XIV

Oui, mon vénéré maître, j'accorderai sans hésiter que les habitants de la ronce sortent de leur étui dans un ordre inverse de celui de l'âge, le plus jeune le premier, le plus âgé le dernier, sinon toujours, du moins très souvent. Mais l'éclosion, et j'entends par là la sortie du cocon, se fait-elle dans le même ordre? L'évolution de l'aînée est-elle en retard sur celle du puîné, afin que chacun donne à ceux qui lui barreraient le passage le temps de se libérer et de laisser la voie praticable? Je crains bien que la logique n'ait fourvoyé vos conséquences en dehors de la réalité. Rationnellement rien de plus juste, rien de plus rigoureux que vos déductions, cher maître; et pourtant il faut renoncer à l'étrange inversion que vous invoquez. Aucun des hyménoptères de la ronce que j'ai expérimentés ne se comporte ainsi. Je ne sais rien de personnel sur l'Odynère rubicole, qui paraît étranger à ma région; mais comme la méthode de sortie doit être à peu près la même quand l'habitation est identique, il suffit, je crois, d'expérimenter quelques-uns des habitants de la ronce pour savoir l'histoire générale des autres.

Mes études porteront de préférence sur l'Osmie tridentée, qui, par sa vigueur et le nombre de ses loges dans une même tige, se prête mieux que les autres aux épreuves du laboratoire. Le premier fait à reconnaître, c'est l'ordre d'éclosion. Dans un tube de verre, fermé par un bout, ouvert à l'autre et d'un calibre à peu près égal à celui de la galerie à l'Osmie, j'empile, exactement dans leur ordre naturel, la dizaine de cocons, plus ou moins, que j'extrais d'un bout de ronce. Cette opération est faite en hiver. Les larves sont alors, depuis longtemps, encloses dans leur outre de soie. Pour séparer les cocons entre eux, j'emploie des cloisons artificielles consistant en rondelles de sorgho à balais, d'un demi-centimètre environ d'épaisseur. La matière est une moelle blanche, dépouillée de son enveloppe fibreuse, et facilement attaquable par les mandibules de l'Osmie. Mes diaphragmes dépassent de beaucoup en épaisseur les cloisons naturelles; c'est avantageux, ainsi qu'on va le voir; du reste, il ne sera pas aisé de faire usage de plus faibles, car ces rondelles doivent pouvoir supporter la pression du refouloir qui les met en place dans le tube. D'autre part, l'expérience m'a démontré que l'Osmie en a facilement raison quand il s'agit d'y faire brèche.

Pour éviter l'accès de la lumière, qui troublerait mes insectes, destinés à passer, leur vie larvaire dans une obscurité complète, j'enveloppe le tube d'un épais fourreau de papier, facile à retirer et à remettre quand le moment de l'observation sera venu. Enfin les tubes ainsi préparés, soit avec l'Osmie, soit avec d'autres habitants de la ronce, sont suspendus suivant la verticale et l'orifice en haut, dans un recoin de mon cabinet. Chacun de ces appareils réalise assez bien les conditions naturelles: les cocons d'un même bout de ronce y sont empilés dans le même ordre qu'ils avaient dans la galerie natale, le plus vieux au fond du tube, le plus jeune à proximité de l'orifice; ils sont isolés par des cloisons; ils sont dirigés suivant la verticale, la tête en haut; de plus, mon artifice a l'avantage de substituer, à la paroi opaque de la ronce, une paroi transparente, qui me permettra de suivre l'éclosion jour par jour, à tout instant jugé opportun.

C'est en fin juin pour les mâles et au commencement de juillet pour les femelles, que l'Osmie déchire son cocon. Cette époque venue, on doit redoubler la surveillance et répéter l'examen des tubes plusieurs fois dans la même journée si l'on tient à dresser un exact état civil des naissances. Or, depuis six années que cette question me préoccupe, j'ai vu, j'ai revu à satiété, et suis en mesure d'affirmer qu'aucun ordre, absolument aucun, ne préside à la série des éclosions. Le premier cocon rompu peut être celui du fond du tube, celui du bout opposé, celui du milieu, ou de toute autre région indifféremment. Le deuxième lacéré tantôt avoisine le premier, tantôt en est éloigné de plusieurs rangs soit en avant, soit en arrière. Parfois plusieurs éclosions se font dans la même journée, dans la même heure, les unes plus reculées dans la série des loges, les autres plus avancées, et sans motifs apparents de cette simultanéité. Bref, les éclosions se succèdent, je ne dirai pas au hasard, car chacune d'elles est déterminée dans le temps par des causes impossibles à démêler, mais à l'imprévu de notre jugement, guidé par telle et telle autre considération.

Si nous n'avions pas été dupes d'une logique trop étroite, peut-être aurions-nous pressenti ce résultat. Les œufs sont déposés dans leurs cellules respectives à peu de jours, à peu d'heures d'intervalle. Que peut une si faible différence d'âge dans l'évolution totale, qui dure une année? La précision mathématique est ici hors de cause. Chaque germe, chaque larve a son énergie propre, déterminée on ne sait comment, et variable d'un germe à l'autre, d'une larve à l'autre. Suivant qu'il favorise celui-là, ce surcroît de vitalité, don de l'œuf encore dans l'ovaire, ne peut-il, à l'éclosion finale, faire précéder l'aîné par le plus jeune ou le plus jeune par l'aîné, et reléguer au second rang les effets d'une chronologie minutieuse? Parmi les œufs que couve la poule, est-ce bien toujours le plus vieux qui éclôt le premier? De même la larve la plus vieille, logée dans l'étage du fond, n'arrive pas, de préférence à toute autre, la première à l'état parfait.

Un autre motif, si nous avions plus mûrement réfléchi sur le sujet, aurait ébranlé notre foi dans un ordre de rigueur mathématique. La même nichée formant le chapelet de cocons d'un bout de ronce, contient à la fois des mâles et des femelles, et les deux sexes sont répartis au hasard dans la série totale. Or il est de règle chez les hyménoptères que les mâles sortent du cocon un peu plus tôt que les femelles. Pour l'Osmie tridentée, cette avance est d'environ une semaine. Ainsi, dans une galerie bien peuplée, il se trouve toujours un certain nombre de mâles dont l'éclosion devance de huit jours celle des femelles, et qui sont distribués çà et là dans la série. Cela suffirait pour rendre impossible toute progression régulière des éclosions dans un sens aussi bien que dans l'autre.

Ces prévisions sont d'accord avec les faits: la chronologie des cellules ne renseigne en rien sur la chronologie des éclosions, celles-ci s'accomplissant sans aucun ordre dans la série. Il n'y a donc pas abdication de primogéniture, comme le pense L. Dufour; chaque Osmie, sans se régler sur les autres, rompt son cocon à son heure, déterminée par des causes qui nous échappent et remontent sans doute aux virtualités propres de l'œuf. Ainsi se conduisent les autres habitants de la ronce que j'ai soumis à la même épreuve (Osmia detrita, Anthidium scapulare, Solenius vagus, etc.); ainsi doit se conduire l'Odynère rubicole, les analogies les plus pressantes l'affirment. L'exception singulière qui frappait tant l'esprit de L. Dufour est alors une pure illusion de logique.

Une erreur écartée équivaut à une vérité acquise; cependant, s'il devait se borner là, le résultat de mes expériences serait de mince valeur. Après avoir détruit, tâchons de reconstruire, et peut-être trouverons-nous à nous dédommager d'une illusion perdue. Assistons d'abord à la sortie.

La première Osmie issue des cocons, n'importe sa place dans la série, ne tarde pas à attaquer le plafond qui la sépare de l'étage suivant. Elle y creuse un pertuis assez net en forme de cône tronqué, ayant sa large base du côté où se trouve l'abeille et sa petite base du côté opposé. Cette configuration de la porte de sortie est inhérente au travail. L'insecte, quand il essaye d'attaquer le diaphragme, creuse d'abord un peu au hasard, puis, à mesure que le forage progresse, l'action se concentre sur une aire qui se rétrécit jusqu'à n'offrir que tout juste le passage nécessaire. Aussi le pertuis conique n'est-il pas spécial à l'Osmie; je l'ai vu pratiquer par les autres habitants de la ronce à travers mes épaisses rondelles en moelle de sorgho. Dans les conditions naturelles, les cloisons, fort minces d'ailleurs, sont détruites de fond en comble, car le rétrécissement supérieur de la cellule ne laisse guère que le large nécessaire à l'insecte. La brèche en cône tronqué m'a été souvent très utile. Sa large base me permettait, sans avoir assisté au travail, de juger laquelle des deux Osmies voisines avait perforé la cloison; elle m'indiquait dans quel sens s'était opéré un déménagement nocturne, dont je n'avais pu être témoin.

L'Osmie la première éclose, ici ou là, a troué son plafond. La voici en présence du cocon qui suit, la tête à l'orifice du pertuis. Pleine de scrupule devant ce berceau de l'une de ses sœurs, habituellement elle s'arrête; elle recule dans sa loge, s'y démène au milieu des lambeaux de cocon et des plâtras du plafond effondré; elle attend un jour, deux jours, trois jours et plus s'il le faut. Si l'impatience la gagne, elle essaye de se couler entre la paroi du canal et le cocon qui lui barre le chemin. Un travail d'érosion est même entrepris, avec ténacité, pour agrandir s'il se peut l'intervalle. Dans le canal d'une ronce, on reconnaît semblables tentatives en des points où la moelle est enlevée jusqu'au bois, où l'enceinte ligneuse est elle-même assez profondément rongée. Inutile de dire que, si ces érosions latérales sont reconnaissables après coup, elles échappent à l'examen au moment où elles se font.

