CHAPITRE III.

En finissant l'article qui regarde les cérémonies des funérailles, il n'est pas hors de propos de faire remarquer aux jeunes gens les manières différentes dont en usaient les anciens à l'égard des corps morts. Les uns, comme nous l'avons déjà dit des Égyptiens, après les avoir embaumés, les exposaient en vue, et en conservaient le spectacle. D'autres les brûlaient sur un bûcher; et cette coutume était en usage chez les Romains. D'autres enfin les déposaient dans la terre.

Le soin de conserver les corps sans les cacher dans les tombeaux paraît injurieux à l'humanité en général, et aux personnes en particulier que l'on prétend ainsi respecter; parce qu'il rend leur humiliation et leur difformité visibles, et, quelque soin qu'on en puisse prendre, n'offre aux spectateurs que de tristes et d'affreux restes de leurs visages. La coutume de brûler les morts a quelque chose de cruel et de barbare, en se hâtant de détruire ce qui reste des personnes les plus chères. Celle d'enterrer les morts est certainement la plus ancienne et la plus religieuse. Elle remet à la terre ce qui en a été tiré, et nous prépare à croire que le corps, qui en a été formé une première fois, pourra bien en être tiré une seconde.

[Herod. 2, c. 168.]La profession militaire était en grand honneur dans l'Égypte. Après les familles sacerdotales, celles qu'onestimait les plus illustres étaient, comme parmi nous, les familles destinées aux armes. On ne se contentait pas de les honorer, on les récompensait libéralement. Les soldats avaient douzearoures, exemptes de tout tribut et de toute imposition102. L'aroureétait une portion de terre labourable, qui répondait à peu près à la moitié d'un de nos arpents. Outre ce privilége, on fournissait par jour à chacun d'eux103cinq livres de pain, deux livres de viande, et une pinte de vin104. C'était de quoi nourrir une partie de leur famille. Par là on les rendait plus affectionnés et plus courageux; et l'on trouvait, remarque Diodore, que c'eût été manquer contre les règles,Lib. 1, p. 67.non-seulement de la saine politique, mais du bon sens, que de confier la défense et la sûreté de l'état à des gens qui n'auraient eu aucun intérêt à sa conservation.

Quatre cent mille soldats105que l'Égypte entretenaitHerod. l. 2, c. 164-168.continuellement étaient ceux de ses citoyens qu'elle exerçait avec le plus de soin. On les préparait aux fatigues de la guerre par une éducation mâle et robuste. Il y a un art de former les corps aussi-bien que les esprits. Cet art, que notre nonchalance nous a fait perdre, était bien connu des anciens, et l'Égypte l'avait trouvé. La course à pied, la course à cheval, la course dans leschariots, se faisaient en Égypte avec une adresse admirable; et il n'y avait point dans tout l'univers deCant. 1, 8, Isai. 36, 9.meilleurs hommes de cheval que les Égyptiens. L'Écriture vante en plusieurs endroits leur cavalerie.

Note 102:(retour)L'aroure, selon Hérodote (II, 168), et Philon (Opp., p. 224, 225), était un carré de 100 coudées (52 mètres 7) de côté, conséquemment de 10,000 coudées de surface, c'est-à-dire de 27 ares 77 centiares (ou 54 perches de l'arpent de Paris).--L.

Note 103:(retour)Ceci n'est point exact. Ces fournitures, selon Hérodote (II, § 168), n'avaient lieu que pour les 2,000 soldats auxquels tous les ans on confiait la garde du roi: elles ne leur étaient faites que pendant leur service.--L.

Note 104:(retour)Le texte porte:quatre arustères de vin. L'arustère, selon Hésychius, est égale au cotyle; et le cotyle, selon Paucton, vaut 0,24 de la pinte de Paris: les 4 arustères reviennent donc à 0,96 d'une pinte.--L.

Note 105:(retour)Hérodote dit 410,000 (II, 165, 166).--L.

Les lois de la milice se conservaient aisément parmi eux, parce que les pères les apprenaient à leurs enfants; car la profession de la guerre passait de père en fils comme les autres.[Herod. 2, § 166.]On attachait seulement une note d'infamie à ceux qui prenaient la fuite dans le combat,Diod. p. 70.ou qui faisaient paraître de la lâcheté, parce qu'on aimait mieux les retenir par un motif d'honneur que par la crainte du châtiment.

Je ne veux pas dire pourtant que l'Égypte ait été guerrière. On a beau avoir des troupes réglées et entretenues, on a beau les exercer à l'ombre dans les travaux militaires et parmi les images des combats, il n'y a jamais que la guerre et les combats effectifs qui fassent les hommes guerriers. L'Égypte aimait la paix parce qu'elle aimait la justice, et n'avait de soldats que pour sa défense. Contente de son pays, où tout abondait, elle ne songeait point à faire des conquêtes. Elle s'étendait d'une autre sorte, en envoyant ses colonies par toute la terre, et avec elles la politesse et les lois. Elle régnait par la sagesse de ses conseils et par la supériorité de ses connaissances; et cet empire d'esprit lui parut plus noble et plus glorieux que celui qu'on établit par les armes. Elle a cependant formé d'illustres conquérants; et nous en parlerons dans la suite, quand nous traiterons de l'histoire de ses rois.

