SAHARA SOUDANAIS

On peut cliquer sur les cartes et les figures pour les agrandir.MISSIONS AU SAHARASAHARA SOUDANAISLIBRAIRIE ARMAND COLINMISSIONS AU SAHARA, par E.-F. GAUTIER et R. CHUDEAUTOME I :Sahara Algérien, par E.-F.Gautier, chargé de cours à l’École supérieure des Lettres d’Alger. Un volume in-8oraisin, 65 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 2 cartesen couleur, et96 phototypies hors texte, broché15 fr.Onomastique. — Les Oueds et les dunes. — Ethnographie saharienne. — La Zousfana. — Régions de la Saoura. — Gourara et Touat. — Tidikelt et Mouidir-Ahnet. — Appendices.TOME II :Sahara Soudanais, par R.Chudeau, chargé de mission en Afrique Occidentale Française. Un volume in-8oraisin, 83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carteen couleur, 72 phototypies et 2 photogravures hors texte, br.15 fr.1396-08. — Coulommiers. Imp.PaulBRODARD. — 4-09.MISSIONS AU SAHARAparE.-F. GAUTIER et R. CHUDEAUTOME IISAHARA SOUDANAISPARR. CHUDEAUChargé de mission en Afrique Occidentale Française83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carte en couleur,72 phototypies et 2 photogravures hors texte[Décoration]PARISLIBRAIRIE ARMAND COLIN5, RUE DE MÉZIÈRES, 51909Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.PRÉFACEAu début du premier volume de cet ouvrage, E.-F. Gautier a indiqué à l’appui de quelles personnalités nous avions dû de pouvoir réunir les subventions nécessaires à notre voyage à travers le Sahara ; nous avons pu nous mettre en route grâce à MM. Paul Bourde, Le Châtelier, Étienne, le regretté DrHamy, MM. Levasseur et Michel Lévy.En cours de route, nous avons trouvé partout et auprès de tous le meilleur accueil. Dans le territoire des Oasis, je dois des remerciements particuliers au colonel Laperrine à qui la connaissance du Sahara est redevable de tant de progrès, ainsi qu’au commandant Dinaux qui fut mon compagnon de route depuis l’Ahnet jusqu’à Iférouane. Le père de Foucauld, qui a toutes les indulgences, me pardonnera de le nommer parmi ceux de qui la conversation m’a été le plus profitable.Dès que la nouvelle de mon arrivée en Afrique Occidentale fut parvenue à Dakar, M. le Gouverneur général Roume voulut bien donner les ordres nécessaires pour que mon voyage soit rendu facile ; je lui en suis profondément reconnaissant. Je dois remercier aussi M. le Gouverneur général Ponty qui a bien voulu, en me confiant de nouvelles missions en Afrique, me permettre de continuer les études entreprises.Grâce à l’obligeance des officiers et des administrateurs que j’ai rencontrés au hasard de mon itinéraire, j’ai pu recueillir danstous les postes du Soudan où je suis passé, de nombreux renseignements ; je suis particulièrement l’obligé du commandant Gadel et du commandant Lefébvre qui sont venus me chercher à Iférouane, allongeant ainsi de plus de 500 kilomètres la tournée qu’ils avaient projetée. J’ai beaucoup appris au cours des longues conversations que j’ai pu avoir avec eux, pendant plusieurs semaines d’étapes faites en commun et pendant mes séjours à Zinder, où j’ai été leur hôte.Conformément au plan que Gautier et moi avions adopté, je me suis chargé, dans ce second volume, de rédiger les résultats relatifs aux régions que je connaissais le moins mal ; ces monographies de pays font l’objet des deux premiers chapitres.Dans les chapitres suivants, j’ai cherché au contraire à exposer quelques questions relatives à l’ensemble du Sahara ; l’état encore très lacunaire de nos connaissances sur cette partie de l’Afrique, malgré les gros efforts et les rapports précis[1]des officiers des Oasis et du Soudan, a obligé à systématiser, outre mesure, les faits connus d’une manière positive ; on a dû trop souvent extrapoler. Cette méthode, malgré ses dangers, a paru la seule convenable pour poser nettement les problèmes. Elle présente encore un autre avantage : bien des gens qui, sans cela, garderaient le silence, se feront un plaisir de corriger des erreurs ;grâce à leur concours, bien des détails seront précisés, les cartes seront rectifiées et les hypothèses pourront serrer de plus près la réalité.La division du Sahara que nous avons adoptée, Sahara algérien et Sahara soudanais, résulte des itinéraires que des circonstances parfois imprévues nous ont permis de suivre chacun de notre côté ; il se trouve qu’elle est partiellement justifiée au point de vue géologique, comme au point de vue humain.Dans le Sahara algérien, l’arabe est la langue dominante ; dans le Sahara soudanais (auquel il conviendrait de joindre le Mouidir-Ahnet), les langues et les usages berbères ont mieux résisté aux diverses poussées de l’Islam. Ces faits, d’ordre historique, ne peuvent pas être complètement indépendants de la géographie.Des terrains sédimentaires récents, horizontaux en général, d’altitude peu élevée, jouent le premier rôle dans le Nord ; les importants massifs de dunes qui les recouvrent y assurent des pâturages presque continus, qui rendent assez faciles les relations entre les diverses palmeraies.Les roches cristallines anciennes, habituellement verticales, qui constituent le massif central du Sahara sont le plus souvent d’une stérilité désolante. L’altitude en est trop élevée pour que le sable ait pu y donner naissance à des ergs importants ; les tanezroufts, à peine indiqués plus au Nord, y occupent une place considérable. Seuls, pour des causes en quelque sorte accidentelles, quelques districts se prêtent un peu à la vie des hommes. Entre ces parties presque habitables du Sahara touareg les communications sont difficiles : cet isolement, qu’imposent la météorologie et l’architecture du sol, a vraisemblablement facilité la conservation, au milieu du Sahara, d’une société berbère.Enfin, au sud du désert, existe une longue bande qui reproduit à peu près les conditions géologiques du Sahara algérien : peu importe en effet que les strates horizontales y soient un peu plus jeunes et les dunes un peu plus vieilles. Mais cette bande n’appartient plus au désert ; elle a une saison des pluies insuffisantemais régulière. Cette zone sahélienne forme véritablement, au point de vue humain, comme Barth l’a indiqué autrefois, la transition entre le Sahara et le Soudan. Les Touaregs y sont actuellement les maîtres, mais les souverains noirs de Gao et du Bornou y ont longtemps commandé.Vers l’ouest, cette zone sahélienne se relie à la Mauritanie et par suite au Maroc ; elle a permis à la langue arabe de tourner le Sahara central et de s’avancer dans la vallée du Niger jusqu’au Télemsi.J’aurais voulu pouvoir donner une illustration homogène ; j’avais pris, en cours de route, de nombreuses photographies, mais la durée de mon voyage a été trop longue et, à mon arrivée en France, aucun de mes clichés n’était utilisable ; quelques croquis, pris au hasard des stations, ne pouvaient suppléer que d’une façon insuffisante à cette grave lacune. Mais j’ai eu, pour certaines régions tout au moins, la bonne fortune de trouver d’intéressantes photographies que leurs auteurs ont bien voulu mettre complètement à ma disposition. Je dois au colonel Laperrine quelques clichés relatifs à l’Ahaggar et à l’Adr’ar’ des Ifor’as. Les capitaines Pasquier et Posth m’ont prêté de belles séries provenant surtout des terrains de parcours des Oulimminden et de l’Aïr ; le capitaine Cauvin m’a permis de donner quelques vues de l’Azaouad et de Taoudenni.Grâce à leur obligeance, j’ai pu remplacer largement les documents qui me faisaient défaut.Je dois aussi remercier mon vieil ami A. Dereims qui a bien voulu revoir de près toutes les épreuves.[1]En dehors des notes citées au cours du volume, j’ai largement utilisé quelques-unes de mes publications antérieures, notamment les suivantes :R. Chudeau,Sur la géologie du Sahara, inC. R. Acad. Sc., CXLI, 1905, p. 566-567. —Nouvelles observations sur la Géologie du Sahara,id., CXLII, 1906, p. 241-243. —D’Iférouane à Zinder,id., CXLII, 1906, p. 530-531. —De Zinder au Tchad,id., CXLIII, 1906, p. 193-195. —Le Lutétien au Sahara et au Soudan,id., CXLIV, 1907, p. 811-813. —La Géologie du Sahara Central,id., CXLIV, 1907, p. 1385-1387. —Sur les roches alcalines de l’Afrique occidentale,id., CXLV, 1907, p. 82-85. —D’Alger à Tombouctou, par l’Ahaggar, l’Aïr et le Tchad, inLa Géographie, XV, 1907, p. 261-270. —L’Aïr et la région de Zinder,id., XV, 5, 1907, p. 321-336, pl. IV (carte géologique au1250000e). —D’In Zize à In Azaoua,id., XV, 6, 1907, p. 401-420, pl. V (carte géologique au1250000e). —Le commerce du Sahara,id., XVI, 5, 1907, p. 325-329. —Excursion géologique au Sahara et au Soudan, inBull. Soc. Géologique de France[4] VII, 1907, p. 319-347, pl. XI (coupes géologiques). —Géologie du Sahara central,Ass. française Av. des Sciences, 36, Reims, 1907, p. 380-389. —Phénomènes actuels et phénomènes récents au Sahara,id., p. 389-400. —Études sur le Sahara et le Soudan, inAnnales de Géographie, XVIII, 1908, p. 34-55, pl. I.J’ai puisé aussi, sans toujours le citer, dans plusieurs notes de Gautier :E.-F. Gautier,A travers le Sahara français, inLa Géographie, XV, 1 et 2, 1907, p. 1-29 et p. 103-120, pl. I (carte géologique au1250000e). —Études sahariennes, inAnnales de Géographie, XVI, 1906, p. 46-69 et p. 117-138.SAHARA SOUDANAISCHAPITRE ILA PÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARAI. Constitution géologique.— Archéen. — Silurien. — Dévonien. — Carbonifère. — Extension des terrains anciens vers le Sud. Rebroussement des plis.II. Les Régions.— Les Tanezrouft. Leurs points d’eau. — L’Ahaggar : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les nomades. — L’Adr’ar’ des Ifor’as : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les Ifor’as. — Adr’ar’ Tiguirit. — L’Aïr : Orographie. Hydrographie. Les villages. Histoire. Les habitants.I. —CONSTITUTION GÉOLOGIQUELa majeure partie du Sahara central est formée de terrains anciens, le plus souvent cristallins. Ces terrains ont été énergiquement plissés avant le dépôt des grès dévoniens, qui constituent les Tassili du nord. A cette époque reculée, ils formaient un massif montagneux qui, par son âge, se rapproche de celui dont les débris se retrouvent en Scandinavie et en Écosse et que, pour cette raison, on a appelé la chaîne calédonienne. Il est intéressant de constater la symétrie avec laquelle se sont groupés les grands accidents tectoniques de part et d’autre de la Méditerranée. Au nord les Alpes avec leurs annexes, au sud les plissements de l’Afrique mineure, datant du Tertiaire, la bordent immédiatement. A une distance un peu plus grande, la Bretagne, le Plateau Central, le Plateau Rhénan, la Bohême jalonnent les traces de la chaîne hercynienne, qui date de la fin des temps primaires : Flamand avait signalé, et Gautier a décrit (t. I) les plissements du même âge que l’on peut suivre du Tidikelt jusqu’au Maroc et au Sud-Algérien. Plus extérieure encore et enveloppant la précédente, se retrouve en Europe comme en Afrique les traces d’une chaîne de montagnes, datant de la fin du Silurien.Malgré cette symétrie, il y a peut-être quelqu’inconvénient à donner un même nom, d’origine géographique, à des plissements aussi éloignés les uns des autres que ceux de l’Écosse et du Sahara : rien ne prouve jusqu’à présent qu’ils se raccordent.On peut même observer[2]que, tandis que, au nord de la Méditerranée, la chaîne hercynienne et la chaîne calédonienne accusent, au moins sur une partie de leurs parcours, un certain parallélisme, il y a, dans le Sahara central, croisement plutôt que juxtaposition des plis antédévoniens et des plis carbonifères.La région où les deux systèmes de plissements se rencontrent, au sud du Tidikelt et à l’ouest de la Saoura [t. I,p. 241etp. 232], paraît singulièrement compliquée. Si l’on ajoute que la stratigraphie du Sahara est encore trop mal connue pour que l’on puisse affirmer que les plis antédévoniens sont bien du même âge, au nord et au sud de la Méditerranée, on comprendra facilement que M. E. Suess (in litteris) soit d’avis d’employer, pour la région qui nous occupe, au lieu de système calédonien, le terme de plissements sahariens (ou saharides) qui a au moins l’avantage de ne rien préjuger.Il est assez difficile de fixer l’âge de ces terrains cristallins d’une manière rigoureuse : de l’Ahnet au tassili des Azdjer, ils sont recouverts en discordance par les grès, restés horizontaux, du Dévonien inférieur. Plus au sud ils présentent les mêmes relations avec les plateaux gréseux, à peu près certainement dévoniens, qui s’étendent d’Achourat jusqu’au voisinage d’In Azaoua. Les seuls fossiles siluriens que l’on connaisse au Sahara sont des Graptolithes (Silurien supérieur) qui ont été trouvés en deux points[3], au Tindesset sur le versant S. du Tassili des Azdjer et à Hassi El Kheneg entre In Salah et le Mouidir. Malheureusement on ne sait rien de précis sur les conditions de gisement de ces fossiles ; leurs relations avec les terrains voisins sont inconnues.Au point de vue géographique toutefois, le plus important dans l’espèce, on peut distinguer nettement deux termes dans les terrains antédévoniens du Sahara.