CHAPITRE IV

L'AMANT DEDAIGNEPerfide amour, divinité rebelleToi qui régis les mortels et les dieux,Pourquoi faut-il que ta flèche cruelleFrappe le sein d'un mortel dédaigneux?Moi qui voulais dans le printemps de l'âgeJouir en paix des plaisirs les plus doux,Tu me fixas dans ma course volage;De mon bonheur ton cœur fut-il jaloux?Plus d'attraits, plus de charme,Tout est triste à mes yeux,Tout m'afflige et m'alarme,Le jour m'est odieux.Mes membres s'affaiblissent...Que vais-je devenir?...Mes yeux s'appesantissent,Hélas! faut-il mourir!Dis-moi, ma douce amie,Dis-moi, que t'ai-je fait?Sans toi je hais la vie,Sans toi tout me déplaît.Tu ne dis rien encore...Que vais-je devenir?Vainement je t'implore,Hélas! je vais mourir!Dis-moi quel est mon crime,Ne puis-je le savoir?Serais-je la victimeD'un cruel désespoir?Tu gardes le silence...Que vais-je devenir?Prononce ma sentence,Dis-moi, dois-je mourir?C'en est fait, je succombeÀ mon sinistre sortSur mon front déjà tombeLe voile de la mort!...Adieu, cruelle amie,Mes tourments vont finir;Je quitte cette vie,Adieu, je vais mourir.

L'AMANT DEDAIGNE

Perfide amour, divinité rebelleToi qui régis les mortels et les dieux,Pourquoi faut-il que ta flèche cruelleFrappe le sein d'un mortel dédaigneux?Moi qui voulais dans le printemps de l'âgeJouir en paix des plaisirs les plus doux,Tu me fixas dans ma course volage;De mon bonheur ton cœur fut-il jaloux?

Plus d'attraits, plus de charme,Tout est triste à mes yeux,Tout m'afflige et m'alarme,Le jour m'est odieux.Mes membres s'affaiblissent...Que vais-je devenir?...Mes yeux s'appesantissent,Hélas! faut-il mourir!

Dis-moi, ma douce amie,Dis-moi, que t'ai-je fait?Sans toi je hais la vie,Sans toi tout me déplaît.Tu ne dis rien encore...Que vais-je devenir?Vainement je t'implore,Hélas! je vais mourir!

Dis-moi quel est mon crime,Ne puis-je le savoir?Serais-je la victimeD'un cruel désespoir?Tu gardes le silence...Que vais-je devenir?Prononce ma sentence,Dis-moi, dois-je mourir?

C'en est fait, je succombeÀ mon sinistre sortSur mon front déjà tombeLe voile de la mort!...

Adieu, cruelle amie,Mes tourments vont finir;Je quitte cette vie,Adieu, je vais mourir.

J. BOISE

Jean Boise avait la réputation d'être un excellent écrivain, mais sa raison s'est voilée à cette période de sa vie où il promettait le plus pour les lettres. Ses amis l'ont beaucoup regretté à cause de son beau caractère et de ses heureux talents. Sa démence devint une maladie qui termina ses jours trop tôt pour l'espoir de ses contemporains.

La dernière stance du morceau que nous publions de lui révèle, comme le dirait Lamartine, une "âme triste jusqu'à la mort".

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BOWERS

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L'ORPHELIN DES TOMBEAUXINaguère un orphelin à la plaintive voixExhalait ses douleurs au champ semé de croix;Il chantait, et l'oiseau, caché sous le feuillage,Semblait, pour l'écouter, suspendre son ramage.Il chantait, et des vents l'haleine se taisait;Le murmure des eaux, triste, s'assoupissait;Il chantait, et mon cœur, attendri jusqu'aux larmes,Se fondait au récit de ses longues alarmes;Il chantait, et parfois ses funèbres accordsFaisaient glisser soudain un frisson sur mon corps!IIQuand arrive le soir, pensif et solitaire,Les regards tristement attachés à la terre,Je me prends à pleurer en pensant à celuiQui m'avait dit jadis: «Je serai ton appui,Je serai le soutien de ton sort déplorable;Le monde te dédaigne, hélas! es-tu coupableSi tu souffres, dis-moi, des malheurs d'ici-bas?Si partout l'infortune accompagne tes pas?Non, non, tu ne l'es point. Sur ton destin je pleure.Enfant, acceptes-tu ma chétive demeure?Avec moi veux-tu vivre, infortuné plaintif?Je serai désormais ton parent adoptif;J'adoucirai ton sort; hélas! il est à plaindre!Enfant, dans mon séjour tu n'auras rien à craindre;Des orages du temps j'abriterai tes jours;Car tu seras mon fils, et le seras toujours.J'endormirai tes maux. Dans ma demeure antique,Oh! viens te reposer, enfant mélancolique!»En achevant ceci, me prenant par la mainDans son riant séjour il me conduit soudain,Il m'appelait son fils, je lui disais: mon père;Enfant, il me montrait un avenir prospère.Déjà j'étais joyeux; seulement, quelquefoisLe triste souvenir d'une touchante voixDe mon hilarité venait rompre les charmes,Et soudain me forçait à répandre des larmes.Mais quand je le voyais, ce généreux ami,Du sommeil de la mort maintenant endormi,J'étanchais aussitôt mes larmes à sa vue,Et soudain me berçais d'une joie imprévue;Car il savait toujours des mots consolateurs,Des mots qui suspendaient les tourments et les pleurs,Des paroles de miel, si douces et si bellesQu'elles assoupissaient mes peines trop rebelles!Il a donc expiré, ce père généreux!...Sur sa mort j'éclatais en sanglots douloureux!De son dernier soupir je me souviens encore:C'était au mois de Mars, au lever de l'aurore...Je venais de ma sœur visiter le tombeau,Quand, tout-à-coup, j'ouis une voix triste et tendreBalbutiant un nom que je ne pus comprendre.J'écoutai... Cette voix, qui me fit soupirer,Murmura: «Ton père est au moment d'expirer,Enfant, n'entends-tu pas? C'est sa voix qui t'appelle,Viens étendre ta main sur sa couche mortelle,Viens présenter ta lèvre à son baiser d'adieu;Sur son lit de douleur l'entretenir de Dieu!J'écoutais pâlissant, sur le bord de sa couche,Ces derniers mots, hélas! échappés de sa bouche:C'en est fait, ô mon fils, je te quitte à jamais;Sur mon tombeau désert tu priras désormais!...Chaque jour tu viendras, au lever de l'aurore,Enfant, pour y gémir, t'agenouiller encore...Que je serre ta main! c'en est fait... je me meurs...»Et sa voix aussitôt s'éteignit dans les pleurs.Hélas! il n'est donc plus! sur son froid mausoléeJe soupire parfois ma tristesse isolée.Au matin de mes jours tel est, tel est mon sort,Banni du monde entier je pleure sur la mort!M'égarant, désolé, dans ce noir cimetière,Je contemple l'abri de ma famille entière;Je suis seul, toujours seul dans le champs des tombeaux,Où le saule éploré balance ses rameaux,Où souvent fatigué, je m'assoupis à l'ombreD'un antique cyprès: là, rêveur, triste et sombre,D'un ange de quinze ans, couronné de jasmins,Je crois presser parfois les palpitantes mains.Tenir entre mes bras cette vierge timide,M'enivrer du regard de sa prunelle humide!Puis soudain je m'éveille en murmurant ces mots:Hélas! ce n'est qu'un rêve au milieu des tombeaux!Ah! ton seul souvenir, ange à jamais aimable,Dans mes malheurs fait naître un charme inexprimableMais bientôt, je le sens, j'irai dormir enfinDe ce sommeil, hélas! qui n'aura pas de fin!Alors, Anastasie, en contemplant ma pierre,Qu'une larme d'amour arrose ta paupière!Puisses-tu t'attendrir à l'aspect de ces mots:«Il vécut et mourut au milieu des tombeaux.»IIIL'écho répercuta sa complainte orpheline;Et les deux bras croisés sur sa jeune poitrine,Rêveur, il s'assoupit en contemplant des cieuxLe flambeau dont l'éclat argentait ses cheveux;Et quand l'oiseau chanta le réveil de l'auroreDans la même attitude il sommeillait encore:Oui, mais de ce sommeil dont le lugubre aspectImprime dans nos cœurs un éternel regret!...