Les Égyptiens avaient l'esprit inventif, mais ils le tournaient aux choses utiles. Leurs Mercures ont rempli l'Égypte d'inventions merveilleuses, et ne lui avaient presque rien laissé ignorer de ce qui pouvait contribuer à perfectionner l'esprit et à rendre la vie commode et heureuse. Les inventeurs de choses utiles recevaient, et de leur vivant, et après leur mort, de dignes récompenses de leurs travaux. C'est ce qui a consacré les livres de leurs deux Mercures, et les a fait regarder comme des livres divins. Le premier de tous les peuples où l'on voie des bibliothèques est celui d'Égypte. Le titre qu'on leur donnait inspirait l'envie d'y entrer et d'en pénétrer les secrets:Ψυχῆς ἰατρεῖον.on les appelait letrésor des remèdes de l'ame. Elle s'y guérissait de l'ignorance, la plus dangereuse de ses maladies, et la source de toutes les autres.

Comme leur pays était uni, et leur ciel toujours pur et sans nuages, ils ont été des premiers à observer le cours des astres. Ces observations les ont conduits à régler le cours106de l'année sur celui du soleil; car chezeux, comme le remarque Diodore, dans les temps les plus reculés, l'année était composée de trois cent soixante-cinq jours et six heures.

Note 106:(retour)On ne sera pas surpris que les Égyptiens, les plus anciens observateurs du monde, soient parvenus à cette connaissance, si l'on fait réflexion que l'année lunaire, dont se servaient les Grecs et les Romains, tout incommode et tout informe qu'elle paraît, supposait néanmoins la connaissance de l'année solaire, telle que Diodore de Sicile l'attribue aux Égyptiens. On verra du premier coup-d'œil, en calculant leurs intercalations, que ceux qui avaient été les auteurs de cette forme d'année avaient su qu'aux trois cent soixante-cinq jours il fallait ajouter quelques heures pour se retrouver avec le soleil. Ils se trompaient seulement en ce qu'ils croyaient que c'était six heures juste, au lieu qu'il s'en faut près de onze minutes.= On doit observer que les Égyptiens, dans l'usage ordinaire, ne se servaient que de l'annéevaguede 365 jours: elle était trop courte de 6 heures (d'après la durée qu'ils supposaient à l'année). Le commencement de l'année rétrogradait donc tous les ans de 6 heures, ou de 1/4 de jour, et après une période de 4 fois 365 ans, ou de 1461 années vagues, qui ne faisaient que 1460 années juliennes de 365 jours 6 heures, l'année recommençait à-peu-près au même point; c'est ce qu'on appelle lapériode caniculaire. L'usage de cette annéevaguesubsista en Égypte bien long-temps après l'introduction de l'année julienne dans l'usage civil.Il paraît certain, quoi qu'on en ait dit, que les prêtres de Thèbes et d'Héliopolis, connaissaient et pratiquaient, avant l'arrivée des Romains, l'année bissextile de 365 jours 6 heures, avec l'intercalation d'un jour tous les 4 ans; il l'est également que Jules César en fit l'année commune chez les Alexandrins. Cette année commençait le 1er thot, qui répond au 29 août.--L.

= On doit observer que les Égyptiens, dans l'usage ordinaire, ne se servaient que de l'annéevaguede 365 jours: elle était trop courte de 6 heures (d'après la durée qu'ils supposaient à l'année). Le commencement de l'année rétrogradait donc tous les ans de 6 heures, ou de 1/4 de jour, et après une période de 4 fois 365 ans, ou de 1461 années vagues, qui ne faisaient que 1460 années juliennes de 365 jours 6 heures, l'année recommençait à-peu-près au même point; c'est ce qu'on appelle lapériode caniculaire. L'usage de cette annéevaguesubsista en Égypte bien long-temps après l'introduction de l'année julienne dans l'usage civil.

Il paraît certain, quoi qu'on en ait dit, que les prêtres de Thèbes et d'Héliopolis, connaissaient et pratiquaient, avant l'arrivée des Romains, l'année bissextile de 365 jours 6 heures, avec l'intercalation d'un jour tous les 4 ans; il l'est également que Jules César en fit l'année commune chez les Alexandrins. Cette année commençait le 1er thot, qui répond au 29 août.--L.

Pour reconnaître leurs terres, couvertes tous les ans par le débordement du Nil, les Égyptiens ont été obligés de recourir à l'arpentage, qui leur a bientôt appris la géométrie107. Ils étaient grands observateurs de la nature, qui, dans un pays si serein, et sous un soleil si ardent, était forte et féconde. C'est aussi ce qui leur a fait inventer ou perfectionner la médecine.