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.I.Cliché Laperrine1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.Cliché Posth2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.II.Cliché Pasquier3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).Cliché Chudeau4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.Au premier plan, quartzites cannelées.Archéen.— Des massifs de granite et de gneiss granitoïde qui se présentent par grandes masses, couvrent des districts parfois accidentés de dômes hauts de 50 à 300 mètres. Ces dômes correspondent aux parties de la roche qui ont le mieux résisté aux agentsd’érosion et ne présentent aucun alignement net ; il n’y a pas de directions privilégiées dans ces massifs. Ce n’est certainement pas le lieu de discuter ici la genèse de ces formations granitiques dont l’origine, dans les pays les mieux connus, est encore obscure ; on peut les désigner, provisoirement tout au moins, sous le nom d’Archéen[4], en restreignant ce terme aux seuls noyaux granitiques et en excluant formellement les micaschistes et les roches analogues.Les terrains archéens forment quelques affleurements importants : El Eglab, à l’ouest du Touat, a été vu par Lenz et plus récemment par Mussel ; le volcan d’In Zize repose sur un socle de granite. L’Adr’ar’ des Ifor’as, les contreforts sud-ouest de la Coudia appartiennent en partie à la même formation. Vers l’est, du moins entre l’Ahaggar et l’Aïr, l’Archéen ne joue plus qu’un rôle subordonné et ne forme plus que des îlots peu étendus. Le sergent Lacombe a envoyé tout récemment au Muséum, des environs de Fachi (région de Bilma), des granites qui montrent que la pénéplaine ancienne, parfois recouverte par des sédiments récents, se continue vers le Tibesti. Dans la carte géologique, je n’ai pu marquer que peu d’Archéen en dehors de ma route : les descriptions d’itinéraire, quelque précises qu’elles soient à d’autres points de vue, ne permettent que bien rarement de pouvoir séparer l’Archéen du Silurien métamorphique.Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).Quel que soit le pays où on les rencontre, les régions granitiques ont partout le même aspect (fig.1et2) : elles sont semées d’énormes blocs arrondis, souvent entassés en grand nombre : c’est ce qu’on appelle en France des « Chaos » et au Sahara des « Erouakib » (Nieger). (Pl. I, phot.1et2). La présence des dômes y est aussi fréquente (Pl. IV,phot. 8).On a souvent observé, en Bretagne par exemple, que ces paysages granitiques font une impression de hautes montagnes, fût-ce au niveau de la mer ; l’illusion est peut-être encore plus forte au Sahara : en France il y a presque toujours un peu de terre entre les blocs et la végétation masque partiellement la roche ; au désert tout cela est à nu, les points de repère font défaut qui permettraient d’estimer les distances ; le mirage, presque journalier, surélève le moindre objet ; aussi, quoique partout les massifs archéens forment des mamelons bas et diffus dont les points culminants se dégagent à peine, la plupart sont appelés des Adr’ar’, comme s’ils étaient de véritables montagnes.Silurien.— Entre ces massifs archéens, des terrains dont l’origine sédimentaire ne peut être contestée sont constitués par des strates le plus souvent verticales, bien parallèles, épaisses de quelques mètres, parfois de quelques décimètres.On y trouve, en bandes alternantes et indéfiniment récurrentes, des gneiss, des micaschistes, des phyllades, plus rarement des quartzites, des cipolins et parfois des poudingues. J’ai observé à plusieurs reprises, dans les quartzites, des ripple-marks et des traces d’annélides (des tubes plus ou moins en U), notamment dans l’Adr’ar’ Ahnet et au sud de l’Aïr, près de Bidei. Toutes ces assises sont injectées de nombreuses roches éruptives.Cet ensemble, qui joue un rôle très considérable au Sahara, m’a paru bien homogène ; tout au plus peut-on remarquer que, vers le nord, dans le Bled El Mass et l’Adr’ar’ Ahnet, le caractère cristallin est moins accentué que dans la majeure partie du désert ; autour des massifs archéens, les cipolins et les quartzites, rares ailleurs, deviennent abondants : les récifs à polypiers et les grès, forme première des cipolins et des quartzites, ne prennent naissance qu’à peu de distance des rivages et la distribution de ces sédiments est probablement une preuve que l’Archéen formait déjà un continent ou des îlots lors de leurs dépôts ; il y aurait discordance entre les deux terrains.Malgré ces différences de détail, il est impossible, pour le moment, d’établir une coupure dans cet ensemble que l’on peut désigner provisoirementsous le nom de Silurien, tout en admettant qu’il y aura lieu sans doute, lorsqu’il sera mieux connu, de distinguer à la base un étage précambrien. Cette distinction serait actuellement prématurée.Le fait que, en bien des points du tassili du nord, l’Éodévonien repose en discordance sur les strates siluriennes redressées et arasées, indique une lacune entre les deux formations ; au Bled El Mass notamment le Silurien formait une pénéplaine avant le dépôt du Dévonien ; dans l’oued Amdja, la table d’Adafar repose aussi sur des schistes cristallins complètement nivelés ; les relations stratigraphiques sont analogues (fig. 15) dans les tassili du sud (Timissao, oued Tagrira).Il faut donc admettre que, pendant le Silurien supérieur, la mer où se sont déposées les couches à Graptolithes, n’existait qu’au nord du tassili, et que, dans la majeure partie du Sahara, le Silurien n’est représenté que par ses termes inférieurs.Dans une note récente[5], à propos des terrains que Voinot a observés entre le Mouidir et l’Anahef, Flamand, qui a eu tous les échantillons entre les mains, rapporte tout ce massif au Cristallophyllien que, en aucun point, ne viendraient pas interrompre des dépôts paléozoïques. Les descriptions si claires de Voinot, celles un peu plus anciennes de Guilho Lohan, ne permettent pas de douter de l’identité des formations géologiques, à l’est et à l’ouest de la Coudia ; Foureau a signalé les mêmes terrains dans le sud-est de l’Anahef. Je ne crois pas que le mot Cristallophyllien puisse être conservé autrement que pour désigner des terrains sédimentaires, d’âge très variable, modifiés par métamorphisme. C’est un terme qui ne nous renseigne que sur l’aspect pétrographique d’un échantillon et qu’il n’y a avantage à conserver que lorsque l’âge est complètement indéterminé. Au Sahara il est possible de préciser davantage : le Cristallophyllien y est antérieur au Dévonien ; il est donc certainement d’âge paléozoïque.Le Silurien, bien que formé de roches très métamorphiques et le plus souvent aussi cristallines que des granites, donne naissance à des régions qui se distinguent au premier coup d’œil des régions archéennes : formé de bandes de duretés différentes et naturellement parallèles comme il convient à des roches sédimentaires, il donne naissance à une série de crêtes et de collines dont la direction est celle même des assises, le plus souvent nord-sud ; cette direction subméridienne dont Flamand a signalé l’importance au Tidikelt, estde beaucoup la plus fréquente au Sahara et semble dominer dans toute l’Afrique. Les crêtes les plus élevées, qui dominent souvent de plus de cent mètres la pénéplaine voisine, sont formées habituellement de quartzites, la roche la plus dure et la moins altérable de la série (fig. 3).La direction des affleurements et par suite celle des rangées de collines est en général déviée autour des noyaux archéens : au S. d’In Zize elle est est-ouest ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, l’Adr’ar’ Tidjem dessine une cuvette synclinale très nette ; la même disposition se retrouve entre Tit et Abalessa. Cette allure particulière des plissements est peut-être encore une preuve d’une discordance entre les deux terrains, et, quoiqu’il soit possible de l’interpréter autrement, il convient de la rapprocher de l’abondance relative des cipolins et des quartzites autour des massifs granitiques.Les plissements qui ont redressé les couches siluriennes ont été fort énergiques et reproduisent les traits que l’on est accoutumé à observer dans les régions montagneuses. Dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, une colline qui domine la rive gauche de l’oued Tesamak montre sur son flanc oriental des bancs de quartzites presque verticaux, et dont la surface couverte de cannelures (Pl. II,phot. 4) porte des traces incontestables de charriage ; au sommet de la colline les mêmes quartzites sont horizontales et un peu plus à l’ouest on en trouve des lambeaux épars reposant sur l’Archéèn. Nous aurions donc la racine d’un pli couché et déversé vers l’ouest.Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).La colline qui présente ce phénomène est l’extrémité nord d’une série de crêtes orientées suivant le méridien et dont la principale (Raz Taoundart) est un des points les plus élevés de l’Adr’ar’ ; toutes ces crêtes sont des quartzites et jalonnent un contact entre l’Archéen et le Silurien. Je n’ai malheureusement pu les voir de près que dans l’oued Tesamak.Le contact du Silurien et du massif éruptif de l’Adr’ar’ Igherran, près de Timiaouin, est aussi anormal ; il y a des traces de charriage.J’ai pu noter en outre dans la vallée de l’oued Aflisés, au voisinagede l’Adr’ar’ Denat, entre In Ouzel et Tin Zaouaten, un pli couché que j’ai pu suivre pendant six à sept kilomètres.Il ne saurait être question, au cours d’une marche rapide comme celle que l’on est obligé de faire au Sahara, et surtout en l’absence de cartes topographiques détaillées, de chercher à débrouiller des accidents tectoniques aussi compliqués ; la chose serait sans intérêt pour le moment.Il est bon toutefois de remarquer que le régime tabulaire qui, l’Atlas mis à part, semble être la règle en Afrique, n’y a pas toujours dominé, et que des plissements très nets ont autrefois donné naissance à une véritable chaîne de montagnes, en bordure du massif archéen africano-brésilien.Ces schistes cristallins ont une grande extension dans le Sahara central et la carte (hors texte) montrera que, à part une courte interruption causée par les tassili du sud, le Silurien forme la majeure partie des terrains qui, depuis le Mouidir et l’Ahnet, s’étendent jusqu’à 17° de latitude.Ils sont également bien développés dans le Rio de Oro, entre l’Atlantique et la sebkha d’Idjil (fig. 4).Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga,Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77.1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).Dévonien.