Chapter 15

1: Il y propose le problème suivant:Ne pourrait-on pas animer d'un même esprit tout le savoir divin et humain, de sorte que les sciences se donnassent la main, pour ainsi dire, et qu'une université d'aujourd'hui représentât un Platon ou un Aristote, avec tout le savoir que nous avons de plus que les anciens?2:Réponse à un article du journal littéraire d'Italieoù l'on attaquait le livreDe antiquissimâ Italorum sapientiâ ex originibus linguæ latinæ cruendâ. 1711.3: Cet ouvrage est le seul dont Vico n'ait point transporté les idées dans laScience nouvelle. Nous en donnerons prochainement une traduction.4: Omnis divinæ atque humanæ eruditionis elementa tria, nosse, velle, posse: quorum principium unum mens; cujus oculus ratio, cui æterni veri lumen præbet Deus......—Hæc tria elementa, quæ tam existere, et nostra esse, quàm nos vivere certò scimus, unâ illâ re, de quâ omninò dubitare non possumus, nimirùm cogitatione explicemus: quod quò faciliùs faciamus, hanc tractationem universam divido in partes tres: in quarum primâ omnia scientiarum principia à Deo esse: in secundâ, divinum lumen, sive æternum verum per hæc tria, quæ proposuimus elementa omnes scientias permeare: easque omnes unâ arctissimâ complexione colligatas alias in alias dirigere, et cunctas ad Deum ipsarum principium revocare: in tertiâ, quidquid usquàm de divinæ ac humanæ eruditionis principiis scriptum, dictumve sit, quod cum his principiis congruerit, verum; quod dissenserit, falsum esse demonstremus. Atque adeò de divinarum atque humanarum rerum notitiâ hæc agam tria, de origine, de circulo, de constantiâ; et ostendam, origine, omnes à Deo provenire; circulo, ad Deum redire omnes; constantiâ, omnes constare in Deo, omnesque eas ipsas præter Deum tenebras esse et errores.5: Vico a très bien marqué lui-même les progrès de sa méthode: «Ce qui me déplaît dans mes livres sur le droit universel (De juris uno principio, etDe constantiâ jurisprudentis), c'est que j'y pars des idées de Platon et d'autres grands philosophes, pour descendre à l'examen des intelligences bornées et stupides des premiers hommes qui fondèrent l'humanité païenne; tandis que j'aurais dû suivre une marche toute contraire. De là les erreurs où je suis tombé dans certaines matières...—Dans la première édition de la Science nouvelle, j'errais, sinon dans la matière, au moins dans l'ordre que je suivais. Je traitais des principes des idées, en les séparant des principes des langues, qui sont naturellement unis entre eux. Je parlais de la méthode propre à la Science nouvelle, en la séparant des principes des idées et des principes des langues».Additions à une préface de la Science nouvelle, publiées avec d'autres pièces inédites de Vico, par M. Antonio Giordano, 1818. Ajoutons à cette critique, que, dans la première édition, il conçoit pour l'humanité l'espoir d'une perfection stationnaire. Cette idée, que tant d'autres philosophes devaient reproduire, ne reparaît plus dans les éditions suivantes.6:Philosophie est une poésie sophistiquée.Montaigne;IIIv., p. 216 édit. Lefebvre.7:Cujus non fugio mortem, si famam assequar,Et cedo invidiæ, dum modo absolvar cinis.8: On voit pourtant (Recueil des Opuscules, t. I, p. 118) qu'il correspondait avec un Juif, dont il fait l'éloge, et qui, dit-il, était son ami.9: Damiano Romano. Défense historique des lois grecques venues à Rome contre l'opinion moderne de M. Vico, 1736, in-4o.—Quatorze Lettres sur le troisième principe de la science nouvelle, relatif à l'origine du langage; ouvrage dans lequel on montre par des preuves tirées tant de la philosophie que de l'histoire sacrée et profane, que toutes les conséquences de ce principe sont fausses et erronées, 1749.—Dans la préface de son premier ouvrage, il reconnaît que Vico a mérité l'immortalité; dans le second, fait après la mort de Vico, il l'appelle plagiaire, etc.—Il croit prouver d'abord que le système de Vico n'est pas nouveau, et dans cette partie, malgré la diffusion et le pédantisme, l'ouvrage est assez curieux, en ce qu'il rapproche de Vico les auteurs qui ont pu le mettre sur la voie.—Il soutient ensuite que ce système est erroné, et particulièrement contraire à la religion chrétienne. Le critique bienveillant rappelle à cette occasion l'hérésie d'un Alméricus (p. 139), dont on jeta, les cendres au vent.M. Colangelo.Essai de quelques considérations sur la Science nouvelle, dédié à M. Louis de Médicis, ministre des finances. 1821.Quelques admirateurs de Vico ont appuyé ces injustes accusations, qu'ils regardaient comme autant d'éloges. Dans le désir d'ajouter Vico à la liste des philosophes du 18esiècle, ils ont prétendu qu'il avait obscurci son livre à dessein, pour le faire passer à la censure. Cette tradition, dont on rapporte l'origine à Genovesi, a passé de lui à Galanti son biographe, et ensuite à M. de A. Les personnes qui ont le plus étudié Vico, MM. de A. et Jannelli n'y ajoutent aucune foi, et la lecture du livre suffit pour la réfuter.10: V. p. 50, édition de Milan, 1801.11:Gloriæ animalia, et dans Tacite:Gens novarum religionum avida.12: Est-il vrai que, dans cette période, Hermès ait porté d'Égypte en Grèce la connaissance des lettres et les premières lois? ou bien Cadmus aurait-il enseigné aux Grecs l'alphabet de la Phénicie? Nous ne pouvons admettre ni l'une ni l'autre opinion.—Les Grecs ne se servirent point d'hiéroglyphes comme les Égyptiens, mais d'une écriture alphabétique, encore ne l'employèrent-ils que bien des siècles après.—Homère confia ses poèmes à la mémoire des Rapsodes, parce que de son temps les lettres alphabétiques n'étaient point trouvées, ainsi que le soutient Josephe contre le sentiment d'Appion.—Si Cadmus eût porté les lettres phéniciennes en Grèce, la Béotie qui les eût reçues la première n'eût-elle pas dû ce distinguer par sa civilisation entre toutes les parties de la Grèce?—D'ailleurs quelle différence entre les lettres grecques et les phéniciennes?==Quant à l'introduction simultanée des lois et des lettres, les difficultés sont plus grandes encore.—D'abord le mot νομος ne se trouve nulle part dans Homère.—Ensuite, est-il indispensable que des lois soient écrites? n'en existait-il pas en Égypte avant Hermès, inventeur des lettres? dira-t-on qu'il n'y eut pas de lois à Sparte où Lycurgue avait défendu aux citoyens l'étude des lettres? ne voit-on pas dans Homère un Conseil des héros, βουλη, où l'on délibérait de vive voix sur les lois, et un Conseil du peuple, αγορα, où on les publiait de la même manière. La Providence a voulu que les sociétés qui n'ont point encore la connaissance des lettres se fondent d'abord sur les usages et les coutumes, pour se gouverner ensuite par des lois, quand elles sont plus civilisées. Lorsque la barbarie antique reparut au moyen âge, ce fut encore sur des coutumes que se fonda le droit chez toutes les nations européennes.13: Les héros investis du triple caractère de chefs des peuples, de guerriers et de prêtres, furent désignés dans la Grèce par le nom d'Héraclides, ou enfans d'Hercule; dans la Crète, dans l'Italie et dans l'Asie mineure, par celui deCurètes(quirites, de l'inusitéquir,quiris, lance).14: Orphée surtout, si on le considère comme un individu, offre aux yeux de la critique l'assemblage de mille monstres bizarres.—D'abord il vient de Thrace, pays plus connu comme la patrie de Mars, que comme le berceau de la civilisation.—Ce Thrace sait si bien le grec qu'il compose en cette langue des vers d'une poésie admirable.—Il ne trouve encore que des bêtes farouches dans ces Grecs, auxquels tant de siècles auparavant Deucalion a enseigné la piété envers les dieux, dont Hellen a formé une même nation en leur donnant une langue commune, chez lesquels enfin règne depuis trois cents ans la maison d'Inachus.—Orphée trouve la Grèce sauvage, et en quelques années elle fait assez de progrès pour qu'il puisse suivre Jason à la conquête de la Toison d'or; remarquez que la marine n'est point un des premiers arts dont s'occupent les peuples.—Dans cette expédition il a pour compagnons Castor et Pollux, frères d'Hélène, dont l'enlèvement causa la fameuse guerre de Troie. Ainsi, la vie d'un seul homme nous présente plus de faits qu'il ne s'en passerait en mille années!.... Ce sont peut-être de semblables observations qui ont fait conjecturer à Cicéron, dans son livre sur la Nature des Dieux, qu'Orphée n'a jamais existé. Elles s'appliquent, pour la plupart, avec la même force à Hercule, à Hermès et à Zoroastre.À ces difficultés chronologiques, joignez-en d'autres, morales ou politiques. Orphée, voulant améliorer les mœurs de la Grèce, lui propose l'exemple d'un Jupiter adultère, d'une Junon implacable qui persécute la vertu dans la personne d'Hercule, d'un Saturne qui dévore ses enfans! et c'est par ces fables capables de corrompre et d'abrutir le peuple le plus civilisé, le plus vertueux, qu'Orphée élève les hommes encore bruts à l'humanité et à la civilisation.Guidés par les principes de la science nouvelle, nous éviterons ces terribles écueils de lamythologie; nous verrons que ces fables, détournées de leur sens par la corruption des hommes, ne signifiaient dans l'origine rien que de vrai, rien qui ne fût digne des fondateurs des sociétés. La découverte des caractères poétiques, des types idéaux, que nous venons d'exposer, fera luire un jour pur et serein à travers ces nuages sombres dont s'était voilée lachronologie.15: Si nous en croyons ceux qui, aux applaudissemens des savans, ont entrepris de nous faire connaître la succession des écoles de laphilosophie barbare, Zoroastre fut le maître de Bérose et des Chaldéens, Bérose celui d'Hermès et des Égyptiens, Hermès celui d'Atlas et des Éthiopiens, Atlas celui d'Orphée, qui, de la Thrace, vint établir son école en Grèce. On sent ce qu'ont de sérieux ces communications entre les premiers peuples, qui, à peine sortis de l'état sauvage, vivaient ignorés même de leurs voisins, et n'avaient connaissance les uns des autres qu'autant que la guerre ou le commerce leur en donnait l'occasion.Ce que nous disons de l'isolement des premiers peuples s'applique particulièrement aux Hébreux.