Pour y assister, il faut modifier un peu l'appareil en verre. Je double l'intérieur du tube d'une épaisse feuille de papier gris, mais sur la moitié de la circonférence seulement; l'autre moitié, restant nue, me permettra de suivre les essais de l'Osmie. Eh bien, la captive s'acharne sur cette doublure, qui lui représente la couche de moelle de son habituel logis; elle l'arrache par menues parcelles et s'efforce de s'ouvrir une voie entre le cocon et la paroi de verre. Les mâles, de taille un peu moindre, ont plus que les femelles la chance de réussir. S'aplatissant, se faisant petits, déformant un peu le cocon, qui revient du reste à son premier état par le fait de son élasticité, ils s'insinuent dans l'étroit défilé et parviennent dans la loge suivante.

Quand elles sont bien pressées de sortir, les femelles en font autant, si le tube s'y prête un peu. Mais la première cloison franchie, une autre se présente. Elle est percée à son tour. Pareillement seront percées la troisième et d'autres encore jusqu'à épuisement des forces, si l'insecte peut y parvenir. Trop faibles pour ses trouées multiples, les mâles ne vont pas loin à travers mes épais tampons. S'ils viennent à bout de percer le premier, c'est tout ce qu'ils peuvent faire, et encore sont-ils loin de réussir toujours. Mais dans les conditions que leur offre la tige natale, ils n'ont à forcer que des diaphragmes de peu de résistance; et alors s'insinuant, comme je viens de le dire, entre le cocon et la paroi un peu corrodée par la circonstance, ils peuvent franchir les cellules encore occupées et parvenir au dehors les premiers, quel que soit leur rang dans l'empilement des loges. Il est possible que leur éclosion précoce leur impose ce mode de sortie qui, s'il est souvent essayé, ne réussit pas toujours. Les femelles, douées de robustes outils, progressent plus loin dans mes tubes. J'en vois qui percent trois ou quatre cloisons de file et s'avancent d'autant de rangs dans la série avant l'éclosion de celles qu'elles ont dépassées. Pendant ce long labeur, d'autres, plus rapprochées de l'orifice, ont frayé un passage, dont profiteront celles qui viennent de plus loin. Il peut se faire ainsi, quand l'ampleur du tube le permet, qu'une Osmie d'un rang reculé arrive néanmoins à sortir des premières.

Dans le canal de la ronce, d'un diamètre exactement égal à celui du cocon, cette évasion par le flanc de la colonne ne me paraît guère praticable, si ce n'est pour quelques mâles, et encore faut-il qu'ils trouvent une paroi assez riche en moelle, où la dénudation puisse leur ouvrir un défilé. Supposons donc un tube assez étroit pour s'opposer à toute sortie anticipant sur l'ordre des loges. Qu'adviendra-t-il? Rien que de très simple. L'Osmie qui, venant d'éclore et de trouer sa cloison, se trouve en face d'un cocon intact par lequel la voie est obstruée, fait quelques tentatives sur les côtés, et son impuissance reconnue, elle rentre dans sa loge, où elle attend des jours et puis des jours encore, jusqu'à ce que sa voisine rompe à son tour son cocon. Sa patience est inaltérable. Du reste, elle n'est pas mise à une trop longue épreuve, car dans l'intervalle d'une semaine, plus ou moins, toute la file des femelles est éclose.

Si deux Osmies voisines sont libres en même temps, il y a des visites mutuelles à travers le pertuis qui fait communiquer les deux chambres: celle d'en haut descend dans l'étage du bas, celle d'en bas monte dans l'étage d'en haut; parfois les deux sont dans la même loge. Cette fréquentation ne serait-elle pas de nature à les réconforter et à leur faire prendre patience? Cependant, un peu de ci, un peu de là, des portes s'ouvrent à travers les murailles de séparation; la voie se fait par tronçons, et un moment vient où le chef de file sort. Les autres suivent si elles sont prêtes; mais il y a toujours des retardataires qui font attendre jusqu'à leur sortie celles d'un rang plus reculé.

En somme, d'une part l'éclosion s'accomplit sans ordre aucun; d'autre part, la sortie procède avec régularité, du sommet à la base, mais uniquement par suite de l'impossibilité où se trouve l'insecte d'aller plus avant tant que les loges supérieures ne sont pas évacuées. Il n'y a pas ici évolution exceptionnelle, inverse de l'âge, mais simple impuissance de sortir autrement. Si la possibilité se présente de sortir avant son tour, l'hyménoptère ne manque pas d'en profiter, comme le témoignent ces glissements latéraux qui font progresser les impatients de quelques rangs et même libèrent les mieux favorisés. Tout ce que je vois de remarquable, c'est le scrupuleux respect pour le cocon voisin non encore ouvert. Si pressée qu'elle soit de sortir, l'Osmie se garde bien d'y porter les mandibules: c'est sacré. Elle démolira la cloison, elle rongera la paroi avec acharnement, serait-elle réduite au bois seul, elle mettra tout en poudre autour d'elle; mai attaquer un gênant cocon, jamais, au grand jamais. Il ne lui est pas permis de s'ouvrir une trouée en éventrant les cocons de ses sœurs.

Vainement l'Osmie est patiente: il peut se faire que la barricade obstruant la voie jamais ne disparaisse. Dans une cellule parfois l'œuf ne se développe pas; et les provisions, non consommées, deviennent, en se desséchant, un tampon compact, visqueux, moisi, à travers lequel les habitants des étages inférieurs ne sauraient se frayer un passage. Parfois encore une larve meurt dans son cocon, et le berceau de la défunte, devenu cercueil, forme un obstacle d'une durée indéfinie. En ces graves occurrences, comment se tirer d'affaire?

Parmi tous les bouts de ronce que j'ai recueillis, quelques-uns, en très petit nombre, m'ont présenté une particularité remarquable. Outre l'orifice supérieur, ils avaient sur le flanc un et quelquefois deux orifices ronds, comme pratiqués à l'emporte-pièce. En ouvrant ces tiges, vieux nids abandonnés, j'ai reconnu la cause de ces fenêtres, si exceptionnelles. Au-dessus de chacune d'elles était une cellule pleine de miel moisi. L'œuf avait péri et les provisions étaient restées intactes: d'où l'impossibilité de sortir par la voie ordinaire. Ainsi murée chez elle par l'infranchissable tampon, l'Osmie de l'étage inférieur s'était pratiqué une issue à travers la paroi de l'étui, et celles des étages situés plus bas avaient profité de cette ingénieuse innovation. La porte habituelle étant inaccessible, on avait ouvert, à la force des mâchoires, une fenêtre latérale. Les cocons déchirés, mais encore en place dans les appartements inférieurs, ne laissaient aucun doute sur ce mode original de sortie. D'ailleurs, le même fait se répétait, sur divers tronçons de ronce, pour l'Osmie tridentée; il se répétait aussi pour l'Anthidie à scapulaire. L'observation méritait d'être confirmée expérimentalement.

Je choisis un bout de ronce à mince paroi, autant que faire se peut, pour faciliter le travail aux Osmies. Je le fends en deux, j'extrais les cocons, et je ratisse avec soin chaque moitié à l'intérieur de façon à obtenir une rigole à paroi uni qui me permettra de mieux juger des évasions futures. Les cocons sont alors alignés dans l'une des rigoles. Je les sépare par des rondelles de sorgho dont chaque face est revêtue d'une bonne couche de cire d'Espagne, matière non attaquable par les mandibules de l'hyménoptère. Les deux rigoles sont juxtaposées et réunies par quelques liens. Un peu de mastic fait disparaître les jointures et intercepte à l'intérieur tout rayon de clarté. Les appareils sont enfin suspendus suivant la verticale, la tête des cocons en haut. Il n'y a plus qu'à attendre. Aucune des Osmies ne peut sortir suivant le mode habituel, renfermées qu'elles sont entre deux cloisons goudronnées de cire d'Espagne. Pour venir au jour, elles n'ont qu'une ressource: s'ouvrir chacune une fenêtre latérale, si toutefois elles en ont l'instinct et le pouvoir.

Au mois de juillet, le résultat est celui-ci. Sur une vingtaine d'Osmies ainsi claquemurées, six parviennent à forer la paroi d'un trou rond par où elles sortent; les autres périssent dans leurs loges sans parvenir à se libérer. Mais en ouvrant le cylindre, en séparant les deux rigoles de bois, je reconnais que toutes ont essayé l'évasion latérale, car la paroi porte dans chaque loge des traces d'érosion concentrées en un point. Toutes ont donc fait comme leurs sœurs plus heureuses; si elles n'ont pas réussi, c'est que les forces leur ont manqué. Enfin, dans mes appareils en verre, à demi doublés à l'intérieur d'une épaisse feuille de papier gris, je constate souvent des essais pour une fenêtre sur le flanc de la loge: le papier est percé de part en part d'un trou rond.

Encore un résultat que j'enregistre volontiers pour l'histoire des habitants de la ronce. Si l'Osmie, si l'Anthidie et probablement d'autres, sont dans l'impuissance de sortir par l'habituelle voie, un parti héroïque est pris, et l'étui est perforé sur le côté. C'est l'ultime ressource, celle à laquelle on se résout après avoir essayé vainement les autres moyens. Les vaillants, les forts réussissent; les faibles succombent à la peine.