L'ORPHELIN DES TOMBEAUX

I

Naguère un orphelin à la plaintive voixExhalait ses douleurs au champ semé de croix;Il chantait, et l'oiseau, caché sous le feuillage,Semblait, pour l'écouter, suspendre son ramage.Il chantait, et des vents l'haleine se taisait;Le murmure des eaux, triste, s'assoupissait;Il chantait, et mon cœur, attendri jusqu'aux larmes,Se fondait au récit de ses longues alarmes;Il chantait, et parfois ses funèbres accordsFaisaient glisser soudain un frisson sur mon corps!

II

Quand arrive le soir, pensif et solitaire,Les regards tristement attachés à la terre,Je me prends à pleurer en pensant à celuiQui m'avait dit jadis: «Je serai ton appui,Je serai le soutien de ton sort déplorable;Le monde te dédaigne, hélas! es-tu coupableSi tu souffres, dis-moi, des malheurs d'ici-bas?Si partout l'infortune accompagne tes pas?Non, non, tu ne l'es point. Sur ton destin je pleure.Enfant, acceptes-tu ma chétive demeure?Avec moi veux-tu vivre, infortuné plaintif?Je serai désormais ton parent adoptif;J'adoucirai ton sort; hélas! il est à plaindre!Enfant, dans mon séjour tu n'auras rien à craindre;Des orages du temps j'abriterai tes jours;Car tu seras mon fils, et le seras toujours.J'endormirai tes maux. Dans ma demeure antique,Oh! viens te reposer, enfant mélancolique!»En achevant ceci, me prenant par la mainDans son riant séjour il me conduit soudain,Il m'appelait son fils, je lui disais: mon père;Enfant, il me montrait un avenir prospère.Déjà j'étais joyeux; seulement, quelquefoisLe triste souvenir d'une touchante voixDe mon hilarité venait rompre les charmes,Et soudain me forçait à répandre des larmes.Mais quand je le voyais, ce généreux ami,Du sommeil de la mort maintenant endormi,J'étanchais aussitôt mes larmes à sa vue,Et soudain me berçais d'une joie imprévue;Car il savait toujours des mots consolateurs,Des mots qui suspendaient les tourments et les pleurs,Des paroles de miel, si douces et si bellesQu'elles assoupissaient mes peines trop rebelles!Il a donc expiré, ce père généreux!...Sur sa mort j'éclatais en sanglots douloureux!De son dernier soupir je me souviens encore:C'était au mois de Mars, au lever de l'aurore...Je venais de ma sœur visiter le tombeau,Quand, tout-à-coup, j'ouis une voix triste et tendreBalbutiant un nom que je ne pus comprendre.J'écoutai... Cette voix, qui me fit soupirer,Murmura: «Ton père est au moment d'expirer,Enfant, n'entends-tu pas? C'est sa voix qui t'appelle,Viens étendre ta main sur sa couche mortelle,Viens présenter ta lèvre à son baiser d'adieu;Sur son lit de douleur l'entretenir de Dieu!J'écoutais pâlissant, sur le bord de sa couche,Ces derniers mots, hélas! échappés de sa bouche:C'en est fait, ô mon fils, je te quitte à jamais;Sur mon tombeau désert tu priras désormais!...Chaque jour tu viendras, au lever de l'aurore,Enfant, pour y gémir, t'agenouiller encore...Que je serre ta main! c'en est fait... je me meurs...»Et sa voix aussitôt s'éteignit dans les pleurs.Hélas! il n'est donc plus! sur son froid mausoléeJe soupire parfois ma tristesse isolée.Au matin de mes jours tel est, tel est mon sort,Banni du monde entier je pleure sur la mort!M'égarant, désolé, dans ce noir cimetière,Je contemple l'abri de ma famille entière;Je suis seul, toujours seul dans le champs des tombeaux,Où le saule éploré balance ses rameaux,Où souvent fatigué, je m'assoupis à l'ombreD'un antique cyprès: là, rêveur, triste et sombre,D'un ange de quinze ans, couronné de jasmins,Je crois presser parfois les palpitantes mains.Tenir entre mes bras cette vierge timide,M'enivrer du regard de sa prunelle humide!Puis soudain je m'éveille en murmurant ces mots:Hélas! ce n'est qu'un rêve au milieu des tombeaux!Ah! ton seul souvenir, ange à jamais aimable,Dans mes malheurs fait naître un charme inexprimableMais bientôt, je le sens, j'irai dormir enfinDe ce sommeil, hélas! qui n'aura pas de fin!Alors, Anastasie, en contemplant ma pierre,Qu'une larme d'amour arrose ta paupière!Puisses-tu t'attendrir à l'aspect de ces mots:«Il vécut et mourut au milieu des tombeaux.»

