CHAPITRE VII

[171]Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr., mai 1907, p. 122.[172]Lahache (Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de Marseille, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.[173]C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes de coteau.Bull. Soc. Géol. Fr.[3], XVIII, 1890, p. 245.[174]Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr., XVIII., oct. 1907.[175]L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement général de la terre, paraît bien discutable.CHAPITRE VIIQUELQUES QUESTIONS TECHNIQUESI.Roches.— Roches anciennes. — Roches éruptives récentes (In Zize ; — Ahaggar. — Air ; — Mounio ; — Zinder ; — Melfi ; — Fita). — Provinces pétrographiques à roches alcalines.II.Latérites.— Latérites. — Grès ferrugineux. — Produits de décalcification.III.Salines.— Taoudenni. — Bilma. — Les Teguiddas. — Terre d’Ara. — Manga. — Folé.IV.Les agents désertiques.— Érosion éolienne. — Insolation.I. —ROCHES[176]Roches anciennes.— Les roches éruptives, abondent dans tous les terrains cristallins ; elles appartiennent principalement aux deux séries des roches granitiques et des gabbros.Un granite porphyroïde dont les grands cristaux sont souvent des microclines a été signalé un peu partout, au Sahara, comme au Dahomey ; des pegmatites à pâte rose ou rouge sont abondantes, dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, comme dans l’Ahaggar ou l’Aïr.Des roches de couleur plus foncée, diabases et gabbros, sont également très répandues. De même que les granites, elles sont accompagnées de types porphyriques.Toutes celles de ces roches qui jusqu’à présent ont été étudiées, sont très semblables à celles que l’on rencontre en Europe dans lesformations de même âge (Archéen et Silurien surtout au Sahara), et sont de type banal.Il y a lieu de noter toutefois que, jusqu’à présent, les filons ou les gîtes métallifères qui, ailleurs, accompagnent fréquemment les roches éruptives paraissent manquer dans une bonne partie de nos possessions africaines. Les minerais de cuivre et de plomb sont faciles à reconnaître et l’on s’explique mal que, si ces métaux existaient au Sahara, les indigènes n’aient su ni les découvrir ni les utiliser. La chose serait d’autant plus invraisemblable que dans la chaîne d’Ougarta [cf. t. I,p. 182] aussi bien que plus au sud, au Congo et dans l’Ouadaï par exemple, le cuivre a été ou est encore exploité par les indigènes. Presque partout d’ailleurs, le fer, dont les minerais attirent moins l’attention et dont la métallurgie est plus difficile, est connu des nègres, et dans tout le Sahara, il existe au milieu des nomades quelques familles de forgerons ; tout le cuivre qu’ils emploient, dans l’Aïr, comme dans l’Ahaggar, provient d’Europe.Il est donc vraisemblable que cette rareté des filons est réelle et qu’elle ne tient pas aux lacunes de nos connaissances sur le pays.Parmi les roches anciennes, deux encore méritent une courte mention. On a souvent insisté sur la grande rareté des calcaires en Afrique : le plus souvent, pour préparer de la chaux, on a recours à des coquilles de mollusques, lesÆtheriaqui, dans tous les cours d’eau de l’Afrique intertropicale, forment des bancs importants. Dans certaines parties du Sahara tout au moins, les calcaires cipolins sont fréquents dans le Silurien ; il y en a de belles lentilles au pied de l’Adr’ar’ Ahnet, dans l’Ahaggar, près de Tamanr’asset et surtout dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, notamment au Nord d’In Ouzel et dans l’Adrar Tidjem ; j’en ai vu quelques galets dans l’Aïr. Foureau a noté plusieurs fois des cipolins [Doc. Scientifiques, p. 740 et sv.] et l’itinéraire de Barth porte, en quelques points, la mention de marbre.La serpentine est, elle aussi, assez répandue et donne lieu à de petites exploitations : les beaux morceaux servent à faire les bracelets de bras (abedj) que portent les Touaregs et un grand nombre de noirs. La carrière que Voinot a vue, est au nord-ouest du reg d’Amadr’or, dans les gours de Tin’Aloulagh ; elle consiste en de petites excavations de 1 mètre carré tout au plus et profondes d’une trentaine de centimètres. La roche est extraite avec une simple pioche ou tout simplement avec le fer de la lance. D’autres exploitations existent dans l’oued Aceksen (affluent de la rive gauche de l’Igharghar), dans l’oued Tin Belenbila, entre le Mouidir et l’Ahaggar, et dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Le capitaine Posth en a trouvé dans l’Aïr à Gofat, prèsd’Agadez et les carrières de Hombori sont célèbres dans la boucle du Niger.L’âge des roches éruptives anciennes est difficile à fixer d’une manière précise. Dans tout le Sahara central, elles semblent antérieures au Dévonien ; les grès que constituent les tassilis du nord, comme ceux du sud, ne sont coupés par aucun filon ; il n’y existe même pas de filonnets de quartz. Les régions où le Silurien paraît le plus jeune, l’Adr’ar’ Ahnet, le Bled El Mass, sont au contraire lardées de filons éruptifs. N’oublions pas toutefois que, sur les couches à graptolithes, les seules qui soient nettement datées, tout renseignement stratigraphique fait défaut.Vers l’ouest, dans la région de Taoudenni, le Carbonifère est horizontal ; Mussel n’y signale pas de roches éruptives. Dereims n’en a pas vu non plus dans le plateau dévonien de l’Adr’ar’ Tmarr.Vers le nord, dans le Touat, à Tazoult, une roche ophitique traverse le Carbonifère ; le Dévonien de la chaîne d’Ougarta est riche en filons de quartz et a été parfois minéralisé. Mais nous sommes ici dans la zone hercynienne et l’âge plus jeune des roches éruptives est d’accord avec l’âge plus jeune des plissements.Au sud du Sahara la question devient bien douteuse : E.-F. Gautier a vu, dans les grès qui surmontent le Silurien à Tosaye, de nombreux filons de quartz ; j’en ai noté aussi dans les schistes interstratifiés de grès qui forment les rapides de Labezzanga. Ces grès et ces schistes, plongeant parfois de 45°, reposent en discordance sur le Silurien. Mais l’âge des roches de Tosaye, comme de celles de Labezzanga, n’est prouvé par rien et ce n’est que très provisoirement qu’on peut les rattacher au Dévonien. Plus au sud encore, ni dans les grès de Gourma, ni dans ceux de Hombori, d’âge indéterminé, peut-être dévonien, on n’a signalé de roches éruptives.Roches éruptives récentes.— Les roches éruptives récentes présentent un intérêt plus considérable ; leur existence au Sahara est connue depuis longtemps ; Barth avait signalé des volcans et des laves dans l’Aïr, surtout dans sa partie méridionale ; von Bary et Foureau ont confirmé ces indications.Duveyrier avait ramassé quelques échantillons de basaltes, et les renseignements qu’il avait recueillis lui faisaient croire à l’existence de volcans dans l’Ahaggar. La mission Flatters, celles de Foureau, le raid de Guilho-Lohan ont apporté de nombreuses confirmations à l’hypothèse de Duveyrier.Il est possible de présenter, dès maintenant, un tableau des principauxcentres éruptifs du Sahara et de donner quelques détails sur quelques laves intéressantes.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXV.Cliché Laperrine67. — IN ZIZE.Le ravin qui conduit au point d’eau.Cliché Laperrine68. — IN ZIZE.L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.In Zize.— Un premier volcan, assez isolé, se trouve entre l’Ahnet et Timissao, au milieu du tanezrouft. Ce massif d’In Zize (In Zizaou-In Hihaou) est assez considérable ; il n’en reste qu’un cratère ébréché en fer à cheval dont Tihimati est la branche orientale, In Zize la branche occidentale ; au fond du fer à cheval on aperçoit un erg.Malgré tout ce qui a été enlevé par érosion, ce qui reste du volcan a encore 35 kilomètres de diamètre ; peut-être davantage s’il y faut joindre l’Adr’ar’ Nahlet.Ce pâté montagneux a été autrefois un centre habité, comme en témoignent de nombreux tombeaux ; parfois encore les oueds qui en descendent se couvrent de verdure et les tentes de l’Ahnet ont pu y passer l’hiver 1905-1906. Mais en général il est impossible d’y séjourner avec un troupeau, et ce n’est pas ce pâturage accidentel qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.L’altitude d’In Zize est assez considérable (800 m.) et il domine la pénéplaine voisine d’environ 300 mètres. Ce relief suffit pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau très constant, en même temps qu’il permet de reconnaître de loin la route : il est impossible, même à un mauvais guide, de manquer l’aguelman d’In Zize, qui se trouve sur la route la plus suivie de l’Ahnet, c’est-à-dire du Touat et du Tidikelt, à l’Adr’ar’ des Ifor’as.Le caractère volcanique d’In Zize n’est pas douteux ; au nord du fer à cheval, la piste coupe une série de dykes verticaux convergents ; nous avons dû, malheureusement, passer très vite en ce point ; nos provisions d’eau, un peu courtes, ne nous permettaient aucun arrêt.Quand on s’approche d’In Zize et qu’on double la pointe nord de ce massif, on a, de loin, l’impression d’une série de roches stratifiées plongeant vers l’ouest ; cette apparence est due aux coulées de rhyolithe, de couleur brun chocolat, dont la superposition forme la masse principale du volcan. Ces laves sont encore souvent recouvertes d’une gaine de scories qui prouvent qu’elles ont coulé ; elles affectent souvent la forme de colonnes prismatiques. Au microscope la roche est une rhyolite typique à grands cristaux de quartz et d’orthose ; la pâte contient du quartz globulaire avec amandes à larges sphérolites de feldspaths, passant parfois à la micropegmatite. M. Lacroix, avec sa complaisance habituelle, a bien voulu examiner les préparations de la roche d’In Zize, comme d’ailleurs toutes celles que j’ai fait faire de mes roches sahariennes ; on ne peut songer à une erreur de diagnostic.Le caractère de la roche confirme donc pleinement l’impression que donne l’aspect d’In Zize, dont Villate avait déjà affirmé le caractère volcanique. Je n’insisterais pas sur ce point s’il n’avait été contesté par Flamand ; bien que le savant pétrographe d’Alger n’ait pas vu In Zize, un désaccord aussi formel est de nature à alarmer. Flamand a été très frappé de l’absence de cendres et de cinérites, dans les nombreux échantillons rapportés d’In Zize. Une pareille lacune serait grave partout ailleurs qu’au Sahara ; elle est ici facilement explicable. On n’a jamais vu de près que l’aguelman et ses abords immédiats : cet aguelman est dans le lit d’un torrent à pente rapide : il n’y a sur le sol que de gros galets de roches dures ; on ne peut espérer trouver de blocs de cinérites dans un semblable milieu où ils seraient de suite pulvérisés (Pl. XXXVII, phot.71,72). Sur les flancs du ravin, on voit souvent deux coulées superposées, parfois séparées par des fentes de quelques mètres de long, et béantes de quelques centimètres dans leur partie la plus large : souvent, à l’Etna ou au Vésuve par exemple, il existe, entre deux coulées, des amas de cendres dont la forme rappelle singulièrement celle des fentes d’In Zize. La place de ces cavités et leur forme montrent qu’elles n’ont pas pu être creusées par l’eau ; elles ne paraissent guère explicables que comme dernière trace de couches de cendres dispersées depuis longtemps par le vent du désert ; ceci est d’accord avec les caractères généraux du tanezrouft, que le décapage éolien a privé depuis longtemps de ses éléments les plus mobiles. Les cendres, qui se trouvaient entre les coulées, ont eu le même sort que les argiles dans les alluvions ; le volcan d’In Zize a subi la même évolution qui, tout à côté, donnait naissance aux regs.L’âge du volcan d’In Zize est difficile à fixer ; les seuls indices que l’on puisse invoquer sont tirés de l’état de l’érosion. In Zize repose sur un socle archéen que l’on voit nettement au nord de Tihimati et, au sud-ouest du volcan, à Foum Ilallen. En ce dernier point, à 500 mètres du volcan, quelques mamelons granitiques, hauts d’une quinzaine de mètres, portent à leurs sommets des coulées de rhyolite ; le ravin qui conduit à l’aguelman a creusé son lit dans les laves ; on voit par place, sur 40 ou 50 mètres de haut, les coulées superposées tranchées par l’érosion.On ne peut évidemment pas conclure, en l’absence de données paléontologiques, mais il semble probable que le volcan d’In Zize date de la fin du Pliocène ou du début du Quaternaire : il est trop bien conservé dans son ensemble pour être très vieux et, dans le détail, il est trop érodé pour ne pas avoir subi l’action du ruissellementà l’époque où il pleuvait au Sahara et où les grands oueds, morts aujourd’hui, creusaient leurs lits.On a la preuve que, plus au nord, la faille du Touat a rejoué récemment ; toutes les rivières de l’Ahnet présentent des phénomènes de capture et des traces de remaniements profonds que confirme l’état jeune du relief. Il est difficile de ne pas établir un rapprochement entre ces accidents tectoniques et le volcan d’In Zize, qui se rattachent en somme à la même cause.Ahaggar.