, sur lesquels il donne peu de détails.
Malgré ces incertitudes, ces vallées sont cependant la preuve d’un changement profond dans le régime des cours d’eau de la contrée, soit qu’elles n’aient jamais eu de rapport avec le Niger, soit qu’elles en soient d’anciens affluents.
Ce bassin, dont Ansongo occupe le centre, semble assez bien délimité vers l’ouest par l’arête cristalline qui va de Tosaye à Hombori ; partout ailleurs ses limites sont assez indécises : ce coin de la boucle du Niger a été encore à peine parcouru.
En tous cas ce bassin est mal modelé ; il est occupé par un grand nombre de mares, Merri, Doro, Gossi qui, d’après les renseignements qu’a bien voulu me donner le capitaine Aymard, sont, à la saison des pluies, de véritables lacs dont le périmètre dépasse 100 kilomètres ; à la fin de la saison sèche, elles n’ont plus que quelques lieues de tour. Le Telemsi est jusqu’à présent le moins mal connu des fleuves de ce bassin ; prenant sa source dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, il contient parfois de l’eau dans des mares, mais ne coule plus ; il se raccorde fort mal avec ceux de ses affluents de la rive droite qui prennent leur source au nord du Bourem ; Combemorel [Comité Af. française, janv. 1909] met bien en évidence ce caractère hétérogène du réseau.
Il est assez vraisemblable, sans qu’il soit possible pour le moment d’en donner la preuve positive, que ce bassin d’Ansongo a été un bassin fermé, intercalé entre le Niger et le Taffassasset.
Comme agents du modelé, les bassins fermés sont des outils médiocres ; ils ne peuvent subsister que dans les régions où les pluies sont rares, et à cette cause d’infériorité manifeste, ils ajoutent encore leurs propres effets. Lorsqu’un fleuve se jette dans la mer, les sédiments qu’il y apporte ont un volume parfois considérable, mais à coup sûr négligeable devant le cube de l’Océan ; dans un bassin fermé, il n’en est plus de même et toutes les fois que le fleuve travaille, il surélève lui-même son niveau de base aux dépens des matériaux qu’il a arrachés aux parties les plus hautes de son bassin, deux actions dont les effets s’additionnent pour diminuer la pente du fleuve et restreindre sa puissance ; il est impossible aux affluents d’une mare de remonter leur tête bien loin et tous les phénomènes de capture ont chance de se faire à leurs dépens.
Le Taffassasset était bien placé pour sortir vainqueur de la lutte ; s’il faut en croire Hubert [Thèse, p. 155] les fleuves côtiers du Dahomey portent la trace d’un abaissement de 40 mètres de leur niveau de base, aussi tous présentent-ils, à leur sortie de la région cristalline, une rupture de pente très nette. Quoique l’invariabilité de niveau, affirmée par Hubert, de la plate-forme ancienne, depuis l’Éocène, soit peu vraisemblable, le rajeunissement de tous les cours d’eau du Dahomey paraît bien établi. L’embouchure du Taffassasset en était trop proche pour que le fleuve n’ait pas puisé dans ce mouvement négatif une nouvelle vigueur. L’un de ses affluents attaquant l’Atacora, créait le W et pénétrait au cœur du bassin d’Ansongo.
La masse d’eau qu’il y trouvait lui permettait de remonter rapidement sa source et de rejoindre à Tosaye le Niger, qui probablement déjà venait s’étaler paresseusement, à l’époque des crues, sur toute la surface du bassin de Tombouctou, vaste plaine sans relief où aucun obstacle ne pouvait l’arrêter.
Ce qui n’était d’abord qu’un petit affluent de l’ancien Taffassasset, devenait la branche maîtresse du réseau ; le dallol Bosso, profitant du nouvel état de choses, prenait une grosse importance et peut-être, dès la capture du bassin d’Ansongo, décapitait, au nord de Tahoua, le Taffassasset et obligeait tous les oueds descendus de l’Aïr ou de l’Ahaggar à abandonner les dallols de l’Adr’ar’ de Tahoua.
