LIVRE

Monsieur le Duc de Ventadour Viceroy en la Nouvelle France, continue la Lieutenance au sieur de Champlain. Commission qu'il luy fait expédier. Retour du sieur de Caen de la Nouvelle France. Trouble qu'il eut avec les anciens associez.

n ce mesme temps, mondit Seigneur de Ventadour Viceroy en la Nouvelle France, me continua en l'honneur de la Lieutenance, que j'avois eue de mondit seigneur de Montmorency, me promettant pour icelle année de demeurer proche de luy, pour l'instruire des affaires dudit païs, & donner ordre à quelques miennes autres que j'avois à Paris.

88/1072S'ensuit la Commission de Monseigneur le Duc de Ventadour Pair de France, donnée à Monsieur de Champlain.

HENRY DE LEVY, Duc de Ventadour, Pair de France, Lieutenant général pour le Roy au gouvernement de Languedoc, Vice-Roy, & Lieutenant général au pays de la Nouvelle France, & terres circonvoisines. A tous ceux qui ces presentes lettres verront salut: Sçavoir faisons, que pour la bonne & entière confiance que nous avons du sieur Samuel de Champlain, Capitaine pour le Roy en la marine: & de ses sens, suffisance, pratiques, expériences au faict d'icelle, bonne diligence, cognoissance qu'il a audit pays, pour les diverses navigations, voyages, frequentations qu'il y a faictes, & en autres lieux circonvoisins d'iceluy: A iceluy sieur de Champlain, pour ces causes, & en vertu du pouvoir à nous donné par sa Majesté, conformément aux lettres de commissions par luy obtenues, tant du feu sieur Comte de Soissons, que Dieu absolve, de Monsieur le Prince de Condé, & depuis, de monsieur le Duc de Montmorency, nos predecesseurs en ladite Lieutenance Generalle des quinze Octobre, & vingtdeuxiesme Novembre 1612. & 8 Mars 1620 & à la nomination de sa Majesté, par les articles ordonnez par arrest du Conseil du premier Avril 1622. AVONS commis, ordonné, député, commettons, ordonnons, & deputons par ces presentes, nostre Lieutenant, pour representer nostre personne, audit pays de la89/1073Nouvelle France: Et pour cet effect, luy avons ordonné d'aller se loger avec tous ses gens, au lieu de Québec, estans dedans le fleuve sainct Laurent, autrement appelle la grande riviere de Canada, audict pays de la Nouvelle France, & audit lieu, & autres endroicts que ledit sieur de Champlain advisera bon estre: faire construire & bastir tels forts & forteresses qu'il luy sera besoin & necessaire, pour la conservation de ses gens: Lequel fort, ou forts, il nous gardera à son pouvoir, pour audit lieu de Québec, & autres lieux, & endroicts, en l'estendue de nostredict pouvoir, tant & si avant que faire se pourra: Establir, estendre, & faire cognoistre le nom, puissance & auctorité de sa Majesté: & en icelles, assubjettir, sousmettre, & faire obeyr tous les peuples de ladite terre, & les circonvoisins d'icelle: & par le moyen de ce, & de toutes autres voyes licites, les appeller, faire instruire, provoquer & esmouvoir à la cognoissance & service de Dieu, & à la foy & religion Catholique, Apostolique & Romaine, là y establir, & en l'exercice & profession d'icelle, maintenir, garder & conserver lesdits lieux, sous l'obeyssance & auctorité de sadite Majesté, & pour y avoir esgard & vacquer avec plus d'asseurance, Nous avons, en vertu de nostredit pouvoir, permis audit sieur de Champlain, commettre & establir, & substituer tels Capitaines & Lieutenans pour nous, que besoin sera. Et pareillement commettre des officiers pour la distribution de la justice, & entretien de la Police, Reglemens & Ordonnances, jusques à ce que par nous autrement90/1074en ayt esté pourveu. Traitter, contracter à mesme effect, paix, alliances, confédérations, bonne amitié, correspondance & communication, avec lesdits Peuples, & leurs Princes, ou autres ayant commandement sur eux, entretenir, garder, & soigneusement conserver les traittez & alliances, dont il conviendra avec eux, pourveu qu'ils y satisfacent de leur part: & à leur deffaut, leur faire guerre ouverte, pour les contraindre & amener à telle raison qu'il jugera necessaire, pour l'honneur, obeisance, & service de Dieu, & de l'establissement, manutention, & conservation de l'authorité de sadite Majesté parmy eux: du moins pour vivre, hanter, & fréquenter en toute asseurance, liberté, fréquentation, & communication, y négocier & traffiquer amiablement & paisiblement, faire faire à ceste fin les descouvertures desdites terres, & notamment depuis ledit lieu de Québec, jusques & si avant qu'il se pourra estendre au dessus d'iceluy, dedans les terres & rivieres qui se deschargent dedans ledit fleuve sainct Laurent, pour essayer à treuver le chemin facile pour aller par dedans ledit païs, au Royaume de la Chine, & Indes Orientales, ou autrement tant & si avant qu'il se pourra estendre, le long des costes dudit païs, tant par mer, que par terre, & faire en ladite terre ferme, soigneusement rechercher & recognoistre toutes sortes de Mines d'Or, d'Argent, Cuivre, & autres métaux & minéraux, les faire fouiller, tirer, purger, & affiner, pour estre convertez & en disposer selon & ainsi qu'il est prescript, par les Edits & Reiglemens de sadite91/1075Majesté, & ainsi que par nous sera ordonné, & où ledit sieur de Champlain trouverroit des François, ou autres traffiquans, negocians & communiquans avec les sauvages & peuples, notamment depuis le lieu de Gaspey, par la haulteur de quarante huict & à quarante neuf degrez de latitude, & jusques au cinquante & deuxiesme degré, Nort & Su dudit Gaspey, qui nous est reservé par sadite Majesté, luy avons permis & permettons s'en saisir & les appréhender, ensemble leurs vaisseaux & marchandises & tout ce qui se trouverra à eux appartenans, & iceux faire conduire & amener en France, es mains de la justice, pour estre procédé contr'eux selon la rigueur des ordonnances Royaux, & ce qui nous a esté accordé par sadite Majesté, ce faisant gérer, négocier, & se comporter par ledit sieur de Champlain, en la fonction de sadite charge de nostre lieutenant pour tout ce qu'il jugera estre en l'advencement desdites conquestes & peuplement: le tout pour le bien, service, & auctorité de sadite Majesté, avec mesme pouvoir, puissance & auctorité que nous ferions, si nous y estions en personne, & comme si tout y estoit par exprés & plus particulièrement specifié, déclaré. Luy avons, & de tout ce que dessus, donné, & donnons par ces presentes, charge & pouvoir, commission & mandement special: Et pour ce, & en tout nostre pouvoir esdits pays, à quoy nous n'aurions pourveu, & jusques à y estre par nous particulièrement pourveu: Avons ledit sieur de Champlain substitué, & subrogé en nostre lieu & place; à la charge d'observer, & faire92/1076observer tout ce que dessus, & par ceux qui seront sous sa charge & commandement, & de nous faire bon & fidel rapport, à toutes occasions, de tout ce qu'il aura faict & exploité, pour en rendre par nous, prompte raison à sadite Majesté. SI PRIONS ET REQUERONS, tous Princes, Potentats, & Seigneurs estrangers, les Lieutenans généraux, Admiraux, Gouverneurs de leurs Provinces, Chefs & conducteurs de leurs gens de guerre, tant par mer que par terre, Capitaines de leurs villes, Forts maritimes, Ports, Costes, Havres & Destroits, donner confort & ayde audit sieur de Champlain, pour l'entier effect & exécution de ces presentes, tout support, assistance, retraicte, & main forte si besoin est, & en soient par luy requis: En tesmoin dequoy nous avons signé les presentes de nostre main; & à icelles faict mettre nostre Seel. DONNÉ à Paris, le 15 Fevrier, 1625. signé VENTADOUR. & plus bas par commandement de mondit Seigneur, GIRARD.

