CHAPITRE VIILes ressources du microscope.

CHAPITRE VIILes ressources du microscope.

Nous n’avons pas l’intention d’écrire ici un article sur la façon de se servir de cet instrument indispensable aux mycologues et en général à tous ceux qui font de l’histoire naturelle: on trouvera dans les traités spéciaux tous les renseignements sur ce sujet; nous voulons seulement montrer à ceux qui n’ont pas encore fait usage du microscope, qu’il est facile de s’en servir, et qu’il peut, dans une foule de cas, rendre des services importants.

Le microscope se compose essentiellement de deux parties: un pied muni d’un miroir pour éclairer par transparence les objets placés sur une platine, et au-dessus de celle-ci un tube dans lequel peut se mouvoir, au moyen d’une crémaillère, la partie optique de l’instrument.

Cette partie, la plus importante de l’appareil, se compose d’un tube en cuivre, long de 160 millimètres, portant à sa partie inférieure un ensemble de verres ou lentilles, appelé objectif (parce qu’il est tourné vers l’objet à observer): à la partie supérieure se trouve un autre ensemble de lentilles, mais beaucoup plus grandes, que l’on nomme oculaire.

L’objectif a pour but de donner dans le corps du tubedu microscope, une image virtuelle que l’oculaire, faisant fonction de loupe composée, grossit à son tour et que perçoit l’œil de l’observateur.

Fig. 4.

Fig. 4.

Voilà en quelques lignes la théorie du microscope.

Les fabricants livrent leurs instruments avec des oculaires et des objectifs de puissance différente, permettant d’obtenir plusieurs grossissements, et ils indiquent,sur un papierad hoc, les combinaisons des différents objectifs avec les oculaires, et les grossissements correspondants.

Dans la pratique, nous conseillons d’établir soi-même ces grossissements: il suffira pour cela de se procurer un micromètre objectif, c’est-à-dire une lame de verre portant à son centre la représentation d’un millimètre divisé en cent parties égales, ou pour être plus exact, de deux millimètres divisés en deux cents parties égales, ce qui revient au même.

Chaque division représentera donc un centième de millimètre. Si nous plaçons cette lame (ainsi divisée) sur la platine du microscope, et que, avec un objectif et un oculaire quelconque, nous examinions ces divisions, nous les verrons plus ou moins grossies suivant la combinaison employée.

Si alors faisant usage de la chambre claire qui doit toujours compléter le microscope dont on se sert, nous dessinons sur un papier les différents traits que nous apercevons, il ne nous restera plus qu’à mesurer au moyen d’un double décimètre, combien chaque intervalle entre deux traits comporte de millimètres, et nous pourrons dire que si une division du micromètre objectif mesure 10 millimètres, cela voudra dire que notre combinaison d’objectif et d’oculaire grossit 1.000 fois. Si au contraire cet intervalle ne comporte que 5 millimètres, le grossissement n’est que de 500 fois.

Si nous répétons la même opération pour toutes les combinaisons possibles d’objectifs et d’oculaires, nous aurons les grossissements correspondant à chaque combinaison.

Prenons un exemple; il s’agit d’un microscope déjà ancien, mais bon malgré tout. Il comprend comme objectifs les nos0, 2, 6, 7, et comme oculaires les no1 et 3 ordinaires et 18 compensateur. Nous pouvons, en les combinant, obtenir quinze grossissements différents qui sont:10, 20, 27, 52, 90,100, 160, 240, 330, 340, 410, 620, 850,1.000, 1.200. Nous aurions pu en obtenir un plus grand nombre si nous avions voulu nous servir du tirage que possède tout microscope, mais à quoi bon, nous estimons que les grossissements, les seuls utiles, sont ceux de 10, 20, 50, 100, 500 et 1.000.

Le grossissement de 500 n’est pas indiqué dans l’énumération que nous avons donnée plus haut: pour l’obtenir il suffira de prendre l’objectif 7 et l’oculaire 3, mais au lieu de dessiner à plat sur la table qui supporte l’instrument, ce qui donnerait une amplification de 620 diamètres, il suffira de relever le plan de dessin de 5 centimètres au moyen d’un livre ou d’une boîte bien dressée et présentant cette hauteur. C’est du reste ainsi qu’il faut procéder lorsque l’on veut dessiner à un grossissement de 1.000. En effet, si avec l’oculaire 18 et l’objectif 7, on dessine à même sur la table, on obtient un grossissement de 1.200 diamètres, alors qu’en se servant comme nous venons de le dire d’un livre ou d’une boîte de 5 centimètres de hauteur, le grossissement se trouve réduit à 1.000 diamètres.

Nous croyons devoir faire remarquer que les grossissements indiqués par les constructeurs correspondent au cas où les dessins sont faits à la hauteur de la platine; mais lorsqu’on dessine sur la table où est placé le microscope, le grossissement n’est plus le même, il est plus grand. Nous conseillons cependant, pour simplifier,d’établir la série des grossissements en dessinant sur la table elle-même, et de s’attacher à faire ses observations à des chiffres qui soient des multiples de 10; nous choisirons donc les chiffres suivants: 10, 20, 100, 500, 1.000, qui permettent de satisfaire à toutes les exigences.