III

L'écho répercuta sa complainte orpheline;Et les deux bras croisés sur sa jeune poitrine,Rêveur, il s'assoupit en contemplant des cieuxLe flambeau dont l'éclat argentait ses cheveux;Et quand l'oiseau chanta le réveil de l'auroreDans la même attitude il sommeillait encore:Oui, mais de ce sommeil dont le lugubre aspectImprime dans nos cœurs un éternel regret!...

Quoique nous n'ayons aucun renseignement sur la vie, le caractère ou le mérite de M. Bowers, cependant nous croyons juste et sage de publier la pièce qu'il nous a léguée. Le sujet en est éloquent, le style, bien soutenu et la marche des idées, bien suivie.

M. Bowers fut un collaborateur desCenelles, et cette qualité nous le fait apprécier tout autant que sa poésie.

Il avait donc sa place toute trouvée dans cet ouvrage.

L. BOISE.

AU PRINTEMPS(Chanson.)Tendre printemps, viens rendre à la natureEt ses trésors et ses puissants attraits.Pour le fêter, assis sur la verdure,Les troubadours chanteront tes bienfaits.Sous des berceaux de myrtes et de rosesTu m'entendras, charmé de ton retour,À ma Cloé dire de douces choses;Tu me verras tout rayonnant d'amour.Tous les amants, dans leurs chansons nouvelles,Te salueront sous des toits frais et verts;Sur les bosquets, tous les oiseaux fidèlesS'assembleront pour former leurs concerts.Viens donc, accours, la Nature en souffranceDu sombre Hiver subit les dures lois!Elle soupire, implore ta présence;Elle gémit... n'entends-tu pas sa voix?

AU PRINTEMPS

(Chanson.)

Tendre printemps, viens rendre à la natureEt ses trésors et ses puissants attraits.Pour le fêter, assis sur la verdure,Les troubadours chanteront tes bienfaits.

Sous des berceaux de myrtes et de rosesTu m'entendras, charmé de ton retour,À ma Cloé dire de douces choses;Tu me verras tout rayonnant d'amour.

Tous les amants, dans leurs chansons nouvelles,Te salueront sous des toits frais et verts;Sur les bosquets, tous les oiseaux fidèlesS'assembleront pour former leurs concerts.

Viens donc, accours, la Nature en souffranceDu sombre Hiver subit les dures lois!Elle soupire, implore ta présence;Elle gémit... n'entends-tu pas sa voix?

Louis Boise était le frère de Jean Boise.

Nous avons entendu les anciens dire que Louis Boise ne savait pas lire jusqu'à l'âge de vingt ans. Si cela est vrai, il est digne d'être compté au nombre de nos prodiges, car un homme d'une intelligence ordinaire ne pourrait commencer si tard à apprendre les lettres et réussir à composer des vers comme ceux que nous venons de citer. La tâche était énorme, mais la réussite fut merveilleuse.

[Illustration:DR. L. ROUDANEZ, Patriote créole, fondateur et propriétaire de laTribunede la Nouvelle-Orléans.]

Les collaborateurs des "Cenelles" (Suite).—Notices biographiques.

MICHEL ST-PIERRE

M. St-Pierre était poète et maître d'armes. Comme poète il était naturel et gracieux. Tous ses vers sont construits dans un style coulant et plein de charme. St-Pierre était d'un caractère aimant, et ses compositions reflétaient la chaleur de ses affections. Sa bonne nature n'a jamais été mieux révélée que dans sa pièce intituléeLe Changement. C'est celle que nous avons choisie pour introduire M. St-Pierre, étant celle que le poète adressait à l'objet de ses feux, au moment où il voulait passer du célibat au mariage. Chose curieuse, tous les enfants apprennent cette romance avec facilité et la chantent avec plaisir.

Son courage physique et sa fermeté le firent surnommer le Bayard créole. À sa mort, M. Lanusse prononça un discours sur son cercueil, ne manquant pas de faire allusion à la bravoure remarquable de son ami.

M. St-Pierre était de la Nouvelle-Orléans et appartenait à une famille nombreuse et respectable. Ses frères et sœurs ont comme lui reçu les avantages d'une éducation soignée. Tous suivaient avec piété les principes de l'Église catholique, dans lesquels ils avaient été élevés.

Ce sens religieux se manifeste assez souvent dans les écrits de notre poète. St-Pierre, à une certaine heure de sa vie, avait voulu se suicider; mais sur les conseils d'un ami, il revint à lui, c'est-à-dire à ces sentiments de foi que la folie seule pouvait affaiblir.

LE CHANGEMENTDans une douce indifférence,Je vivais paisible et content,L'amour me semblait sans puissance,Aussi je le bravais souvent;Mais ces doux plaisirs de ma vieHélas! n'ont pu durer toujours,Puisque vos beaux yeux, Amélie,En ont interrompu le cours.Cependant, si je puis vous plaire,Si vous souriez à mes vœux,Je vous en fais l'aveu sincère,Vous m'aurez rendu plus qu'heureux;Car le bonheur que je respire,Quand je me trouve auprès de vous,Est une ivresse... un doux délireDont mille amants seraient jaloux!Sur votre figure jolie,On voit la bonté, la candeur,L'innocence et la modestie,Et tout ce qui marque un bon cœur.Quand, par un regard plein de flamme,Parfois j'interroge vos yeux,L'espoir semble dire à mon âmeQue vous partagerez mes feux.

LE CHANGEMENT

Dans une douce indifférence,Je vivais paisible et content,L'amour me semblait sans puissance,Aussi je le bravais souvent;Mais ces doux plaisirs de ma vieHélas! n'ont pu durer toujours,Puisque vos beaux yeux, Amélie,En ont interrompu le cours.

Cependant, si je puis vous plaire,Si vous souriez à mes vœux,Je vous en fais l'aveu sincère,Vous m'aurez rendu plus qu'heureux;Car le bonheur que je respire,Quand je me trouve auprès de vous,Est une ivresse... un doux délireDont mille amants seraient jaloux!

