The Project Gutenberg eBook ofPlain-chantThis ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.Title: Plain-chantAuthor: Jean CocteauRelease date: July 12, 2019 [eBook #59905]Language: FrenchCredits: Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Imagesgenerously made available by Hathi Trust.)*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK PLAIN-CHANT ***
This ebook is for the use of anyone anywhere in the United States and most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this ebook or online atwww.gutenberg.org. If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook.
Title: Plain-chantAuthor: Jean CocteauRelease date: July 12, 2019 [eBook #59905]Language: FrenchCredits: Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Imagesgenerously made available by Hathi Trust.)
Title: Plain-chant
Author: Jean Cocteau
Author: Jean Cocteau
Release date: July 12, 2019 [eBook #59905]
Language: French
Credits: Produced by Laura Natal Rodrigues at Free Literature (Imagesgenerously made available by Hathi Trust.)
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TABLE DES POÈMES
IJ'AI, POUR TROMPER DU TEMPSJE N'AI JAMAIS D'ARGENTMON ANGE, LAISSEZ-MOICHAQUE FOIS QUE JE M'AMUSELORSQUE MES SUCCESSEURSMON ANGE, VOIS, JE TE LOUEIIJE VEUX TOUT OUBLIERJE N'AIME PAS DORMIRQUAND JE TE VOISMAUVAISE COMPAGNELIT D'AMOUR, FAITES HALTERIEN NE M'EFFRAYE PLUSNOTRE ENTRELAC D'AMOURJE REGARDE LA MERAU MOMENT DE PLONGERLORSQUE NOUS SERONS TOUS DEUXJE PEUX REGARDER LE SOLEIL EN FACETES RIRES RETROUSSÉSL'ORGUEIL ME GÂCHE TOUTÀ L'AMOUR JE RETOURNEJE NE VEUX PLUS SOUFFRIRJE VOYAGE BIEN PEUFRANCHEMENT, JE CROYAISIL NOUS FAUT DÉPÊCHERHÉLAS! VAIS-JE À PRÉSENTIIIAINSI QUE SE TOURNENT LES PLANTESJ'AI PEINE À SOUTENIRAURIC, MILHAUD, POULENCSI MA FAÇON DE CHANTLES MUSES SONT DE FEUXNE M'INTERROGEZ PLUSLES SOEURS, COMME UN CHEVALMUSES QUI NE SONGEZ
J'ai, pour tromper du temps la mal-sonnante horloge,Chanté de vingt façons.Ainsi de l'habitude évitai-je l'éloge.Et les nobles glaçons.C’est peu que l'habitude une gloire couronneLorsqu’elle a vieux le chef;Il faut qu’un long amour souvent le cœur étonneÀ force d’être bref.Alors, jeune toujours, libre de récompenses,Et son livre à la main.On devine les jeux, les manœuvres, les danses,Qui formeront demain.Voilà pourquoi la mort également m’effraye,Et me fait les yeux doux;C'est qu’une grande voix murmure à mon oreille:Pense à mon rendez-vous;Laisse partir ces gens, laisse fermer la porte.Laisse perdre le vin,Laisse mettre au sépulcre une dépouille morte;Je suis ton nom divin.
Je n'ai jamais d'argent et chacun me croit riche,J'ai le cœur sans écorce et chacun le croit sec.Toujours sur ma maison mentira cette affiche,Même un aigle viendrait l'en arracher du bec.Ainsi veut l'ange, afin que la gloire se cacheEt mûrisse en silence à l'abri des clameurs.Le fouet de son aile interne me cravache:Je veux vivre, dit-il; qu'importe si tu meurs.
Mon ange, laissez-moi m'ébattre dans ce champ;Aucun œil ne me voit, dites, vous trahirai-je?La ville, grâce à vous, me croit le cœur méchant,Mais, au soleil, fondez votre armure de neige.Dormez un peu. N'ayez rien à me reprocher.Voici la folle mer qui brise au bord ses coupes.Son champagne tonnant inonde le rocherD'où je vois ses jupons, ses linges et ses croupes.Le bain depuis toujours invite le héros,Car de tous les dragons la mer est le moins bête.Ah, que je puisse rire! Ah, que je me dévête!Et que je mette nu mon cœur, mon cœur trop gros.
