XLVII

JUILLET s’acheva. Août passa. La fin de juillet avait été moins belle. Août ne fut guère meilleur. Sous un ciel souvent chargé de nuages, Paris reçut de la pluie par journées entières.

Sans nouvelles de Mousseline, qui s’obstinait, en vraie Trébuc, à ne pas demander son pardon, les Trébuc menaient leur morne existence quotidienne, sans soucis matériels excessifs.

Comme l’avait prévu la mère Trébuc, la vie était un peu moins chère. Un peu seulement, mais assez pour que la mère Trébuc pût arriver à joindre les deux bouts en n’imposant pas à son mari de trop cruelles privations. Elle songeait cependant que cette période de répit que sont les mois de vacances pour les ménages de petites ressources, ne serait pas éternelle, et que, malgréles espoirs que chacun nourrissait d’un avenir plus clément, la mauvaise saison des prix qui montent reparaîtrait en même temps que les Parisiens revenus.

—Et en hiver? se disait la mère Trébuc. Comment ferons-nous?

C’est alors surtout que, pratiquement, l’absence de Mousseline serait sensible. Faudrait-il priver le père Trébuc d’un peu plus de viande, même frigorifiée, quand il n’en mangeait déjà pas outre mesure, ou de son vin rouge? Mais il avait besoin de son vin et de sa viande pour affronter les rigueurs de l’hiver, sous la bise glacée du square des Batignolles.

La mère Trébuc songeait parfois au magot que son mari avait amassé, pour le mariage de Mousseline, avec les gains de ses manilles. Le magot ne servirait sans doute jamais au mariage de Mousseline, hélas. Toutefois, si la mère Trébuc ne projetait pas de l’entamer en cas d’urgence, car on ne sait pas ce que l’avenir réserve à un chacun, elle pensait que le père Trébuc pourrait lui remettre les gains qu’il réalisait de nouveau chaque soir, au lieu d’en grossir inutilement le magot sans emploi certain.

Car le père Trébuc avait succombé aux invitations de ses camarades, et repris sa place à lamanille de chaque soir. On n’entendait plus, dans la salle enfumée du petit café de la rue Boursault, les monologues poissards de la mère Chateplue, matrone à la poitrine monstrueuse, mais on y entendait, comme par le passé, de temps en temps, la voix triomphante du père Trébuc qui annonçait:

—Je coupe, et atout!

Il semblait que le père Trébuc eût moins de circonspection qu’autrefois dans ses propos. Il lui échappait souvent, en plein café, des opinions hardies et d’irrespectueuses apostrophes. Les jours de pluie, par exemple, si quelqu’un maugréait contre le mauvais temps ou se plaignait des fichus étés que nous avons en France à présent,—l’avez-vous remarqué?—le père Trébuc affichait un contentement parfait. Il riait, disait:

—Tant mieux!

Et il commençait une vigoureuse apologie pour le mauvais temps qui vengeait les pauvres,—et il disait quelquefois: les prolétaires, car il aimait les mots emphatiques dont le sens est obscur,—et il jubilait parce qu’il y a une justice ici-bas et qu’à la campagne et au bord de la mer où ne vont pas les pauvres, dans leurs villas, leurs châteaux et leurs palaces, les richespouvaient constater que leur argent ne leur permet pas tout.

—Sacré père Trébuc! disait-on en lui tapant sur l’épaule.

Il voyait qu’on l’écoutait. Il se rappelait qu’autrefois aussi on l’écoutait, autrefois, avant 1914, quand il racontait ses campagnes, décrivait les mœurs des Chinois, ou parlait de la reine Ranavalo et du colonel Gallieni. La guerre, en éclipsant ses guerres, lui avait enlevé son prestige. Longtemps, il s’était tu, gardant pour lui ses souvenirs, par discrétion, par convenance. Et voilà que derechef on l’écoutait quand il se mettait à parler. On faisait cercle autour de lui. Et il prenait là une petite revanche, sans plus s’inquiéter ni de convenance ni de discrétion.

—Sacré père Trébuc! disait-on en souriant.

LE mauvais temps ramena maints Parisiens plus tôt que de coutume. Le père Trébuc les regardait revenir, et débarquer de leurs taxis ou de leurs omnibus de gare, avec un air de commisération goguenarde qu’il n’aurait jamais eu l’année précédente.

Dès le début de septembre, deux de ses locataires revinrent: les Mujol, ce couple peu sympathique dont le misérable Rodolphe Jaulet avait été le pensionnaire, et les Versu, autre couple de vieillards peu sympathiques, assez distants, et sur qui l’on ne glosait du reste pas dans le quartier.

Monsieur Daix aussi revint, avec son attitude réservée qui ne trompait pas le père Trébuc.

