E 22e jour d'Avril 1629, je suis party de Dieppe, sous le congé de Monseigneur le Cardinal de Richelieu, Grand Maistre, Chef & Surintendant Général de la Navigation & Commerce de France, conduisant les navires nommez le Grand S. André & la Marguerite, pour (suivant le commandement de Messieurs les Intendans & Directeurs de la Compagnie de la Nouvelle France) aller trouver Monsieur le Commandeur de Rasilly en Brouage ou la Rochelle, & delà aller sous son escorte secourir & avictuailler le sieur de Champlain, & les François qui estoient au fort & à l'habitation de Québec en la Nouvelle France: & estant arrivé le 17 de May à Ché de Boys, le lendemain l'on publia la paix faite avec le Roy de la Grande Bretagne,300/1284& après avoir sejourné audit lieu l'espace de 39 tours, en attendant ledit sieur de Rasilly, & voyant qu'il ne s'advançoit de partir, & que la saison se passoit pour faire ledit voyage: Sur l'advis de mesdits sieurs les Directeurs, & sans plus attendre ledit sieur de Rasilly, je partis de la radde dudit Ché de Boys le 26e jour de juin, avec quatre vaisseaux & une barque appartenans à ladite Compagnie, & continuant mon voyage jusques sur le Grand Ban, surpris que j'y fus de brunes & mauvais temps, je perdis la compagnie de mes autres vaisseaux, & fus contraint de poursuivre ma route seul, jusqu'à ce qu'estant environ à deux lieues proche de terre, j'apperceus un navire portant au grand Mas un pavillon Anglois, lequel ne me voyant aucun canon m'approcha à la portée du pistolet, pensant que je fus totalement desgarny, à lors je commencé à faire ouvrir les sabors, & mettre seize pièce de canon en batterie, de quoy s'estant ledit Anglois apperceu il s'efforça de s'esvader, & moy de le poursuivre jusques à ce que l'ayant approché je luy fis commandement de mettre son pavillon bas, comme estant sur les costes appartenantes au Roy de France, & de me monstrer sa commission, pour sçavoir s'il n'estoit point quelque forban, ce que m'ayant refusé je fis tirer quelques coups de canon & l'aborday, ce fait ayant recogneu que sa commission estoit d'aller vers le Cap de Mallebarre trouver quelques siens compatriotes, & qu'il y portoit des vaches autres choses, je l'asseuray que la paix estoit faite entre les deux couronnes, & qu'à ce suject il ne devoit rien craindre, & ainsi le laissay aller: & estant301/1285le 28e jour d'Aoust entré dans la riviere nommée par les Sauvages Grand Cibou, j'envoyay le jour d'après dans mon batteau dix de mes hommes le long de la coste, pour trouver quelques Sauvages & apprendre d'eux en quel estat estoit l'habitation de Québec, & arrivant mesdits hommes au Port aux Balaines; y trouverent un navire de Bordeaux, le maistre duquel se nommoit Chambreau, qui leur dit que le sieur Jacques Stuart Millor Escossois estoit arrivé audit lieu environ deux mois auparavant, avec deux grands navires & une patache Angloise, & qu'ayant trouvé audit lieu Michel Dihourse de S. Jean de Luz, qui faisoit sa pescherie & secherie de molue, s'estoit ledit Milor Escossois saisi du navire & molue dudit Dihourse, & avoit permis que ses hommes fussent pillez & que ledit Milor avoit peu après envoyé les deux plus grands de ses vaisseaux, avec le navire dudit Michel Dihourse, & partie de ses hommes vers le port Royal pour y faire habitation, comme aussi ledit Milor depuis son arrivée avoit fait construire un fort audit port aux Balaines, & luy avoit enlevé de force les trois pièces de canon qu'il avoit dans son navire, pour les mettre dans ledit fort, mesme donne un escrit signé de sa main, par lequel il protestoit ne luy permettre ny à aucun autre François, de pescher d'oresnavant en ladite coste, ny traitter avec les Sauvages, qu'il ne luy fut payé le dixiesme de tout, & que sa commission du Roy de la Grande Bretagne, luy permettoit de confisquer tous les vaisseaux qui iroient ausdits lieux sans son congé: Lesquelles choses m'estant rapportées, jugeant estre de302/1286mon devoir d'empescher que ledit Milor ne continua l'usurpation du païs, appartenant au Roy mon maistre, & n'exigea sur tes sujets le tribut qu'il se promettoit. Je fis préparer en armes 53 de mes hommes, & me pourveus d'eschelles & autres choses necessaires pour assiéger & escalader ledit fort, si qu'estant arrivé le 18 Septembre audit port aux Balaines, où estoit construict ledit fort, je mis pied à terre, & fis advancer sur les deux heures après midy mes hommes vers ledit fort, selon l'ordre que je leur avois donné, & iceluy, attaquer par divers endroits, avec forces grenades, pots à feu & autres artifices, nonobstant la resistance & les mousquetades des ennemis, lesquels se voyant pressez prindrent l'espouvente & se presenterent aussi tost sur leur rampart, avec un drappeau blanc en la main, demandant la vie & le quartier à mon Lieutenant, ce pendant que je faisois les approches vers les portes dudit fort, que je fis promptement enfoncer, & aussi tost suivy de mes hommes j'entray dans ledit fort, & me saisis dudit Milor, que je treuvay armé d'un pistolet & d'une espée qu'il tenoit en ses mains, & de tous ses hommes, lesquels au nombre de quinze estoient armez de cuirasses, brassarts, cuisarts & bourguignottes, ayans chacun une harquebuse à fusil en main, & le reste armez de mousquets & picques seulement: Et ayant iceux faict desarmez je fis oster les estendarts du Roy d'Angleterre, & fis mettre au lieu d'iceux ceux du Roy mon Maistre. Puis visitant ce qui estoit audit fort y trouvé un François natif de Brest nommé René Cochoan, détenu prisonnier jusques à ce que son Capitaine (arrivé303/1287deux jours auparavant en un port distant de deux lieues de celuy aux Balaines) eust apporté une pièce de canon qu'il avoit en son navire, & payé le dixiesme de ce qu'il pescheroit, & le jour suivant je fis équiper une carvelle Espagnolle que je trouvay eschouée devant ledit fort, & charger les vivres & munitions qui estoient en iceluy, & après l'avoir fait raser & desmolir, & le tout faict porter à ladite riviere du grand Cybou, je fis avec toute diligence travailler en ce lieu cinquante de mes hommes, & vingt des Anglois à la construction d'un retranchement ou fort sur l'entrée de ladite riviere pour empescher les ennemis d'y entrer, dans lequel je laissay quarante hommes, compris le R. P. Vimond & Vieupont Jesuites, huict pièces de canon, dix-huict cens de pouldre, six cens de mèche, quarante mousquets, dix-huict picques, artifices, balles à canon & mousquets, vivres & autres choses necessaires, avec tout ce qui avoit esté trouvé dans ladite habitation & fort desdits Anglois, & ayant fait dresser les armes du Roy & de Monseigneur le Cardinal, faict faire une Maison, Chappelle & magasin, pris serment de fidélité du sieur Claude natif de Beauvais, laissé pour commander ledit fort & habitation pour le service du Roy, & pareillement du reste des hommes demeurez audit lieu: Suis party le 5e jour de Novembre, & ay amené lesdits Anglois, femmes & enfans, desquels en ay mis 42, à terre prés Falmue, port d'Angleterre, avec leurs hardes, & dix-huict ou vingt que j'ay amenez en France avec ledit Milor, attendant le commandement de mondit Seigneur le Cardinal Ce que je304/1288certifie estre vray, & ay signé la presente Relation. A Paris ce douziesme Décembre 1629.793
Note 793:(retour)Pour plus de détails sur cette expédition, voir:Prise d'un seigneur escossois & de ses gens qui pilloient les navires pescheurs de France, par M. Daniel de Dieppe, Capitaine pour le Roy en la Marine, & Général de la Nouvelle France, dédié à M. le Président de Lauzon, intendant de la Cie. dudit pays, par le sieur de Malapart, soldat dudit sieur Daniel, Rouen, 1630;The barbarous cariage of the French in Cape Britaine, lord Ewchiltree's Information(State Paper Office, Colonial Papers, vol. V, n. 46, 48).
Note 793:(retour)
Pour plus de détails sur cette expédition, voir:Prise d'un seigneur escossois & de ses gens qui pilloient les navires pescheurs de France, par M. Daniel de Dieppe, Capitaine pour le Roy en la Marine, & Général de la Nouvelle France, dédié à M. le Président de Lauzon, intendant de la Cie. dudit pays, par le sieur de Malapart, soldat dudit sieur Daniel, Rouen, 1630;The barbarous cariage of the French in Cape Britaine, lord Ewchiltree's Information(State Paper Office, Colonial Papers, vol. V, n. 46, 48).