— Dans l’Ahaggar les volcans sont nombreux et la période d’activité a duré longtemps.Entre Silet et Abalessa, la route coupe le cratère encore assez bien conservé de l’Adrar Ouan R’elachem ; on met une heure et demie à le traverser ; les débris du cône forment une série de monticules, disposés en cercle, et dont les plus hauts atteignent 200 mètres ; au centre de ce cercle, la place de la cheminée est encore indiquée par du basalte en boules grosses comme la tête. L’activité de ce volcan n’a cessé qu’à une époque récente ; une coulée en descend le long de l’oued Ir’ir’i et s’arrête à environ 300 mètres au nord des ruines de la kasbah de Silet ; elle a été à peine entamée par l’érosion. La lave est un basalte à péridot.Dans l’Edjéré, Roche[177]avait signalé des coulées de basalte aussi jeunes. Les recherches récentes de Voinot ont confirmé ces indications ; et Flamand a reconnu, parmi les échantillons rapportés, un basalte à péridot et une limburgite.A Tit’, la vallée de l’oued est limitée au nord par un étroit plateau (400 à 500 m. de large) couvert d’une coulée de basalte que l’on peut suivre pendant une quinzaine de kilomètres, dominant la rivière de 20 mètres. Sa pente m’a paru être vers l’est. Sur les flancs du plateau on voit, par places, les débris d’une autre coulée certainement plus jeune.L’oued Tit’ traverse ce plateau à 7 ou 8 kilomètres en amont du village ; plusieurs de ses affluents le coupent également.Au voisinage du confluent des oueds Outoul et Adjennar, les coulées sont nombreuses, mais insignifiantes ; elles sont à peine à quelques mètres au-dessus des vallées ; elles paraissent converger vers un petit mamelon qui pourrait bien être un cratère.Autour de Tamanr’asset, les phénomènes volcaniques ont laissé des traces nombreuses et importantes. L’Adr’ar’ Haggar’en (la Montagne Rouge), dont le point culminant, le Tin Hamor, a une altitudevoisine de1800 mètres, est bien vraisemblablement le reste d’un volcan fortement démantelé dont il ne subsiste plus que les parties profondes, consolidées par de nombreux dykes verticaux (fig. 71). Une roche porphyrique rose forme la masse principale de la montagne. Tout autour, de puissantes coulées de laves couronnent les hauteurs, mais il n’en reste que des lambeaux formant le plus souvent des gours isolés (Har’en (le pilon), Tindi (le mortier), Télaouas) ; le lambeau le plus étendu forme le plateau d’Hadrian, qu’entaille la brèche d’Elias, œuvre de quelque Roland berbère (fig. 19,p. 43). Ce volcan est ancien : les coulées d’Hadrian superposées sur une grande épaisseur, atteignent souvent 30 mètres de puissance et dépassent parfois 70 mètres, au nord de la brèche d’Elias par exemple ; leurs parties les plus basses sont à environ 120 mètres au-dessus des vallées. Ces coulées reposent souvent sur des cinérites qui permettront sans doute de fixer leur âge. — A 20 kilomètres au sud de l’Hadrian, l’Adjellella (fig. 72) est un plateau de même type qui montre la grande étendue de la nappe de laves : en tous cas, la roche est la même, une rhyolithe ægyrinique de couleur grisâtre.Fig. 71. — Le Tin Hamor et le Telaouas (Ahaggar). — De Tamanr’asset (cf.fig. 19).A dix kilomètres au nord-ouest de Tamanr’asset, une coulée basaltique moins puissante, 5 à 6 mètres seulement, forme le plateau de Tideri, élevé de 150 mètres au-dessus de la vallée.Fig. 72. — Coulée de rhyolithe ægyrinique, formant le plateau de l’Adjellela. Ahaggar.Probablement la même coulée qu’au plateau d’Hadrian (fig. 19) et au Telaouas, à 25 kilomètres au nord.A quelques kilomètres au sud de Tamanr’asset, sur le piste qui conduit à l’Adjellela, quelques petits oueds, affluents de l’Ezerzi, ont une vallée assez encaissée ; on voit cependant par places des débris d’alluvions quaternaires qui, à partir du lit du ruisseau, donnent la coupe suivante (de bas en haut) :1oGraviers et cailloux, 1 m. 60.2oTufs volcaniques, 1 mètre.3oÉboulis des pentes.La période d’activité volcanique a persisté longtemps autour de l’Haggar’en ; elle n’a cessé qu’assez récemment et il n’est peut-être pas déraisonnable de placer son début au Miocène.Tous les itinéraires autour de l’Ahaggar mentionnent de nombreuses coulées de laves ; sur la Coudia, Guilho-Lohan et Motylinski en signalent à plusieurs reprises. Enfin beaucoup plus à l’est, Foureau a recueilli des téphrites et des limburgites provenant vraisemblablement du Télout[178](cf.Esquisse géologique).Fig. 73. — Montagne d’Aoudéras. Aïr.Cinérites et coulées basaltiques. — Aoudéras est à la cote 800 mètres, le sommet de la montagne à la cote1400.Aïr.— On a déjà insisté sur le caractère volcanique des principaux massifs de l’Aïr, dont beaucoup sont des dômes[179]. Comme dans l’Ahaggar, la période active a persisté longtemps : quelques coulées ont été à peine entamées par l’érosion ; dans l’oued Tidek, au voisinage de l’Ohrsane, les laves sont au niveau des vallées ; dans la plaine de Tar’it, au nord d’Aoudéras, les coulées de basalte très étendues et provenant sans doute du Doghen, sont récentes : le petit r’edir d’Akara, creusé dans des granulites roses, est bordé à l’ouest pardes basaltes épais de 4 mètres dont la base est au niveau de l’eau. Cette impression de jeunesse est confirmée par l’existence à Tafadek (60 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras) d’une source chaude dont la température atteint, d’après le capitaine Posth, 48°.D’autres coulés sont certainement beaucoup plus anciennes ; à une douzaine de kilomètres au nord-ouest d’Iférouane, l’oued Kadamellet traverse, par un défilé étroit, un plateau de gneiss et de micaschistes, dont la table est formée d’un basalte doléritique, à structure ophitique. La coulée, épaisse d’une dizaine de mètres, a sa base à 50 mètres au-dessus de l’oued.Il est difficile de préciser le début de ces éruptions ; nous avons cependant pour l’Aïr quelques éléments d’informations qui jusqu’à présent font défaut dans l’Ahaggar. Le lieutenant Jean a remis au laboratoire de géologie de la Sorbonne quelques échantillons de calcaires provenant de Tafadek et d’un point situé un peu au nord, Tamalarkat. L’âge de ces calcaires n’est pas douteux ; outre quelques moules de mollusques, ils contiennent de nombreux échantillons d’Operculina canaliferad’Archiac, de l’Éocène moyen. Les renseignements stratigraphiques font défaut ; Jean [l. c., p. 141] signale seulement à Tafadek des calcaires, des ardoises et des pierres ponces ; mais l’examen de plusieurs plaques minces taillées dans les échantillons fossilifères n’y montre qu’un calcaire très franc, sans aucun élément attribuable aux volcans voisins. Les grès, les calcaires et les meulières lacustres d’Assaouas et de Teguidda n’Adr’ar’, situés à plus de 100 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras, renferment de nombreux minéraux éruptifs, surtout des feldspaths. Les échantillons ne contiennent malheureusement que des traces de fossiles indéterminables, qui ne permettent pas de fixer leur âge (p. 76).Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.L’Ohrsane est une muraille de syénite.Tout incomplètes qu’elles soient, ces données prouvent cependant que les volcans d’Aïr sont postérieurs à l’Éocène, comme leur examen direct permettait d’ailleurs de le prévoir.D’autres roches d’épanchement ont été signalées dans des régions voisines : Nachtigal mentionne expressément des volcans dans le Tibesti et les détails qu’il donne (sources thermales, etc.), montrent que certains de ces volcans au moins sont récents. Sur la route de N’Guigmi à Bilma, Ayasse a recueilli, près de Béduaram et près d’Agadem, des basaltes[180]dont quelques-uns au moins sont assez anciens pour que leurs vacuoles aient pu se tapisser de minéraux secondaires (calcédoine).Au sud du Tchad, les cinq pitons rocheux de Hadjar El Hamis (déformation par les noirs d’El Khémès) sont formés d’une rhyolithe alcaline verdâtre étudiée par Lacoin et Gentil et dont Courtet a pu rapporter de nouveaux échantillons. On trouvera dans Chevalier [L’Afrique Centrale française, p. 409] un croquis du piton principal, haut de 80 mètres environ.Des rhyolithes à ægyrine, sont connues sur le Mayo Kæbbi, au pied des chutes Gauthiot, non loin du Toubouri[181].J’ai donné peu de détails pétrographiques sur les roches volcaniques ; ils sont en général de petit intérêt géographique, et la plupart des laves donnent naissance à des formes topographiques analogues. Toutes, pendant leur refroidissement, se sont plus ou moins fendues ; ces fissures de retrait les ont débitées en blocs arrondis ou en dalles ; plus rarement, elles y ont découpé des colonnades prismatiques. Grâce à ces fentes, les coulées ont acquis une perméabilité marquée qui en a fait souvent des réservoirs d’eau importants ; ce fait, observable partout, prend une importance spéciale au Sahara.Certaines roches, cependant, par leurs caractères particuliers méritent une courte mention. Leur composition chimique se singularise par une grande pauvreté en chaux et en magnésie et une certaine abondance en métaux alcalins (potasse et soude). Quelques minéraux spéciaux comme la népheline, l’ægyrine, la riébeckite se développent à la faveur de cette composition chimique et donnent aux roches qui les contiennent un cachet assez inaccoutumé. Ces roches, assez rares en Europe, sont au contraire abondantes au Sahara ; nous aurons à préciser leur répartition géographique, mais auparavant il importe de dire quelques mots de roches de profondeur, parfois franchement granitiques, probablement d’âge récent et qui, par leur composition se rattachent à la même famille que les roches d’épanchement alcalines, dont il vient d’être question.Mounio.— Un premier groupe éruptif constitue le Mounio, massifqui mesure du nord au sud une cinquantaine de kilomètres sur 25 de large ; on doit probablement lui rattacher les hauteurs qui avoisinent les villages de Mia et de Yamia. Les caractères géographiques et topographiques du Mounio ont déjà été indiqués. Les roches sont des granites, des microgranites et des rhyolites avec ægyrine et une amphibole sodique voisine de la riébeckite, roches dont la couleur varie du gris bleu au lie de vin.A 200 mètres au nord du poste de Gouré, on peut observer le contact avec les roches sédimentaires (fig. 76).Ces roches sont des argiles et des grès tendres en couches horizontales qui, à cause de leurs caractères lithologiques et de la continuité géographique, doivent être rattachés aux formations du Crétacé inférieur du Tegama. Sur une vingtaine de mètres à l’est du granite, ces grès et ces argiles ont été dérangés de leur horizontalité primitive ; ils ont été profondément métamorphisés et transformés en quartzites et en micaschistes ; quelques filons de quartz les traversent.Fig. 75. — Mounio. Du poste de Gouré. Les premiers mamelons sont les microgranitesmde lafigure 76.Au fond à droite, les premiers plateaux du Koutous. — Le camp des tirailleurs est entre les balanites et les mamelons granitiques.Freydenberg a observé des faits analogues à la frontière ouest du Mounio, près de Gabana.Les granites alcalins de Gouré sont donc postérieurs à l’Infra-crétacé ; on ne trouve dans les poudingues, qui, à Kellé, forment la base des grès du Koutous, aucun élément qui puisse leur être attribué. On peut donc affirmer que les roches éruptives du Mounio ne sont pas plus anciennes que le Crétacé ; le caractère peu avancé de l’érosion dans le massif de Gouré et surtout les grandes analogies de ces roches avec celles de l’Aïr, certainement postlutétiennes, sont de fortes présomptions en faveur de l’âge tertiaire de ces granites et microgranites.Zinder.— Le massif de quartzites verticales et probablement siluriennes de Zinder et d’Alberkaram est flanqué, à l’est comme à l’ouest, de roches analogues ; vers Dan Beda (30 km. ouest de Zinder)ces granites sont en relation avec des grès tendres : il serait probablement facile de trouver en ce point une confirmation de l’âge récent des roches de Zinder, qu’il est difficile de ne pas rattacher de très près à celles du Mounio : la série est la même et va du granite franc à la rhyolite. Les deux massifs sont très voisins : il y a à peine 60 kilomètres de Gidi-Mouni à Gabana ; il y a moins encore de Karouaram au Mounio.Melfi.— Au sud-est du Tchad, le poste de Melfi est au centre d’un cirque de collines granitiques, hautes parfois de 200 mètres, formées de roches assez variées dont le type le plus habituel est une syénite à amphibole sodique et à riébeckite, plus pauvre en silice et plus riche en chaux que les roches de Gouré et de Zinder [Freydenberg,Thèse, p. 107 et 180].Fig. 76. — Coupe relevée à 200 mètres au nord du poste de Gouré (Mounio).m, Microgranite alcalin (hauteur 10 mètres). — q, Filons de quartz. — 1, Argiles du Tegama disloquées et transformées en micaschistes. — 2, Grès ferrugineux superficiels. — La coupe a 50 mètres de long.Ce massif éruptif se continue vers le sud et se relie aux granites alcalins de Miellim sur la rive gauche du Chari.Fita.— Beaucoup plus à l’ouest, au Dahomey, Hubert [Thèse, p. 242], à signalé la chaîne de Fita, qui, un peu au sud du 8° Lat. N. s’étend sur une dizaine de kilomètres du nord au sud avec une largeur de 2 kilomètres au plus ; ses plus haut sommets dominent de 150 mètres la plaine voisine ; les roches [l. c., p. 466-467] sont des granites et des microgranites alcalins dont la riébeckite est l’élémentle plus caractéristique. D’après un renseignement oral, Hubert considère ces roches comme beaucoup plus jeunes que les gneiss des régions voisines.Provinces pétrographiques à roches alcalines.