— On a décrit en détail, dans le Sahara Algérien, les plateaux de grès dévoniens qui constituent l’Ahnet et le Mouidir (I,p. 292-298). De nombreux fossiles y ont été rencontrés et leur âge est rigoureusement fixé.Au sud de la Coudia, des plateaux très comparables, encore assez mal connus sauf en quelques points, commencent un peu à l’est d’In Azaoua et s’étendent vers l’ouest jusqu’au nord de Tombouctou.Dans la région de Timissao (tassili Tan Adr’ar’), ils sont constitués par des grès de couleur claire à patine foncée, que l’érosion a souvent découpés en colonnes et en obélisques (Pl. III) ; leur puissance estd’une centaine de mètres, beaucoup moindre que dans l’Ahnet où l’Éodévonien a 300 mètres d’épaisseur. De plus le niveau argileux qui, intercalé au milieu des grès joue un rôle assez considérable dans le plateau du Nord, n’a ici aucun représentant, sauf peut-être à l’oued El R’essour. Quelques Bilobites à l’entrée de la gorge de Timissao et d’autres beaucoup plus à l’est, près d’Assiou (Foureau), sont des documents paléontologiques un peu maigres pour affirmer l’âge dévonien de toute cette formation ; ils confirment cependant l’impression que donne l’identité d’aspect avec les grès de l’Ahnet. De plus, au cours de la tournée à Taoudenni qui a suivi longtemps la bordure nord de ces plateaux, Mussel[6]a trouvé à Bekati El Bess, près de Sounfat, quelques fossiles (Productus,Rhynchonella,Spirifer) que Flamand considère comme dévoniens. L’âge de ces grès peut donc être considéré comme assez bien établi.Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.Ces tassili forment une longue bande, limitée vers le nord par une falaise ; elle est interrompue et découpée en plusieurs plateaux (Timissao-Tirek-In Ameggui-Tin Ghaor) autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as qui, grâce à son altitude élevée (1000 mètres) a été un centre hydrographique important : l’érosion fluviale explique la formation des témoins que nous venons d’indiquer.La bordure méridionale de ce très long plateau est encore mal connue : dans la région d’In Azaoua, il n’y a pas de falaise continue, mais une série de gours isolés (fig. 5). Foureau [Doc. Sc., I, 191, et Cartes, Pl. III] a figuré des paysages identiques dans le Tagharba, au nord d’In Azaoua. De Timiaouin jusqu’au Timetrin, le capitaine Cauvin me signale une série de plateaux gréseux qui, vers le Nord, vont rejoindre ceux qu’a vus le colonel Laperrine.Les grès dévoniens qui constituent ces plateaux sont horizontaux dans l’ensemble, avec quelques dérangements locaux, comme dans le tassili du nord dont ils reproduisent l’allure stratigraphique.L’un des plus nets se trouve à une journée de marche au sud de Timissao : deux failles parallèles, orientées presque exactement est-ouest et distantes d’un kilomètre à peine, ont surélevé un lambeau de Silurien, dont le sommet a été porté à hauteur du tassili. Ce Silurien est surmonté de quelques aiguilles de grès bien visibles au sud des r’edir de Tin Azaoua, r’edir dont il est la condition.C’est une dénivellation d’une cinquantaine de mètres au moins. L’oued Tichek a profité de ces failles pour creuser sa vallée et il a mis a nu de belles surfaces de grès dévoniens parfois polies comme un miroir, plus souvent cannelées ou striées. Sur le plateau, en amont de l’oued Tichek, la faille est bien jalonnée par une brèche de friction, large de quelques décimètres [Cf.Bull. S. Géol. de Fr., VII, 1907, p. 325].Ces failles se prolongent à l’ouest de l’oued En Nefis où l’on voit une gara dévonienne portée par un socle silurien en saillie notable.Le tassili de Timissao est limité presque partout par une falaise à pic formée de couches horizontales ; cependant au point où la piste de Tin Azaoua à Silet descend du plateau, pendant une centaine de mètres, le Dévonien plonge de 45° vers l’ouest : grâce à ce petit accident la descente de la falaise est singulièrement facilitée ; presque partout ailleurs elle forme une haute muraille infranchissable qu’il faut contourner ; les petits oueds qui en descendent l’ont à peine entaillée et leurs rives ne sont pas praticables ; le petit lac de Tamada, situé dans l’un d’eux, est d’un abord difficile pour les chameaux.Dans le tassili de l’oued Tagrira, les failles et les diaclases sont particulièrement abondantes et ce plateau est une véritable chebka ; il y a eu aussi bossellement de la surface, et l’aguelman de l’oued El R’essour occupe le centre d’une cuvette synclinale ; les plongements ne dépassent pas d’ailleurs quelques degrés.On retrouve les mêmes caractères tectoniques dans les tassili du nord.Vers l’est, d’après les indications de Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 283], le Dévonien du tassili des Azdjer se prolongerait jusqu’au Tibesti et au Kaouar.Le commandant Gadel[7]donne quelques détails sur le plateau qui, à quelque distance à l’est, domine d’une centaine de mètres l’oasis de Bilma (Kaouar). La muraille qui la limite serait formée de grès et de schistes ; entre les blocs éboulés se trouvent de nombreuses cavernes qui, en cas d’alerte, servent de refuge aux habitants de l’oasis.Ces renseignements ne permettent sûrement pas d’affirmer que l’on a bien affaire à du Dévonien ; j’ai cependant maintenu l’indication du Dévonien sur la carte auprès de Bilma, ne serait-ce que pour rappeler l’existence de ce plateau et les questions qu’il soulève. Parmi les échantillons que le sergent Lacombe a, tout récemment, envoyés au Muséum, quelques grès blancs à ciment siliceux, provenant des hauteurs voisines de Fachi, rappellent, par leur aspect, les roches éodévoniennes.Beaucoup plus à l’ouest le Dévonien est connu. Dans son exploration en Mauritanie, Dereims, d’après les renseignements oraux qu’il a bien voulu me donner, l’a rencontré dans l’Adr’ar’ Tmar dont l’oasis d’Atar occupe le centre. Ce Dévonien est fossilifère : Dereims y avait recueilli des Spirifères, que la fin malheureuse de l’expédition l’a empêché de rapporter en Europe. Il est constitué comme celui de Timissao par des grès légèrement ferrugineux ; les sections fraîches sont de couleur claire, rougeâtre, mais la roche en place est couverte d’une patine noire. Lorsque l’on vient de l’Ouest, on quitte les terrains quaternaires vers Touizikt, à 150 kilomètres du littoral atlantique. La marche se poursuit pendant 200 kilomètres sur des gneiss, des micaschistes, des phyllades, des quartzites et de rares cipolins, d’affleurements nord-sud. Ces assises siluriennes, lardées de diabases, d’abord presque verticales, n’ont plus qu’un plongement assez faible vers l’est, au pied de la muraille d’Atar ; elles forment une pénéplaine qui ne diffère que par sa moindre altitude et son ensablement du tanezrouft d’In Zize et qui se prolonge vers le nord au moins jusqu’au Rio de Oro.La muraille d’Atar est une falaise, haute d’au moins 120 mètres et qui, du nord au sud, se poursuit sur une très grande longueur ; on la retrouve peut-être plus au sud, dans le Tagant ; elle est constituée par les grès dévoniens. Dereims y signale quelques bancs plus schisteux et plusieurs niveaux calcaires.Cette haute falaise franchie, on arrive sur un plateau formé de couches légèrement inclinées vers l’est, d’une quinzaine de degrés. Au point le plus bas se trouve l’oasis d’Atar. Un peu plus loin, une seconde falaise, due sans doute à une faille, délimite à l’ouest un second plateau sur lequel se dresse l’oasis de Chingueti.Cette région d’Atar est bien encore une région tabulaire ; les plissements hercyniens ne s’y sont pas fait sentir.R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.III.Cliché Laperrine5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Cliché Laperrine6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Tassili du Sud.Dans la région du Cap Blanc et dans le Rio de Oro, le Dévonien est inconnu ; le grès fondamental que Gruvel a signalé près de Port-Étienne,est quaternaire ou pliocène ; d’autres grès sont miocènes (Font y Sagué). Il ne semble pas qu’il y en ait de plus anciens, près de l’Atlantique.Carbonifère.— Entre l’Adr’ar’ Tmar et les tassili touaregs, il semble que le Dévonien fait défaut ; du moins entre Taoudenni et le Touat, le Carbonifère repose directement sur le Silurien.Lenz avait signalé des calcaires paléozoïques dans la région de l’erg Chach. Au cours de la fructueuse tournée des méharistes à Taoudenni, Mussel a pu recueillir d’importants matériaux qui permettent de préciser les indications un peu trop vagues de Lenz.Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel,Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues.1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.D’El Eglab où elles s’appuient sur l’Archéen, jusqu’au voisinage de la falaise d’El Khenachiche, des couches très plissées, que Mussel rapproche des assises siluriennes du Bled El Mass (au nord de l’Ahnet), forment partout le sous-sol ; dans l’Aoukarr qui est une véritable chebka, ces schistes cristallins et ces quartzites ne sont guère recouverts que par des dunes ou des atterrissements récents. Mais plus au sud ils sont surmontés d’un plateau calcaire, de structure tabulaire, la hammada El Haricha (fig. 6). Ces couches presque horizontales débutent par des calcaires gris de puissance mal déterminée, parfois légèrement gréseux et contenantProductus semi-reticulatusMart,Pr.aff.FlemingiSow.,Spiriferaff.cuspidatusMart. Au-dessus, 15 à 18 mètres de calcaires, verts et 10 mètres de calcaires violets n’ont fourni aucun fossile. Ces couches stériles sont surmontées de 3 mètres de calcaires violacés que termine parfois un niveau siliceux (0,60). Flamand y signale les formes suivantes :Productusaff.africanusStoch.Lithostrotion irregularePh.L.»Martini. M. Edw. et Haime.C’est donc incontestablement du Carbonifère ; mais le nombre des fossiles est trop restreint, leur état de conservation trop médiocre pour qu’il soit possible de préciser davantage le niveau.En tout cas, il importe de bien mettre en évidence que la hammada El Haricha repose directement sur les schistes siluriens et que rien ne semble représenter le Dévonien ; cette transgression du Carbonifère, qui manque dans la majeure partie du Sahara soudanais, est un fait important.Les calcaires d’El Biar et de Taoudenni supportent, en discordance, quelques zones gréseuses (Crétacé inférieur ?) ; ils forment un dôme anticlinal peu marqué : du côté de Taoudenni les couches plongent de 5° vers l’ouest ; le pendage ne dépasse pas 10° vers le sud-est, entre El Biar et El Khenachiche.Extension des terrains anciens vers le sud.— A hauteur du 17° de latitude nord, ces formations primaires disparaissent sous des sédiments beaucoup plus récents, horizontaux, du Crétacé et du Tertiaire (fig. 68). Cette interruption est de courte durée.Elles réapparaissent sur le Niger à Tosaye, d’où le capitaine Aymard, d’après les renseignements inédits qu’il a bien voulu me communiquer, a pu les suivre vers le Sud jusqu’à la mare de Doro ; Aymard mentionne, le long de l’itinéraire, des lignes de collines, de gneiss ou de schistes, émergeant du sable et note à chaque instant la présence de quartz ; les cipolins et les serpentines que l’on exploite près de Hombori, à Dakoa, pour la confection des bracelets, ne diffèrent pas des roches siluriennes qui, dans tout le Sahara, sont employées au même usage ; Desplagnes [Le Plateau Central Nigérien, Pl. XIV] figure une exploitation semblable à Belia.La continuité de cette arête silurienne entre Tosaye et Hombori n’est donc pas douteuse.On retrouve avec une grande netteté, entre Ansongo et Say, le Silurien dans le lit du Niger, où il est la cause de nombreux rapides. Comme partout ailleurs, ce Silurien est injecté de nombreuses roches éruptives.Plus à l’ouest, Desplagnes a recueilli des quartzites auprès de Sumpi ; il a rapporté, de la région du Faguibine, des arkoses qui prouvent la proximité de roches feldspathiques et font pressentir que les roches cristallines sont à peu de distance. La carte de Lenz[Petermann’s Mitt., 1882, I] indique le Silurien à mi-chemin entre Taoudenni et le Niger.A l’est enfin, le massif de Zinder est en partie constitué par des bancs verticaux de quartzites et de micaschistes, à affleurement subméridien, qui appartiennent au même ensemble.Au sud de ces régions du nord du Soudan, où les roches anciennes ne se montrent que dans d’étroites boutonnières, l’Archéen et le Silurien reprennent un rôle considérable. Desplagnes[8]mentionne, au sud de Bammako, dans la région aurifère des sources du Bakoy, des micaschistes et des schistes cristallins ainsi que des diabases.