Ayant sejourné deux jours à Dieppe je m'acheminay à Rouen, où je m'arrestay deux autres jours, & appris comme le vaisseau des Reverends Peres l'Allemand & Noyrot s'estoient perdus vers les Isles de Canseau, & me fit-on voir une lettre dudit Reverend Père l'Allemand, Supérieur de la Mission des Pères Jesuites, en la nouvelle France, envoyée de Bordeaux au R. P. Supérieur du Collège des Jesuites à Paris, & dattée du 22 Novembre 1629. comme il s'ensuit.
astigans castigavit me Dominus & morti non tradidit me,Chastiment qui m'a esté d'autant plus sensible que le naufrage a esté accompagné de la mort du R. P. Noyrot & de nostre frère Louys, deux hommes qui devoient, ce me semble grandement servir à nostre Séminaire. Or neantmoins puis que Dieu a disposé de la sorte, il nous faut chercher nos contentemens dans ses sainctes volontez, hors desquelles il n'y eut jamais esprit solide ny content, & se m'asseure305/1289que l'expérience aura fait voir à vostre reverence que l'amertume de nos ressentiments détrempée dans la douceur du bon plaisir de Dieu, auquel une ame s'attache inseparablement, perd ou le tout, ou la meilleure partie de son fiel. Si que s'il reste encore quelques souspirs pour les souffrances, ou passées ou presentes, ce n'est que pour aspirer davantage vers le Ciel, & perfectionner avec mérite ceste conformité dans laquelle l'ame a pris resolution de passer le reste de ses jours; De quatre des nostres que nous estions dans la barque, Dieu partageant à l'esgal, en a pris deux, a laissé les deux autres. Ces deux bons Religieux très-bien disposez & resignez à la mort, serviront de victime pour appaiser la colère de Dieu justement jettée794contre nous pour nos deffauts, & pour nous rendre desormais sa bonté favorable au succeds du dessein entrepris.Note 794:(retour)Irritée.Ce qui nous perdit fut un grand coup de vent de Suest, qui s'esleva lors que nous estions à la rive des terres, vent si impétueux que quelque soin & diligence que peust apporter nostre Pilote avec ses Matelots, Quelques voeux & prières que nous peussions faire pour destourner ce coup, jamais nous ne peusmes faire en sorte que nous n'allassions heurter contre les rochers: ce fut le 26e jour d'après nostre départ, jour de sainct Barthelemy795, environ sur les neuf heures du soir; De 24 que nous estions dans la barque, dix seulement eschapperent, les autres furent estouffez dans les eaux. Les deux nepveux du Père Noyrot306/1290tindrent compagnie à leur oncle, leurs corps ont esté enterrez, entre autres celuy du P. Noyrot & de nostre frère, des sept autres nous n'en avons eu aucune nouvelles, quelque recherche que nous en ayons peu faire. De vous dire comment le Père de Vieuxpont & moy avons eschappé du naufrage, il me seroit bien difficille, & croy que Dieu seul en a cognoissance, qui suivans les desseins de sa divine providence nous a preservez, car pour mon regard ne jugeant pas dans les apparences humaines qu'il me fust possible d'éviter ce danger, j'avois pris resolution de me tenir dans la chambre du navire avec nostre frère Louys, nous disposans tous deux à recevoir le coup de la mort, qui ne pouvoit tarder plus de troisMerere, u lors que t'entendis qu'on m'appelloit sur le haut du navire, je croyois que c'estoit quelqu'un qui avoit affaire de mon secours, je montay en haut, & trouvay que c'estoit le P. Noyrot qui me demandoit de rechef l'absolution: Après luy avoir donnée, & chanté tous ensemble leSalve Regina, je fus contrainct de demeurer en haut; car de descendre il n'y avoit plus de moyen, la mer estoit si haute, & le vent si furieux, qu'en moins de rien le costé qui panchoit sur le rocher fut mis en pièces, j'estois proche du P. Noirot lors qu'un coup de mer vint si impetueusement donner contre le costé sur lequel nous estions qui rompit tout, & me separa du P. Noyrot, de la bouche duquel t'entendis ces dernières paroles,In manus ci tuas Domine, etc. Pour moy de ce coup je me trouvay engagé entre quatre pièces de bois, deux307/1291desquelles me donnerent si rudement contre la poictrine, & les deux autres me briserent si fort le dos que je croyois mourir auparavant que d'estre enveloppé des flots, mais voicy un autre coup de mer qui me desengageant de ces bois m'enleva, & mon bonnet & mes pantoufles, & mist le reste du navire tout à plat dans la mer: le tombay heureusement sur une planche que je n'abandonnay point, de rencontre elle estoit liée avec le reste du costé de ce navire. Nous voilà doncques à la mercy des flots, qui ne nous espargnoient point: ains s'eslevans je ne sçay combien de couldées au dessus de nous, tomboient par après sur nos testes. Après avoir flotté longtemps de la sorte dans l'obscurité de la nuict, qui estoit desja commencée, regardant à l'entour de moy je m'apperceus que nous estions enfermez d'espines & sur tout environnez & prest du costau qui sembloit une isle, puis regardant un peu plus attentivement je contay six personnes qui n'estoient pas fort esloignées de moy, deux desquels m'appercevans, m'excitèrent à faire tous mes efforts pour m'approcher, ce ne fut pas sans peine, car les coups que j'avois receus dans le débris du vaisseau m'avoient fort affoiblis: le fis tant neantmoins, qu'avec mes planches j'arrivay au lieu où ils estoient, & avec leur secours je me trouvay assis sur le grand mast, qui tenoit encore ferme avec une partie du vaisseau, je n'y fus pas long-temps car comme nous approchions plus prés de ceste isle, nos Matelots se lancèrent bien-tost à terre, & avec leur assistance tous ceux qui estoient sur le308/1292costé du navire y furent bien tost après. Nous voilà donc sept de compagnie, je n'avois bonnet ny souliers, ma soutane & habits estoient tous deschirez, & si moulus de coups que je ne pouvois me soustenir, & de faict il fallut qu'on me soustint pour aller jusques dans le bois, aussi avois-je receu deux rudes coups aux deux jambes, mais sur tout à la dextre, dont je me retiens encore, les mains fendues avec quelque contusion, la hanche escorchée, la poitrine sur tout bort offencée, nous nous retirasmes donc tous sept dans le bois, mouillez comme ceux qui venoient d'estre trempez dans la mer: la première chose que nous fismes fut de remercier Dieu de ce qu'il nous avoit preservez, & puis le prier pour ceux qui pourroient estre morts. Cela faict pour nous eschauffer nous nous couchasmes les uns proches des autres, la terre & l'herbe qui avoient esté mouillez de la pluye du jour n'estoient encore propre pour nous seicher, nous passasmes ainsi le reste de la nuict, pendant laquelle le P. de Vieuxpont (qui grâces à Dieu n'estoit point offencé) dormit fort bien. Le l'endemain si tost qu'il fut jour nous allasmes recognoistre le lieu où nous estions, & trouvasmes que c'estoit une isle de laquelle nous pouvions passer à la terre ferme, sur le rivage nous trouvasmes forces choses que la mer y avoit jetté, j'y trouvay deux pantoufles, un bonnet, un chappeau, une soutanne, & plusieurs autres choses necessaires. Sur tout Dieu nous y envoya pour vivres cinq bariques de vin, quelques dix pièces de lard, de l'huile, du pain des fromages,309/1293& une harquebuse, & de la pouldre tout à propos pour faire du feu. Après qu'on eut ainsi tout retiré, le jour de sainct Louys796tous s'employerent à faire le possible pour bastir une chalouppe du desbris du vaisseau, avec laquelle nous irions rangeant la coste chercher quelque navire de pescheurs: On se mit doncques à travailler avec meschans ferremens que l'on trouva, elle estoit bien advancée, le quatriesme jour, lors que nous eusmes cognoissance d'une chalouppe qui estoit sous voile venant vers le lieu où nous estions, ils receurent dedans un de nos matelots qui alla tout seul plus proche du lieu où elle devoit passer, ils le menèrent dans leur vaisseau parler au Maistre, auquel il raconta nostre disgrace, le maistre tout aussi-tost s'embarqua dans une chalouppe & nous vint trouver, nous offrit à tous le passage: Nous voila en asseurance, car le lendemain tous les hommes couchèrent dans son vaisseau: C'estoit un vaisseau Basque qui faisoit pesche à une lieue & demie du rocher, où nous fismes naufrage, & pour autant qu'il restoit encores bien du temps pour achever leur pesche, nous demeurasmes avec eux ce qui restoit du mois d'Aoust, & tout le mois de Septembre. Le premier d'Octobre arriva un Sauvage qui dist au Maistre que s'il ne s'en alloit il y auroit danger que les Anglois ne le surprissent. Cette nouvelle le disposa au départ: Le mesme Sauvage nous dist que le Capitaine Daniel estoit à vingt-cinq lieues de là qui bastissoit une maison, & y laissoit des François avec un de nos310/1294Peres: Cela me donna occasion de dire au P. de Vieuxpont qui me pressoit fort que je luy accordasse de demeurer avec ce Sauvage dans ceste coste, qui estoit bien l'un des meilleurs Sauvages qui se puisse rencontrer, Mon Père voicy le moyen de contenter vostre reverence, le Père Vimond sera bien aise d'avoir un compagnon. Ce Sauvage s'offre de mener vostre Reverence jusques au lieu où est Monsieur Daniel, si elle veut demeurer là elle y demeurera, si elle veut aller quelques mois avec les Sauvages, pour apprendre la langue elle le pourra faire, & ainsi le R. Père Vimond & vostre Reverence auront leur contentement: le bon Pere fut extresmement joyeux de ceste occasion qui se presentoit, ainsi il s'embarque dans la chalouppe du Sauvage, je luy laissay tout ce que nous avions sauvé, horsmis le grand Tableau duquel le matelot Basque s'estoit saisi, mais j'avois bien pensé au retour de luy faire rendre, si une autre disgrace ne nous fut arrivée. Nous partismes donc de la coste le 6 Octobre, & après avoir enduré de si furieuses tempestes que nous n'avions encores expérimentées, le quarantiesme jour de nostre départ entrant dans un port proche de S. Sebastien, nous fismes de rechef un second naufrage, le Navire rompu en mille pièces, toute la molue perdue, ce que je peux faire ce fut de me sauver dans une chalouppe, dans laquelle je me jettay avec des pantoufles aux pieds, & un bonnet de nuict en teste, & en ceste esquippage m'en aller trouver nos Pères à S. Sebastien, d'où je partis il y a huict jours, & suis arrivé à Bourdevac311/1295proche de Bordeaux le 20 de ce mois797. Voila le succeds de nostre voyage, par lequel vostre Reverence peut juger des obligations que j'ay à DIEU.