Chaque fois que je m'amuseOu ne souffre pas par luiMon ange, espèce de muse,Me replonge dans la nuit.Chaque fois que je dégaîne,Comme un bouquet de muguet,Mon cœur fatigué de haine,L'ange cruel fait le guet.Cet ange, ce monstre informe,Ne dort jamais un moment,Et non plus il ne m'informeDe quoi je suis l'instrument.
Lorsque mes successeurs verront mon aventure,Les ressorts, les cahots de ma belle voiture,Ils s'émerveilleront d'un si noble parcours.Mais ceux qui, maintenant, regardent mon passage,Me trouvent maladroit, chacun se jugeant sage,Et veulent imposer leur route à mes amours.Quoi, vous avez écrit LE CAP, VOCABULAIRE?Vous écrivez ceci! Vous ne pouvez me plaire.L'homme aime l'uniforme et qu'on n'en change point.Mais après notre mort se livre notre course,La voiture s'étoile ainsi qu'une Grande-Ourse,Et nos fruits aigrelets se révèlent à point.
Mon ange, vois, je te loue,Après t'avoir oublié.Par le bas je suis liéÀ mes chaussures de boue.Notre boue a des douceurs,Notre humaine, tendre boue.Mais tu me couches en joue,Ange, soldat des neuf sœurs.Tu sais quel est sur ta carteMon mystérieux chemin,Et dès que je m'en écarte,Tu m'empoignes par la main.Ange de glace, de menthe,De neige, de jeu, d'éther,Lourd et léger comme l'air,Ton gantelet me tourmente.
Je veux tout oublier, et cet ange cornuComme le vieux Moïse,Qui de moi se sachant le visage inconnuÀ coups de front me brise.Mêlons dans notre lit nos jambes et nos bras,D'un si tendre mélange,Que ne puisse, voulant m'arracher de mes draps,S’y reconnaître l'ange.Formons étroitement, en haut de ce tortil,D'un baiser, une rose;Et l'ange, à ce baiser parfumé, puisse-t-il,Avoir l’âme déclose.Le cœur indifférent à ce que je serai,Aux gloires du poème,Je vivrai, libre enfin, par toi seule serré,Et te serrant de même,Alors profondément devenus à nous deuxUne seule machineÀ maints têtes et bras, ainsi que sont les dieuxDans les temples de Chine.
Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,La nuit, contre mon cou;Car je pense à la mort laquelle vient si viteNous endormir beaucoup.Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille!Est il une autre peur?Un jour ne plus entendre auprès de mon oreilleTon haleine et ton cœur.Quoi? ce timide oiseau, replié par le songeDéserterait son nid,Son nid d'où notre corps à deux têtes s'allongePar quatre pieds fini.Puisse durer toujours une si grande foieQui cesse le matin,Et dont l'ange chargé de me faire ma voieAllège mon destin.Léger, je suis léger sous cette tête lourdeQui semble de mon bloc,Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,Malgré le chant du coq.Cette tête coupée, allée en d'autres mondes,Où règne une autre loi,Plongeant dans le sommeil des racines profondes,Loin de moi, près de moi.Ah! je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,Par ta bouche qui dortEntendre de tes seins la délicate forgeSouffler jusqu'à ma mort.
Quand je te vois sortir plus qu'à moitié du songe,Et de sa glu tirant un à un tes esprits,Ayant le vrai mêlé d'ingénieux mensonge,Et tes membres bougeant, à cette mort repris;Je pense aux monstres, fous de ce chantre de Thrace,S'ils ne l'eussent lâché sitôt qu'il s'en alla.Ainsi je voudrais voir suivre dehors ta trace,Le bétail de ton rêve, étonné d'être là.Je découvrirais donc ceux qu'en un tour d'horloge,Inerte à mes côtés, loin de moi tu charmais,Lorsque tu t'en reviens et que je t'interroge,Et que tu me réponds; Je ne rêve jamais.
Mauvaise compagne, espèce de morte,De quels corridors,De quels corridors pousses-tu ta porte,Dès que tu t'endors?Je te vois quitter ta figure close,Bien fermée à clé,Ne laissant ici plus la moindre chose,Que ton chef bouclé.Je baise ta joue et serre les membres,Mais tu sors de toi,Sans faire de bruit, comme d'une chambre,On sort par le toit.