Note 107:(retour)On a la preuve que les Égyptiens, à force de recommencer la mesure des terres, étaient parvenus à connaître les dimensions de leur pays avec une singulière exactitude; et même qu'ils avaient acquis une connaissance assez précise de la grandeur d'un degré terrestre. Il y a lieu de croire que les cartes géographiques ne leur étaient point inconnues; on a vu plus haut (pag. 20, n. 1), qu'ils savaient tracer une ligne méridienne avec une exactitude surprenante.--L.

On n'abandonnait point au caprice des médecins lamanière de traiter les malades. Ils avaient des règles fixes, qu'ils étaient obligés de suivre; et ces règles étaient les observations anciennes des habiles maîtres, qui étaient consignées dans les livres sacrés. En les suivant, ils ne répondaient point du succès: autrement, on les en rendait responsables, et il y avait contre eux peine de mort. Cette loi était utile pour réprimer la témérité des charlatans, mais pouvait être un obstacle aux nouvelles découvertes et à la perfection de l'art.Lib. 2, c. 84.Chaque médecin, si l'on en croit Hérodote, se renfermait dans la cure d'une seule espèce de maladie: les uns pour les yeux, d'autres pour les dents, et ainsi du reste.

Ce que nous avons dit des pyramides, du labyrinthe, de ce nombre infini d'obélisques, de temples, de palais, dont on admire encore les précieux restes dans toute l'Égypte, et dans lesquels brillaient à l'envi la magnificence des princes qui les avaient construits, l'habileté des ouvriers qui y avaient été employés, la richesse des ornements qui y étaient répandus, la justesse des proportions et des symétries qui en faisaient la plus grande beauté; ouvrages dans plusieurs desquels s'est conservée jusqu'à nous la vivacité même des couleurs malgré l'injure du temps, qui amortit et consume tout à la longue: tout cela, dis-je, montre à quel point de perfectionDiod. l. 1, pag. 73.l'Égypte avait porté l'architecture, la peinture, la sculpture, et tous les autres arts108.

Note 108:(retour)Voici le résumé de ce que les nouvelles découvertes en Égypte ont fait connaître sur l'état de l'industrie et des arts chez les anciens Égyptiens.Ils fabriquaient des toiles de lin aussi belles et aussi fines que les nôtres: on trouve, dans les enveloppes des momies, des toiles de coton d'une finesse égale à celle de notre mousseline, et d'un tissu très-fort; et l'on voit par quelques-unes de leurs peintures qu'ils savaient faire des tissus aussi transparents que nos gazes, nos linons, ou même que nos tulles.L'art de tanner le cuir leur était parfaitement connu; de même que celui de le teindre en diverses couleurs, comme nos maroquins; et d'y imprimer des figures.Ils savaient fabriquer aussi une sorte de verre grossier, avec lequel ils faisaient des colliers et autres ornements.L'art d'émailler, et celui de la dorure, étaient portés chez eux à un haut degré de perfection: ils savaient réduire l'or en feuilles aussi minces que les nôtres; et possédaient une composition métallique semblable à notre plomb, mais un peu plus molle.Ils avaient porté fort loin l'art de vernir: la beauté de la couverte de leurs poteries, n'a point été surpassée, peut-être même égalée par les modernes.La peinture n'a jamais été très-perfectionnée par eux; ils paraissent avoir toujours ignoré l'art de donner du relief aux figures par le mélange des clairs et de l'ombre: mais ils disposaient les couleurs avec intelligence; et le trait, dans leurs beaux ouvrages, est d'une hardiesse et d'une pureté extraordinaires. Du reste, ils n'entendaient rien à la perspective: et presque tous leurs dessins ne présentent les objets que de profil: l'uniformité des attitudes et des poses montre assez qu'en peinture comme en sculpture les artistes égyptiens étaient forcés de ne point s'écarter d'un certain style de convention, qui s'est conservé jusques sous les derniers empereurs romains.Il en était de même de l'architecture; très-remarquable par la grandeur des masses, par la majesté de l'ensemble, par le grandiose qui en caractérise tous les détails, elle était lourde, sans goût dans la disposition des parties, dans le choix des ornements: il paraît que dès les plus anciens temps, ils l'ont portée au plus haut degré qu'il leur était donné d'atteindre; et qu'elle n'a éprouvé presque aucun perfectionnement sensible, dans les siècles postérieurs.--L.

Ils fabriquaient des toiles de lin aussi belles et aussi fines que les nôtres: on trouve, dans les enveloppes des momies, des toiles de coton d'une finesse égale à celle de notre mousseline, et d'un tissu très-fort; et l'on voit par quelques-unes de leurs peintures qu'ils savaient faire des tissus aussi transparents que nos gazes, nos linons, ou même que nos tulles.

L'art de tanner le cuir leur était parfaitement connu; de même que celui de le teindre en diverses couleurs, comme nos maroquins; et d'y imprimer des figures.

Ils savaient fabriquer aussi une sorte de verre grossier, avec lequel ils faisaient des colliers et autres ornements.

L'art d'émailler, et celui de la dorure, étaient portés chez eux à un haut degré de perfection: ils savaient réduire l'or en feuilles aussi minces que les nôtres; et possédaient une composition métallique semblable à notre plomb, mais un peu plus molle.