—Lactance assure que Pythagore n'a pu être disciple d'Isaïe.—Un passage de Josephe prouve que les Hébreux, au temps d'Homère et de Pythagore, vivaient inconnus à leurs voisins de l'intérieur des terres, et à plus forte raison aux nations éloignées dont la mer les séparait.—Ptolémée Philadelphe s'étonnant qu'aucun poète, aucun historien n'eût fait mention des lois de Moïse, le juif Démétrius lui répondit que ceux qui avaient tenté de les faire connaître aux Gentils, avaient été punis miraculeusement, tels que Théopompe qui en perdit le sens, et Théodecte qui fut privé de la vue.—Aussi Josephe ne craint point d'avouer cette longue obscurité des Juifs, et il l'explique de la manière suivante:Nous n'habitons point les rivages; nous n'aimons point à faire le négoce et à commercer avec les étrangers. Sans doute la Providence voulait, comme l'observe Lactance, empêcher que la religion du vrai Dieu ne fût profanée par les communications de son peuple avec les Gentils.—Tout ce qui précède est confirmé par le témoignage du peuple Hébreux lui-même, qui prétendait qu'à l'époque où parut la version des Septante, les ténèbres couvrirent le monde pendant trois jours, et qui, en expiation, observait un jeûne solennel, le 8 de tébet ou décembre. Ceux de Jérusalem détestaient les juifs hellénistes qui attribuaient une autorité divine à cette version.16: Le principe du droit naturel estle juste dans son unité, autrement dit, l'unité des idées du genre humain concernant les choses dont l'utilité ou la nécessité est commune à toute la nature humaine. Le pyrrhonisme détruit l'humanité, parce qu'il ne donne point l'unité. L'épicuréisme la dissipe, en quelque sorte, parce qu'il abandonne au sentiment individuel le jugement de l'utilité. Le stoïcisme l'anéantit, parce qu'il ne reconnaît d'utilité ou de nécessité que celles de l'âme, et qu'il méconnaît celles du corps; encore leSageseul peut-il juger de celles de l'âme. La seule doctrine de Platon nous présente le juste dans son unité; ce philosophe pense qu'on doit suivre comme la règle du vrai ce qui semble un, ou le même à tous les hommes. Édition de 1725, réimprimée en 1817, page 74.17:Dicit enim(Cato)tanquam in Platonisπολιτεια,non tanquam in Romuli fæce sententiam. Cic.ad Atticum, lib. II (Note du Traducteur).18: Ledroit naturel des gensa, dans Vico, une signification très entendue. Il comprend non-seulement les rapports des sociétés entre elles, mais même tous les rapports des individus entre eux (Note du Traducteur).19: La vérité de ces observations nous est confirmée par l'exemple de la nation française. Elle vit s'ouvrir au milieu de la barbarie du onzième siècle, cette fameuse école de Paris, où Pierre Lombard,le maître des sentences, enseignait la scholastique la plus subtile; et d'un autre côté elle a conservé une sorte de poème homérique dans l'histoire de l'archevêque Turpin, ce recueil universel desFables héroïquesqui ont ensuite embelli tant de poèmes et de romans. Ce passage prématuré de la barbarie aux sciences les plus subtiles, a donné à la langue française une délicatesse supérieure à celle de toutes les langues vivantes; c'est elle qui reproduit le mieux l'atticisme des Grecs. Comme la langue grecque, elle est aussi éminemment propre à traiter les sujets scientifiques.20: La fin de cet alinéa est rejetée dans une note du chapitreIII.(Note du Traducteur.)21:Divitias suas trahunt, vexant.Salluste. (N. du T.)22: Par l'intermédiaire des Duumvirs auxquels il délègue son pouvoir. (N. du T.)23: Ce mot est pris dans le sens anglais,to press.Angariarono.(N. du T.)24: Nous rejetons une longue digression sur la question de savoir si les lois des douze tables ont été transportées d'Athènes à Rome, dans la note où nous citerons un passage plus considérable d'un autre ouvrage de Vico sur le même sujet. (N. du T.)25: C'est ce qui explique ces grandes richesses qui permirent aux Ioniens de bâtir le temple de Junon à Samos, et aux Cariens d'élever le tombeau de Mausole, qui furent placés au nombre des sept merveilles du monde. La gloire du commerce maritime appartint en dernier lieu à ceux de Rhodes qui élevèrent à l'entrée de leur port le fameux colosse du Soleil. (Vico).26: Cet axiome placé ici à cause de son rapportparticulieravec le droit des gens, s'appliquegénéralementtous les objets dont nous avons à parler. Il aurait dû être rangé parmi lesaxiomes généraux;si nous l'avons mis en cet endroit, c'est qu'on voit mieux dans le droit des gens que dans toute autre matière particulière, combien il est conforme à la vérité, et important dans l'application (Vico).27: Bayle a sans doute été trompé par leurs rapports, lorsqu'il affirme, dans le Traité de la Comète,que les peuples peuvent vivre dans la justice sans avoir besoin de la lumière de Dieu. Avant lui, Polybe avait dit:si les hommes étaient philosophes, il n'y aurait plus besoin de religion. Mais s'il n'existait point de société, y aurait-il des philosophes? Or, sans les religions, point de société. (Vico).Les trois dernières lignes sont tirées du second corollaire de l'axiome31.28: Notre libre arbitre, notre volonté libre peut seule réprimer ainsi l'impulsion du corps.... Tous les corps sont des agens nécessaires, et que les mécaniciens appellentforces,efforts,puissances, ne sont que les mouvemens des corps, mouvemens étrangers au sentiment (Vico).29: C'est en cela qu'Horace fait consister toute la beauté de l'ordre:Ordinis hæc virtus erit et Venus, aut ego fallor,Ut jam nunc dicat, jam nunc debentia diciPleraque differat, et præsens in tempus omittat.Art poétique. (Vico).30: Cette justice intérieure, fut pratiquée par les Hébreux que le vrai Dieu éclairait de sa lumière, et auxquels sa loi défendait jusqu'aux pensées injustes, chose dont les législateurs mortels ne s'étaient jamais embarrassés. Les Hébreux croyaient en un Dieu tout esprit, qui scrute le cœur des hommes; les gentils croyaient leurs dieux composés d'âme et de corps, et par conséquent incapables de pénétrer dans les cœurs. La justice intérieure ne fut connue chez eux que par les raisonnemens des philosophes, lesquels ne parurent que deux mille ans après la formation des nations qui les produisirent (Vico).31:Voyezl'axiome22, et lesecond chapitreduIIelivre, corollaire relatif au motJupiter.32: En conséquence la métaphysique doit essentiellement travailler au bonheur du genre humain dont la conservation tient au sentiment universel qu'ont tous les hommes d'une divinité douce de providence. C'est peut-être pour avoir démontré cette providence que Platon a été surnommé le divin. La philosophie qui enlève à Dieu un tel attribut, mérite moins le nom du philosophie et de sagesse que celui de folie. (Vico).33: La théologiepoétiquefut chez les Gentils la même que la théologiecivile. Si Varron la distingue de la théologiecivileet de la théologienaturelle, c'est que, partageant l'erreur vulgaire qui place dans les fables les mystères d'une philosophie sublime, il l'a crue mêlée de l'une et de l'autre. (Vico).34: Avec l'idée d'un Jupiter, auquel ils attribuèrent bientôt une Providence, naquit le droit,jus, appeléiouspar les Latins, et par les anciens Grecs Διαιον,céleste, du mot Διος; les Latins dirent égalementsub dio, et sub jove pour exprimersous le ciel. Puis, si l'on en croit Platon dans son Cratyle, on substitua par euphonie Διχαιον. Ainsi toutes les nations païennes ont contemplé le ciel, qu'elles considéraient comme Jupiter, pour en recevoir par les auspices des lois, des avis divins; ce qui prouve que le principe commun des sociétés a été lacroyance à une Providence divine.Et pour en commencer l'énumération,Jupiterfut lecielchez les Chaldéens, en ce sens qu'ils croyaient recevoir de lui la connaissance de l'avenir par l'observation des aspects divers et des mouvemens des étoiles, et on nommaastronomieetastrologiela science des lois qu'observent les astres, et celle de leur langage; la dernière fut prise dans le sens d'astrologie judiciaire, et dans les lois romainesChaldéenveut dire astrologue.—Chez les Perses,Jupiterfut leciel, qui faisait connaître aux hommes les choses cachées; ceux qui possédaient cette science s'appelaient Mages, et tenaient dans leurs rites une verge qui répond au bâton augural des Romains. Ils s'en servaient pour tracer des cercles astronomiques, comme depuis les magiciens dans leurs enchantemens. Le ciel était pour les Perses le temple de Jupiter, et leurs rois, imbus de cette opinion, détruisaient les temples construits par les Grecs.—Les Égyptiens confondaient aussiJupiteret le ciel, sous le rapport de l'influence qu'il avait sur les choses sublunaires et des moyens qu'il donnait de connaître l'avenir; de nos jours encore ils conservent une divination vulgaire.—Même opinion chez les Grecs qui tiraient du ciel des θεορηματα et des μαθηματα, en les contemplant des yeux du corps, et en les observant, c'est-à-dire, en leur obéissant comme aux lois de Jupiter. C'est du mot μαθηματα, que les astrologues sont appelésmathématiciensdans les lois romaines.—Quant à la croyance des Romains, on connaît le vers d'Ennius,Aspice hoc sublime cadens, quem omnes invocant jovem;le pronomhocest pris dans le sens decœlum. Les Romains disaient aussitempla cœli, pour exprimer la région du ciel désigné par les augures pour prendre les auspices; et par dérivation,templumsignifia tout lieu découvert où la vue ne rencontre point d'obstacle (neptunia templa, la mer dans Virgile).—Les anciens Germains, selon Tacite, adoraient leurs Dieux dans des lieux sacrés qu'il appellelucos et nemora, ce qui indique sans doute des clairières dans l'épaisseur des bois. L'église eut beaucoup de peine à leur faire abandonner cet usage (V.Concilia Stanctense et Bracharense, dans le recueil de Bouchard). On en trouve encore aujourd'hui des traces chez les Lapons et chez les Livoniens.