Lit d'amour, faites halte. Et, sous cette ombre haute,Reposons-nous: parlons; laissons là-bas au bout,Nos pieds sages, chevaux endormis côte à côte,Et quelquefois mettant l'un sur l'autre le cou.
Rien ne m'effraye plus que la fausse accalmieD'un visage qui dort;Ton rêve est une Egypte et toi c'est la momieAvec son masque d'or.Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinteD'une reine qui meurt,Lorsque la nuit d'amour t'a défaite et repeinteComme un noir embaumeur.Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage,Les siècles et les mers;Reviens flotter dessus, regagne ton visageQui s'enfonce à l'envers.
Notre entrelac d'amour à des lettres ressemble,Sur un arbre se mélangeant.Et, sur ce lit, nos corps s'entortillent ensemble,Comme à ton nom le nom de Jean.Croiriez-vous point, ô mer, reconnaître votre œuvre,Et les monstres de vos haras,Si vous sentiez bouger cette amoureuse pieuvreFaite de jambes et de bras.Mais le nœud dénoué ne laisse que du vide;Et tu prends le cheval aux crins,Le cheval du sommeil, qui, d'un sabot rapide,Te dépose aux bords que je crains.
Je regarde la mer gui toujours nous étonneParce que, si méchante, elle rampe si court,Et nous lèche les pieds comme prise d'amour,Et d'une moire en lait sa bordure festonne.Lorsque j'y veux plonger, son champagne m'étouffe,Mes membres sont tenus par un vivant métal;Tu sembles retourner à ton pays natal,Car Vénus en sortit sa fabuleuse touffe.Ce poison qui me glace est un vin qui t'enivre.Quand je te vois baigner je suis sûr que tu mens;Le sommeil et la mer sont tes vrais éléments...Hélas! tu le sais trop, je ne peux pas t'y suivre.
Au montent de plonger tou les vagues du songeTu sembles hésiter;Craindrais-tu, par hasard, qu'à ta suite je plongeEt du même côté.Ne crains rien, nos sommeils ont une différence,Car lorsque je m'endors,Le cauchemar te mêle aux lieux de mon enfanceAvec mes amis morts.Tu traverses les bois, les groseilliers, les fermes,Les routes que j'aimais;Tandis qu'en la torpeur profonde où tu t'enfermes,Je ne marche jamais.Il me serait bien doux de déranger ton rêve,De l'habiter longtemps.Alors je tremblerais que le soleil se lèveEt t'ouvre à deux battants.
Lorsque nous serons tous deux sous la terre,Plus ou moins dessous,Un moyen nouveau nous venant extraireDe nos corps dissous;Dessous ou dessus (là-bas notre langueN'ayant plus de cours)Nous ne serons pas de visage exsangue,Ni légers, ni lourds.Tout sera changé de ce que nous sommes,Oui, tout à l'envers.Et les murs épais du sommeil des hommes,Nous seront ouverts;Si je meurs premier, dans tes rêves j'entre;Je verrai comment,Lorsque je dormais, la main sur ton ventre,Tu changeais d'amant.
Je peux regarder le soleil en face,Ton œil ne le peut.Voilà bien mon tour, c'est la seule placeOù je gagne au jeu.Lorsque nous devrons aux enfers descendre,S'il est des enfers,Nous n'habiterons le même scaphandre,Ni la même mer.Tu sauras trouver d'autre compagnieAu séjour des morts.Ah! comment guérir ta folle manieDe m'ôter ton corps?
Tes rires retroussés comme à son bord la rose,Effacent mon dépit de ta métamorphose;Tu t'éveilles, alors le rêve est oublié.De nouveau je me trouve à ton arbre lié,Tu me serres le corps de ta petite force.Que ne sommes-nous plante, et d'une seule écorce,D'une seule chaleur, d'une seule couleur,Et dont notre baiser serait l'unique fleur.