HENRY DE LEVY, Duc de Ventadour, Pair de France, Lieutenant général pour le Roy au gouvernement de Languedoc, Vice-Roy, & Lieutenant général au pays de la Nouvelle France, & terres circonvoisines. A tous ceux qui ces presentes lettres verront salut: Sçavoir faisons, que pour la bonne & entière confiance que nous avons du sieur Samuel de Champlain, Capitaine pour le Roy en la marine: & de ses sens, suffisance, pratiques, expériences au faict d'icelle, bonne diligence, cognoissance qu'il a audit pays, pour les diverses navigations, voyages, frequentations qu'il y a faictes, & en autres lieux circonvoisins d'iceluy: A iceluy sieur de Champlain, pour ces causes, & en vertu du pouvoir à nous donné par sa Majesté, conformément aux lettres de commissions par luy obtenues, tant du feu sieur Comte de Soissons, que Dieu absolve, de Monsieur le Prince de Condé, & depuis, de monsieur le Duc de Montmorency, nos predecesseurs en ladite Lieutenance Generalle des quinze Octobre, & vingtdeuxiesme Novembre 1612. & 8 Mars 1620 & à la nomination de sa Majesté, par les articles ordonnez par arrest du Conseil du premier Avril 1622. AVONS commis, ordonné, député, commettons, ordonnons, & deputons par ces presentes, nostre Lieutenant, pour representer nostre personne, audit pays de la89/1073Nouvelle France: Et pour cet effect, luy avons ordonné d'aller se loger avec tous ses gens, au lieu de Québec, estans dedans le fleuve sainct Laurent, autrement appelle la grande riviere de Canada, audict pays de la Nouvelle France, & audit lieu, & autres endroicts que ledit sieur de Champlain advisera bon estre: faire construire & bastir tels forts & forteresses qu'il luy sera besoin & necessaire, pour la conservation de ses gens: Lequel fort, ou forts, il nous gardera à son pouvoir, pour audit lieu de Québec, & autres lieux, & endroicts, en l'estendue de nostredict pouvoir, tant & si avant que faire se pourra: Establir, estendre, & faire cognoistre le nom, puissance & auctorité de sa Majesté: & en icelles, assubjettir, sousmettre, & faire obeyr tous les peuples de ladite terre, & les circonvoisins d'icelle: & par le moyen de ce, & de toutes autres voyes licites, les appeller, faire instruire, provoquer & esmouvoir à la cognoissance & service de Dieu, & à la foy & religion Catholique, Apostolique & Romaine, là y establir, & en l'exercice & profession d'icelle, maintenir, garder & conserver lesdits lieux, sous l'obeyssance & auctorité de sadite Majesté, & pour y avoir esgard & vacquer avec plus d'asseurance, Nous avons, en vertu de nostredit pouvoir, permis audit sieur de Champlain, commettre & establir, & substituer tels Capitaines & Lieutenans pour nous, que besoin sera. Et pareillement commettre des officiers pour la distribution de la justice, & entretien de la Police, Reglemens & Ordonnances, jusques à ce que par nous autrement90/1074en ayt esté pourveu. Traitter, contracter à mesme effect, paix, alliances, confédérations, bonne amitié, correspondance & communication, avec lesdits Peuples, & leurs Princes, ou autres ayant commandement sur eux, entretenir, garder, & soigneusement conserver les traittez & alliances, dont il conviendra avec eux, pourveu qu'ils y satisfacent de leur part: & à leur deffaut, leur faire guerre ouverte, pour les contraindre & amener à telle raison qu'il jugera necessaire, pour l'honneur, obeisance, & service de Dieu, & de l'establissement, manutention, & conservation de l'authorité de sadite Majesté parmy eux: du moins pour vivre, hanter, & fréquenter en toute asseurance, liberté, fréquentation, & communication, y négocier & traffiquer amiablement & paisiblement, faire faire à ceste fin les descouvertures desdites terres, & notamment depuis ledit lieu de Québec, jusques & si avant qu'il se pourra estendre au dessus d'iceluy, dedans les terres & rivieres qui se deschargent dedans ledit fleuve sainct Laurent, pour essayer à treuver le chemin facile pour aller par dedans ledit païs, au Royaume de la Chine, & Indes Orientales, ou autrement tant & si avant qu'il se pourra estendre, le long des costes dudit païs, tant par mer, que par terre, & faire en ladite terre ferme, soigneusement rechercher & recognoistre toutes sortes de Mines d'Or, d'Argent, Cuivre, & autres métaux & minéraux, les faire fouiller, tirer, purger, & affiner, pour estre convertez & en disposer selon & ainsi qu'il est prescript, par les Edits & Reiglemens de sadite91/1075Majesté, & ainsi que par nous sera ordonné, & où ledit sieur de Champlain trouverroit des François, ou autres traffiquans, negocians & communiquans avec les sauvages & peuples, notamment depuis le lieu de Gaspey, par la haulteur de quarante huict & à quarante neuf degrez de latitude, & jusques au cinquante & deuxiesme degré, Nort & Su dudit Gaspey, qui nous est reservé par sadite Majesté, luy avons permis & permettons s'en saisir & les appréhender, ensemble leurs vaisseaux & marchandises & tout ce qui se trouverra à eux appartenans, & iceux faire conduire & amener en France, es mains de la justice, pour estre procédé contr'eux selon la rigueur des ordonnances Royaux, & ce qui nous a esté accordé par sadite Majesté, ce faisant gérer, négocier, & se comporter par ledit sieur de Champlain, en la fonction de sadite charge de nostre lieutenant pour tout ce qu'il jugera estre en l'advencement desdites conquestes & peuplement: le tout pour le bien, service, & auctorité de sadite Majesté, avec mesme pouvoir, puissance & auctorité que nous ferions, si nous y estions en personne, & comme si tout y estoit par exprés & plus particulièrement specifié, déclaré. Luy avons, & de tout ce que dessus, donné, & donnons par ces presentes, charge & pouvoir, commission & mandement special: Et pour ce, & en tout nostre pouvoir esdits pays, à quoy nous n'aurions pourveu, & jusques à y estre par nous particulièrement pourveu: Avons ledit sieur de Champlain substitué, & subrogé en nostre lieu & place; à la charge d'observer, & faire92/1076observer tout ce que dessus, & par ceux qui seront sous sa charge & commandement, & de nous faire bon & fidel rapport, à toutes occasions, de tout ce qu'il aura faict & exploité, pour en rendre par nous, prompte raison à sadite Majesté. SI PRIONS ET REQUERONS, tous Princes, Potentats, & Seigneurs estrangers, les Lieutenans généraux, Admiraux, Gouverneurs de leurs Provinces, Chefs & conducteurs de leurs gens de guerre, tant par mer que par terre, Capitaines de leurs villes, Forts maritimes, Ports, Costes, Havres & Destroits, donner confort & ayde audit sieur de Champlain, pour l'entier effect & exécution de ces presentes, tout support, assistance, retraicte, & main forte si besoin est, & en soient par luy requis: En tesmoin dequoy nous avons signé les presentes de nostre main; & à icelles faict mettre nostre Seel. DONNÉ à Paris, le 15 Fevrier, 1625. signé VENTADOUR. & plus bas par commandement de mondit Seigneur, GIRARD.

Ledit sieur de Caen fit encore ce voyage, sous la commission de monditseigneur de Ventadour, avec lesquels passerent nosdits Reverends Pères, lesquels il traitta courtoisement au passage578. Et un93/1077père Recollet appelle père Joseph de la Roche très-bon Religieux, allié de la maison du Comte du Lude, qui avoit quitté les biens & honneurs temporels pour suivre les spirituels.