— L’abondance de ces roches alcalines en Afrique est connue depuis longtemps ; Lacroix a montré qu’elles se rattachaient à deux provinces pétrographiques distinctes : la province occidentale comprend d’abord les îles atlantiques (Açores, Canaries, îles du cap Vert) ; les îles de Los, près de Konakry, contiennent des roches analogues. Chautard[182]a récemment montré qu’il fallait définitivement rattacher à la même province les roches de Dakar dont le trachyte du cap des Biches est le type le plus remarquable ; toutes ces roches de la presqu’île du Cap Vert sont nettement volcaniques ; au point de vue chronologique elles appartiennent à deux séries : entre Rufisque et Dakar les roches éruptives sont contemporaines du Crétacé supérieur ; plus tard, entre l’Éocène moyen et le Pleistocène, les épanchements se sont produits un peu plus au nord et s’ordonnent autour de l’appareil volcanique des Mamelles.Dans l’intérieur, à Senoudébou (cercle de Bakel), un trachyte à noséane, recueilli dans un mur, a été étudié par Arsandaux ; le gisement d’origine de la pierre est à rechercher, mais il est douteux que l’on ait été chercher bien loin des matériaux de construction. Quiroga a trouvé dans le Rio de Oro, à Hassi Aussert, à moitié chemin entre le littoral et la sebkha d’Idjil, une syénite néphélinique. Dans le Sud marocain, les laves du Siroua, étudiées par Gentil [C. R. Ac. Sc., janvier 1908] sont des trachytes et des phonolites.Cette province occidentale s’étend probablement jusqu’au voisinage d’Oran.La province centrale, celle du Tchad, contient un grand nombre de gisements : le massif de l’Ahaggar avec les rhyolithes de l’Adjellela et les phonolithes à ægyrine de la Coudia lui appartient, mais semble marquer sa limite occidentale : la rhyolithe d’In Zize ne renferme aucun des minéraux qui caractérisent les roches alcalines ; immédiatement autour du tassili des Azdjer, le massif volcanique du Télout a émis une coulée de phonolithe à ægyrine, très voisin de la roche du Tekout (85 kilomètres au sud de Tripoli) recueillie autrefois par Overweg. L’abondance des roches alcalines dans l’Aïr, à Zinder et à Gouré, ainsi qu’autour du Tchad, a déjà été indiquée.Il est vraisemblable que, malgré leur éloignement, Fita et le Cameroun appartiennent à la même province.Sa limite orientale est complètement inconnue ; on ne sait rien sur les roches éruptives du Tibesti ; le désert de Lybie est ignoré, même au point de vue géographique. On sait toutefois qu’à l’extrémité orientale de l’Afrique et, au delà de la mer Rouge, en Arabie, les roches alcalines sont fréquentes ; celles d’Abyssinie, certainement post-kimmeridgiennes et probablement beaucoup plus récentes, ont été étudiées de très près par Arsandaux[183]. Lacroix a donné des détails sur quelques autres.Fig. 77. — Roches d’épanchement et roches alcalines de l’Afrique du Nord.Il est actuellement impossible de savoir si cette province orientale est distincte de celle du Tchad ou si elle se relie avec elle.Des analyses assez nombreuses de ces roches alcalines ont été publiées ; elles accusent des divergences de détail. Mais dans l’ensemble toutes ces roches semblent pouvoir être ramenées à un même magma alcalino-granitique. Suivant le mode d’éruption, qui modifieles conditions de refroidissement et qui permet le départ plus ou moins rapide des éléments minéralisateurs, ce magma a donné naissance à diverses roches : les granites de Zinder et de Gouré sont les types de profondeur ; les microgranites se sont refroidis plus vite : dans le Mounio notamment, ils semblent former une zone de contact entre les granites et les roches sédimentaires. Les rhyolithes, les phonolithes et certains trachytes sont la forme d’épanchement, la forme vraiment volcanique du même magma.On pourrait être tenté de rapprocher la pauvreté en chaux de ces roches alcalines de la rareté des calcaires dans le continent africain ; on sait que, par endomorphisme, un granite normal, traversant des assises calcaires, peut s’entourer d’une auréole de granite amphibolique. On a même émis l’hypothèse que dans les éruptions, la matière qui constitue la roche injectée dans les fentes des divers terrains ou épanchée à leur surface, provenait de la fusion sur place de roches assez superficielles, fusion déterminée par les phénomènes thermiques qui résultent de l’écrasement de l’écorce terrestre : il n’y aurait pas à proprement parler de magma éruptif profond, et la composition chimique des roches ignées résulterait immédiatement de la composition chimique des terrains au milieu desquels se manifestent les phénomènes éruptifs.En fait il est douteux que la rareté en chaux des roches éruptives et des roches sédimentaires de l’Afrique soit autre chose qu’une simple coïncidence : l’exemple de Madagascar [Lacroix,Nouv. Arch. du Muséum, 1902, 1903], où les roches alcalines abondent au milieu de districts calcaires, doit rendre singulièrement prudent. Tout ce qui se rattache à la pyrosphère et à l’origine vraie des magmas éruptifs reste encore un des chapitres les plus obscurs de la géologie.II. —LATÉRITESAu sens strict du mot, la latérite est caractérisée par la présence de l’alumine qu’accompagnent toujours les hydrates de fer ; elle est à peine différente de la bauxite, le principal minerai d’aluminium.Malheureusement, l’usage a prévalu d’appliquer ce mot à tous les sols superficiels des régions tropicales, pour peu qu’ils présentent une teinte rougeâtre, c’est-à-dire qu’ils contiennent un peu de fer. On est arrivé ainsi à englober sous un même nom les produits les plus différents.Les véritables latérites, provenant de l’altération des roches éruptives, diffèrent des produits similaires de nos climats par deux caractèresprincipaux : en Europe, l’alumine reste d’ordinaire combinée à la silice sous forme d’argile ; l’hydrate de fer est le plus souvent de la limonite, de couleur jaunâtre. Dans les pays chauds, l’alumine se sépare de la silice, et les hydrates de fer sont souvent de la turgite, de couleur rouge. Les éléments alcalins (potasse, soude) et alcalino-terreux (chaux) disparaissent à la faveur de la solubilité de leurs sels, aussi bien dans les climats tempérés qu’entre les tropiques ; la teneur en oxygène et en eau augmente dans les deux cas. Le départ de la silice, qui manque parfois complètement, est le trait le plus original de cette transformation des roches éruptives en latérite.L’analyse d’une diabase de Guinée (a) et de la latérite qui en provient (b), que j’emprunte à Chautard et Lemoine[184], permettra de préciser le sens de la transformation.ab——TiO22,969,05SiO248,515,52Al2O314,1834,1Fe2O32,427,13FeO10,351,26CaO80MgO6,050,65K2ONa2′O5,180,51Perte au feu3,1222,5De plus, tandis que, dans les climats tempérés, la décomposition des roches se fait très progressivement sans déterminer dès l’abord une décomposition totale, dans les pays tropicaux humides, au contraire, la latérisation s’effectue tout d’une pièce, parfois sur une grande épaisseur, et la roche intacte succède assez brusquement à la roche entièrement décomposée.Chautard[185]a observé en Guinée, dans le massif de Kakoulima, au kilomètre 52 de la voie ferrée de Konakry au Niger, un gabbro à gros éléments (labrador-diallage) qui présentait à partir de la roche non altérée : 1oune zone où les éléments feldspathiques ne sont attaqués qu’à leur périphérie, les éléments ferromagnésiens sont transformés en actinote, tous les cristaux conservant en général leurs formes granitiques ; 2oune zone où les feldspaths sont complètement altérés et où les cristaux de diallage, au même stade que dans la zone précédente, commencent à s’écraser mutuellement ; 3oune zone où tous les cristaux ont disparu : les feldspaths ne sont plusindiqués que par des taches blanches, et les pyroxènes par des taches brunes d’oxyde de fer ; enfin 4oune zone où il ne reste plus qu’une roche homogène de coloration rouge brique.Hubert [Thèse, p. 91-97] signale des phénomènes analogues au Dahomey, et Courtet mentionne dans le bassin du Chari des latérites qui entourent d’une auréole diverses roches éruptives [Niellim, etc., in Chevalier,L’Afrique Centrale, p. 631].Souvent ce produit d’altération, au lieu de rester au contact de la roche qui lui a donné naissance, est repris par les agents d’érosion et ces latérites remaniées forment parfois dans les vallées des dépôts considérables.On a beaucoup écrit sur l’origine de cette latérite. Walther et Passarge y voudraient voir un effet des orages de la zone tropicale. La pluie des tornades serait riche en acide azotique, par suite particulièrement oxydante ; son action serait d’autant plus décisive que dans la zone tropicale, les débris organiques, toujours réducteurs, font défaut dans le sol superficiel où les termites les détruisent. Cette manière de voir, que ne semble appuyer aucune expérience précise, rend mal compte de la localisation, parfois très marquée, de la décomposition des roches : des mamelons éruptifs voisins, soumis par suite aux mêmes conditions météorologiques, présentent souvent des différences notables dans leurs transformations.Holland fait jouer à des facteurs biologiques un rôle très actif dans la genèse des latérites : ce serait un phénomène d’origine microbienne. On connaît déjà, d’une manière positive, le rôle des bactéries dans la nitrification : on sait établir des milieux de culture pour la préparation des azotates et l’on a songé à employer industriellement ce procédé. La production du minerai de fer des marais, la réduction des sulfates et leur transformation en soufre et en hydrogène sulfuré sont dues aussi à des algues microscopiques et ces analogies rendent acceptable la manière de voir de Holland. Malheureusement elle n’est confirmée par aucune recherche expérimentale ; le microbe de la latérite est inconnu et le meilleur argument que l’on puisse faire valoir en sa faveur, est l’irrégularité de ce mode de transformation, irrégularité qui est marquée surtout lorsque l’on s’éloigne de l’équateur ou des plaines pour arriver à des régions où les variations de température sont plus considérables, où surtout les minima sont plus bas, que ce changement soit dû à la latitude ou à l’altitude. Pareille allure est bien conforme à ce que l’on sait de la distribution géographique des animaux et des végétaux, à la limite de leur aire.Cette transformation des roches éruptives en véritable latérite ne se produit pas au Sahara non plus que dans le nord du Soudan : ce n’est qu’au sud du 11° de latitude qu’elle semble devenir générale.Grès ferrugineux.— On désigne aussi, au Soudan, par le nom de latérite, de simples grès à ciments ferrugineux ; ils sont assez communs au nord du 11° : sur son itinéraire, E.-F. Gautier a noté les premiers au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as, mais ils ne deviennent abondants que dans le bas Telemsi ; le lieutenant Ayasse en a rencontré entre Bilma et le Tchad[186]; j’en ai vu à plusieurs reprises entre l’Aïr et Zinder ; plus au sud ils sont fréquents ; Foureau[187]les mentionne à plusieurs reprises le long du Gribingui, dont les berges, hautes de 2 à 5 mètres, sont formées de bancs d’argile rouge alternant avec des assises horizontales de grès ou de conglomérats ferrugineux, dont les éléments sont le plus habituellement quartzeux.Dans le haut Logone, Lancrenon a trouvé des latérites dans le fond des vallées, où elles sont recouvertes de plusieurs mètres d’alluvions[188]; Courtet signale le même fait dans le Chari.Cette formation de grès et de conglomérats paraît surtout en rapport avec des phénomènes d’évaporation ; le sable des dunes mortes ou les graviers des alluvions transformées en reg ont été cimentés par les sels solubles dissous par les eaux météoriques. Ce phénomène peut se produire partout ; il est peut-être permis de le rapprocher de la formation de l’alios dans les sables des Landes. Cet alios est un grès quartzeux, souvent ferrugineux, qui résulte de l’entraînement par dissolution des matières solubles de la surface et de leur concentration, qui s’opère pendant les chaleurs de l’été, par suite de l’évaporation à un niveau à peu près constant de la nappe d’infiltration. Les sables de la forêt de Fontainebleau présentent souvent des accidents analogues.Il n’est pas certain cependant que cette comparaison des grès du Soudan et de l’alios des Landes soit correcte. Aucune analyse du ciment des grès africains n’a été faite ; le sesquioxyde de fer se présente sous cinq formes différentes, plus ou moins hydratées, qui peuvent introduire, entre les grès ferrugineux, des dissemblances notables ; de plus, l’alios se produit toujours à quelques décimètres de profondeur, tandis que, au Soudan, le grès ferrugineux est habituellement superficiel.En tous cas, c’est bien au Sahara et dans la zone la plus sèche duSoudan que des phénomènes analogues ont été le plus souvent signalés ; dans les oasis situées en bordure d’une sebkha, un orage est un désastre : l’eau de pluie est vite ramenée à la surface par évaporation ; elle revient accompagnée de sel et de gypse qu’elle dépose à la surface du sol, obligeant ainsi à abandonner, pour plusieurs années, un certain nombre de jardins. Dans la région du Manga, à Gourselick par exemple, le natron se renouvelle au fond de la cuvette par le même mécanisme. Enfin, le fameux vernis du désert ne semble pas avoir une origine différente : au Sahara, la plupart des roches sont recouvertes d’une pellicule mince de produits concrétionnés, luisants, qui tranchent souvent par leur couleur sur la roche qu’ils recouvrent [J. Walther] : les grès blancs des tassili, avec leur patine couleur de poix, en sont un exemple classique.