—Les Perses disaient simplement leSublimepour désignerDieu. Leurs temples n'étaient que des collines découvertes où l'on montait de deux côtés par d'immenses escaliers; c'est dans la hauteur de ces collines qu'ils faisaient consister leur magnificence. Tous les peuples placent la beauté des temples dans leur élévation prodigieuse. Le point le plus élevé s'appelait, selon Pausanias, αετος l'aigle, l'oiseau des auspices, celui dont le vol est le plus élevé. De là peut êtrepinnæ templorum,pinnæ murorum, et en dernier lieu,aquilæpour les créneaux. Les Hébreux adoraient dans le tabernaclele Très-Hautqui est au-dessus des cieux; et partout où le peuple de Dieu étendait ses conquêtes, Moïse ordonnait que l'on brûlât les bois sacrés, sanctuaires de l'idolâtrie.—Chez les chrétiens mêmes, plusieurs nations disent lecielpourDieu. Les Français et les Italiens disentfasse le ciel,j'espère dans les secours du ciel; il en est de même en espagnol. Les français disentbleupourle ciel, dans une espèce de sermentpar bleu, et dans ce blasphème impiemorbleu(c'est-à-diremeure le ciel, en prenant ce mot dans le sens deDieu.) Nous venons de donner un essai du vocabulaire dont on a parlé dans les axiomes13et22. (Vico).35: La défense de la divination faite par Dieu à son peuple fut le fondement de la véritable religion. (Vico).36: Voilà pourquoi Homère se trouve le premier de tous les poètes du genrehéroïque, le plus sublime de tous, dans l'ordre du mérite comme dans celui du temps. (Vico).37: On continua à appeler dans le droit,nos auteurs, ceux dont nous tenons un droit à une propriété. (Vico).38:Nous rapprocherons de ce passage celui qui y correspond dans la première édition:Grotius prétend que son système peut se passer de l'idée de la Providence. Cependant sans religion les hommes ne seraient pas réunis en nations.... Point de physique sans mathématique; point de morale ni de politique sans métaphysique, c'est-à-dire sans démonstration de Dieu.—Il suppose le premier homme bon, parce qu'il n'étaitpas mauvais. Il compose le genre humain à sa naissance d'hommessimples et débonnaires, qui auraient été poussés par l'intérêt à la vie sociale; c'est dans le fait l'hypothèse d'Épicure.Puis vient Selden, qui appuie son système sur le petit nombre de lois que Dieu dicta aux enfans de Noé. Mais Sem fut le seul qui persévéra dans la religion du Dieu d'Adam. Loin de fonder un droit commun à ses descendans et à ceux de Cham et de Japhet, on pourrait dire plutôt qu'il fonda un droit exclusif, qui fit plus tard distinguer les Juifs des Gentils...Puffendorf, en jetant l'homme dans le mondesans secours de la Providence, hasarde une hypothèse digne d'Épicure, ou plutôt de Hobbes....Écartant ainsi la Providence, ils ne pouvaient découvrir les sources de tout ce qui a rapport à l'économie du droit naturel des gens, ni celles des religions, des langues et des lois, ni celles de la paix et de la guerre, des traités, etc. De là deux erreurs capitales.1. D'abord ils croient que leur droit naturel, fondé sur les théories des philosophes, des théologiens, et sur quelques-unes de celles des jurisconsultes, et qui est éternel dans son idée abstraite, a dû être aussi éternel dans l'usage et dans la pratique des nations. Les jurisconsultes romains raisonnent mieux en considérant ce droit naturel comme ordonné par la Providence, et comme éternel en ce sens, que sorti des mêmes origines que les religions, il passe comme elles par différens âges, jusqu'à ce que les philosophes viennent le perfectionner et le compléter par des théories fondées sur l'idée de la justice éternelle.2. Leurs systèmes n'embrassent pas la moitié du droit naturel des gens. Ils parlent de celui qui regarde la conservation du genre humain, et ils ne disent rien de celui qui a rapport à la conservation des peuples en particulier. Cependant c'est le droit naturel établi séparément dans chaque cité qui a préparé les peuples à reconnaître, dès leurs premières communications, le sens commun qui les unit, de sorte qu'ils donnassent et redussent des lois conformes à toute la nature humaine, et les respectassent comme dictées par la Providence. (Vico).39:C'est cette langue naturelle que les hommes ont parlée autrefois, selon Platon et Jamblique. Platon a deviné plutôt que découvert cette vérité. Delà l'inutilité de ses recherches dans le Cratylo, delà les attaques d'Aristote et de Gallen. (Vico).40: La plupart des lois dont les Athéniens et les Lacédémoniens font honneur à Solon et à Lycurgue, leur ont été attribuées à tort, puisqu'elles sont entièrement contraires au principe de leur conduite. Ainsi Solon institue l'aréopage, qui existait dès le temps de la guerre de Troie, et dans lequel Oreste avait été absous du meurtre de sa mère par la voix de Minerve (c'est-à-dire par le partage égal des voix). Cet aréopage, institué par Solon, le fondateur de la démocratie à Athènes, maintient de toute sa sévérité le gouvernement aristocratique jusqu'au temps de Périclès. Au contraire on attribue à Lycurgue, au fondateur de la république aristocratique de Sparte, une loi agraire analogue à celle que les Gracques proposèrent à Rome. Mais nous voyons que, lorsque Agis voulut réellement introduire à Sparte un partage égal des terres conforme aux principes de la démocratie, il fut étranglé par ordre des Éphores.Édition de 1730, pag. 209.41: L'opinion de Montesquieu et de Vico sur le caractère des institutions de Servius-Tullius a été suivie par M. Niebuhr. (N. du T.)42: Vico semble adopter une opinion très différente quelques pages plus loin. (N. du T.)43: Par exemple,trois épis, ou l'action de couper trois fois des épis, pour signifiertrois années.—Platon et Jamblique ont dit que cette langue, dont les expressions portaient avec elles leur sens naturel, s'était parlée autrefois. Ce fut sans doute cette langueatlantiquequi, selon les savans, exprimait les idées par la nature même des choses, c'est-à-dire, par leurs propriétés naturelles (Vico).44: Le besoin d'assurer les terres à leurs possesseurs fut un des motifs qui déterminèrent le plus puissamment l'invention descaractèresounoms(dans le sens originaire denomina, maisons divisées en plusieurs familles ougentes). Ainsi Mercure Trismégiste, symbole poétique des premiers fondateurs de la civilisation égyptienne, inventa lesloiset leslettres; et c'est du nom de Mercuro, regardé aussi comme le Dieu des marchands,mercatorum, que les Italiens disentmercarepour marquer delettresou designesquelconques les bestiaux et les autres objets de commerce (robe da mercantara) pour la distinction et la sûreté des propriétés. Qui ne s'étonnerait de voir subsister jusqu'à nos jours une telle conformité de pensée et de langage entre les nations? (Vico).45: Telle est l'origine desarmoiries, et par suite desmédailles. Les familles, puis les nations, les employèrent d'abord par nécessité. Elles devinrent plus tard un objet d'amusement et d'érudition. On a donné à cesemblèmesle nom d'héroïques, sans en bien sentir le motif. Les modernes ont besoin d'y inscrire des devises qui leur donnent un sens; il n'en était pas de même des emblèmes employés naturellement dans les temps héroïques; leur silence parlait assez. Ils portaient avec eux leur signification; ainsitrois épis, ou legeste de couper trois fois des épis, signifiait naturellementtrois années; d'où il vint quecaractèreetnoms'employèrent indifféremment l'un pour l'autre, et que les motsnometnatureeurent la même signification, comme nous l'avons dit plus haut.Cesarmoiries, cesarmesetemblèmes des familles, furent employés au moyen âge, lorsque les nations, redevenues muettes, perdirent l'usage du langage vulgaire. Il ne nous reste aucune connaissance des langues que parlaient alors les Italiens, les Français, les Espagnols et les autres nations de ce temps. Les prêtres seuls savaient le latin et le grec. En françaisclercvoulait dire souventlettré; au contraire, chez les italiens,laicose disait pourillettré, comme on le voit dans un beau passage de Dante. Parmi les prêtres mêmes, il y avait tant d'ignorance, qu'on trouve des actes souscrits par des évêques, où ils ont mis simplement la marque d'une croix, faute de savoir écrire leur nom. Parmi les prélats instruits, il y en avait même peu qui eussent écrire. Le père Mabillon, dans son ouvragede re diplomaticâ, a pris le soin de reproduire par la gravure les signatures apposées par des évêques et des archevêques aux actes des Conciles de ces temps barbares; l'écriture en est plus informe que celle des hommes les plus ignorans d'aujourd'hui; et pourtant ces prélats étaient les chanceliers des royaumes chrétiens, comme aujourd'hui encore les trois archevêques archichanceliers de l'Empire pour les langues allemande, française et italienne. Une loi anglaise accorde la vie au coupable digne de mort qui pourra prouver qu'il sait lire. C'est peut-être pour cette cause que plus tard le motlettréa fini par avoir à-peu-près le même sens que celui de savant.