Note 578:(retour)Si les Pères Jésuites furent «traités courtoisement au passage,» l'accueil qu'ils reçurent en arrivant à Québec ne tarda pas à les convaincre qu'on avait semé contre eux bien des préjugés, «On auroit crû,» dit le P. le Clercq (Prem. établiss. de la Foy, I, 309 et suiv.), «que les Pères Jesuites ayant bien voulu se sacrifier au païs, & commencer leur Mission par un nombre aussi considerable de bons sujets, ils y auroient esté reçus avec toute la reconnoissance possible, & même avec agrément; mais bien loin de cela, il ne se trouva personne ny des chefs, ny des habitans qui n'y témoigna de la répugnance: tous refuserent unanimement de les recevoir s'ils ne voyoient des ordres absolus & un commandement du Roy pour leur établissement: ils ne trouverent même personne qui les voulut loger. Car comme on s'estoit contenté de tirer purement un contentement verbal de Sa Majesté, on n'avoit pas trouvé lieu d'obtenir des lettres authentiques pour l'établissement de ces Reverends Peres. Si bien que l'entreprise alloit échouer: ils estoient sur le point de repasser en France par les mêmes navires, & d'abandonner entièrement leur dessein, lorsque nos Peres après bien des allées & des venues, obtinrent enfin de Monsieur le Général & des Habitans, qu'on trouveroit bon que les PP. Jesuites fussent logez chez nous pour ne faire qu'un esprit & qu'un corps de Missionnaires, sans estre à charge au pais, jusqu'à ce qu'il plût au Roy d'en ordonner autrement. Cet accommodement estant fait, le P. Commissaire & ses Religieux partirent avec la chalouppe du Convent, pour aller à bord faire honneur aux RR. PP. Jesuites & les conduire chez nous avec toute la joye qu'on peut juger. Nos Religieux voyans leurs souhaits accomplis par l'arrivée de ces Peres, leTe Deumfut chanté en action de grâce, & on leur fit du reste tout l'acueil que l'état du pais & la sainte pauvreté pouvoit permettre. On leur offrit, & ils agréerent à leur choix, la moistié de nostre Convent, du Jardin & de nostre Enclos deffriché où ils demeurerent ensuite l'espace de 2 ans, vivans & travaillans avec nos Peres en parfaite intelligence, pendant que leurs affaires s'accomoderoient & s'avanceroient du côté de France & dans le pais, pour un parfait établissement: à quoy sans doute ne servit pas peu la deputation que nos Pères firent en France, principalement pour ce sujet, du Père Joseph le Caron qui y revint l'année suivante, triomphant & glorieux d'avoir obtenu une partie de sa négociation, & ce que nous souhaitions sur ce sujet. Aussi le public sera bien aise & en même temps édifié de voir que les RR. PP. Jesuites n'en furent pas méconnoissans: entre autres témoignages qu'on en pourroit donner, voicy la copie de deux lettres du Révérend Père Lallemant, premier Supérieur des Jesuites du Canada, écrites en France à Monsieur de Champlain, & au Révérend Père Provincial des Recollets de la province de Saint Denis.«MONSIEUR, Nous voicy grâces à Dieu dans le ressort de vostre Lieutenance, où nous sommes heureusement arrivez, après avoir eu une des belles traversées qu'on ait encore experimenté. Monsieur le Général après nous avoir déclaré qu'il luy estoit impossible de nous loger dans l'habitation, ou dans le Fort, & qu'il faudrait ou repasser en France, ou nous retirer chez les Pères Recollets, nous a contraint d'accepter ce dernier offre. Ces Peres nous ont reçu avec tant de charité, qu'ils nous ont obligez pour un jamais. Nostre Seigneur fera leur récompense. L'un de nos Peres estoit allé à la traite en intention de passer aux Hurons & aux Iroquois avec le Pere Recollet qui estoit venu de France, selon qu'ils aviseroient avec le Père Nicolas qui se devoit trouver à la traite & conférer avec eux: mais il est arrivé que le pauvre Pere Nicolas Recollet s'est noyé au dernier Sault ce qui a esté cause qu'ils sont retournez n'ayant ny connoissance ny Langue, ny information. Nous attendons donc vostre venue pour resoudre ce qui sera à propos de faire. Vous sçaurez tout ce que vous pourrez desirer de ce pays du Révérend Père Joseph. C'est pourquoy je me contente de vous assurer, que je suis Monsieur, vostre très-affectionné Serviteur Charles Lallemant. De Quebec ce 28 Juillet 1625.Voicy la copie de celle qu'il écrit au R. P. Provincial des Recollets de Paris.MON R. PERE, (Fax Christi.)Ce serait estre par trop méconnoissant de ne point écrire à vostre Reverence, pour la remercier de tant de lettres qui furent dernièrement écrites en nostre faveur aux Peres qui sont icy en la Nouvelle France, comme de la charité que nous avons receue des Pères qui nous ont obligez pour un jamais, Je supplie nostre bon Dieu qu'il soit la recompense des uns & des autres. Pour mon particulier, j'écris à nos Supérieurs que j'en ay un tel ressentiment, que l'occasion ne se presentera point que je ne le fasse paroistre; & les supplie quoyque d'ailleurs tres-affectionnez de témoigner à tout vostre Saint Ordre les mêmes ressentimens. Le Père Joseph dira à vostre Révérence le sujet de son voyage pour le bon succés duquel nous ne cesserons d'offrir Prières y Sacrifices à Dieu. Il faut à cette fois avancer à bon escient les affaires de nostre Maistre, & ne rien obmettre de ce qu'on pourra s'aviser estre necessaire. J'en ay écrit à tous ceux que j'ay crû y pouvoir contribuer, qui je m'assure s'y emploiront si les affaires de France le permettent. Je ne doute point que vostre Révérence ne s'y porte avec affection, & ainsivis unitafera beaucoup d'effet. En attendant le succés, je me recommande aux saints Sacrifices de vostre Révérence, de laquelle le suis très-humble Serviteur Charles Lallemant. De Québec ce 28 Juillet 1621.»

Note 578:(retour)

Si les Pères Jésuites furent «traités courtoisement au passage,» l'accueil qu'ils reçurent en arrivant à Québec ne tarda pas à les convaincre qu'on avait semé contre eux bien des préjugés, «On auroit crû,» dit le P. le Clercq (Prem. établiss. de la Foy, I, 309 et suiv.), «que les Pères Jesuites ayant bien voulu se sacrifier au païs, & commencer leur Mission par un nombre aussi considerable de bons sujets, ils y auroient esté reçus avec toute la reconnoissance possible, & même avec agrément; mais bien loin de cela, il ne se trouva personne ny des chefs, ny des habitans qui n'y témoigna de la répugnance: tous refuserent unanimement de les recevoir s'ils ne voyoient des ordres absolus & un commandement du Roy pour leur établissement: ils ne trouverent même personne qui les voulut loger. Car comme on s'estoit contenté de tirer purement un contentement verbal de Sa Majesté, on n'avoit pas trouvé lieu d'obtenir des lettres authentiques pour l'établissement de ces Reverends Peres. Si bien que l'entreprise alloit échouer: ils estoient sur le point de repasser en France par les mêmes navires, & d'abandonner entièrement leur dessein, lorsque nos Peres après bien des allées & des venues, obtinrent enfin de Monsieur le Général & des Habitans, qu'on trouveroit bon que les PP. Jesuites fussent logez chez nous pour ne faire qu'un esprit & qu'un corps de Missionnaires, sans estre à charge au pais, jusqu'à ce qu'il plût au Roy d'en ordonner autrement. Cet accommodement estant fait, le P. Commissaire & ses Religieux partirent avec la chalouppe du Convent, pour aller à bord faire honneur aux RR. PP. Jesuites & les conduire chez nous avec toute la joye qu'on peut juger. Nos Religieux voyans leurs souhaits accomplis par l'arrivée de ces Peres, leTe Deumfut chanté en action de grâce, & on leur fit du reste tout l'acueil que l'état du pais & la sainte pauvreté pouvoit permettre. On leur offrit, & ils agréerent à leur choix, la moistié de nostre Convent, du Jardin & de nostre Enclos deffriché où ils demeurerent ensuite l'espace de 2 ans, vivans & travaillans avec nos Peres en parfaite intelligence, pendant que leurs affaires s'accomoderoient & s'avanceroient du côté de France & dans le pais, pour un parfait établissement: à quoy sans doute ne servit pas peu la deputation que nos Pères firent en France, principalement pour ce sujet, du Père Joseph le Caron qui y revint l'année suivante, triomphant & glorieux d'avoir obtenu une partie de sa négociation, & ce que nous souhaitions sur ce sujet. Aussi le public sera bien aise & en même temps édifié de voir que les RR. PP. Jesuites n'en furent pas méconnoissans: entre autres témoignages qu'on en pourroit donner, voicy la copie de deux lettres du Révérend Père Lallemant, premier Supérieur des Jesuites du Canada, écrites en France à Monsieur de Champlain, & au Révérend Père Provincial des Recollets de la province de Saint Denis.

«MONSIEUR, Nous voicy grâces à Dieu dans le ressort de vostre Lieutenance, où nous sommes heureusement arrivez, après avoir eu une des belles traversées qu'on ait encore experimenté. Monsieur le Général après nous avoir déclaré qu'il luy estoit impossible de nous loger dans l'habitation, ou dans le Fort, & qu'il faudrait ou repasser en France, ou nous retirer chez les Pères Recollets, nous a contraint d'accepter ce dernier offre. Ces Peres nous ont reçu avec tant de charité, qu'ils nous ont obligez pour un jamais. Nostre Seigneur fera leur récompense. L'un de nos Peres estoit allé à la traite en intention de passer aux Hurons & aux Iroquois avec le Pere Recollet qui estoit venu de France, selon qu'ils aviseroient avec le Père Nicolas qui se devoit trouver à la traite & conférer avec eux: mais il est arrivé que le pauvre Pere Nicolas Recollet s'est noyé au dernier Sault ce qui a esté cause qu'ils sont retournez n'ayant ny connoissance ny Langue, ny information. Nous attendons donc vostre venue pour resoudre ce qui sera à propos de faire. Vous sçaurez tout ce que vous pourrez desirer de ce pays du Révérend Père Joseph. C'est pourquoy je me contente de vous assurer, que je suis Monsieur, vostre très-affectionné Serviteur Charles Lallemant. De Quebec ce 28 Juillet 1625.

Voicy la copie de celle qu'il écrit au R. P. Provincial des Recollets de Paris.

MON R. PERE, (Fax Christi.)Ce serait estre par trop méconnoissant de ne point écrire à vostre Reverence, pour la remercier de tant de lettres qui furent dernièrement écrites en nostre faveur aux Peres qui sont icy en la Nouvelle France, comme de la charité que nous avons receue des Pères qui nous ont obligez pour un jamais, Je supplie nostre bon Dieu qu'il soit la recompense des uns & des autres. Pour mon particulier, j'écris à nos Supérieurs que j'en ay un tel ressentiment, que l'occasion ne se presentera point que je ne le fasse paroistre; & les supplie quoyque d'ailleurs tres-affectionnez de témoigner à tout vostre Saint Ordre les mêmes ressentimens. Le Père Joseph dira à vostre Révérence le sujet de son voyage pour le bon succés duquel nous ne cesserons d'offrir Prières y Sacrifices à Dieu. Il faut à cette fois avancer à bon escient les affaires de nostre Maistre, & ne rien obmettre de ce qu'on pourra s'aviser estre necessaire. J'en ay écrit à tous ceux que j'ay crû y pouvoir contribuer, qui je m'assure s'y emploiront si les affaires de France le permettent. Je ne doute point que vostre Révérence ne s'y porte avec affection, & ainsivis unitafera beaucoup d'effet. En attendant le succés, je me recommande aux saints Sacrifices de vostre Révérence, de laquelle le suis très-humble Serviteur Charles Lallemant. De Québec ce 28 Juillet 1621.»