L'orgueil me gâche tout. Ce malin, demi-morte,Tu gisais, par l'amour mise toute à l'envers.Chacun de nous vivait dans un autre univers;Je n'étais pas heureux, et je faisais en sorte.Je mentais, n'étant point comme toi déferré,Vaincu, laissé pour mort sans chemise et sans armes;Du lit où n'eussent dû m'atteindre que tes charmes,Mon esprit dérivait, par l'orgueil affairé.Un mot calomnieux, quelques petites pointes,Me venaient du dehors piquer la crête à vif.Or, indigne cent fois de ton amour naïf,Mon âme galopait, malgré nos jambes jointes.Je me vengeais, j'allais battre mes ennemis;Je rentrais, je sortais, je parcourais la France.Alors que le bonheur est la seule vengeance,Et que la trève est douce aux amants endormis.
À l'amour je retourne et contre je me vautre;Ton lit sans fond vaut certes un glorieux sommet.Chasse de mon esprit la chicane des autres,Puisque souffrir d'amour, l'ange me le permet.Tiens ton bel œil ouvert. Veille. Car je redouteCe sommeil machiné qui te transporte ailleurs.Tu sais combien le mal à croire cher me coûte,Mais quand tu dors je pense à des mondes meilleurs,Où tu vogues sans corps, sans air, sans paysage,Et faisant de si loin tes lèvres remuer,Et de si loin aussi sourire ton visage,Que sur ces signes-là, je pourrais te tuer.
Je ne veux plus souffrir du songe qui me trouble,Et vaincrai mon souci,Car aimes-tu quelqu'un en existence double,Tu le trompes ici.Trompons ce bienheureux pour qui tu te contractesDans ton sommeil profond;Au contraire, il m'est doux de me livrer aux actesQue tes chimères font.L'autre te croit à lui. Mon baiser te réveille.Et il te cherche en vain,En ces lieux, où par quelque infernale merveille,Ta présence lui vint.
Je voyage bien peu. J'ai vu Londres, Venise,Bruxelles, Rome, Alger.De musée en égliseS'épuisant mon désir d'encore voyager.Londres, cœur de charbon, pavot de brique rose,Où l'on marche endormi.Venise, triste à causeQue son vieux corps d'amour n'est ville qu'à demi.Bruxelles, dont la place est un riche théâtre.Rome, à l'œil inhumainDes moulages de plâtre.Alger qui sent la chèvre et la fleur de jasmin.Je n'étais pas heureux dans ces villes que j'aime;Mon cœur y souffrait nu.À Paris, c'est de même.Je me sens mal partout, sauf en tes bras tenu.
Franchement, je croyais qu'amour, en poésie,C'est aimer ce que l'on fait;Et mon cœur en étouffait.Mais pour me détromper les muses t'ont choisie.Sans cesse disputant, organisant leurs camps,Comme une ruche d'abeilles,Les neuf muses sans oreilles,Et qui savent toujours intervenir à temps.T'ont faite comme il faut afin que j'en écrive;Car ces déesses des Grecs,Pour jouer leur jeu d'échecs,Me veulent tantôt l'une et tantôt l'autre rive.
Il nous faut dépêcher, ne perdons pas de temps,Ne nous imposons point de repos ni de jeûne.Dans quelques jours d'ici tu seras encor jeune,Je ne le serai plus. Je viens d'avoir trente ans.Je peinais, je hissais et j'oubliais la pente.Il faut me retenir au lieu de me pousser;Le cœur déroule vite un ruban de passé,Toi de chiffre dix-neuf, et moi de chiffre trente.Que ce maudit ruban peut me faire du mal!Qu'il attende qu'autant le tien de ton cœur sorte,Et côte à côte alors, sentirions de la sorte,Diminuer moins fort le peloton fatal.
Hélas! vais-je à présent me plaindre dans ces stances,Et voir, près de Charon,La mort, indifférente à telles circonstances,Qui la décideront.Elle vit. Elle attend. Ce n'est pas dans son rôle,De choisir notre port.Ce détail est pour elle un simple coup d'épauleQue lui donne le sort.Rien ne sert de prier cette vieille statue,De savoir ses desseins;Car ce n'est pas la mort elle-même qui tue.Elle a ses assassins.
Ainsi que se tournent les plantes,Et que, sises sur un côté,Hésitent les tables tournantes,On sent les muses hésiter.Une prend les fils, une trie,Une perce le canevas.Les courbes de leur broderieDécident seules où tu vas.Si je m'écarte de la cible,Tout mon devoir n'ayant pas pu,L'ange, serviteur inflexible,Me cogne avec son front crêpu.