—Il n’a pas de quoi être si fier! songeait le père Trébuc. Sa médaille! Sa médaille! Il l’a eue parce qu’il a perdu son bras. Ça ne prouvepas qu’il était un héros. Il y en a qui ont été blessés, mutilés, et décorés de la médaille militaire, en fichant le camp au cours d’une attaque. Potonnot en connaît un comme ça. Même que celui-là fut blessé par son capitaine, qui lui tira dessus parce qu’il se sauvait. Ainsi!

Le père Trébuc était bien changé. Rares, très rares, ceux que sa critique en éveil épargnait. Il ne respectait plus aveuglément les personnes qu’il avait jadis portées aux nues. Même sur madame Loissel, sur la brave madame Loissel ruinée, qui vivait avec dignité dans la chambre de son ancienne cuisinière, au sixième, il trouvait à faire au moins des restrictions.

—De quoi qu’elle se mêlait, celle-là? songeait-il. Est-ce que nous pensions, nous, que son Monsieur Daix pourrait épouser notre Mousseline? Elle en avait plein la bouche de son Monsieur Daix. Sûr que, sans elle et toutes ses histoires, j’aurais jamais pensé à ce garçon pour ma fille, et j’aurais peut-être pas refusé le petit musicien des Mujol, et j’aurais encore ma fille.

A ses diatribes, la mère Trébuc ne répondait rien. Elle comprenait que son mari était malheureux. Elle était malheureuse. Que pouvait-elle répondre? Elle avait accoutumé, depuistoujours, de ne pas le contredire. Elle lui laissait volontiers cette chétive joie.

Mais le père Trébuc éprouva une joie profonde, le 6 septembre, un jeudi.

Le 6 septembre, il y eut en effet un scandale dans la maison, un scandale où le père Trébuc n’était pas en cause, et plus grave que celui qui l’avait frappé.

Depuis deux ou trois jours, il s’en souvint par la suite, il avait remarqué que le docteur Aubenaille, qui n’habitait dans la maison que depuis trois mois, qui ne s’était pas absenté pendant les vacances, et qui avait reçu une clientèle moins nombreuse, mais toujours aussi choisie, de femmes presque toutes fort élégantes, paraissait inquiet ou souffrant.

—Je comprends! dit le père Trébuc, le 6 septembre.

Tout le monde comprit: le docteur Aubenaille, médecin spécialiste qui soignait une majorité de jolies malades, fut arrêté, emmené, et mis en prison.

Le lendemain, le père Trébuc lut avidement la colonne entière que leJournalconsacrait aux soins spéciaux que les jolies malades sollicitaient du médecin complaisant. Un portrait occupait le milieu de la page. Le père Trébuctrouva qu’il ressemblait mal au docteur Aubenaille.

Le père Trébuc, et sa femme avec lui, fut interrogé par des journalistes polis, jeunes, indiscrets, et enfin encombrants, qui lui prêtèrent des propos qu’il ne reconnut pas, quand il les lut dans leurs journaux. Et il fut félicité par ses amis, le soir, à l’heure de la manille.

—C’était un beau coco, ton médecin! lui dit-on.

—Je m’en doutais, répondit-il. Je l’avais à l’œil.

—Paraît qu’il gagnait tout ce qu’il voulait.

—Dame! Les femmes de la haute, ça a des amants qui casquent sans grogner, lorsqu’ils ont fait des bêtises.

Et le père Trébuc ajoutait:

—En voilà un qui ne pensait pas que la vie humaine, c’est sacré!

Mais lui seul pouvait saisir le sens complet de son exclamation.

LE scandale du docteur Aubenaille alimenta les conversations du quartier de l’église Sainte-Marie pendant plusieurs jours. Le père Trébuc fut l’objet de maintes et maintes questions. Il redevenait un homme qu’on ne méprise pas quand il passe. On avait besoin de lui. Il détenait peut-être des secrets croustilleux qu’il ne révélait pas aux indifférents. On le salua beaucoup pendant quelques jours.

L’intérêt n’était pas encore éteint, et la curiosité pas encore rassasiée, lorsque revinrent de Trouville, le 15 septembre, les Baquier, père, mère, fille, cuisinière, femme de chambre, et petite chienne, en deux taxis. Ce fut un retour magnifique, bien que monsieur Marsouet y manquât: un stupide accident de la rue, où sa limousine eut un garde-boue défoncé, l’obligead’arriver rue Legendre, en simple taxi également, quand la famille était déjà rentrée.

Ces choses furent répétées au père Trébuc, dès midi, par sa femme. Mais il les avait apprises un peu plus tôt par mademoiselle Jeanne, femme de chambre des Baquier, dont le premier soin fut de conduire la Choute de sa maîtresse au square des Batignolles.