Sur votre figure jolie,On voit la bonté, la candeur,L'innocence et la modestie,Et tout ce qui marque un bon cœur.Quand, par un regard plein de flamme,Parfois j'interroge vos yeux,L'espoir semble dire à mon âmeQue vous partagerez mes feux.

Nous tenons encore de M. Michel St-Pierre quelques autres pièces dont voici les titres:La Jeune Fille Mourante.—À Une Demoiselle.—Deux Ans Après.—Couplets.—Tu m'as dit: Je t'aime.

NUMA LANUSSE

La grâce du style, l'élégance des formes et un naturel gai: tels sont les traits qui distinguent les "Couplets" de Numa Lanusse. Ces vers prouvent que l'auteur possédait un beau talent poétique qui, sans doute, se serait développé avec l'âge, si la mort n'était venu le surprendre si prématurément. Il avait de nombreux admirateurs.

M. Numa Lanusse est mort à vingt-six ans, des suites d'une chute de cheval.

COUPLETS

CHANTES À LA NOCE D'UN AMIAir:J'entends au loin l'archet de la folie.Heureux amants, ô vous qui de Cythère,Entreprenez le voyage incertain,Puisse un doux vent, puisse une mer prospèreConduire au but votre amoureux destin.Que de vos cœurs de sinistres imagesNe viennent point troubler le doux transport;Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.La nef bondit et les vents sont propices,Un doux espoir flatte vos tendres cœurs;L'amour vous suit, et d'abord pour prémices,Ce Dieu charmant vous couronne de fleurs.Pour prévenir tempêtes et naufrages,Nous prions tous, et d'un commun accord.Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.Un vent moins pur que le soupçon enfanteDe votre marche a retardé l'essor;Le ciel s'ombrage et la vague écumanteVa vous couvrir!...—Non, l'espoir luit encor.La vérité dissipe les nuagesEt l'air plus frais vous pousse sans effort.Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.Déjà la plage à vos yeux se présente,Et jusque là le bonheur vous a lui.L'Amour s'en va, et l'Amitié constanteEst avec vous; ce sera votre appui.Votre œil sourit à de charmants présages,De beaux enfants veillent sur votre sort;Voguez, amis, sans craindre les orages,Leurs vœux, leurs soins vous conduiront au port.

CHANTES À LA NOCE D'UN AMI

Air:J'entends au loin l'archet de la folie.

Heureux amants, ô vous qui de Cythère,Entreprenez le voyage incertain,Puisse un doux vent, puisse une mer prospèreConduire au but votre amoureux destin.Que de vos cœurs de sinistres imagesNe viennent point troubler le doux transport;Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.

La nef bondit et les vents sont propices,Un doux espoir flatte vos tendres cœurs;L'amour vous suit, et d'abord pour prémices,Ce Dieu charmant vous couronne de fleurs.Pour prévenir tempêtes et naufrages,Nous prions tous, et d'un commun accord.Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.

Un vent moins pur que le soupçon enfanteDe votre marche a retardé l'essor;Le ciel s'ombrage et la vague écumanteVa vous couvrir!...—Non, l'espoir luit encor.La vérité dissipe les nuagesEt l'air plus frais vous pousse sans effort.Voguez, amis, sans craindre les orages,Nos vœux ardents vous conduiront au port.

Déjà la plage à vos yeux se présente,Et jusque là le bonheur vous a lui.L'Amour s'en va, et l'Amitié constanteEst avec vous; ce sera votre appui.Votre œil sourit à de charmants présages,De beaux enfants veillent sur votre sort;Voguez, amis, sans craindre les orages,Leurs vœux, leurs soins vous conduiront au port.

M. Numa Lanusse a aussi composé une autre pièce intitulé:Justification. Cette pièce fait partie desCenelleset soutient la réputation de l'auteur. À ce qu'il paraît, il était accusé par une demoiselle d'avoir produit des couplets contre elle. C'est cette accusation qui a donné lieu àJustification. Nous regrettons ne pouvoir imprimer la romance dans son entier, faute d'espace, mais nous croyons devoir en extraire les lignes qui vont suivre et que nous entendons souvent répéter dans notre population, la plupart des personnes qui les citent en ignorant peut-être l'origine:

"N'écoutez pas le dicton populaire,Car trop souvent il détruit le bonheur."

"N'écoutez pas le dicton populaire,Car trop souvent il détruit le bonheur."

Il y a plus de poésie dans ces deux lignes qu'un étranger ne le pourrait croire, le Créole seul peut bien en apprécier la philosophie.

DESORMES DAUPHIN

On verra que la pièce qui va suivre est l'expression du désespoir. Il y a une chose bien remarquable chez tous nos poètes, c'est qu'ils mettent de l'âme dans toutes leurs compositions. Que le sujet soit triste ou gai, simple ou majestueux, l'expression, la manière dont ils exposent leurs idées ne manquent jamais d'être l'effet de l'art rehaussé par l'affirmation du sentiment.

Dans ces lignes de Dauphin, tout est morne et lugubre. Le poète semble les avoir conçues sous l'empire d'une funeste résolution.

Cependant, pour la clarté des pensées, pour l'élévation des sentiments, comme pour la pureté du langage, rien, dans le genre choisi, ne peut surpasser l'excellence des strophes ici reproduites.

ADIEUXObjet chéri, pourquoi de ma tendresse,Avoir si tôt suspendu les transports?Te souviens-tu des jours où ton ivresseMe promettait un bonheur sans remords?Adieu, pardonne à mon âme attendrieDe ne pouvoir se détacher de toi;Je vais payer aujourd'hui de ma vieLe temps heureux où je reçus ta foi.Adieu! de la voûte céleste,Je veillerai sur ton destin;Là finira le sort funesteQui de mes jours approche ici la fin.Quand, tourmenté d'une peine secrète,Ton faible cœur connaîtra la douleur,Viens prier Dieu sur ma tombe discrète,Soudain pour toi renaîtra le bonheur.Et, l'Eternel exauçant ta prière,En souvenir de nos amours passés,Pose une fleur au marbre tumulaireQui couvrira mes restes desséchés.Adieu! de la voûte céleste,Je veillerai sur ton destin;Là, finira le sort funeste,Qui de mes jours approche ici la fin.