astigans castigavit me Dominus & morti non tradidit me,Chastiment qui m'a esté d'autant plus sensible que le naufrage a esté accompagné de la mort du R. P. Noyrot & de nostre frère Louys, deux hommes qui devoient, ce me semble grandement servir à nostre Séminaire. Or neantmoins puis que Dieu a disposé de la sorte, il nous faut chercher nos contentemens dans ses sainctes volontez, hors desquelles il n'y eut jamais esprit solide ny content, & se m'asseure305/1289que l'expérience aura fait voir à vostre reverence que l'amertume de nos ressentiments détrempée dans la douceur du bon plaisir de Dieu, auquel une ame s'attache inseparablement, perd ou le tout, ou la meilleure partie de son fiel. Si que s'il reste encore quelques souspirs pour les souffrances, ou passées ou presentes, ce n'est que pour aspirer davantage vers le Ciel, & perfectionner avec mérite ceste conformité dans laquelle l'ame a pris resolution de passer le reste de ses jours; De quatre des nostres que nous estions dans la barque, Dieu partageant à l'esgal, en a pris deux, a laissé les deux autres. Ces deux bons Religieux très-bien disposez & resignez à la mort, serviront de victime pour appaiser la colère de Dieu justement jettée794contre nous pour nos deffauts, & pour nous rendre desormais sa bonté favorable au succeds du dessein entrepris.
Note 794:(retour)Irritée.
Note 794:(retour)
Irritée.
Ce qui nous perdit fut un grand coup de vent de Suest, qui s'esleva lors que nous estions à la rive des terres, vent si impétueux que quelque soin & diligence que peust apporter nostre Pilote avec ses Matelots, Quelques voeux & prières que nous peussions faire pour destourner ce coup, jamais nous ne peusmes faire en sorte que nous n'allassions heurter contre les rochers: ce fut le 26e jour d'après nostre départ, jour de sainct Barthelemy795, environ sur les neuf heures du soir; De 24 que nous estions dans la barque, dix seulement eschapperent, les autres furent estouffez dans les eaux. Les deux nepveux du Père Noyrot306/1290tindrent compagnie à leur oncle, leurs corps ont esté enterrez, entre autres celuy du P. Noyrot & de nostre frère, des sept autres nous n'en avons eu aucune nouvelles, quelque recherche que nous en ayons peu faire. De vous dire comment le Père de Vieuxpont & moy avons eschappé du naufrage, il me seroit bien difficille, & croy que Dieu seul en a cognoissance, qui suivans les desseins de sa divine providence nous a preservez, car pour mon regard ne jugeant pas dans les apparences humaines qu'il me fust possible d'éviter ce danger, j'avois pris resolution de me tenir dans la chambre du navire avec nostre frère Louys, nous disposans tous deux à recevoir le coup de la mort, qui ne pouvoit tarder plus de troisMerere, u lors que t'entendis qu'on m'appelloit sur le haut du navire, je croyois que c'estoit quelqu'un qui avoit affaire de mon secours, je montay en haut, & trouvay que c'estoit le P. Noyrot qui me demandoit de rechef l'absolution: Après luy avoir donnée, & chanté tous ensemble leSalve Regina, je fus contrainct de demeurer en haut; car de descendre il n'y avoit plus de moyen, la mer estoit si haute, & le vent si furieux, qu'en moins de rien le costé qui panchoit sur le rocher fut mis en pièces, j'estois proche du P. Noirot lors qu'un coup de mer vint si impetueusement donner contre le costé sur lequel nous estions qui rompit tout, & me separa du P. Noyrot, de la bouche duquel t'entendis ces dernières paroles,In manus ci tuas Domine, etc. Pour moy de ce coup je me trouvay engagé entre quatre pièces de bois, deux307/1291desquelles me donnerent si rudement contre la poictrine, & les deux autres me briserent si fort le dos que je croyois mourir auparavant que d'estre enveloppé des flots, mais voicy un autre coup de mer qui me desengageant de ces bois m'enleva, & mon bonnet & mes pantoufles, & mist le reste du navire tout à plat dans la mer: le tombay heureusement sur une planche que je n'abandonnay point, de rencontre elle estoit liée avec le reste du costé de ce navire. Nous voilà doncques à la mercy des flots, qui ne nous espargnoient point: ains s'eslevans je ne sçay combien de couldées au dessus de nous, tomboient par après sur nos testes. Après avoir flotté longtemps de la sorte dans l'obscurité de la nuict, qui estoit desja commencée, regardant à l'entour de moy je m'apperceus que nous estions enfermez d'espines & sur tout environnez & prest du costau qui sembloit une isle, puis regardant un peu plus attentivement je contay six personnes qui n'estoient pas fort esloignées de moy, deux desquels m'appercevans, m'excitèrent à faire tous mes efforts pour m'approcher, ce ne fut pas sans peine, car les coups que j'avois receus dans le débris du vaisseau m'avoient fort affoiblis: le fis tant neantmoins, qu'avec mes planches j'arrivay au lieu où ils estoient, & avec leur secours je me trouvay assis sur le grand mast, qui tenoit encore ferme avec une partie du vaisseau, je n'y fus pas long-temps car comme nous approchions plus prés de ceste isle, nos Matelots se lancèrent bien-tost à terre, & avec leur assistance tous ceux qui estoient sur le308/1292costé du navire y furent bien tost après. Nous voilà donc sept de compagnie, je n'avois bonnet ny souliers, ma soutane & habits estoient tous deschirez, & si moulus de coups que je ne pouvois me soustenir, & de faict il fallut qu'on me soustint pour aller jusques dans le bois, aussi avois-je receu deux rudes coups aux deux jambes, mais sur tout à la dextre, dont je me retiens encore, les mains fendues avec quelque contusion, la hanche escorchée, la poitrine sur tout bort offencée, nous nous retirasmes donc tous sept dans le bois, mouillez comme ceux qui venoient d'estre trempez dans la mer: la première chose que nous fismes fut de remercier Dieu de ce qu'il nous avoit preservez, & puis le prier pour ceux qui pourroient estre morts. Cela faict pour nous eschauffer nous nous couchasmes les uns proches des autres, la terre & l'herbe qui avoient esté mouillez de la pluye du jour n'estoient encore propre pour nous seicher, nous passasmes ainsi le reste de la nuict, pendant laquelle le P. de Vieuxpont (qui grâces à Dieu n'estoit point offencé) dormit fort bien. Le l'endemain si tost qu'il fut jour nous allasmes recognoistre le lieu où nous estions, & trouvasmes que c'estoit une isle de laquelle nous pouvions passer à la terre ferme, sur le rivage nous trouvasmes forces choses que la mer y avoit jetté, j'y trouvay deux pantoufles, un bonnet, un chappeau, une soutanne, & plusieurs autres choses necessaires. Sur tout Dieu nous y envoya pour vivres cinq bariques de vin, quelques dix pièces de lard, de l'huile, du pain des fromages,309/1293& une harquebuse, & de la pouldre tout à propos pour faire du feu. Après qu'on eut ainsi tout retiré, le jour de sainct Louys796tous s'employerent à faire le possible pour bastir une chalouppe du desbris du vaisseau, avec laquelle nous irions rangeant la