En supposant que toutes les Osmies fussent en possession de la force de mâchoire nécessaire à ce forage latéral dont elles ont l'instinct, il est clair que la sortie de chaque cellule par une fenêtre spéciale serait beaucoup plus avantageuse que la sortie par la porte commune. L'insecte, aussitôt éclos, pourrait s'occuper de sa mise en liberté au lieu de la différer jusque après la libération de ceux qui le précèdent; il éviterait ainsi de longues attentes, qui trop souvent lui sont fatales. Il n'est pas rare, en effet, de trouver des bouts de ronce où plusieurs Osmies sont mortes dans leurs loges, parce que les étages supérieurs n'ont pas été évacués à temps. Oui, ce serait très précieux avantage que cette ouverture latérale, ne subordonnant pas chaque habitant aux éventualités du voisinage: beaucoup périssent qui ne périraient point. Toutes les Osmies, quand les circonstances les y contraignent, en viennent à ce moyen par excellence; toutes ont l'instinct de trouer par côté; mais bien peu viennent à bout de l'œuvre. Les privilégiées du sort, les mieux douées en persévérance et en vigueur, seules réussissent.

Si la fameuse loi de sélection qui, dit-on, régente et transforme le monde, avait quelque chose de fondé; si réellement le mieux doué écartait de la scène le moins bien doué; si l'avenir était au plus fort, au plus industrieux, n'est-il pas vrai que depuis qu'elle fore des bouts de ronce, la race des Osmies aurait dû laisser éteindre les faibles, qui s'obstinent à la sortie commune, et les remplacer jusqu'au dernier par les vigoureux perforateurs de pertuis latéraux? Il y a là un progrès immense à faire pour la prospérité de l'espèce; l'insecte y touche, et il ne peut franchir l'étroite ligne qui l'en sépare. La sélection a certes eu le temps de choisir, et, cependant, s'il y a quelques succès, les insuccès dominent et de beaucoup. La lignée des forts n'a pas fait disparaître la lignée des impuissants; elle reste inférieure en nombre, ce que de tout temps elle a été sans doute. La loi de sélection me frappe par sa vaste portée; mais toutes les fois que je veux l'appliquer aux faits observés, elle me laisse tournoyer dans le vide, sans appui pour l'interprétation des réalités. C'est grandiose en théorie, c'est ampoule gonflée de vent en face des choses. C'est majestueux, mais stérile. Où donc est la réponse à l'énigme du monde? Qui le sait? Qui jamais le saura?

Ne nous attardons pas davantage au milieu de ces ténèbres, que nos vaines théories ne dissiperont pas; revenons aux faits, aux modestes faits, le seul terrain qui ne s'effondre pas sous les pieds. L'Osmie respecte le cocon de sa voisine, et son scrupule est tel, qu'après avoir essayé vainement de se glisser entre ce cocon et la paroi, ou bien de s'ouvrir une issue latérale, elle se laisse mourir dans sa loge plutôt que de passer outre en faisant trouée violente à travers les loges occupées. Si le cocon obstruant la voie contient une larve morte au lieu d'une larve vivante, en sera-t-il de même?

Dans mes tubes de verre, je fais alterner des cocons d'Osmie contenant une larve vivante, avec d'autres cocons de la même espèce mais à larve asphyxiée par un séjour dans les vapeurs de sulfure de carbone. Des rondelles de sorgho séparent comme toujours les étages. À l'éclosion, les recluses n'hésitent pas longtemps. Une fois la cloison percée, elles attaquent les cocons morts, les traversent de part en part, mettent en poudre la larve morte, actuellement sèche et ratatinée; elles sortent enfin après avoir tout bouleversé sur leur trajet. Donc les cocons morts ne sont pas épargnés; ils sont traités comme le serait tout autre obstacle attaquable par les mandibules. L'Osmie n'y voit qu'une barricade à culbuter sans ménagement. Comment est-elle avertie que le cocon, où rien n'est changé quant à l'extérieur, renferme une larve morte et non vivante? Ce n'est certes pas par la vue. Serait-ce par l'odorat? Je me méfie toujours un peu de cet odorat, dont on ne sait pas le siège, et que l'on invoque à tout propos pour expliquer commodément ce qui, peut-être, est au-dessus de nos explications.

Cette fois la série ne se compose que de cocons vivants. Ces cocons, je ne peux les prendre évidemment dans la même espèce, car l'expérience ne différerait pas de ce que nous avons déjà vu; je les prends dans deux espèces différentes, qui sortent de la ronce à des époques ne se confondant pas. De plus, ces cocons doivent être à peu près de même diamètre pour convenir à l'empilement dans un tube sans intervalle vide du côté de la paroi. Les deux espèces adoptées sont leSolenius vagus, qui abandonne la ronce en fin juin, et l'Osmia detrita, qui sort un peu plus tôt, dans la première quinzaine du même mois. Dans des tubes de verre, ou bien entre deux rigoles de ronce rapprochées en cylindre, j'alterne donc des cocons d'Osmie avec des cocons de Solenius. Ce dernier termine en haut la série.

Le résultat de cette promiscuité est frappant. Les Osmies, plus précoces, sortent; et les cocons de Solenius ainsi que leurs habitants, parvenus alors à l'état parfait, sont réduits en lambeaux, en poudre, où il m'est impossible de rien reconnaître, si ce n'est çà et là, une tête des malheureux exterminés. Donc l'Osmie n'a pas respecté les cocons vivants d'une autre espèce; pour sortir, elle a passé sur le corps des Solenius intercalés. Que dis-je, passé sur le corps? Elle a passé à travers, elle a broyé les retardataires sous ses mâchoires, elle les a traitées avec le même sans-façon que mes diaphragmes de sorgho. Ces barricades étaient vivantes pourtant. N'importe; son heure venue, l'Osmie a passé outre, détruisant tout sur son passage. Voilà une loi sur laquelle on peut du moins compter: la souveraine indifférence de l'animal pour ce qui n'est pas lui et sa race.

Et l'odorat, qui distinguait le mort du vivant? Ici tout est vivant, et l'hyménoptère fait sa trouée comme à travers une file de morts. Si l'on dit que l'odeur des Solenius peut différer de celle des Osmies, je répondrai que tant de subtilité dans l'olfaction de l'insecte dépasse ce qu'il me semble raisonnable d'admettre. Quelle est alors mon explication du double fait? L'explication! mais je n'en ai pas à donner! Très aisément, je me résous à savoir ignorer, ce qui m'épargne au moins des élucubrations creuses. J'ignore donc comment l'Osmie, dans la profonde obscurité de son canal, distingue un cocon vivant d'un cocon mort de la même espèce; j'ignore tout autant comment elle parvient à reconnaître un cocon étranger. Oh! comme on voit bien à ces aveux d'ignorance que je ne suis pas dans le courant du jour! Je laisse échapper une occasion superbe d'enfiler de grands mots pour n'arriver à rien.

Le bout de ronce est vertical, ou peu éloigné de cette direction; son orifice est en haut. Voilà la règle dans les conditions naturelles. Mes artifices peuvent modifier cet état de choses: il m'est loisible de tenir le tube vertical ou horizontal; de diriger son orifice urique son vers le haut, soit vers le bas; enfin de laisser le canal ouvert aux deux bouts, ce qui donnera double porte de sortie. Que se passera-t-il dans ces diverses conditions? C'est ce que nous allons examiner avec l'Osmie tridentée.

Le tube est suspendu suivant la verticale, mais il est fermé en haut et ouvert en bas; il représente en somme un bout de ronce renversé sens dessus dessous. Pour varier et compliquer l'épreuve, mes appareils n'ont pas leurs files de cocons disposées de la même manière. Pour les uns, la tête des cocons regarde le bas, du côté de l'ouverture; pour les autres, elle regarde le haut, du côté fermé, pour d'autres encore, les cocons alternent d'orientation, c'est-à-dire qu'ils sont tournés tête contre tête, arrière contre arrière, tour à tour. Il va de soi que des cloisons de sorgho forment les planchers de séparation.

Pour tous ces tubes, le résultat est le même. Si les Osmies ont la tête dirigée vers le haut, elles attaquent la cloison supérieure, ainsi que cela se passe dans les conditions normales; si elles ont la tête dirigée vers le bas, elles se retournent dans leurs loges et travaillent comme à l'ordinaire. En somme, l'élan général pour la sortie est vers le haut, dans quelque position que le cocon soit mis.

Il y a là en jeu manifestement l'influence de la pesanteur, qui avertit l'insecte de sa position renversée et le fait retourner, comme elle nous avertirait nous-mêmes si nous nous trouvions la tête en bas. Dans les conditions naturelles, l'insecte n'a qu'à suivre les avis de la pesanteur, qui lui dit de creuser en haut, et il arrivera infailliblement à la porte de sortie, située au bout supérieur. Mais dans mes appareils, ces mêmes avis le trahissent; il se dirige vers le haut, où ne se trouve pas d'issue. Ainsi fourvoyées par mes supercheries, les Osmies périssent, amoncelées dans les étages supérieurs et ensevelies dans les décombres.

Il arrive cependant que des tentatives sont faites pour se frayer un chemin par en bas. Mais dans cette direction, il est rare que le travail aboutisse, surtout pour les loges de la région moyenne ou supérieure. L'insecte a peu de tendance à cette marche inverse de celle qui lui est habituelle; d'ailleurs, une grave difficulté surgit dans ce forage à contresens. À mesure que l'Abeille rejette en arrière d'elle les matériaux extraits, ceux-ci, par leur propre poids, retombent sous les mandibules, et le déblai est à recommencer. Exténuée par cette besogne de Sisyphe, peu confiante dans un moyen si exceptionnel, l'Osmie se résigne et périt dans sa loge. Je dois ajouter cependant que les Osmies des étages les plus inférieurs, les plus voisins de la sortie, tantôt une, tantôt deux ou trois, parviennent à se libérer. Dans ce cas, elles attaquent sans hésitation les cloisons situées au-dessous d'elles, tandis que leurs compagnes, formant la grande majorité, s'opiniâtrent et périssent dans les logis d'en haut.