Ledit sieur de Caen ayant fait son voyage, il vint à Paris, où il eust plusieurs traverses des anciens Associez, qui les mit en un procez au Conseil, pensant tomber d'accord à l'amiable les uns avec les autres: De plus que mondit seigneur avoit du mescontentement dudit sieur de Caen, sur ce qu'on luy rapporta qu'il avoit fait faire les prières de leur religion prétendue, publiquement dans le fleuve sainct Laurent: desirant que les Catholiques y assistassent, chose qui luy avoit esté deffendue94/1078par mondit seigneur, lesquelles accusations le sieur de Caen n'approuva, disant que c'estoit la hayne & la malice de ses envieux, qui procuroient tout le mal qu'ils pouvoient contre luy, quoy que ce toit, après avoir bien disputé les uns contre les autres, aux assemblées qui se faisoient en l'hostel de Ventadour. Il falut avoir arrest de Messieurs du Conseil, puisqu'ils ne se pouvoient accorder sur un contrat que l'on avoit fait, auquel l'on quittoit l'affaire audit sieur de Caen, en donnant trente six pour cent d'interests, sur un fond de soixante mil livres: qu'il seroit tenu d'exécuter tous les articles, dont la societé estoit obligée envers le Roy, & dans trois jours donneroit caution bourgeoise dans Paris, & nommeroit un Chef catholique, agréable à monseigneur le Vice-Roy, pour la conduitte des vaiseaux. Le temps venu il ne fournit cautions au gré95/1079des Associez, ny ne nomma ledit chef, ce que refusant, les anciens Associez, ledit sieur de Caen les fait appeller devant le juge de l'Admirauté, de là ils furent audit Conseil de sa Majesté, suivant une requeste que lesdits anciens associez avoient presentée, pour faire interdiction au juge de l'Admirauté d'en cognoistre, ils sont un temps à contester les uns contre les autres, en fin le Conseil ordonna que l'enchere qui avoit este faite au Conseil, de quatre pour cent d'advantage que les trente six, par le contract passé entr'eux à l'hostel du seigneur de Ventadour, que ledit de Caen auroit la préférence, en donnant caution suffisante dans Paris: & que attendu l'absence dudit seigneur de Ventadour, ledit de Caen nommeroit un chef catholique pour la conduitte des Vaisseaux qui fut ledit de la Ralde qu'il nomma, & que pour la personne dudit de Caen il ne feroit le voyage: lequel ne laissa tousjours d'appareiller & apprester ses vaisseaux, des choses qu'il jugeoit estre necessaires pour l'habitation de Québec. Ayant son arrest il s'en vint à Dieppe, pour faire partir les vaisseaux, où je me trouvay, estant party de Paris le premier d'Avril 1626, accompagné des sieurs Destouche, & Boullé mon beau frère, lequel mondit Seigneur avoit honoré de ma Lieutenance au fort, & ledit Destouche de mon Enseigne.

Les reverends Pere Noyrot, Jesuiste, & de la Nouë & un frère579, estoient à Dieppe, pour treuver commodité de faire passer des vivres pour vingt96/1080ouvriers, qu'ils menoient audit païs pour eux, estant contrains de prendre un vaisseau de quatre vingts tonneaux du sieur de Caen, qui leur fretta pour les passer, avec tout leur attirail, moyennant le prix de trois mil cinq cens livres: voilà tout ce qui se pana jusqu'à l'embarquement qui fut le 15 d'Avril 1626. Je m'embarquay dans le vaisseau la Catherine, du port de 250 tonneaux, & aussi le pere Joseph Caron Recollet580, qui y avoit autrefois hyverné; nous fusmes à la rade jusques au vingtiesme dudit mois, que nous levasmes l'ancre, & nous mismes sous voille à un heure après midy, faisant un bort sur autre, attendant ledit sieur de Caen, qui desiroit donner quelque ordre audit de la Ralde & Emery son nepveu, qui estoit en la Fleque pour vice-Admiral, qui devoit aller faire sa pesche de poisson à l'Isle percée.

Note 579:(retour)Les PP. Philibert Noirot, Anne de Noue, et le Frère Jean Gaufestre (Conf. Ducreux, p. 4; Relat. des Jés.; Prem. établiss. de la Foy, I, 340).

Note 579:(retour)

Les PP. Philibert Noirot, Anne de Noue, et le Frère Jean Gaufestre (Conf. Ducreux, p. 4; Relat. des Jés.; Prem. établiss. de la Foy, I, 340).

Note 580:(retour)Le P. le Caron était passé en France l'année précédente. (Ci-dessus, p. 92, note 1.)

Note 580:(retour)

Le P. le Caron était passé en France l'année précédente. (Ci-dessus, p. 92, note 1.)

Sur les six heures du soir arriva ledit de Caen, qui fit prester le serment audit de la Ralde, & à ceux de son esquippage, & donna l'ordre qu'il desiroit que l'on tint audit voyage, ce qu'ayant fait il fit publiquement la lecture devant tout son esquippage & autres, d'un petit livre, contenant plusieurs choses que l'on luy imputoit avoir faites. Je creu qu'il y en avoit qui n'estoient pas trop contens de ceste lecture. Ayant fait ce qu'il voulut, il prit congé de la compagnie & s'en retourna à terre, & nous à nostre route au mieux que le temps le peust permettre, qui ne fut que pour battre la mer vingt quatre heures, car le lendemain il nous fallut relascher à la rade de Dieppe.

97/1081Le Vendredy581au soir que mismes sous voilles ayant levé l'ancre cinq vaisseaux de conserve582. Le 27, nous apperceusmes un vaisseau que l'on jugeoit estre forban, nous fismes chasse sur luy quelques trois heures, mais estant meilleur voillier que nous, mismes à l'autre bord.

Note 581:(retour)Le vendredi était le 24.

Note 581:(retour)

Le vendredi était le 24.

Note 582:(retour)Ces cinq vaisseaux étaient:la Catherine, ou laSainte-Catherine(suivant les manuscrits d'Asseline et de Guibert), vaisseau de 250 tonneaux, suivant Champlain, et de 300, suivant ces deux manuscrits, commandé par le capitaine de la Ralde, amiral de la flotte;la Flèque, vaisseau de 260 tonneaux (suivant les mêmes manuscrits), où était pour vice-amiral le capitaine Émery de Caen; le troisième et le quatrième vaisseaux, dont on ne connaît pas les noms, étaient de 200 et de 120 tonneaux; enfin le cinquième, nommél'Alouette, était de 80 tonneaux.

Note 582:(retour)

Ces cinq vaisseaux étaient:la Catherine, ou laSainte-Catherine(suivant les manuscrits d'Asseline et de Guibert), vaisseau de 250 tonneaux, suivant Champlain, et de 300, suivant ces deux manuscrits, commandé par le capitaine de la Ralde, amiral de la flotte;la Flèque, vaisseau de 260 tonneaux (suivant les mêmes manuscrits), où était pour vice-amiral le capitaine Émery de Caen; le troisième et le quatrième vaisseaux, dont on ne connaît pas les noms, étaient de 200 et de 120 tonneaux; enfin le cinquième, nommél'Alouette, était de 80 tonneaux.

Le 23 de May eusmes une tourmente, qui dura deux fois vingt quatre heures, avec orages de pluyes, tonnerres, esclairs, & bruines fort espesses, qui fit que le petit vaisseau des Peres jesuistes, nommé l'allouette, nous perdit de veue.

Le 5 de Juin par 44 degrez & demy de latitude, nous eusmes sonde, sur lecore du Ban. Le 12, cognoissance de l'isle de terre neufve, qui estoit le Cap des vierges, & le soir la veue du Cap de Raye. Le 13 fusmes recognoistre le Cap de sainct Laurent & Isle sainct Paul. Le 17. passasmes proche des Isles aux oyseaux. Le 20. nous fusmes mouiller l'ancre, entre l'Isle de Bonadventure & l'Isle percée, où trouvasmes arrivez tous les vaisseaux qui nous avoient quittez comme l'allouette qui nous avoit perdue, durant les coups de vent qu'avions eus; & y avoit quinze jours que ledit Emery de Caen estoit arrivé, tesmoignage que nostre vaisseau n'estoit pas trop bon voillier, nous fusmes deux mois & six jours à cette traverse contrariez de mauvais temps.

98/1082

Il m'a sembîé n'estre hors de propos de faire une description particuliere, de l'Isle de Terre neufve, & autres costes qui sont du Cap Breton & Golfe S. Laurent, jusques à Québec, bien que j'en aye traicté en quelques endroits, mais non si particulièrement, & de suitte comme je fais ce Chapitre cy dessous.

Description de l'Isle de Terre Neufve, Isle aux Oyseaux. Ramées S. Jean, Enticosty, & de Gaspey, Bonnaventure, Miscou, Baye de Chaleu, avec ce qui environne le Golfe S. Laurent, avec les Costes depuis Gaspey, jusques à Tadoussac, & de là Québec, sur le grand fleuve S. Laurent.

