HENRI VIII(1509-1547)

HENRI VIII(1509-1547)

Cet gros-là, c'est Henri Huitième,Prince savant, rempli de soin,Ami fidèle et charmant mêmePourvu qu'on s'en tînt... assez loin.To begin with, il fit le guerreA Louis Douze des FrançaisPour je ne sais trop quelle affaire;Mais bientôt il conclut le paixEn donnant à la vieil monarqueSon sœur Marie en conjungo,Ce qui tioujours il fut la marqueD'oun cœur valant oun vrai lingot.Ajoutons que cette Marie[29]Au bout d'oun an il était veuf,Et, par nouvelle épouserie,—Ce qui partout n'est rien de neuf,—Il devint, comme à l'ordinaireEt dans la délai consacré,Mère de celle qui fut mèreDe la pauvrette Jeanne Grey.Bien! De cet-lui-ci tout à l'heureOn verra l'histoire attristant.Ne croyez pas qu'en son demeureAlors Henri resta content.En cet temps-là dessus le terreRégnaient trois rois grands à l'excès:C'était Henri dans l'Angleterre,François Premier chez les Français,Et puis l'empereur d'Allemaigne,Charles-Quint de sa petit nom,Qui pouvait en faisant campaignePasser son vie, oh! tout du long;Tous trois de vaste intelligence,Se jurant oun accord bien douxEt, par mesure de proudence[30],S'épiant toujiours en-dessous...Mais passons! Car vouloir tout direSur cettripletintéressantExigerait oun travail pireQue pour en calomnier cent.En poursuivant d'Henri l'histoire,De ses femmes il faut parler,Et c'est oun soujet, veuillez croire,Difficile à rafistoler.D'abord, Henri pour son compaigneEut Catherine d'Aragon,Tante de Charles d'Allemaigne,Et de vertus vrai parangon.Pour je ne sais trop quel capriceQu'ont parfois, dit-on, les grands rois,Après quinze ans de cet ciliceIl voulut faire oun nouvel choix;Mais Clément Sept, pape très saigeEt sur ces points beaucoup savant,Voulut que d'Henri la menaigeRestât même qu'auparavant.Certes, ce n'était que justiceEt prudence tout à la fois;Car je crois que le moindre indiceDe céder au monarque angloisEût attiré sur la Saint-PèreDe Charles-Quint tout la courroux,Cet dernier ne se gênant guèreDe la faire éclater sur tous,N'ayant pas même eu d'hésitance,Six ans avant, comme l'on sait,De tenir longtemps en souffranceLa même pape Clément Sept[31].De parler sur oun ton de maîtreHenri Huit très accoutumé,Il ne voulut pas se soumettre,Si tant il était allumé;Et c'est au cours de ce chicaneQue cet épouseur enraigéA fonder l'Eglise anglicaneBientôt on vit tout engaigé.De la dame Anne de BoleyneHenri devint la tendre époux...Tendre!... il faut ici prendre haleine,Cet mot je la dis entre nous;Car tout se passa de telle sorteQu'après trois ans de renouveauPauvre Boleyne elle était morte,Morte par la main de la bourreau.Sans doute pour noyer son peine,Henri prit alors la Seymour,Car il n'avait point tant de haineQu'au fond il n'avait de l'amour.Seymour étant mort de mort douce,Sans la bourreau ni ses atours,Notre homme en eut telle secousseQue, craignant beaucoup pour ses jours,Il choisit comme quatrièmeAnne Cleves, femme allemandQu'il trouva, néanmoins, trop blêmePour répondre à sa sentiment.Alors, ramassant sa couraige,Il prit Kate Howard aussitôt,Qui le laissa dans la veuvaige,Etant morte sur oun billot.Enfin, pour montrer quel patienceIl était dans sa cœur de roi,A Kate Parr, dans son clémence,Il permit de lui jurer foi.C'est tout... Sur cet aimant monarqueLa ciel enfin reprit ses droits;Trente-huit ans l'anglaise barqueAvait navigué sous ses lois.De son femme ainsi que des gruesIl n'avait eu que trois enfants:D'abord deux filles très bourrues,Puis oun fils des plus innocents.