Ils avaient porté fort loin l'art de vernir: la beauté de la couverte de leurs poteries, n'a point été surpassée, peut-être même égalée par les modernes.

La peinture n'a jamais été très-perfectionnée par eux; ils paraissent avoir toujours ignoré l'art de donner du relief aux figures par le mélange des clairs et de l'ombre: mais ils disposaient les couleurs avec intelligence; et le trait, dans leurs beaux ouvrages, est d'une hardiesse et d'une pureté extraordinaires. Du reste, ils n'entendaient rien à la perspective: et presque tous leurs dessins ne présentent les objets que de profil: l'uniformité des attitudes et des poses montre assez qu'en peinture comme en sculpture les artistes égyptiens étaient forcés de ne point s'écarter d'un certain style de convention, qui s'est conservé jusques sous les derniers empereurs romains.

Il en était de même de l'architecture; très-remarquable par la grandeur des masses, par la majesté de l'ensemble, par le grandiose qui en caractérise tous les détails, elle était lourde, sans goût dans la disposition des parties, dans le choix des ornements: il paraît que dès les plus anciens temps, ils l'ont portée au plus haut degré qu'il leur était donné d'atteindre; et qu'elle n'a éprouvé presque aucun perfectionnement sensible, dans les siècles postérieurs.--L.

Ils ne faisaient pas grand cas ni de cette partie de la gymnastique ou palestre, qui ne tendait point à procurer au corps une force solide et une santé robuste109; ni de la musique, qu'ils regardaient comme une occupation non-seulement inutile, mais dangereuse, et propre seulement à amollir les esprits110.

Note 109:(retour)Τἠν δὲ µουσικὴν νοµίζουσιν οὐ µόνον ἄχρησον ὑπαρχειν, ἀλλὰ καὶ ßλαßερὰν, ὡς ἂν ἐκθηλύνουσαν τἀς τῶν ἀνδρῶν ψυχάς.. [Diod. 1, § 81.]

Note 110:(retour)«Il faut entendre de même ce que cet auteur (Diodore de Sicile), dit touchant la musique. Celle qu'il fait mépriser aux Égyptiens, comme capable de ramollir les courages, était sans doute cette musique molle et efféminée qui n'inspire que les plaisirs et une fausse tendresse; car, pour cette musique généreuse dont les nobles accords élèvent l'esprit et le cœur, les Égyptiens n'avaient garde de la mépriser, puisque, selon Diodore même, leur Mercure l'avait inventée, et avait aussi inventé le plus grave des instruments de musique. Dans la procession solennelle des Égyptiens, où l'on portait en cérémonie le livre de Trismégiste, on voit marcher à la tête le chantre tenant en main un symbole de la musique (je ne sais pas ce que c'est), et le livre des hymnes sacrés.» Cette excellente observation de Bossuet modifie suffisamment ce que l'assertion de Rollin pouvait présenter de fautif.--L.

Diod. l. 1, pag. 67, 68.Les laboureurs, les pasteurs, les artisans, qui formaient les trois conditions du bas étage en Égypte, ne laissaient pas d'y être fort estimés, surtout les laboureurs et les pasteurs. Il fallait qu'il y eût des emplois et des personnes plus considérables, comme il faut qu'il y ait des yeux dans le corps; mais leur éclat ne fait pas mépriser les bras, les mains, les jambes, ni les parties les plus basses. Ainsi, parmi les Égyptiens, les prêtres, les soldats, les savants, avaient des marques d'honneur particulières; mais tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime, parce qu'on ne croyait pas pouvoir sans crime mépriser des citoyens dont les travaux, quels qu'ils fussent, contribuaient au bien public.

Une autre raison supérieure leur avait pu d'abord inspirer ces sentiments d'équité et de modération, qu'ils conservèrent long-temps. Comme ils descendaient tous d'un même père, qui était Cham, le souvenir de cette origine commune, encore récente, étant présent à l'esprit de tous dans les premiers siècles, établit parmi eux une espèce d'égalité qui leur faisait dire que toute l'Égypte était noble. En effet la différence des conditions, et le mépris qu'on fait de celles qui paraissent les plusbasses, ne vient que de l'éloignement de la tige commune, qui fait oublier que le dernier des roturiers, si l'on veut remonter à la source, descend d'une famille aussi noble que les plus grands seigneurs.

Quoi qu'il en soit, en Égypte nulle profession n'était regardée comme basse et sordide. Par ce moyen tous les arts venaient à leur perfection. L'honneur, qui les nourrit, se mêlait partout. La loi assignait à chacun son emploi, qui se perpétuait de père en fils. On ne pouvait ni en avoir deux, ni changer de profession. On faisait mieux ce qu'on avait toujours vu faire, et à quoi on s'était uniquement exercé dès son enfance; et chacun, ajoutant sa propre expérience à celle de ses ancêtres, avait bien plus de facilité à exceller dans son art. D'ailleurs cette coutume salutaire, établie anciennement dans la nation et dans le pays, éteignait toute ambition mal entendue, et faisait que chacun demeurait content dans son état, sans aspirer, par des vues d'intérêt, de vanité ou de légèreté, à un plus haut rang.