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MISSIONS AU SAHARASAHARA SOUDANAIS

MISSIONS AU SAHARA

SAHARA SOUDANAIS

LIBRAIRIE ARMAND COLINMISSIONS AU SAHARA, par E.-F. GAUTIER et R. CHUDEAUTOME I :Sahara Algérien, par E.-F.Gautier, chargé de cours à l’École supérieure des Lettres d’Alger. Un volume in-8oraisin, 65 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 2 cartesen couleur, et96 phototypies hors texte, broché15 fr.Onomastique. — Les Oueds et les dunes. — Ethnographie saharienne. — La Zousfana. — Régions de la Saoura. — Gourara et Touat. — Tidikelt et Mouidir-Ahnet. — Appendices.TOME II :Sahara Soudanais, par R.Chudeau, chargé de mission en Afrique Occidentale Française. Un volume in-8oraisin, 83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carteen couleur, 72 phototypies et 2 photogravures hors texte, br.15 fr.1396-08. — Coulommiers. Imp.PaulBRODARD. — 4-09.

LIBRAIRIE ARMAND COLIN

MISSIONS AU SAHARA, par E.-F. GAUTIER et R. CHUDEAU

TOME I :Sahara Algérien, par E.-F.Gautier, chargé de cours à l’École supérieure des Lettres d’Alger. Un volume in-8oraisin, 65 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 2 cartesen couleur, et96 phototypies hors texte, broché15 fr.

Onomastique. — Les Oueds et les dunes. — Ethnographie saharienne. — La Zousfana. — Régions de la Saoura. — Gourara et Touat. — Tidikelt et Mouidir-Ahnet. — Appendices.

TOME II :Sahara Soudanais, par R.Chudeau, chargé de mission en Afrique Occidentale Française. Un volume in-8oraisin, 83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carteen couleur, 72 phototypies et 2 photogravures hors texte, br.15 fr.

1396-08. — Coulommiers. Imp.PaulBRODARD. — 4-09.

MISSIONS AU SAHARAparE.-F. GAUTIER et R. CHUDEAUTOME IISAHARA SOUDANAISPARR. CHUDEAUChargé de mission en Afrique Occidentale Française83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carte en couleur,72 phototypies et 2 photogravures hors texte[Décoration]PARISLIBRAIRIE ARMAND COLIN5, RUE DE MÉZIÈRES, 51909Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

MISSIONS AU SAHARAparE.-F. GAUTIER et R. CHUDEAU

TOME II

PARR. CHUDEAUChargé de mission en Afrique Occidentale Française

83 figures et cartes dans le texte et hors texte, dont 1 carte en couleur,72 phototypies et 2 photogravures hors texte

[Décoration]

PARISLIBRAIRIE ARMAND COLIN5, RUE DE MÉZIÈRES, 5

1909Droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

Au début du premier volume de cet ouvrage, E.-F. Gautier a indiqué à l’appui de quelles personnalités nous avions dû de pouvoir réunir les subventions nécessaires à notre voyage à travers le Sahara ; nous avons pu nous mettre en route grâce à MM. Paul Bourde, Le Châtelier, Étienne, le regretté DrHamy, MM. Levasseur et Michel Lévy.

En cours de route, nous avons trouvé partout et auprès de tous le meilleur accueil. Dans le territoire des Oasis, je dois des remerciements particuliers au colonel Laperrine à qui la connaissance du Sahara est redevable de tant de progrès, ainsi qu’au commandant Dinaux qui fut mon compagnon de route depuis l’Ahnet jusqu’à Iférouane. Le père de Foucauld, qui a toutes les indulgences, me pardonnera de le nommer parmi ceux de qui la conversation m’a été le plus profitable.

Dès que la nouvelle de mon arrivée en Afrique Occidentale fut parvenue à Dakar, M. le Gouverneur général Roume voulut bien donner les ordres nécessaires pour que mon voyage soit rendu facile ; je lui en suis profondément reconnaissant. Je dois remercier aussi M. le Gouverneur général Ponty qui a bien voulu, en me confiant de nouvelles missions en Afrique, me permettre de continuer les études entreprises.

Grâce à l’obligeance des officiers et des administrateurs que j’ai rencontrés au hasard de mon itinéraire, j’ai pu recueillir danstous les postes du Soudan où je suis passé, de nombreux renseignements ; je suis particulièrement l’obligé du commandant Gadel et du commandant Lefébvre qui sont venus me chercher à Iférouane, allongeant ainsi de plus de 500 kilomètres la tournée qu’ils avaient projetée. J’ai beaucoup appris au cours des longues conversations que j’ai pu avoir avec eux, pendant plusieurs semaines d’étapes faites en commun et pendant mes séjours à Zinder, où j’ai été leur hôte.