Cet gros-là, c'est Henri Huitième,Prince savant, rempli de soin,Ami fidèle et charmant mêmePourvu qu'on s'en tînt... assez loin.To begin with, il fit le guerreA Louis Douze des FrançaisPour je ne sais trop quelle affaire;Mais bientôt il conclut le paixEn donnant à la vieil monarqueSon sœur Marie en conjungo,Ce qui tioujours il fut la marqueD'oun cœur valant oun vrai lingot.Ajoutons que cette Marie[29]Au bout d'oun an il était veuf,Et, par nouvelle épouserie,—Ce qui partout n'est rien de neuf,—Il devint, comme à l'ordinaireEt dans la délai consacré,Mère de celle qui fut mèreDe la pauvrette Jeanne Grey.Bien! De cet-lui-ci tout à l'heureOn verra l'histoire attristant.Ne croyez pas qu'en son demeureAlors Henri resta content.En cet temps-là dessus le terreRégnaient trois rois grands à l'excès:C'était Henri dans l'Angleterre,François Premier chez les Français,Et puis l'empereur d'Allemaigne,Charles-Quint de sa petit nom,Qui pouvait en faisant campaignePasser son vie, oh! tout du long;Tous trois de vaste intelligence,Se jurant oun accord bien douxEt, par mesure de proudence[30],S'épiant toujiours en-dessous...Mais passons! Car vouloir tout direSur cettripletintéressantExigerait oun travail pireQue pour en calomnier cent.En poursuivant d'Henri l'histoire,De ses femmes il faut parler,Et c'est oun soujet, veuillez croire,Difficile à rafistoler.D'abord, Henri pour son compaigneEut Catherine d'Aragon,Tante de Charles d'Allemaigne,Et de vertus vrai parangon.Pour je ne sais trop quel capriceQu'ont parfois, dit-on, les grands rois,Après quinze ans de cet ciliceIl voulut faire oun nouvel choix;Mais Clément Sept, pape très saigeEt sur ces points beaucoup savant,Voulut que d'Henri la menaigeRestât même qu'auparavant.Certes, ce n'était que justiceEt prudence tout à la fois;Car je crois que le moindre indiceDe céder au monarque angloisEût attiré sur la Saint-PèreDe Charles-Quint tout la courroux,Cet dernier ne se gênant guèreDe la faire éclater sur tous,N'ayant pas même eu d'hésitance,Six ans avant, comme l'on sait,De tenir longtemps en souffranceLa même pape Clément Sept[31].De parler sur oun ton de maîtreHenri Huit très accoutumé,Il ne voulut pas se soumettre,Si tant il était allumé;Et c'est au cours de ce chicaneQue cet épouseur enraigéA fonder l'Eglise anglicaneBientôt on vit tout engaigé.De la dame Anne de BoleyneHenri devint la tendre époux...Tendre!... il faut ici prendre haleine,Cet mot je la dis entre nous;Car tout se passa de telle sorteQu'après trois ans de renouveauPauvre Boleyne elle était morte,Morte par la main de la bourreau.Sans doute pour noyer son peine,Henri prit alors la Seymour,Car il n'avait point tant de haineQu'au fond il n'avait de l'amour.Seymour étant mort de mort douce,Sans la bourreau ni ses atours,Notre homme en eut telle secousseQue, craignant beaucoup pour ses jours,Il choisit comme quatrièmeAnne Cleves, femme allemandQu'il trouva, néanmoins, trop blêmePour répondre à sa sentiment.Alors, ramassant sa couraige,Il prit Kate Howard aussitôt,Qui le laissa dans la veuvaige,Etant morte sur oun billot.Enfin, pour montrer quel patienceIl était dans sa cœur de roi,A Kate Parr, dans son clémence,Il permit de lui jurer foi.C'est tout... Sur cet aimant monarqueLa ciel enfin reprit ses droits;Trente-huit ans l'anglaise barqueAvait navigué sous ses lois.De son femme ainsi que des gruesIl n'avait eu que trois enfants:D'abord deux filles très bourrues,Puis oun fils des plus innocents.

Cet gros-là, c'est Henri Huitième,

Prince savant, rempli de soin,

Ami fidèle et charmant même

Pourvu qu'on s'en tînt... assez loin.