—Il est encore résulté de cette ignorance de l'écriture, que dans les anciennes maisons il n'y a guères de mur où l'on n'ait gravé quelque figure, quelqu'emblème.Concluons de tout ceci que cessignesdivers, employés nécessairement par les nationsmuettesencore, pour assurer la distinction des propriétés furent ensuite appliqués aux usages publics, soit à ceux de la paix (d'où provinrent les médailles), soit à ceux de la guerre. Dans ce dernier cas, ils ont l'usage primitif des hiéroglyphes, puisqu'ordinairement les guerres ont lieu entre des nations qui parlent des langues différentes et qui par conséquent sontmuettesl'une par rapport à l'autre.46: La plupart des langues ont à-peu-près trente mille mots. Si l'on peut ajouter foi aux calculs de Héron dans son ouvrage sur la Langue Anglaise, l'Espagnol en aurait trente mille, le Français trente-deux mille, l'Italien trente-cinq mille, l'Anglais trente-sept mille. (N. du T.)47: Nous avons déjà rapporté le passage où Tacite nous apprendque les lettres des Latins ressemblaient à l'ancien alphabet des Grecs. Ce qui le prouve, c'est que les Grecs employèrent pendant long-temps les lettres majuscules pour figurer les nombres, et que les Latins conservèrent toujours le même usage. (Vico).48: Les locutionshéroïquesconservées et abrégées dans la précision des langues plus récentes, ont bien étonné les commentateurs de la Bible, qui voient les noms des mêmes rois exprimés d'une manière dans l'Histoire Sacrée, et d'une autre dans l'Histoire profane. C'est que le même homme est envisagé dans l'une, je supposé, sous le rapport de la figure, de la puissance, etc.; dans l'autre, sous le rapport de son caractère, des choses qu'il a entreprises. Nous observons de même qu'en Hongrie la même ville a un nom chez les Hongrois, un autre chez les Grecs, un troisième chez les Allemands, un quatrième chez les Turcs. L'allemand, qui est une languehéroïque, quoique vivante, reçoit tous les mots étrangers en leur faisant subir une transformation. On doit conjecturer que les Latins et les Grecs en font autant, lorsqu'ils expriment tant de choses particulières aux barbares, avec des mots qui sonnent si bien en latin et en grec. Voilà pourquoi on trouve tant d'obscurité dans la géographie et dans l'histoire naturelle des anciens. (Vico).49: Ce qui le prouve, ce sont les diphthongues qui restèrent dans les langues, et qui durent être bien plus nombreuses dans l'origine. Ainsi les Grecs et les Français qui ont passé d'une manière prématurée de la barbarie à la civilisation ont conservé beaucoup de diphthongues. Voyez la note de l'axiome21. (Vico).50: Maintenant encore, au milieu de tant de moyens d'apprendre à parler, ne voyons-nous pas les enfans, malgré la flexibilité de leurs organes, prononcer les consonnes avec la plus grande peine. Les Chinois, qui avec un très petit nombre de signes diversement modifiés, expriment en langue vulgaire leurs cent vingt mille hiéroglyphes, parlent aussi en chantant. (Vico).51: Nous trouvons ici une preuve de ce que nous avons avancé dans les axiomes. Si les savans s'appliquent à trouver les origines de la langue allemande en suivant nos principes, ils y feront d'étonnantes découvertes. (Vico).52: Comme le prouve le succès avec lequel Ménénius Agrippa ramena à l'obéissance le peuple romain. (Vico).53: Selon Tite-Live, Tullus ne voulut point juger lui-même Horace, parce qu'il craignait de prendre sur lui l'odieux d'un tel jugement; explication tout-à-fait ridicule. Tite-Live n'a pas compris que dans un sénathéroïque, c'est-à-dire, aristocratique, un roi n'avait d'autre puissance que celle de créer des duumvirs ou commissaires pour juger les accusés; le peuple des cités héroïques ne se composait que de nobles auxquels l'accusé déjà condamné pouvait toujours en appeler. (Vico).54: On s'étonnera peu de ce dernier évènement si l'on songe à l'étendue illimité de lapuissance paternelledes premiers hommes du paganisme, de ces Cyclopes de la fable. Cette puissance fut sans borne chez les nations les plus éclairées, telles que la grecque, chez les plus sages, telles que la romaine; jusqu'aux temps de la plus haute civilisation, les pères y avaient le droit de faire périr leurs enfans nouveau-nés. C'est ce qui doit diminuer l'horreur que nous inspire, dans la douceur de nos temps modernes, la sévérité de Brutus, condamnant ses fils, et de Manlius faisant périr le sien pour avoir combattu et vaincu au mépris de ses ordres. (Vico).55: C'est cette tradition vulgaire sur la sagesse des anciens qui a trompé Platon, et lui a fait regretterles temps où les philosophes régnaient, où les rois étaient philosophes. (Vico).56: Cette tradition mal interprétée a jeté tous les politiques dans l'erreur de croire que lapremière forme des gouvernemens civils aurait été la monarchie. Partant de cette erreur, ils ont établi pour principe de leur fausse science quela royauté tirait son origine de la violence, ou de la fraude qui aurait bientôt éclaté en violence. Mais à cette époque où les hommes avaient encore tout l'orgueil farouche de la libertébestiale, cette simplicité grossière où ils se contentaient des productions spontanées de la nature pour alimens, de l'eau des fontaines pour boisson, et des cavernes pour abri pendant leur sommeil; dans cette égalité naturelle où tous les pères étaient souverains de leur famille, on ne peut comprendre comment la fraude ou la force eussent assujéti tous les hommes à un seul. (Vico).57: Aristote définit les fils,des instrumens animés de leurs pères; et jusqu'au temps où la constitution de Rome devint entièrement démocratique, les pères du famille conservèrent dans son intégrité cette monarchie domestique. Dans les premiers siècles, ils pouvaient vendre leurs fils jusqu'à trois fois. Plus tard lorsque la civilisation eut adouci les esprits, l'émancipation se fit par trois ventes fictives. Mais les Gaulois et les Celtes conservèrent toujours le même pouvoir sur leurs enfans et leurs esclaves. On a retrouvé les mêmes mœurs dans les Indes occidentales: les pères y vendaient réellement leurs enfans; et en Europe les Moscovites et les Tartares peuvent exercer quatre fois le même droit. Tout ceci prouve combien les modernes se sont mépris sur le sens du mot célèbre;les barbares n'ont point sur leurs enfans le même pouvoir que les citoyens romains. Cette maxime des jurisconsultes anciens se rapporte aux nations vaincues par le peuple romain. La victoire leur ôtant tout droitcivil, ainsi que nous le démontrerons, les vaincus conservaient seulement la puissance paternelle, donnée par lanature, les liens naturels du sang,cognationes, et d'un autre côté ledomaine natureloubonitaire; en tout cela leurs obligations étaient simplementnaturelles, de jure naturali gentium, en ajoutant, avec Ulpien,humanarum. Mais pour les peuples indépendans de l'Empire, ces droits furentcivils, et précisément les mêmes que ceux des citoyens romains. (Vico).58: L'hospitalité héroïque entraîna aussi dans d'autres occasions l'idée d'inimitié: Pâris fut hôte d'Hélène, Thésée d'Ariane, Jason de Médée, Énée de Didon; ces enlèvemens, ces trahisons étaient des actionshéroïques. (Vico).59: Bernardo Segni, traduit ce qu'Aristote appelle une république démocratique, parrepublica per censo. (Vico).60: De même que les Grecs, du mot χειρ, la main, qui par extension signifie aussi puissance chez toutes les nations, tirèrent celui de χυρια, dans un sens analogue à celui du latincuria. (Vico).61: Plaute dit dans plusieurs endroits, qu'il a traduit, enlangue barbare, les comédies grecques..., Marcus vertit barbarè. (Vico).62: Ουκ εχοντος πω αισχυνην τουτου τον εργου (τον αρπαζειν), φεροντος δε τι και δοξης μαλλον. Δηλουσι δε των τε ηπειρωτων τινες ετι και νυν, οις κοσμος καλως τουτο δραν, και οι παλαιοι των ποιητων τας πυστεις των καταπλεοντων πανταχου ομοιως ερωτωντες ει λησται εισιν ως ουτε ων πυνθανονται απαξιουντων το εργον, οις τ' επιμελες ειν ειδεναι, ουκ ονειδιζοννων.63: On prend ordinairement dans ce passage le mothostisdans le sens de l'adverse partie; mais Cicéron observe précisément à ce sujet quehostisétait pris par les anciens latins dans le sens duperegrinus. (Vico).64: Comment expliquer cette prétendue alliance, quand Romulus lui-même, sorti du sang des rois d'Albe, vengeur de Numitor auquel il avait rendu le trône, ne put trouver de femmes chez les Albains. (Vico).65: Lenombre, chose la plus abstraite de toutes, fut la dernière que comprirent les nations. Pour désigner un grand nombre, on se servit d'abord de celui dedouze, de là lesdouzegrands dieux, lesdouzetravaux d'Hercule, lesdouzeparties de l'as, lesdouzetables, etc. Les Latins ont conservé, d'une époque où l'on connaissait mieux les nombres, leur motsexcenti, et les Italiens,cento, et ensuitecento e mille, pour dire un nombre innombrable. Les philosophes seuls peuvent arriver à comprendre l'idée d'infini. (Vico).66: Il est à croire qu'au temps de la guerre de Troie, le nom de αχαιοι,achivi, était restreint à une partie du peuple grec, qui fit cette guerre; mais ce nom s'étant étendu à toute la nation, on dit au temps d'Homèreque toute la Grèce s'était liguée contre Troie. Ainsi nous voyons dans Tacite que ce nom deGermanie, étendu depuis à une vaste contrée de l'Europe, n'avait désigné originalement qu'une tribu qui, passant le Rhin, chassa les Gaulois de ses bords; la gloire de cette conquête fit adopter ce nom par toute laGermanie, comme la gloire du siège de Troie avait fait adopter celui d'achivipar tous les Grecs. (Vico).67: Nous avons observé dans la table chronologique que cette époque est pour l'histoire grecque celle de la plus grande lumière, comme pour l'histoire romaine l'époque de la seconde guerre punique; c'est alors que Tite-Live déclare qu'il écrit l'histoire avec plus de certitude; et pourtant il n'hésite point d'avouer qu'il ignore les trois circonstances historiques les plus importantes.Voyez la table chronologique.