CHAPITRE III.

Te propter nullos tellus tua postulat imbres,Arida nec pluvio supplicat herba Jovi51.

Te propter nullos tellus tua postulat imbres,Arida nec pluvio supplicat herba Jovi51.

Te propter nullos tellus tua postulat imbres,

Arida nec pluvio supplicat herba Jovi51.

Note 51:(retour)Sénèque (Nat. Quæst.lib. 4, cap. 2) attribue ces vers à Ovide; mais ils sont de Tibulle [I, 7, 23].

Pour multiplier un fleuve si bienfaisant, l'Égypte était coupée de plusieurs canaux d'une longueur et d'une largeur proportionnées aux différentes situations et aux différents besoins des terres. Le Nil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires, unissait les villes entre elles, et la mer Méditerranée avec la mer Rouge, entretenait le commerce au-dedans et au-dehors du royaume, et le fortifiait contre l'ennemi: de sorte qu'il était tout ensemble et le nourricier et le défenseur de l'Égypte. On lui abandonnait la campagne; mais les villes, rehaussées avec des travaux immenses, et s'élevant comme des îles au milieu des eaux, regardaient avec joie de cette hauteur toute la plaine inondée et en même temps fertilisée par le Nil.

Voilà une idée générale de la nature et des effets de ce fleuve si renommé chez les anciens. Mais une merveille si étonnante, et qui dans tous les siècles a fait l'objet de la curiosité et de l'admiration des savants, semble demander que j'entre ici dans quelque détail. J'abrégerai le plus qu'il me sera possible.

Sources du Nil.

Les anciens ont mis les sources du Nil dans les montagnes appelées vulgairement les montagnes de la Lune, au dixième degré de latitude méridionale. Mais nosvoyageurs modernes ont découvert que ces sources sont vers le douzième degré de latitude septentrionale52. Ainsi ils retranchent environ quatre ou cinq cents lieues du cours que les anciens lui donnaient. Il naît au pied d'une grande montagne du royaume de Goïame en Abyssinie. Ce fleuve sort de deux fontaines, ou de deux yeux, pour parler comme ceux du pays; le même mot en arabe signifiantœiletfontaine. Ces fontaines sont éloignées l'une de l'autre de trente pas, chacune de la grandeur d'un de nos puits ou d'une roue de carrosse. Le Nil est augmenté de plusieurs ruisseaux qui viennent s'y joindre; et, après avoir traversé l'Éthiopie en serpentant beaucoup, il se rend enfin en Égypte.

Note 52:(retour)Dans la réalité, nous n'en savons pas plus à ce sujet que les anciens au temps d'Ératosthènes. Il reconnaissait deux affluents du Nil (STRAB. XVII, pag. 786), l'Astaboras, ouAstosaba(Tacazzé), et l'Astapus(Abawi): ces rivières entouraient l'île de Méroé avant de se jeter dans le Nil, qui est évidemment leBahr-el-Abyad, ou rivière Blanche des modernes. Cette dernière descend des montagnes deDyreetTegla, qui paraissent faire partie des montagnes de la Lune, appelées par les ArabesDjebel-al-Qamar. C'est en effet levrai Nil, quoi qu'en aient dit les jésuites portugais et Bruce. On a maintenant toute raison de croire, d'après quelques récits des Arabes, qu'il existe une communication entre cette rivière et le Niger ou Joliba (Annales des Voyages, tom. XVIII, p. 342).La source que décrit ici Rollin est celle de l'Abawi, que les jésuites ont pris pour le Nil, de même que Bruce, qui n'était pas fâché de passer pour avoir fait le premier cette prétendue découverte.--L.

La source que décrit ici Rollin est celle de l'Abawi, que les jésuites ont pris pour le Nil, de même que Bruce, qui n'était pas fâché de passer pour avoir fait le premier cette prétendue découverte.--L.

Cataractes du Nil.

On appelle ainsi quelques endroits où le Nil fait des chutes, et tombe de dessus des rochers escarpés. Ce fleuve53, qui d'abord coulait paisiblement dans les vastessolitudes de l'Éthiopie, avant que d'entrer en Égypte, passe par les cataractes. Alors devenu tout d'un coup, contre sa nature, furieux et écumant, dans ces lieux où il est resserré et arrêté, après avoir enfin surmonté les obstacles qu'il rencontre, il se précipite du haut des rochers en bas, avec un tel bruit, qu'on l'entend à trois lieues de là.

Note 53:(retour)«Excipiunt eum (Nilum) cataractæ, nobilis insigni spectaculo locus.... Illic excitatis primùm aquis, quas sine tumultu leni alveo duxerat, violentus et torrens per malignos transitus prosilit, dissimilis sibî.... tandemque eluctatus obstantia, in vastam altitudinem subitò destitutus cadit, cum ingenti circumjacentium. regionum strepitu, quem perferre gens ibi a Persis collocata non potuit, obtusis assiduo fragore auribus et ob hoc sedibus ad quietiora translatis. Inter miracula fluminis incredibilem incolarum audaciam accepi. Bini parvula navigia conscendunt, quorum alter navem regit, alter exhaurit. Deindè multùm inter rapidam insaniam Nili et reciprocos fluctus volutati, tandem tenuissimos canales tenent, per quos angusta rupium effugiunt: et cum toto flumine effusi, navigium ruens manu temperant, magnoque spectantium metu in caput nixi, quum jam adploraveris, mersosque atque obrutos tantâ mole credideris, longè ab eo in quem ceciderant loco navigant, torrenti modo missi. Nec mergit cadens unda, sed planis aquis tradit.» SENEC.Nat. Quæst.lib. IV, cap. 2 [4].= Ce passage de Sénèque se sent de l'exagération que tous les anciens ont mise dans la description des cataractes du Nil. Celles de la Nubie méritent ce nom; mais les cataractes qu'on voit au-dessus d'Éléphantine ne sont que desrapides, dont la hauteur, dans les basses eaux, n'excède pas quatre ou cinq pieds. Au reste, ce que Sénèque raconte de la hardiesse des naturels prouve assez que cette prétendue cataracte n'est pas aussi effrayante qu'il le fait entendre. Un Anglais, qui voulut tenter, il y a quelques années, une pareille entreprise à la cataracte du Rhin, n'en est point revenu. Le dernier éditeur de Sénèque, M. Ruhkopf, doute de la réalité du trait, parce que Sénèque ne le rapporte que sur ouï-dire; il ne s'est pas souvenu que Strabon, témoin oculaire, en parle comme d'un divertissement que les gens du pays donnaient aux gouverneurs, quand ils poussaient leur inspection jusqu'à Syène (STRAB. XVII, p. 818).Du reste, les expressions de Sénèque,illic excitatis primùm aquis, quas sine tumultu leni alvea duxerat, prouvent que cet auteur n'avait point entendu parler des cataractes du Nil en Nubie: cependant Diodore de Sicile les connaissait (DIOD. SIC. I, § 32, fin.), ainsi qu'Aristide, qui en portait le nombre à trente-six, d'après le témoignage d'un Éthiopien (ARISTID.in Ægyptio, tom. III, p. 581, edit. Canter.)--L.

= Ce passage de Sénèque se sent de l'exagération que tous les anciens ont mise dans la description des cataractes du Nil. Celles de la Nubie méritent ce nom; mais les cataractes qu'on voit au-dessus d'Éléphantine ne sont que desrapides, dont la hauteur, dans les basses eaux, n'excède pas quatre ou cinq pieds. Au reste, ce que Sénèque raconte de la hardiesse des naturels prouve assez que cette prétendue cataracte n'est pas aussi effrayante qu'il le fait entendre. Un Anglais, qui voulut tenter, il y a quelques années, une pareille entreprise à la cataracte du Rhin, n'en est point revenu. Le dernier éditeur de Sénèque, M. Ruhkopf, doute de la réalité du trait, parce que Sénèque ne le rapporte que sur ouï-dire; il ne s'est pas souvenu que Strabon, témoin oculaire, en parle comme d'un divertissement que les gens du pays donnaient aux gouverneurs, quand ils poussaient leur inspection jusqu'à Syène (STRAB. XVII, p. 818).