Le Cap de Rase, attenant à l'isle de Terre neufve, est la terre la plus proche de France, esloignée de 25 lieues de Lecore583du grand ban où se faict la pesche du poisson vert, il est par hauteur de 46 degrez & 35 minutes de latitude,584& d'iceluy cap à celuy de saincte Marie 22 lieues & de hauteur 46 degrez trois quarts, & de ce lieu jusques aux Isles sainct Pierre 23 lieues, du bord de celle qui est le plus Arrouest, & dudit cap de Rase aux Isles Sainct Pierre 45 lieues, qui sont de hauteur prés de 46° & deux tiers, & 40 lieues jusques au cap de Raye, de hauteur 47° & demy, dans toutes ces costes du Su de ladite Isle de terre neufve y a nombres de bons ports, rades, & havres, entr'autres Plaisance, la baye des Trespassez, celle de tous les Saincts, comme aussi ausdites Isles sainct99/1083Pierre, où plusieurs vaisseaux vont faire pesche de poisson sec.

Note 583:(retour)Le cap de Rase est à environ 25 lieues de l'écore du Banc-à-Vert.

Note 583:(retour)

Le cap de Rase est à environ 25 lieues de l'écore du Banc-à-Vert.

Note 584:(retour)46° 4l' suivant Bayfield.

Note 584:(retour)

46° 4l' suivant Bayfield.

La coste du Nortdest & Surouest de ladite Isle de terre neufve, & celle du Nort un quart au Nordouest, contient quelques 110 lieues jusques au 52e degré, est fournie de plusieurs bons ports & Isles, où y a nombre de vaisseaux, vont faire pescherie de molue, tant François, Malouains, que Basques & Anglois.

De l'Isle, à la grande terre du Nort, il y a 8 à 10 lieues par endroits, la coste de l'Isle Nordest & Surouest, qui regarde le golphe S. Laurens a cent lieues de long, n'est cogneu que fort peu, si ce n'est proche le Cap de Raye où il y a quelque port où se fait pesche de poisson: Toute cestedite Isle de terre-neufve tient de circuit plus de 300 lieues, où il y a nombre de bons ports (comme j'ay dit) le terroir est presque tout montueux, remply de pins & sapins, cèdres, bouleaux, & autres arbres de peu de valeur. Il se descharge dans la mer quantité de petites rivieres & ruisseaux qui viennent des montagnes. La pesche du saumon est fort abondante en la plus part de ces rivieres, comme d'autres poissons. Les froidures y sont aspres, & les neges grandes, qui y durent prés de sept mois de l'an. Il y a force eslans, lapins, & gelinotes, icelle n'est point habitée, les sauvages qui y vont quelques fois en Esté de la grandtaire voir les vaisseaux qui font pescherie de molue.

Du Cap de Raye qui est par les 47 degrés & demy de latitude, jusques au Cap de S. Laurent, qui est par les 46 degrés 55 minutes, il y a 17 à100/108418 lieues, cet espace est l'une des emboucheures dudit golphe S. Laurent, de ce lieu aux Isles aux oyseaux il y a 17 à 18 lieues qui sont un peu plus de 47 degrés & trois quarts, ce sont deux rochers dans ledit golphe, où il y a telle quantité d'oyseaux appellez tangeux, qui ne se peut dire de plus, les vaisseaux partant par là quand il fait calme, avec leur batteau vont à ces Isles, & tuent de ces oyseaux à coups de bâtons, en telle quantité qu'ils veulent, ils sont gros comme des oyes, ils ont le bec fort dangereux, tous blancs hormis le bout des aines qui est noir, ce sont de bons pescheurs pour le poisson qu'ils prennent & portent sur leurs Isles, pour manger, au Su de ces Isles & au Su & Surouest y en a d'autres qui s'appellent les Isles ramées-brion585, au nombre de 6 ou 7 tant petites que grandes, & sont une lieue ou deux des Isles aux oyseaux.

Note 585:(retour)Ramées et Brion. D'après Denys (Description géographique, t. I, 196 et suiv.), les îles Ramées sont les sept que nous appelons aujourd'hui les îles de la Madeleine; et, de son temps encore, comme au temps de Champlain, la Madeleine était le nom particulier de l'île Aubert (Amherst' Island).

Note 585:(retour)

Ramées et Brion. D'après Denys (Description géographique, t. I, 196 et suiv.), les îles Ramées sont les sept que nous appelons aujourd'hui les îles de la Madeleine; et, de son temps encore, comme au temps de Champlain, la Madeleine était le nom particulier de l'île Aubert (Amherst' Island).

En aucunes de ces Isles y a de bons ports, où l'on fait pesche de poisson, elles sont couvertes de bois, comme pins, sapins & bouleaux, aucunes sont plates, autres un peu eslevées comme est celle de Brion qui est la plus grande. La chasse des oyseaux y est à commandement en sa saison, comme est la pesche du poisson, des loups marins, & bestes à la grande dent qui vont sur lesdites Isles, elles sont esloignées de la terre la plus proche de 12 ou 15 lieues, qui est le Cap sainct Laurent, attenant à l'isle du Cap Breton.

Desdites Isles aux oyseaux, jusques à Gaspey, il101/1085y a 45 lieues qui est de hauteur 48 degrés deux tiers, & au Cap de Raye 70 lieues586.

Note 586:(retour)«Et de Gaspé au cap de Raye, 70 lieues.»

Note 586:(retour)

«Et de Gaspé au cap de Raye, 70 lieues.»

En ce lieu de Gaspey est une baye contenant de large en son entrée trois à quatre lieues, qui fuit au Norrouest environ cinq lieues, où au bout il y a une riviere qui va assez avant dans les terres: les vaisseaux viennent en ce lieu, pour faire la pesche du poisson sec, où est un gallay où l'on fait la seicherie des molues, & un ruisseau d'eaue douce qui se descharge dans la grand' mer, commodité pour les vaisseaux qui vont mouiller l'ancre à une portée de mousquet, de ce lieu: & à une lieue du Cap de Gaspey, est un petit rocher que l'on nomme le farillon587, esloigné de la terre d'un jet de pierre, ce dit cap est une pointe fort estroitte, le terrouer en est assez haut, comme celuy qui environne ladite baye couverte de pins, sapins, bouleaux, & autres meschans bois. La pesche est abondante tant en moluës, harans, saumons, macreaux, & homars. La chasse des lapins & perdrix, comme autre gibier se treuve aussi à l'Isle percée & de Bonadventure, distante de six à sept lieues, plus au midy: entre les deux il y a la baye aux moluës588, en laquelle se fait pescherie, les terres sont couvertes de mesmes bois que celle du susdit Gaspey.

Note 587:(retour)Le Forillon. Ce petit rocher, détaché de la terre, semble avoir donné origine au nom de Gaspé (Katsepioui, qui est séparément)

Note 587:(retour)

Le Forillon. Ce petit rocher, détaché de la terre, semble avoir donné origine au nom de Gaspé (Katsepioui, qui est séparément)

Note 588:(retour)DeBaie des Molues(ouMorues), les Anglais ont faitMolue-Bay, puisMalbay.

Note 588:(retour)

DeBaie des Molues(ouMorues), les Anglais ont faitMolue-Bay, puisMalbay.

Ladite Isle percée est par la hauteur de 48 degrés & un tiers, elle est distante de 15 lieues de Miscou, il faut traverser la baye de Chaleu. Ledit Miscou est par la hauteur de 47 degrés 25102/1086minutes589, la terre est descouppée par plusieurs bras d'eaue qui forment des Isles, & où les vaisseaux se mettent, est590entre-deux desdites Isles, qui font un cap à ladite baye de Chaleu, ce lieu est desgarny de bois, ny ayant que des bruieres, herbes, & pois sauvages: l'on fait en ce lieu bonne partie de traitte avec les habitans du pays. Pour des marchandises ils donnent en eschange des peaux d'eslan & quelques castors. Il y a eu d'autrefois des François qui ont hyverné en ce lieu, & ne s'y sont pas trop-bien treuvez pour les froidures trop grandes, comme aussi les neges, neantmoins ce lieu est fort bon pour la pesche. A six lieues delà au Nortdest, est le ban des Orphelins où il y a très bonne pescherie de moluës.

Note 589:(retour)Environ 48°.

Note 589:(retour)

Environ 48°.

Note 590:(retour)Es entre-deux, dans les entre-deux, ou goulets.

Note 590:(retour)

Es entre-deux, dans les entre-deux, ou goulets.

Ceste Baye de Chaleu entre quelques quinze ou vingt lieues591dans les terres, ayant dix ou douze lieues de large par endroits: en icelle se deschargent deux ou trois rivieres qui viennent de quelques quinze ou vingt lieues dans les terres, elles ne sont navigeables que pour les canaux des sauvages.

Note 591:(retour)Environ trente lieues.

Note 591:(retour)

Environ trente lieues.

Tout le pays qui environne ladite baye, est partie montueux, autre plat & beau, couvert de bois de pins, sapins, cèdres, bouleaux, ormes, fresnes, érables, & dans lesdites rivieres y a des chesnes. La pesche de plusieurs poissons est abondante en ce lieu, & la chasse des oyseaux de riviere outarde oyes, grues, & de plusieurs autre sorte. Il se treuve en tous ces lieux force eslans, desquels les sauvages en tuent quantité l'hyver.