coste chercher quelque navire de pescheurs: On se mit doncques à travailler avec meschans ferremens que l'on trouva, elle estoit bien advancée, le quatriesme jour, lors que nous eusmes cognoissance d'une chalouppe qui estoit sous voile venant vers le lieu où nous estions, ils receurent dedans un de nos matelots qui alla tout seul plus proche du lieu où elle devoit passer, ils le menèrent dans leur vaisseau parler au Maistre, auquel il raconta nostre disgrace, le maistre tout aussi-tost s'embarqua dans une chalouppe & nous vint trouver, nous offrit à tous le passage: Nous voila en asseurance, car le lendemain tous les hommes couchèrent dans son vaisseau: C'estoit un vaisseau Basque qui faisoit pesche à une lieue & demie du rocher, où nous fismes naufrage, & pour autant qu'il restoit encores bien du temps pour achever leur pesche, nous demeurasmes avec eux ce qui restoit du mois d'Aoust, & tout le mois de Septembre. Le premier d'Octobre arriva un Sauvage qui dist au Maistre que s'il ne s'en alloit il y auroit danger que les Anglois ne le surprissent. Cette nouvelle le disposa au départ: Le mesme Sauvage nous dist que le Capitaine Daniel estoit à vingt-cinq lieues de là qui bastissoit une maison, & y laissoit des François avec un de nos310/1294Peres: Cela me donna occasion de dire au P. de Vieuxpont qui me pressoit fort que je luy accordasse de demeurer avec ce Sauvage dans ceste coste, qui estoit bien l'un des meilleurs Sauvages qui se puisse rencontrer, Mon Père voicy le moyen de contenter vostre reverence, le Père Vimond sera bien aise d'avoir un compagnon. Ce Sauvage s'offre de mener vostre Reverence jusques au lieu où est Monsieur Daniel, si elle veut demeurer là elle y demeurera, si elle veut aller quelques mois avec les Sauvages, pour apprendre la langue elle le pourra faire, & ainsi le R. Père Vimond & vostre Reverence auront leur contentement: le bon Pere fut extresmement joyeux de ceste occasion qui se presentoit, ainsi il s'embarque dans la chalouppe du Sauvage, je luy laissay tout ce que nous avions sauvé, horsmis le grand Tableau duquel le matelot Basque s'estoit saisi, mais j'avois bien pensé au retour de luy faire rendre, si une autre disgrace ne nous fut arrivée. Nous partismes donc de la coste le 6 Octobre, & après avoir enduré de si furieuses tempestes que nous n'avions encores expérimentées, le quarantiesme jour de nostre départ entrant dans un port proche de S. Sebastien, nous fismes de rechef un second naufrage, le Navire rompu en mille pièces, toute la molue perdue, ce que je peux faire ce fut de me sauver dans une chalouppe, dans laquelle je me jettay avec des pantoufles aux pieds, & un bonnet de nuict en teste, & en ceste esquippage m'en aller trouver nos Pères à S. Sebastien, d'où je partis il y a huict jours, & suis arrivé à Bourdevac311/1295proche de Bordeaux le 20 de ce mois797. Voila le succeds de nostre voyage, par lequel vostre Reverence peut juger des obligations que j'ay à DIEU.
Note 795:(retour)Le 24 août.
Note 795:(retour)
Le 24 août.
Note 796:(retour)Le 25 août.
Note 796:(retour)
Le 25 août.
Note 797:(retour)Le 20 de novembre.
Note 797:(retour)
Le 20 de novembre.
De Rouen je m'acheminay à Paris, où je fus saluer sa Majesté, Monseigneur le Cardinal, & Messieurs les Associez, auquel je fis entendre tout le sujet de mon voyage, & ce qu'ils avoient à faire, tant en Angleterre qu'aux autres choses qui convenoit pour le bien & utilité de ladite nouvelle France, l'on despescha quelque temps après mon arrivée à Paris, le sieur Daniel798le medecin pour aller à Londres treuver mondit sieur l'Ambassadeur, avec lettres de sa Majesté pour demander au Roy d'Angleterre qu'il eust à faire rendre le Fort & Habitation de Québec, & autres ports & havres qu'il avoit pris aux costes d'Acadie, après la paix faicte entre les deux Couronnes de France & d'Angleterre: Ce que mondit sieur l'Ambassadeur demande au Roy & à son Conseil, qui ordonna que le Fort & Habitation seroient remis entre les mains de sa Majesté, ou ceux qui auroient pouvoir d'elle, sans parler des costes d'Acadie.
Note 798:(retour)Probablement André Daniel. Le P. Ducreux le mentionne comme l'un des Cent-Associés, et lui donne le titre deDoctor Medicus.
Note 798:(retour)
Probablement André Daniel. Le P. Ducreux le mentionne comme l'un des Cent-Associés, et lui donne le titre deDoctor Medicus.
Mondit sieur Ambassadeur renvoya Daniel porter la responce, sçavoir si sa Majesté l'auroit pour agréable. Ce qu'attendant lesdits sieurs Directeurs ne laisserent de supplier sa Majesté & Monseigneur le Cardinal leur vouloir octroyer six de ses vaisseaux avec quatre pataches qu'ils fourniroient pour aller312/1296au grand fleuve S. Laurens reprendre possession du Fort & Habitation de Québec, suivant l'accord qui en seroit faict entre leurs Majestés, que si cas advenant que l'on ne voulust remettre la place entre les mains de ceux qui auroient pouvoir de sa Majesté, ils seroient contraints par toutes les voyes justes & raisonnables. Ladite Société fournissant seize mille livres pour l'interests de six vingts mille livres, qu'il failloit à mettre les vaisseaux hors. Monsieur le Chevalier de Rasilly fut esleu pour général de ceste flotte, on les esquippe & appareille de tout ce qui estoit necessaire, ce pendant sa Majesté qui avoit à faire aux guerres d'Italie, ne peust rendre response au Roy d'Angleterre, & mondit sieur l'Ambassadeur qui attendoit la despeche de sa Majesté.
L'Anglois prend alarme de l'armement de ses vaisseaux, ils en font plainte à mondit sieur l'Ambassadeur, qui leur dit, qu'ils ne devoient appréhender sur ce sujet, d'autant que sa Majesté n'avoit desir que de traitter à l'amiable, puisqu'ils avoient ainsi commencé, que les vaisseaux que l'on armoit n'estoient que pour faire escorte à ceux de la societé, qui avoient interest de reprendre possession de ce qui leur appartenoit, portant ce qui leur estoit necessaire pour les hommes qui devoient demeurer en ces lieux. Puisqu'ils entroient en ombrage, il feroit qu'à son retour sa Majesté leur donneroit contentement, en ostant le soubçon qu'ils pourroient avoir, en traitant de ceste affaire à l'amiable: sur ce de rechef le Roy de la grande Bretagne promet faire restituer ce que ses sujets avoient pris depuis la paix faite.
313/1297Mondit sieur l'Ambassadeur s'en revient trouver sa Majesté, & mondit Seigneur le Cardinal en Savoye, ausquels il fait entendre tout ce que dessus, ce que ouy l'on contremande le commandement qui avoit esté donné pour les vaisseaux qui devoient aller audit Québec, le voyage rompu, les affaires demeurent en cet estat, pour le divertissement que sa Majesté avoit en Italie, & ne fit on response attendant la fin de ces guerres, ce pendant les Anglois qui ne perdent temps arment deux vaisseaux, avec vivres & marchandises pour porter audit Québec, qui ne croyoient icelle année rendre la place: l'on ne traita rien de ces affaires pour les causes susdites.