(Vico).68: Les premiers hommes étant presque ainsiincapables de généraliserque les animaux, pour qui toute sensation nouvelle efface entièrement la sensation analogue qu'ils ont pu éprouver, ils ne pouvaientcombiner des idées et discourir. Toutes les pensées (sentenze) devaient en conséquence êtreparticulariséespar celui qui les pensait, ou plutôt qui lessentait. Examinons le trait sublime que Longin admire dans l'ode de Sapho, traduite par Catulle: le poète exprime par une comparaison les transports qu'inspire la présence de l'objet aimé,Ille mi par esse deo videtur,Celui-là est pour moi égal en bonheur aux dieux même....la pensée n'atteint pas ici le plus haut degré du sublime, parce que l'amant ne laparticularisepoint en la restreignant à lui-même; c'est au contraire ce que fait Térence, lorsqu'il dit:Vitam deorum adepti sumus,Nous avons atteint la félicité des dieux.ce sentiment est propre à celui qui parle, le pluriel est pour le singulier; cependant ce pluriel semble en faire un sentiment commun à plusieurs. Mais le même poète dans une autre comédie porte le sentiment au plus haut degré de sublimité en le singularisant et l'appropriant à celui qui l'éprouve,Deus factus sum, je ne suis plus un homme, mais un Dieu.Lespensées abstraitesregardant les généralités sont du domaine des philosophes, et lesréflexions sur les passionssont d'unefausseetfroide poésie.69:Ces principes de géographiepeuvent justifierHomèred'erreurs très graves qui lui sont imputées à tort. Par exemple lesCimmériensdurent avoir, comme il le dit, des nuits plus longues que tous les peuples de laGrèce, parce qu'ils étaient placés dans sa partie la plus septentrionale; ensuite on a reculé l'habitation desCimmériensjusqu'auxPalus-Méotides. On disait à cause de leurs longues nuits qu'ils habitaient près des enfers, et les habitans deCumes, voisins de la grotte de la Sybille qui conduisait aux enfers, reçurent, à cause de cette prétendue analogie de situation, le nom deCimmériens. Autrement il ne serait point croyable qu'Ulysse, voyageant sans le secours des enchantemens (contre lesquels Mercure lui avait donné un préservatif), fût allé en un jour voir l'enfer chez lesCimmériens des Palus-Méotides, et fût revenu le même jour àCircéi, maintenant le mont Circello, près de Cumes.—LesLotophageset lesLestrigonsdurent aussi être voisins de la Grèce.Les mêmesprincipes de géographie poétiquepeuvent résoudre de grandes difficultés dans l'Histoire ancienne de l'Orient, où l'on éloigne beaucoup vers lenordou lemidides peuples qui durent être placés d'abord dans l'orientmême.Ce que nous disons de laGéographie des Grecsse représente dans celle desLatins. LeLatiumdut être d'abord bien resserré, puisqu'en deux siècles et demi, Rome, sous ses rois, soumit à-peu-prèsvingt peuplessans étendre son empire à plus devingt milles. L'Italiefut certainement circonscrite par la Gaule Cisalpine et par la Grande-Grèce; ensuite les conquêtes des Romains étendirent ce nom à toute la Péninsule. Lamer d'Étruriedut être bien limitée lorsqu'Horatius-Coclès arrêtait seul toute l'Étrurie sur un pont; ensuite ce nom s'est étendu par les victoires de Rome à toute cette mer qui baigne la côte inférieure de l'Italie. De même lePontoù Jason conduisit les Argonautes, dut être la terre la plus voisine de l'Europe, celle qui n'en est séparée que par l'étroit bassin appeléPropontide; cette terre dut donner son nom à la mer duPont, et ce nom s'étendit à tout le golfe que présente l'Asie, dans cette partie de ses rivages où fut depuis le royaume de Mithridates; le père de Médée, selon la même fable, était né à Chalcis, dans cette ville grecque de l'Eubée qui s'appelle maintenantNégrepont.—La premièreCrètedut être une île dans cet Archipel où les Cyclades forment une sorte delabyrinthe; c'est de là probablement que Minos allait en course contre les Athéniens; dans la suite, laCrètesortit de la mer Égée pour se fixer dans celle où nous la plaçons.Puisque des Latins nous sommes revenus aux Grecs, remarquons que cette nation vaine en se répandant dans le monde, y célébra partoutla guerre de Troieetles voyages des héros erransaprès sa destruction, des héros grecs, tels que Ménélas, Diomède, Ulysse, et des héros troyens, tels que Antenor, Capys, Énée. Les Grecs ayant retrouvé dans toutes les contrées du monde uncaractère de fondateurs des sociétésanalogue à celui de leurHercule de Thèbes, ils placèrent partout son nom et le firent voyager par toute la terre qu'il purgeait de monstres sans en rapporter dans sa patrie autre chose que de la gloire. Varron compte environ quaranteHercules, et il affirme que celui des Latins s'appelaitDius Fidius; les Égyptiens, aussi vains que les Grecs, disaient que leurJupiter Ammonétait le plus ancien desJupiter, et que lesHerculesdes autres nations avaient pris leur nom de l'Hercule Égyptien. Les Grecs observèrent encore qu'il y avait eu partout uncaractère poétique de bergers parlant en vers; chez eux c'étaitÉvandre l'arcadien; Évandre ne manqua pas de passer de l'Arcadie dans leLatium, où il donna l'hospitalité à l'Hercule grec, son compatriote, et prit pour femmeCarmenta, ainsi nommée decarmina,vers; elle trouva chez les Latinsles lettres, c'est-à-dire, lesformesdes sons articulés qui sont lamatièredes vers. Enfin ce qui confirme tout ce que nous venons de dire, c'est que les Grecs observèrent cescaractères poétiquesdans le Latium, en même temps qu'ils trouvèrent leursCurètesrépandus dans laSaturnie, c'est-à-dire dans l'ancienne Italie, dans la Crète et dans l'Asie.Mais comme ces mots et ces idées passèrent desGrecsauxLatinsdans un temps où les nations, encore trèssauvages, étaientfermées aux étrangers[69-A], nous avons demandé plus haut qu'on nous passât la conjecture suivante:Il peut avoir existé sur le rivage du Latium une cité grecque, ensevelie depuis dans les ténèbres de l'antiquité, laquelle aurait donné aux Latins les lettres de l'alphabet.Tacite nous apprend que les lettres latines furent d'abord semblablesaux plus anciennesdes Grecs, ce qui est une forte preuve que les Latins ont reçu l'alphabet grec de cesGrecs du Latium, et non de la grande Grèce, encore moins de la Grèce proprement dite; car s'il en eût été ainsi, ils n'eussent connu ces lettres qu'au temps de la guerre de Tarente et de Pyrrhus, et alors ils se seraient servisdes plus modernes, et non pasdes anciennes.Les noms d'Hercule, d'Évandreet d'Énéepassèrent donc de la Grèce dans le Latium, par l'effet de quatre causes que nous trouveronsdans les mœurs et le caractère des nations: 1oles peuples encore barbares sont attachés aux coutumes de leur pays, mais à mesure qu'ils commencent à se civiliser, ils prennent du goût pourles façons de parler des étrangers, comme pour leurs marchandises et leurs manières; c'est ce qui explique pourquoi les Latins changèrent leurDius Fidiuspour l'Hercule des Grecs, et leur jurement nationalMedius FidiuspourMehercule,Mecastor,Edepol. 2oLa vanité des nations, nous l'avons souvent répété, les porte à se donner l'illustration d'une origine étrangère, surtout lorsque les traditions de leurs âges barbares semblent favoriser cette croyance; ainsi, au moyen âge, Jean Villani nous raconte que Fiesole fut fondé par Atlas, et qu'un roi troyen du nom de Priam régna en Germanie; ainsi les Latins méconnurent sans peine leur véritable fondateur, pour lui substituerHercule, fondateur de la société chez les Grecs, et changèrent lecaractère de leurs bergers-poètespour celui de l'Arcadien Évandre. 3oLorsque les nations remarquent deschoses étrangères, qu'elles ne peuvent bien expliquer avec des mots de leur langue,elles ontnécessairementrecours aux mots des langues étrangères. 4oEnfin, les premiers peuples, incapables d'abstraire d'un sujet les qualités qui lui sont propres,nomment les sujets pour désigner les qualités, c'est ce que prouvent d'une manière certaine plusieurs expressions de la langue latine. Les Romains ne savaient ce que c'était queluxe; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Tarentins, ils direntun Tarentinpourun homme parfumé. Ils ne savaient ce que c'était questratagème militaire; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Carthaginois, ils appelèrent les stratagèmespunicas artes, les arts puniques ou carthaginois. Ils n'avaient point l'idée dufaste; lorsqu'ils le remarquèrent dans les Capouans, ils direntsupercilium campanicum, pourfastueux,superbe. C'est de cette manière que Numa et Ancus furentSabins; les Sabins étant remarquables par leur piété, les Romains direntSabin, faute de pouvoir exprimerreligieux. Servius Tullius futGrecdans le langage des Romains, parce qu'ils ne savaient pas direhabile et rusé.Peut-être doit-on comprendre de cette manière lesArcadiens d'Évandre, et lesPhrygiens d'Énèe. Comment desbergers, qui ne savaient ce que c'est que la mer, seraient-ils sortis de l'Arcadie, contrée toute méditerranée de la Grèce, pour tenter une si longue navigation et pénétrer jusqu'au milieu du Latium? Cependant toute tradition vulgaire doit avoir originairement quelque cause publique, quelque fondement de vérité..... Ce sont les Grecs qui, chantant par tout le monde leur guerre de Troie et les aventures de leurs héros,ont fait d'Énée le fondateur de la nation romaine, tandis que, selon Bochart, il ne mit jamais le pied en Italie, que Strabon assure qu'il ne sortit jamais de Troie, et qu'Homère, dont l'autorité a plus de poids ici, raconte qu'il y mourut et qu'il laissa le trône à sa postérité. Cette fable, inventée par la vanité des Grecs et adoptée par celle des Romains, ne put naître qu'au temps de la guerre de Pyrrhus, époque à laquelle les Romains commencèrent à accueillir ce qui venait de la Grèce.Il est plus naturel de croire qu'il exista sur le rivage du Latium une cité grecque qui, vaincue par les Romains, fut détruite en vertu du droit héroïque des nations barbares, que les vaincus furent reçus à Rome dans la classe des plébéiens, et que, dans le langage poétique, on appela dans la suiteArcadiensceux d'entre les vaincus qui avaient d'abord erré dans les forêts,Phrygiensceux qui avaient erré sur mer.69-A: Tite-Live assure qu'à l'époque de Servius Tullius, le nom si célèbre de Pythagore n'aurait pu parvenir de Crotone à Rome à travers tant de nations séparées par la diversité de leurs langues et de leurs mœurs. (Vico).70: Lagéographiecomprenant lanomenclatureet lachorographieou description des lieux, principalement des cités, il nous reste à la considérer sous ce double aspect pour achever ce que nous avions à dire de lasagesse poétique.Nous avons remarqué plus haut que lescités héroïquesfurent fondées par la Providence dans des lieux d'une forte position, désignés par les Latins, dans la langue sacrée de leur âge divin, par le nom d'Ara, ou bien d'Arces(de là, au moyen âge, l'italienrocche, et ensuitecastellapourseigneuries). Ce nom d'Aradut s'étendre à tout le pays dépendant de chaque cité héroïque, lequel s'appelait aussiAger, lorsqu'on le considérait sous le rapport des limites communes avec les cités étrangères, etterritoriumsous