C'était là la source d'une infinité d'inventions singulières que chacun imaginait dans son art pour le conduire à sa perfection, et pour contribuer ainsi aux commodités de la vie et à la facilité du commerce.Diod. l. 1, pag. 67.J'avais d'abord regardé comme une fable ce que Diodore rapporte de l'industrie des Égyptiens, qui savaient, par une fécondité artificielle, faire éclore des poulets sans faire couver les œufs par des poules111; mais tousles voyageurs modernes attestent la vérité de ce fait, qui mérite certainement d'être observé, et que l'on dit aussi n'être pas inconnu en Europe. Selon leurs relations, les Égyptiens mettent les œufs dans des fours auxquels ils savent donner un degré de chaleur si tempéré, et qui se rapporte si bien à la chaleur naturelle des poules, que les poulets qui en viennent sont aussi forts que ceux qui sont couvés à l'ordinaire. Le temps propre à cette opération est depuis la fin de décembre jusqu'à la fin d'avril, la chaleur étant excessive en Égypte tout le reste de l'année. Pendant ces quatre mois ils font couver plus de trois cent mille œufs, qui ne réussissent pas tous, à la vérité, mais qui ne laissent pas de fournir à peu de frais une quantité prodigieuse de volailles. L'habileté consiste à donner aux fours un degré de chaleur convenable, et qui ne passe pas une certaine mesure. On emploie environ dix jours pour échauffer ces fours, et autant à peu près pour faire éclore les œufs. C'est une chose divertissante, disent les relations, que de voir éclore ces poulets, dont les uns ne montrent que la tête, les autres sortent de la moitié du corps, et les autres tout-à-fait; et, dès qu'ils sont sortis, ils courent au travers de ces œufs;Tom. 2, pag. 64. Lib. 10, c. 54.ce qui fait un vrai plaisir. On peut voir, dans les Voyages de Corneille LeBruyn, ce que les différents voyageurs ont écrit sur ce sujet. Pline en fait aussi mention; mais il paraît qu'au lieu de fours les Égyptiens anciennement[V. pl. haut, p. 80.]faisaient éclore les œufs dans du fumier.

Note 111:(retour)Le premier auteur qui en fait mention est Aristote (Hist. Anim.VI, c. 2). Antigone de Caryste (Hist. Mirab., c. 104), Pline (x, c. 54), s'accordent à dire, d'après lui, que ces œufs étaient mis dans du fumier. Le procédé actuellement en usage paraît avoir été inconnu des anciens Égyptiens, au moins jusqu'à l'an 133 de J.C. (Vopisc.in Saturn.) Pline, il est vrai, parle, comme nouvellement inventé, d'un procédé analogue à celui des Égyptiens modernes (X, c. 55); mais il ne dit point que cette invention eût été faite en Égypte.--L.

J'ai dit que les laboureurs sur-tout, et ceux qui prenaient soin des troupeaux, étaient fort considérés en Égypte, à l'exception de quelques contrées, où les derniers n'étaient point soufferts. En effet c'est à ces deux professions qu'elle devait ses richesses et son opulence. C'est une chose étonnante de voir ce que le travail et l'adresse des Égyptiens tiraient d'un pays dont l'étendue n'était pas fort considérable, mais dont le fonds était devenu, par le bienfait du Nil et par l'industrie laborieuse des habitants, d'une merveilleuse fécondité.

Il en sera toujours ainsi de tout royaume où l'attention de ceux qui gouvernent sera tournée vers le bien public. La culture des terres et la nourriture des animaux seront une source inépuisable de biens et d'avantages par-tout où, comme en Égypte, on se fera un devoir de les soutenir et de les protéger par principe d'état et de politique: et c'est un grand malheur qu'elles soient tombées maintenant dans un mépris général, quoique ce soient elles qui fournissent les besoins et même les délices de la vie à toutes les conditions que nous regardons comme relevées. «Car,» dit M. l'abbé Fleury dans son admirable livre des Mœurs des Israélites, où il examine à fond la matière que je traite, «c'est le paysan qui nourrit les bourgeois, les officiers de justice et de finance, les gentilshommes, les ecclésiastiques; et, de quelque détour que l'on se serve pour convertir l'argent en denrées, ou les denrées en argent, il faut toujours que tout revienne aux fruits de la terre et aux animaux qu'elle nourrit. Cependant, quand nous comparons ensemble tous ces différents degrés dé conditions, nous mettons au dernier rang ceux qui travaillent à la campagne; etplusieurs estiment plus de gros bourgeois inutiles, sans force de corps, sans industrie, sans aucun mérite, parce qu'ayant plus d'argent ils mènent une vie plus commode et plus délicieuse.»