ADIEUX

Objet chéri, pourquoi de ma tendresse,Avoir si tôt suspendu les transports?Te souviens-tu des jours où ton ivresseMe promettait un bonheur sans remords?Adieu, pardonne à mon âme attendrieDe ne pouvoir se détacher de toi;Je vais payer aujourd'hui de ma vieLe temps heureux où je reçus ta foi.

Adieu! de la voûte céleste,Je veillerai sur ton destin;Là finira le sort funesteQui de mes jours approche ici la fin.

Quand, tourmenté d'une peine secrète,Ton faible cœur connaîtra la douleur,Viens prier Dieu sur ma tombe discrète,Soudain pour toi renaîtra le bonheur.Et, l'Eternel exauçant ta prière,En souvenir de nos amours passés,Pose une fleur au marbre tumulaireQui couvrira mes restes desséchés.

Adieu! de la voûte céleste,Je veillerai sur ton destin;Là, finira le sort funeste,Qui de mes jours approche ici la fin.

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NELSON DESBROSSES

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LE RETOURAU VILLAGE AUX PERLES[1].

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ROMANCEElle folâtre en ces lieux pleins de charmes,Tout me le dit, oui, mon cœur le sent bien.Séjour joyeux, tu bannis mes alarmes,Dieu des amours, quel bonheur est le mien!Bosquet fleuri, témoin de notre flamme,Je te revois, ce n'est point une erreur,Ruisseau chéri, c'est à toi que mon âmeVeut en ce jour confier son bonheur.Mais la voilà! comme elle est embellie;Ah! que d'attraits, que d'aimables appas!Elle sourit... combien elle est jolie!Charmante Emma, je vole sur tes pas.Mars 1828.Nelson Desbrosses.

ROMANCE

Elle folâtre en ces lieux pleins de charmes,Tout me le dit, oui, mon cœur le sent bien.Séjour joyeux, tu bannis mes alarmes,Dieu des amours, quel bonheur est le mien!Bosquet fleuri, témoin de notre flamme,Je te revois, ce n'est point une erreur,Ruisseau chéri, c'est à toi que mon âmeVeut en ce jour confier son bonheur.Mais la voilà! comme elle est embellie;Ah! que d'attraits, que d'aimables appas!Elle sourit... combien elle est jolie!Charmante Emma, je vole sur tes pas.

Mars 1828.

Nelson Desbrosses.

On voit quel soin nos poètes mettaient à chanter les jeunes beautés de leur époque.

Le Village aux Perles est sans doute le lieu qui a inspiré Armand Lanusse lorsque, dans son Introduction auxCenellesil a fait allusion aux "charmantes Louisianaises dont la beauté, les grâces et l'amabilité se conserveront sans doute dans toute leur merveilleuse pureté chez celles qui leur succéderont." Desbrosses s'est bien acquitté de sa tâche. Comme ce ravissement est naturel: "La voilà! comme elle est embellie!"

Nous avons encore, de nos jours, bon nombre de ces perles...

M. Nelson Desbrosses était natif de la Nouvelle-Orléans. C'était un homme éminemment respectable et sympathique. Comme la plupart de ses contemporains, il a reçu les avantages de l'instruction dans une école privée et sous des maîtres consciencieux. En grandissant, il s'est senti de son temps, et il a cultivé les Muses. Il s'est rapproché de la société des bardes de son époque, et c'est ainsi que nous trouvons ses vers dans lesCenelles.

Nelson Desbrosses a visité Haïti, où il a passé plusieurs années De Sa vie; néanmoins, c'est en Louisiane qu'il s'est fait une carrière.

Il était connu non seulement comme poète, mais, plus encore, comme homme de bien. Doué par la nature de certaines aptitudes particulières, il prit le parti de les développer sérieusement. Dans la poursuite de cette résolution, il se fit l'ami du célèbre Valmour, qui le prépara et de qui il reçut les conseils nécessaires pour obtenir la puissance qu'il désirait acquérir dans "l'imposition des mains et dans la transmission des messagesspirituels". Avec le temps, il devint un maître dans cet art salutaire, ainsi qu'un grand nombre de ses obligés peuvent encore l'attester.

M. F. LIOTAU

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UNE IMPRESSIONEglise Saint-Louis, vieux temple reliquaire,Te voilà maintenant désert et solitaire!Ceux qui furent commis ici-bas à tes soins,Du tabernacle saint méprisant les besoins,Ailleurs ont entraîné la phalange chrétienne.Jusqu'à ce que chacun de son erreur revienne,Sur tes dalles, hélas! on ne verra donc plusS'agenouiller encor les enfants de Jésus,Qui, l'oreille attentive et l'âme timorée,Savouraient d'un pasteur la parole sacrée?Et de ton sanctuaire, espace précieux,L'encens n'enverra plus son parfum vers les cieux!...Tes splendides autels, tes images antiques,Tes croix, tes ornements et tes saintes reliques,Hélas! vont donc rester dans un profond oubliQui les range déjà sous son immense pli!...O toi, temple divin, toi dernière demeureDes hommes bien-aimés que le peuple encor pleure,Et qui, peut-être aussi, ressentant tous tes maux,Gémissent comme nous du fond de leurs tombeaux;Toi qui me vis, enfant, en ton enceinte mêmeRecevoir sur mon front les signes du baptême;Hélas! ai-je grandi pour te voir en ce jourDésert, abandonné peut-être sans retour!...Auguste et pur asile où toute âme est ravie,Lorsque se chante en chœur la sainte liturgie,Resteras-tu toujours privé de tout honneur?Puisque jamais en vain nous prions le Seigneur,Chrétiens, unissons-nous; quand ce Dieu tutélaireA versé tout son sang pour nous sur le Calvaire,Espérons qu'en ce jour Lui seul, puissant et fort,En le priant du cœur, changera notre sort;Prions si nous voulons que sa miséricordeDétruise parmi nous la haine et la discorde.Déjà cette espérance, en tarissant nos pleurs,N'a-t-elle point versé son baume dans nos cœurs?N'avons-nous point revu la foule orléanaiseQuand vint la noble fête[2], au vieux temple tout aise?Alors le vrai bonheur brillait dans tous les yeux,Car tout fut oublié dans cet instant heureux!Chrétiens, un autre effort penchera la balanceSans doute vers la paix, gardons-en l'assurance;Et nous verrons encor comme dans le passé,Le peuple chaque jour au temple délaissé!...M. F. Liotau.