Du reste, les expressions de Sénèque,illic excitatis primùm aquis, quas sine tumultu leni alvea duxerat, prouvent que cet auteur n'avait point entendu parler des cataractes du Nil en Nubie: cependant Diodore de Sicile les connaissait (DIOD. SIC. I, § 32, fin.), ainsi qu'Aristide, qui en portait le nombre à trente-six, d'après le témoignage d'un Éthiopien (ARISTID.in Ægyptio, tom. III, p. 581, edit. Canter.)--L.

Des gens du pays, accoutumés par un long exercice à ce petit manége, donnent ici aux passants un spectacle plus effrayant encore que divertissant. Ils se mettentdeux dans une petite barque, l'un pour la conduire, l'autre pour vider l'eau qui y entre. Après avoir longtemps essuyé la violence des flots agités, en conduisant toujours avec adresse leur petite barque, ils se laissent entraîner par l'impétuosité du torrent, qui les pousse comme un trait. Le spectateur tremblant croit qu'ils vont être abymés dans le précipice où ils se jettent. Mais le Nil, rendu à son cours naturel, les remontre sur ses eaux tranquilles et paisibles. C'est Sénèque qui fait ce récit, et les voyageurs modernes en parlent de même.

Causes du débordement.

Herod. l. 2, cap. 19-27.Diod. lib. 1, pag. 35-39.Senec. Nat. Quæst. l. 4, cap. 1 et 2.Les anciens ont imaginé plusieurs raisons subtiles du grand accroissement du Nil, que l'on peut voir dans Hérodote, Diodore de Sicile, et Sénèque. Ce n'est plus maintenant une matière de problème, et l'on convient presque généralement que le débordement du Nil vient des grandes pluies qui tombent dans l'Éthiopie, d'où ce fleuve tire sa source. Ces pluies le font tellement grossir, que l'Éthiopie, et ensuite l'Égypte, en sont inondées, et que ce qui n'était d'abord qu'une grosse rivière devient comme une petite mer, et couvre toutes les campagnes.

Lib. 17, pag. 789.Strabon remarque que les anciens54avaient seulement conjecturé que le débordement du Nil était causé par les pluies qui tombent abondamment dans l'Éthiopie; et il ajoute que plusieurs voyageurs s'en sont assurés depuis par leurs propres yeux, Ptolémée Philadelphe,qui était fort curieux pour tout ce qui regarde les arts et les sciences, ayant envoyé exprès sur les lieux d'habiles gens pour examiner ce qui en était, et pour constater la cause d'un fait si singulier et si considérable.

Note 54:(retour)Par ces anciens, Strabon paraît entendre Eudoxe, Aristote (EUSTATHad Odyss., p. 1505, l. 18) et Callisthène (STRAB. XVII, p. 790).--L.

Temps et durée du débordement.

Herod. l. 2, cap. 19.Diod. lib. 1 pag. 32.Hérodote, et après lui Diodore de Sicile, et plusieurs autres, marquent que le Nil commence à croître en Égypte au solstice d'été, c'est-à-dire vers la fin de juin, et continue d'augmenter jusqu'à la fin de septembre, vers lequel temps environ il s'arrête, et va toujours depuis en diminuant pendant les mois d'octobre et de novembre, après quoi il rentre dans son lit, et reprend son cours ordinaire. Ce calcul, à peu de chose près, est conforme à ce qu'on lit sur ce sujet dans toutes les relations des modernes, et il est fondé en effet sur la cause naturelle du débordement, savoir les pluies qui tombent dans l'Éthiopie. Or, selon le témoignage constant de ceux qui ont été sur les lieux, ces pluies commencent à y tomber au mois d'avril, et continuent pendant cinq mois jusqu'à la fin d'août et au commencement de septembre. La crue du Nil en Égypte doit donc naturellement commencer trois semaines ou un mois après que les pluies ont commencé en Abyssinie; et aussi les relations des voyageurs marquent-elles que le Nil commence à croître dans le mois de mai, mais d'une manière peu sensible d'abord, en sorte apparemment qu'il ne sort point encore de son lit. L'inondation marquée n'arrive que vers la fin de juin, et dure les trois mois suivants, comme Hérodote le dit.

Je dois avertir ceux qui consultent les originaux, d'une contradiction qui se rencontre ici entre Hérodoteet Diodore d'un côté, et de l'autre, Strabon, Pline et Solin. Ces derniers abrégent de beaucoup la durée de l'inondation, et supposent que le Nil laisse les terres libres après l'espace de trois mois ou de cent jours. Et ce qui augmente la difficulté, c'est que Pline semble appuyer son sentiment sur l'autorité d'Hérodote:in totum autem revocatur (Nilus) intra ripas in Librâ, ut tradit Herodotus, centesimo die. Je laisse aux savants le soin de concilier cette contradiction55.

Note 55:(retour)Je ne vois nulle contradiction entre ces auteurs: il me paraît que Rollin ne s'est point assez pénétré du sens de leurs textes. Strabon n'a parlé que du temps employé par le Nil à rentrer dans son lit.Hérodote dit: «Le Nil commence à grossir à partir du solstice d'été, et continue ainsi durant cent jours.» C'est à-peu-près ce qu'on lit dans Diodore de Sicile: «Le Nil commence à croître au solstice d'été, et s'arrête à l'équinoxe d'automne (I, § 36).» Sénèque dit la même chose, excepté que, selon lui, l'inondation se prolonge au-delà de l'équinoxe: «At Nilus ante ortum Caniculæ augetur mediis æstibus, ultra æquinoctium» (Quæst. Natur.IV, II, I). Cela est plus conforme à ce que dit Hérodote, et à ce que les voyageurs ont observé: car la crue s'étend assez ordinairement jusqu'au 30 septembre, et même jusqu'au 3 ou 4 octobre.Voilà pour la crue du Nil. Quant à sa décroissance, Hérodote ajoute: «Il rétrograde et rentre tout-à-fait dans son lit, après le même nombre de jours.» Πελάσας δ' ἐς τὸν ἀριθµὸν τουτέων τὥν ἡµερέων, ὀπίσω ἀπέρχεται ἀπολείπων τὸ ῥέεθρον. Car c'est là le vrai sens de ce passage entrevu par Laurent Valla et Wesseling, et que M. Larcher n'a point saisi, s'étant trompé sur le sens de πελάσας (SCHWEIGH.ad h. loc. Herod.). Hérodote veut dire que le Nilayant mis cent jours à croître, met cent autres jours à rentrer tout-à-fait dans son lit. Nous lisons la même chose dans Strabon: «Le Nil (parvenu à sa plus grande hauteur) reste stationnaire pendant plus de 40 jours de l'été; puis il baisse peu-à-peu, comme il s'était élevé; et 60 jours après, le sol est entièrement découvert, et même séché (lib. XVII, pag. 789).» Il s'écoule donccentjours, comme dit Hérodote, entre le point de la plus grande hauteur et celui où le fleuve rentre dans son lit. Diodore de Sicile (I, § 36), et Aristide (tom. II, pag. 338), mettent la même égalité dans la durée de la crue et de la décroissance. Enfin Pline lui-même, au milieu de quelques erreurs légères, finit par dire, d'après Hérodote, qu'au bout du centième jour, le Nil est rentré dans son lit; c'est le sens du passage cité par Rollin: la seule difficulté est dans les motsin Libra, qui ne sont point dans Hérodote, et qui d'ailleurs sont une grave erreur: car, le Nil croissant jusqu'après l'équinoxe, c'est-à-dire, jusqu'au temps où le soleil entre dans la Balance; lorsqu'il est rentré dans son lit,cent jours après, le soleil doit se trouver dans le signe du Capricorne. L'erreur de Pline consiste donc en ce que, citant le témoignage d'Hérodote, il a ajouté mal-à-proposin Librâ: puisque ce signe correspondau commencement, et non à lafinde ladécroissancedes eaux du Nil. Ou l'auteur lui-même a fait la faute par précipitation, ce qui lui arrive souvent; ou les motsin Librâsont une note marginale qui a passé dans le texte. La première supposition est plus probable, attendu que ces mots se trouvent dans tous les manuscrits de Pline, dans Solin, qui a copié cet auteur, et dans un passage de l'Irlandais Dicuil, qui écrivait au neuvième siècle.A cette difficulté près, qui me paraît nulle au fond, les textes anciens d'Hérodote, de Strabon, de Diodore, d'Aristide, de Pline, s'accordent, sans exception, sur la durée de l'inondation du Nil.Je remarquerai, dans tous les cas, que les crues présentent de grandes différences entre elles. Ainsi, par exemple, celle de 1799 s'éleva à la plus grande hauteur le 23 septembre; et celle de 1800 n'y parvint que le 4 oct. (GIRARD,sur l'exhaussement de la vallée du Nil, p. 10.)--L.