Conformément au plan que Gautier et moi avions adopté, je me suis chargé, dans ce second volume, de rédiger les résultats relatifs aux régions que je connaissais le moins mal ; ces monographies de pays font l’objet des deux premiers chapitres.

Dans les chapitres suivants, j’ai cherché au contraire à exposer quelques questions relatives à l’ensemble du Sahara ; l’état encore très lacunaire de nos connaissances sur cette partie de l’Afrique, malgré les gros efforts et les rapports précis[1]des officiers des Oasis et du Soudan, a obligé à systématiser, outre mesure, les faits connus d’une manière positive ; on a dû trop souvent extrapoler. Cette méthode, malgré ses dangers, a paru la seule convenable pour poser nettement les problèmes. Elle présente encore un autre avantage : bien des gens qui, sans cela, garderaient le silence, se feront un plaisir de corriger des erreurs ;grâce à leur concours, bien des détails seront précisés, les cartes seront rectifiées et les hypothèses pourront serrer de plus près la réalité.

La division du Sahara que nous avons adoptée, Sahara algérien et Sahara soudanais, résulte des itinéraires que des circonstances parfois imprévues nous ont permis de suivre chacun de notre côté ; il se trouve qu’elle est partiellement justifiée au point de vue géologique, comme au point de vue humain.

Dans le Sahara algérien, l’arabe est la langue dominante ; dans le Sahara soudanais (auquel il conviendrait de joindre le Mouidir-Ahnet), les langues et les usages berbères ont mieux résisté aux diverses poussées de l’Islam. Ces faits, d’ordre historique, ne peuvent pas être complètement indépendants de la géographie.

Des terrains sédimentaires récents, horizontaux en général, d’altitude peu élevée, jouent le premier rôle dans le Nord ; les importants massifs de dunes qui les recouvrent y assurent des pâturages presque continus, qui rendent assez faciles les relations entre les diverses palmeraies.

Les roches cristallines anciennes, habituellement verticales, qui constituent le massif central du Sahara sont le plus souvent d’une stérilité désolante. L’altitude en est trop élevée pour que le sable ait pu y donner naissance à des ergs importants ; les tanezroufts, à peine indiqués plus au Nord, y occupent une place considérable. Seuls, pour des causes en quelque sorte accidentelles, quelques districts se prêtent un peu à la vie des hommes. Entre ces parties presque habitables du Sahara touareg les communications sont difficiles : cet isolement, qu’imposent la météorologie et l’architecture du sol, a vraisemblablement facilité la conservation, au milieu du Sahara, d’une société berbère.

Enfin, au sud du désert, existe une longue bande qui reproduit à peu près les conditions géologiques du Sahara algérien : peu importe en effet que les strates horizontales y soient un peu plus jeunes et les dunes un peu plus vieilles. Mais cette bande n’appartient plus au désert ; elle a une saison des pluies insuffisantemais régulière. Cette zone sahélienne forme véritablement, au point de vue humain, comme Barth l’a indiqué autrefois, la transition entre le Sahara et le Soudan. Les Touaregs y sont actuellement les maîtres, mais les souverains noirs de Gao et du Bornou y ont longtemps commandé.

Vers l’ouest, cette zone sahélienne se relie à la Mauritanie et par suite au Maroc ; elle a permis à la langue arabe de tourner le Sahara central et de s’avancer dans la vallée du Niger jusqu’au Télemsi.

J’aurais voulu pouvoir donner une illustration homogène ; j’avais pris, en cours de route, de nombreuses photographies, mais la durée de mon voyage a été trop longue et, à mon arrivée en France, aucun de mes clichés n’était utilisable ; quelques croquis, pris au hasard des stations, ne pouvaient suppléer que d’une façon insuffisante à cette grave lacune. Mais j’ai eu, pour certaines régions tout au moins, la bonne fortune de trouver d’intéressantes photographies que leurs auteurs ont bien voulu mettre complètement à ma disposition. Je dois au colonel Laperrine quelques clichés relatifs à l’Ahaggar et à l’Adr’ar’ des Ifor’as. Les capitaines Pasquier et Posth m’ont prêté de belles séries provenant surtout des terrains de parcours des Oulimminden et de l’Aïr ; le capitaine Cauvin m’a permis de donner quelques vues de l’Azaouad et de Taoudenni.

Grâce à leur obligeance, j’ai pu remplacer largement les documents qui me faisaient défaut.

Je dois aussi remercier mon vieil ami A. Dereims qui a bien voulu revoir de près toutes les épreuves.

[1]En dehors des notes citées au cours du volume, j’ai largement utilisé quelques-unes de mes publications antérieures, notamment les suivantes :R. Chudeau,Sur la géologie du Sahara, inC. R. Acad. Sc., CXLI, 1905, p. 566-567. —Nouvelles observations sur la Géologie du Sahara,id., CXLII, 1906, p. 241-243. —D’Iférouane à Zinder,id., CXLII, 1906, p. 530-531. —De Zinder au Tchad,id., CXLIII, 1906, p. 193-195. —Le Lutétien au Sahara et au Soudan,id., CXLIV, 1907, p. 811-813. —La Géologie du Sahara Central,id., CXLIV, 1907, p. 1385-1387. —Sur les roches alcalines de l’Afrique occidentale,id., CXLV, 1907, p. 82-85. —D’Alger à Tombouctou, par l’Ahaggar, l’Aïr et le Tchad, inLa Géographie, XV, 1907, p. 261-270. —L’Aïr et la région de Zinder,id., XV, 5, 1907, p. 321-336, pl. IV (carte géologique au1250000e). —D’In Zize à In Azaoua,id., XV, 6, 1907, p. 401-420, pl. V (carte géologique au1250000e). —Le commerce du Sahara,id., XVI, 5, 1907, p. 325-329. —Excursion géologique au Sahara et au Soudan, inBull. Soc. Géologique de France[4] VII, 1907, p. 319-347, pl. XI (coupes géologiques). —Géologie du Sahara central,Ass. française Av. des Sciences, 36, Reims, 1907, p. 380-389. —Phénomènes actuels et phénomènes récents au Sahara,id., p. 389-400. —Études sur le Sahara et le Soudan, inAnnales de Géographie, XVIII, 1908, p. 34-55, pl. I.J’ai puisé aussi, sans toujours le citer, dans plusieurs notes de Gautier :E.-F. Gautier,A travers le Sahara français, inLa Géographie, XV, 1 et 2, 1907, p. 1-29 et p. 103-120, pl. I (carte géologique au1250000e). —Études sahariennes, inAnnales de Géographie, XVI, 1906, p. 46-69 et p. 117-138.

[1]En dehors des notes citées au cours du volume, j’ai largement utilisé quelques-unes de mes publications antérieures, notamment les suivantes :R. Chudeau,Sur la géologie du Sahara, inC. R. Acad. Sc., CXLI, 1905, p. 566-567. —Nouvelles observations sur la Géologie du Sahara,id., CXLII, 1906, p. 241-243. —D’Iférouane à Zinder,id., CXLII, 1906, p. 530-531. —De Zinder au Tchad,id., CXLIII, 1906, p. 193-195. —Le Lutétien au Sahara et au Soudan,id., CXLIV, 1907, p. 811-813. —La Géologie du Sahara Central,id., CXLIV, 1907, p. 1385-1387. —Sur les roches alcalines de l’Afrique occidentale,id., CXLV, 1907, p. 82-85. —D’Alger à Tombouctou, par l’Ahaggar, l’Aïr et le Tchad, inLa Géographie, XV, 1907, p. 261-270. —L’Aïr et la région de Zinder,id., XV, 5, 1907, p. 321-336, pl. IV (carte géologique au1250000e). —D’In Zize à In Azaoua,id., XV, 6, 1907, p. 401-420, pl. V (carte géologique au1250000e). —Le commerce du Sahara,id., XVI, 5, 1907, p. 325-329. —Excursion géologique au Sahara et au Soudan, inBull. Soc. Géologique de France[4] VII, 1907, p. 319-347, pl. XI (coupes géologiques). —Géologie du Sahara central,Ass. française Av. des Sciences, 36, Reims, 1907, p. 380-389. —Phénomènes actuels et phénomènes récents au Sahara,id., p. 389-400. —Études sur le Sahara et le Soudan, inAnnales de Géographie, XVIII, 1908, p. 34-55, pl. I.J’ai puisé aussi, sans toujours le citer, dans plusieurs notes de Gautier :E.-F. Gautier,A travers le Sahara français, inLa Géographie, XV, 1 et 2, 1907, p. 1-29 et p. 103-120, pl. I (carte géologique au1250000e). —Études sahariennes, inAnnales de Géographie, XVI, 1906, p. 46-69 et p. 117-138.

[1]En dehors des notes citées au cours du volume, j’ai largement utilisé quelques-unes de mes publications antérieures, notamment les suivantes :

R. Chudeau,Sur la géologie du Sahara, inC. R. Acad. Sc., CXLI, 1905, p. 566-567. —Nouvelles observations sur la Géologie du Sahara,id., CXLII, 1906, p. 241-243. —D’Iférouane à Zinder,id., CXLII, 1906, p. 530-531. —De Zinder au Tchad,id., CXLIII, 1906, p. 193-195. —Le Lutétien au Sahara et au Soudan,id., CXLIV, 1907, p. 811-813. —La Géologie du Sahara Central,id., CXLIV, 1907, p. 1385-1387. —Sur les roches alcalines de l’Afrique occidentale,id., CXLV, 1907, p. 82-85. —D’Alger à Tombouctou, par l’Ahaggar, l’Aïr et le Tchad, inLa Géographie, XV, 1907, p. 261-270. —L’Aïr et la région de Zinder,id., XV, 5, 1907, p. 321-336, pl. IV (carte géologique au1250000e). —D’In Zize à In Azaoua,id., XV, 6, 1907, p. 401-420, pl. V (carte géologique au1250000e). —Le commerce du Sahara,id., XVI, 5, 1907, p. 325-329. —Excursion géologique au Sahara et au Soudan, inBull. Soc. Géologique de France[4] VII, 1907, p. 319-347, pl. XI (coupes géologiques). —Géologie du Sahara central,Ass. française Av. des Sciences, 36, Reims, 1907, p. 380-389. —Phénomènes actuels et phénomènes récents au Sahara,id., p. 389-400. —Études sur le Sahara et le Soudan, inAnnales de Géographie, XVIII, 1908, p. 34-55, pl. I.