UNE IMPRESSION

Eglise Saint-Louis, vieux temple reliquaire,Te voilà maintenant désert et solitaire!Ceux qui furent commis ici-bas à tes soins,Du tabernacle saint méprisant les besoins,Ailleurs ont entraîné la phalange chrétienne.Jusqu'à ce que chacun de son erreur revienne,Sur tes dalles, hélas! on ne verra donc plusS'agenouiller encor les enfants de Jésus,Qui, l'oreille attentive et l'âme timorée,Savouraient d'un pasteur la parole sacrée?Et de ton sanctuaire, espace précieux,L'encens n'enverra plus son parfum vers les cieux!...Tes splendides autels, tes images antiques,Tes croix, tes ornements et tes saintes reliques,Hélas! vont donc rester dans un profond oubliQui les range déjà sous son immense pli!...O toi, temple divin, toi dernière demeureDes hommes bien-aimés que le peuple encor pleure,Et qui, peut-être aussi, ressentant tous tes maux,Gémissent comme nous du fond de leurs tombeaux;Toi qui me vis, enfant, en ton enceinte mêmeRecevoir sur mon front les signes du baptême;Hélas! ai-je grandi pour te voir en ce jourDésert, abandonné peut-être sans retour!...Auguste et pur asile où toute âme est ravie,Lorsque se chante en chœur la sainte liturgie,Resteras-tu toujours privé de tout honneur?Puisque jamais en vain nous prions le Seigneur,Chrétiens, unissons-nous; quand ce Dieu tutélaireA versé tout son sang pour nous sur le Calvaire,Espérons qu'en ce jour Lui seul, puissant et fort,En le priant du cœur, changera notre sort;Prions si nous voulons que sa miséricordeDétruise parmi nous la haine et la discorde.Déjà cette espérance, en tarissant nos pleurs,N'a-t-elle point versé son baume dans nos cœurs?N'avons-nous point revu la foule orléanaiseQuand vint la noble fête[2], au vieux temple tout aise?Alors le vrai bonheur brillait dans tous les yeux,Car tout fut oublié dans cet instant heureux!Chrétiens, un autre effort penchera la balanceSans doute vers la paix, gardons-en l'assurance;Et nous verrons encor comme dans le passé,Le peuple chaque jour au temple délaissé!...

M. F. Liotau.

F. Liotau nous a laissé de très bonnes pièces. Le morceau que nous avons choisi,Une Impression, est une de ses plus heureuses productions. Dans ses vers, l'auteur exprime son respect pour la Religion catholique et ses vœux pour l'union des cœurs chrétiens. Liotau soigne son style dans tout ce qu'il écrit, depuis le badin jusqu'au grave. Liotau est spirituel et fécond: il ne manque jamais de sel dans ces poésies, et il s'arrête à la fin de son œuvre sans s'épuiser. Nous tenons de ce poète:Un an après.—Eline.—Mon Vieux Chapeau.—À Ida.—Couplets chantés à une Noce.—À un Ami qui m'accusait de Plagiat.—Un Condamné à Mort.

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AUGUSTE POPULUS

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REPONSE À MON AMI MICHEL ST-PIERREQuand a cessé l'orage et que le ciel plus beauDe sa robe d'azur se pare de nouveau;Quand souriant d'espoir l'astre qui nous éclaireRejette au loin son voile, et répand sa lumière;Pour fêter le retour de ce beau jour naissant,Le rossignol joyeux fait entendre son chant:Ainsi, puisque ta muse aujourd'hui se réveille,Et que des sons charmants ont frappé mon oreille,Il m'est doux de penser que du Destin jalouxTon courage a vaincu le funeste courroux.Maintenant plus d'ennuis, plus de morne silence;Que le plaisir, ami, succède à la souffrance.Écarte de ton cœur ce passé ténébreuxQue tu sus racheter par des efforts heureux;Célèbre par tes chants cette grande victoire:Ton retour aux vertus te couronne de gloire.A. Populus.

REPONSE À MON AMI MICHEL ST-PIERRE

Quand a cessé l'orage et que le ciel plus beauDe sa robe d'azur se pare de nouveau;Quand souriant d'espoir l'astre qui nous éclaireRejette au loin son voile, et répand sa lumière;Pour fêter le retour de ce beau jour naissant,Le rossignol joyeux fait entendre son chant:Ainsi, puisque ta muse aujourd'hui se réveille,Et que des sons charmants ont frappé mon oreille,Il m'est doux de penser que du Destin jalouxTon courage a vaincu le funeste courroux.Maintenant plus d'ennuis, plus de morne silence;Que le plaisir, ami, succède à la souffrance.Écarte de ton cœur ce passé ténébreuxQue tu sus racheter par des efforts heureux;Célèbre par tes chants cette grande victoire:Ton retour aux vertus te couronne de gloire.

A. Populus.

À Mon Ami P.—Acrostiche.—Réponse à mon Ami M. St-Pierre: telles sont les pièces signées du nom de ce poète.

M. Auguste Populus était maçon de métier. Malgré la maladie consumante dont il était atteint, son assiduité à l'étude était remarquable, son amour pour les exercices de l'esprit lui attirait l'estime et l'admiration de ses contemporains.

Il est mort jeune, à peine âgé de 46 ans.

M. Populus était de la Nouvelle-Orléans.

Lui et St-Pierre étaient unis par les liens de la plus étroite amitié. St-Pierre, dans un moment de désespoir, avait songé à se suicider, et ce fut son ami Populus qui l'en dissuada. Le morceau que nous reproduisons était la réponse à l'épitre de St-Pierre, dans laquelle ce dernier exprimait sa gratitude à notre poète de ce qu'il était venu le rappeler ainsi à la raison, ou, comme il le dit,aux vertus. Cette circonstance donne un caractère solennel à la pièce, comme aussi elle en fait ressortir la sublime inspiration.

NICOL RIQUET

Nicol Riquet était cigarier de métier. L'on dit qu'il improvisait facilement et qu'il a fait la réputation de plusieurs parasites littéraires de son temps. Riquet n'a jamais quitté la Nouvelle-Orléans. Il a composé, dit-on, une foule de romances qui n'ont jamais été imprimées, mais que la jeunesse de son temps aimait à chanter.

LeRondeau Redoubléde Riquet a la distinction d'être la seule composition de ce genre publiée dans lesCenelles. À ce titre, elle offre un intérêt particulier. C'est une dédicace naïve adressée au dieu Bacchus.