le rapport de la juridiction de la cité sur les citoyens. Il y a sur ce sujet un passage remarquable de Tacite; c'est celui où il décrit l'Ara maximad'Hercule à Rome:Igitur à foro boario, ubi œneum bovis simulacrum adspicimus, quia id genus animalium aratro subditur, sulcus designandi oppidi captus, ut magnam Herculis aram complecteretur, ara Herculis erat.Joignez-y le passage curieux où Salluste parle de la fameuseArades frères Philènes, qui servait de limites à l'empire carthaginois et à la Cyrénaïque. Toute l'ancienne géographie est pleine de semblablesaræ; et pour commencer par l'Asie, Cellarius observe que toutes les cités de la Syrie prenaient le nom d'Are, avant ou après leurs noms particuliers; ce qui faisait donner à la Syrie elle-même celui d'ArameaouAramia. Dans la Grèce, Thésée fonda la cité d'Athènes en érigeant le fameuxautel des malheureux. Sans doute il comprenait avec raison sous cette dénomination les vagabonds sans lois et sans culte qui, pour échapper aux rixes continuelles de l'état bestial, cherchaient un asile dans les lieux forts occupés par les premières sociétés, faibles qu'ils étaient par leur isolement, et manquant de tous les biens que la civilisation assurait déjà aux hommes réunis par la religion.Les Grecs prenaient encore αρα dans le sens devœu,action de dévouer, parce que les premières victimessaturni hostiæ, les premiers αναθηματα,diris devoti, furent immolés sur les premièresAræ, dans le sens où nous prenons ce mot. Ces premières victimes furent les hommes encore sauvages qui osèrent poursuivre sur les terres labourées par les forts, les faibles qui s'y réfugiaient (campareen italien, du latincampus, pourse sauver). Ils y étaient consacrés àVestaet immolés. Les Latins en ont conservésupplicium, dans les deux sens desuppliceet desacrifice. En cela la langue grecque répond à la langue latine: αρα,vœu,action de dévouerveut dire aussinoxa, la personne ou la chose coupable, et de plusdiræ, les Furies. Les premiers coupables qu'on dévoua,primæ noxæ, étaient consacrés aux Furies, et ensuite sacrifiés sur les premièresarædont nous avons parlé. Le motharadut signifier chez les anciens Latins, non pas le lieu où l'on élève les troupeaux, mais lavictime, d'où vint certainementharuspex, celui qui tire les présages de l'examen des entrailles des victimes immolées devant les autels.D'après ce que nous avons vu relativement à l'Ara maximad'Hercule, c'est sur unearasemblable à celle de Thésée que Romulus dut fonder Rome, en ouvrant un asile dans un bois. Jamais les Latins ne parlent d'un bois sacré,lucus, sans faire mention d'un autel,ara, élevé dans ce bois à quelque divinité. Aussi lorsque Tite-Live nous dit en général que les asiles furent le moyen employé d'ordinaire par les anciens fondateurs des villes,vetus urbes condentium consilium, il nous indique la raison pour laquelle on trouve dans l'ancienne géographie tant de cités avec le nom d'Aræ. Nous avons parlé de l'Asie et de l'Afrique, mais il en est de même en Europe, particulièrement en Grèce, en Italie, et maintenant encore en Espagne. Tacite mentionne en Germanie l'Ara Ubiorum. De nos jours on donne ce nom en Transilvanie à plusieurs cités.C'est aussi de ce motAra, prononcé et entendu d'une manière si uniforme par tant de nations séparées par les temps, les lieux et les usages, que les Latins durent tirer le motaratrum, charrue, dont la courbure se disaiturbs(le sens le plus ordinaire de ce mot est celui deville); du même mot vinrent enfinarx, forteresse,arceo, repousser (ager arcifinius, chez les auteurs qui ont écritsur les limites des champs), etarma,arcus, armes, arc; c'était une idée bien sage de faire ainsi consister le courage à arrêter et repousser l'injustice. Αρης,Marsvint sans doute de la défense desaræ. (Vico).71: Usage barbare dont les nations se seraient constamment abstenues si l'on en croyait les auteurs qui ont écrit sur le droit des gens, et qui pourtant était alors pratiqué par ces Grecs auxquels on attribue la gloire d'avoir répandu la civilisation dans le monde. (Vico).72: Au moyen âge, dont l'Homère toscan(Dante) n'a chanté que desfaits réels, nous voyons que Rienzi, exposant aux Romains l'oppression dans laquelle ils étaient tenus par les nobles, fut interrompu par ses sanglots et par ceux de tous les assistans. La vie de Rienzi par un auteur contemporain nous représente au naturel lesmœurs héroïquesde la Grèce, telles qu'elles sont peintes dans Homère. (Vico).Voy.dans la note du discours le jugement sur Dante.73:. . . . . .μεγαν περικαλλεα πεπλονποικιλον εν δαρ' εσαν περοναι δυο καιδεχα πασαιχρυσειαι, κληισιν ευγναμπτοις αραροιαι. Od. Σ.74: L'usage en resta dans les sacrifices, et les Romains appelèrent toujoursprosficiales chairs des victimes rôties sur les autels que l'on partageait entre les convives; dans la suite les victimes, comme les viandes profanes, furent rôties avec des broches. Lorsqu'Achille reçoit Priam à sa table, il ouvre l'agneau, et ensuite Patrocle le rôtit, prépare la table, et sert le pain dans des corbeilles; les héros ne célébraient point de banquets qui ne fussent des sacrifices, où ils étaient eux-mêmes les prêtres. Les Latins en conservèrentepulæ, banquets somptueux, le plus souvent donnés par les grands;epulum, repas donné au peuple par la république;epulones, prêtres qui prenaient part au repas sacré. Agamemnon tue lui-même les deux agneaux dont le sang doit consacrer le traité fait avec Priam; tant on attachait alors une idée magnifique à une action qui nous semble maintenant celle d'un boucher! (Vico).75: Rien n'indique qu'Hésiode qui laissa ses ouvrages écrits ait été appris par cœur, comme Homère, par les rapsodes. Les chronologistes ont donc pris un soin puéril en le plaçant trente ans avant Homère, tandis qu'il dut venir après les Pisistratides.On pourrait cependant attaquer cette opinion en considérant Hésiode comme un de ces poètes cycliques, qui chantèrent toute l'histoire fabuleusedes Grecs, depuis l'origine de leur théogonie jusqu'au retour d'Ulysse à Itaque, et en les plaçant dans la même classe que les rapsodes homériques. Ces poètes dont le nom vient de κυκλος,cercle, ne purent être que des hommes du peuple qui, les jours de fêtes, chantaient les fables à la multitude rassemblée en cercle autour d'eux. On les désigne ordinairement eux-mêmes par l'épithète de κυκλιοι, εκυκλιοι, et les recueils de leurs ouvrages par κυκλος επικος, κυκλια επη, ποιημα εγκυκλικον, ou simplement κυκλος. Hésiode, considéré comme unpoète cyclique, qui raconte toutes lesfables relatives aux dieuxde la Grèce, aurait précédé Homère.Ce que nous disions d'abord d'Hésiode, nous le dirons d'Hippocrate. Il laissa des ouvrages considérables écrits, non en vers, mais enprose, et par conséquentincapables d'être retenus par cœur; nous le placerons au temps d'Hérodote. (Vico).76: Amphion dut appartenir à cette classe. Il fut en outre l'inventeur du dithyrambe, première ébauche de la tragédie écrite en vers héroïques (nous avons démontré que ce vers fut le premier chez les Grecs). Ainsi le dithyrambe d'Amphion aurait été la première satire; on vient de voir que c'est en parlant de la satire qu'Horace commence à traiter de la tragédie. (Vico).77: Il peut être vrai en ce sens que Bacchus, dieu de la vendange, ait commandé à Eschyle de composer des tragédies. (Vico).78: Aussi a-t-on lieu de conjecturer que la tragédie a tiré son nom de ce genre de déguisement, plutôt que du bouc Τραγος, qu'on donnait en prix au vainqueur. (Vico).79: C'est de là peut-être que chez nous les vendangeurs sont encore appelés vulgairement cornuti. (Vico).80:Lex per satyramsignifiait une loi qui comprenait des matières diverses. (Vico).81: Lorsque l'esprit humain s'habitua à abstraire lesformeset lespropriétésdessujets, cesuniversaux poétiques, ces genres créés par l'imagination (generi fantastici), firent place à ceux que la raison créa (generi intelligibili), c'est alors que vinrent les philosophes; et plus tard encore, les auteurs de la nouvelle comédie, dont l'époque est pour la Grèce celle de la plus haute civilisation, prirent des philosophes l'idée de ces derniers genres et les personnifièrent dans leurs comédies. (Vico).82: Ainsi comme nous l'avons dit plus haut, la phrase héroïque,le sang me bout dans le cœur, fut résumée dans la langue vulgaire par ce mot abstrait et général,je suis en colère. (Vico).83: Voyez dans Tacite comment la monarchie s'établit à Rome à la faveur des titres républicains que privent les empereurs, et auxquels le peuple donna peu-à-peu un nouveau sens. (Note du Trad.)84: On ne pouvait jusqu'ici ajouter foi à cette vérité tant que l'on attribuait aux premiers peuples ce parfait héroïsme imaginé par les philosophes; préjugé qui résultait d'une opinion exagérée que l'on s'était formée de la sagesse des anciens. (Vico).85: Qu'on voie par-là si les commentateurs de la loi des douze tables ont été bien avisés de placer dans la onzième le titre suivant,auspicia incommunicata plebi sunto. Tous les droits civils, publics et privés, étaient une dépendance des auspices, et restaient le privilège des nobles. Les droits privés étaient les noces, la puissance paternelle, la suité, l'agitation, la gentilité, la succession légitime, le testament et la tutelle. Après avoir dans les premières tables établi les lois qui sont propres à unedémocratie(particulièrement la loitestamentaire) en communiquant tous ces droits privés au peuple, ils rendent la forme du gouvernement entièrementaristocratiquepar un seul titre de la onzième table. Toutefois dans cette confusion, ils rencontrent par hasard une vérité, c'est que plusieurs coutumes anciennes des Romains reçurent le caractère de lois dans les deux dernières tables; ce qui montre bien que Rome fut dans les premiers siècles une aristocratie. (Vico).86: En cela l'habileté d'Auguste leur avait donné l'exemple. De crainte d'éveiller la jalousie du peuple en lui enlevant le privilège nominal de l'empire,imperium, il prit le titre