L'expérience était facile à répéter, sans rien changer aux conditions naturelles, sauf l'orientation des cocons: il suffisait de suspendre suivant la verticale et l'orifice en bas, des bouts de ronce tels qu'ils avaient été recueillis. Deux tiges ainsi disposées et habitées par des Osmies, ne m'ont donné aucune sortie. Tous les insectes sont morts dans le canal, les uns tournés vers le haut, les autres tournés vers le bas. Au contraire, trois tiges habitées par des Anthidies ont eu leur population saine et sauve. La sortie s'est effectuée par le bas, du premier au dernier, sans encombre aucun. Est-ce que les deux genres d'hyménoptères seraient inégalement sensibles aux influences de la pesanteur? Est-ce que l'Anthidie, fait pour traverser le difficile obstacle de ses sachets de coton, serait plus apte que l'Osmie à se frayer un passage dans des déblais qui retombent sous le travailleur; ou plutôt, cette bourre elle-même n'empêcherait-elle pas pareille chute, si propre à rebuter l'insecte? Tout cela est possible, sans que je puisse rien affirmer.

Expérimentons maintenant les tubes verticaux ouverts aux deux bouts. Les dispositions, à part l'ouverture supérieure, sont les mêmes que précédemment. Les cocons, dans quelques appareils, ont la tête tournée vers le bas; dans d'autres, ils l'ont tournée vers le haut; dans d'autres enfin, ils alternent entre eux de position. Le résultat est semblable à celui que nous venons d'obtenir. Quelques Osmies, les plus voisines de l'orifice inférieur, prennent la route d'en bas, quelle que soit l'orientation adoptée pour le cocon; les autres, composant la grande majorité, prennent la route d'en haut, même lorsque le cocon se trouve renversé. Les deux portes étant libres, la sortie s'accomplit de part et d'autre avec succès.

Que conclure de toutes ces épreuves? D'abord que la pesanteur guide l'insecte vers le haut, où se trouve la porte naturelle, et qu'elle le fait retourner dans sa loge lorsque le cocon a été mis dans une situation renversée. En second lieu, il me semble entrevoir une influence atmosphérique, et dans tous les cas une seconde cause qui achemine l'insecte vers la sortie. Admettons que cette cause soit le voisinage de l'air libre, qui agit sur les recluses à travers les cloisons.

L'animal est donc soumis d'une part aux sollicitations de la pesanteur, et il l'est d'une manière égale pour tous quel que soit l'étage occupé. Voilà le guide commun à la série entière, de la base au sommet. Mais ceux des loges du bas en ont un second lorsque le bout inférieur est ouvert. C'est le stimulant de l'air voisin, stimulant supérieur à celui de la gravité. L'accès de l'air du dehors est très faible à cause des cloisons; s'il est sensible dans les dernières loges d'en bas, il doit diminuer rapidement à mesure que l'étage s'élève. Aussi les insectes d'en bas, en très petit nombre, obéissant à l'influence prépondérante, celle de l'atmosphère, se dirigent-ils vers la sortie inférieure, et renversent, s'il le faut, leur orientation première; ceux d'en haut, au contraire, la grande majorité, n'étant guidés que par la pesanteur dans le cas où le bout supérieur est fermé, se dirigent vers le haut. Il va de soi que, si le bout supérieur est ouvert en même temps que l'autre, les habitants d'en haut auront double motif de prendre la voie qui monte; ce qui n'empêchera pas les habitants des étages les plus bas d'obéir de préférence à l'appel de l'air voisin et de prendre la voie qui descend.

Une ressource me reste pour juger de la valeur de mon explication: c'est d'expérimenter avec des tubes ouverts aux deux bouts et couchés suivant l'horizontale. L'horizontalité a un double avantage. D'abord elle soustrait l'insecte à l'influence de la pesanteur, en ce sens qu'elle le laisse indifférent sur la direction à suivre, soit à droite, soit à gauche. En second lieu, elle écarte la chute des déblais qui, retombant sous les mandibules du travailleur quand le forage se pratique par en bas, rebutent tôt ou tard l'insecte et lui font abandonner son entreprise.

Quelques soins sont à prendre pour bien conduire les épreuves; je les recommande à ceux qui seraient désireux de recommencer. Il est bon même d'en tenir compte pour les épreuves que j'ai déjà fait connaître. Les mâles, êtres chétifs, non faits pour le travail, sont de tristes ouvriers en face de mes épais diaphragmes. La plupart périssent misérablement dans leurs loges de verre, sans parvenir à percer en entier leur cloison. D'ailleurs ils sont moins bien partagés que les femelles pour les dons de l'instinct. Leurs cadavres, intercalés çà et là dans la série, sont des causes de trouble qu'il est prudent d'éliminer. Je choisis donc des cocons d'apparence la plus robuste, de dimensions les plus grandes. Ceux-là, sauf quelques erreurs difficiles à éviter, appartiennent à des femelles. Je les empile dans des tubes en variant leur orientation de toutes les façons ou bien gardant pour tous une disposition pareille. Peu importe que la série entière provienne d'un même bout de ronce ou de plusieurs; il nous est loisible de choisir où nous voudrons, le résultat ne sera pas modifié.

La première fois que j'ai préparé de cette manière un tube horizontal ouvert aux deux bouts, le résultat m'a vivement frappé. La série comprenait dix cocons. Elle s'est partagée en deux escouades égales: les cinq de gauche sont sortis par la gauche, les cinq de droite sont sortis par la droite, en renversant, lorsqu'il le fallait, leur orientation première. C'était fort remarquable de symétrie, c'était de plus un arrangement d'une probabilité bien faible, dans le nombre de tous les arrangements possibles, ainsi que le calcul va l'établir.

SupposonsnOsmies. Chacune d'elles, du moment que la gravité n'intervient pas et la laisse indifférente pour les deux extrémités du tube, est susceptible de deux positions suivant qu'elle choisit la sortie de droite ou la sortie de gauche. Avec chacune des deux positions de cette première Osmie peut se combiner chacune des deux positions de la seconde: ce qui donne en tout 2 x 2 = 22 arrangements. À leur tour, chacun de ces 22 arrangements peut se combiner avec chacune des deux positions de la troisième Osmie. On obtient ainsi 2 x 2 x 2 = 23 arrangements avec trois Osmies. Et ainsi de suite, chaque insecte en plus apportant le facteur 2 au résultat précédemment obtenu. AvecnOsmies, le total des arrangements est donc 2n.

Mais remarquons que ces arrangements sont symétriques deux à deux; à tel arrangement vers la droite correspond un pareil arrangement vers la gauche; et cette symétrie entraîne l'équivalence, car dans le problème qui nous occupe, il est indifférent qu'un arrangement déterminé corresponde à la gauche ou à la droite du tube. Le nombre précédent doit donc être divisé par 2. AinsinOsmies, suivant que chacune d'elles tourne sa tête vers la droite ou vers la gauche dans mon tube horizontal, peuvent affecter des arrangements au nombre de 2n-1. Sin= 10, comme dans ma première expérience, le nombre d'arrangements devient 29= 512.

Ainsi, sur 512 manières que mes dix insectes pouvaient affecter dans leur orientation de sortie, s'était réalisée l'une de celles dont la symétrie est la plus remarquable. Et notons bien que ce n'était pas là un résultat obtenu par des essais multipliés, par des tentatives sans ordre. Chaque Osmie de la moitié de droite avait troué à droite sans toucher à la cloison de gauche, chaque Osmie de la moitié de gauche avait troué à gauche sans toucher à la cloison de droite. La forme des orifices et l'état des surfaces des cloisons au besoin l'indiquait. Il y avait eu décision immédiate, moitié pour la gauche, moitié pour la droite.

L'arrangement réalisé a un autre mérite, supérieur au mérite de la symétrie: c'est celui de correspondre à la moindre somme de forces dépensées. Pour la sortie de toute la série, si la file se compose de n loges, il y a d'abordncloisons à percer. Il pourrait même y en avoir une de plus par le fait d'un enchevêtrement que j'écarte. Il y a, dis-je, pour le moins,ncloisons à percer. Que chaque Osmie perce la sienne, ou que la même Osmie en perce plusieurs en soulageant ainsi ses voisines, peu nous importe: la somme totale des forces dépensées par la série des hyménoptères sera proportionnelle au nombre de ces cloisons de quelque manière que s'effectue la sortie.

Mais il est un autre travail dont il faut largement tenir compte, car il est souvent plus pénible que le forage de la cloison; c'est celui qui consiste à se frayer un chemin à travers les décombres. Supposons les cloisons percées et les diverses chambres obstruées chacune par les déblais qui lui correspondent, et par ces déblais uniquement, puisque l'horizontalité exclut tout mélange d'une chambre à l'autre. Pour s'ouvrir une voie à travers ces démolitions, chaque insecte aura le moindre effort à faire s'il traverse le moindre nombre de loges possible, enfin s'il s'achemine vers l'ouverture la plus rapprochée de lui. De ces moindres efforts individuels résultera le moindre effort total. C'est donc en se dirigeant comme elles l'ont fait dans mon expérience, que les Osmies opèrent leur sortie avec la moindre dépense de forces. Il est curieux de voir appliquer par un insecte le principe de la moindre action, invoqué par la mécanique.