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RONDEAU REDOUBLE

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AUX FRANCS AMISDe francs amis demandent un rondeau.Allons, ma muse, il faut faire merveille!N'écrivons plus désormais pour de l'eau,De bon vin vieux on nous paiera bouteille.Pour t'obtenir, ô doux jus de la treille!...Il faut rimer dans un genre nouveau,Il ne faut pas ici que je sommeille:De francs amis demandent un rondeau.De vin Bacchus nous promet un tonneau:De fleurs l'Amour nous offre une corbeille;Du dieu du vin j'aime mieux le cadeau.Allons, ma muse, il faut faire merveille!La nuit, souvent, pour écrire, je veille,Au jour, mes vers tombent dans l'eau: c'est beau!Dès à présent, muse, je te conseille,N'écrivons plus désormais pour de l'eau.Je sens sortir du fond de mon cerveauUn nouveau vers à rime sans pareille;Allons, toujours, nous ferons un tableau;De bon vin vieux on nous paiera bouteille.À la censure hélas! qui nous surveille,Vite, en passant ôtons notre chapeau;À ses discours ouvrons bien notre oreille,Pour n'être pas nommés poètereau...De francs amis.

AUX FRANCS AMIS

De francs amis demandent un rondeau.Allons, ma muse, il faut faire merveille!N'écrivons plus désormais pour de l'eau,De bon vin vieux on nous paiera bouteille.

Pour t'obtenir, ô doux jus de la treille!...Il faut rimer dans un genre nouveau,Il ne faut pas ici que je sommeille:De francs amis demandent un rondeau.

De vin Bacchus nous promet un tonneau:De fleurs l'Amour nous offre une corbeille;Du dieu du vin j'aime mieux le cadeau.Allons, ma muse, il faut faire merveille!

La nuit, souvent, pour écrire, je veille,Au jour, mes vers tombent dans l'eau: c'est beau!Dès à présent, muse, je te conseille,N'écrivons plus désormais pour de l'eau.

Je sens sortir du fond de mon cerveauUn nouveau vers à rime sans pareille;Allons, toujours, nous ferons un tableau;De bon vin vieux on nous paiera bouteille.

À la censure hélas! qui nous surveille,Vite, en passant ôtons notre chapeau;À ses discours ouvrons bien notre oreille,Pour n'être pas nommés poètereau...

De francs amis.

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MANUEL SYLVA

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SOUDAIN(Mot donné)Air:J'ai vu partout dans mes voyages.Je renonce à toi, sombre Lyre,Puisque tu perds tes doux accents,Et ne chantes que le délireQui s'est emparé de mes sens.Tes sons attiseraient la flammeQue mon cœur alimente en vain.Ah! pour le repos de mon âme,Lyre funeste, fuissoudain!Si ma Lyre ne la rappelleÀ mon esprit passionné,Je vois son image fidèleDans l'œillet qu'elle m'a donné.Cette fleur, bien qu'elle se fane,Est constamment là, sur mon sein...Sors de cet asile, profane,Oeillet funeste, fuissoudain?Enfin, pour toujours je l'oublie,Je vais jouir d'un doux repos!Non, je n'ai plus rien d'AurelieQue le souvenir de mes maux.Pleurs versés pour une inconstante,Vous ne coulerez plus demain...Mais, quand de l'oublier je tente,Mon cœur s'y refusesoudain!Déjà cesse ma frénésie,Lyre, œillet, revenez à moi.Disparais, sombre jalousie,Aurelie a reçu ma foi.Dans l'Amour tout est indicible,Plaisir, malheur, joie et chagrin:Pour un mot on est inflexible,Un regard désarmesoudain!Manuel Sylva.

SOUDAIN

(Mot donné)

Air:J'ai vu partout dans mes voyages.

Je renonce à toi, sombre Lyre,Puisque tu perds tes doux accents,Et ne chantes que le délireQui s'est emparé de mes sens.Tes sons attiseraient la flammeQue mon cœur alimente en vain.Ah! pour le repos de mon âme,Lyre funeste, fuissoudain!

Si ma Lyre ne la rappelleÀ mon esprit passionné,Je vois son image fidèleDans l'œillet qu'elle m'a donné.Cette fleur, bien qu'elle se fane,Est constamment là, sur mon sein...Sors de cet asile, profane,Oeillet funeste, fuissoudain?

Enfin, pour toujours je l'oublie,Je vais jouir d'un doux repos!Non, je n'ai plus rien d'AurelieQue le souvenir de mes maux.Pleurs versés pour une inconstante,Vous ne coulerez plus demain...Mais, quand de l'oublier je tente,Mon cœur s'y refusesoudain!

Déjà cesse ma frénésie,Lyre, œillet, revenez à moi.Disparais, sombre jalousie,Aurelie a reçu ma foi.Dans l'Amour tout est indicible,Plaisir, malheur, joie et chagrin:Pour un mot on est inflexible,Un regard désarmesoudain!

Manuel Sylva.

Manuel Sylva, dit-on, était un homme très modeste mais d'un talent hors ligne. Il n'a écrit pour lesCenellesque deux morceaux, l'un ayant pour titreLe Rêveet l'autre,Soudain, que nous avons reproduit.

Sylva était de descendance espagnole, ainsi qu'il semble l'indiquer dans sonEssai Littéraire. Voici comment il s'exprime:

Aux chants de mille oiseaux, à ceux du rossignol,J'osai mêler ma voix dans un air Espagnol.Las! Je chantais Adèle et ma mère chérie,Et tous les agréments d'une belle patrie.

Aux chants de mille oiseaux, à ceux du rossignol,J'osai mêler ma voix dans un air Espagnol.Las! Je chantais Adèle et ma mère chérie,Et tous les agréments d'une belle patrie.

Le joug pesait lourdement sur la belle nature de Sylva, et il rêvait aux charmes d'un pays qu'il appelait le sien et qui, peut-être, était encore le séjour de ses parents bien-aimés.

V. E. RILLIEUX

Victor Ernest Rillieux est natif de la Nouvelle-Orléans. Il descend d'une famille dont plusieurs membres se sont illustrés par des aptitudes spéciales et des services précieux rendus à notre population.

Comme disait Joanni de William Stephens, "il est mort avant l'âge". En effet, 53 ans, c'est comparativement un jeune âge pour mourir, surtout lorsqu'il s'agit d'un homme de la valeur de Rillieux.