Hérodote dit: «Le Nil commence à grossir à partir du solstice d'été, et continue ainsi durant cent jours.» C'est à-peu-près ce qu'on lit dans Diodore de Sicile: «Le Nil commence à croître au solstice d'été, et s'arrête à l'équinoxe d'automne (I, § 36).» Sénèque dit la même chose, excepté que, selon lui, l'inondation se prolonge au-delà de l'équinoxe: «At Nilus ante ortum Caniculæ augetur mediis æstibus, ultra æquinoctium» (Quæst. Natur.IV, II, I). Cela est plus conforme à ce que dit Hérodote, et à ce que les voyageurs ont observé: car la crue s'étend assez ordinairement jusqu'au 30 septembre, et même jusqu'au 3 ou 4 octobre.

Voilà pour la crue du Nil. Quant à sa décroissance, Hérodote ajoute: «Il rétrograde et rentre tout-à-fait dans son lit, après le même nombre de jours.» Πελάσας δ' ἐς τὸν ἀριθµὸν τουτέων τὥν ἡµερέων, ὀπίσω ἀπέρχεται ἀπολείπων τὸ ῥέεθρον. Car c'est là le vrai sens de ce passage entrevu par Laurent Valla et Wesseling, et que M. Larcher n'a point saisi, s'étant trompé sur le sens de πελάσας (SCHWEIGH.ad h. loc. Herod.). Hérodote veut dire que le Nilayant mis cent jours à croître, met cent autres jours à rentrer tout-à-fait dans son lit. Nous lisons la même chose dans Strabon: «Le Nil (parvenu à sa plus grande hauteur) reste stationnaire pendant plus de 40 jours de l'été; puis il baisse peu-à-peu, comme il s'était élevé; et 60 jours après, le sol est entièrement découvert, et même séché (lib. XVII, pag. 789).» Il s'écoule donccentjours, comme dit Hérodote, entre le point de la plus grande hauteur et celui où le fleuve rentre dans son lit. Diodore de Sicile (I, § 36), et Aristide (tom. II, pag. 338), mettent la même égalité dans la durée de la crue et de la décroissance. Enfin Pline lui-même, au milieu de quelques erreurs légères, finit par dire, d'après Hérodote, qu'au bout du centième jour, le Nil est rentré dans son lit; c'est le sens du passage cité par Rollin: la seule difficulté est dans les motsin Libra, qui ne sont point dans Hérodote, et qui d'ailleurs sont une grave erreur: car, le Nil croissant jusqu'après l'équinoxe, c'est-à-dire, jusqu'au temps où le soleil entre dans la Balance; lorsqu'il est rentré dans son lit,cent jours après, le soleil doit se trouver dans le signe du Capricorne. L'erreur de Pline consiste donc en ce que, citant le témoignage d'Hérodote, il a ajouté mal-à-proposin Librâ: puisque ce signe correspondau commencement, et non à lafinde ladécroissancedes eaux du Nil. Ou l'auteur lui-même a fait la faute par précipitation, ce qui lui arrive souvent; ou les motsin Librâsont une note marginale qui a passé dans le texte. La première supposition est plus probable, attendu que ces mots se trouvent dans tous les manuscrits de Pline, dans Solin, qui a copié cet auteur, et dans un passage de l'Irlandais Dicuil, qui écrivait au neuvième siècle.

A cette difficulté près, qui me paraît nulle au fond, les textes anciens d'Hérodote, de Strabon, de Diodore, d'Aristide, de Pline, s'accordent, sans exception, sur la durée de l'inondation du Nil.

Je remarquerai, dans tous les cas, que les crues présentent de grandes différences entre elles. Ainsi, par exemple, celle de 1799 s'éleva à la plus grande hauteur le 23 septembre; et celle de 1800 n'y parvint que le 4 oct. (GIRARD,sur l'exhaussement de la vallée du Nil, p. 10.)--L.

Mesure du débordement.

La juste grandeur56du débordement, selon Pline, est de seize coudées. Quand il n'y en a que douze ou treize, on est menacé de famine; et quand l'inondation passeles seize, elle devient dangereuse. Il faut se souvenirJuli. ep. 50.qu'une coudée est un pied et demi. L'empereur Julien marque, dans une lettre à Ecdice, préfet d'Égypte, que la hauteur du débordement du Nil s'était trouvée de quinze coudées le 20 septembre (en 362). Les anciens ne conviennent point entièrement sur la mesure du débordement, ni entre eux, ni avec les modernes: mais la différence n'est pas fort considérable, et elle peut venir 1º de celle des mesures anciennes et modernes, qu'il est difficile d'évaluer sur un pied fixe et certain; 2º du peu d'exactitude des observateurs et des historiens; 3º de la différence réelle de la crue du Nil, qui était moins grande lorsqu'on approchait de la mer57.

Note 56:(retour)«Justum incrementum est cubitorum XVI. Minores aquæ non omnia rigant: ampliores detinent tardiùs recedendo. Hæ serendi tempora absumunt solo madente: illæ non dant sitiente. Utrumque reputat provincia. In duodecim cubitis famem sentit, in tredecim etiamnum esurit: quatuordecim cubita hilaritatem afferunt, quindecim securitatem, sexdecim delicias.» (Lib. v, c. 9.)= Ce passage (de même que celui d'Hérodote) s'applique sans doute à l'Égypte moyenne. Les 16 coudées, d'après le module du nilomètre d'Éléphantine,valent                   8 met.  43215 coudées               7       90514                       7       37813                       6       85112                       6       324En 1779, la crue fut auCaire, de                7       961En 1800, seulement de    6       857Donc le terme moyen est  7       419.Il est digne de remarque que cette quantité est égale à celle de 14 coudées, que Pline semble donner comme la crue moyenne. Ce fait, et d'autres qu'on pourrait citer, prouvent que rien n'est changé en Égypte relativement aux inondations du Nil, depuis les plus anciens temps. Le sol de l'Égypte s'est élevé graduellement; mais, comme le lit du fleuve s'est élevé dans la même proportion, le rapport entre le niveau des basses eaux et celui des hautes est resté à-peu-près le même.--L.

= Ce passage (de même que celui d'Hérodote) s'applique sans doute à l'Égypte moyenne. Les 16 coudées, d'après le module du nilomètre d'Éléphantine,

valent                   8 met.  43215 coudées               7       90514                       7       37813                       6       85112                       6       324En 1779, la crue fut auCaire, de                7       961En 1800, seulement de    6       857Donc le terme moyen est  7       419.