Un arrangement qui satisfait à ce principe, se conforme aux lois de la symétrie et n'a qu'une seule chance sur 512, n'est certes pas un résultat fortuit. Une cause l'a déterminé; et cette cause agissant toujours, le même arrangement doit se reproduire, si je recommence. J'ai donc recommencé les années suivantes, avec des appareils aussi nombreux que me le permettaient mes recherches assidues de bouts de ronce, et j'ai revu, à chaque épreuve nouvelle, ce que j'avais vu avec tant d'intérêt une première fois. Si le nombre est pair, et ma colonne se composait alors habituellement de 10, une moitié sort par la droite, l'autre sort par la gauche. Si le nombre est impair, 11 par exemple, l'Osmie qui occupe le milieu sort indifféremment par l'issue de droite ou par l'issue de gauche. Le nombre de loges à traverser étant le même pour elle d'un coté comme de l'autre, sa dépense de force ne varie pas avec la direction de la sortie, et le principe de la moindre action est toujours observé.

Il importait de reconnaître si l'Osmie tridentée partage son aptitude soit avec les autres habitants de la ronce, soit avec des hyménoptères différemment logés, mais destinés à s'ouvrir une voie pénible quand vient l'heure de quitter le nid. Eh bien, abstraction faite de quelques irrégularités provenant soit de cocons dont la larve périt dans mes tube sans se développer, soit de mâles peu experts au travail, le résultat a été le même pour l'Anthidium scapulare. Il s'est fait un partage en deux escouades égales, l'une pour la droite, l'autre pour la gauche.—LeTripoxylon figulusm'a laissé indécis. Le débile insecte n'est pas apte à trouer mes cloisons; il les ronge un peu, et c'est d'après les érosions qu'il m'a fallu juger de la direction adoptée. Ces érosions, non toujours bien nettes, ne me permettent pas de me prononcer encore.—LeSolenius vagus, habile perforateur, s'est comporté autrement que l'Osmie. Pour une colonne de 10, la sortie s'est effectuée en totalité dans le même sens.

J'ai soumis d'autre part à l'épreuve le Chalicodome des hangars, qui, pour sortir dans les conditions naturelles, n'a qu'à percer son plafond de ciment et ne trouve pas devant lui une suite de loges à traverser. Quoique étranger aux dispositions que je lui créais, il a donné réponse des plus affirmatives. Disposés en colonne de 10 dans un tube horizontal ouvert aux deux bouts, cinq se sont acheminés à droite et cinq se sont acheminés à gauche.—LeDioxys cincta, parasite dans les maçonneries soit du Chalicodome des hangars, soit du Chalicodome des murailles, n'a rien fourni de précis.—LaMegachile apicalisSpin., qui édifie dans les vieilles cellules du Chalicodome des murailles ses godets en rondelles de feuilles, fait comme leSoleniuset dirige toute sa colonne vers la même issue.

Tout incomplet qu'il est, ce relevé nous montre combien il serait imprudent de généraliser les conclusions où nous amène l'Osmie tridentée. Si quelques hyménoptères, l'Anthidie, le Chalicodome partagent son talent pour la double sortie, quelques autres, Solenius, Mégachile imitent les moutons de Panurge et suivent le premier qui sort. Le monde entomologique n'est pas uniforme; les dons y sont très divers; ce que l'une est capable de faire, l'autre ne le peut; et bien subtil serait le regard qui verrait les causes de ces différences. Quoi qu'il en soit, de plus amples recherches augmenteront certainement le nombre des espèces aptes à la double sortie; pour aujourd'hui, nous en connaissons trois, et cela nous suffit.

J'ajouterai que si le tube horizontal a l'un de ses bouts fermé, toute la file d'Osmies se dirige vers le bout ouvert, en se retournant, si besoin est.

Maintenant que les faits sont exposés, remontons, s'il se peut, à la cause. Dans un tube horizontal, la gravité n'agit plus pour déterminer la direction que prendra l'insecte. Faut-il attaquer la cloison de droite, faut-il attaquer la cloison de gauche? Comment décider? Plus je m'informe, plus mes soupçons se portent sur l'influence atmosphérique qui se fait sentir par les deux extrémités ouvertes. Cette influence, en quoi consiste-t-elle? Est-ce un effet de pression, d'hygrométrie, d'état électrique, de propriétés échappant à notre grossière physique? Bien hardi qui déciderait. Nous-mêmes, lorsque le temps veut changer, ne sommes-nous pas soumis à des impressions intimes, à des sensations inexplicables? Cependant cette vague sensibilité pour les modifications atmosphériques ne nous serait pas d'un grand secours en des circonstances semblables à celles où se trouvent mes recluses. Supposons-nous dans les ténèbres et le silence d'un cachot, que suivent et que précèdent d'autres cachots. Nous avons des outils pour percer les murs; mais où frapper pour atteindre l'issue finale et l'atteindre au plus vite? L'influence atmosphérique ne nous en instruirait certes pas.

Elle en instruit cependant l'insecte. Si faible qu'elle soit à travers la multiplicité des cloisons, elle s'exerce d'un côté plus que de l'autre parce que la somme des obstacles y est moindre; et l'insecte, sensible à cette différence entre ces deux je ne sais quoi, attaque sans hésiter la cloison la plus voisine de l'air libre. Ainsi se décide le partage de la colonne en deux séries inverses, qui accomplissent la libération totale avec la moindre somme de travail. Bref, l'Osmie et ses rivalessentent l'étendue libre.—Encore une aptitude sensorielle que le transformisme aurait bien dû nous laisser pour notre avantage. S'il ne l'a pas fait, sommes nous bien, ainsi que beaucoup le prétendent, la plus haute expression des progrès accomplis, à travers les âges, par le premier atome de glaire gonflé en cellule?

Les hauts talus argilo-sablonneux des environs de Carpentras sont lieux de prédilection pour une foule d'hyménoptères, amis des expositions bien ensoleillées et des sols d'exploitation facile. Là, dans le mois de mai, abondent surtout deux Anthophores, ouvrières en miel et cellules souterraines. L'une,Anthophora parietina, construit à l'entrée de son domicile une fortification avancée, un cylindre en terre, ouvragé à jour comme celui de l'Odynère, courbe comme lui, mais de la grosseur et de la longueur du doigt. Lorsque la cité est populeuse, on est émerveillé de la rustique ornementation que forment toutes ces stalactites d'argile appendues à la façade. L'autre,Anthophora pilipes, beaucoup plus fréquente, laisse nu l'orifice de sa galerie. Les interstices des pierres dans les vieilles murailles et les masures abandonnées, les parois des excavations dans le grès tendre et la marne, lui conviennent pour ses travaux; mais les endroits préférés, ceux où se donnent rendez-vous les plus nombreux essaims, sont les nappes verticales exposées au midi, comme en présentent les talus des chemins profondément encaissés. Là, sur des étendues de plusieurs pas de longueur, la paroi est forée d'une multitude d'orifices qui donnent à la masse terreuse l'aspect de quelque énorme éponge. Ces trous arrondis semblent l'œuvre d'une tarière, tant ils sont réguliers. Chacun est l'entrée d'un corridor flexueux qui plonge à deux ou trois décimètres. Au fond sont distribuées les cellules. Si l'on veut assister aux travaux de l'industrieuse abeille, c'est dans la dernière quinzaine du mois de mai qu'il faut se rendre sur le chantier. On peut alors, mais à respectueuse distance si, novice encore, l'on redoute l'aiguillon, on peut contempler, dans toute son activité vertigineuse, le tumultueux et bourdonnant essaim, occupé à la construction et à l'approvisionnement des cellules.

C'est plus fréquemment pendant les mois d'août et de septembre, mois fortunés des vacances scolaires, que j'ai visité les talus habités par l'Anthophore. À cette époque, tout est silencieux dans le voisinage des nids; les travaux sont depuis longtemps achevés et de nombreuses toiles d'araignées tapissent les recoins, ou s'enfoncent en tubes de soie dans les galeries de l'hyménoptère. N'abandonnons pas cependant à la hâte la cité naguère si populeuse, si animée et maintenant déserte. À quelques pouces de profondeur dans le sol, reposent, jusqu'au printemps prochain, des milliers de larves et de nymphes, enfermées dans leurs cellules d'argile. Des proies succulentes, incapables de défense, engourdies comme le sont ces larves, ne pourraient-elles tenter quelques parasites assez industrieux pour les atteindre?

Voici, en effet, des diptères à livrée lugubre, mi-partie blanche et noire, des Anthrax (Anthrax sinuata), volant mollement d'une galerie à l'autre, sans doute pour y déposer leurs œufs; en voici d'autres, plus nombreux, dont la mission est remplie, et qui, étant morts à la peine, pendent, desséchés, aux toiles d'araignée. Ailleurs, la surface entière d'un talus à pic est tapissée de cadavres secs d'un coléoptère (Sitaris humeralis), appendus, comme les Anthrax, aux réseaux soyeux des araignées. Parmi ces cadavres circulent, affairés, amoureux, insouciants de la mort, des Sitaris mâles s'accouplant avec la première femelle qui passe à leur portée, tandis que les femelles fécondées enfoncent leur volumineux abdomen dans l'orifice d'une galerie et y disparaissent à reculons. Il est impossible de s'y méprendre: quelque grave intérêt amène en ces lieux ces deux insectes qui, dans un petit nombre de jours, apparaissent, s'accouplent, pondent et meurent aux portes mêmes des habitations de l'Anthophore.