[171]Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr., mai 1907, p. 122.[172]Lahache (Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de Marseille, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.[173]C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes de coteau.Bull. Soc. Géol. Fr.[3], XVIII, 1890, p. 245.[174]Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr., XVIII., oct. 1907.[175]L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement général de la terre, paraît bien discutable.

[171]Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr., mai 1907, p. 122.

[171]Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr., mai 1907, p. 122.

[172]Lahache (Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de Marseille, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.

[172]Lahache (Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de Marseille, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.

[173]C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes de coteau.Bull. Soc. Géol. Fr.[3], XVIII, 1890, p. 245.

[173]C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes de coteau.Bull. Soc. Géol. Fr.[3], XVIII, 1890, p. 245.

[174]Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr., XVIII., oct. 1907.

[174]Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr., XVIII., oct. 1907.

[175]L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement général de la terre, paraît bien discutable.

[175]L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement général de la terre, paraît bien discutable.

QUELQUES QUESTIONS TECHNIQUES

I.Roches.— Roches anciennes. — Roches éruptives récentes (In Zize ; — Ahaggar. — Air ; — Mounio ; — Zinder ; — Melfi ; — Fita). — Provinces pétrographiques à roches alcalines.

II.Latérites.— Latérites. — Grès ferrugineux. — Produits de décalcification.

III.Salines.— Taoudenni. — Bilma. — Les Teguiddas. — Terre d’Ara. — Manga. — Folé.

IV.Les agents désertiques.— Érosion éolienne. — Insolation.

Roches anciennes.— Les roches éruptives, abondent dans tous les terrains cristallins ; elles appartiennent principalement aux deux séries des roches granitiques et des gabbros.

Un granite porphyroïde dont les grands cristaux sont souvent des microclines a été signalé un peu partout, au Sahara, comme au Dahomey ; des pegmatites à pâte rose ou rouge sont abondantes, dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, comme dans l’Ahaggar ou l’Aïr.