Rillieux avait le désavantage d'être pauvre. Il a passé des jours bien tristes, mais jamais sur son visage calme on ne pouvait découvrir la trace de ses souffrances.

Il partageait son temps entre les soins de son petit commerce et l'improvisation de ses vers.

Rillieux était d'un esprit fécond: il a plus écrit qu'aucun autre Louisianais. Malheureusement, il ne reste de lui qu'un petit nombre de pièces. Ce sont des chansons, des odes et satires, et des traductions de l'espagnol dont le mérite est reconnu.

Nous avons fait choix pour la publicité d'une romance de notre poète qui a été mise en musique par le plus célèbre de nos compositeurs, lui aussi couché maintenant dans la tombe.

Victor Ernest Rillieux est mort inopinément le 5 décembre 1898. C'était un autre Gilbert, à qui il ressemblait par le talent et par les malheurs.

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LE TIMIDE

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MUSIQUE DE L. D.Chaque jour je la vois, charmante, gracieuseAu milieu de ses fleurs, sous l'oranger fleuri;Mais quand de son doux chant la note harmonieuseVient raviver des feux de mon cœur attendri,Pourquoi, timide, il faut qu'en mon ivresse extrêmeJe ne puisse jamais dire à celle que j'aime:Chante toujours,O mes amours!Chante, chante toujours.Ravi, brûlant d'amour à ses côtés, j'admireSes grâces, sa beauté, son regard enchanteur.Pourtant, quand de sa lèvre un suave sourireComme un reflet du Ciel vient embraser mon cœur,Pourquoi, timide et faible, en mon extase mêmeJe n'ose dire, hélas! à la dive que j'aime:Souris toujoursO mes amours!Souris, souris toujours.Le soir dans son hamac, j'aime à la voir rêveuse,Oh! quand elle murmure en un souffle amoureuxUn nom, un tendre aveu qu'en mon âme joyeuseJ'écoute avec amour comme un chant des cieux,Pourquoi, croyant, doutant, à ce moment suprême,Je ne puisse, oh! mon Dieu, dire à l'ange que j'aime:Rêve toujours,O mes amours!Rêve, rêve toujours.

MUSIQUE DE L. D.

Chaque jour je la vois, charmante, gracieuseAu milieu de ses fleurs, sous l'oranger fleuri;Mais quand de son doux chant la note harmonieuseVient raviver des feux de mon cœur attendri,Pourquoi, timide, il faut qu'en mon ivresse extrêmeJe ne puisse jamais dire à celle que j'aime:Chante toujours,O mes amours!Chante, chante toujours.

Ravi, brûlant d'amour à ses côtés, j'admireSes grâces, sa beauté, son regard enchanteur.Pourtant, quand de sa lèvre un suave sourireComme un reflet du Ciel vient embraser mon cœur,Pourquoi, timide et faible, en mon extase mêmeJe n'ose dire, hélas! à la dive que j'aime:Souris toujoursO mes amours!Souris, souris toujours.

Le soir dans son hamac, j'aime à la voir rêveuse,Oh! quand elle murmure en un souffle amoureuxUn nom, un tendre aveu qu'en mon âme joyeuseJ'écoute avec amour comme un chant des cieux,Pourquoi, croyant, doutant, à ce moment suprême,Je ne puisse, oh! mon Dieu, dire à l'ange que j'aime:Rêve toujours,O mes amours!Rêve, rêve toujours.

Beaumont et la chanson créole.—L'affaire Toucoutou.—Poètes et journalistes.

BEAUMONT ET LA CHANSON CREOLE

Joe Beaumont est né à la Nouvelle-Orléans en 1820, et il est mort en 1872 dans la même ville, sans jamais en être sorti.

Beaumont était d'humeur toujours égale, toujours disposée à faire bon accueil, et cette bienveillance le faisait estimer de tout le monde.

Comme poète, il était ingénieux et naturel. Dans ses compositions, il employait des formes agréables, mais il ne blessait jamais la vérité. On observe ces qualités surtout dans ses chansons créoles, qui ont toujours pour fond une morale ou un fait pris de la vie réelle. Il était le poète créole par excellence.

L'AFFAIRE TOUCOUTOU

Beaumont a montré son talent particulier comme chansonnier créole lors du procès qui a eu lieu en notre cité, un peu avant la guerre civile entre deux familles de couleur bien connues. Ce différend avait été provoqué par un échange d'épithètes de la part des enfants, qui s'étaient brouillés dans une querelle de rue. L'un des enfants avait traité l'autre de nègre. Il s'en est suivi des démêlés de cour qui ont fait grand bruit dans le temps, et qui se sont terminés d'une manière funeste aux prétentions de la défense.

La personne attaquée en justice cherchait à se justifier en alléguant qu'elle était de race caucasique, qu'elle étaitune blanche, comme on le disait à l'époque. La poursuite ayant prouvé qu'elle était de descendance africaine, elle fut reconnue comme telle par la Cour Suprême de l'État.

Cette contestation judiciaire était intéressante, parce que bon nombre de personnes d'origine douteuse avaient recours à la loi pour se fixer un état civil favorable. Ces personnes, une foisrégulariséespar les tribunaux, passaient dans les rangs de la race blanche et jouissaient de tous les droits et privilèges attachés à cette position.

Une décision adverse, par contre, était désastreuse, fatale, car elle entraînait la perte de tout prestige pour la victime, qui ne pouvait plus alors vivre dans les mêmes conditions sociales.

D'un autre côté, la population de couleur était sérieusement divisée sur cette question d'usurpation ethnologique. Les uns approuvaient, les autres désapprouvaient la conduite des gens de couleur qui voulaient se glisser dans la société des blancs.

Les dissidents étaient en majorité, et Beaumont, quoique quarteron, était en pleine sympathie avec les vues de cette classe. C'est ainsi qu'il s'est intéressé à la cause célèbre dont nous parlons et qu'il s'en est constitué le chroniqueur.

Malheureusement, nous n'avons pas toutes les chansons que Beaumont a composées à cette occasion, mais les quelques morceaux recueillis suffiront, nous voulons le croire, pour faire connaître le génie de notre poète, ainsi que le sentiment du peuple de l'époque à l'égard de ces folles controverses dont la couleur de l'épiderme faisait le sujet.

Le poète explique le commencement de l'affaire comme suit:


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