le cuisinier
μάχαιρα
MIME I. Tenant ainsi un congre d'argent, et de l'autre main mon couteau de cuisine à large lame, je reviens du port à notre maison. Celui-ci était pendu par les ouïes à l'étal d'une marchande aux cheveux luisants, parfumée d'huile marine. Avec dix drachmes, j'achetais ce matin le marché aux poissons: sauf le congre, il n'y avait que de petites limandes, des anguilles maigres et des sardines qu'on ne donnerait pas aux hoplites des remparts. Cependant je vais l'ouvrir; il se tord comme la lanière d'un fouet de cuir; puis je le tremperai dans la saumure et je promettrai la fourche aux enfants qui allument le feu.
—Apportez le charbon! soufflez sur la braise: elle est de peuplier; ses étincelles ne vous donneront pas la chassie. Voyez, votre tête est vide comme la vessie gonflée de ce congre: le mettrai-je à terre? Donnez-moi une claie. Allez aux corbeaux! Cette sauge ne vaut rien, Glaucon: j'en ferai emplir ta bouche, quand tu seras en croix. Puissiez-vous tous éclater comme des ventres de truie bourrés defarine grasse! Les anneaux! les crochets! Et toi, bien que tu lèches les mortiers jusqu'au fond, tu as encore laissé de l'ail broyé d'hier! Que le pilon t'étouffe et t'empêche de répondre!
Ce congre aura la chair douce. Il sera mangé par des convives délicats: Aristippe, qui vient couronné de roses, Hylas, dont les sandales mêmes sont teintes de poudre rouge, et mon maître Parnéios aux agrafes d'or repoussé. Je sais qu'ils frapperont dans leurs mains en le goûtant, et ils me permettront de rester, appuyé contre la porte, pour voir les jambes souples des danseuses et des citharistes.