D'autre part les sieurs Directeurs font esquipper deux vaisseaux pour le Cap Breton, & secourir ceux qui y estoient habituez, & deux autres qui furent accommodez à Bordeaux, pour aller faire une habitation en l'Acadie, où estoit le fils de la Tour, qui avoit succedé en la place du feu sieur Jean Biencour. Nous laisserons voguer ces vaisseaux tant d'un costé que d'autre, pour voir ce qui en réussira à leur retour, & quelles nouvelles nous apprendrons du progrez qui y aura esté fait, & comme les hyvernans tant du Cap Breton, que Anglois auront passé le temps à Québec. Le sieur Tufet fait faire l'esquippage de ceux de Bordeaux l'an 1630. chargez de commoditez necessaires, pour aller faire une habitation à la coste d'Acadie, où il met des ouvriers & artisans avec trois Religieux de l'ordre des Peres Recollets, le tout sous la conduitte du Capitaine Marot de sainct Jean de Lus, se mettent en314/1298mer pour avec la grâce de Dieu parfaire leur voyage, ayant esté contrariez de mauvais temps à leur traverse prés de trois mois, ils arrivent à un lieu qui s'appelle le Cap de Sable, sous la hauteur de 44 degrez où ils treuverent le fils de la Tour799& quelques autres volontaires François qui estoient avec luy, auquel ledit Marot donna des lettres dudit sieur Tufet, par lesquelles l'on mandoit audit de la Tour, de se maintenir tousjours dans le service du Roy, & de n'adhérer ny condescendre aux volontez de l'Anglois, comme plusieurs meschans François avoient fait, lesquels se ruynoient d'honneur & de réputation d'avoir deservy sa Majesté, ce qui ne se pouvoit esperer de luy, s'estant tousjours maintenu jusqu'à present, & que pour cet effect il luy envoyoit des vivres, rafreschissement, armes, & hommes pour l'assister, & faire édifier une habitation au lieu qu'il jugeroit le plus commode, & plusieurs autres discours tendant à ce sujet. La Tour tres-aise de voir naistre ce que à peine il pouvoit esperer, qui neantmoins ne s'estoit laissé emporter aux persuasions de son père800qui estoit avec les Anglois, souhaitant plustost la mort que315/1299de condescendre à une telle meschanceté que de trahir son Roy, qui donna du mécontentement aux Anglois, contre le père de la Tour qui leur avoit asseuré de réunir son fils à leur rendre toute sorte de service.
Note 799:(retour)Charles-Amador, fils de Claude-Turgis de Saint-Étienne de la Tour. Il fut d'abord enseigne, puis lieutenant de M. de Biencourt, qui, en mourant, lui légua ses droits sur Port-Royal, et le nomma son successeur dans le commandement. M. de Biencourt, autant qu'on peut en juger, était mort vers le commencement de l'année 1624. (Conf. Lettre de La Tour au roi, 1627, et page 83 ci-dessus.)
Note 799:(retour)
Charles-Amador, fils de Claude-Turgis de Saint-Étienne de la Tour. Il fut d'abord enseigne, puis lieutenant de M. de Biencourt, qui, en mourant, lui légua ses droits sur Port-Royal, et le nomma son successeur dans le commandement. M. de Biencourt, autant qu'on peut en juger, était mort vers le commencement de l'année 1624. (Conf. Lettre de La Tour au roi, 1627, et page 83 ci-dessus.)
Note 800:(retour)Claude de La Tour, père, avait été pris l'année précédente, par la flotte de Kertk (ci-dessus, p. 17;). Il revenait de France pour rejoindre son fils dans l'Acadie. Emmené en Angleterre comme prisonnier, il laissa ébranler sa fidélité envers son souverain, et il épousa une dame anglaise de haute condition. Cette alliance lui imposa une espèce d'obligation d'engager son fils à remettre son fort en l'obéissance du roi d'Angleterre; ce qui lui réussit fort mal: car le jeune de La Tour résista courageusement à toutes les suggestions et même les attaques de son père. (Denys, t. I, p. 68 et suivantes.)
Note 800:(retour)
Claude de La Tour, père, avait été pris l'année précédente, par la flotte de Kertk (ci-dessus, p. 17;). Il revenait de France pour rejoindre son fils dans l'Acadie. Emmené en Angleterre comme prisonnier, il laissa ébranler sa fidélité envers son souverain, et il épousa une dame anglaise de haute condition. Cette alliance lui imposa une espèce d'obligation d'engager son fils à remettre son fort en l'obéissance du roi d'Angleterre; ce qui lui réussit fort mal: car le jeune de La Tour résista courageusement à toutes les suggestions et même les attaques de son père. (Denys, t. I, p. 68 et suivantes.)
Ayant leu ces lettres, & la réception faicte avec le contentement qu'un chacun pouvoit desirer & principalement les Pères Recollets de se voir au lieu qu'ils avoient souhaitté, tant pour remettre les François au droit chemin de la crainte de Dieu, qui avoient esté plusieurs années sans avoir esté confessez, ny receu le S. Sacrement, que pour l'esperance qu'ils se promettoient de faire quelque progrez envers la conversion de ces pauvres infidèles, qui sont errans le long des costes, menant une vie miserable, telle que je l'ay representée cy dessus.
Lesdits de la Tour & Marot adviserent qu'il falloit donner advis à la Tour le père, qui estoit au port Royal avec lesdits Anglois, de tout ce qui se passoit en ce lieu, le persuadant à le faire revenir & laisser lesdits Anglois, ce qui fut exécuté, tant pour le remettre en son devoir, comme pour sçavoir de luy l'estat des Anglois & leur dessein, pour en suitte se gouverner selon qu'ils adviseroient suyvant sa relation.
Ils envoyerent un nommé Lestan801avec lettre dudit la Tour à son père, qui l'ayant receue & leue aussi tost se mit en devoir de venir trouver son fils, ne pouvant ny esperant faire grande fortune avec les Anglois, qui avoient grandement diminué de316/1300l'opinion qu'ils en avoient eue802: Arrivé qu'il fut audit Cap de Sable, il donne à entendre ce que l'Anglois avoit dessein de faire, qui estoit de venir prendre leur fort, c'est pourquoy ils avoient à se fortifier le mieux qu'il leur seroit possible, pour empescher l'Anglois de son dessein: sçavoir s'il disoit vray & pour se rendre necessaire, je tiens qu'il n'y avoit pas beaucoup d'apparence que l'Anglois eust voulu remuer la Paix, estant & sçachant les plaintes que l'on en avoit faites au Roy de la grande Bretagne, qui offroit de rendre & restituer tout ce qui avoit esté pris depuis la paix faicte: quoy que ce soit, il ne faut pas négliger de se loger fortement, aussi bien en temps de paix, que de guerre, pour se maintenir aux accidents qui peuvent arriver, c'est ce que je conseille à tous entrepreneurs de rechercher lieu pour dormir en seureté.
Note 801:(retour)C'est peut-être ce «nommé Lestan» qui a laissé son nom au Havre à l'Estant près de l'entrée de la baie de Passamaquoddie.
Note 801:(retour)
C'est peut-être ce «nommé Lestan» qui a laissé son nom au Havre à l'Estant près de l'entrée de la baie de Passamaquoddie.
Note 802:(retour)D'après Denys, qui tenait ses renseignements de La Tour lui-même, le retour du père ne se fit pas tout à fait comme le dit l'auteur. Claude de La Tour, n'ayant pu réussir ni à gagner son fils par des promesses, ni à le contraindre par la force, se trouva fort embarrassé, ne pouvant plus reparaître en Angleterre et encore moins retourner en France. Il prit le parti d'écrire à son fils, & le pria de souffrir que sa femme & luy demeurassent dans le pays... Son fils luy fit réponse, qu'il ne vouloit point estre la cause de sa mort, mais qu'il ne luy pouvoit accorder sa demande qu'à condition qu'il n'entreroit ny luy ny sa femme dans son fort; qu'il leur feroit bastir un petit logement au dehors, que c'estoit tout ce qu'il pouvoit faire; il receut la condition que son fils luy fit. Le Capitaine envoya tout leur équipage à terre, où la Tour père décendit avec sa femme, deux hommes pour le servir, & deux filles de chambre pour sa femme. Le jeune de la Tour leur fit bastir un logement à quelque distance du fort, où ils s'accommodèrent du mieux qu'ils peurent. Ils avoient apporté quelques victuailles, qui ne furent pas plutost consommées, que la Tour fils y supplea, en nourrissant son père & toute sa famille.» «Environ l'an mil six cens trente cinq, ajoute Denys, je passay par là; je fus voir le jeune de la Tour, qui me receut très-bien, & me permit de voir son père en son logement; ce que je fis. Il me receut bien, m'obligea de dîner avec luy & sa femme; ils estoient fort proprement meublez.» (Description de l'Amérique, t. I, p. 74-77.)