J’ai puisé aussi, sans toujours le citer, dans plusieurs notes de Gautier :

E.-F. Gautier,A travers le Sahara français, inLa Géographie, XV, 1 et 2, 1907, p. 1-29 et p. 103-120, pl. I (carte géologique au1250000e). —Études sahariennes, inAnnales de Géographie, XVI, 1906, p. 46-69 et p. 117-138.

SAHARA SOUDANAIS

LA PÉNÉPLAINE CENTRALE DU SAHARA

I. Constitution géologique.— Archéen. — Silurien. — Dévonien. — Carbonifère. — Extension des terrains anciens vers le Sud. Rebroussement des plis.

II. Les Régions.— Les Tanezrouft. Leurs points d’eau. — L’Ahaggar : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les nomades. — L’Adr’ar’ des Ifor’as : Orographie. Hydrographie. Les villages. Les Ifor’as. — Adr’ar’ Tiguirit. — L’Aïr : Orographie. Hydrographie. Les villages. Histoire. Les habitants.

La majeure partie du Sahara central est formée de terrains anciens, le plus souvent cristallins. Ces terrains ont été énergiquement plissés avant le dépôt des grès dévoniens, qui constituent les Tassili du nord. A cette époque reculée, ils formaient un massif montagneux qui, par son âge, se rapproche de celui dont les débris se retrouvent en Scandinavie et en Écosse et que, pour cette raison, on a appelé la chaîne calédonienne. Il est intéressant de constater la symétrie avec laquelle se sont groupés les grands accidents tectoniques de part et d’autre de la Méditerranée. Au nord les Alpes avec leurs annexes, au sud les plissements de l’Afrique mineure, datant du Tertiaire, la bordent immédiatement. A une distance un peu plus grande, la Bretagne, le Plateau Central, le Plateau Rhénan, la Bohême jalonnent les traces de la chaîne hercynienne, qui date de la fin des temps primaires : Flamand avait signalé, et Gautier a décrit (t. I) les plissements du même âge que l’on peut suivre du Tidikelt jusqu’au Maroc et au Sud-Algérien. Plus extérieure encore et enveloppant la précédente, se retrouve en Europe comme en Afrique les traces d’une chaîne de montagnes, datant de la fin du Silurien.

Malgré cette symétrie, il y a peut-être quelqu’inconvénient à donner un même nom, d’origine géographique, à des plissements aussi éloignés les uns des autres que ceux de l’Écosse et du Sahara : rien ne prouve jusqu’à présent qu’ils se raccordent.

On peut même observer[2]que, tandis que, au nord de la Méditerranée, la chaîne hercynienne et la chaîne calédonienne accusent, au moins sur une partie de leurs parcours, un certain parallélisme, il y a, dans le Sahara central, croisement plutôt que juxtaposition des plis antédévoniens et des plis carbonifères.

La région où les deux systèmes de plissements se rencontrent, au sud du Tidikelt et à l’ouest de la Saoura [t. I,p. 241etp. 232], paraît singulièrement compliquée. Si l’on ajoute que la stratigraphie du Sahara est encore trop mal connue pour que l’on puisse affirmer que les plis antédévoniens sont bien du même âge, au nord et au sud de la Méditerranée, on comprendra facilement que M. E. Suess (in litteris) soit d’avis d’employer, pour la région qui nous occupe, au lieu de système calédonien, le terme de plissements sahariens (ou saharides) qui a au moins l’avantage de ne rien préjuger.

Il est assez difficile de fixer l’âge de ces terrains cristallins d’une manière rigoureuse : de l’Ahnet au tassili des Azdjer, ils sont recouverts en discordance par les grès, restés horizontaux, du Dévonien inférieur. Plus au sud ils présentent les mêmes relations avec les plateaux gréseux, à peu près certainement dévoniens, qui s’étendent d’Achourat jusqu’au voisinage d’In Azaoua. Les seuls fossiles siluriens que l’on connaisse au Sahara sont des Graptolithes (Silurien supérieur) qui ont été trouvés en deux points[3], au Tindesset sur le versant S. du Tassili des Azdjer et à Hassi El Kheneg entre In Salah et le Mouidir. Malheureusement on ne sait rien de précis sur les conditions de gisement de ces fossiles ; leurs relations avec les terrains voisins sont inconnues.

Au point de vue géographique toutefois, le plus important dans l’espèce, on peut distinguer nettement deux termes dans les terrains antédévoniens du Sahara.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.I.Cliché Laperrine1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.Cliché Posth2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

Cliché Laperrine1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.

Cliché Laperrine1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.

Cliché Laperrine

1. — CHAOS GRANITIQUE. ADR’AR’ DES IFOR’AS.

A gauche, un dôme archéen. — L’homme en sentinelle indique l’échelle.

Cliché Posth2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

Cliché Posth2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

Cliché Posth

2. — GRANITE PORPHYROÏDE A IFÉROUANE (Aïr).

A droite, auprès de la case du kébir, El Hadj Mohammed, des charges de chameau.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.II.Cliché Pasquier3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).Cliché Chudeau4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.Au premier plan, quartzites cannelées.

Cliché Pasquier3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).

Cliché Pasquier3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).

Cliché Pasquier

3. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. TERRAIN ARCHÉEN.

Méharistes soudanais et sahariens à Timiaouin (28-30 avril 1907).

Cliché Chudeau4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.Au premier plan, quartzites cannelées.

Cliché Chudeau4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.Au premier plan, quartzites cannelées.

Cliché Chudeau

4. — ADR’AR’ DES IFOR’AS. LE PLI COUCHÉ DE L’OUED TESAMAK.

Au premier plan, quartzites cannelées.

Archéen.— Des massifs de granite et de gneiss granitoïde qui se présentent par grandes masses, couvrent des districts parfois accidentés de dômes hauts de 50 à 300 mètres. Ces dômes correspondent aux parties de la roche qui ont le mieux résisté aux agentsd’érosion et ne présentent aucun alignement net ; il n’y a pas de directions privilégiées dans ces massifs. Ce n’est certainement pas le lieu de discuter ici la genèse de ces formations granitiques dont l’origine, dans les pays les mieux connus, est encore obscure ; on peut les désigner, provisoirement tout au moins, sous le nom d’Archéen[4], en restreignant ce terme aux seuls noyaux granitiques et en excluant formellement les micaschistes et les roches analogues.

Les terrains archéens forment quelques affleurements importants : El Eglab, à l’ouest du Touat, a été vu par Lenz et plus récemment par Mussel ; le volcan d’In Zize repose sur un socle de granite. L’Adr’ar’ des Ifor’as, les contreforts sud-ouest de la Coudia appartiennent en partie à la même formation. Vers l’est, du moins entre l’Ahaggar et l’Aïr, l’Archéen ne joue plus qu’un rôle subordonné et ne forme plus que des îlots peu étendus. Le sergent Lacombe a envoyé tout récemment au Muséum, des environs de Fachi (région de Bilma), des granites qui montrent que la pénéplaine ancienne, parfois recouverte par des sédiments récents, se continue vers le Tibesti. Dans la carte géologique, je n’ai pu marquer que peu d’Archéen en dehors de ma route : les descriptions d’itinéraire, quelque précises qu’elles soient à d’autres points de vue, ne permettent que bien rarement de pouvoir séparer l’Archéen du Silurien métamorphique.

Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).

Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).

Fig. 1. — Blocs de granite porphyroïde près du cimetière d’Iférouane (Aïr).

Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).

Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).

Fig. 2. — Archéen. Massif granitique sur la rive gauche de l’oued Tyout (nord de l’Aïr).

Quel que soit le pays où on les rencontre, les régions granitiques ont partout le même aspect (fig.1et2) : elles sont semées d’énormes blocs arrondis, souvent entassés en grand nombre : c’est ce qu’on appelle en France des « Chaos » et au Sahara des « Erouakib » (Nieger). (Pl. I, phot.1et2). La présence des dômes y est aussi fréquente (Pl. IV,phot. 8).

On a souvent observé, en Bretagne par exemple, que ces paysages granitiques font une impression de hautes montagnes, fût-ce au niveau de la mer ; l’illusion est peut-être encore plus forte au Sahara : en France il y a presque toujours un peu de terre entre les blocs et la végétation masque partiellement la roche ; au désert tout cela est à nu, les points de repère font défaut qui permettraient d’estimer les distances ; le mirage, presque journalier, surélève le moindre objet ; aussi, quoique partout les massifs archéens forment des mamelons bas et diffus dont les points culminants se dégagent à peine, la plupart sont appelés des Adr’ar’, comme s’ils étaient de véritables montagnes.

Silurien.— Entre ces massifs archéens, des terrains dont l’origine sédimentaire ne peut être contestée sont constitués par des strates le plus souvent verticales, bien parallèles, épaisses de quelques mètres, parfois de quelques décimètres.

On y trouve, en bandes alternantes et indéfiniment récurrentes, des gneiss, des micaschistes, des phyllades, plus rarement des quartzites, des cipolins et parfois des poudingues. J’ai observé à plusieurs reprises, dans les quartzites, des ripple-marks et des traces d’annélides (des tubes plus ou moins en U), notamment dans l’Adr’ar’ Ahnet et au sud de l’Aïr, près de Bidei. Toutes ces assises sont injectées de nombreuses roches éruptives.

Cet ensemble, qui joue un rôle très considérable au Sahara, m’a paru bien homogène ; tout au plus peut-on remarquer que, vers le nord, dans le Bled El Mass et l’Adr’ar’ Ahnet, le caractère cristallin est moins accentué que dans la majeure partie du désert ; autour des massifs archéens, les cipolins et les quartzites, rares ailleurs, deviennent abondants : les récifs à polypiers et les grès, forme première des cipolins et des quartzites, ne prennent naissance qu’à peu de distance des rivages et la distribution de ces sédiments est probablement une preuve que l’Archéen formait déjà un continent ou des îlots lors de leurs dépôts ; il y aurait discordance entre les deux terrains.