Donnons maintenant quelques coups de pioche au sol où doivent se passer les singulières péripéties que l'on soupçonne déjà, où l'année dernière pareilles choses se sont passées; peut-être y trouverons-nous des témoins du parasitisme présumé. Si l'on fouille l'habitation des Anthophores dans les premiers jours du mois d'août, voici ce qu'on observe: les cellules formant la couche superficielle ne sont pas pareilles à celles qui sont situées à une plus grande profondeur. Cette différence provient de ce que le même établissement est exploité à la fois par l'Anthophore et par une Osmie (Osmia tricornis), ainsi que le prouve une observation faite à l'époque des travaux, au mois de mai. Les Anthophores sont les véritables pionniers, le travail du forage de galeries leur appartient en entier; aussi leurs cellules sont-elles situées tout au fond. L'Osmie profite des galeries abandonnées, soit à cause de leur vétusté, soit à cause de l'achèvement des cellules qui en occupent la partie la plus reculée; et c'est en les divisant, au moyen de grossières cloisons de terre, en chambres inégales et sans art, qu'elle construit ses cellules. Le seul travail de maçonnerie de l'Osmie se réduit à ces cloisons. C'est d'ailleurs le mode ordinaire adopté, dans leurs constructions, par les diverses Osmies, qui se contentent d'une fissure entre deux pierres, d'une coquille vide d'escargot, de la tige sèche et creuse de quelque plante, pour y bâtir à peu de frais leurs cellules empilées, au moyen de faibles cloisons de mortier.

Les cellules de l'Anthophore, d'une régularité géométrique irréprochable, d'un fini parfait, sont des ouvrages d'art, creusés à une profondeur convenable dans la masse même du banc argilo-sablonneux et sans autre pièce rapportée que l'épais couvercle fermant l'orifice. Ainsi protégées par la prudente industrie de leur mère, hors d'atteinte au fond de leurs retraites solides et reculées, les larves de l'Anthophore sont dépourvues de l'appareil glandulaire destiné à sécréter la soie. Elles ne se filent donc jamais de cocon, mais reposent à nu dans leurs cellules, dont l'intérieur a le poli du stuc. Il faut, au contraire, des moyens de défense dans les cellules de l'Osmie placées dans la couche superficielle du banc, irrégulières, rugueuses dans leur intérieur et à peine protégées contre les ennemis du dehors par de minces cloisons de terre. Les larves de l'Osmie savent, en effet, s'enfermer dans un cocon ovoïde, d'un brun foncé, très solide, qui les met à la fois à l'abri du rude contact de leurs cellules informes et des mandibules de parasites voraces, Acariens, Clairons, Anthrènes, ennemi multiple qu'on trouve rôdant dans les galeries,quærens quem devoret. C'est au moyen de cette balance entre les talents de la mère et ceux de la larve que l'Osmie et l'Anthophore échappent, dans leur premier âge, à une partie des dangers qui les menacent. Il est donc facile de connaître, dans le banc exploité, ce qui appartient à chacun des deux hyménoptères, par la situation et la forme des cellules, enfin par le contenu de ces dernières, consistant, pour l'Anthophore, en une larve nue, et pour l'Osmie, en une larve incluse dans un cocon.

En ouvrant un certain nombre de ces cocons, on finit par en trouver qui, au lieu de la larve de l'Osmie, contiennent chacun une nymphe de forme étrange. Ces nymphes, à la plus légère secousse de leur habitacle, se livrent à des mouvements désordonnés, fouettent de l'abdomen les parois de leur demeure qu'elles ébranlent et font entrer dans une sorte de trépidation. Aussi, laissant même le cocon intact, est-on averti de leur présence par un sourd frôlement qui se fait entendre à l'intérieur de la loge de soie lorsqu'on vient à la remuer.

L'extrémité antérieure de cette nymphe est façonnée en espèce de boutoir armé de six robustes épines, soc multiple éminemment propre à fouiller la terre. Une double rangée de crochets règne sur l'anneau dorsal des quatre segments antérieurs de l'abdomen. Ce sont autant de grappins à l'aide desquels l'animal peut avancer dans l'étroite galerie creusée par le boutoir. Enfin un faisceau de pointes acérées forme l'armure de l'extrémité postérieure. Si l'on examine attentivement la surface de la nappe verticale qui recèle ces divers nids, on ne tarde pas à découvrir des nymphes pareilles aux précédentes, engagées par leur extrémité dans une galerie de leur diamètre, et dont l'extrémité antérieure est librement saillante au dehors. Mais ces nymphes sont réduites à leurs dépouilles, sur le dos et sur la tête desquelles règne une longue fissure par où s'est échappé l'insecte parfait. La destination de la puissante armure de la nymphe devient ainsi manifeste: c'est la nymphe qui est chargée de déchirer le cocon tenace qui l'emprisonne, de fouiller le sol compact où elle est enfouie, de creuser une galerie avec son boutoir à six pointes, et d'amener enfin au jour l'insecte parfait, incapable apparemment d'exécuter lui-même d'aussi rudes travaux.

Et en effet, ces nymphes, prises dans leurs cocons, m'ont donné dans l'intervalle de quelques jours un débile diptère, l'Anthrax sinuata, tout à fait impuissant à percer le cocon, et encore plus à se frayer une issue à travers un sol que je ne fouille pas sans peine avec la pioche. Bien que de pareils faits abondent dans l'histoire des insectes, c'est toujours avec un vif intérêt qu'on les constate. Ils nous parlent d'une incompréhensible puissance qui, tout à coup, à un moment déterminé, commande irrésistiblement à un obscur vermisseau d'abandonner la retraite où il est en sûreté, pour se mettre en marche à travers mille difficultés, et venir à la lumière, à lui fatale dans toute autre occasion, mais nécessaire à l'insecte parfait, qui ne pourrait y parvenir de lui-même.

Mais voilà la couche des cellules de l'Osmie enlevée; la pioche atteint maintenant les cellules de l'Anthophore. Parmi ces cellules, les unes renferment des larves et proviennent des travaux du dernier mois de mai; les autres, quoique de même date, sont déjà occupées par l'insecte parfait. La précocité de métamorphose n'est pas la même d'une larve à l'autre; du reste une différence d'âge de quelques jours peut expliquer ces inégalités de développement. D'autres cellules, aussi nombreuses que les précédentes, renferment un hyménoptère parasite, une Mélecte (Melecta armata) également à l'état parfait. Enfin il s'en trouve, et abondamment, qui renferment une singulière coque ovoïde, divisée en segments, pourvue de boutons stigmatiques, très fine, fragile, ambrée et si transparente, qu'on distingue très bien, à travers sa paroi, un Sitaris adulte (Sitaris humeralis), qui en occupe l'intérieur et se démène comme pour se mettre en liberté. Ainsi s'expliquent la présence, l'accouplement, la ponte en ces lieux, des Sitaris que nous venons de voir errer tout à l'heure, en compagnie des Anthrax, à l'entrée des galeries des Anthophores. L'Osmie et l'Anthophore, copropriétaires de céans, ont chacune leur parasite; l'Anthrax s'attaque à l'Osmie et le Sitaris à l'Anthophore.

Mais qu'est-ce que cette coque bizarre où le Sitaris est invariablement renfermé, coque sans exemple dans l'ordre des coléoptères? Y aurait-il ici un parasitisme au second degré, c'est-à-dire le Sitaris vivrait-il dans l'intérieur de la chrysalide d'un premier parasite, qui vivrait lui-même aux dépens de la larve de l'Anthophore ou de ses provisions? Et comment encore ce ou ces parasites trouvent-ils accès dans une cellule qui paraît inviolable, à cause de la profondeur où elle se trouve, et qui d'ailleurs ne trahit à l'étude scrupuleuse de la loupe aucune violente irruption de l'ennemi? Telles sont les questions qui se sont présentées à mon esprit lorsque, pour la première fois, en 1855, j'ai été témoin des faits que je viens de raconter. Trois ans d'observations assidues me mirent en mesure d'ajouter à l'histoire des morphoses des insectes un de ses plus étonnants chapitres.

Ayant recueilli un assez grand nombre de ces coques problématiques qui contenaient des Sitaris adultes, j'eus la satisfaction d'observer à loisir l'issue de l'insecte parfait hors de la coque, l'accouplement et la ponte. La rupture de la coque est facile: quelques coups de mandibules distribués au hasard et quelques ruades des pattes suffisent pour mettre l'insecte parfait hors de sa fragile prison.

Dans les flacons où je tenais mes Sitaris, j'ai vu l'accouplement suivre de très près les premiers instants de liberté. J'ai pu même être témoin d'un fait qui témoigne hautement combien est impérieuse, pour l'insecte parfait, la nécessité de se livrer, sans retard, à l'acte qui doit assurer la conservation de sa race. Une femelle, la tête déjà hors de la coque, se démène avec anxiété pour achever de se libérer; un mâle, libre depuis une paire d'heures, monte sur cette coque, et tiraillant d'ici, de-là, avec les mandibules, la fragile enveloppe, s'efforce de débarrasser la femelle de ses entraves. Ses efforts sont bientôt couronnés de succès; une rupture se déclare en arrière de la coque, et, bien que la femelle soit encore aux trois quarts ensevelie dans ses langes, l'accouplement a lieu immédiatement, pour durer une minute à peu près. Pendant cet acte, le mâle se tient immobile sur le dos de la coque, ou bien sur le dos de la femelle lorsque celle-ci est entièrement libre. J'ignore si, dans les circonstances ordinaires, le mâle aide ainsi parfois la femelle à se mettre en liberté; à cet effet, il lui faudrait pénétrer dans une cellule renfermant une femelle, ce qui lui est, après tout, possible, puisqu'il a su s'échapper de la sienne. Toutefois, sur les lieux mêmes, l'accouplement s'opère en général à l'entrée des galeries des Anthophores; et alors, ni l'un ni l'autre des deux sexes ne traîne après lui le moindre lambeau de la coque d'où il est sorti.