103/1087Des Isles de Miscou à l'Isle sainct Jean, y a environ dix ou douze lieues592au Suest, elle est par la hauteur de quarante six degrés deux tiers, le bout le plus Nort de ladite Isle593, ayant environ vingt cinq lieues de longueur, & de ceste Isle à la terre du Sud, une ou deux lieues; en laquelle sont de bons ports, & bonne pescherie de molue, les Basques y vont assez souvent, elle est couverte de bois comme les autres Isles.

Note 592:(retour)Environ vingt lieues.

Note 592:(retour)

Environ vingt lieues.

Note 593:(retour)C'est-à-dire, le bout le plus nord de la dite île est par les 47° et quelques minutes.

Note 593:(retour)

C'est-à-dire, le bout le plus nord de la dite île est par les 47° et quelques minutes.

De l'Isle de sainct Jean au petit passage de Conseau594l'on conte vingt lieues, ce passage est par la hauteur de quarante cinq degrés & deux tiers, & jusques aux Isles ramées environ trente lieues.

Note 594:(retour)Canseau; ailleurs, l'auteur écrit comme tout le mondeCanseau, ouCampseau. Les Anglais ont adopté l'orthographeCanso. (Voir 1613, p. 130, note 1.)

Note 594:(retour)

Canseau; ailleurs, l'auteur écrit comme tout le mondeCanseau, ouCampseau. Les Anglais ont adopté l'orthographeCanso. (Voir 1613, p. 130, note 1.)

Toute la coste depuis Miscou jusques au passage de Conseau, est abondante en ports, & petites rivieres, qui se deschargent dans la mer: entr'autres rivieres. est la baye de Miaamichy595, tregate596, le pays est agréable, quelque peu montueux: la pesche & la chasse du gibier y sont fort bonnes en la saison, il y a des eslans en ces terres, mais non en telle quantité qu'aux contrées de la baye de Chaleu.

Note 595:(retour)Miramichy.

Note 595:(retour)

Miramichy.

Note 596:(retour)Tregaté, ou Tracadie.

Note 596:(retour)

Tregaté, ou Tracadie.

Au Nortdest de Gaspey est l'isle d'Enticosty, sur la hauteur de cinquante degrés au bout de L'ouest Nortouest de l'isle, & celuy de Lest, Suest, 49 degrés, elle gists est Suest, & Ouest Norrouest, selon le vray méridien de ce lieu, & au compas de la plus part des navigateurs, Suest & Norrouest, elle a quarante lieues de long, & large de quatre à104/1088cinq597par endroits. La plus part des costes sont hautes & blanchastres comme les falaises de la coste de Dieppe, il y a un port598au bout de L'ouest Surouest de l'Isle qui est du costé du Nort, il ne laisse d'y en avoir d'autres, qui ne sont pas cognus, elle est fort redoutée de ceux qui navigent, pour estre baturiere, & y sont quelques pointes qui avancent en la mer, toutesfois nous l'avons rangée, n'en estant esloignée que d'une lieue & demie, & la treuvâmes fort saine le fon bon à trente brasses: le costé du Nort est dangereux y ayant entre la terre du Nort & ceste Isle des Batures & d'autres Isles, bien qu'il y aye passage pour des vaisseaux, & dix à douze lieues jusques à ladite terre du Nort. Ceste Isle n'est point habitée de sauvages, ils disent y avoir nombre d'Ours blancs fort dangereux, icelle est couverte de bois de pins, sapins, & bouleaux. Il fait grand froid, & s'y voyent quantité de neges en hyver: les sauvages de Gaspey y vont quelquesfois, allant à la guerre contre ceux qui se tiennent au Nort.

Note 597:(retour)L'île d'Anticosti a environ dix lieues de large vers le milieu.

Note 597:(retour)

L'île d'Anticosti a environ dix lieues de large vers le milieu.

Note 598:(retour)Le port aux Ours.

Note 598:(retour)

Le port aux Ours.

Il y a un lieu dans le golphe sainct Laurent, qu'on nomme la grande baye599, proche du passage du Nort de l'Isle de terre neufve, à cinquante deux degrés, où les Basques vont faire la pesche des balaines.

Note 599:(retour)La Grande-Baie était cette partie du golfe comprise entre la cote nord-ouest de Terre-Neuve et le Labrador.

Note 599:(retour)

La Grande-Baie était cette partie du golfe comprise entre la cote nord-ouest de Terre-Neuve et le Labrador.

Les sauvages de la coste du Nort sont très meschants, ils font la guerre aux pescheurs, lesquels pour leur seureté arment des pataches, pour conserver105/1089les chalouppes qui vont en mer pescher la molue: l'on n'a peu faire de paix avec eux, & sont la plus part petits hommes fort laids de visage, les yeux enfoncez, meschans & traistres au possible: ils se vestent de peaux de loups marins, qu'ils accommodent fort proprement: leurs batteaux sont de cuir, avec lesquels ils vont rodant & faisant la guerre, ils ont fait mourir nombre de Malouains, qui auparavant leurs ont souvent rendu leur change au double, ceste guerre procède de ce que un matelot Malouain par mesgarde ou autrement, tua la femme d'un capitaine de ceste nation.

Tout le pays est excessivement froid en hyver, & les neges y sont fort hautes, qui durent sept mois ou plus sur la terre par endroits, elle est chargée de nombre de pins, sapins & bouleaux, en plus de cent lieues des costes qui regardent le golphe saint Laurent. Il y a nombre de bons ports & isles, (où la pescherie de molue & saumont est abondante,) & nombre de rivieres, qui ne sont neantmoins beaucoup navigeables, que pour des chalouppes ou canaux, selon le rapport des sauvages.

Ce golphe a plus de quatre cens lieues de circuit, y ayant nombre infiny de ports, havres & isles, qui y sont enclos: c'est comme une petite mer qui parfois est fort esmeue & agitée des vents impétueux qui viennent plus souvent du Nortdest, & parfois y a de grandes bourasques de Norrouest. En ces lieux sont de grands courants de marée non réglez, les uns portent en un temps d'un costé autrefois en un autre, & ainsi changent de fois à autre, ce qui apporte souvent du mesconte aux estimes106/1090des navigeans, quand il fait des brunes, à quoy ce lieu est fort suject, & qui durent quelquefois sept ou huict jours, il n'y a qu'une grande pratique qui peut en avoir quelque cognoissance.

Du cap de Gaspey à la terre du Nort y a vingt cinq à trente lieues, cest la largeur de l'emboucheure du fleuve de sainct Laurent, les marées sont en tout temps droiturieres en ce lieu comme la riviere, & le vent tousjours de bout, soit à descendre ou monter, & arrive rarement qu'on voye le vent par le travers des terres, de façon qu'un vaisseau estant dans le courant fera sa drive hors du fleuve plustost que d'aller à la coste: les ebes sont beaucoup plus fortes que les flots qui durent sept heures, & quelquefois plus: ce qui fait qu'on a plus de peine à monter qu'à descendre, joint que les vents de Norrouest sont les plus ordinaires & contraires en certaines saisons.

Ce Cap de Gaspey (comme j'ay dit) est à l'entrée de la grande riviere du costé de la terre du midy, montant à mont l'on passe si l'on veut une lieue ou deux vers l'eaue du cap des Boutonnières600, par la hauteur de quarante neuf degrés & un quart, & à douze lieues dudit Gaspey.

Note 600:(retour)Vraisemblablement l'un des caps de l'entrée du Grand-Étang.

Note 600:(retour)

Vraisemblablement l'un des caps de l'entrée du Grand-Étang.

Et costoyant tousjours la coste du Su, jusques au commencement des mons Nostre Dame vingt lieues dudit cap des Boutonnières, les mons en ont vingt cinq de longueur, à la fin est le Cap de Chatte601assez haut, fait en forme de pain de sucre107/1091fort ecore: se voyent aussi des terres doubles au dessus qui quelquefois vous en font perdre la cognoissance si le temps n'est clair & serain, si ce n'est que vous approchiez d'une lieue ou deux dudit cap de Chatte. Montant à mont l'on va jusqu'au travers de la riviere de Mantane, où il y a douze à treize lieues dans cette riviere de plaine mer, des moyens vaisseaux de quatre-vingts ou cent tonneaux y peuvent entrer, c'est un havre de basse mer: estant en ladite riviere assez d'eaue pour tenir les vaisseaux à flot. Ce lieu est assez gentil, & s'y fait grande pescherie de saumon & truittes, ayant les filets propres à cet effect, l'on en pourroit charger des bateaux en leur temps & saison. Ceste riviere vient de certaines montagnes, & peut on s'aller rendre par le travers des terres, par le moyen des canaux des sauvages, en les portant un peu par terre en la riviere qui se descharge dans la baye de Chaleu602, ce lieu de Mantane est fort commode pour la chasse des eslans, où il y en a en grande quantité.