Il est digne de remarque que cette quantité est égale à celle de 14 coudées, que Pline semble donner comme la crue moyenne. Ce fait, et d'autres qu'on pourrait citer, prouvent que rien n'est changé en Égypte relativement aux inondations du Nil, depuis les plus anciens temps. Le sol de l'Égypte s'est élevé graduellement; mais, comme le lit du fleuve s'est élevé dans la même proportion, le rapport entre le niveau des basses eaux et celui des hautes est resté à-peu-près le même.--L.

Note 57:(retour)Nous lisons dans Plutarque (de Isid. et Osirid., pag. 368, B), et dans Aristide (tom. II, pag. 361, éd. Gebb.), que l'inondation était de 28 coudées (grecques) à Éléphantine, de 21 à Coptos, de 14 à Memphis, de 7 à Mendès.--L.

Diod. lib. 1, pag. 35.Comme la richesse de l'Égypte dépendait des débordements du Nil, on en avait étudié avec soin toutes les circonstances et les différents degrés de ses accroissements; et par une longue suite d'observations régulières qu'on avait faites pendant plusieurs années, l'inondation même faisait connaître quelle devait être la récolte de l'année suivante. Les rois avaient fait placer à Memphis une mesure où ces différents accroissements étaient marqués;Lib. 17, pag. 817.et de là on en donnait avis à tout le reste de l'Égypte, qui par ce moyen était avertie de ce qu'elle avait à craindre ou à espérer pour la moisson. Strabon parle d'un puits bâti sur le bord du Nil, près de la ville de Syène, pour le même usage58.

Note 58:(retour)Ce nilomètre est placé par Strabon dans l'île d'Éléphantine. Il subsiste encore. On a trouvé sur les parois l'échelle métrique qui indiquait en coudées la hauteur des eaux. C'est le module de cette coudée dont je me sers pour l'évaluation des mesures égyptiennes.--L.

Encore aujourd'hui au grand Caire la même coutume s'observe. Il y a dans la cour d'une mosquée une colonne où l'on marque les degrés de l'accroissement du Nil, et chaque jour des crieurs publics annoncent dans tous les quartiers de la ville de combien il est cru59. Le tribut que l'on paie au grand-seigneur pour les terres est réglé sur l'inondation. Le jour qu'elle est parvenue à un certain degré, il se fait dans la ville une fête extraordinaire, accompagnée de festins, de feux d'artifice, et de toutes les marques publiques de réjouissance; et, dans les temps les plus reculés, l'inondation du Nil a toujours causé une joie universelle dans toute l'Égypte, dont elle faisait le bonheur.

Note 59:(retour)Il s'agit ici duMékyaz, situé à l'extrémité méridionale de l'île de Roudah, vis-à-vis le Caire. Ce nilomètre fut construit, vers 847 de notre ère, par le calife El-Mozouatel. La pièce principale consiste en une colonne de marbre blanc, érigée au milieu d'un réservoir quadrangulaire qui communique par un canal avec le Nil. Cette colonne est divisée, depuis sa base jusqu'à son chapiteau, en seize coudées de 24 doigts, ayant chacune 0 mètre 541 millimèt. de longueur.--L.

Socrat. l. 1, cap. 18.Sozam. l. 5, cap. 3.Les païens attribuaient à leur dieu Sérapis l'inondation du Nil; et la colonne qui servait à en marquer l'accroissement était gardée religieusement dans le temple de cette idole. L'empereur Constantin l'ayant fait transporter dans l'église d'Alexandrie, ils publièrent que le Nil ne monterait plus, à cause de la colère de Sérapis; mais il déborda et s'accrut à l'ordinaire les années suivantes. Julien-l'Apostat, protecteur zélé de l'idolâtrie, fit remettre cette colonne dans le même temple, d'où elle fut encore retirée par l'ordre de Théodose.

Canaux du Nil. Pompes.

La providence divine, en donnant un fleuve si bienfaisant à l'Égypte, n'a pas prétendu que ses habitantsdemeurassent oisifs, ni qu'ils profitassent d'une si grande faveur sans se donner aucune peine. On comprend sans peine que, le Nil ne pouvant pas de lui-même couvrir toutes les campagnes, il a fallu faire de grands travaux pour faciliter l'inondation des terres, et pratiquer une infinité de canaux pour porter les eaux de tous côtés. Les villages, qui sont en fort grand nombre sur les bords du Nil, dans des lieux élevés, ont chacun des canaux qu'on ouvre à propos pour faire couler l'eau dans la campagne. Les villages plus éloignés en ont ménagé d'autres jusqu'aux extrémités de ce royaume. Ainsi les eaux sont conduites successivement dans les lieux les plus reculés. Il n'est pas permis de couper les tranchées pour y recevoir les eaux, jusqu'à ce que le fleuve soit à une certaine hauteur, ni de les ouvrir toutes ensemble, parce qu'il y aurait en ce cas-là des terres qui seraient trop inondées, et d'autres qui ne le seraient pas assez. On commence par les ouvrir dans la haute Égypte, ensuite dans la basse, et cela suivant un tarif dont on observe exactement toutes les mesures. Par ce moyen, on ménage l'eau avec tant de précaution, qu'elle se répand dans toutes les terres. Les pays que le Nil inonde sont si vastes et si profonds, et le nombre des canaux si grand, que de toutes les eaux qui entrent en Égypte aux mois de juin, de juillet et d'août, on croit qu'il n'en arrive pas la dixième partie dans la mer60.

Note 60:(retour)Pour bien entendre le système d'irrigation de l'Égypte, il faut remarquer que ces canaux sont dérivés de différents points du Nil, sur l'une et l'autre de ses rives, et qu'ils en portent les eaux jusqu'au pied des collines qui séparent la vallée de l'Égypte, du désert: de distance en distance, à partir de cette limite, chaque canal d'irrigation est barré par des digues transversales qui coupent obliquement la vallée, en s'appuyant sur le fleuve. Les eaux que le canal conduit contre l'une de ces digues s'élèvent jusqu'à ce qu'elles aient atteint le niveau du Nil, au point d'où elles ont été tirées. Ainsi tout l'espace compris, dans la vallée, entre la prise d'eau et la digue transversale, forme, pendant l'inondation, un étang plus ou moins étendu. Lorsque cet espace est suffisamment submergé, on ouvre la digue contre laquelle l'inondation s'appuie: les eaux se déversent alors dans le prolongement du canal au-dessous de cette digue; et elles sont arrêtées à quelque distance par un second barrage, contre lequel elles sont obligées de s'élever de nouveau pour inonder l'espace renfermé entre cette digue et la première.La vallée de l'Égypte présente donc, lors de l'inondation, une suite de petits lacs disposés par échelons les uns au-dessous des autres, de manière que la pente du fleuve, entre deux points donnés, se trouve, sur les deux rives, distribuée par gradins. (GIRARD,sur l'exhaussement du sol de l'Égypte, pag. 10.)

La vallée de l'Égypte présente donc, lors de l'inondation, une suite de petits lacs disposés par échelons les uns au-dessous des autres, de manière que la pente du fleuve, entre deux points donnés, se trouve, sur les deux rives, distribuée par gradins. (GIRARD,sur l'exhaussement du sol de l'Égypte, pag. 10.)

Lib. i, p. 30, et lib. 5. pag. 313. [cf. Vitruv., x. 11; Philon.Jud.p. 325;D. Strab. 17, p. 807-819.]Mais comme, malgré tous ces canaux, il reste encore bien des terres dans des lieux élevés, qui ne peuvent point avoir part à l'inondation du Nil, on y a pourvu par le moyen des pompes en forme de vis, qu'on fait tourner par des bœufs pour faire entrer l'eau dans des tuyaux qui la conduisent dans ces terres. Diodore parle d'une pareille machine, inventée par Archimède dans le voyage qu'il fit en Égypte, et qu'on appellecochlia ægyptia.