Depuis le départ de Mousseline, qui semblait lui conférer on ne sait quels droits, mademoiselle Jeanne n’avait pas eu à l’égard des Trébuc une conduite bien relevée. Mais deux mois d’absence suffisent à transformer les pires sentiments, comme les meilleurs. Et mademoiselle Jeanne, tenant en laisse la Choute qui sauta tout de suite aux jambes du concierge, aborda le père Trébuc, près du kiosque à musique, avec son sourire le plus large, le plus gracieux, le plus désarmant. Que n’avait-elle pas, en effet, d’inattendu à apprendre au père Trébuc?

Les salutations à peine échangées, le père Trébuc crut qu’il ne pourrait pas demeurer plus longtemps debout. Des yeux, il cherchait un banc, comme s’il était près de défaillir. Mademoiselle Jeanne, sans détours, lui disait:

—Vous ne savez pas, père Trébuc? Nous avons vu votre fille. Oui, avec un vieux Monsieur très chic, dans une talbot tout ce qu’il y a de riche, au moins une quarante hachepés de soixante mille que disait Monsieur Marsouet.

Le père Trébuc était abasourdi.

—C’est Mademoiselle qui l’a reconnue, conta mademoiselle Jeanne, à Deauville, le jour du grand prix. Elle était jolie comme tout, à ce qu’il paraît, et chic, et tout! Même que Mademoiselle disait qu’elle avait été vite, mademoiselle Mousseline.

Et mademoiselle Jeanne ajouta, baissant la voix par précaution:

—Voulez-vous que je vous dise? Mademoiselle était jalouse, parce que Monsieur Marsouet disait comme ça que c’était un beau brin de fille, votre fille, bien entendu.

Le père Trébuc souriait des yeux. Il se retint pour ne pas embrasser mademoiselle Jeanne, une bonne fille, elle, tout de même, songeait-il. Bonne fille, certes, qui n’était pas jalouse et qui oubliait les réprimandes que le père Trébuc ne lui avait pas ménagées, à cause de ses frasques nocturnes. Car elle lui dit encore:

—Dites, père Trébuc, si Mademoiselle Mousseline a besoin d’une femme de chambre, vous me recommanderez à elle, pas? Vous savez, je suis dévouée, et plus sérieuse que j’enai l’air dans mon service. Et j’aimerais mieux servir Mademoiselle Mousseline que Mademoiselle Baquier, parce que, vous savez, Mademoiselle Baquier, entre nous, c’est une belle vache.

Mais la Choute, tirant sur sa laisse, entraîna Mademoiselle Jeanne. Ainsi le père Trébuc put-il dissimuler son émotion.

Il pensait que midi ne sonnerait jamais. Il avait hâte de porter l’étourdissante nouvelle à sa femme. Mais quand il rentra, pour le déjeuner, elle la connaissait aussi, par monsieur Marsouet, qui l’avait félicitée.

—Je m’offre un pernod, s’écria le père Trébuc.

Le père Trébuc, l’ayant jugé véritable, s’était fabriqué du pernod selon la formule de son camarade. Tous les soirs, après la manille et le vermout-cassis insignifiant, il s’en préparait un, chez lui, dévotement, comme faisaient les amateurs, avant la guerre, dans tous les cafés de France.

Ce jour-là, par exception, le père Trébuc s’en prépara un à midi. Il était trop ému.

LES bonnes nouvelles se répandent aussi promptement que les mauvaises. Il ne fallut pas longtemps pour que tout le quartier de l’église Sainte-Marie connût l’heureuse fortune de la petite Mousseline, fille du père Trébuc, gardien du square des Batignolles, et de la mère Trébuc, concierge rue Legendre, près du pont. L’intérêt des gens du quartier s’était porté sur les Trébuc à cause du scandale du docteur Aubenaille. Il s’y fixa, plus précis, à cause du succès prodigieux de la petite Mousseline. Car, naturellement, le succès de Mousseline, grossi de bouche en bouche, devint prodigieux. Naturellement aussi, au dire des gens, il ne surprit personne.

—Une si jolie fille!

—Si régulière!

—Si distinguée!

On estimait que la petite Mousseline ne méritait pas moins. On ne savait pas au juste si elle était mariée ou si elle ne l’était pas. Mais, même pour ceux qui ne supposaient pas qu’elle fût mariée, la fille des Trébuc récoltait, enfin, après assez d’épreuves, les fruits légitimes de sa persévérance et de son honnêteté.

—Ces Trébuc, disait-on seulement, comme ils sont cachottiers!

—Ce sont de braves gens, rectifiait un autre: des modestes, voilà tout, qui ne veulent pas éblouir de leur bonheur le pauvre monde.

Déjà l’on expliquait de cette façon les allures plus dégagées, plus libres, et voire parfois hardies, que le père Trébuc avait prises depuis quelque temps. Et si un jaloux se montrait étonné ou que Mousseline ne vînt pas chez ses parents ou que les Trébuc demeurassent concierges, on lui répondait:

—Je vous répète qu’ils ont du tact. Mais, un jour, vous verrez, ils s’en iront sans tambour ni trompette, pour aller vivre avec leur fille, et ils auront des domestiques, et une auto, et tout le diable et son train.