Des roches de couleur plus foncée, diabases et gabbros, sont également très répandues. De même que les granites, elles sont accompagnées de types porphyriques.

Toutes celles de ces roches qui jusqu’à présent ont été étudiées, sont très semblables à celles que l’on rencontre en Europe dans lesformations de même âge (Archéen et Silurien surtout au Sahara), et sont de type banal.

Il y a lieu de noter toutefois que, jusqu’à présent, les filons ou les gîtes métallifères qui, ailleurs, accompagnent fréquemment les roches éruptives paraissent manquer dans une bonne partie de nos possessions africaines. Les minerais de cuivre et de plomb sont faciles à reconnaître et l’on s’explique mal que, si ces métaux existaient au Sahara, les indigènes n’aient su ni les découvrir ni les utiliser. La chose serait d’autant plus invraisemblable que dans la chaîne d’Ougarta [cf. t. I,p. 182] aussi bien que plus au sud, au Congo et dans l’Ouadaï par exemple, le cuivre a été ou est encore exploité par les indigènes. Presque partout d’ailleurs, le fer, dont les minerais attirent moins l’attention et dont la métallurgie est plus difficile, est connu des nègres, et dans tout le Sahara, il existe au milieu des nomades quelques familles de forgerons ; tout le cuivre qu’ils emploient, dans l’Aïr, comme dans l’Ahaggar, provient d’Europe.

Il est donc vraisemblable que cette rareté des filons est réelle et qu’elle ne tient pas aux lacunes de nos connaissances sur le pays.

Parmi les roches anciennes, deux encore méritent une courte mention. On a souvent insisté sur la grande rareté des calcaires en Afrique : le plus souvent, pour préparer de la chaux, on a recours à des coquilles de mollusques, lesÆtheriaqui, dans tous les cours d’eau de l’Afrique intertropicale, forment des bancs importants. Dans certaines parties du Sahara tout au moins, les calcaires cipolins sont fréquents dans le Silurien ; il y en a de belles lentilles au pied de l’Adr’ar’ Ahnet, dans l’Ahaggar, près de Tamanr’asset et surtout dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, notamment au Nord d’In Ouzel et dans l’Adrar Tidjem ; j’en ai vu quelques galets dans l’Aïr. Foureau a noté plusieurs fois des cipolins [Doc. Scientifiques, p. 740 et sv.] et l’itinéraire de Barth porte, en quelques points, la mention de marbre.

La serpentine est, elle aussi, assez répandue et donne lieu à de petites exploitations : les beaux morceaux servent à faire les bracelets de bras (abedj) que portent les Touaregs et un grand nombre de noirs. La carrière que Voinot a vue, est au nord-ouest du reg d’Amadr’or, dans les gours de Tin’Aloulagh ; elle consiste en de petites excavations de 1 mètre carré tout au plus et profondes d’une trentaine de centimètres. La roche est extraite avec une simple pioche ou tout simplement avec le fer de la lance. D’autres exploitations existent dans l’oued Aceksen (affluent de la rive gauche de l’Igharghar), dans l’oued Tin Belenbila, entre le Mouidir et l’Ahaggar, et dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Le capitaine Posth en a trouvé dans l’Aïr à Gofat, prèsd’Agadez et les carrières de Hombori sont célèbres dans la boucle du Niger.

L’âge des roches éruptives anciennes est difficile à fixer d’une manière précise. Dans tout le Sahara central, elles semblent antérieures au Dévonien ; les grès que constituent les tassilis du nord, comme ceux du sud, ne sont coupés par aucun filon ; il n’y existe même pas de filonnets de quartz. Les régions où le Silurien paraît le plus jeune, l’Adr’ar’ Ahnet, le Bled El Mass, sont au contraire lardées de filons éruptifs. N’oublions pas toutefois que, sur les couches à graptolithes, les seules qui soient nettement datées, tout renseignement stratigraphique fait défaut.

Vers l’ouest, dans la région de Taoudenni, le Carbonifère est horizontal ; Mussel n’y signale pas de roches éruptives. Dereims n’en a pas vu non plus dans le plateau dévonien de l’Adr’ar’ Tmarr.

Vers le nord, dans le Touat, à Tazoult, une roche ophitique traverse le Carbonifère ; le Dévonien de la chaîne d’Ougarta est riche en filons de quartz et a été parfois minéralisé. Mais nous sommes ici dans la zone hercynienne et l’âge plus jeune des roches éruptives est d’accord avec l’âge plus jeune des plissements.

Au sud du Sahara la question devient bien douteuse : E.-F. Gautier a vu, dans les grès qui surmontent le Silurien à Tosaye, de nombreux filons de quartz ; j’en ai noté aussi dans les schistes interstratifiés de grès qui forment les rapides de Labezzanga. Ces grès et ces schistes, plongeant parfois de 45°, reposent en discordance sur le Silurien. Mais l’âge des roches de Tosaye, comme de celles de Labezzanga, n’est prouvé par rien et ce n’est que très provisoirement qu’on peut les rattacher au Dévonien. Plus au sud encore, ni dans les grès de Gourma, ni dans ceux de Hombori, d’âge indéterminé, peut-être dévonien, on n’a signalé de roches éruptives.

Roches éruptives récentes.— Les roches éruptives récentes présentent un intérêt plus considérable ; leur existence au Sahara est connue depuis longtemps ; Barth avait signalé des volcans et des laves dans l’Aïr, surtout dans sa partie méridionale ; von Bary et Foureau ont confirmé ces indications.

Duveyrier avait ramassé quelques échantillons de basaltes, et les renseignements qu’il avait recueillis lui faisaient croire à l’existence de volcans dans l’Ahaggar. La mission Flatters, celles de Foureau, le raid de Guilho-Lohan ont apporté de nombreuses confirmations à l’hypothèse de Duveyrier.

Il est possible de présenter, dès maintenant, un tableau des principauxcentres éruptifs du Sahara et de donner quelques détails sur quelques laves intéressantes.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.XXXV.Cliché Laperrine67. — IN ZIZE.Le ravin qui conduit au point d’eau.Cliché Laperrine68. — IN ZIZE.L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.

Cliché Laperrine67. — IN ZIZE.Le ravin qui conduit au point d’eau.

Cliché Laperrine67. — IN ZIZE.Le ravin qui conduit au point d’eau.

Cliché Laperrine

67. — IN ZIZE.

Le ravin qui conduit au point d’eau.

Cliché Laperrine68. — IN ZIZE.L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.

Cliché Laperrine68. — IN ZIZE.L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.

Cliché Laperrine

68. — IN ZIZE.

L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.

In Zize.— Un premier volcan, assez isolé, se trouve entre l’Ahnet et Timissao, au milieu du tanezrouft. Ce massif d’In Zize (In Zizaou-In Hihaou) est assez considérable ; il n’en reste qu’un cratère ébréché en fer à cheval dont Tihimati est la branche orientale, In Zize la branche occidentale ; au fond du fer à cheval on aperçoit un erg.

Malgré tout ce qui a été enlevé par érosion, ce qui reste du volcan a encore 35 kilomètres de diamètre ; peut-être davantage s’il y faut joindre l’Adr’ar’ Nahlet.

Ce pâté montagneux a été autrefois un centre habité, comme en témoignent de nombreux tombeaux ; parfois encore les oueds qui en descendent se couvrent de verdure et les tentes de l’Ahnet ont pu y passer l’hiver 1905-1906. Mais en général il est impossible d’y séjourner avec un troupeau, et ce n’est pas ce pâturage accidentel qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.

L’altitude d’In Zize est assez considérable (800 m.) et il domine la pénéplaine voisine d’environ 300 mètres. Ce relief suffit pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau très constant, en même temps qu’il permet de reconnaître de loin la route : il est impossible, même à un mauvais guide, de manquer l’aguelman d’In Zize, qui se trouve sur la route la plus suivie de l’Ahnet, c’est-à-dire du Touat et du Tidikelt, à l’Adr’ar’ des Ifor’as.

Le caractère volcanique d’In Zize n’est pas douteux ; au nord du fer à cheval, la piste coupe une série de dykes verticaux convergents ; nous avons dû, malheureusement, passer très vite en ce point ; nos provisions d’eau, un peu courtes, ne nous permettaient aucun arrêt.

Quand on s’approche d’In Zize et qu’on double la pointe nord de ce massif, on a, de loin, l’impression d’une série de roches stratifiées plongeant vers l’ouest ; cette apparence est due aux coulées de rhyolithe, de couleur brun chocolat, dont la superposition forme la masse principale du volcan. Ces laves sont encore souvent recouvertes d’une gaine de scories qui prouvent qu’elles ont coulé ; elles affectent souvent la forme de colonnes prismatiques. Au microscope la roche est une rhyolite typique à grands cristaux de quartz et d’orthose ; la pâte contient du quartz globulaire avec amandes à larges sphérolites de feldspaths, passant parfois à la micropegmatite. M. Lacroix, avec sa complaisance habituelle, a bien voulu examiner les préparations de la roche d’In Zize, comme d’ailleurs toutes celles que j’ai fait faire de mes roches sahariennes ; on ne peut songer à une erreur de diagnostic.

Le caractère de la roche confirme donc pleinement l’impression que donne l’aspect d’In Zize, dont Villate avait déjà affirmé le caractère volcanique. Je n’insisterais pas sur ce point s’il n’avait été contesté par Flamand ; bien que le savant pétrographe d’Alger n’ait pas vu In Zize, un désaccord aussi formel est de nature à alarmer. Flamand a été très frappé de l’absence de cendres et de cinérites, dans les nombreux échantillons rapportés d’In Zize. Une pareille lacune serait grave partout ailleurs qu’au Sahara ; elle est ici facilement explicable. On n’a jamais vu de près que l’aguelman et ses abords immédiats : cet aguelman est dans le lit d’un torrent à pente rapide : il n’y a sur le sol que de gros galets de roches dures ; on ne peut espérer trouver de blocs de cinérites dans un semblable milieu où ils seraient de suite pulvérisés (Pl. XXXVII, phot.71,72). Sur les flancs du ravin, on voit souvent deux coulées superposées, parfois séparées par des fentes de quelques mètres de long, et béantes de quelques centimètres dans leur partie la plus large : souvent, à l’Etna ou au Vésuve par exemple, il existe, entre deux coulées, des amas de cendres dont la forme rappelle singulièrement celle des fentes d’In Zize. La place de ces cavités et leur forme montrent qu’elles n’ont pas pu être creusées par l’eau ; elles ne paraissent guère explicables que comme dernière trace de couches de cendres dispersées depuis longtemps par le vent du désert ; ceci est d’accord avec les caractères généraux du tanezrouft, que le décapage éolien a privé depuis longtemps de ses éléments les plus mobiles. Les cendres, qui se trouvaient entre les coulées, ont eu le même sort que les argiles dans les alluvions ; le volcan d’In Zize a subi la même évolution qui, tout à côté, donnait naissance aux regs.