Malgré ces différences de détail, il est impossible, pour le moment, d’établir une coupure dans cet ensemble que l’on peut désigner provisoirementsous le nom de Silurien, tout en admettant qu’il y aura lieu sans doute, lorsqu’il sera mieux connu, de distinguer à la base un étage précambrien. Cette distinction serait actuellement prématurée.

Le fait que, en bien des points du tassili du nord, l’Éodévonien repose en discordance sur les strates siluriennes redressées et arasées, indique une lacune entre les deux formations ; au Bled El Mass notamment le Silurien formait une pénéplaine avant le dépôt du Dévonien ; dans l’oued Amdja, la table d’Adafar repose aussi sur des schistes cristallins complètement nivelés ; les relations stratigraphiques sont analogues (fig. 15) dans les tassili du sud (Timissao, oued Tagrira).

Il faut donc admettre que, pendant le Silurien supérieur, la mer où se sont déposées les couches à Graptolithes, n’existait qu’au nord du tassili, et que, dans la majeure partie du Sahara, le Silurien n’est représenté que par ses termes inférieurs.

Dans une note récente[5], à propos des terrains que Voinot a observés entre le Mouidir et l’Anahef, Flamand, qui a eu tous les échantillons entre les mains, rapporte tout ce massif au Cristallophyllien que, en aucun point, ne viendraient pas interrompre des dépôts paléozoïques. Les descriptions si claires de Voinot, celles un peu plus anciennes de Guilho Lohan, ne permettent pas de douter de l’identité des formations géologiques, à l’est et à l’ouest de la Coudia ; Foureau a signalé les mêmes terrains dans le sud-est de l’Anahef. Je ne crois pas que le mot Cristallophyllien puisse être conservé autrement que pour désigner des terrains sédimentaires, d’âge très variable, modifiés par métamorphisme. C’est un terme qui ne nous renseigne que sur l’aspect pétrographique d’un échantillon et qu’il n’y a avantage à conserver que lorsque l’âge est complètement indéterminé. Au Sahara il est possible de préciser davantage : le Cristallophyllien y est antérieur au Dévonien ; il est donc certainement d’âge paléozoïque.

Le Silurien, bien que formé de roches très métamorphiques et le plus souvent aussi cristallines que des granites, donne naissance à des régions qui se distinguent au premier coup d’œil des régions archéennes : formé de bandes de duretés différentes et naturellement parallèles comme il convient à des roches sédimentaires, il donne naissance à une série de crêtes et de collines dont la direction est celle même des assises, le plus souvent nord-sud ; cette direction subméridienne dont Flamand a signalé l’importance au Tidikelt, estde beaucoup la plus fréquente au Sahara et semble dominer dans toute l’Afrique. Les crêtes les plus élevées, qui dominent souvent de plus de cent mètres la pénéplaine voisine, sont formées habituellement de quartzites, la roche la plus dure et la moins altérable de la série (fig. 3).

La direction des affleurements et par suite celle des rangées de collines est en général déviée autour des noyaux archéens : au S. d’In Zize elle est est-ouest ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, l’Adr’ar’ Tidjem dessine une cuvette synclinale très nette ; la même disposition se retrouve entre Tit et Abalessa. Cette allure particulière des plissements est peut-être encore une preuve d’une discordance entre les deux terrains, et, quoiqu’il soit possible de l’interpréter autrement, il convient de la rapprocher de l’abondance relative des cipolins et des quartzites autour des massifs granitiques.

Les plissements qui ont redressé les couches siluriennes ont été fort énergiques et reproduisent les traits que l’on est accoutumé à observer dans les régions montagneuses. Dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as, une colline qui domine la rive gauche de l’oued Tesamak montre sur son flanc oriental des bancs de quartzites presque verticaux, et dont la surface couverte de cannelures (Pl. II,phot. 4) porte des traces incontestables de charriage ; au sommet de la colline les mêmes quartzites sont horizontales et un peu plus à l’ouest on en trouve des lambeaux épars reposant sur l’Archéèn. Nous aurions donc la racine d’un pli couché et déversé vers l’ouest.

Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).

Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).

Fig. 3. — Crêtes siluriennes (quartzites) à direction subméridienne. Rive droite de l’oued Takaraft (nord de l’Aïr).

La colline qui présente ce phénomène est l’extrémité nord d’une série de crêtes orientées suivant le méridien et dont la principale (Raz Taoundart) est un des points les plus élevés de l’Adr’ar’ ; toutes ces crêtes sont des quartzites et jalonnent un contact entre l’Archéen et le Silurien. Je n’ai malheureusement pu les voir de près que dans l’oued Tesamak.

Le contact du Silurien et du massif éruptif de l’Adr’ar’ Igherran, près de Timiaouin, est aussi anormal ; il y a des traces de charriage.

J’ai pu noter en outre dans la vallée de l’oued Aflisés, au voisinagede l’Adr’ar’ Denat, entre In Ouzel et Tin Zaouaten, un pli couché que j’ai pu suivre pendant six à sept kilomètres.

Il ne saurait être question, au cours d’une marche rapide comme celle que l’on est obligé de faire au Sahara, et surtout en l’absence de cartes topographiques détaillées, de chercher à débrouiller des accidents tectoniques aussi compliqués ; la chose serait sans intérêt pour le moment.

Il est bon toutefois de remarquer que le régime tabulaire qui, l’Atlas mis à part, semble être la règle en Afrique, n’y a pas toujours dominé, et que des plissements très nets ont autrefois donné naissance à une véritable chaîne de montagnes, en bordure du massif archéen africano-brésilien.

Ces schistes cristallins ont une grande extension dans le Sahara central et la carte (hors texte) montrera que, à part une courte interruption causée par les tassili du sud, le Silurien forme la majeure partie des terrains qui, depuis le Mouidir et l’Ahnet, s’étendent jusqu’à 17° de latitude.

Ils sont également bien développés dans le Rio de Oro, entre l’Atlantique et la sebkha d’Idjil (fig. 4).

Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga,Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77.1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).

Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga,Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77.1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).

Fig. 4. — Coupe géologique du Rio de Oro, de Villa Cisneros à la sebkha d’Idjil (370 km.). — D’après Quiroga,Revista de Geografia comercial, 15 déc. 1886, p. 77.

1, Granite formant des pénéplaines avec dômes de 40 m. à 50 m. ; 2, Gneiss, plaine à peine accidentée ; 3, Schistes cristallins (Micaschistes, amphibolites et granulites) ; 4, Paléozoïque (Quartzites, Schistes et Calcaires) ; 5, Tertiaire (en partie Miocène, d’après Font y Sagué) ; 6, Quaternaire (100 m.) (Calcaires argileux et grès à Hélix ; F, faille).

Dévonien.— On a décrit en détail, dans le Sahara Algérien, les plateaux de grès dévoniens qui constituent l’Ahnet et le Mouidir (I,p. 292-298). De nombreux fossiles y ont été rencontrés et leur âge est rigoureusement fixé.

Au sud de la Coudia, des plateaux très comparables, encore assez mal connus sauf en quelques points, commencent un peu à l’est d’In Azaoua et s’étendent vers l’ouest jusqu’au nord de Tombouctou.

Dans la région de Timissao (tassili Tan Adr’ar’), ils sont constitués par des grès de couleur claire à patine foncée, que l’érosion a souvent découpés en colonnes et en obélisques (Pl. III) ; leur puissance estd’une centaine de mètres, beaucoup moindre que dans l’Ahnet où l’Éodévonien a 300 mètres d’épaisseur. De plus le niveau argileux qui, intercalé au milieu des grès joue un rôle assez considérable dans le plateau du Nord, n’a ici aucun représentant, sauf peut-être à l’oued El R’essour. Quelques Bilobites à l’entrée de la gorge de Timissao et d’autres beaucoup plus à l’est, près d’Assiou (Foureau), sont des documents paléontologiques un peu maigres pour affirmer l’âge dévonien de toute cette formation ; ils confirment cependant l’impression que donne l’identité d’aspect avec les grès de l’Ahnet. De plus, au cours de la tournée à Taoudenni qui a suivi longtemps la bordure nord de ces plateaux, Mussel[6]a trouvé à Bekati El Bess, près de Sounfat, quelques fossiles (Productus,Rhynchonella,Spirifer) que Flamand considère comme dévoniens. L’âge de ces grès peut donc être considéré comme assez bien établi.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Ces tassili forment une longue bande, limitée vers le nord par une falaise ; elle est interrompue et découpée en plusieurs plateaux (Timissao-Tirek-In Ameggui-Tin Ghaor) autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as qui, grâce à son altitude élevée (1000 mètres) a été un centre hydrographique important : l’érosion fluviale explique la formation des témoins que nous venons d’indiquer.

La bordure méridionale de ce très long plateau est encore mal connue : dans la région d’In Azaoua, il n’y a pas de falaise continue, mais une série de gours isolés (fig. 5). Foureau [Doc. Sc., I, 191, et Cartes, Pl. III] a figuré des paysages identiques dans le Tagharba, au nord d’In Azaoua. De Timiaouin jusqu’au Timetrin, le capitaine Cauvin me signale une série de plateaux gréseux qui, vers le Nord, vont rejoindre ceux qu’a vus le colonel Laperrine.

Les grès dévoniens qui constituent ces plateaux sont horizontaux dans l’ensemble, avec quelques dérangements locaux, comme dans le tassili du nord dont ils reproduisent l’allure stratigraphique.

L’un des plus nets se trouve à une journée de marche au sud de Timissao : deux failles parallèles, orientées presque exactement est-ouest et distantes d’un kilomètre à peine, ont surélevé un lambeau de Silurien, dont le sommet a été porté à hauteur du tassili. Ce Silurien est surmonté de quelques aiguilles de grès bien visibles au sud des r’edir de Tin Azaoua, r’edir dont il est la condition.

C’est une dénivellation d’une cinquantaine de mètres au moins. L’oued Tichek a profité de ces failles pour creuser sa vallée et il a mis a nu de belles surfaces de grès dévoniens parfois polies comme un miroir, plus souvent cannelées ou striées. Sur le plateau, en amont de l’oued Tichek, la faille est bien jalonnée par une brèche de friction, large de quelques décimètres [Cf.Bull. S. Géol. de Fr., VII, 1907, p. 325].