de la puissance tribunitienne,potestas tribunitia, se déclarant ainsi le protecteur de la liberté romaine.Le tribunat avait été simplement une puissance de fait; les tribuns n'eurent jamais dans la république ce qu'on appelaitimperium. Sous le même Auguste, un tribun du peuple ayant ordonné à Labéon de comparaître devant lui, ce jurisconsulte célèbre, le chef d'une des deux écoles de la jurisprudence romaine, refusa d'obéir; et il était dans son droit, puisque les tribuns n'avaient point l'imperium.Une observation a échappé aux grammairiens, aux politiques et aux jurisconsultes, c'est que dans la lutte des plébéiens contre les patriciens pour obtenir le consulat, ces derniers voulant satisfaire le peuple sans établir de précédens relativement au partage de l'empire, créèrent des tribuns militaires en partie plébéiens,cum consulari potestate, et non point cumIMPERIOconsulari. Aussi tout le système de la république romaine fut compris dans cette triple formule:Senatus autoritas, populi IMPERIUM, PLEBIS POTESTAS.Imperiums'entend des grandes magistratures, du consulat, de la préture qui donnaient le droit de condamner à mort;potestas, des magistratures inférieures, telles que l'édilité, etmodicâ coercitione continetur. (Vico).87: Ces lois doivent avoir été postérieures aux décemvirs, auxquels les anciens peuples les ont rapportées, comme au type idéal du législateur. (Vico).88: La jalousie aristocratique empêchait qu'on en élevât. On sait que Valérius Publicola ne se justifia du reproche d'avoir construit une maison dans un lieu élevé, qu'en la rasant en une nuit.—Les nations les plus belliqueuses et les plus farouches sont celles qui conservèrent le plus long-temps l'usage de ne point fortifier les villes. En Allemagne, ce fut, dit-on, Henri-l'Oiseleur qui le premier réunit dans des cités le peuple dispersé jusque-là dans les villages, et qui entoura les villes de murs.—Qu'on dise après cela que les premiers fondateurs des villes furent ceux qui marquèrent par un sillon le contour des murs; qu'on juge si les étymologistes ont raison de faire venir le mot porte,à portando aratro, de la charrue qu'on portait pour interrompre le sillon à l'endroit où devaient être les portes. (Vico).89: Voyez livreII, pag.214.90: Alexandre-le-Grand disait que le monde n'était pour lui qu'une cité, dont la citadelle était sa phalange. (Vico).91: De legibus.92: De là les χειροθεσιαι et les χειροτονιαι des Grecs: le premier mot désigne l'imposition des mainssur la tête du magistrat qu'on allait élire; le second les acclamations des électeurs quiélevaient les mains. (Vico).93: La quantité prouve quepersonane vient point, comme on le prétend, depersonare. (Vico).94: Tite-Live dit en parlant de la sentence prononcée contre Horace:Lex horrendi carminis erat.—Dans l'Asinariade Plaute, Diabolus dit que le parasiteest un grand poète, parce qu'il sait mieux que tout autre trouver ces subtilités verbales qui caractérisaient les formules, oucarmina. (Vico).95: S'il est certain qu'il y eut des lois avant qu'il existât des philosophes, on doit en inférer que le spectacle des citoyens d'Athènes s'unissant par l'acte de la législation dans l'idée d'un intérêt égal qui fût commun à tous, aida Socrate à former lesgenres intelligibles, ou lesuniversaux abstraits, au moyen de l'induction, opération de l'esprit qui recueille les particularités uniformes capables de composer un genre sous le rapport de leur uniformité. Ensuite Platon remarqua que, dans ces assemblées, les esprits des individus, passionnés chacun pour son intérêt, se réunissaient dans l'idée non passionnée de l'utilité commune. On l'a dit souvent, les hommes, pris séparément, sont conduits par l'intérêt personnel; pris en masse, ils veulent la justice. C'est ainsi qu'il en vint à méditer les idées intelligibles et parfaites des esprits (idées distinctes de ces esprits, et qui ne peuvent se trouver qu'en Dieu même), et s'éleva jusqu'à la conception duhéros de la philosophie, qui commande avec plaisir aux passions. Ainsi fut préparée la définition vraiment divine qu'Aristote nous a laissée de la loi:Volonté libre de passion; ce qui est le caractère de la volontéhéroïque. Aristote comprit lajustice,reinedes vertus, qui habite dans le cœur duhéros, parce qu'il avait vu lajustice légale, qui habite dans l'âme du législateur et de l'homme d'état, commander à laprudencedans le sénat, aucouragedans les armées, à latempérancedans les fêtes, à lajustice particulière, tantôtcommutative, comme au forum, tantôtdistributive, comme au trésor public,ærarium[où les impôts répartis équitablement donnent des droits proportionnels aux honneurs]. D'où il résulte que c'est de la place d'Athènes que sortirent les principes de la métaphysique, de la logique et de la morale. La liberté fit la législation, et de la législation sortit la philosophie.Tout ceci est une nouvelle réfutation du mot de Polybe que nous avons déjà cité (Si les hommes étaient philosophes, il n'y aurait plus besoin de religion). Sans religion point de société, sans société point de philosophes. Si laProvidencen'eût ainsi conduit les choses humaines, on n'aurait pas eu la moindre idée ni descienceni de vertu. (Vico).96:A cavendo, cavissæ; puis, par contraction,caussæ. (Vico).97: Ils en ont conservé le titre desacrée majesté. (Vico).98: Ces deux dernières formes, convenant également aux gouvernemens des âges civilisés, peuvent sans peine se changer l'une pour l'autre. Mais revenir à l'aristocratie, c'est ce qui est inconciliable avec la nature sociale de l'homme. Le vertueux Dion de Syracuse, l'ami du divin Platon, avait délivré sa patrie de la tyrannie d'un monstre; il n'en fut pas moins assassiné pour avoir essayé de rétablir l'aristocratie. Les pythagoriciens, qui composaient toute l'aristocratie de la grande Grèce, tentèrent d'opérer la même révolution, et furent massacrés ou brûlés vifs. En effet, dès qu'une fois les plébéiens ont reconnu qu'ils sont égaux en nature aux nobles, ils ne se résignent point à leur être inférieurs sous le rapport des droits politiques, et ils obtiennent cette égalité dans l'état populaire, ou sous la monarchie. Aussi voyons-nous le peu de gouvernemens aristocratiques qui subsistent encore, s'attacher, avec un soin inquiet et une sage prévoyance, à contenir la multitude et à prévenir de dangereux mécontentemens. (Vico).99: Bodin avoue que le royaume de France eut, non pas un gouvernement, comme nous le prétendons, mais au moins une constitutionaristocratiquesous les races mérovingienne et carlovingienne. Nous demanderons alors à Bodin comment ce royaume s'est trouvé soumis, comme il l'est, à une monarchie pure. Sera-ce en vertu d'uneloi royalepar laquelle les paladins français se sont dépouillés de leur puissance en faveur des Capétiens, de même que le peuple romain abdiqua la sienne en faveur d'Auguste, si nous en croyons la fable de laloi royaledébitée par Tribonien? Ou bien dira-t-il que la France a été conquise par quelqu'un des Capétiens?... Il faut plutôt que Bodin, et avec lui tous les politiques, tous les jurisconsultes, reconnaissent cetteloi royale,fondée en nature sur un principe éternel; c'est que la puissance libre d'un état, par cela même qu'elle est libre, doit en quelque sorte se réaliser. Ainsi, toute la force que perdent les nobles, le peuple la gagne, jusqu'à ce qu'il devienne libre; toute celle que perd le peuple libre tourne au profit des rois, qui finissent par acquérir un pouvoir monarchique. Le droit naturel des moralistes est celui de laraison; le droit naturel des gens est celui de l'utilitéet de laforce. Ce droit, comme disent les jurisconsultes, a été suivi par les nations,usu exigente humanisque necessitatibus expostulantibus. (Vico).100: Si nous traversons l'Océan pour passer dans le Nouveau-Monde, nous trouverons que l'Amérique eût parcouru la même carrière sans l'arrivée des Européens. (Vico).101: Ces rois des aristocraties ne doivent pas être confondus avec lesmonarques. (Note du Traducteur).102: Le peuple pris en général veut la justice. Lorsque le peuple tout entier constitue la cité, il fait des lois justes, c'est-à-diregénéralement bonnes. Si donc, comme le dit Aristote, de bonnes lois sont des volontés sans passion, en d'autres termes, des volontés dignes dusage, duhéros de la moralequi commande aux passions, c'est dans les républiques populaires que naquit la philosophie; la nature même de ces républiques conduisait la philosophie à former le sage, et dans ce but à chercher la vérité. Les secours de la philosophie furent ainsi substitues par la Providence à ceux de la religion. Au défaut dessentimensreligieux qui faisaient pratiquer la vertu aux hommes, lesréflexionsde la philosophie leur apprirent à considérer la vertu en elle-même, de sorte que, s'ils n'étaient pas vertueux, ils surent du moins rougir du vice.À la suite de la philosophie naquit l'éloquence, mais telle qu'il convient dans des états où se font des loisgénéralement bonnes, une éloquence passionnée pour la justice, et capable d'enflammer le peuple par des idées de vertu qui le portent à faire de telles lois. Voilà, à ce qu'il semble, le caractère de l'éloquence romaine au temps de Scipion-l'Africain; mais les états populaires venant à se corrompre, la philosophie suit cette corruption, tombe dans le scepticisme, et se met, par un écart de la science, à calomnier la vérité. De là naît une fausse éloquence, prête à soutenir le pour et le contre sur tous les sujets. (Vico).103: Mais il est une différence essentielle entre la vraie religion et les fausses. La première nous porte par la grâce aux actions vertueuses pour atteindre un bien infini et éternel, qui ne peut tomber sous les sens; c'est ici l'intelligence qui commande aux sens des actions vertueuses. Au contraire dans les fausses religions qui nous proposent pour cette vie et pour l'autre des biens bornés et périssables, tels que les plaisirs du corps, ce sont les sens qui excitent l'âme à bien agir. (Vico).