L’âge du volcan d’In Zize est difficile à fixer ; les seuls indices que l’on puisse invoquer sont tirés de l’état de l’érosion. In Zize repose sur un socle archéen que l’on voit nettement au nord de Tihimati et, au sud-ouest du volcan, à Foum Ilallen. En ce dernier point, à 500 mètres du volcan, quelques mamelons granitiques, hauts d’une quinzaine de mètres, portent à leurs sommets des coulées de rhyolite ; le ravin qui conduit à l’aguelman a creusé son lit dans les laves ; on voit par place, sur 40 ou 50 mètres de haut, les coulées superposées tranchées par l’érosion.

On ne peut évidemment pas conclure, en l’absence de données paléontologiques, mais il semble probable que le volcan d’In Zize date de la fin du Pliocène ou du début du Quaternaire : il est trop bien conservé dans son ensemble pour être très vieux et, dans le détail, il est trop érodé pour ne pas avoir subi l’action du ruissellementà l’époque où il pleuvait au Sahara et où les grands oueds, morts aujourd’hui, creusaient leurs lits.

On a la preuve que, plus au nord, la faille du Touat a rejoué récemment ; toutes les rivières de l’Ahnet présentent des phénomènes de capture et des traces de remaniements profonds que confirme l’état jeune du relief. Il est difficile de ne pas établir un rapprochement entre ces accidents tectoniques et le volcan d’In Zize, qui se rattachent en somme à la même cause.

Ahaggar.— Dans l’Ahaggar les volcans sont nombreux et la période d’activité a duré longtemps.

Entre Silet et Abalessa, la route coupe le cratère encore assez bien conservé de l’Adrar Ouan R’elachem ; on met une heure et demie à le traverser ; les débris du cône forment une série de monticules, disposés en cercle, et dont les plus hauts atteignent 200 mètres ; au centre de ce cercle, la place de la cheminée est encore indiquée par du basalte en boules grosses comme la tête. L’activité de ce volcan n’a cessé qu’à une époque récente ; une coulée en descend le long de l’oued Ir’ir’i et s’arrête à environ 300 mètres au nord des ruines de la kasbah de Silet ; elle a été à peine entamée par l’érosion. La lave est un basalte à péridot.

Dans l’Edjéré, Roche[177]avait signalé des coulées de basalte aussi jeunes. Les recherches récentes de Voinot ont confirmé ces indications ; et Flamand a reconnu, parmi les échantillons rapportés, un basalte à péridot et une limburgite.

A Tit’, la vallée de l’oued est limitée au nord par un étroit plateau (400 à 500 m. de large) couvert d’une coulée de basalte que l’on peut suivre pendant une quinzaine de kilomètres, dominant la rivière de 20 mètres. Sa pente m’a paru être vers l’est. Sur les flancs du plateau on voit, par places, les débris d’une autre coulée certainement plus jeune.

L’oued Tit’ traverse ce plateau à 7 ou 8 kilomètres en amont du village ; plusieurs de ses affluents le coupent également.

Au voisinage du confluent des oueds Outoul et Adjennar, les coulées sont nombreuses, mais insignifiantes ; elles sont à peine à quelques mètres au-dessus des vallées ; elles paraissent converger vers un petit mamelon qui pourrait bien être un cratère.

Autour de Tamanr’asset, les phénomènes volcaniques ont laissé des traces nombreuses et importantes. L’Adr’ar’ Haggar’en (la Montagne Rouge), dont le point culminant, le Tin Hamor, a une altitudevoisine de1800 mètres, est bien vraisemblablement le reste d’un volcan fortement démantelé dont il ne subsiste plus que les parties profondes, consolidées par de nombreux dykes verticaux (fig. 71). Une roche porphyrique rose forme la masse principale de la montagne. Tout autour, de puissantes coulées de laves couronnent les hauteurs, mais il n’en reste que des lambeaux formant le plus souvent des gours isolés (Har’en (le pilon), Tindi (le mortier), Télaouas) ; le lambeau le plus étendu forme le plateau d’Hadrian, qu’entaille la brèche d’Elias, œuvre de quelque Roland berbère (fig. 19,p. 43). Ce volcan est ancien : les coulées d’Hadrian superposées sur une grande épaisseur, atteignent souvent 30 mètres de puissance et dépassent parfois 70 mètres, au nord de la brèche d’Elias par exemple ; leurs parties les plus basses sont à environ 120 mètres au-dessus des vallées. Ces coulées reposent souvent sur des cinérites qui permettront sans doute de fixer leur âge. — A 20 kilomètres au sud de l’Hadrian, l’Adjellella (fig. 72) est un plateau de même type qui montre la grande étendue de la nappe de laves : en tous cas, la roche est la même, une rhyolithe ægyrinique de couleur grisâtre.

Fig. 71. — Le Tin Hamor et le Telaouas (Ahaggar). — De Tamanr’asset (cf.fig. 19).

Fig. 71. — Le Tin Hamor et le Telaouas (Ahaggar). — De Tamanr’asset (cf.fig. 19).

Fig. 71. — Le Tin Hamor et le Telaouas (Ahaggar). — De Tamanr’asset (cf.fig. 19).

A dix kilomètres au nord-ouest de Tamanr’asset, une coulée basaltique moins puissante, 5 à 6 mètres seulement, forme le plateau de Tideri, élevé de 150 mètres au-dessus de la vallée.

Fig. 72. — Coulée de rhyolithe ægyrinique, formant le plateau de l’Adjellela. Ahaggar.Probablement la même coulée qu’au plateau d’Hadrian (fig. 19) et au Telaouas, à 25 kilomètres au nord.

Fig. 72. — Coulée de rhyolithe ægyrinique, formant le plateau de l’Adjellela. Ahaggar.Probablement la même coulée qu’au plateau d’Hadrian (fig. 19) et au Telaouas, à 25 kilomètres au nord.

Fig. 72. — Coulée de rhyolithe ægyrinique, formant le plateau de l’Adjellela. Ahaggar.

Probablement la même coulée qu’au plateau d’Hadrian (fig. 19) et au Telaouas, à 25 kilomètres au nord.

A quelques kilomètres au sud de Tamanr’asset, sur le piste qui conduit à l’Adjellela, quelques petits oueds, affluents de l’Ezerzi, ont une vallée assez encaissée ; on voit cependant par places des débris d’alluvions quaternaires qui, à partir du lit du ruisseau, donnent la coupe suivante (de bas en haut) :

1oGraviers et cailloux, 1 m. 60.

2oTufs volcaniques, 1 mètre.

3oÉboulis des pentes.

La période d’activité volcanique a persisté longtemps autour de l’Haggar’en ; elle n’a cessé qu’assez récemment et il n’est peut-être pas déraisonnable de placer son début au Miocène.

Tous les itinéraires autour de l’Ahaggar mentionnent de nombreuses coulées de laves ; sur la Coudia, Guilho-Lohan et Motylinski en signalent à plusieurs reprises. Enfin beaucoup plus à l’est, Foureau a recueilli des téphrites et des limburgites provenant vraisemblablement du Télout[178](cf.Esquisse géologique).

Fig. 73. — Montagne d’Aoudéras. Aïr.Cinérites et coulées basaltiques. — Aoudéras est à la cote 800 mètres, le sommet de la montagne à la cote1400.

Fig. 73. — Montagne d’Aoudéras. Aïr.Cinérites et coulées basaltiques. — Aoudéras est à la cote 800 mètres, le sommet de la montagne à la cote1400.

Fig. 73. — Montagne d’Aoudéras. Aïr.

Cinérites et coulées basaltiques. — Aoudéras est à la cote 800 mètres, le sommet de la montagne à la cote1400.

Aïr.— On a déjà insisté sur le caractère volcanique des principaux massifs de l’Aïr, dont beaucoup sont des dômes[179]. Comme dans l’Ahaggar, la période active a persisté longtemps : quelques coulées ont été à peine entamées par l’érosion ; dans l’oued Tidek, au voisinage de l’Ohrsane, les laves sont au niveau des vallées ; dans la plaine de Tar’it, au nord d’Aoudéras, les coulées de basalte très étendues et provenant sans doute du Doghen, sont récentes : le petit r’edir d’Akara, creusé dans des granulites roses, est bordé à l’ouest pardes basaltes épais de 4 mètres dont la base est au niveau de l’eau. Cette impression de jeunesse est confirmée par l’existence à Tafadek (60 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras) d’une source chaude dont la température atteint, d’après le capitaine Posth, 48°.

D’autres coulés sont certainement beaucoup plus anciennes ; à une douzaine de kilomètres au nord-ouest d’Iférouane, l’oued Kadamellet traverse, par un défilé étroit, un plateau de gneiss et de micaschistes, dont la table est formée d’un basalte doléritique, à structure ophitique. La coulée, épaisse d’une dizaine de mètres, a sa base à 50 mètres au-dessus de l’oued.

Il est difficile de préciser le début de ces éruptions ; nous avons cependant pour l’Aïr quelques éléments d’informations qui jusqu’à présent font défaut dans l’Ahaggar. Le lieutenant Jean a remis au laboratoire de géologie de la Sorbonne quelques échantillons de calcaires provenant de Tafadek et d’un point situé un peu au nord, Tamalarkat. L’âge de ces calcaires n’est pas douteux ; outre quelques moules de mollusques, ils contiennent de nombreux échantillons d’Operculina canaliferad’Archiac, de l’Éocène moyen. Les renseignements stratigraphiques font défaut ; Jean [l. c., p. 141] signale seulement à Tafadek des calcaires, des ardoises et des pierres ponces ; mais l’examen de plusieurs plaques minces taillées dans les échantillons fossilifères n’y montre qu’un calcaire très franc, sans aucun élément attribuable aux volcans voisins. Les grès, les calcaires et les meulières lacustres d’Assaouas et de Teguidda n’Adr’ar’, situés à plus de 100 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras, renferment de nombreux minéraux éruptifs, surtout des feldspaths. Les échantillons ne contiennent malheureusement que des traces de fossiles indéterminables, qui ne permettent pas de fixer leur âge (p. 76).

Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.L’Ohrsane est une muraille de syénite.

Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.L’Ohrsane est une muraille de syénite.

Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.

L’Ohrsane est une muraille de syénite.