Après l'accouplement, les deux Sitaris se mettent à se lustrer les pattes et les antennes en les passant entre les mandibules; puis chacun s'éloigne de son côté. Le mâle va se tapir dans un pli du talus de terre, y languit deux ou trois jours et périt. La femelle, elle aussi, après la ponte qui s'opère sans aucun retard, meurt à l'entrée du couloir où elle a déposé ses œufs. Telle est l'origine de tous ces cadavres appendus aux toiles d'araignée qui tapissent le voisinage des demeures de l'Anthophore.

Les Sitaris ne vivent donc à l'état parfait que le temps nécessaire pour s'accoupler et pondre. Je n'en ai jamais vu un seul autre part que sur le théâtre de leurs amours et en même temps de leur mort; je n'en ai jamais surpris un seul pâturant sur les plantes voisines, de sorte que, bien qu'ils soient pourvus d'un appareil digestif normal, j'ai de graves raisons de douter s'ils prennent réellement la moindre nourriture. Quelle existence est la leur! Quinze jours de bombance dans un magasin à miel, un an de sommeil sous terre, une minute d'amour au soleil, puis la mort!

Une fois fécondée, la femelle, inquiète, se met aussitôt à la recherche d'un lieu favorable pour y déposer les œufs. Il importait de constater en quel lieu précis s'effectue la ponte. La femelle va-t-elle de cellule en cellule, confier un œuf aux flancs succulents de chaque larve, soit de l'Anthophore, soit d'un parasite de cette dernière, comme porte à le croire la coque énigmatique d'où sort le Sitaris? Ce mode de dépôt des œufs, un à un dans chaque cellule, paraît être de toute nécessité pour expliquer les faits déjà connus. Mais alors, pourquoi les cellules usurpées par les Sitaris ne gardent-elles pas la plus légère trace de l'effraction indispensable? Et comment peut-il se faire que, malgré de longues recherches où ma persévérance a été soutenue par le plus vif désir de jeter quelque jour sur tous ces mystères, comment, dis-je, peut-il se faire qu'il ne me soit pas tombé sous la main un seul des parasites présumés auxquels la coque pourrait être rapportée, puisque cette dernière paraît être étrangère à un coléoptère? Le lecteur difficilement soupçonnerait combien mes faibles connaissances en entomologie furent bouleversées par cet inextricable dédale de faits contradictoires. Mais, patience! le jour se fera peut-être.

Constatons d'abord en quel lieu précis les œufs sont déposés. Une femelle vient d'être fécondée sous mes yeux; elle est aussitôt séquestrée dans un large flacon où j'introduis en même temps des mottes de terre renfermant des cellules d'Anthophore. Ces cellules sont occupées en partie par des larves et en partie par des nymphes encore toutes blanches; quelques-unes d'entre elles sont légèrement ouvertes et laissent entrevoir leur contenu. Enfin je pratique à la face intérieure du bouchon de liège qui ferme le flacon un conduit cylindrique, un cul-de-sac, du diamètre des couloirs de l'Anthophore. Pour que l'insecte, s'il le désire, puisse pénétrer dans ce couloir artificiel, le flacon est couché horizontalement.

La femelle, traînant avec peine son volumineux abdomen, parcourt tous les coins et recoins de son logis improvisé, et les explore avec ses palpes, qu'elle promène partout. Après une demi-heure de tâtonnements et de recherches soigneuses, elle finit par choisir la galerie horizontale creusée dans le bouchon. Elle enfonce l'abdomen dans cette cavité, et, la tête pendante au dehors, elle commence sa ponte. Ce n'est que trente-six heures après que l'opération a été terminée, et pendant cet incroyable laps de temps, le patient animal s'est tenu dans une immobilité des plus complètes.

Les œufs sont blancs, en forme d'ovale, et très petits. Leur longueur atteint à peine les deux tiers d'un millimètre. Ils sont faiblement agglutinés entre eux et amoncelés en un tas informe qu'on pourrait comparer à une forte pincée de semences non mûres de quelque orchidée. Quant à leur nombre, j'avouerai qu'il a infructueusement fatigué ma patience. Je ne crois pas cependant l'exagérer en l'évaluant au moins à deux milliers. Voici sur quelles données je base ce chiffre. La ponte, ai-je dit, dure trente-six heures, et mes fréquentes visites à la femelle, livrée à cette opération dans la cavité du bouchon, m'ont convaincu qu'il n'y a pas d'interruption notable dans le dépôt successif des œufs. Or, moins d'une minute s'écoule entre l'arrivée d'un œuf et celle du suivant, le nombre de ces œufs ne saurait donc être inférieur au nombre des minutes contenues dans trente-six heures ou à 2 160. Mais peu importe ce nombre exact, il suffit de constater qu'il est fort grand, ce qui suppose, pour les jeunes larves qui en proviendront, de bien nombreuses chances de destruction, puisqu'une telle prodigalité de germes est nécessaire au maintien de l'espèce dans les proportions voulues.

Averti par ces observations, renseigné sur la forme, le nombre et l'arrangement des œufs, j'ai recherché dans les galeries des Anthophores ceux que les Sitaris y avaient déposés, et je les ai invariablement trouvés amoncelés en tas dans l'intérieur des galeries, à un pouce ou deux de leur orifice, toujours ouvert à l'extérieur. Ainsi, contrairement à ce qu'on avait quelque droit de supposer, les œufs ne sont pas pondus dans les cellules de l'abeille pionnière; ils sont simplement déposés, en seul tas, dans le vestibule de son logis. Bien plus, la mère n'exécute pour eux aucun travail protecteur, elle ne prend aucun soin pour les abriter contre la rigueur de la mauvaise saison; elle n'essaie pas même, en bouchant tant bien que mal le vestibule où elle les a pondus à une faible profondeur, de les préserver des mille ennemis qui les menacent; car, tant que les froids de l'hiver ne sont pas venus, dans ces galeries ouvertes circulent des Araignées, des Acares, des larves d'Anthrène, et autres ravageurs pour qui ces œufs ou les jeunes larves qui vont en provenir, doivent être friande curée. Par suite de l'incurie de la mère, ce qui échappe à tous ces giboyeurs voraces et aux intempéries doit se trouver en nombre singulièrement réduit. De là, peut-être, la nécessité où est la mère de suppléer par sa fécondité à la nullité de son industrie.

L'éclosion a lieu un mois après, vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre. La saison encore propice m'a porté à croire que les jeunes larves devaient immédiatement se mettre en marche et se disperser pour tâcher de gagner chacune une cellule d'Anthophore, grâce à quelque imperceptible fissure. Cette prévision s'est trouvée complètement fausse. Dans les boîtes où j'avais mis les œufs pondus de mes captifs, les jeunes larves, bestioles noires d'un millimètre tout au plus de longueur n'ont pas changé de place, quoique pourvues de pattes vigoureuses; elles sont restées pêle-mêle avec les dépouilles blanches des œufs d'où elles étaient sorties.

Vainement j'ai mis à leur portée des blocs de terre renfermant des nids d'Anthophores, des cellules ouvertes, des larves, des nymphes de l'abeille: rien n'a pu les tenter; elles ont persisté à former, avec les téguments des œufs un tas pulvérulent pointillé de blanc et de noir. Ce n'est qu'en promenant la pointe d'une aiguille dans cette pincée de poussière animée que je pouvais y provoquer un grouillement actif. Hors de là, tout était repos. Si j'éloignais forcément quelques larves du tas commun, elles y revenaient aussitôt avec précipitation, pour s'y enfouir au milieu des autres. Peut-être que, ainsi groupées et abritées sous les téguments des œufs, elles ont moins à craindre du froid. Quel que soit le motif qui les porte à se tenir ainsi amoncelées, j'ai reconnu qu'aucun des moyens dictés par mon imagination ne réussissait à leur faire abandonner la petite masse spongieuse que forment les dépouilles des œufs faiblement agglutinées entre elles. Enfin, pour mieux m'assurer qu'en liberté les larves ne se dispersent pas après l'éclosion, je me suis rendu pendant l'hiver à Carpentras et j'ai visité les talus aux Anthophores. J'ai trouvé là, comme dans mes boîtes, les larves amoncelées en tas, pêle-mêle avec les dépouilles des œufs.

Jusque vers la fin du mois d'avril suivant, rien de nouveau ne se passe. Je profiterai de ce long repos pour mieux faire connaître la jeune larve, dont voici la description:

Longueur, 1 millimètre ou un peu moins. Coriace, d'un noir verdâtre luisant, convexe en dessus, plane en dessous, allongée, augmentant graduellement de diamètre de la tête au bout postérieur du métathorax, puis diminuant rapidement. Tête un peu plus longue que large, légèrement dilatée vers sa base, roussâtre vers la bouche et plus foncée vers les ocelles.

Labre en segment de cercle, roussâtre, bordé d'un petit nombre de cils raides et très courts. Mandibules fortes, rousses, courbes, aiguës, se joignant sans se croiser dans le repos. Palpes maxillaires assez longs, formés de deux articles cylindriques, égaux; le dernier terminé par un cil très court. Mâchoires et lèvre inférieure trop peu visibles pour pouvoir être décrites avec certitude.