Note 802:(retour)
D'après Denys, qui tenait ses renseignements de La Tour lui-même, le retour du père ne se fit pas tout à fait comme le dit l'auteur. Claude de La Tour, n'ayant pu réussir ni à gagner son fils par des promesses, ni à le contraindre par la force, se trouva fort embarrassé, ne pouvant plus reparaître en Angleterre et encore moins retourner en France. Il prit le parti d'écrire à son fils, & le pria de souffrir que sa femme & luy demeurassent dans le pays... Son fils luy fit réponse, qu'il ne vouloit point estre la cause de sa mort, mais qu'il ne luy pouvoit accorder sa demande qu'à condition qu'il n'entreroit ny luy ny sa femme dans son fort; qu'il leur feroit bastir un petit logement au dehors, que c'estoit tout ce qu'il pouvoit faire; il receut la condition que son fils luy fit. Le Capitaine envoya tout leur équipage à terre, où la Tour père décendit avec sa femme, deux hommes pour le servir, & deux filles de chambre pour sa femme. Le jeune de la Tour leur fit bastir un logement à quelque distance du fort, où ils s'accommodèrent du mieux qu'ils peurent. Ils avoient apporté quelques victuailles, qui ne furent pas plutost consommées, que la Tour fils y supplea, en nourrissant son père & toute sa famille.» «Environ l'an mil six cens trente cinq, ajoute Denys, je passay par là; je fus voir le jeune de la Tour, qui me receut très-bien, & me permit de voir son père en son logement; ce que je fis. Il me receut bien, m'obligea de dîner avec luy & sa femme; ils estoient fort proprement meublez.» (Description de l'Amérique, t. I, p. 74-77.)
Ledit père de la Tour fit aussi rapport qu'il estoit mort trente Escossois, de septante qu'ils estoient en cet hyvernement, qui avoient esté mal accommodez: fut resolu tant par le Conseil desdits de la317/1301Tour père & fils, que Marot, & Pères Recollets, de faire encore une habitation à la riviere S. Jean pour plusieurs raisons telles quelles, qui est à quatorze lieues du port Royal, plus au Nort dans la Baye Françoise: que pour parvenir à l'exécution de ceste entreprise, il estoit necessaire d'avoir des hommes & commoditez pour basti & se fortifier en ladite riviere.
Pour ne perdre temps il falloit dépescher le moyen vaisseau audit sieur Tufet, & envoyer promptement des hommes & autres choses necessaires, pour s'opposer aux forces de l'Anglois, qui ne taschoit que de temps en temps à usurper tout le païs, & qu'en icelle habitation nouvelle le père de la Tour y commanderoit, le fils au Cap de Sable, qui fit retenir toutes les commoditez des vaisseaux qu'il jugea luy estre necessaires: Le moyen vaisseau ne fit ny traite ny pesche pour payer les fraiz de son embarquement, & ainsi légèrement s'en revient à Bordeaux avec lettres tant des Peres Recollets que de la Tour, addressantes à Messieurs les Directeurs de la Nouvelle France, qui fut vers la fin du mois d'Octobre: ledit Marot demeura là avec le grand vaisseau, pour essayer à faire quelque chose pour payer le voyage.
Ceste nouvelle receue dudit sieur Tufet, par le retour du moyen vaisseau si léger, ne luy peust donner grand contentement, pour le renvoy estre trop precipitement & légèrement fait, sans y avoir du sujet necessaire qui les peust avoir esmeuz à cela.
Car la resolution de ce Conseil qui avoient plustost318/1302leurs inclinations au bien de leur contentement, & autres de leurs affaires particulières, qu'à conserver & employer le bien de ceux qui les employent à leur proffit, pour supporter la despense qui se fait en cet embarquement, que si le mesnagement de ceux qui sont employez n'est fait avec soing & vigilence, accompagné de fidélité, les voyages se rendent inutils, font perdre courage aux entrepreneurs, qui ne font les rencontres selon leurs volontez, & souvent deceu de ce qu'ils s'estoient peu imaginer en ces desseins.
Quelle raison avoit il d'envoyer ce vaisseau vuide pour demander du secours, lequel quand on l'eust voulu renvoyer à mesme temps, avec les choses necessaires pour cet effect, il se fut passé plus de quatre à cinq mois, qui n'eust peu estre que vers la fin de Fevrier ou Mars, dans la rigueur de l'hyver, où les neges sont de deux à trois pieds, & les traverses fort fascheuses en ce temps, comme l'on voit assez par expérience, qui est fatiguer tous ceux d'un vaisseau, & quelquesfois courir risque de se perdre, ou estre desmatez & relâcher qui se voit assez souvent pour se haster trop tost, encore qu'à l'Acadie l'on peut aborder la terre en tout temps, & y arrivant en l'hyver l'on ne laine d'y avoir de grandes incommoditez, comme nous l'avons expérimenté.
Que si l'Anglois eust eu volonté d'aller prendre la Tour, & se sentant plus fort comme le representoit le Père, ils l'eussent emporté s'il n'eust esté bien fortifié & amunitionné, premier que le secours de France luy fut arrivé.
Mais ayant des hommes & commoditez que ledit319/1303Marot avoit porté, ils n'avoient que faire de craindre estant un peu fortifiez comme ils eussent peu faire, & laisser faire la pesche de poisson & traitte aux vaisseaux, & ne le renvoyer vuide avec une lettre: sa charge faite revenant de compagnie avec ledit Marot, il eust apporté dequoy (au moins en partie) payer son voyage, & les lettres fussent venues aussi à temps pour ce qu'ils desiroient, comme quand ils le firent partir sans rien rapporter, car ils pouvoient s'imaginer que l'on ne renvoyeroit qu'au Printemps, par consequent vaine leur resolution inconsiderée & précipitée, qui a fait perdre beaucoup audit sieur Tufet, & des sieurs de la societé qui se fussent bien passés de telle depesche. Presqu'en ce mesme temps arriva un vaisseau pescheur du Cap Breton, dans lequel repassoit les Reverends Pères Vimond & Vieux-pont Jesuistes, par le commandement qui leur en avoit esté faict de leur Reverend Père Provincial, qui dirent qu'à ladite habitation du grand Cibou, en l'isle dudit Cap Breton estoit mort douze François du mal de terre, qui est le securbut, & d'autres malades, le Printemps les remit: Ces maladies comme j'ay dit en mes premiers voyages, ne vient que de manger des salures, pour n'avoir des viandes ou autres choses rafraichissantes, comme nous avons esprouvé en nos habitations par le passé. Durant l'hyvernement ils virent peu de Sauvages qui n'y viennent que par rencontre chercher les vaisseaux François qui y peuvent estre pour traitter avec eux: ces endroits ne sont pas beaucoup plaisans ny agréables que pour la pesche de molue. Ils laisserent les deux vaisseaux320/1304que Messieurs les Directeurs avoient envoyez pour le secours d'icelle habitation, qui avoient traitté quelque nombre de peaux d'eslans, faisant leur pesche de poisson, comme plusieurs autres vaisseaux qui sont par toutes ces costes.
Vers le 10 Octobre arriverent à Londres deux vaisseaux Anglois, l'un du port de deux cens cinquante tonneaux, & l'autre de cent, qui revenoient de Québec où ils avoient fait monter leur vaisseau de Tadoussac pour n'estre en la puissance de ceux qui eussent esté plus forts qu'eux, s'il en fut venu comme ils s'imaginoient, en l'un commandoit le Capitaine Thomas Quer Vis-Admiral au voyage précèdent, & le Capitaine Breton Anglois bon marinier, lequel avoit fait bon traittement en son vaisseau aux Peres Jesuistes quand nous retournasmes de Québec avec lesdits Anglois l'année d'auparavant, lesquels ramenèrent deux François qu'ils avoient retenus par delà, l'un charpentier & l'autre laboureur, qui de Londres revindrent à Paris, lequel nous dit qu'ils avoient rapporté pour trois cens mille livres de peleterie, & estoit mort quatorze Anglois de nonante qu'ils estoient, de pauvreté & misere durant l'hyver, & autres qui avoient esté assez malades, n'ayant fait bastir ny défricher aucune terre depuis nostre département, sinon ensemencer ce qui estoit labouré tant la maison des Pères Jesuistes que Peres Recollets, dans lesquelles maisons y avoit dix hommes pour les conserver, qu'au fort ils n'avoient fait qu'un parapel de planche sur le rampart, & remply deux plates formes que j'avois fait commencer: de bastiment dedans ils n'en321/1305avoient fait aucun, horsmis une de charpente contre le rempart, qu'en partie ils avoient défait du costé de la pointe aux Diamants pour gaigner de la place, & qu'elle n'estoit pas encore achevée. Que dans le fort y avoit quatorze pièces de canon, avec cinq espoirs de fonte verte qu'ils nous avoient pris, & quelques pierriers, estant bien amunitionnées, & estoient restez quelques septante Anglois. Que le tonnerre avoit tombé dans le fort & rompu une porte de la chambre des soldats, entré en icelle, meurtry trois à quatre personnes, passé dessous une table, tué deux grands dogues qui estoient pour la garde, & s'en estoit allé par le tuyau de la cheminée qui en avoit abatu une partie, & ainsi se perdit en l'air.