A preuve, on citait le témoignage de mademoiselle Jeanne, femme de chambre des Baquier,qui avait demandé de servir comme femme de chambre chez mademoiselle Trébuc.

Le père Trébuc laissait dire. Des propos flatteurs lui revenaient aux oreilles. On n’osait pas lui poser des questions trop directes, car il souriait d’un air malin en regardant les gens. Il souriait, ce qui était un aveu délicat. Au reste, chacun pouvait observer que, depuis le mois de juillet, le père Trébuc paraissait moins vieux, moins voûté, plus allègre. Dans le petit café du coin de la rue Boursault, où il buvait plus que de coutume, ne se contentant pas comme autrefois de son classique vermout-cassis, qu’il faisait suivre d’un picon-citron ou d’un deloso-suze, bien qu’il se préparât en outre, chez lui, avant chaque repas, un solide pernod, il pérorait pour toute la salle à l’occasion du moindre événement. Une telle attitude en dévoilait plus que le père Trébuc n’en voulait avouer.

On ne parlait plus guère dans le quartier du scandale récent causé par l’arrestation du docteur Aubenaille. Le succès de mademoiselle Trébuc occupait davantage les esprits. Et il n’était presque personne qui rappelât ou se rappelât que, six mois auparavant, la petite Trébuc avait disparu, de manière assez mystérieuse, en compagnie d’un blanc-bec de violoniste. Pour beaucoup, le père et la mère Trébuc cessèrent d’être le père Trébuc et la mère Trébuc. Mademoiselle Jeanne fut l’une des premières à dire désormais Monsieur Trébuc.

Le père Trébuc souriait. Évidemment, lorsqu’il était seul avec sa femme, tête à tête dans la loge, et que, commentant la situation, qui était troublante, il rêvait tout haut en dégustant son pernod, il se plaignait encore que Mousseline continuât de ne pas donner signe de vie à ses parents. Mais ses rêves l’emportaient, et il pensait que Mousseline préparait en secret un grand coup, qu’elle ne reviendrait qu’au moment où tout serait prêt, et qu’ils auraient alors, et enfin, le père et la mère Trébuc, qui avaient tant souffert, leur revanche et leur récompense.

—Tu verras, disait-il, tu verras. Tu ne crois pas?

—Dame! répondait la mère Trébuc.

Elle ne demandait qu’à le croire, car il est bon de rêver.

Que sur ces entrefaites vînt à passer devant la loge monsieur Daix, le mutilé du cinquième, avec la manche de son veston ballante:

—Non, mais, disait le père Trébuc sans baisser la voix, regarde-moi ce nicodème!

Et, de son geste familier, il touchait, sans en avoir l’air, les trois médailles qui paraient sa tunique, ou, s’il n’était pas en uniforme, la place des trois médailles sur sa poitrine.

IL en était venu là, le père Trébuc, après six longs mois de douleur, de honte, de regrets, et de réflexions, lui jadis si sévère, si strict, qu’il ne tenait plus indispensable que sa Mousseline fût mariée pour mériter le respect du monde et l’approbation de son père. Il en était venu là, lui, le vieux soldat nourri d’honneur et de devoir, qu’il ne condamnait plus ceux qui dédaignent tout pourvu qu’ils soient heureux.

Ce quartier des Batignolles, qu’il avait aimé d’emblée pour l’air de paix provinciale qu’on y respire, il n’avait pas su y voir tout de suite ce qui s’y cache de vie secrète. Ou, s’il le vit, il se sentait hiérarchiquement trop bas placé pour le juger et, à plus forte raison, pour le condamner. Mais, depuis le départ de Mousseline, depuis que, si l’on peut dire, tout avait chaviré dans le cœur du père Trébuc, le père Trébucavait regardé, avait vu, avait pesé, et n’avait pas condamné. Le malheur ne rend pas bienveillant, mais il porte à l’indulgence.

Ce quartier si paisible des Batignolles, si bourgeois, si correct, il est singulier. Sous des apparences de vertu tranquille, il n’y a pas de maison qui n’abrite au moins une femme entretenue. Sans éclat, sans impudeur, la prostitution y a un caractère irréprochable. On rencontre dans la rue une femme; elle baisse les yeux; à sa mise, on la prend pour une mère de famille ou une épouse de fonctionnaire, de fortune médiocre; souvent, elle l’est; souvent, saluée bas par les fournisseurs, et vivant seule ou avec ses parents, fille ou veuve, elle reçoit chez elle, un certain nombre de fois par semaine, à jour fixe, pendant quelques heures, un homme, toujours le même, dont elle vit. Tant de discrétion couvre ces amours clandestines qu’on peut s’y méprendre. Mais comment crier à l’abomination de la désolation? Il ne manque pas de ménages officiels qui soient moins propres.