Note 601:(retour)Il n'y a aucun doute que ce cap doit son nom à la mémoire du commandeur de Chaste, ou de Chate. L'auteur le mentionne sous ce nom dès 1612 dans sa grande carte.

Note 601:(retour)

Il n'y a aucun doute que ce cap doit son nom à la mémoire du commandeur de Chaste, ou de Chate. L'auteur le mentionne sous ce nom dès 1612 dans sa grande carte.

Note 602:(retour)De la rivière de Matane, on tombe dans celle de Matapédiac, qui se décharge dans celle de Ristigouche, et celle-ci se jette au fond de la baie des Chaleurs.

Note 602:(retour)

De la rivière de Matane, on tombe dans celle de Matapédiac, qui se décharge dans celle de Ristigouche, et celle-ci se jette au fond de la baie des Chaleurs.

De Mantane l'on va à l'Isle de sainct Barnabé603à seize lieues, elle est par là hauteur de quarante huict degrez trente-cinq minutes, & estant basse; au tour sont des pointes de rochers, elle contient quelque lieue & demie de longueur, fort proche de la terre du Su: il y a passage entre deux pour passer de petites barques, & ne faut laisser de prendre garde à soy, car elle est couverte de bois de pins, sapins & cedres.

Note 603:(retour)Cette île s'appelait ainsi dès 1612. (Voir la carte de 1612.)

Note 603:(retour)

Cette île s'appelait ainsi dès 1612. (Voir la carte de 1612.)

108/1092De sainct Barnabé au Bic604, il y a quatre lieues, c'est une montagne fort haute & pointue, qui parroist au beau temps de douze à quinze lieues, & elle est seule de ceste hauteur, au respect de quelques autres qui sont proche d'elle.

Note 604:(retour)Ou le Pic. (Voir 1603, p. 4, note 4.)

Note 604:(retour)

Ou le Pic. (Voir 1603, p. 4, note 4.)

Du Bic on traverse la grande riviere au Norrouest, ou Nort un quart au Norrouest, & va on recognoistre Lesquemain605à la terre du Nort, y ayant sept à huict lieues. En ce lieu de Lesquemain proche de terre, est un petit islet de rocher derrière lequel se faisoit un degrat pour la pesche des balaines, & une place pour mettre un vaisseau: mais ce lieu est asseché de basse mer. Proche de là est Riviere une petite riviere fort abondante en saumons, où les sauvages y font bonne pescherie, comme en plusieurs autres.

Note 605:(retour)Les Escoumins sont rigoureusement à l'ouest du Bic, si l'on met la carte en son vrai méridien.

Note 605:(retour)

Les Escoumins sont rigoureusement à l'ouest du Bic, si l'on met la carte en son vrai méridien.

De Lesquemain l'on passe prés des Bergeronnettes606, qui en est à quatre ou cinq lieues, le travers y a ancrage demie lieue vers l'eaue, puis l'on va au moulin Baudé trois lieues, qui est la rade du port de Tadoussac, le bon ancrage d'icelle est qu'il faut ouvrir le moulin Baudé607, qui est un saut d'eaue venant des montagnes, & au travers jetter l'ancre.

Note 606:(retour)On dit, depuis longtemps, Bergeronnes. Il y a les Petites et les Grandes Bergeronnes, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une pointe.

Note 606:(retour)

On dit, depuis longtemps, Bergeronnes. Il y a les Petites et les Grandes Bergeronnes, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une pointe.

Note 607:(retour)C'est-à-dire, pour que le mouillage soit bon, il faut que le moulin Baudé soit en vue.

Note 607:(retour)

C'est-à-dire, pour que le mouillage soit bon, il faut que le moulin Baudé soit en vue.

Ayant le vent bon à demy flot couru, à cause des marées du Saguenay qui porte hors, bien qu'il y aye les deux tiers de plaine mer, l'on peut lever l'ancré & mettre à la voille, doubler la pointe aux vaches, avec la sonde à la main, & tenir tousjours109/1093deux ou trois chalouppes prestes: que si le vent venoit à se calmer tout d'un coup comme il arrive assez souvent, la marée vous porteroit au courant du Saguenay, & ayant doublé ladite pointe aux vaches, vous faire tirer à terre hors des marées dudit Saguenay s'il faisoit calme, & ainsi en terre608audit port de Tadoussac, mettant le Cap au Nort, un quart du Norrouest609, estant dans le port il faut porter une bonne ancre à terre & enfoncer l'orain610dans le sable le plus que l'on pourra, & mettre une boite par le travers contre l'orain, & avoir des pieux que vous enfoncerez dans le sable de basse mer le plus avant que l'on pourra pour empescher que le vaisseau ne chasse sur son ancre: dautant que ce qui est le plus à craindre sont les vens de terre, qui viennent du Saguenay & sont fort impétueux & violents, & viennent par bourasques qui durent fort peu, car le vent du travers de la riviere n'est point à craindre, d'autant qu'il y a bonne tenue du costé de vers l'eaue, car l'ancre ne chasse point le cable, ou l'ancre du vaisseau romperoit plustost.

Note 608:(retour)Lisez «entrer.»

Note 608:(retour)

Lisez «entrer.»

Note 609:(retour)Quoique ce passage renferme plusieurs fautes qui le rendent presque inintelligible, nous avons cru cependant qu'il valait encore mieux respecter la ponctuation et l'orthographe de l'édition originale, et remettre en note le texte corrigé. L'auteur conseille aux vaisseaux qui veulent entrer au port de Tadoussac, «de tenir deux ou trois chaloupes prêtes, afin de pouvoir, ayant doublé la pointe aux Vaches, se faire tirer à terre en dehors des courants du Saguenay, s'il faisait calme, et ainsientreraudit port, mettant le cap au nord-quart-norouest.»

Note 609:(retour)

Quoique ce passage renferme plusieurs fautes qui le rendent presque inintelligible, nous avons cru cependant qu'il valait encore mieux respecter la ponctuation et l'orthographe de l'édition originale, et remettre en note le texte corrigé. L'auteur conseille aux vaisseaux qui veulent entrer au port de Tadoussac, «de tenir deux ou trois chaloupes prêtes, afin de pouvoir, ayant doublé la pointe aux Vaches, se faire tirer à terre en dehors des courants du Saguenay, s'il faisait calme, et ainsientreraudit port, mettant le cap au nord-quart-norouest.»

Note 610:(retour)L'oreille.

Note 610:(retour)

L'oreille.

Or les costes du Nort depuis le travers d'Enticosty sont fort baturieres pour la plus part; en quelques endroits il y a de bons ports, mais ils ne sont cognus, hormis Chisedec611& le port neuf612trente110/1094lieues de Tadoussac: aussi il y a nombre de petites rivieres où la pesche du saumon est grande, selon le rapport des sauvages & des Basques qui cognoissent partie d'icelle coste. J'ay costoyé ces terres quelques cinquante ou soixante lieues dans une chalouppe, la terre est basse le long de la mer, mais dans les terres elle paroist fort haute, il n'en fait pas bon approcher que sa sonde à la main. Là est une nation de sauvages qui habitent ces pays, qui s'appellent Exquimaux, ceux de Tadoussac leur font la guerre.

Note 611:(retour)Chisedec paraît correspondre à ce que nous appelons rivière Saint-Jean.

Note 611:(retour)

Chisedec paraît correspondre à ce que nous appelons rivière Saint-Jean.

Note 612:(retour)Ce qu'on appelle aujourd'hui Portneuf n'est qu'à quinze lieues de Tadoussac.

Note 612:(retour)

Ce qu'on appelle aujourd'hui Portneuf n'est qu'à quinze lieues de Tadoussac.

Et depuis Gaspay jusques au Bic, ce sont terres la plus grande part fort hautes, notamment lesdits monts Nostre Dame, où les neges y sont jusques au 10 & 15 de Juin. Le long de la coste il y a force anses, petites rivieres & ruysseaux, qui ne sont propres que pour de petites barques & chalouppes, mais il faut que ce soit de plaine mer. La coste est fort saine, & en peut on approcher d'une lieue ou deux, & y a ancrage tout le long d'icelle, contre l'opinion de beaucoup, ainsi que l'experience le fait cognoistre: l'on peut estaler les marées pour monter à mont, si le vent n'est trop violent. Tout ce pays est remply de pins, sapins, bouleaux, cedres, & force pois, & persil sauvage, le long de la coste l'on pesche de la molue, jusqu'au travers de Mantane, & force macreaux en sa saison, & autres poissons.

Le travers de Tadoussac, qui est par quarante huict degrés deux tiers, à deux lieues au Sud il y a nombre d'Isles, & est entr'autres l'Isle verte, à quelque six lieues dudit Tadoussac, en laquelle les111/1095Rochelois venoient à la desrobée traitter de peleteries avec les sauvages613. La grande riviere a de large le travers dudit Tadoussac, 5 à 6 lieues. Juqu'à la terre du Su est une riviere par laquelle l'on peut aller à celle de S. Jean, en portant les canaux partie par terre, & le reste par les lacs & rivieres, tous ces chemins ne se font sans difficulté.

Note 613:(retour)Voir ci-dessus, p. 31.

Note 613:(retour)

Voir ci-dessus, p. 31.