To begin with, il fit le guerre

A Louis Douze des Français

Pour je ne sais trop quelle affaire;

Mais bientôt il conclut le paix

En donnant à la vieil monarque

Son sœur Marie en conjungo,

Ce qui tioujours il fut la marque

D'oun cœur valant oun vrai lingot.

Ajoutons que cette Marie[29]

Au bout d'oun an il était veuf,

Et, par nouvelle épouserie,

—Ce qui partout n'est rien de neuf,—

Il devint, comme à l'ordinaire

Et dans la délai consacré,

Mère de celle qui fut mère

De la pauvrette Jeanne Grey.

Bien! De cet-lui-ci tout à l'heure

On verra l'histoire attristant.

Ne croyez pas qu'en son demeure

Alors Henri resta content.

En cet temps-là dessus le terre

Régnaient trois rois grands à l'excès:

C'était Henri dans l'Angleterre,

François Premier chez les Français,

Et puis l'empereur d'Allemaigne,

Charles-Quint de sa petit nom,

Qui pouvait en faisant campaigne

Passer son vie, oh! tout du long;

Tous trois de vaste intelligence,

Se jurant oun accord bien doux

Et, par mesure de proudence[30],

S'épiant toujiours en-dessous...

Mais passons! Car vouloir tout dire

Sur cettripletintéressant

Exigerait oun travail pire

Que pour en calomnier cent.

En poursuivant d'Henri l'histoire,

De ses femmes il faut parler,

Et c'est oun soujet, veuillez croire,

Difficile à rafistoler.

D'abord, Henri pour son compaigne

Eut Catherine d'Aragon,

Tante de Charles d'Allemaigne,

Et de vertus vrai parangon.

Pour je ne sais trop quel caprice

Qu'ont parfois, dit-on, les grands rois,

Après quinze ans de cet cilice

Il voulut faire oun nouvel choix;

Mais Clément Sept, pape très saige

Et sur ces points beaucoup savant,

Voulut que d'Henri la menaige

Restât même qu'auparavant.

Certes, ce n'était que justice

Et prudence tout à la fois;

Car je crois que le moindre indice

De céder au monarque anglois

Eût attiré sur la Saint-Père

De Charles-Quint tout la courroux,

Cet dernier ne se gênant guère

De la faire éclater sur tous,

N'ayant pas même eu d'hésitance,

Six ans avant, comme l'on sait,

De tenir longtemps en souffrance

La même pape Clément Sept[31].

De parler sur oun ton de maître

Henri Huit très accoutumé,

Il ne voulut pas se soumettre,

Si tant il était allumé;

Et c'est au cours de ce chicane

Que cet épouseur enraigé

A fonder l'Eglise anglicane

Bientôt on vit tout engaigé.

De la dame Anne de Boleyne

Henri devint la tendre époux...

Tendre!... il faut ici prendre haleine,

Cet mot je la dis entre nous;

Car tout se passa de telle sorte

Qu'après trois ans de renouveau

Pauvre Boleyne elle était morte,

Morte par la main de la bourreau.

Sans doute pour noyer son peine,

Henri prit alors la Seymour,

Car il n'avait point tant de haine

Qu'au fond il n'avait de l'amour.

Seymour étant mort de mort douce,

Sans la bourreau ni ses atours,

Notre homme en eut telle secousse

Que, craignant beaucoup pour ses jours,

Il choisit comme quatrième

Anne Cleves, femme allemand

Qu'il trouva, néanmoins, trop blême

Pour répondre à sa sentiment.

Alors, ramassant sa couraige,

Il prit Kate Howard aussitôt,

Qui le laissa dans la veuvaige,

Etant morte sur oun billot.

Enfin, pour montrer quel patience

Il était dans sa cœur de roi,

A Kate Parr, dans son clémence,

Il permit de lui jurer foi.

C'est tout... Sur cet aimant monarque

La ciel enfin reprit ses droits;

Trente-huit ans l'anglaise barque

Avait navigué sous ses lois.

De son femme ainsi que des grues

Il n'avait eu que trois enfants:

D'abord deux filles très bourrues,

Puis oun fils des plus innocents.

[29] Voir note à l'appendice.

[30] Voir note à l'appendice.

[31] Voir note à l'appendice.


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