Longtemps, le père Trébuc avait jugé sévèrement les Baquier, qui vivaient, père mère, et fille, de monsieur Marsouet, sénateur, et par ailleurs marié. Mais il avait bien dû s’apercevoir que nul ne faisait grise mine à ses locataires etque, dans la plupart des maisons du quartier, les familles Baquier n’étaient pas rares. Puis il avait appris à ses dépens que, somme toute, la terrible faute commise par sa fille Mousseline, mal connue, gardée secrète, lui avait paru de beaucoup plus terrible à lui qu’aux autres. Il s’en était exagéré la gravité, et il avait fini par le comprendre, comme il avait fini par comprendre qu’à vouloir être plus royaliste que le roi, il faisait métier de dupe. Où allait la considération? A ceux qui ont de l’argent. Le respect, l’envie, les coups de chapeau, les courbettes? Aux mêmes. Et l’indifférence, sinon le mépris? Aux autres. N’y a-t-il pas là de quoi tenter un honnête homme, quand il est pauvre? Et qui lui jettera la pierre, lorsque la vie est si difficile, lorsque le pain se vend plus d’un franc le kilo, lorsque les vieux serviteurs du pays touchent un salaire dérisoire, lorsqu’il suffit enfin qu’une fille soit jolie pour que ses parents vivent, heureux, estimés, dans l’aisance?

Mousseline pouvait revenir, mariée ou non, pourvu qu’elle revînt. Le père Trébuc ne souhaitait pas autre chose. Il avait trop souffert. Si du moins il souhaitait, ou ne refusait pas autre chose, il sentait autour de lui que nul ne lui jetterait la pierre. Il sentait déjà qu’on l’enviaitparce qu’on savait que sa fille n’était plus une simple dactylographe. Et que devait-il penser, ce jour que, dans son square des Batignolles, vers la mi-octobre, il vit venir à lui monsieur Marsouet, l’amant de mademoiselle Baquier, qui le cherchait?

Le sénateur n’y alla point par quatre chemins. En avalant ses petites phrases comme d’habitude, il dit:

—Père Trébuc, je voulais vous dire. Seul à seul. D’homme à homme. Vous comprenez? Je vous aime beaucoup, père Trébuc. Votre fille, quand vous la verrez, si elle est libre, si elle veut, eh bien! elle me plaît beaucoup. Voilà. Au revoir, père Trébuc.

Et le sénateur tendit une main cordiale au gardien du square des Batignolles, puis, s’éloigna rapidement, pour retrouver sans doute mademoiselle Baquier.

Un an plus tôt, le père Trébuc en fût devenu cramoisi. Et de quel geste n’eût-il pas été capable?

Il fut certes ému. Mais il songea:

—Un sénateur? Oui, bien sûr, si elle n’a pas mieux.

CEPENDANT octobre avait passé, comme les autres mois. Novembre se déroulait, et les Trébuc étaient toujours sans nouvelles de leur fille. Et comment s’en procurer? Quand on leur parlait de Mousseline, ils affectaient une profonde réserve, pour donner à croire qu’ils préféraient se taire. En réalité, ils pensaient que Mousseline aurait pu leur envoyer au moins une petite lettre. Ils lui étaient d’avance reconnaissants de la surprise qu’elle leur préparait, mais ils auraient bien voulu que la surprise fût moindre et plus prompte.

Échauffée par le pernod dont il buvait trois et quatre verres chaque jour, pour se calmer, disait-il, sans compter les vermout-cassis et les picon-citron du café de la rue Boursault que sa femme ne le voyait pas boire, l’imagination du père Trébuc marchait grand train. Il essayaitde se représenter l’existence que menait Mousseline. Tantôt il voyait sa fille dans un somptueux hôtel de l’avenue du Bois, car il savait que les hôtels de l’avenue du Bois sont tous somptueux. Il voyait mal le mobilier, la disposition des appartements, sauf pour la salle de bains, qui était pavée de mosaïque, avec une baignoire de marbre comme on en décrit dans certains livres. Il voyait mieux les domestiques, nombreux, stylés ainsi qu’il se doit, et disant:

—Si Mademoiselle désire...

Ou, peut-être, plutôt:

—Madame est servie.

Mais tantôt il se reprochait de voir trop grand. Même moins magnifiquement installée, Mousseline avait encore un sort enviable. N’eût-elle eu que celui de mademoiselle Baquier, par exemple, à qui monsieur Marsouet, en attendant le bon plaisir de Mousseline, avait offert une citroën de cinq hachepés, comme disait sa femme de chambre, Mousseline eût été à envier.