Fécondité causée par le Nil.

Il n'y a point de pays dans le monde où la terre soit plus féconde qu'en Égypte; et c'est au Nil qu'elle doit sa fécondité61. Car, au lieu que les autres fleuves emportent le suc des terres et les épuisent en les inondant, celui-ci, au contraire, par un heureux limon qu'il traîne avec lui, les engraisse et les fertilise de telle sorte, qu'il suffit pour réparer les forces que la moisson précédente leur a fait perdre. Le laboureur, dans cepays-là, ne se fatigue point à tracer avec le soc de la charrue de pénibles sillons, ni à rompre les mottes de terre. Dès que le Nil est retiré, il n'a qu'à retourner la terre, en y mêlant un peu de sable pour en diminuer la force; après quoi il la sème sans peine, et presque sans frais. Deux mois après, elle est couverte de toutes sortes de grains et de légumes. On sème ordinairement dans les mois d'octobre et de novembre, à mesure que les eaux se sont écoulées, et on fait la moisson dans les mois de mars et d'avril.

Note 61:(retour)«Quum cæteri amnes abluant terras et eviscerent, Nilus adeò nihil exedit, nec abradit, ut contrà adjiciat vires.... Ita juvat agros duabus ex causis, et quòd inundat, et quòd oblimat.» SENEC.Nat. Quæst., l. 4, c. 2 [§ 10].

Une même terre porte dans une même année trois ou quatre sortes de fruits différents. On y sème des laitues et des concombres, ensuite du blé; et, après la moisson, différents légumes qui sont particuliers à l'Égypte. Comme la chaleur du soleil y est extrême, et la pluie très-rare, on conçoit aisément que l'humidité de la terre serait bientôt desséchée, les grains et les légumes brûlés par une ardeur si vive, sans le secours des canaux et des réservoirs dont l'Égypte est toute remplie, et qui, par les saignées et les coupures que l'on a eu soin d'y faire, fournissent abondamment de quoi humecter et rafraîchir les campagnes et les jardins.

Le Nil ne contribue pas moins à la nourriture des bestiaux, qui sont une autre source de richesses pour l'Égypte. On commence à les mettre au vert au mois de novembre, ce qui dure jusqu'à la fin de mars. On ne peut exprimer combien les pâturages sont abondants, et combien les troupeaux, à qui la douceur de l'air permet d'y demeurer nuit et jour, s'engraissent en peu de temps. Pendant l'inondation du Nil, on leur donne du foin, de la paille hachée, de l'orge, des fèves: c'est là leur nourriture ordinaire.

Tome 2.On ne peut s'empêcher, dit Corneille Le Bruyn dans ses Voyages, de remarquer ici l'admirable conduite de Dieu, qui envoie dans un temps précis des pluies dans l'Éthiopie, afin d'humecter l'Égypte, où il ne pleut presque point, et qui, par ce moyen, du terrain le plus sec et le plus sablonneux, en fait le pays le plus gras et le plus fertile qu'il y ait dans l'univers.

Une autre chose qu'on doit encore ici remarquer, c'est que, selon le témoignage des habitants, au commencement de juin et les quatre mois suivants, les vents du nord-est soufflent régulièrement62, afin de repousser l'eau, qui s'écoulerait trop tôt, et pour l'empêcher de se décharger dans la mer, dont ils lui ferment pour ainsi dire l'entrée. Les anciens n'ont pas omis cette circonstance.

Note 62:(retour)C'est ce que les anciens appelaient les ventsétésiensouannuels. Thalès croyait même que ces vents, qui soufflaient en sens inverse du courant du Nil, étaient la seule cause de l'inondation. (DIOD. SIC. I, § 38; DIOGEN. LAERT. I, § 37; SENEC.,Quæst. Nat.IV, 2, § 21.)--L.

Multiformis sapientia.Eph. 3, 10.La même Providence, riche et inépuisable en ressources et en merveilles, qu'elle sait varier à l'infini, éclatait d'une manière toute différente dans la Palestine, en la rendant extrêmement fertile, non par les pluies qui tombent pendant le cours de l'année, comme cela est ordinaire ailleurs; non par une inondation particulière, comme celle du Nil en Égypte; mais par des pluies fixes, qu'elle envoyait régulièrement aux deux saisons quand son peuple lui était fidèle, afin de lui faire mieux sentir la dépendance continuelle où il était de son maître. C'est Dieu lui-même qui lui commandeDeuter. 11, 10-13.par la bouche de Moïse de faire cette réflexion: «La terre dont vous allez prendre possession n'est pas commela terre d'Égypte d'où vous êtes sortis, où, après que l'on a jeté la semence, on fait venir l'eau par des canaux pour l'arroser, comme on fait dans les jardins: mais c'est une terre de montagnes et de plaines, qui attend les pluies du ciel, que le Seigneur votre Dieu regarde toujours, et sur laquelle il tient ses yeux arrêtés depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin.» Après cela Dieu s'engage de donner à ce peuple, tant qu'il lui sera fidèle, la pluie des deux saisons,temporaneam et serotinam: la première dans l'automne, nécessaire pour faire lever les blés; la seconde dans le printemps et l'été, nécessaire pour les faire croître et mûrir.

Double spectacle causé par le Nil.

Rien n'est si beau à voir que l'Égypte dans deux saisons de l'année63; car, si l'on monte sur quelque montagne, ou sur les grandes pyramides du Caire, vers les mois de juillet et d'août, on voit une vaste mer, sur laquelle il s'élève une infinité de villes et de villages, avec plusieurs chaussées qui conduisent d'un lieu à un autre; le tout entre-mêlé de bosquets et d'arbres fruitiers dont on ne voit que les têtes, ce qui fait un coup-d'œil charmant. Cette perspective est bornée par des montagnes et des bois qui, dans l'éloignement, terminent le plus agréable horizon qu'on puisse voir. En hiver, au contraire, c'est-à-dire vers les mois de janvieret de février, toute la campagne ressemble à une belle prairie, dont la verdure émaillée de fleurs charme les yeux. On voit de tous côtés des troupeaux répandus dans la plaine, avec une infinité de laboureurs et de jardiniers. L'air est alors embaumé par la grande quantité de fleurs que fournissent les orangers, les citronniers, et les autres arbres; et il est si pur, qu'on n'en saurait respirer ni de plus sain, ni de plus agréable: en sorte que la nature, qui est alors comme morte dans un grand nombre de climats, semble presque n'avoir de vie que pour un séjour si charmant.

Note 63:(retour)«Illa faciès pulcherrima est, quum jam se in agros Nilus ingessit. Latent campi, opertæque sunt valles: oppida insularum modo exstant. Nullum in mediterraneis, nisi per navigia, commercium est: majorque est lætitia in gentibus, quò minus terrarum suarum vident.» (SENEC.,Natur. Quæstion., lit. 4, cap. 2 § 11).

Canal de communication entre les deux mers par le Nil.

Herod. l. 2, cap. 158. Strab. l. 17, pag. 804. Plin. lib. 16, cap. 29. Diod. lib. 1, pag. 29.Le canal qui faisait la communication des deux mers, savoir de la mer Rouge et de la Méditerranée, doit trouver ici sa place, et n'est pas un des moindres avantages que le Nil procurait à l'Égypte. Sésostris, ou, selon d'autres, Psammitichus, fut le premier qui en forma le dessein, et qui commença l'ouvrage64. Néchao, successeur du dernier, y employa des sommes immenses et un grand nombre de troupes. On dit que plus de six-vingt mille Égyptiens périrent dans cette entreprise. Il l'abandonna, effrayé par un oracle qui lui avait réponduque c'était ouvrir aux étrangers un chemin dans l'Égypte. L'entreprise fut recommencée par Darius, premier de ce nom; mais il la quitta aussi, parce qu'on lui dit que la mer Rouge, étant plus haute que l'Égypte, inonderait tout le pays65. Enfin elle fut achevée sous les Ptolémées, qui, par le moyen des écluses, tenaient le canal ouvert ou fermé selon leurs besoins. Il commençait assez près du Delta66, vers la ville de Bubaste. Il avait de largeur cent coudées67, c'est-à-dire vingt-cinq toises, de sorte que deux bâtiments pouvaient y passer à l'aise; de profondeur, autant qu'il en faut pour porter les plus grands vaisseaux68; et de longueur, plus de mille stades, c'est-à-dire plus de cinquante lieues69. Cecanal était d'une grande utilité pour le commerce. Aujourd'hui il est presque entièrement comblé, et à peine en reste-t-il quelque vestige70.