«Mais, si nous imaginions un pays où la différence des conditions ne fût pas si grande; où vivre noblement ne fût pas vivre sans rien faire, mais conserver soigneusement sa liberté, c'est-à-dire n'être sujet qu'aux lois et à la puissance publique, subsister de son fonds sans dépendre de personne, et se contenter de peu plutôt que de faire quelque bassesse pour s'enrichir; un pays où l'on méprisât l'oisiveté, la mollesse et l'ignorance des choses nécessaires pour la vie, et où l'on fît moins de cas du plaisir que de la santé et de la force du corps, en ce pays-là il serait bien plus honnête de labourer ou de garder un troupeau que de jouer ou se promener toute la vie.» Or il ne faut point recourir à la république de Platon pour trouver des hommes en cet état. C'est ainsi qu'a vécu la plus grande partie du monde pendant près de quatre mille ans, non-seulement les Israélites, mais les Égyptiens, les Grecs, les Romains, c'est-à-dire les nations les plus policées, les plus sages, les plus guerrières, les plus éclairées en tout genre. Elles nous apprennent toutes le cas que nous devrions faire de la culture des terres et du soin des troupeaux: dont l'une, sans parler du chanvre et du lin d'où l'on tire les toiles, nous fournit, par les grains, les fruits, les légumes, une nourriture non-seulement abondante, mais délicieuse; et l'autre, outre les viandes exquises dont il couvre nos tables, met presque seul en mouvement les manufactures et le commerce par le moyen des cuirs et des étoffes.

L'intention des princes, pour l'ordinaire, et leur intérêt certainement, est qu'on ménage et qu'on favorise les gens de la campagne, qui soutiennent à la lettre le poids du jour et de la chaleur, et qui supportent une grande partie des charges du royaume; mais les bonnes intentions des princes sont souvent frustrées par l'insatiable et impitoyable avidité de ceux qui sont chargés du recouvrement de leurs deniers. L'histoire nous a conservé une belle parole de Tibère à ce sujet: Un gouverneur du pays même dont nous parlons ici, c'est-à-direDiodor. [lis. Dio. Cassius] l. 57, p. 608.de l'Égypte, ayant augmenté l'imposition annuelle que payait la province, sans doute pour faire sa cour à l'empereur, et lui ayant envoyé une somme plus considérable qu'à l'ordinaire, Tibère, qui, dans ses premières années, pensait ou du moins parlait bien, lui répondit que112son intention était qu'on tondît ses brebis, et non pas qu'on les écorchât.

Note 112:(retour)Κέιρεσθαι µοῦ τὰ πρόßατα, ἀλλ' ουκ ἀποξύρεσθαι ßοὺλοµαι.

Je ne parlerai ici que de quelques plantes particulières à l'Égypte, et de l'abondance du blé qui y croissait.

Papyrus113. C'est une plante qui pousse quantité de tiges triangulaires, hautes de six ou sept coudées.Plin. l. 13, c. 11.Les anciens ont écrit d'abord sur des feuilles de palmier, puis sur des écorces d'arbre, d'où est venu le motliber: après cela sur des tablettes enduites de cire, où l'on imprimait les caractères avec un poinçon qui avait un bout aigu pour écrire, et l'autre plat pour effacer:Satir. 10, lib. 1 [v. 72.]ce qui a donné lieu à cette expression d'Horace,

Sæpè stylum vertas, iterùm quæ digna legi sint Scripturus.

qui signifie que, pour faire un bon ouvrage, il faut beaucoup effacer, beaucoup corriger. Enfin on introduisit l'usage du papier. C'était des feuilles propres à écrire,Lucan. [Pharsal. III, v. 222.]faites de l'écorce de la plante dont nous parlons,papyrus, appelée autrementbyblus:

Nondum flumineas Memphis contexere byblosNuverat.

Nondum flumineas Memphis contexere byblosNuverat.

Nondum flumineas Memphis contexere byblos

Nuverat.

Note 113:(retour)Pour les différents usages du papyrus, voyez une dissertation de M. de Caylus (Académ. Insc.tom. XXVI, pag. 267).--L.

Merveilleuse invention114, dit Pline, qui est d'un si grand usage dans la vie, qui fixe la mémoire des faits, et qui immortalise les hommes! Varron l'attribue à Alexandre-le-Grand, lorsqu'il bâtit Alexandrie: mais elle est bien plus ancienne que lui; il ne fit que la rendre plus commune. Le même Pline ajoute qu'Eumène, roi de Pergame, substitua le parchemin au papier, par jalousie contre Ptolémée, roi d'Égypte, se piquant de l'emporter par ce moyen sur sa bibliothèque, dont les livres n'étaient que de papier. Le parchemin est une peau de mouton ou de bélier préparée pour écrire; on l'appellepergamenum, à cause qu'il a été inventé par les rois de Pergame. Tous les anciens manuscrits sont sur du parchemin, ou sur du vélin, qui est une peau de veau plus délicate que le parchemin ordinaire. C'est une chose curieuse de voir comment notre papier, qui est si blanc et si fin, se fait de vieux haillonset de sales chiffons qu'on ramasse dans les rues. La plante nomméepapyrusservait aussi à faire des voiles de vaisseau, des cordages, des habits, des couvertures, etc.