Pourtant mademoiselle Jeanne, qui entretenait avec le père Trébuc les meilleures relations, affirmait que le Monsieur qui accompagnait Mousseline à Deauville, était assurément plus riche que le sénateur de mademoiselle Baquier.

Un matin, elle aborda le père Trébuc avec son plus large sourire.

—Vous savez, Monsieur Trébuc, dit-elle, mon amie Berthe qui est placée boulevard de Clichy?

—Oui.

—Elle croit comme ça qu’elle a vu Mademoiselle Mousseline.

—Où donc?

—Au Gaumont-Palace.

—Au cinéma?

—Oui. C’est dans un film qui s’appelleFleurs Fanées. Elle a le premier rôle, à ce qu’il paraît. N’est-ce pas, mon amie l’avait pas vue souvent, mais elle croit bien que c’est elle. Seulement elle avait pas acheté le programme. Alors elle sait pas le nom de la star. En tout cas, c’est pas écrit Mousseline sur les affiches. Y a aucun nom, c’est bête. Faudrait aller voirFleurs Fanées. Moi, j’irai pas, j’aime pas le Gaumont, je préfère mon ciné La Condamine. Chacun son goût, pas? Mais je verrai bientôtFleurs Fanéesrue La Condamine. Paraît que c’est très joli, et je manquerai pas, vous comprenez, si c’est Mademoiselle Mousseline la star.

Elle avait débité son discours à en perdre haleine. Le père Trébuc la regardait en souriant.

—Possible que c’est elle, dit-il. J’avais toujours pensé comme ça qu’elle était... comment qu’on dit?

—Photogénique?

—C’est ça, comme vous dites. Vous avez raison, Mademoiselle Jeanne, faudra voir.

—C’est drôle, Monsieur Trébuc, j’ai comme une idée que c’est elle.

—On verra.

La Choute entraînait mademoiselle Jeanne. Le père Trébuc n’eut pas le loisir de remercier longuement.

Au déjeuner, le père Trébuc ne rapporta pas à sa femme ce que lui avait appris mademoiselle Jeanne. Il ruminait un projet.

Le soir, après le dîner, il se leva de table sans ouvrir sonJournal, et dit:

—Je sors, la Maman.

—Tu sors? fit la mère Trébuc intriguée. Et où vas-tu?

—Je te le dirai, répondit-il. Attends seulement un peu.

Et il se planta son képi bien droit sur la tête.

CE fut une déception. Le Gaumont-Palace n’affichait plus lesFleurs Fanéesannoncées par la femme de chambre des Baguier; le nouveau film s’intitulaitle Voyage Maudit. Le père Trébuc fit demi-tour, rentra, et ne dit pas à sa femme où il était allé.

Le père Trébuc était déçu. Avec quelle joie n’eût-il pas lancé à sa femme cette nouvelle merveilleuse:

—J’ai vu Mousseline.

Mais d’avoir fait cette première démarche à la rencontre de sa fille, lui donna l’idée d’en faire d’autres. Quoi de plus simple? Sa fille était ce qu’on appelle une femme à la mode; elle fréquentait probablement les endroits à la mode, et son ami, ou son protecteur, comme on voudra, devait être fier de la montrer dans ces endroits-là: car c’est ainsi qu’agissent leshommes qui dépensent de l’argent pour de jolies femmes. Le père Trébuc le savait, par certains romans que lisait Mousseline, et dont plusieurs l’avaient même intéressé au point qu’il les avait lus. Mais quels sont les endroits à la mode où fréquente une femme à la mode?

Le père Trébuc rassembla ses souvenirs de lectures. Lequel de ces romans pouvait le renseigner? Il chercha.

—La Dame aux Camélias!se dit-il tout à coup.

Il avait eu un léger mouvement de recul. Il songeait que la fameuse Marguerite était une courtisane. Le mot, qu’il n’avait jamais évoqué, l’arrêta. Est-ce que Mousseline était une courtisane? Mais on n’entend personne parler de courtisanes. Pour ce genre de femmes, on dit...

—Y a maldonne! songea le père Trébuc.

Non, sa fille ne se vendait pas, ne se prêtait pas à des hommes, comme faisait cette Marguerite d’Alexandre Dumas. Mousseline avait un ami, un protecteur, à qui elle était fidèle, et plus fidèle, il n’en doutait pas, que certaines femmes mariées ne le sont à leur mari.

Oui, mais où pouvait se promener Mousseline, pour que son père eût chance de l’apercevoir? Au temps de la Dame aux Camélias, lesélégantes se promenaient en calèche dans l’avenue des Champs-Élysées. Aujourd’hui, avec les automobiles, on va facilement plus loin. Le père Trébuc pensa qu’il rencontrerait sans doute sa fille dans cette avenue du Bois de Boulogne où il l’avait déjà logée en imagination.