Note 64:(retour)Je ne crois pas qu'aucun auteur dise que Psammitichus ait commencé ce canal. Cette erreur légère de Rollin me paraît tenir à une fausse traduction de ce passage de Strabon: οἱ δὲ ὑπὸ τοῦ Ψαµµιτίχου παιδός que les versions latines rendent para Psammiticho filio, tandis que le sens esta Psammitichi filio(par le fils de Psammitique), ce qui désigneNécheo, fils et successeur dePsammitichus.Quant à Sésostris, Strabon dit en effet que ce prince eut la première idée du canal; mais c'est dans un endroit différent de celui que Rollin a cité: c'est au livre premier (pag. 38), et Strabon n'a fait que copier Aristote (Meteorol.I, c. 14.)--L.

Quant à Sésostris, Strabon dit en effet que ce prince eut la première idée du canal; mais c'est dans un endroit différent de celui que Rollin a cité: c'est au livre premier (pag. 38), et Strabon n'a fait que copier Aristote (Meteorol.I, c. 14.)--L.

Note 65:(retour)Les travaux des modernes prouvent que cette opinion des anciens était bien fondée. Il résulte des opérations de nivellement faites par les ingénieurs français entre le fond de la mer Rouge et la Méditerranée, à Péluse, que la différence de niveau des deux mers peut aller à 30 pieds 6 pouces (9 mètres 907). Le niveau des hautes eaux du Nil, au Caire, surpasse celui des hautes eaux de la mer Rouge, de 9 pieds 1 pouce; et celui des basses eaux, de 14 pieds 7 pouces: mais le niveau des basses eaux du Nil est surpassé de 8 pieds 6 pouces par les basses eaux de la mer Rouge, et de 14 pieds 2 pouces par les hautes eaux de cette mer.C'est cette différence de niveau qui rendit nécessaire l'établissement d'une espèce de sas fermé par des écluses, à l'embouchure du canal dans la mer Rouge.--L.

C'est cette différence de niveau qui rendit nécessaire l'établissement d'une espèce de sas fermé par des écluses, à l'embouchure du canal dans la mer Rouge.--L.

Note 66:(retour)Il commençait au Delta même; puisque Bubaste, dont les ruines subsistent encore à Tell-Bastah, était située sur la branche Pélusiaque, à environ 50,000 mètres au-dessous du sommet du Delta.Ce canal suivait la vallée de l'Ouadi, et allait aboutir à un bassin, appelé parles ancienslacs amers(VI, 29; STRAB. XVII, p. 804); de ce bassin, il se prolongeait jusqu'àClysmaouClisma, lieu situé sur la mer Rouge, près d'Héroopolis, et dont le nom me semble venir du mot Κλεῖσµα, qui a pu désigner le barrage fermant le canal à son extrémité.--L.

Ce canal suivait la vallée de l'Ouadi, et allait aboutir à un bassin, appelé parles ancienslacs amers(VI, 29; STRAB. XVII, p. 804); de ce bassin, il se prolongeait jusqu'àClysmaouClisma, lieu situé sur la mer Rouge, près d'Héroopolis, et dont le nom me semble venir du mot Κλεῖσµα, qui a pu désigner le barrage fermant le canal à son extrémité.--L.

Note 67:(retour)52 mètres 70 centimètres.--L.

Note 68:(retour)L'expression est un peu forte. Il y a dans Strabon µυριοφόρος ναῦς, ce qui signifie unvaisseau de chargeet rien de plus.--L.

Note 69:(retour)La longueur totale du canal, depuis Bubaste jusqu'à la mer Rouge, était d'environ 80 milles géographiques, ou 27 lieues.La longueur demille stades, donnée par Rollin, est une erreur fondée sur ce qu'il applique au canal la mesure de l'intervalle qui sépare les deux mers entre Péluse et Héroopolis; cet intervalle est en effet de 1000 stades, selon Hérodote (II, § 158--IV, § 41), Strabon (I, p. 35, D), et Pline (V, c. 11.)--L.

La longueur demille stades, donnée par Rollin, est une erreur fondée sur ce qu'il applique au canal la mesure de l'intervalle qui sépare les deux mers entre Péluse et Héroopolis; cet intervalle est en effet de 1000 stades, selon Hérodote (II, § 158--IV, § 41), Strabon (I, p. 35, D), et Pline (V, c. 11.)--L.

Note 70:(retour)L'utilité de ce canal fixa l'attention des Romains; il fut réparé par Adrien: j'ai prouvé ailleurs (Rech. sur Dicuil, pag. 12), qu'il était encore navigable vers l'an 500 de notre ère. Les Arabes, sous le calife Omar, le réparèrent en 640; il servit à la navigation jusqu'en 767, époque à laquelle le calife Abou-Giafar-Almanzor le fit définitivement combler, pour qu'on ne pût porter de secours aux révoltés de la Mecque et de Médine.--L.

Il me reste à parler de la basse Égypte. Sa figure, qui ressemble à un triangle ou à un (Δ)delta, lui a fait donner ce dernier nom, qui est celui d'une lettre grecque. La basse Égypte forme une espèce d'île. Elle commence à l'endroit où le Nil se divise en deux grands canaux, par lesquels il va se jeter dans la mer Méditerranée. L'embouchure qui est à droite s'appellePélusienne, l'autreCanopique, du nom des deux villes dont elles sont voisines,PelusiumetCanopus, appelées maintenant Damiette et Rosette71. Entre ces deux grandesbranches il y en a cinq autres moins célèbres. Cette île est la partie de l'Égypte la plus cultivée, la plus fertile et la plus riche. Ses principales villes furent, dans les temps les plus reculés, Héliopolis72, Héracléopolis, Naucratis, Saïs, Tanis, Canope, Péluse; et, dans les temps postérieurs, Alexandrie, Nicopolis, etc. Ce fut dans le pays de Tanis que les Israëlites habitèrent73.

Note 71:(retour)Rosette et Damiette ne répondent point àCanopuset àPelusium.Canopusétait situé à environ 3 lieues d'Alexandrie, et à 6 lieues de Rosette;Pelusiumétait à plus de 16 lieues de Damiette.La branche Pélusiaque est comblée; la Canopique l'est aussi dans la partie septentrionale. La branche actuelle de Rosette répond à la Bolbitine; la branche de Damiette, à laPhatmitique.Les sept branches étaient, à partir, de l'Ouest, laCanopique, laBolbitine, laSébennytique, laPhatmitique, laMendésienne, laTanitique, laPélusiaque.--L.

La branche Pélusiaque est comblée; la Canopique l'est aussi dans la partie septentrionale. La branche actuelle de Rosette répond à la Bolbitine; la branche de Damiette, à laPhatmitique.

Les sept branches étaient, à partir, de l'Ouest, laCanopique, laBolbitine, laSébennytique, laPhatmitique, laMendésienne, laTanitique, laPélusiaque.--L.

Note 72:(retour)Elle était située à la pointe, mais hors du Delta.--L.

Note 73:(retour)Il est au contraire à peu près reconnu que les Israëlites habitèrent dans les vallées de l'Ouadi et de Sabah-Byar, vers l'isthme de Suez.--L.