Note 114:(retour)«Postea promiscuè patuit usus rei, quà constat immortalitas hominum... Chartæ usu maximè humanitas constat in memoria.»

Plin. l. 19, cap. 1.Linum.Le lin est une plante dont l'écorce est pleine de filets qui servent à faire de la toile déliée. On avait en Égypte une adresse merveilleuse pour le préparer et le travailler, les fils qu'on en tirait étant d'une si grande finesse, qu'ils échappaient presque à la vue. Les prêtres n'y étaient vêtus que de lin, et jamais de laine, et c'était aussi l'habillement ordinaire des personnes considérables. On en faisait un grand commerce, et il s'en transportait beaucoup dans les pays étrangers. Ce travail occupait un grand nombre de personnes en Égypte, sur-tout parmi les femmes, comme on le voit dans l'endroit d'Isaïe où ce prophète menace l'Égypte d'une affreuse sécheresse qui en fera cesser tous les travaux:Is. 19, 9. Exod. 9, 31.Confundentur qui operabantur linum, pectentes et texentes subtilia. On voit aussi dans l'Écriture que l'un des effets de la grêle que Moïse fit tomber en Égypte fut de ruiner tout le lin qui commençait déjà à monter en graine: c'était au mois de mars.

Plin.Ibid.Byssus.C'était une autre espèce de lin115, extrêmement fin et délié, qui était souvent teint en pourpre. Il était fort cher, et il n'y avait que les gens riches et aisés qui s'en vêtissent. Pline, qui donne la première place au lin incombustible, met celui-ci après, et116dit qu'il servait à la parure et à l'ornement des dames. Il paraît, par l'Écriture sainte, que c'était de l'ÉgypteEzech. 27.sur-tout qu'on tirait les toiles composées de cette espèce de lin:byssus varia de Ægypto texta est tibi.

Note 115:(retour)Forster (de bysso) et Larcher ont prouvé que le byssus était le coton. (Voyez plus haut, p. 69.)--L.

Note 116:(retour)«Pioximus byssino, mulierum maxime deliciis... genito.»

Je ne parle point dulotus, plante fort commune et fort estimée en Égypte, dont la graine servait autrefois à faire du pain117. Il y avait un autrelotusen Afrique, qui a donné son nom auxlotophages, parce qu'ilsOdys. l. 9. v. 84-102.vivaient du fruit de cet arbre118, fruit d'un goût si délicieux, s'il en faut croire Homère, qu'il faisait oublier à ceux qui en mangeaient toutes les douceurs de la patrie, comme Ulysse l'éprouva à son retour de Troie.

En général les légumes et les fruits étaient excellents en Égypte, et auraient pu119, comme Pline le remarque, suffire seuls pour la nourriture, tant la bonté et l'abondance en étaient grandes; et en effet les ouvriers ne vivaient presque d'autre chose, comme on le voit dans ceux qui travaillaient aux pyramides.

Note 117:(retour)Et dont on mangeait la racine. Lelotusest une plante aquatique, espèce denymphæa.--L.

Note 118:(retour)Ce lotus est une espèce de jujubier, selon M. Desfontaines.--L.

Note 119:(retour)«Ægyptus frugum quidem fertilissima, sed ut propè sola iis carere possit, tanta est ciborum ex herbis abundantia.» (Plin., lib. 21, cap. 15.)

Outre ces richesses champêtres, le Nil, par la pêche et par la nourriture des troupeaux, fournissait la table des Égyptiens de poissons exquis de toute espèce, et de viandes très-succulentes. C'est ce qui fit regretter si fort l'Égypte aux Israélites, quand ils se trouvèrent dans le désert.Num. 11, 4, 5.Qui nous donnera de la chair à manger?disaient-ils d'un ton plaintif et séditieux.Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égyptepresquepour rien. Les concombres, les melons, les poireaux, les ognons et l'ail nous reviennent dans l'esprit....Exod. 16, 5.Nous étions assis près des marmites pleines de viandes, et nous mangions du pain tant que nous voulions.

Mais la grande et l'incomparable richesse de l'Égypte était le blé, qui la mettait en état, même dans des temps de famine presque universelle, de nourrir tous les peuples voisins, comme cela arriva sous Joseph. Dans les temps postérieurs elle fut toujours la ressource et le grenier le plus assuré de Rome et de Constantinople. On sait que la calomnie inventée contre saint Athanase, à qui l'on imputait d'avoir menacé d'empêcher à l'avenir que l'on ne transportât du blé d'Alexandrie à Constantinople, fit entrer en fureur contre ce saint évêque l'empereur Constantin, parce qu'il savait que cette ville ne pouvait subsister sans les convois d'Égypte. C'est la même raison qui porta toujours les empereurs romains à prendre un si grand soin de l'Égypte, qu'ils regardaient comme la mère nourricière de Rome.