Dès lors, son parti en fut pris. Chaque fois qu’il le put, il s’arrangea pour aller se poster tantôt à l’un, tantôt à l’autre bout de l’avenue du Bois. De la place de l’Étoile ou de la Porte Dauphine, il regardait les autos défiler devant lui, rapides, légères, avares. Quelques-unes passaient si vite qu’il ne discernait rien des promeneurs qu’elles emmenaient. Il restait là pendant des heures, sans se décourager. Quand il rentrait à la maison, las, rompu, transi, il n’était pourtant pas désespéré.

—La prochaine fois, peut-être, se disait-il.

Et, pour se ragaillardir, il buvait l’un après l’autre, lentement, deux grands verres de son pernod de contrebande.

Ses jours de repos, il les employait à monter la faction dans l’avenue du Bois. Ainsi s’obstina-t-il durant tout le mois de décembre.

—Tu te fatigues, lui disait la mère Trébuc.

Il répondait:

—Je la verrai.

C’est le temps qui s’écoulait entre ses jours de faction, qui lui semblait le plus pénible. L’hiver était dur, en effet, non pas à cause du froid, mais à cause du prix de toutes choses. En vain d’astucieux personnages, se préparant en vue des élections législatives encore lointaines, promettaient-ils un régime moins favorable aux mercantis. Dans la loge de la rue Legendre, on ne mangeait pas tous les jours de la viande, même frigorifiée. La mère Trébuc se plaignait, pour son Ernest.

—Laisse donc! répondait le père Trébuc. Ça ne durera pas toute la vie.

Il se consolait avec son pernod, qui le soulageait des idées noires.

—Tu verras, disait-il, tu verras!

Il s’apprêtait à le dire une fois de plus, dimanche soir qu’il revenait bredouille de l’avenue du Bois une fois de plus, le dimanche 23 décembre. Mais il n’eut pas à le dire. Il n’était pas entré que déjà sa femme lui sautait au cou. Elle riait, elle pleurait.

—Regarde! Regarde! Lis! Lis! C’est elle!

Il lut.

Mousseline, par pneumatique, écrivait:

«Mes chers parents, l’épreuve est trop affreuse.Je n’en puis plus. J’ai besoin de vous revoir. Il faut que j’aie votre pardon. Dites-moi vite, par pneu, poste restante, bureau 14, quand vous consentez à recevoir votre toujours tendre

MOUSSELINE.»

—Tu vois! fit victorieusement le père Trébuc.

LE père Trébuc avait répondu tout de suite par ces simples mots:

«Viens quand tu voudras.»

Il en était content. Il estimait qu’il ne pouvait pas répondre mieux.

Un seul point le tracassait.

—Où que c’est, disait-il, le bureau 14? Et pourquoi qu’elle se fait écrire poste restante?

—Dame! répondit la mère Trébuc. Elle se méfie. Des fois qu’on aurait refusé, on ne saurait pas son adresse.

Le lendemain, 24 décembre, Mousseline envoya, dans la matinée, un nouveau pneumatique. Cette fois, elle écrivait:

«Merci. Je viendrai ce soir, à 10 heures.»

—Tu vois, dit le père Trébuc, elle est toujours la même: elle ne veut pas se faire remarquer. Elle viendra quand personne pourra la voir.

—C’est bien elle, approuva la mère Trébuc. Penses-tu qu’elle vienne avec sa voiture?

—Dame! je ne sais pas. Il n’y a pas de raison.

—Dame!

—Dis, la Maman, tu n’attendais pas ça pour ton petit Noël, hein?

—Je croyais pas...

—Moi, j’ai toujours cru. Mousseline est une brave fille. Elle pouvait pas oublier ses parents comme ça.

La journée leur parut plus longue que tous les mois écoulés. La mère Trébuc comptait sur ses doigts.

—Je pensais que ça faisait plus! observa-t-elle.

Le soir, au dîner, ils mangèrent mal.

—C’est drôle, dit la mère Trébuc, j’ai pas faim.

—Moi non plus. C’est l’émotion.

Et le père Trébuc, pour se calmer, dit-il, se prépara un pernod, le troisième de la soirée.

—Tu te feras mal, Ernest, dit la mère Trébuc.

—C’est pas tous les jours fête, répondit-il.

A neuf heures, il n’alla pas fermer la porte de la rue.

—Inutile, n’est-ce pas? Dans une heure...

Près de la table, sous la lyre du gaz, la mère Trébuc raccommodait une chemise. Le père Trébuc, sonJournalétalé devant lui, lisait. Il ne se disaient plus rien.

Soudain, ils tressaillirent. On avait frappé à la porte.

—Entrez!

Ils se levèrent, regardèrent.

Mousseline entra.

Les parents demeurèrent fichés sur place.

Difficilement, Mousseline refermait la porte: elle avait dans les bras un petit enfant enveloppé d’une misérable couverture. Elle-même, maigrie, les traits tirés, les yeux battus, son chapeau du mois d’avril sur la tête, sentait la misère. Immobile, muette, elle attendit.