Pour agir ainsi, il fallait que tous ces fleuves soient encore bien vivants et ceci nous reporterait à l’époque où les oueds sahariens étaient encore de vrais cours d’eau, à l’époque du Néolithique africain. L’étude du Niger donne peut-être une date plus rapprochée, mais sa capture est postérieure à celle du bassin d’Ansongo. Peut-être n’est-il pas absurde de penser que la suppression des grands lacs du Djouf,suppression qui a dû suivre la capture du Niger, a pu avoir une répercussion sur le climat du Sahara et diminuer de quelques tornades la quantité de pluie qui tombait sur l’Ahaggar. Le Taffassasset coule encore parfois jusqu’à In Azaoua où les puits sont peu profonds (7 m.). Peut-être faudrait-il peu de chose pour lui rendre la vie.
D’autres hypothèses sont possibles. Le lieutenant Dulac croit que, autrefois, le Niger passait au sud du plateau de Bandiagara ; il a pu suivre en tous cas une vallée bien tracée, se dirigeant vers l’est et qui pouvait avoir abouti vers Say ou Niamey ; il attribue ces changements hydrographiques à des mouvements tectoniques et aussi à des accidents volcaniques dont la région de Hombori présenterait, paraît-il, des traces (communication verbale).
Les mouvements tectoniques récents ne sont pas rares en Afrique ; la faille du Touat en est une preuve [cf. t. I,p. 236] ; lesSenilia senilisde l’Angola forment une plage soulevée à 200 mètres. Nul doute qu’ils n’aient aidé certains phénomènes de capture et qu’ils n’en aient entravé d’autres.
Je n’ignore pas que cet essai de synthèse est trop hardi et dépasse largement ce que l’on peut légitimement déduire de quelques faits d’observation.
Il importait surtout de bien mettre en évidence l’ampleur des modifications que le réseau hydrographique a subies au Soudan ; il était nécessaire d’attirer l’attention des chercheurs sur ces questions si complexes, pour la solution desquelles les efforts d’un grand nombre ne seront pas inutiles.
Le Tchad et le Bahr El Ghazal.— Le bassin du Tchad n’est encore que partiellement connu ; le Chari et ses affluents, la Komadougou et le lac lui-même ont été relevés avec soin et l’on en peut dresser une carte d’ensemble avec une certitude suffisante. Au nord-est du Tchad les données sont beaucoup plus imprécises.
Avoisinant le lac à l’est, un plateau d’élévation moyenne assez faible, long de 200 kilomètres du nord-ouest au sud-est, et large de 150, porte différents noms correspondant à divers aspects topographiques : le Chittati, tout proche du Tchad, est caractérisé par des cuvettes fermées, en général elliptiques, en contre-bas du plateau ; la falaise atteint parfois 50 à 60 mètres. Dans le Kanem, les dépressions, longues de 6 à 7 kilomètres, sont généralement orientées nord-sud et voisines les unes des autres. Des dunes élevées, hautes parfois de 100 mètres et fixées maintenant par la végétation, donnentau Manga son principal caractère [Freydenberg,Thèse, p. 56, 74].
Ce plateau tranche très nettement par la nature de son sol sur les dépôts d’alluvions, argileux et sableux, qui, à partir du 9° Lat. N., forment la plaine où, sans thalwegs bien définis, serpentent les principaux affluents du Tchad ; le Kanem est peut-être un témoin des grès et argiles du Tegama.
A l’est de ce plateau se trouvent quelques dépressions qui, jadis, ont été des lacs.
L’Egueï, large d’une trentaine de kilomètres, s’étend, du nord-ouest au sud-est, sur une longueur de 150 kilomètres ; un peu plus loin se rencontrent le Toro et le Bodelé, à contours encore mal précisés ; passant au sud du Kanem et de l’Egueï, un sillon, le Bahr El Ghazal, est creusé depuis le Tchad jusqu’au Bodelé qu’il vient rejoindre dans la région du Djourab.
Nachtigal, le premier, a vu ces régions ; il y a signalé des coquilles et des débris de poissons. Ces dernières années, l’Egueï et le Bodelé ont été étudiés à nouveau par Mangin ; les Melania et les vertèbres de poissons qu’il en a rapportées, montrent bien que ces dépressions étaient récemment encore occupées par d’importantes nappes d’eau douce et qu’elles faisaient partie d’un plus grand Tchad.
Toute cette zone de bas-fonds, d’anciens marais, paraît nettement limitée vers le nord ; une série de hauteurs, où plusieurs oueds, dont le moins mal connu est le Tin Toumma[163], prennent naissance, s’étend de Dibbela au Tibesti et sépare le bassin de Bilma de celui du Tchad ; vers le sud, le lac Fittri, alimenté par le Batha qui descendait de l’Ouadaï, et la dépression que Chevalier désigne sous le nom de lac Baro, ont été en relation évidente d’affluent avec le Tchad.