Dit que les mesnages François803qui resterent ont esté très mal traictez, de ceux qui se sont rendus aux Anglois, & principalement d'un appelle le Bailly, duquel j'ay parlé cy dessus. Pour ce qui est du Capitaine Louis & des Anglois ils n'en ont point esté inquiétez: rapporte qu'ils s'attendoient bien que ceste année les vaisseaux du Roy y deussent aller avec commission du Roy de la grande Bretagne, pour les en faire desloger, ce qu'ils eussent fait non autrement que par force: Voilà ce que nous avons eu de nouvelles qu'injustement ils tiennent ceste place, & en tirent les émoluments qui ne leur appartiennent, mais l'esperance que l'on a que le Roy d'Angleterre la fera rendre au Roy avec douceur & non de force, convenir des limites que chacun doit posseder, & non vouloir des Virgines322/1306embraser toutes les costes qui ne leurs appartiennent, comme il se peut voir & sçavoir par les relations de ceux qui ont premièrement descouvert & possedé actuellement & réellement ces terres, au nom de nos Roys devanciers jusqu'à maintenant, sous LOUYS le JUSTE XIII. Roy de France & de Navarre, que Dieu veuille combler de milles benedictions, & accroistre son règne d'une heureuse & longue vie.
Note 803:(retour)Ces ménages sont les cinq familles dont il a été parlé ci-dessus, p. 205, 206.
Note 803:(retour)
Ces ménages sont les cinq familles dont il a été parlé ci-dessus, p. 205, 206.
de la Nouvelle France, tant de ce que nous avons descouvert comme aussi les Anglais, depuis les Virgines Jusqu'au Freton Davis, & de ce qu'eux & nous pouvons prétendre, suivant le rapport des Historiens qui en ont descrit, que je rapporte cy dessous, qui feront juger à un chacun du tout sans passion.
Les Anglois ne nous disputent point toute la Nouvelle France, & ne peuvent desnier ce que tout le monde a accordé, ains seulement débattent des confins, nous restraignant jusqu'au Cap Breton, qui est par la hauteur de quarante cinq degrés trois quarts de latitude, ne nous permettant pas d'aller plus au midy, s'attribuant tout ce qui est de la Floride jusqu'au dit Cap Breton, & ces dernières années ils ont voulu s'estendre par usurpation jusqu'au fleuve sainct Laurent, comme ils ont fait.
Voicy le fondement de leur prétention, qui est323/1307qu'environ l'an 1594,804estant aux costes de la Floride arriverent en un lieu que lesdits Anglois appelloient Mocosa, y ayant treuvé quelques rivieres & païs qui leur agréa, ils commencèrent à y vouloir bastir, luy imposant le nom de Virgines: mais ayant esté contrariez par les Sauvages & autres accidents, ils furent contrains de quitter, ny ayant demeuré que deux ou trois ans: neantmoins depuis le feu Roy Jacques d'Angleterre venant à la couronne prit resolution de la recognoistre, habiter & cultiver, à quoy ledit Roy favorisant a baillé de grands privileges à ceux qui entreprendroient ceste peuplade, & entr'autres a estendu le droict de leur retenue dés le 33e degré de l'élevation jusqu'au 45 & 6, leur donnant pouvoir sur tous Estrangers qu'ils treuveroient dans ceste estendue de terre, & 50 mille avant en la mer. Ces lettres du Roy furent expédiées l'an quatriesme de son règne, & de grâce 1607, le 10 d'Avril, il y a 24 ans. Voilà tout ce qui se peut apprendre de leurs commissions & enseignements pour ces contrées. Voicy ce que nous leurs respondons.
Note 804:(retour)La première tentative d'établissement à la Virginie fut celle de sir Walter Raleigh, en 1584. Sir Francis Drake ramena la colonie en Angleterre au bout de deux ans (Holmes'American Annals).
Note 804:(retour)
La première tentative d'établissement à la Virginie fut celle de sir Walter Raleigh, en 1584. Sir Francis Drake ramena la colonie en Angleterre au bout de deux ans (Holmes'American Annals).
En premier lieu, que leurs lettres royaux sur quoy ils se fondent les dédisent de leur prétention, parce qu'il est dit expressement dans icelles avec exception specifiée, Nous leur donnons toutes les terres jusqu'au 45e degré, lesquelles ne sont point actuellement possedées par aucun Prince Chrestien. Or est il que lors de la datte de ces lettres, le Roy de France actuellement & réellement possedoit pour324/1308le moins jusqu'au quarantiesme degré de latitude desdites terres, où depuis quelques années les Holandois s'y sont establis, tout le monde le sçait par les voyages du sieur de Champlain imprimez, avec les cartes, ports, & havres de toutes les costes qu'il fit, qui depuis chacun s'en est servy, & les ont adaptés sur les globes & cartes universelles, que l'on a corrigées de cet échantillon de terre, & voit on par lesdits voyages qu'en l'an 1604, ils estoient à saincte Croix, & en l'an 1607.805au port Royal, auquel ledit Champlain donna le nom, comme à plusieurs autres lieux que l'on voit par ses cartes, le tout habité par le feu sieur de Mons, qui gouvernoit tout ce païs jusqu'au quarantiesme degré, comme Lieutenant de sa Majesté tres-Chrestienne.
Note 805:(retour)De 1605 à 1607 (voir l'édition de 1613).
Note 805:(retour)
De 1605 à 1607 (voir l'édition de 1613).
Auparavant l'an précèdent 1603 ledit Champlain par commandement de sa Majesté fit le voyage de la Nouvelle France, en la grande riviere sainct Laurent, & à son retour en fit rapport à sa Majesté, lequel rapport & description il fit imprimer deslors, partit de Hondefleur en Normandie le 15 de Mars audit an, en ce mesme temps le feu sieur Commandeur de Chaste gouverneur de Dieppe; estoit Lieutenant général en ladite Nouvelle France: depuis le 40 degré jusqu'au 52e de latitude.
Si les Anglois disent que seulement ils n'ont pas possedé les Virgines dés l'an 1603, 4 & 7, ains dés l'an 1594, qu'ils treuverent comme avons dit.
L'on respond que la riviere qu'ils commençoient lors à posseder est au 36e & 37e degré, & que ceste leur allégation à l'advanture pourroit valloir, s'il325/1309n'estoit question que de tenir ceste riviere, & 7 à 8 lieues de l'un de l'autre costé d'icelle, car autant se peut porter la veue pour l'ordinaire, mais que s'attribuant par domination l'on s'estende trente & six fois plus loing que l'on n'a recognu, c'est vouloir avoir les bras ou plustost la cognoissance bien monstrueuse. Posons que cela se puisse faire.
Il s'ensuiveroit que Ribaut & Laudonniere estant allez à la Floride en bon esquippage, par auctorité du Roy Charles IX, l'an 1564, 5 & 6, pour cultiver & habiter le païs y estant édifié la Caroline806au 35e ou 36e degré & par ainsi voilà l'Anglois hors des Virgines, suyvant leurs propres machines.
Note 806:(retour)Voir ci-dessus, première partie, p. 18, note 4.
Note 806:(retour)
Voir ci-dessus, première partie, p. 18, note 4.
Pourquoy eux estant au 36e ou 37e avanceront plustost au 45e que nous, comme ils confessent, estant au 46e ne descendrons nous jusqu'au 37e quel droict y ont ils plus que nous, voilà ce que nous respondons aux Anglois.
Et est très certain & confessé de tous, que sa Majesté très chrestienne, a prins possession de ces terres avant tout autre Prince Chrestien, & asseuré que les Bretons & Normans treuverent premiers le grand Ban& les terres neufves, ces descouvertures faictes en l'an 1504. il y a 126 ans, ainsi qu'il se peut voir en l'histoire de Niflet807& Anthoine Magin imprimé à Douay.
Note 807:(retour)Wytfliet. (Voir ci-dessus, première partie, p. 11, note 1.)
Note 807:(retour)
Wytfliet. (Voir ci-dessus, première partie, p. 11, note 1.)
Et d'advantage tous confessent que par commandement du Roy François, Jean Verazan prit possession desdites terres au nom de France commençant dés le 33e degré de l'élevation jusqu'au 47e,323/1310ce fut par deux voyages desquels le dernier fut fait l'an 1523.808il y a 107 ans.
Note 808:(retour)Voir ci-dessus, première partie, p. 11, note 2, 3 et 4.
Note 808:(retour)
Voir ci-dessus, première partie, p. 11, note 2, 3 et 4.