Cependant le même fleuve qui a mis cette province en état de nourrir et de faire subsister les deux villes du monde les plus peuplées, la réduisait quelquefois elle-même à une affreuse famine; et il est étonnant que la sage prévoyance de Joseph, qui, dans des temps d'abondance, avait mis en réserve des blés pour des années de stérilité, n'ait point appris à ces politiques si vantés à se précautionner par une pareille industrie contre les variétés et les incertitudes du Nil120. Pline le jeune, dans le panégyrique de Trajan, nous fait une peinture admirable de l'extrémité où la famine réduisitcette province sous cet empereur, et de la généreuse libéralité qu'il fit paraître pour la soulager. On ne sera pas fâché d'en voir ici un extrait, qui rendra moins les expressions que les pensées.

Note 120:(retour)Sénèque nous apprend que, pendant deux années consécutives, dans la dixième et la onzième années du règne de Cléopatre, l'inondation du Nil trompa l'espérance des laboureurs; et que ce malheur arriva pendant neuf années, au témoignage de Callimaque. (Senec.,Quæst. Natur.IV, 2, § 15.) Le passage de Callimaque, dont Sénèque rappelle le sens, a été conservé par le grand étymologiste. On le trouve dans l'édit. d'Ernesti (t. 1, p. 357).--L.

L'Égypte, dit Pline, qui se glorifiait de n'avoir besoin, pour nourrir et faire croître ses grains, ni des pluies, ni du ciel, et qui se croyait assurée pour toujours de le disputer aux terres les plus fertiles, fut condamnée à une sécheresse inopinée, et à une funeste stérilité, parce que l'inondation du Nil, source et mesure certaine de l'abondance, beaucoup moins étendue qu'à l'ordinaire, avait laissé à sec la plupart des terres121. Pour-lors elle implora le secours du prince, comme elle avait coutume d'attendre celui du fleuve. Le délai ne dura que ce qu'il fallut de temps au courrier pour porter à Rome cette triste nouvelle; et il semblait que ce malheur n'était arrivé que pour faire paraître avec plus d'éclat la bonté de César122. C'était une ancienne et commune opinion, que notre ville ne pouvait subsister que par les vivres qu'elle tirait d'Égypte. Cette nation vaine et fastueuse se vantait de nourrir, toute vaincue qu'elle était, ses vainqueurs, d'avoir leur sort entre ses mains, et de régler par son fleuve leur bonne ou mauvaise destinée. Nous avons rendu au Nil ses moissons, et lui avons renvoyé ses convois: que l'Égypte apprenne donc, par son expérience, qu'elle ne nous est point nécessaire, maisqu'elle est notre esclave: qu'elle sache que ce n'est pas tant des vivres qu'elle nous envoie qu'un tribut qu'elle nous paie; et qu'elle n'oublie jamais que nous pouvons bien nous passer de l'Égypte, mais que l'Égypte ne peut point se passer de nous. C'en était fait de cette province si fertile, si elle eût encore été libre. Elle a trouvé un sauveur et un père dans son maître. Étonnée de voir ses greniers remplis sans le travail de ses laboureurs, elle n'a su d'où lui pouvaient venir ces richesses étrangères et gratuites. La disette de peuples si éloignés de nous, et secourus si promptement, n'a servi qu'à faire mieux sentir quel avantage c'est que d'être sous notre empire123. Le Nil a pu, dans d'autres temps, couvrir d'une plus grande inondation les campagnes d'Égypte, mais il n'a jamais coulé plus abondamment pour la gloire des Romains. Puisse le ciel, content d'avoir mis à une telle épreuve et la patience des peuples, et la bonté du prince, rendre pour toujours à l'Égypte son ancienne fécondité!

Note 121:(retour)«Inundatione; id est ubertate regio fraudata, sic opem Cæsaris invocavit, ut solet amnem suum.»

Note 122:(retour)«Pererebuerat antiquitas, urbem nostram nisi opibus Ægypti ali sustentarique non posse. Superbiebat ventosa et insolens natio, quôd victorem quidcm populum pasceret tamen, quòdque in suo flumine, in suis manibus, vel abundantia nostra vel fames esset. Refudimus Nilo suas copias. Recepit frumenta quæ miserat, deportatasque messes revexit.»

Note 123:(retour)«Nilus Ægypto quidem sæpè, sed gloriæ nostræ nunquam largior fluxit.»

Le reproche que Pline fait ici aux Égyptiens, d'avoir une vaine et folle complaisance dans les inondations de leur Nil, marque un de leurs caractères les plus particuliers, et me fait souvenir d'un bel endroit d'Ézéchiel, où Dieu parle ainsi à Pharaon, l'un de leurs rois:Ezech. 29, v. 3 et 9.«Je viens à toi, grand dragon, qui te couches au milieu de tes fleuves, et qui dis: Le fleuve est à moi, c'est moi qui l'ai fait, c'est moi-même qui me suis créé.»Ecce ego ad te, Pharao, rex Ægypti, draco magne, qui cubas in medio fluminum tuorum, et dicis: Meus est fluvius, et ego feci eum, et ego feci memetipsum.


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