J'ai peine à soutenir le poids d'or des musées,Cet immense vaisseau.Combien me parle plus que leurs bouches uséesL'oeuvre de Picasso.Là, j'ai vu les objets qui flottent dans nos chambres,Trop grands ou trop petits,Enfin, comme l'amour mêle bouches et membres,Profondément bâtis!Les muses ont tenu ce peintre dans leur ronde,Et dirigé sa main,Pour qu'il puisse, au désordre adorable du monde,Imposer l'ordre humain.
Auric, Milhaud, Poulenc, Tailleferre, HoneggerJ'ai mis votre bouquet dans l'eau du même vase,Et vous ai chèrement tortillés par la base,Tous libres de choisir votre chemin en l'air.Or, chacun étoilant d'autres feux sa fusée,Qui laisse choir ailleurs son musical arceau,Me sera quelque jour la gloire refuséeD'être le gardien nocturne du faisceau.Je n'imite la rose et sa dure lancette,Aspirant goulûment le sang du rossignol,Et montre de mon cœur la profonde recette,Pour que ces amis-là puissent prendre leur vol.
Si ma façon de chant ri est pas ici la même,Hélas, je n'y peux rien.Je suis toujours en mal d'attendre le poème,Et prends ce qui me vient.Je ne connais, lecteur, la volonté des muses,Plus que celle de Dieu.Je n'ai rien deviné de leurs profondes ruses,Dont me voici le lieu.Je les laisse nouer et dénouer leurs danses,Ou les casser en moi,Ne pouvant me livrer à d'autres imprudencesQue de suivre leur loi.
Les muses sont de feux, de cristaux, comme un lustreBrûlant et bruissant,Suspendu sur celui qu'elles veulent illustreEt spécial d'accent.Vous semblez puérils, tours cruels de la foudre,À côté de leurs tours,Lorsqu'elles prennent soin de découdre et recoudreNos avenirs trop courts.Un orage, d'ailleurs, avec elles habiteUne haute cité.Les voilà! Les voilà! Dans mon âme crépiteLeur électricité.
Ne m'interrogez plus. Interrogez ces fillesDont je suis le valet;Mais ne les croyez point ni belles, ni gentilles,À qui leur semble laid.Toujours toutes en train de fondre et de refondreDe précieux dangers,Pourquoi supposez-vous qu'elles veuillent répondre,Quand vous interrogez?On ne dérange pas ces personnes hautainesQui travaillent debout,Et qui laissent couler, ainsi que des fontaines,Les œuvres, bout à bout.
Les soeurs, comme un cheval, nous savent la main mordre,Et nous jeter au sol,Lorsque nous essayons de différer leur ordre,En leur flattant le col.Elles portent au but celui-là qui les aide,Et se met de côté,Même s'il en a peur, même s'il trouve laideLeur terrible beauté.Or moi j'ai secondé si bien leur force brute,Travaillé tant et tant,Que si je dois mourir la prochaine minute,Je peux mourir content.
Muses qui ne songez à plaire ou à déplaire,Je sens que vous partez sans même dire adieu.Voici votre matin et son coq de colère.De votre rendez-vous je ne suis plus le lieu.Je n'ose pas me plaindre, ô maîtresses ingrates,Vous êtes sans oreille et je perdrais mon cri.L'une à l'autre nouant la corde de vos nattes,Vous partirez, laissant quelque chose d'écrit.C'est ce que vous voulez. Allez, je me résigne,Et si je dois mourir, reparaissez avant.L'encre dont je me sers est le sang bleu d'un cygne,Qui meurt quand il le faut pour être plus vivant.Du sommeil hivernal, enchantement étrange,Muses, je dormirai, fidèle à vos décrets.Votre travail fini, c'est fini. J'entends l'angeLa porte refermer sur vos grands corps distraits.Que me laissez-vous donc? Amour! Tu me pardonnes,Ce qui reste, c'est toi: l'agnelet du troupeau.Viens vite, embrasse-moi, broute-moi ces couronnes,Arrache ce laurier qui me coupe la peau.
Octobre 1922.
Le Potomak (Société littéraire de France.)
Le Coq et l'Arlequin (Éditions de la Sirène.)
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