Tout incomplètes qu’elles soient, ces données prouvent cependant que les volcans d’Aïr sont postérieurs à l’Éocène, comme leur examen direct permettait d’ailleurs de le prévoir.

D’autres roches d’épanchement ont été signalées dans des régions voisines : Nachtigal mentionne expressément des volcans dans le Tibesti et les détails qu’il donne (sources thermales, etc.), montrent que certains de ces volcans au moins sont récents. Sur la route de N’Guigmi à Bilma, Ayasse a recueilli, près de Béduaram et près d’Agadem, des basaltes[180]dont quelques-uns au moins sont assez anciens pour que leurs vacuoles aient pu se tapisser de minéraux secondaires (calcédoine).

Au sud du Tchad, les cinq pitons rocheux de Hadjar El Hamis (déformation par les noirs d’El Khémès) sont formés d’une rhyolithe alcaline verdâtre étudiée par Lacoin et Gentil et dont Courtet a pu rapporter de nouveaux échantillons. On trouvera dans Chevalier [L’Afrique Centrale française, p. 409] un croquis du piton principal, haut de 80 mètres environ.

Des rhyolithes à ægyrine, sont connues sur le Mayo Kæbbi, au pied des chutes Gauthiot, non loin du Toubouri[181].

J’ai donné peu de détails pétrographiques sur les roches volcaniques ; ils sont en général de petit intérêt géographique, et la plupart des laves donnent naissance à des formes topographiques analogues. Toutes, pendant leur refroidissement, se sont plus ou moins fendues ; ces fissures de retrait les ont débitées en blocs arrondis ou en dalles ; plus rarement, elles y ont découpé des colonnades prismatiques. Grâce à ces fentes, les coulées ont acquis une perméabilité marquée qui en a fait souvent des réservoirs d’eau importants ; ce fait, observable partout, prend une importance spéciale au Sahara.

Certaines roches, cependant, par leurs caractères particuliers méritent une courte mention. Leur composition chimique se singularise par une grande pauvreté en chaux et en magnésie et une certaine abondance en métaux alcalins (potasse et soude). Quelques minéraux spéciaux comme la népheline, l’ægyrine, la riébeckite se développent à la faveur de cette composition chimique et donnent aux roches qui les contiennent un cachet assez inaccoutumé. Ces roches, assez rares en Europe, sont au contraire abondantes au Sahara ; nous aurons à préciser leur répartition géographique, mais auparavant il importe de dire quelques mots de roches de profondeur, parfois franchement granitiques, probablement d’âge récent et qui, par leur composition se rattachent à la même famille que les roches d’épanchement alcalines, dont il vient d’être question.

Mounio.— Un premier groupe éruptif constitue le Mounio, massifqui mesure du nord au sud une cinquantaine de kilomètres sur 25 de large ; on doit probablement lui rattacher les hauteurs qui avoisinent les villages de Mia et de Yamia. Les caractères géographiques et topographiques du Mounio ont déjà été indiqués. Les roches sont des granites, des microgranites et des rhyolites avec ægyrine et une amphibole sodique voisine de la riébeckite, roches dont la couleur varie du gris bleu au lie de vin.

A 200 mètres au nord du poste de Gouré, on peut observer le contact avec les roches sédimentaires (fig. 76).

Ces roches sont des argiles et des grès tendres en couches horizontales qui, à cause de leurs caractères lithologiques et de la continuité géographique, doivent être rattachés aux formations du Crétacé inférieur du Tegama. Sur une vingtaine de mètres à l’est du granite, ces grès et ces argiles ont été dérangés de leur horizontalité primitive ; ils ont été profondément métamorphisés et transformés en quartzites et en micaschistes ; quelques filons de quartz les traversent.

Fig. 75. — Mounio. Du poste de Gouré. Les premiers mamelons sont les microgranitesmde lafigure 76.Au fond à droite, les premiers plateaux du Koutous. — Le camp des tirailleurs est entre les balanites et les mamelons granitiques.

Fig. 75. — Mounio. Du poste de Gouré. Les premiers mamelons sont les microgranitesmde lafigure 76.Au fond à droite, les premiers plateaux du Koutous. — Le camp des tirailleurs est entre les balanites et les mamelons granitiques.

Fig. 75. — Mounio. Du poste de Gouré. Les premiers mamelons sont les microgranitesmde lafigure 76.Au fond à droite, les premiers plateaux du Koutous. — Le camp des tirailleurs est entre les balanites et les mamelons granitiques.

Freydenberg a observé des faits analogues à la frontière ouest du Mounio, près de Gabana.

Les granites alcalins de Gouré sont donc postérieurs à l’Infra-crétacé ; on ne trouve dans les poudingues, qui, à Kellé, forment la base des grès du Koutous, aucun élément qui puisse leur être attribué. On peut donc affirmer que les roches éruptives du Mounio ne sont pas plus anciennes que le Crétacé ; le caractère peu avancé de l’érosion dans le massif de Gouré et surtout les grandes analogies de ces roches avec celles de l’Aïr, certainement postlutétiennes, sont de fortes présomptions en faveur de l’âge tertiaire de ces granites et microgranites.

Zinder.— Le massif de quartzites verticales et probablement siluriennes de Zinder et d’Alberkaram est flanqué, à l’est comme à l’ouest, de roches analogues ; vers Dan Beda (30 km. ouest de Zinder)ces granites sont en relation avec des grès tendres : il serait probablement facile de trouver en ce point une confirmation de l’âge récent des roches de Zinder, qu’il est difficile de ne pas rattacher de très près à celles du Mounio : la série est la même et va du granite franc à la rhyolite. Les deux massifs sont très voisins : il y a à peine 60 kilomètres de Gidi-Mouni à Gabana ; il y a moins encore de Karouaram au Mounio.

Melfi.— Au sud-est du Tchad, le poste de Melfi est au centre d’un cirque de collines granitiques, hautes parfois de 200 mètres, formées de roches assez variées dont le type le plus habituel est une syénite à amphibole sodique et à riébeckite, plus pauvre en silice et plus riche en chaux que les roches de Gouré et de Zinder [Freydenberg,Thèse, p. 107 et 180].

Fig. 76. — Coupe relevée à 200 mètres au nord du poste de Gouré (Mounio).m, Microgranite alcalin (hauteur 10 mètres). — q, Filons de quartz. — 1, Argiles du Tegama disloquées et transformées en micaschistes. — 2, Grès ferrugineux superficiels. — La coupe a 50 mètres de long.

Fig. 76. — Coupe relevée à 200 mètres au nord du poste de Gouré (Mounio).m, Microgranite alcalin (hauteur 10 mètres). — q, Filons de quartz. — 1, Argiles du Tegama disloquées et transformées en micaschistes. — 2, Grès ferrugineux superficiels. — La coupe a 50 mètres de long.

Fig. 76. — Coupe relevée à 200 mètres au nord du poste de Gouré (Mounio).

m, Microgranite alcalin (hauteur 10 mètres). — q, Filons de quartz. — 1, Argiles du Tegama disloquées et transformées en micaschistes. — 2, Grès ferrugineux superficiels. — La coupe a 50 mètres de long.

Ce massif éruptif se continue vers le sud et se relie aux granites alcalins de Miellim sur la rive gauche du Chari.

Fita.— Beaucoup plus à l’ouest, au Dahomey, Hubert [Thèse, p. 242], à signalé la chaîne de Fita, qui, un peu au sud du 8° Lat. N. s’étend sur une dizaine de kilomètres du nord au sud avec une largeur de 2 kilomètres au plus ; ses plus haut sommets dominent de 150 mètres la plaine voisine ; les roches [l. c., p. 466-467] sont des granites et des microgranites alcalins dont la riébeckite est l’élémentle plus caractéristique. D’après un renseignement oral, Hubert considère ces roches comme beaucoup plus jeunes que les gneiss des régions voisines.

Provinces pétrographiques à roches alcalines.— L’abondance de ces roches alcalines en Afrique est connue depuis longtemps ; Lacroix a montré qu’elles se rattachaient à deux provinces pétrographiques distinctes : la province occidentale comprend d’abord les îles atlantiques (Açores, Canaries, îles du cap Vert) ; les îles de Los, près de Konakry, contiennent des roches analogues. Chautard[182]a récemment montré qu’il fallait définitivement rattacher à la même province les roches de Dakar dont le trachyte du cap des Biches est le type le plus remarquable ; toutes ces roches de la presqu’île du Cap Vert sont nettement volcaniques ; au point de vue chronologique elles appartiennent à deux séries : entre Rufisque et Dakar les roches éruptives sont contemporaines du Crétacé supérieur ; plus tard, entre l’Éocène moyen et le Pleistocène, les épanchements se sont produits un peu plus au nord et s’ordonnent autour de l’appareil volcanique des Mamelles.

Dans l’intérieur, à Senoudébou (cercle de Bakel), un trachyte à noséane, recueilli dans un mur, a été étudié par Arsandaux ; le gisement d’origine de la pierre est à rechercher, mais il est douteux que l’on ait été chercher bien loin des matériaux de construction. Quiroga a trouvé dans le Rio de Oro, à Hassi Aussert, à moitié chemin entre le littoral et la sebkha d’Idjil, une syénite néphélinique. Dans le Sud marocain, les laves du Siroua, étudiées par Gentil [C. R. Ac. Sc., janvier 1908] sont des trachytes et des phonolites.

Cette province occidentale s’étend probablement jusqu’au voisinage d’Oran.

La province centrale, celle du Tchad, contient un grand nombre de gisements : le massif de l’Ahaggar avec les rhyolithes de l’Adjellela et les phonolithes à ægyrine de la Coudia lui appartient, mais semble marquer sa limite occidentale : la rhyolithe d’In Zize ne renferme aucun des minéraux qui caractérisent les roches alcalines ; immédiatement autour du tassili des Azdjer, le massif volcanique du Télout a émis une coulée de phonolithe à ægyrine, très voisin de la roche du Tekout (85 kilomètres au sud de Tripoli) recueillie autrefois par Overweg. L’abondance des roches alcalines dans l’Aïr, à Zinder et à Gouré, ainsi qu’autour du Tchad, a déjà été indiquée.

Il est vraisemblable que, malgré leur éloignement, Fita et le Cameroun appartiennent à la même province.

Sa limite orientale est complètement inconnue ; on ne sait rien sur les roches éruptives du Tibesti ; le désert de Lybie est ignoré, même au point de vue géographique. On sait toutefois qu’à l’extrémité orientale de l’Afrique et, au delà de la mer Rouge, en Arabie, les roches alcalines sont fréquentes ; celles d’Abyssinie, certainement post-kimmeridgiennes et probablement beaucoup plus récentes, ont été étudiées de très près par Arsandaux[183]. Lacroix a donné des détails sur quelques autres.

