POUR LA BONNE BOUCHE

Salluste: Voici l’instant, Ruy Blas, pénétrez dans l’arène…Ruy Blas: Je crois que vous venez d’insulter votre reine !

Salluste: Voici l’instant, Ruy Blas, pénétrez dans l’arène…Ruy Blas: Je crois que vous venez d’insulter votre reine !

Salluste: Voici l’instant, Ruy Blas, pénétrez dans l’arène…Ruy Blas: Je crois que vous venez d’insulter votre reine !

Salluste: Voici l’instant, Ruy Blas, pénétrez dans l’arène…

Ruy Blas: Je crois que vous venez d’insulter votre reine !

Celui-ci nous a été conté par un autre ami. Ils étaient plusieurs, devisant après souper. Le devis tombant sur la fameuseodor di femina, l’un d’eux cite le peu galant mot de Jean Dolent : que « ce parfum est fait de puanteurs qui se corrigent ». Ce qui lui vaut de son épouse d’abord une gifle méritée, puis cette déclaration, contresignée par toutes les dames présentes, que le mâle porte également son odeur, d’ailleurs aussi… émouvante pour l’autre sexe, sans être plus suave que l’odor di femina. Nous n’osons dire à quoi elle est comparée.

On parle alors de l’odeur du Chinois, que tous les explorateurs connaissent ; de l’odeur du Blanc, assimilée par les Jaunes à celle du cadavre ; etc., etc… On se sépare, et l’époux gagne avec son épouse lecubiculum. Il s’endort (le malappris !) et rêve que, recherché par la police, il s’est réfugié, déguisé en femme, dans un vagon plein de femmes. Or, il lui échappe — comment dire ? — une indiscrétion postérieure, mais silencieuse. Et voilà que, subodorant la qualité acquise par l’atmosphère, une des voyageuses s’écrie :

— « Cela sent l’homme ! » Il s’éveille, en présence d’une épouse indignée, deux fois indignée. Mais, voici le remarquable : C’était elle, l’épouse, qui venait de l’éveiller, et par une gifle. La seconde, donc ? Point du tout : la pseudo-première, comme le souper chez les amis, tout cela faisait partie du rêve : lequel aurait donc été provoqué par l’incongruité trop réelle, et son châtiment. Et tout ce roman, si cohérent, se serait ainsi fabriqué, spontanément, en moins de quelques secondes, avec un tel caractère de vérité que le dormeur dut sérieusement rassembler ses souvenirs pour se persuader que la veille ni l’avant-veille il n’était allé souper chez personne.

Honni soit qui mal y pense !


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