Plut. de Isid. pag. 354. [cf. Procl. in Tim. p. 30.]Il y avait dans Saïs un temple dédié à Minerve, qu'on croit être la même qu'Isis, avec cette inscription: «Je suis tout ce qui a été, ce qui est, et ce qui sera; et personne n'a encore percé le voile qui me couvre.»

Strab. l. 7, pag. 805.Héliopolis, c'est-à-dire ville du soleil, fut ainsi appelée à cause d'un temple magnifique qui y était dédié au soleil.Herod. l. 2, cap. 73. Plin. l. 10, cap. 2. Tacit. Ann. lib. 6, cap. 28.Hérodote, et après lui d'autres auteurs, racontent une chose qui se passait dans ce temple, et qui serait bien merveilleuse si elle était vraie: c'est au sujet duphénix74. Cet oiseau, si l'on en croit les anciens, est unique dans son espèce. Il naît dans l'Arabie, et vit cinq ou six cents ans. Il est de la grandeur d'un aigle. Il a la tête ornée et brillante d'un plumage exquis, les plumes du cou dorées, les autres pourprées, la queue blanche, mêlée de plumes incarnates, des yeux étincelants comme des étoiles. Lorsque, chargé d'années, il voit sa fin approcher, il forme un nid de bois et de gommes aromatiques, après quoi il meurt. De ses os et de sa moelle il naît un ver, d'où il se forme un autre phénix. Son premier soin est de rendre à sonpère les honneurs de la sépulture: pour cela il compose comme une boule ou un œuf de quantité de parfums de myrrhe, du poids qu'il se sent capable de porter, et il en fait souvent l'épreuve; puis il le vide en partie, y dépose le corps de son père, et en ferme avec soin l'entrée, qu'il enduit de myrrhe et d'autres parfums. Alors il charge ses épaules de ce précieux fardeau, et va le brûler sur l'autel du soleil dans la ville d'Héliopolis.

Note 74:(retour)On peut voir tout ce que les anciens ont rapporté sur cet oiseau fabuleux, dans un mémoire de M. Larcher (Mémoires de l'Institut, classe d'histoire, tom. 1, pag. 166 et suiv.).--L.

Hérodote et Tacite révoquent en doute quelques circonstances de ce fait, mais semblent supposer que le fond en est vrai. Pline, au contraire, dès le commencement du récit qu'il en fait, insinue assez clairement que le tout lui paraît fabuleux; et c'est le sentiment de tous les modernes.

Cette vieille tradition, fondée sur une fausseté évidente, a pourtant établi un usage commun dans presque toutes les langues, de donner le nom de phénix à tout ce qui est singulier et rare dans son espèce:rara avis in terris, dit Juvénal75, en parlant de la difficulté de trouver une femme accomplie en tout point. Et Sénèque en dit autant d'un homme de bien76.

Note 75:(retour)Juvénal dit (Satyr. VI, 165): Rara avis in terris, nigroque simillima cycno! sorte de proverbe qui n'a point de rapport avec le Phénix.--L.

Note 76:(retour)«Vir bonus tam citò nec fieri potest, nec intelligi... tanquam phœnix semel anno quingentesimo nascitur.» (Epist. 42.)

Ce que l'on dit des cygnes, qu'ils ne chantent que quand ils sont près de mourir, et qu'alors ils chantent fort mélodieusement, n'est fondé de même que sur une erreur populaire77, et cependant est employé non-seulement,Od. 3, l. 4. [ibi not. Mitscherlich.]par les poëtes, mais par les orateurs et même par les philosophes.O mutis quoque piscibus donatura cycni, si libeat, sonum, dit Horace en s'adressant à Melpomène. Cicéron compare l'admirable discours queLib. 5, de Orat. n. 6.fit Crassus dans le sénat, peu de jours avant sa mort, à la voix mélodieuse d'un cygne mourant:Lib. 1, Tusc. Quæst. n. 73.illa tanquam cycnea fuit divini hominis vox et oratio. Et Socrate disait que les gens de bien devaient imiter les cygnes, qui, sentant, par un instinct secret et une sorte de divination, l'avantage qui se trouve dans la mort, meurent avec joie et en chantant:providentes quid in morte boni sit, cum cantu et voluptate moriuntur. J'ai cru que cette petite digression ne serait pas inutile pour les jeunes gens. Je reviens à mon sujet.

Note 77:(retour)Cette opinion est cependant fondée sur quelque chose de réel. Les observations des modernes, et particulièrement de M. Mongez, ont constaté que les Cygnes sauvages sont doués d'une espèce de chant; ainsi les anciens ne se sont pas trompés en leur attribuant cette faculté; ils ont erré seulement en l'attribuant à tous les cygnes sans distinction, tandis qu'elle est particulière aux cygnes sauvages. (Voyez Mongez,Dictionnaire des Antiquités,art.CYGNES, tom. 11, pag. 281.)--L.

Strab. l. 17, pag. 805.C'est dans Héliopolis qu'un bœuf, sous le nom de Mnévis, était honoré comme un dieu. Cambyse, roi des Perses, exerça sur cette ville sa fureur sacrilège, brûlant les temples, renversant les palais, et détruisant les plus rares monuments de l'antiquité. On y voit encore quelques obélisques qui échappèrent à sa fureur; et quelques autres en ont été transportés à Rome, dont ils font encore l'ornement.

Alexandrie, bâtie par Alexandre-le-Grand, qui lui donna son nom, égala presque la magnificence des anciennes villes d'Égypte. Elle est à quatre journées du Caire.Strab. l. 16, pag. 781.C'est là principalement que se faisait le commerce de l'Orient. On déchargeait les marchandises dans une ville sur la côte occidentale de la mer Rouge,nomméePortus Muris78; on les conduisait ensuite sur des chameaux à une ville de la Thébaïde appeléeCoptos; et on les voiturait enfin par le Nil jusqu'à Alexandrie, où les marchands abordaient de toutes parts.

Note 78:(retour)Μυὸς Ỏρµος. C'est leVieux-Cosseir. La route de Myos-Hormos à Coptos n'était que de 6 à 7 journées de chemin. Elle fit négliger une route plus ancienne, tracée par Ptolémée Philadelphe, entre Coptos et Bérénice (STRAB. XVII, p. 815), et qui était de 12 journées, et de 258 milles ou environ 70 lieues. (VI, 23. Itiner. Anton, p. 173, etc.)Coptosest à présentKeft.--L.

Coptosest à présentKeft.--L.

On sait que le commerce de l'Orient a toujours enrichi ceux qui l'ont exercé. Ce fut là la principale source des trésors incroyables que Salomon amassa, et qui servirent à construire le magnifique temple de Jérusalem.2. Reg. 8, 14.David, en subjuguant l'Idumée, était devenu maître d'Elath et d'Asiongaber, deux villes situées sur le bord oriental de la mer Rouge.3. Reg. 9, 26-28.C'est de là que Salomon envoya ses flottes vers Ophir et Tarsis, d'où elles revenaient toujours chargées de richesses immenses. Ce commerce, après avoir été quelque temps entre les mains des rois de Syrie, qui reconquirent l'Idumée, passa en celles des Tyriens.Strab. 1. 16, pag. 781.Ils faisaient venir par Rhinocolure, ville maritime située entre l'Égypte et la Palestine, leurs marchandises à Tyr, d'où ils les distribuaient dans tout l'Occident. Ce négoce enrichit extrêmement les Tyriens sous les Perses, par la faveur et la protection desquels ils en furent pleinement en possession. Mais, lorsque les Ptolémées se furent rendus maîtres de l'Égypte, ils attirèrent bientôt ce trafic dans leur royaume, en bâtissant Bérénice et d'autres ports sur la côte occidentale de la mer Rouge qui appartenait à l'Égypte. Ils établirent leur principale foire à Alexandrie,qui par là devint la ville la plus marchande de l'univers. C'est par cette voie, savoir par la mer Rouge et l'embouchure du Nil, que s'est fait pendant plusieurs siècles le commerce des pays occidentaux avec la Perse, les Indes, l'Arabie et les côtes orientales d'Afrique. Depuis environ deux cents ans qu'on a découvert une route pour aller aux Indes en doublant le cap de Bonne-Espérance, les Portugais sont devenus les maîtres de ce commerce, qui maintenant est tombé presque entier entre les mains des Anglais et des Hollandais.I. Part. l. 1, Pag. 9.C'est de M. Prideaux que j'ai tiré cette histoire abrégée du commerce des Indes orientales depuis Salomon jusqu'à notre temps.