Fig. 77. — Roches d’épanchement et roches alcalines de l’Afrique du Nord.

Fig. 77. — Roches d’épanchement et roches alcalines de l’Afrique du Nord.

Fig. 77. — Roches d’épanchement et roches alcalines de l’Afrique du Nord.

Il est actuellement impossible de savoir si cette province orientale est distincte de celle du Tchad ou si elle se relie avec elle.

Des analyses assez nombreuses de ces roches alcalines ont été publiées ; elles accusent des divergences de détail. Mais dans l’ensemble toutes ces roches semblent pouvoir être ramenées à un même magma alcalino-granitique. Suivant le mode d’éruption, qui modifieles conditions de refroidissement et qui permet le départ plus ou moins rapide des éléments minéralisateurs, ce magma a donné naissance à diverses roches : les granites de Zinder et de Gouré sont les types de profondeur ; les microgranites se sont refroidis plus vite : dans le Mounio notamment, ils semblent former une zone de contact entre les granites et les roches sédimentaires. Les rhyolithes, les phonolithes et certains trachytes sont la forme d’épanchement, la forme vraiment volcanique du même magma.

On pourrait être tenté de rapprocher la pauvreté en chaux de ces roches alcalines de la rareté des calcaires dans le continent africain ; on sait que, par endomorphisme, un granite normal, traversant des assises calcaires, peut s’entourer d’une auréole de granite amphibolique. On a même émis l’hypothèse que dans les éruptions, la matière qui constitue la roche injectée dans les fentes des divers terrains ou épanchée à leur surface, provenait de la fusion sur place de roches assez superficielles, fusion déterminée par les phénomènes thermiques qui résultent de l’écrasement de l’écorce terrestre : il n’y aurait pas à proprement parler de magma éruptif profond, et la composition chimique des roches ignées résulterait immédiatement de la composition chimique des terrains au milieu desquels se manifestent les phénomènes éruptifs.

En fait il est douteux que la rareté en chaux des roches éruptives et des roches sédimentaires de l’Afrique soit autre chose qu’une simple coïncidence : l’exemple de Madagascar [Lacroix,Nouv. Arch. du Muséum, 1902, 1903], où les roches alcalines abondent au milieu de districts calcaires, doit rendre singulièrement prudent. Tout ce qui se rattache à la pyrosphère et à l’origine vraie des magmas éruptifs reste encore un des chapitres les plus obscurs de la géologie.

Au sens strict du mot, la latérite est caractérisée par la présence de l’alumine qu’accompagnent toujours les hydrates de fer ; elle est à peine différente de la bauxite, le principal minerai d’aluminium.

Malheureusement, l’usage a prévalu d’appliquer ce mot à tous les sols superficiels des régions tropicales, pour peu qu’ils présentent une teinte rougeâtre, c’est-à-dire qu’ils contiennent un peu de fer. On est arrivé ainsi à englober sous un même nom les produits les plus différents.

Les véritables latérites, provenant de l’altération des roches éruptives, diffèrent des produits similaires de nos climats par deux caractèresprincipaux : en Europe, l’alumine reste d’ordinaire combinée à la silice sous forme d’argile ; l’hydrate de fer est le plus souvent de la limonite, de couleur jaunâtre. Dans les pays chauds, l’alumine se sépare de la silice, et les hydrates de fer sont souvent de la turgite, de couleur rouge. Les éléments alcalins (potasse, soude) et alcalino-terreux (chaux) disparaissent à la faveur de la solubilité de leurs sels, aussi bien dans les climats tempérés qu’entre les tropiques ; la teneur en oxygène et en eau augmente dans les deux cas. Le départ de la silice, qui manque parfois complètement, est le trait le plus original de cette transformation des roches éruptives en latérite.

L’analyse d’une diabase de Guinée (a) et de la latérite qui en provient (b), que j’emprunte à Chautard et Lemoine[184], permettra de préciser le sens de la transformation.

De plus, tandis que, dans les climats tempérés, la décomposition des roches se fait très progressivement sans déterminer dès l’abord une décomposition totale, dans les pays tropicaux humides, au contraire, la latérisation s’effectue tout d’une pièce, parfois sur une grande épaisseur, et la roche intacte succède assez brusquement à la roche entièrement décomposée.

Chautard[185]a observé en Guinée, dans le massif de Kakoulima, au kilomètre 52 de la voie ferrée de Konakry au Niger, un gabbro à gros éléments (labrador-diallage) qui présentait à partir de la roche non altérée : 1oune zone où les éléments feldspathiques ne sont attaqués qu’à leur périphérie, les éléments ferromagnésiens sont transformés en actinote, tous les cristaux conservant en général leurs formes granitiques ; 2oune zone où les feldspaths sont complètement altérés et où les cristaux de diallage, au même stade que dans la zone précédente, commencent à s’écraser mutuellement ; 3oune zone où tous les cristaux ont disparu : les feldspaths ne sont plusindiqués que par des taches blanches, et les pyroxènes par des taches brunes d’oxyde de fer ; enfin 4oune zone où il ne reste plus qu’une roche homogène de coloration rouge brique.

Hubert [Thèse, p. 91-97] signale des phénomènes analogues au Dahomey, et Courtet mentionne dans le bassin du Chari des latérites qui entourent d’une auréole diverses roches éruptives [Niellim, etc., in Chevalier,L’Afrique Centrale, p. 631].

Souvent ce produit d’altération, au lieu de rester au contact de la roche qui lui a donné naissance, est repris par les agents d’érosion et ces latérites remaniées forment parfois dans les vallées des dépôts considérables.

On a beaucoup écrit sur l’origine de cette latérite. Walther et Passarge y voudraient voir un effet des orages de la zone tropicale. La pluie des tornades serait riche en acide azotique, par suite particulièrement oxydante ; son action serait d’autant plus décisive que dans la zone tropicale, les débris organiques, toujours réducteurs, font défaut dans le sol superficiel où les termites les détruisent. Cette manière de voir, que ne semble appuyer aucune expérience précise, rend mal compte de la localisation, parfois très marquée, de la décomposition des roches : des mamelons éruptifs voisins, soumis par suite aux mêmes conditions météorologiques, présentent souvent des différences notables dans leurs transformations.

Holland fait jouer à des facteurs biologiques un rôle très actif dans la genèse des latérites : ce serait un phénomène d’origine microbienne. On connaît déjà, d’une manière positive, le rôle des bactéries dans la nitrification : on sait établir des milieux de culture pour la préparation des azotates et l’on a songé à employer industriellement ce procédé. La production du minerai de fer des marais, la réduction des sulfates et leur transformation en soufre et en hydrogène sulfuré sont dues aussi à des algues microscopiques et ces analogies rendent acceptable la manière de voir de Holland. Malheureusement elle n’est confirmée par aucune recherche expérimentale ; le microbe de la latérite est inconnu et le meilleur argument que l’on puisse faire valoir en sa faveur, est l’irrégularité de ce mode de transformation, irrégularité qui est marquée surtout lorsque l’on s’éloigne de l’équateur ou des plaines pour arriver à des régions où les variations de température sont plus considérables, où surtout les minima sont plus bas, que ce changement soit dû à la latitude ou à l’altitude. Pareille allure est bien conforme à ce que l’on sait de la distribution géographique des animaux et des végétaux, à la limite de leur aire.

Cette transformation des roches éruptives en véritable latérite ne se produit pas au Sahara non plus que dans le nord du Soudan : ce n’est qu’au sud du 11° de latitude qu’elle semble devenir générale.

Grès ferrugineux.— On désigne aussi, au Soudan, par le nom de latérite, de simples grès à ciments ferrugineux ; ils sont assez communs au nord du 11° : sur son itinéraire, E.-F. Gautier a noté les premiers au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as, mais ils ne deviennent abondants que dans le bas Telemsi ; le lieutenant Ayasse en a rencontré entre Bilma et le Tchad[186]; j’en ai vu à plusieurs reprises entre l’Aïr et Zinder ; plus au sud ils sont fréquents ; Foureau[187]les mentionne à plusieurs reprises le long du Gribingui, dont les berges, hautes de 2 à 5 mètres, sont formées de bancs d’argile rouge alternant avec des assises horizontales de grès ou de conglomérats ferrugineux, dont les éléments sont le plus habituellement quartzeux.

Dans le haut Logone, Lancrenon a trouvé des latérites dans le fond des vallées, où elles sont recouvertes de plusieurs mètres d’alluvions[188]; Courtet signale le même fait dans le Chari.

Cette formation de grès et de conglomérats paraît surtout en rapport avec des phénomènes d’évaporation ; le sable des dunes mortes ou les graviers des alluvions transformées en reg ont été cimentés par les sels solubles dissous par les eaux météoriques. Ce phénomène peut se produire partout ; il est peut-être permis de le rapprocher de la formation de l’alios dans les sables des Landes. Cet alios est un grès quartzeux, souvent ferrugineux, qui résulte de l’entraînement par dissolution des matières solubles de la surface et de leur concentration, qui s’opère pendant les chaleurs de l’été, par suite de l’évaporation à un niveau à peu près constant de la nappe d’infiltration. Les sables de la forêt de Fontainebleau présentent souvent des accidents analogues.

Il n’est pas certain cependant que cette comparaison des grès du Soudan et de l’alios des Landes soit correcte. Aucune analyse du ciment des grès africains n’a été faite ; le sesquioxyde de fer se présente sous cinq formes différentes, plus ou moins hydratées, qui peuvent introduire, entre les grès ferrugineux, des dissemblances notables ; de plus, l’alios se produit toujours à quelques décimètres de profondeur, tandis que, au Soudan, le grès ferrugineux est habituellement superficiel.

En tous cas, c’est bien au Sahara et dans la zone la plus sèche duSoudan que des phénomènes analogues ont été le plus souvent signalés ; dans les oasis situées en bordure d’une sebkha, un orage est un désastre : l’eau de pluie est vite ramenée à la surface par évaporation ; elle revient accompagnée de sel et de gypse qu’elle dépose à la surface du sol, obligeant ainsi à abandonner, pour plusieurs années, un certain nombre de jardins. Dans la région du Manga, à Gourselick par exemple, le natron se renouvelle au fond de la cuvette par le même mécanisme. Enfin, le fameux vernis du désert ne semble pas avoir une origine différente : au Sahara, la plupart des roches sont recouvertes d’une pellicule mince de produits concrétionnés, luisants, qui tranchent souvent par leur couleur sur la roche qu’ils recouvrent [J. Walther] : les grès blancs des tassili, avec leur patine couleur de poix, en sont un exemple classique.


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