les figues peintes
συκῆ
MIME V. Cette jarre pleine de lait sera offerte à la petite déesse de mon figuier. Je verserai tous les matins du lait nouveau, et, s'il plaît à la déesse, j'emplirai la jarre de miel ou de vin non mêlé. Ainsi je l'honorerai du printemps jusqu'à l'automne; et si un orage brise la jarre, j'en achèterai une autre au marché des poteries, quoique l'argile soit chère cette année.
En retour, je prie la petite déesse qui garde le figuier dans mon jardin de changer la couleur des figues. Elles étaient blanches, savoureuses et sucrées; mais Iolé en est lasse. Maintenant elle désire des figues rouges, et jure qu'elles seront meilleures.
Il n'est point naturel qu'un figuier à figues blanches pousse des figues rouges à l'automne; cependant Iolé le veut. Si j'ai été pieux envers les dieux de mon jardin; si je leur ai tressé des couronnes de violettes et versé des aiguières pleines de vin et de lait; si j'ai secoué pour eux des pavots à l'heure où le soleil embrase la crête de ma muraille parmi les nuées de moucherons qui prennent l'airde la nuit; si je suis digne de leur amitié par ma religion, fais fleurir ton figuier, ô déesse, pour des figues rouges.
Si tu ne m'écoutes pas, je ne cesserai de t'honorer avec des jarres fraîches; mais je serai contraint de me lever à l'aube, dans la saison des fruits, pour ouvrir subtilement toutes les figues nouvelles et en peindre l'intérieur avec de la bonne pourpre de Tyr.