Pour obtenir le grossissement de 20 diamètres, nous userons d’un petit stratagème, car l’objectif 0 et l’oculaire 3 nous donnent 27 diamètres, chiffre qui ne répond à rien, mais si nous dévissons la lentille inférieure de notre objectif 0, nous réduirons sa puissance, et le grossissement sera exactement de 20 diamètres; or il peut être très utile de faire un dessin à 20 diamètres. Il est profondément regrettable de voir qu’il n’y a aucune entente entre les naturalistes au sujet des grossissements auxquels sont faits les dessins microscopiques: il serait pourtant bien simple de décider que pour les faibles grossissements, les chiffres 10, 20, 100 seront seuls admis, alors que pour les forts grossissements, on emploiera ceux de 500 et de 1.000. Nous estimons qu’il est toujours possible avec un microscope quelconque d’obtenir ces grossissements.

Comme chambre claire on choisira de préférence un système que l’on puisse conserver sur l’instrument, de façon à pouvoir à tout instant s’en servir ou non. Cette chambre claire se compose essentiellement de deux prismes réunis dans une même monture, et disposés de telle sorte que l’œil puisse voir en même temps et l’objet que l’on veut représenter et la pointe du crayon qui se meut sur le papier en suivant les contours que l’on a intérêt à fixer sur le papier.

Ce genre de chambre claire, si commode dans la pratique,présente cependant un inconvénient, celui de déformer un peu les objets représentés; pour obvier à ce défaut on a conseillé de dessiner sur un pupitre incliné, et pour trouver cette inclinaison, il est un moyen simple indiqué par le DrMalassez. On dessine à la chambre claire sur un plan incliné le contour circulaire du champ du microscope. Si l’inclinaison du papier est convenable, la figure est un cercle parfait, sinon on obtient une ellipse et l’inclinaison devra être modifiée jusqu’à ce qu’on arrive à un cercle complet.

On peut aussi, pour trouver l’inclinaison convenable, se servir du micromètre objectif, qui, comme on le sait, est divisé en centièmes de millimètre. On trace à la chambre claire un certain nombre de divisions du micromètre, et si l’inclinaison du papier est suffisante, l’éloignement des divisions est égal à toutes les hauteurs; si l’écartement des divisions allait en augmentant vers la droite du papier, cela indiquerait qu’il est trop incliné, si au contraire l’écartement augmentait vers la gauche, il ne serait pas assez incliné. Nous dirons que l’inclinaison du pupitre sur lequel se trouve la feuille de papier, doit être de 25°.

Certains micrographes et non des moindres préfèrent, au lieu de dessiner sur un plan incliné, faire subir l’inclinaison au microscope lui-même, et dessiner à plat ce qui est toujours plus commode.

Le DrMalassez a fait construire une chambre claire qui permet d’éviter les déformations. Cette chambre claire se place sur le microscope de telle façon qu’elle soit tournée, non sur la droite de l’observateur comme cela a lieu généralement avec les chambres claires les plus employées, mais bien derrière le microscope etvers l’observateur ainsi que le montre lafigureci-contre. En inclinant le microscope à 45°, l’image sera projetée sans déformation.

Fig. 5.

Fig. 5.

On se figure généralement qu’avec un microscope on ne doit faire d’observations qu’à un grossissement relativement élevé; c’est une erreur. Il est aisé de dessiner à 20 et même à 10 diamètres. Si, par exemple (toujours avec notre microscope), nous prenons l’objectif 0 et l’oculaire 1, nous obtiendrons une amplification de 27 diamètres, mais si nous prenons la précaution de dédoubler notre objectif 0, c’est-à-dire de dévisser la lentille inférieure, nous diminuerons la puissance de grossissement et nous aurons 10 diamètres exactement: mais alors, au lieu de placer l’objet à observer sur la platine du microscope, où nous ne verrions rien, il nous faudra le disposer sur la table où repose le microscope entre les branches du pied, ou encore sur les branches elles-mêmes, en le plaçant sur une carte ou un papier fort.

Nous pourrons de la sorte faire une très bonne observation de notre objet, et en prendre un dessin d’uneexactitude mathématique, ce qu’il serait impossible de faire autrement. Voulons-nous maintenant grossir une partie de notre objet à 20 diamètres, rien de plus simple, il nous suffira de remplacer l’oculaire no1 par celui no3 et nous aurons un grossissement de 20 diamètres.

Fig. 6.

Fig. 6.

Dans ces deux cas, bien entendu, l’objet est éclairépar la lumière directe et non par transparence. Pour bien apercevoir l’objet à dessiner, il est nécessaire d’enlever le diaphragme, sans quoi on ne verrait qu’une très petite partie de l’objet à examiner.

Tout ce que nous venons de dire, peut s’appliquer non seulement aux Champignons, mais aussi aux mousses, lichens, algues et même aux phanérogames.

Un dessin est si facile à faire dans ces conditions que l’on n’hésitera pas à prendre un document cent fois préférable à une longue description. Voirfigure 6la représentation d’une mousse et d’une hépatique au grossissement de 10 diamètres.


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