Antennes de deux articles cylindriques, égaux, peu nettement séparés, à peu près de la même longueur que ceux des palpes; le dernier surmonté d'un cirrhe dont la longueur atteint jusqu'à trois fois celle de la tête, et qui va s'effilant jusqu'à devenir invisible à une forte loupe. En arrière de la base de chaque antenne, deux ocelles inégaux, presque contigus l'un à l'autre.

Segments thoraciques égaux en longueur et augmentant graduellement de largeur d'avant en arrière. Prothorax plus large que la tête, plus étroit antérieurement qu'à la base, légèrement arrondi sur les côtés. Pattes de médiocre longueur, assez robustes, terminées par un ongle puissant, long, aigu et très mobile. Sur la hanche et sur la cuisse de chaque patte, un long cirrhe pareil à celui des antennes, presque aussi long que la patte entière, et dirigé perpendiculairement au plan de locomotion quand l'animal se meut. Quelques cils raides sur les jambes.

Abdomen de neuf segments, sensiblement de même longueur entre eux, mais moindres que ceux du thorax et diminuant très rapidement de largeur jusqu'au dernier. Sous la dépendance du huitième segment, ou plutôt sous celle de l'intervalle membraneux séparant ce segment du dernier, se montrent deux pointes un peu arquées, courtes, mais fortes, aiguës, dures à leur extrémité et placées l'une à droite l'autre à gauche de la ligne médiane. Ces deux appendices peuvent, par un mécanisme qui rappelle en petit celui des tentacules du Colimaçon, rentrer en eux-mêmes par suite de l'état membraneux de leur base. Ils peuvent, en outre, s'abriter sous le huitième segment, entraînés qu'ils sont par le segment anal, lorsque ce dernier, en se contractant, rentre dans le huitième. Enfin le neuvième segment, ou segment anal, porte à son bord postérieur deux longs cirrhes pareils à ceux des pattes et des antennes, et se recourbant de haut en bas. En arrière de ce dernier segment, se montre un mamelon charnu, plus ou moins saillant; c'est l'anus. J'ignore la position des stigmates; ils se sont dérobés à mes investigations, bien que faites à l'aide du microscope.

Lorsque la larve est en repos, les divers segments sont régulièrement imbriqués, et les intervalles membraneux, correspondant aux articulations, ne sont pas visibles. Mais si la larve marche, toutes les articulations, surtout celles des segments abdominaux, se distendent et finissent par occuper presque autant de place que les arceaux cornés. En même temps, le segment anal sort de l'étui formé par le huitième; l'anus, à son tour, s'allonge en mamelon et les deux pointes de l'avant-dernier anneau surgissent d'abord lentement, puis se dressent tout à coup par un mouvement brusque comparable à celui que produit un ressort en se détendant; enfin ces deux points divergent en cornes de croissant. Une fois cet appareil complexe déployé, l'animalcule est en mesure de marcher sur la surface la plus glissante.

Le dernier segment et son bouton anal se recourbent à angle droit avec l'axe du corps, et l'anus vient s'appliquer sur le plan de locomotion, où il déverse une gouttelette d'un liquide hyalin et filant, qui englue la bestiole et la maintient solidement en place, appuyée sur une espèce de trépied que forment le bouton anal et les deux cirrhes du dernier segment. Si l'on observe le mode de locomotion de l'animal sur une lame de verre, on peut tenir la lame dans une position verticale, la renverser même sens dessus dessous, la secouer légèrement sans que la larve se détache et tombe, retenue qu'elle est par l'humeur agglutinative du bouton anal.

S'il faut avancer sur un plan où une chute n'est pas à craindre, la microscopique bête emploie un autre procédé. Elle recourbe l'abdomen, et lorsque les deux pointes du huitième segment, alors pleinement étalées, ont trouvé un point d'appui solide en labourant, pour ainsi dire, le plan de locomotion, elle s'appuie sur cette base et se porte en avant, en dilatant les diverses articulations abdominales. Ce mouvement en avant est d'ailleurs favorisé par le jeu des pattes, qui sont loin de rester inactives. Cela fait, elle jette l'ancre avec les puissants onglets de ses pattes; l'abdomen se contracte, ses divers anneaux se resserrent, et l'anus, tiré en avant, prend de nouveau appui, à l'aide des deux pointes, pour commencer la seconde de ces curieuses enjambées.

Au milieu de ces manœuvres, les cirrhes des hanches et des cuisses traînent sur le plan d'appui, et par leur longueur, leur élasticité, ne paraissent propres qu'à entraver la marche. Mais ne nous hâtons pas de conclure à une inconséquence: le moindre des êtres est approprié aux conditions au milieu desquelles il doit vivre; il est à croire que ces filaments, loin d'entraver l'animalcule en marche, doivent, dans les circonstances normales, lui être de quelque secours.

Le peu que nous venons d'apprendre nous montre déjà que la jeune larve de Sitaris n'est pas appelée à se mouvoir sur une surface ordinaire. Le lieu, quel qu'il soit, où cette larve doit vivre plus tard, l'expose à de bien nombreuses chances de chutes périlleuses, puisque, pour les prévenir, elle est non seulement armée d'ongles robustes, très mobiles, et d'un croissant acéré, espèce de soc capable de mordre sur le corps le mieux poli, mais encore elle est munie d'un liquide visqueux, assez tenace pour l'engluer et la maintenir en place sans le secours des autres appareils. En vain je me suis mis l'esprit à la torture pour soupçonner quel pouvait être le corps si mobile, si vacillant, si dangereux, que doivent habiter les jeunes Sitaris, rien n'a pu m'expliquer la nécessité de l'organisation que je viens de décrire. Convaincu d'avance, par l'étude attentive de cette organisation, que je serais témoin de singulières mœurs, j'ai attendu, avec une vive impatience, le retour de la belle saison, ne doutant pas qu'à l'aide d'une observation persévérante le mystère ne me fût dévoilé au printemps suivant. Ce printemps si désiré est enfin venu; j'ai mis en œuvre tout ce que je peux posséder de patience, d'imagination, de clairvoyance; mais, à ma grande honte, à mon regret plus grand encore, le secret m'a échappé. Oh! qu'ils sont pénibles ces tourments de l'indécision lorsqu'il faut remettre à l'année suivante une étude qui n'a pas abouti!

Mes observations faites dans le courant du printemps 1856, quoique purement négatives, ont cependant leur intérêt, parce qu'elles démontrent fausses quelques suppositions qu'amène naturellement le parasitisme incontestable des Sitaris. J'en dirai donc quelques mots. Vers la fin d'avril, les jeunes larves, jusque-là immobiles et blotties dans le tas spongieux des enveloppes des œufs, sortent de leur immobilité, se dispersent et parcourent en tous sens les boîtes et les flacons où elles ont passé l'hiver. À leur démarche précipitée, à leurs infatigables évolutions, aisément on devine qu'elles recherchent quelque chose qui leur manque. Cette chose, que peut-elle être, si ce n'est de la nourriture? N'oublions pas, en effet, que ces larves sont écloses à la fin de septembre, et que depuis cette époque, c'est-à-dire pendant sept mois complets, elles n'ont pris aucune nourriture, bien qu'elles aient passé ce laps de temps avec toute leur vitalité, ainsi que j'ai pu m'en assurer tout l'hiver en les irritant, et non dans une torpeur analogue à celle des animaux hibernants. Aussitôt écloses, elles sont vouées, quoique pleines de vie, à une abstinence absolue de la durée de sept mois; il est donc naturel de supposer, en voyant leur agitation actuelle, qu'une faim impérieuse les met ainsi en mouvement.

La nourriture désirée ne saurait être que le contenu des cellules de l'Anthophore, puisque plus tard on trouve les Sitaris dans ces cellules. Or, ce contenu se borne ou à du miel ou à des larves. J'ai conservé précisément des cellules d'Anthophore occupées par des nymphes ou par des larves. J'en mets quelques-unes, soit ouvertes, soit fermées, à la portée des jeunes Sitaris, comme je l'avais déjà fait immédiatement après l'éclosion. J'introduis même les Sitaris dans les cellules: je les dépose sur les flancs de la larve, succulent morceau, tout semble le dire; je m'y prends de toutes les manières pour tenter leur appétit; et après avoir épuisé mes combinaisons, toujours infructueuses, je reste convaincu que mes bestioles affamées ne recherchent ni larves, ni nymphes d'Anthophore.

Essayons maintenant le miel. Il faut employer évidemment du miel élaboré pu la même espèce d'Anthophore que celle aux dépens de laquelle vivent les Sitaris. Mais cette abeille n'est pas fort commune dans les environs d'Avignon, et mes occupations du lycée ne me permettent pas de m'absenter pour me rendre à Carpentras, où elle est si abondante. Je perds ainsi, à la recherche de cellules approvisionnées de miel, une bonne partie du mois de mai; je finis cependant par en trouver de fraîchement closes et appartenant à l'Anthophore voulue. J'ouvre ces cellules avec l'impatience fébrile du désir longtemps mis à l'épreuve. Tout va bien: elles sont à demi pleines d'un miel coulant, noirâtre, nauséabond, à la surface duquel flotte la larve de l'hyménoptère récemment éclose. Cette larve est enlevée, et je dépose à la surface du miel, avec mille précautions, un ou plusieurs Sitaris. Dans d'autres cellules, je laisse la larve de l'hyménoptère et j'y introduis des Sitaris, que je dépose tantôt sur le miel, tantôt sur la paroi interne de la cellule, ou simplement à son entrée. Enfin, toutes ces cellules, ainsi préparées, sont mises dans des tubes de verre, qui me permettront une observation facile, sans crainte de troubler, dans leur repas, mes convives affamés.


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