—D’où viens-tu? prononça enfin le père Trébuc, d’une voix sourde.

Mousseline montra son petit.

—Il a trois semaines, dit-elle en tremblant.

La mère Trébuc regardait. Elle eut peur: le père Trébuc semblait prêt à bondir.

—Qu’est-ce que tu fais? demanda-t-il, se contenant.

—Je suis seule.

—Et l’autre?

—Je ne sais pas.

Mousseline grelottait. Impitoyable, le père poursuivit:

—Depuis quand?

—Le mois de mai. Quand il a vu...

—Où que tu travailles?

—Je sors de l’hôpital.

—Et où que tu habites?

Mousseline fondit en larmes.

—Ernest! supplia la mère Trébuc.

Mais le père Trébuc se contint encore. Les dents serrées, les yeux féroces, il murmurait:

—Carne! Carne! Carne!

Sa voix s’enflait.

—Ernest!

Mousseline lui tendit son enfant.

—Papa! Papa! Je t’en supplie!

Allait-elle tomber là?

—Fous-moi le camp! cria le père Trébuc. Fous-moi le camp!

—Ernest!

—Fous-moi le camp!

Furieux, il se jetait sur elle. La mère Trébuc, s’interposant, reçut le coup de poing sans gémir.

Mousseline était repartie.

La mère Trébuc pleurait. Lui, debout près de la table, les yeux égarés, les bras pendants, regardait vers la porte.

—Carne! Carne! murmurait-il.

La mère Trébuc gagna le fond de la loge.

—Carne! dit-il encore.

Puis il se dirigea vers le portemanteau, prit son képi.

—Où vas-tu? demanda la mère Trébuc, angoissée.

—Merde! répondit-il.

Et il fit claquer en même temps la porte de la loge derrière lui.

LE long de la grille du chemin de fer, le père Trébuc faisait les cent pas. Il marchait lentement, les mains derrière le dos, la tête basse, les yeux humides.

Il n’était rentré qu’au petit jour, exténué. Sa femme ne lui avait posé aucune question. Il n’avait rien dit non plus. Il était resté prostré sur une chaise jusqu’à l’heure de son service, refusant le bol de café au lait que sa femme lui présentait, laissant plié sur la table sonJournal. Et il était parti pour le square sans avoir desserré les dents.

—Triste journée, père Trébuc!

—Triste journée, dame, oui.

Monsieur Forderaire, matineux, s’arrêta et assujettit son binocle.

—Vous êtes souffrant? demanda-t-il.

—Non, non, répondit mollement le père Trébuc. C’est ce temps-là.

Et, d’un geste large, il accusait le ciel lourd de nuages.

—Dites donc, père Trébuc, fit monsieur Forderaire, changeant de ton, vous avez vu le journal, ce matin?

Le père Trébuc frémit.

—Ma foi, non.

—Alors vous ne savez pas. D’ailleurs, vous ne lisez peut-être pas le courrier musical.

—C’est vrai. Le courrier musical...

—Eh bien! mon ami, ce matin, il parle de quelqu’un que vous connaissez.

—Moi?

—Que du moins vous avez connu. Hier soir, au Trocadéro, on a porté en triomphe un jeune virtuose qui donnait une audition de violon: un nommé Rodolfo Joletti.

—Je ne connais pas.

—Mais si! Rodolphe Jaulet.

—Il a changé de nom?

—C’est un malin. Il sait qu’à Paris on n’applaudit que les artistes étrangers. Alors il s’est fait passer pour italien. D’où succès, triomphe, tonnerre d’applaudissements. Ce gaillard-là ira loin.

—Dame!

Le père Trébuc était confondu.

—Père Trébuc, dit monsieur Forderaire, vous avez l’air gelé.

—Je n’ai pas trop chaud.

—Il faut vous secouer.

—Oui, oui.

—Je vous laisse. Faites le tour de votre square au pas gymnastique. Ça vous remettra.

—Oh! à mon âge!

—Allons, au revoir.

—Au revoir, Monsieur Forderaire.

Monsieur Forderaire assujettit son binocle, et s’éloigna.

—Joli Noël! songea le père Trébuc amèrement.

Il avait froid. Il essaya de se réchauffer en marchant plus vite que d’habitude. Pour la première fois depuis qu’il était gardien du square des Batignolles, on put voir le père Trébuc ne pas marcher lentement, les mains dernière le dos, dans son square. Mais il ne parvint pas à se réchauffer.

—Il me faudrait un bon pernod, se disait-il.

Et il ne pensait plus à autre chose!

FIN

ACHEVÉ D’IMPRIMERLE 8 DÉCEMBRE 1924PAR F. PAILLART AABBEVILLE (SOMME).


Back to IndexNext