Outre Jacques Cartier entra le premier en la grande riviere sainct Laurent, par deux voyages qu'il y fut, & descouvrit la plus grande part des costes de Canadas, à son dernier voyage l'an 1535. il fut jusqu'au Grand Sault sainct Louis de ladite grande riviere.
Et en l'an 1541. il fit un autre voyage comme Lieutenant de Messire Jean François de la Roque sieur de Robert-Val, qui estoit Lieutenant général audit païs, ce fut son troisiesme voyage où il demeura, ne pouvant vivre au païs avec les Sauvages qui estoient insupportables, & ne pouvoit descouvrir que ce qu'il avoit fait: il se délibéra de s'en retourner au Printemps, ce qu'il fit, en un vaisseau qu'il avoit reservé, & estant le travers de l'isle de terre neufve, il fit rencontre dudit sieur de Robert-Val qui venoit avec trois vaisseaux l'an 1542. il fit retourner ledit Cartier à l'isle d'Orléans809où ils firent une habitation, & y estant demeuré quelque temps, l'on tient que sa Majesté le manda pour quelques affaires importantes, & ceste entreprise peu à peu ne sortit à aucun effect, pour n'y avoir apporté la vigilance requise.
Note 809:(retour)La relation du voyage de M. de Roberval prouve, au contraire, que Cartier ne voulut point retourner avec lui, et «partit incontinent pour se rendre en Bretagne.» (Voy. du sieur de Roberval.)
Note 809:(retour)
La relation du voyage de M. de Roberval prouve, au contraire, que Cartier ne voulut point retourner avec lui, et «partit incontinent pour se rendre en Bretagne.» (Voy. du sieur de Roberval.)
Presque en ce mesme temps Alfonse Xintongeois fut envoyé vers la Brador, par ledit sieur de Robert-Val, autres disent par sa Majesté, lequel descouvrit la coste du Nort de la grande Baye au327/1311golphe sainct Laurent, & le passage de l'issle de terre neufve, à la grande terre du Nort, au 52e degré de latitude810.
Note 810:(retour)Jean Alphonse, dans sa Cosmographie encore manuscrite, fait une description étonnamment exacte pour l'époque, de la côte du Labrador et du fleuve Saint-Laurent. jusqu'à Québec.
Note 810:(retour)
Jean Alphonse, dans sa Cosmographie encore manuscrite, fait une description étonnamment exacte pour l'époque, de la côte du Labrador et du fleuve Saint-Laurent. jusqu'à Québec.
En suitte le Marquis de la Roche de Bretagne en l'an 1598,811fut en ces terres de la Nouvelle France, comme Lieutenant de sa Majesté, & en suitte les sieurs Chauvin de Hondefleur en Normandie, Commandeur de Chaste & de Mons comme dit est, & le sieur de Poitrincourt, & Madame de Quercheville812, qui eut quelque département à l'Acadie, y envoya la Saulsaye, avec lequel furent les Reverends Pères Jesuistes qui furent pris par les Anglois, (comme il a esté dit cy dessus) comme le port Royal, & depuis 28 ans ledit sieur de Champlain ayant descouvert & fait descouvrir plusieurs contrées, plus de quatre à cinq cens lieues dans les terres, comme il se voit par ses relations cy dessus imprimées depuis l'an 1603. jusqu'à present 1631.
Note 811:(retour)Voir ci-dessus, première partie, p. 38, note 1.
Note 811:(retour)
Voir ci-dessus, première partie, p. 38, note 1.
Note 812:(retour)Guercheville.
Note 812:(retour)
Guercheville.
Venons à ce qui se treuve descrit des voyages des Anglois, ce n'est pas assez qu'ils se vantent d'estre des premiers qui ont descouvert ces terres, il est question quelles elles sont. Il est très certain que quand il se fait quelque descouverture nouvelle, l'on est assez curieux d'en descrire les temps, ce que les Anglois n'ont oublié, ny les autres nations, suyvant les mémoires qui leurs sont envoyez, ils n'oublient rien de ce qui se fait, mais nous ne treuvons en aucuns autheurs que les Anglois ayent jamais328/1312pris possession des païs de la Nouvelle France, qu'après les François.
Il est vray que les Anglois ont descouvert du coste du Nort vers les terres de la Brador & Freton Davis, des terres, isles, & quelques passages depuis le 56e degré vers le Pôle Artique, comme il se voit par les voyages qui ont esté imprimez tant en Angleterre, qu'ailleurs, par lesquels il appert dequoy ils se peuvent prevalloir sans usurpation, comme ils ont fait en plusieurs lieux de la Nouvelle France: il faudroit estre aveugle, sans cognoissance, pour ne voir ce que les histoires nous font cognoistre de véritable.
En premier lieu, Sebastien Cabot813, sous le commandement du Roy Henry VII d'Angleterre l'an 1499 fut pour descouvrir quelques passages vers la Brador & s'en revint sans fruict, & depuis es années 1576 77 & 78, Messire Martin Forbichet814y fit trois voyages, sept ans après Honfroy Guillebert815y fut, en suitte Jean Davis descouvrit un destroit appellé de son nom. Estienne Permenud816fut à l'isle de terre neufve à la coste du Nord de l'Est de l'isle, en l'an 1583. un autre peu après nommé Rtehard Viitaaboux N.817fut à la mesme coste, en suitte un appellé le Capitaine329/1313George818y fut en l'an 1590, vers le Nort, de plus fraiche memoire l'an 1612.819y fut un Capitaine Anglois au Nort, où il treuva un passage par le 63e degré, comme il se voit par la carte imprimée en Angleterre, & y treuvant des difficultez pour treuver le passage que tant de navigateurs ont recherché, pour aller aux Indes Orientales du costé de l'Ouest: & depuis 35 ans ils se sont estendus tant aux Virgines qu'aux terres qui nous appartiennent.
Note 813:(retour)La première expédition entreprise au nom du roi d'Angleterre, fut confiée à Jean Cabot et à ses fils Louis, Sébastien et Sanche, par lettres de Henri VII, du 5 mars 1496, ou 15 mars 1497, style neuf. (Voir: Rymer,Foedera, vol. XII;—a Memoir of Sébastian Cabot, ch, IX.)
Note 813:(retour)
La première expédition entreprise au nom du roi d'Angleterre, fut confiée à Jean Cabot et à ses fils Louis, Sébastien et Sanche, par lettres de Henri VII, du 5 mars 1496, ou 15 mars 1497, style neuf. (Voir: Rymer,Foedera, vol. XII;—a Memoir of Sébastian Cabot, ch, IX.)
Note 814:(retour)Frobisher.
Note 814:(retour)
Frobisher.
Note 815:(retour)Humphrey Gilbert.
Note 815:(retour)
Humphrey Gilbert.
Note 816:(retour)Étienne Parmenius, de Bude, savant hongrois, faisait partie du voyage de sir Humphrey Gilbert, et périt dans le naufrage du vaisseau amiral. (Hakluyt, vol. III.)
Note 816:(retour)
Étienne Parmenius, de Bude, savant hongrois, faisait partie du voyage de sir Humphrey Gilbert, et périt dans le naufrage du vaisseau amiral. (Hakluyt, vol. III.)
Note 817:(retour)Probablement Richard Clarke de Weymouth, capitaine du vaisseau amiral de sir Humphrey Gilbert, au même voyage, en 1583. (Hakluyt, vol. III.)
Note 817:(retour)
Probablement Richard Clarke de Weymouth, capitaine du vaisseau amiral de sir Humphrey Gilbert, au même voyage, en 1583. (Hakluyt, vol. III.)
Note 818:(retour)Voir ci-dessus, première partie, p. 37, note 4.
Note 818:(retour)
Voir ci-dessus, première partie, p. 37, note 4.
Note 819:(retour)Hudson fit son voyage en 1610 et 1611, et la relation en fut imprimée en 1612. (Voir 1613, p. 293, note 1.)
Note 819:(retour)
Hudson fit son voyage en 1610 et 1611, et la relation en fut imprimée en 1612. (Voir 1613, p. 293, note 1.)
Or le commun consentement de toute l'Europe & de despeindre la Nouvelle France, s'estendant au moins au 35e & 36e degrés de latitude, ainsi qu'il appert par les mapemondes imprimées en Espagne, Italie, Holande, Flandre, Allemagne & Angleterre mesme sinon depuis qu'ils se sont emparez des costes de la Nouvelle France, où est l'Acadie, Etechemains, l'Almonchicois, & la grande Riviere de sainct Laurent, où ils ont imposé à leur fantaisie des noms de Nouvelle Angleterre, Escosse, & autres, mais il est mal-aisé de pouvoir effacer une chose qui est cognue de toute la Chrestienté.
330/1314