Ces failles se prolongent à l’ouest de l’oued En Nefis où l’on voit une gara dévonienne portée par un socle silurien en saillie notable.

Le tassili de Timissao est limité presque partout par une falaise à pic formée de couches horizontales ; cependant au point où la piste de Tin Azaoua à Silet descend du plateau, pendant une centaine de mètres, le Dévonien plonge de 45° vers l’ouest : grâce à ce petit accident la descente de la falaise est singulièrement facilitée ; presque partout ailleurs elle forme une haute muraille infranchissable qu’il faut contourner ; les petits oueds qui en descendent l’ont à peine entaillée et leurs rives ne sont pas praticables ; le petit lac de Tamada, situé dans l’un d’eux, est d’un abord difficile pour les chameaux.

Dans le tassili de l’oued Tagrira, les failles et les diaclases sont particulièrement abondantes et ce plateau est une véritable chebka ; il y a eu aussi bossellement de la surface, et l’aguelman de l’oued El R’essour occupe le centre d’une cuvette synclinale ; les plongements ne dépassent pas d’ailleurs quelques degrés.

On retrouve les mêmes caractères tectoniques dans les tassili du nord.

Vers l’est, d’après les indications de Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 283], le Dévonien du tassili des Azdjer se prolongerait jusqu’au Tibesti et au Kaouar.

Le commandant Gadel[7]donne quelques détails sur le plateau qui, à quelque distance à l’est, domine d’une centaine de mètres l’oasis de Bilma (Kaouar). La muraille qui la limite serait formée de grès et de schistes ; entre les blocs éboulés se trouvent de nombreuses cavernes qui, en cas d’alerte, servent de refuge aux habitants de l’oasis.

Ces renseignements ne permettent sûrement pas d’affirmer que l’on a bien affaire à du Dévonien ; j’ai cependant maintenu l’indication du Dévonien sur la carte auprès de Bilma, ne serait-ce que pour rappeler l’existence de ce plateau et les questions qu’il soulève. Parmi les échantillons que le sergent Lacombe a, tout récemment, envoyés au Muséum, quelques grès blancs à ciment siliceux, provenant des hauteurs voisines de Fachi, rappellent, par leur aspect, les roches éodévoniennes.

Beaucoup plus à l’ouest le Dévonien est connu. Dans son exploration en Mauritanie, Dereims, d’après les renseignements oraux qu’il a bien voulu me donner, l’a rencontré dans l’Adr’ar’ Tmar dont l’oasis d’Atar occupe le centre. Ce Dévonien est fossilifère : Dereims y avait recueilli des Spirifères, que la fin malheureuse de l’expédition l’a empêché de rapporter en Europe. Il est constitué comme celui de Timissao par des grès légèrement ferrugineux ; les sections fraîches sont de couleur claire, rougeâtre, mais la roche en place est couverte d’une patine noire. Lorsque l’on vient de l’Ouest, on quitte les terrains quaternaires vers Touizikt, à 150 kilomètres du littoral atlantique. La marche se poursuit pendant 200 kilomètres sur des gneiss, des micaschistes, des phyllades, des quartzites et de rares cipolins, d’affleurements nord-sud. Ces assises siluriennes, lardées de diabases, d’abord presque verticales, n’ont plus qu’un plongement assez faible vers l’est, au pied de la muraille d’Atar ; elles forment une pénéplaine qui ne diffère que par sa moindre altitude et son ensablement du tanezrouft d’In Zize et qui se prolonge vers le nord au moins jusqu’au Rio de Oro.

La muraille d’Atar est une falaise, haute d’au moins 120 mètres et qui, du nord au sud, se poursuit sur une très grande longueur ; on la retrouve peut-être plus au sud, dans le Tagant ; elle est constituée par les grès dévoniens. Dereims y signale quelques bancs plus schisteux et plusieurs niveaux calcaires.

Cette haute falaise franchie, on arrive sur un plateau formé de couches légèrement inclinées vers l’est, d’une quinzaine de degrés. Au point le plus bas se trouve l’oasis d’Atar. Un peu plus loin, une seconde falaise, due sans doute à une faille, délimite à l’ouest un second plateau sur lequel se dresse l’oasis de Chingueti.

Cette région d’Atar est bien encore une région tabulaire ; les plissements hercyniens ne s’y sont pas fait sentir.

R.Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl.III.Cliché Laperrine5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Cliché Laperrine6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Tassili du Sud.

Cliché Laperrine5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Cliché Laperrine5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Cliché Laperrine

5. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Cliché Laperrine6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Tassili du Sud.

Cliché Laperrine6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.Tassili du Sud.

Cliché Laperrine

6. — GRÈS DÉVONIENS A TIN GHAOR.

Tassili du Sud.

Dans la région du Cap Blanc et dans le Rio de Oro, le Dévonien est inconnu ; le grès fondamental que Gruvel a signalé près de Port-Étienne,est quaternaire ou pliocène ; d’autres grès sont miocènes (Font y Sagué). Il ne semble pas qu’il y en ait de plus anciens, près de l’Atlantique.

Carbonifère.— Entre l’Adr’ar’ Tmar et les tassili touaregs, il semble que le Dévonien fait défaut ; du moins entre Taoudenni et le Touat, le Carbonifère repose directement sur le Silurien.

Lenz avait signalé des calcaires paléozoïques dans la région de l’erg Chach. Au cours de la fructueuse tournée des méharistes à Taoudenni, Mussel a pu recueillir d’importants matériaux qui permettent de préciser les indications un peu trop vagues de Lenz.

Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel,Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues.1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.

Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel,Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues.1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.

Fig. 6. — Coupe schématique d’El Khenachiche à Taoudenni. — D’après Mussel,Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique Française, juin 1907, p. 151 et 152. Les altitudes sont mal connues.

1, Schistes cristallins et Quartzites ; 2, Calcaires gris fossilifères ; 3, Calcaires rosés non fossilifères (15 à 18 m.) ; 4, Calcaires bleuâtres ou violacés, fossilifères au sommet (13 m.) ; 5, Argiles gypsifères (Infracrétacé ?) ; 6, Grès rouges (Infracrétacé ?) ; 7, Conglomérats siliceux ; 8, Atterrissements quaternaires, sebkha.

D’El Eglab où elles s’appuient sur l’Archéen, jusqu’au voisinage de la falaise d’El Khenachiche, des couches très plissées, que Mussel rapproche des assises siluriennes du Bled El Mass (au nord de l’Ahnet), forment partout le sous-sol ; dans l’Aoukarr qui est une véritable chebka, ces schistes cristallins et ces quartzites ne sont guère recouverts que par des dunes ou des atterrissements récents. Mais plus au sud ils sont surmontés d’un plateau calcaire, de structure tabulaire, la hammada El Haricha (fig. 6). Ces couches presque horizontales débutent par des calcaires gris de puissance mal déterminée, parfois légèrement gréseux et contenantProductus semi-reticulatusMart,Pr.aff.FlemingiSow.,Spiriferaff.cuspidatusMart. Au-dessus, 15 à 18 mètres de calcaires, verts et 10 mètres de calcaires violets n’ont fourni aucun fossile. Ces couches stériles sont surmontées de 3 mètres de calcaires violacés que termine parfois un niveau siliceux (0,60). Flamand y signale les formes suivantes :

Productusaff.africanusStoch.

Lithostrotion irregularePh.

L.»Martini. M. Edw. et Haime.

C’est donc incontestablement du Carbonifère ; mais le nombre des fossiles est trop restreint, leur état de conservation trop médiocre pour qu’il soit possible de préciser davantage le niveau.

En tout cas, il importe de bien mettre en évidence que la hammada El Haricha repose directement sur les schistes siluriens et que rien ne semble représenter le Dévonien ; cette transgression du Carbonifère, qui manque dans la majeure partie du Sahara soudanais, est un fait important.

Les calcaires d’El Biar et de Taoudenni supportent, en discordance, quelques zones gréseuses (Crétacé inférieur ?) ; ils forment un dôme anticlinal peu marqué : du côté de Taoudenni les couches plongent de 5° vers l’ouest ; le pendage ne dépasse pas 10° vers le sud-est, entre El Biar et El Khenachiche.

Extension des terrains anciens vers le sud.— A hauteur du 17° de latitude nord, ces formations primaires disparaissent sous des sédiments beaucoup plus récents, horizontaux, du Crétacé et du Tertiaire (fig. 68). Cette interruption est de courte durée.

Elles réapparaissent sur le Niger à Tosaye, d’où le capitaine Aymard, d’après les renseignements inédits qu’il a bien voulu me communiquer, a pu les suivre vers le Sud jusqu’à la mare de Doro ; Aymard mentionne, le long de l’itinéraire, des lignes de collines, de gneiss ou de schistes, émergeant du sable et note à chaque instant la présence de quartz ; les cipolins et les serpentines que l’on exploite près de Hombori, à Dakoa, pour la confection des bracelets, ne diffèrent pas des roches siluriennes qui, dans tout le Sahara, sont employées au même usage ; Desplagnes [Le Plateau Central Nigérien, Pl. XIV] figure une exploitation semblable à Belia.

La continuité de cette arête silurienne entre Tosaye et Hombori n’est donc pas douteuse.

On retrouve avec une grande netteté, entre Ansongo et Say, le Silurien dans le lit du Niger, où il est la cause de nombreux rapides. Comme partout ailleurs, ce Silurien est injecté de nombreuses roches éruptives.

Plus à l’ouest, Desplagnes a recueilli des quartzites auprès de Sumpi ; il a rapporté, de la région du Faguibine, des arkoses qui prouvent la proximité de roches feldspathiques et font pressentir que les roches cristallines sont à peu de distance. La carte de Lenz[Petermann’s Mitt., 1882, I] indique le Silurien à mi-chemin entre Taoudenni et le Niger.

A l’est enfin, le massif de Zinder est en partie constitué par des bancs verticaux de quartzites et de micaschistes, à affleurement subméridien, qui appartiennent au même ensemble.

Au sud de ces régions du nord du Soudan, où les roches anciennes ne se montrent que dans d’étroites boutonnières, l’Archéen et le Silurien reprennent un rôle considérable. Desplagnes[8]mentionne, au sud de Bammako, dans la région aurifère des sources du Bakoy, des micaschistes et des schistes cristallins ainsi que des diabases.


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