Vers le nord-est les choses sont beaucoup plus obscures ; le Tibesti, dont certains sommets atteignent2700 mètres, forme un massif important de grès dévoniens (?) couronnés de formations volcaniques. Cette haute barrière s’approche vers le sud-est de l’Ennedi, région élevée qui semble se relier au Darfour. D’après les renseignements du capitaine Cornet, Freydenberg [Thèse, p. 78] indique que la partie occidentale de l’Ennedi, la seule connue, est un pays de plateaux formés d’assises gréseuses, bariolées et dures ; ces plateaux sont entaillés de profondes vallées qui se dirigent vers le Bahr El Ghazal.
Entre le Tibesti et l’Ennedi se place une région relativement basse,riche en eau, le Borkou, où l’on compte quelques oasis. Les renseignements géologiques relatifs au Borkou sont peu nombreux et vagues ; on y a signalé des grès durs, analogues à ceux de l’Ennedi, (Dévonien ?) et des grès tendres, argileux, maculés d’oxyde de fer (Crétacé ? Éocène ?). Nachtigal mentionne expressément, au sud-ouest du Borkou, une arête abrupte haute d’une trentaine de mètres, l’Amanga. Contre l’Amanga s’appuient des formations calcaires riches en coquilles [l. c., p. 430].
Tout cela est bien flou et apporte peu de lumières sur une des questions les plus obscures encore de la géographie africaine.
On ne sait pas encore, d’une façon positive, si le Tchad est le centre d’un bassin fermé ou si, comme le pensait Nachtigal, le Bahr ne serait pas son émissaire.
Il ne s’agit pas, bien entendu, de savoir si actuellement le Bahr El Ghazal coule vraiment vers l’est, mais bien si la pente générale des vallées est vers l’est, et si ce ne sont pas des phénomènes de barrages du lit par des actions éoliennes, ou des phénomènes de capture en amont du Tchad, qui ont arrêté dans leur marche vers l’est les eaux du Chari et de la Komadougou. L’exemple du Faguibine montre nettement que, aux confins du désert, un fleuve peut abandonner son ancien lit, sans qu’il y ait inversion de la pente.
Un fait d’une importance capitale et qui avait déjà frappé Nachtigal est que les eaux du Tchad sont douces ; elles restent buvables même pendant les périodes de sécheresse. On ne peut invoquer l’absence de sel dans la région : les mares à natron abondent au voisinage et donnent lieu à d’importantes exploitations à Buné, à Gourselik, dans le Chittati, etc.
Les eaux de rivière contiennent toujours, en solution, des matières salines et si le Tchad est un bassin fermé, toutes celles qu’ont charriées, depuis des siècles, les divers affluents du lac, ne peuvent se trouver que dans le Tchad. Il est possible de se rendre compte de la rapidité avec laquelle peut s’accroître la salure du lac sous cette seule influence.
Toutes les observations recueillies, et les traditions indigènes citées par Freydenberg, sont d’accord pour montrer que si le Tchad présente d’une année à l’autre de grandes variations de niveau, il reprend cependant périodiquement les mêmes contours ; on peut donc admettre qu’en moyenne, il reçoit annuellement autant d’eau de ses affluents qu’il en perd par évaporation. Supposons en outre que les années où il est le plus bas, il conserve encore autant d’eau qu’il en perd par évaporation ; il est probable, d’après les données d’observation,les sondages surtout, qu’il en conserve beaucoup moins, ce qui rendrait l’accroissement de la salure plus rapide encore.
Ceci nous permet de mettre le problème en équation ; appelonssla surface moyenne du lac,hla hauteur d’eau qui s’évapore chaque année ;shsera le volume d’eau évaporé annuellement et aussi celui que les affluents amènent au lac ; 2shsera le volume moyen des eaux du lac.
A défaut d’analyse des eaux du Chari et de la Komadougou, nous savons que les eaux douces renferment en moyenne18100000de matières salines dissoutes ; le chiffre le plus élevé66,5100000est fourni par les eaux qui ont circulé sur des graviers ou des alluvions, le plus faible5,94100000par les eaux de sources, issues des granites et des gneiss. Si nous prenons ce dernier chiffre, la quantité de sel que chaque année ses affluents amènent au Tchad serash5,94100000
L’eau de mer contient351000de matières dissoutes ; l’équation