Partant de Tadoussac à la pointe aux Allouettes il y a une petite lieue, ceste pointe met hors plus de demy lieue, elle asseche de basse mer. Il y a un islet de cailloux couvert de persil, qui a la feuille fort large, & quantité de pois sauvage. Les barques de plaine mer rangent la grand terre. Du Cap de la riviere du Saguenay614, l'on passe proche d'un islet qui est au fond d'une anse qui s'appelle l'islet Brulé615presque tout rocher. Le travers il y a ancrage à un cable vers l'eaue, au fond de l'anse est un ruisseau qui vient des montagnes. De ce ruysseau rangeant la terre à demy ject de pierre, il n'y a que sable jusques au Cap de la pointe des Allouettes, sur iceluy est une plaine comme une prairie, contenant quelques quatre à cinq arpents de terre, le reste sont bois de pins, sapins, & bouleaux, où il y a force lapins & perdrix. Les barques (comme dit est) passent proche de ce Cap pour abréger chemin, à aller à Québec: car passant dehors la pointe de l'Islet de Cailloux616vers l'eaue, il faudroit faire plus d'une lieue & demie qui est le grand passage, où il y a de l'eaue assez pour quelque112/1096vaisseau que ce soit: Il se faut donner garde de l'Isle Rouge, où les marées chargent. Ayant le temps clair & sans bruines, il n'y a point de danger en toute ceste pointe, & autre bans de fables qui y sont attenans, asseché tout de basse mer où l'on treuve une quantité de coquillages, comme bregos, coques, moulles, hoursains, & force loches, qui sont sous les pierres en plusieurs endroits: cela va jusqu'à l'anse aux Basques, contenant prés de trois à quatre lieues de circuit617. Il s'y voit aussi une infinité de gibier en sa saison, tant oyseaux de riviere, & sarselles, que petites oyes, outardes, & entr'autres il y a un si grand nombre d'allouettes, courlieux, grives, begasses, beccasses618, pluviers& autres sortes de petits oyseaux, qu'il s'est veu des jours que trois à quatre Chasseurs en tuoient plus de trois cens douzaines, qui sont très grasses & délicates à manger. Pour aller à cette pointe aux Allouettes, il faut traverser le Saguenay, qui tient en son entrée un quart de lieue de large: de ceste riviere j'en ay fait assez ample description619, tant de ce que j'ay veu que du raport des sauvages qui m'en a esté fait.

Note 614:(retour)Ce cap s'appelle aujourd'hui la pointe Noire.

Note 614:(retour)

Ce cap s'appelle aujourd'hui la pointe Noire.

Note 615:(retour)Cet îlet est situé au fond de l'anse Sainte-Catherine.

Note 615:(retour)

Cet îlet est situé au fond de l'anse Sainte-Catherine.

Note 616:(retour)L'île aux Alouettes, appelée encore îlet Blanc, et île au Mort.

Note 616:(retour)

L'île aux Alouettes, appelée encore îlet Blanc, et île au Mort.

Note 617:(retour)La batture des Alouettes a en effet quatre lieues de circuit, et même plus.

Note 617:(retour)

La batture des Alouettes a en effet quatre lieues de circuit, et même plus.

Note 618:(retour)Probablement, l'un de ces deux mots est de trop.

Note 618:(retour)

Probablement, l'un de ces deux mots est de trop.

Note 619:(retour)Voir 1603, ch. IV, 1613, p. 142 et suiv., 1632, première partie, p. 130 et suiv.

Note 619:(retour)

Voir 1603, ch. IV, 1613, p. 142 et suiv., 1632, première partie, p. 130 et suiv.

De la pointe aux Allouettes faisant le Surouest, Cap de un quart au Su, l'on va au Cap de Chafaut aux Basques, en ce lieu il y a ancrage, mais il faut prendre garde, car par des endroits est rocher où les ancres pourroient bien demeurer, si l'on ne recognoist bien le fond, un peu plus vers l'eaue, le113/1097mouillage est plus net & vers le Chafaut aux Basques, demeure à sec qui est au fond de l'anse où sont deux ruisseaux qui viennent des montagnes. A l'entrée de ces deux ruisseaux est un islet de rocher, où il y a un peu de terre dessus, & quelques arbres qui assechent tout de basse mer jusqu'à la grande terre, en laquelle est une petite riviere à trois quarts de lieue de la pointe aux Allouettes, & une bonne lieue & d'avantage du Chafaut aux Basques laquelle est abondante en poisson en son temps, comme de truittes & saumons, quantité d'Eplan très-excellent qui s'y prend, le gibier s'y retire en grand nombre620.

Note 620:(retour)Aussi cette rivière s'appelle la rivière aux Canards.

Note 620:(retour)

Aussi cette rivière s'appelle la rivière aux Canards.

Du Cap de Chafaut aux Basques, faisant la mesme route jusqu'à la riviere de l'Equille621, il y a trois lieues, & de la pointe aux Allouettes cinq. Costoyant la coste du Nort l'on passe proche de l'Anse aux Rochers qui est baturiere. A l'entrée du port est un petit islet proche de terre, où il y a mouillage de beau temps pour des barques, au fond de l'anse sont deux petites rivieres qui ne sont que ruisseaux, à une lieue & demie du Cap aux Basques.

Note 621:(retour)Le port de l'Equille, ou, comme on dit généralement, le port aux Quilles.

Note 621:(retour)

Le port de l'Equille, ou, comme on dit généralement, le port aux Quilles.

De l'Anse de Rocher à la riviere de l'Equille, il y a prés d'une lieue & demie, un Cap622est entre deux: ceste riviere de l'Equille vient des montagnes, & asseche de basse mer, un peu vers l'eaue de l'entrée il y a mouillage pour barques. L'Isle au Liévre demeure au Suest trois lieues623, la pointe114/1098aux Allouettes & ceste dite Isle est Nortnordest & Susurouest: laquelle Isle est esloignée de la terre du Sud prés de trois lieues, entre les deux il y a des Isles624: ce costé n'est bien cognu, comme n'estant sur la routte de Québec & Tadoussac. L'Isle aux Liévres ainsi nommée pour y en avoir, est couverte de bois de pins, sapins & cedres, il y a des pointes de rochers assez dangereuses, elle a deux lieues & demie de longueur.

Note 622:(retour)La Tête-au-Chien.

Note 622:(retour)

La Tête-au-Chien.

Note 623:(retour)Deux lieues.

Note 623:(retour)

Deux lieues.

Note 624:(retour)Les îlots du Pot-à-l'Eau-de-Vie et des Pèlerins.

Note 624:(retour)

Les îlots du Pot-à-l'Eau-de-Vie et des Pèlerins.

Du port de l'Equille au port aux femmes625, il y a une bonne lieue: ce port aux femmes est une anse partie sable & cailloux, proche de là est un petit estang. Les sauvages se cabanent quelques fois en ce lieu, au dessus d'une pointe de terre qui est plate & assez agréable: proche de ce lieu il y a ancrage, pour Barques en beau temps.

Note 625:(retour)La rivière Noire.

Note 625:(retour)

La rivière Noire.

Du port aux femmes l'on va au port au Persil, distant prés d'une lieue, qui est anse derrière un Cap, où il y a une petite riviere qui asseche de basse mer, elle vient des montagnes qui sont fort hautes, il y a ancrage proche, & à l'abry du vent du Su, venant à Ouest jusques au Nortnordest.

Du port au Persil l'on va tournant au tour d'une montagne de rochers qui fait Cap626: une lieue après l'on vient au port aux saumons, qui est une anse dans laquelle se deschargent deux ruisseaux, il y a un islet en ce lieu où sont quantité de framboises, fraises, & blues, en leur saison: ceste anse asseche de Bassemer, un peu vers l'eaue de l'islet il y a ancrage115/1099pour vaisseaux & barques, l'on est à l'abry du Nortdest.

Note 626:(retour)La pointe à l'Homme, au-dessus de laquelle est le cap au Saumon.

Note 626:(retour)

La pointe à l'Homme, au-dessus de laquelle est le cap au Saumon.

Du port aux Saumons à celuy de Malle Baye627, est distant d'une lieue double, ce Cap rangeant la coste d'un quart, & demy lieue il y a ancrage pour des vaisseaux628: cedit Cap & l'Isle aux Liévres sont Nortdest un quart à l'Est, & Surrouest un quart à l'Ouest prés trois lieues.

Note 627:(retour)Ce cap de Malle-Baie est ce que nous appelons aujourd'hui le cap à l'Aigle.

Note 627:(retour)

Ce cap de Malle-Baie est ce que nous appelons aujourd'hui le cap à l'Aigle.

Note 628:(retour)Ce passage, pour être intelligible, doit se lire comme suit: «Du port aux Saumons au cap de Malle Baye est distant d'une lieue; doublé ce cap, rangeant la coste d'un quart ou demy lieue, il y a ancrage pour des vaisseaux.»

Note 628:(retour)

Ce passage, pour être intelligible, doit se lire comme suit: «Du port aux Saumons au cap de Malle Baye est distant d'une lieue; doublé ce cap, rangeant la coste d'un quart ou demy lieue, il y a ancrage pour des vaisseaux.»


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