Strab. l. 17, pag. 791. Plin. l. 36, cap. 12.Ce fut pour la commodité du commerce que l'on bâtit, tout près d'Alexandrie, dans une île appelée Pharos79, une tour qui en porta aussi le nom. Au haut de cette tour il y avait un fanal pour éclairer de nuit les vaisseaux qui naviguaient sur les côtes, pleines d'écueils et de bancs de sable; et elle a communiqué son nom à toutes les autres destinées au même usage: Phare de Messine, etc. Le célèbre architecte Sostrate l'avait bâtie par ordre de Ptolémée Philadelphe80, qui y employa huit cents talents81. Elle était comptée au nombre dessept merveilles du monde. Par une82erreur de fait, on a loué ce prince d'avoir permis qu'au lieu de son nom l'architecte mît le sien dans l'inscription de cette tour. Elle est fort courte et fort simple, selon le goût des anciens:Sostratus Cnidius Dexiphanis F. diis servatoribus, pro navigantibus; c'est-à-dire:Sostrate le Cnidien, fils de Dexiphanes, aux dieux sauveurs, pour le bien de ceux qui vont sur mer. Il faudrait en effet que Ptolémée eût fait bien peu de cas de cette sorte d'immortalité, dont ordinairement les princes sont si avides, pour consentir que son nom n'entrât pas même dans l'inscription d'un ouvrage si capable de l'immortaliser83.De scrib. hist. p. 706.Mais ce qu'on lit dans Lucien sur ce sujet ôte à Ptolémée le mérite d'une modestie qui paraîtrait assez mal placée. Cet auteur nous apprend que Sostrate, pour avoir seul chez la postérité tout l'honneur de cet ouvrage, après avoir fait graver sur le marbre même l'inscription sous son nom, la mit sous le nom du roisur de la chaux dont il enduisit le marbre. La suite des années fit bientôt tomber la chaux, et, au lieu de procurer à l'architecte la gloire qu'il s'était promise, ne servit qu'à manifester aux siècles futurs sa criminelle supercherie et sa ridicule vanité.

Note 79:(retour)Elle était jointe à la ville par une chaussée de 7 stades de longueur, appeléeHeptastade.--L.

Note 80:(retour)Cette tour, qu'Eusèbe (Chron. ad Olymp.CXXIV, an. 1) et le Syncelle (Chronograph., pag. 272 fin.) attribuent à Ptolémée Philadelphe, fut bâtie, selon Suidas, lorsque Pyrrhus monta sur le trône d'Epire (Voce φάρος), ce qui répond à la 23e année de Ptolémée Soter: il est vraisemblable en effet qu'elle fut construite par ce prince.--L.

Note 81:(retour)Huit cent mille écus. = Si ce sont des talents attiques, 800 talents représentent 4,440,000 francs.--L.J'ai montré ailleurs, par plusieurs rapprochements et plusieurs calculs, que cette tour devait avoir de 150 à 160 pieds de haut. (Trad. deSTRABON, pag. 332, 334.)--L.

J'ai montré ailleurs, par plusieurs rapprochements et plusieurs calculs, que cette tour devait avoir de 150 à 160 pieds de haut. (Trad. deSTRABON, pag. 332, 334.)--L.

Note 82:(retour)«Magno animo Ptolemæi regis, quòd in eâ permiserit Sostrati Cnidii architecti structuræ nomen inscribi.» [XXXVI. 12. p. 739.

Note 83:(retour)La manière dont l'inscription a été expliquée par d'habiles critiques sert à rendre compte du fait, sans qu'on ait besoin de recourir à l'historiette de Lucien. L'inscription portait en grec: Σώσρατος Κνίδιος Δεξιψανοῦς Θεοῖς Σωτῆρσιν ὑπὲρ τῶν πλωἳζοµένων. D'après la remarque de Spanheim, appuyée sur les monuments (Prœst. Numism., pag. 415, tom. 1), Ptolémée Soter et sa femme Bérénice étaient appelésles Dieux Sauveurs, Θεοί Σωτῆρες. Il est donc probable que ce sont eux que l'inscription a désignés par leur titre, plutôt que par leur nom. M. Visconti croit même que le datif θεοῖς Σωτῆρσιν ne doit pas s'entendre d'une dédicace, mais se rapporte à l'ordre de construire le monument: dans cette idée, la tournure de l'inscription serait tout elliptique; et l'on devrait suppléer à-peu-près ainsi les ellipses: Σώσρατος Κνίδιος Δεξιψανοῦς [τοῦτον τὸν πύργον] θεοῖς Σωτῆρσιν [κατεσκέυασεν] ὑπὲρ τῶν πλωἳζοµένων, c'est-à-dire: «Sostrate de Cnide, fils de Dexiphanes, a construit cette tour, par l'ordre des Dieux Sauveurs, pour le bien des navigateurs.» D'après cette interprétation, il ne serait plus douteux que le phare eût été construit par Ptolémée Soter.--L.

Les richesses ne manquèrent pas, comme c'est l'ordinaire, d'introduire dans cette ville le luxe et la licence;Quint.et les délices d'Alexandrie passèrent en proverbe84. On y cultiva aussi beaucoup les arts et les sciences: témoin ce superbe bâtiment surnommé Musée, où les savants tenaient leurs assemblées, et où ils étaient entretenus aux dépens du public; et cette fameuse bibliothèque que Ptolémée Philadelphe augmenta considérablement,Plut. In Cæs. pag. 731. Senec. de tranq. anim. cap 9. [Dion. Cassius. XLII. § 38.]et que les princes ses successeurs firent enfin monter au nombre de sept cent mille volumes. Dans la guerre qu'eut César avec ceux d'Alexandrie, un incendie consuma une partie de cette bibliothèque, qui était placée dans le85Bruchium, et qui contenait quatre cent mille volumes.

Note 84:(retour)«Ne alexandrinis quidem permittenda deliciis.»= Ce passage de Quintilien (Institut. Orat.I, 2) n'a pas tout-à-fait le sens que lui donne Rollin: le motdeliciæne signifie pointdélices; il doit s'entendre despueri delicati quales domi habere solebant divites Romani, Ægyptios maxime et Alexandrinos, qui jocis suis heros demereri deberent. V. la note de Burman et de Spalding sur Quintilien. L'expression proverbiale, à laquelle Rollin fait allusion, se retrouve plutôt dans leAlexandrina vita atque licentiade Jules César (Bell. civ.III, § 110).--L.

= Ce passage de Quintilien (Institut. Orat.I, 2) n'a pas tout-à-fait le sens que lui donne Rollin: le motdeliciæne signifie pointdélices; il doit s'entendre despueri delicati quales domi habere solebant divites Romani, Ægyptios maxime et Alexandrinos, qui jocis suis heros demereri deberent. V. la note de Burman et de Spalding sur Quintilien. L'expression proverbiale, à laquelle Rollin fait allusion, se retrouve plutôt dans leAlexandrina vita atque licentiade Jules César (Bell. civ.III, § 110).--L.

Note 85:(retour)C'était un quartier de la ville d'Alexandrie.


Back to IndexNext