1: Il y propose le problème suivant:Ne pourrait-on pas animer d'un même esprit tout le savoir divin et humain, de sorte que les sciences se donnassent la main, pour ainsi dire, et qu'une université d'aujourd'hui représentât un Platon ou un Aristote, avec tout le savoir que nous avons de plus que les anciens?

2:Réponse à un article du journal littéraire d'Italieoù l'on attaquait le livreDe antiquissimâ Italorum sapientiâ ex originibus linguæ latinæ cruendâ. 1711.

3: Cet ouvrage est le seul dont Vico n'ait point transporté les idées dans laScience nouvelle. Nous en donnerons prochainement une traduction.

4: Omnis divinæ atque humanæ eruditionis elementa tria, nosse, velle, posse: quorum principium unum mens; cujus oculus ratio, cui æterni veri lumen præbet Deus......—Hæc tria elementa, quæ tam existere, et nostra esse, quàm nos vivere certò scimus, unâ illâ re, de quâ omninò dubitare non possumus, nimirùm cogitatione explicemus: quod quò faciliùs faciamus, hanc tractationem universam divido in partes tres: in quarum primâ omnia scientiarum principia à Deo esse: in secundâ, divinum lumen, sive æternum verum per hæc tria, quæ proposuimus elementa omnes scientias permeare: easque omnes unâ arctissimâ complexione colligatas alias in alias dirigere, et cunctas ad Deum ipsarum principium revocare: in tertiâ, quidquid usquàm de divinæ ac humanæ eruditionis principiis scriptum, dictumve sit, quod cum his principiis congruerit, verum; quod dissenserit, falsum esse demonstremus. Atque adeò de divinarum atque humanarum rerum notitiâ hæc agam tria, de origine, de circulo, de constantiâ; et ostendam, origine, omnes à Deo provenire; circulo, ad Deum redire omnes; constantiâ, omnes constare in Deo, omnesque eas ipsas præter Deum tenebras esse et errores.

5: Vico a très bien marqué lui-même les progrès de sa méthode: «Ce qui me déplaît dans mes livres sur le droit universel (De juris uno principio, etDe constantiâ jurisprudentis), c'est que j'y pars des idées de Platon et d'autres grands philosophes, pour descendre à l'examen des intelligences bornées et stupides des premiers hommes qui fondèrent l'humanité païenne; tandis que j'aurais dû suivre une marche toute contraire. De là les erreurs où je suis tombé dans certaines matières...—Dans la première édition de la Science nouvelle, j'errais, sinon dans la matière, au moins dans l'ordre que je suivais. Je traitais des principes des idées, en les séparant des principes des langues, qui sont naturellement unis entre eux. Je parlais de la méthode propre à la Science nouvelle, en la séparant des principes des idées et des principes des langues».Additions à une préface de la Science nouvelle, publiées avec d'autres pièces inédites de Vico, par M. Antonio Giordano, 1818. Ajoutons à cette critique, que, dans la première édition, il conçoit pour l'humanité l'espoir d'une perfection stationnaire. Cette idée, que tant d'autres philosophes devaient reproduire, ne reparaît plus dans les éditions suivantes.

6:Philosophie est une poésie sophistiquée.Montaigne;IIIv., p. 216 édit. Lefebvre.

7:

Cujus non fugio mortem, si famam assequar,Et cedo invidiæ, dum modo absolvar cinis.

8: On voit pourtant (Recueil des Opuscules, t. I, p. 118) qu'il correspondait avec un Juif, dont il fait l'éloge, et qui, dit-il, était son ami.

9: Damiano Romano. Défense historique des lois grecques venues à Rome contre l'opinion moderne de M. Vico, 1736, in-4o.—Quatorze Lettres sur le troisième principe de la science nouvelle, relatif à l'origine du langage; ouvrage dans lequel on montre par des preuves tirées tant de la philosophie que de l'histoire sacrée et profane, que toutes les conséquences de ce principe sont fausses et erronées, 1749.—Dans la préface de son premier ouvrage, il reconnaît que Vico a mérité l'immortalité; dans le second, fait après la mort de Vico, il l'appelle plagiaire, etc.—Il croit prouver d'abord que le système de Vico n'est pas nouveau, et dans cette partie, malgré la diffusion et le pédantisme, l'ouvrage est assez curieux, en ce qu'il rapproche de Vico les auteurs qui ont pu le mettre sur la voie.—Il soutient ensuite que ce système est erroné, et particulièrement contraire à la religion chrétienne. Le critique bienveillant rappelle à cette occasion l'hérésie d'un Alméricus (p. 139), dont on jeta, les cendres au vent.

M. Colangelo.Essai de quelques considérations sur la Science nouvelle, dédié à M. Louis de Médicis, ministre des finances. 1821.

Quelques admirateurs de Vico ont appuyé ces injustes accusations, qu'ils regardaient comme autant d'éloges. Dans le désir d'ajouter Vico à la liste des philosophes du 18esiècle, ils ont prétendu qu'il avait obscurci son livre à dessein, pour le faire passer à la censure. Cette tradition, dont on rapporte l'origine à Genovesi, a passé de lui à Galanti son biographe, et ensuite à M. de A. Les personnes qui ont le plus étudié Vico, MM. de A. et Jannelli n'y ajoutent aucune foi, et la lecture du livre suffit pour la réfuter.

10: V. p. 50, édition de Milan, 1801.

11:Gloriæ animalia, et dans Tacite:Gens novarum religionum avida.

12: Est-il vrai que, dans cette période, Hermès ait porté d'Égypte en Grèce la connaissance des lettres et les premières lois? ou bien Cadmus aurait-il enseigné aux Grecs l'alphabet de la Phénicie? Nous ne pouvons admettre ni l'une ni l'autre opinion.—Les Grecs ne se servirent point d'hiéroglyphes comme les Égyptiens, mais d'une écriture alphabétique, encore ne l'employèrent-ils que bien des siècles après.—Homère confia ses poèmes à la mémoire des Rapsodes, parce que de son temps les lettres alphabétiques n'étaient point trouvées, ainsi que le soutient Josephe contre le sentiment d'Appion.—Si Cadmus eût porté les lettres phéniciennes en Grèce, la Béotie qui les eût reçues la première n'eût-elle pas dû ce distinguer par sa civilisation entre toutes les parties de la Grèce?—D'ailleurs quelle différence entre les lettres grecques et les phéniciennes?==Quant à l'introduction simultanée des lois et des lettres, les difficultés sont plus grandes encore.—D'abord le mot νομος ne se trouve nulle part dans Homère.—Ensuite, est-il indispensable que des lois soient écrites? n'en existait-il pas en Égypte avant Hermès, inventeur des lettres? dira-t-on qu'il n'y eut pas de lois à Sparte où Lycurgue avait défendu aux citoyens l'étude des lettres? ne voit-on pas dans Homère un Conseil des héros, βουλη, où l'on délibérait de vive voix sur les lois, et un Conseil du peuple, αγορα, où on les publiait de la même manière. La Providence a voulu que les sociétés qui n'ont point encore la connaissance des lettres se fondent d'abord sur les usages et les coutumes, pour se gouverner ensuite par des lois, quand elles sont plus civilisées. Lorsque la barbarie antique reparut au moyen âge, ce fut encore sur des coutumes que se fonda le droit chez toutes les nations européennes.

13: Les héros investis du triple caractère de chefs des peuples, de guerriers et de prêtres, furent désignés dans la Grèce par le nom d'Héraclides, ou enfans d'Hercule; dans la Crète, dans l'Italie et dans l'Asie mineure, par celui deCurètes(quirites, de l'inusitéquir,quiris, lance).

14: Orphée surtout, si on le considère comme un individu, offre aux yeux de la critique l'assemblage de mille monstres bizarres.—D'abord il vient de Thrace, pays plus connu comme la patrie de Mars, que comme le berceau de la civilisation.—Ce Thrace sait si bien le grec qu'il compose en cette langue des vers d'une poésie admirable.—Il ne trouve encore que des bêtes farouches dans ces Grecs, auxquels tant de siècles auparavant Deucalion a enseigné la piété envers les dieux, dont Hellen a formé une même nation en leur donnant une langue commune, chez lesquels enfin règne depuis trois cents ans la maison d'Inachus.—Orphée trouve la Grèce sauvage, et en quelques années elle fait assez de progrès pour qu'il puisse suivre Jason à la conquête de la Toison d'or; remarquez que la marine n'est point un des premiers arts dont s'occupent les peuples.—Dans cette expédition il a pour compagnons Castor et Pollux, frères d'Hélène, dont l'enlèvement causa la fameuse guerre de Troie. Ainsi, la vie d'un seul homme nous présente plus de faits qu'il ne s'en passerait en mille années!.... Ce sont peut-être de semblables observations qui ont fait conjecturer à Cicéron, dans son livre sur la Nature des Dieux, qu'Orphée n'a jamais existé. Elles s'appliquent, pour la plupart, avec la même force à Hercule, à Hermès et à Zoroastre.

À ces difficultés chronologiques, joignez-en d'autres, morales ou politiques. Orphée, voulant améliorer les mœurs de la Grèce, lui propose l'exemple d'un Jupiter adultère, d'une Junon implacable qui persécute la vertu dans la personne d'Hercule, d'un Saturne qui dévore ses enfans! et c'est par ces fables capables de corrompre et d'abrutir le peuple le plus civilisé, le plus vertueux, qu'Orphée élève les hommes encore bruts à l'humanité et à la civilisation.

Guidés par les principes de la science nouvelle, nous éviterons ces terribles écueils de lamythologie; nous verrons que ces fables, détournées de leur sens par la corruption des hommes, ne signifiaient dans l'origine rien que de vrai, rien qui ne fût digne des fondateurs des sociétés. La découverte des caractères poétiques, des types idéaux, que nous venons d'exposer, fera luire un jour pur et serein à travers ces nuages sombres dont s'était voilée lachronologie.

15: Si nous en croyons ceux qui, aux applaudissemens des savans, ont entrepris de nous faire connaître la succession des écoles de laphilosophie barbare, Zoroastre fut le maître de Bérose et des Chaldéens, Bérose celui d'Hermès et des Égyptiens, Hermès celui d'Atlas et des Éthiopiens, Atlas celui d'Orphée, qui, de la Thrace, vint établir son école en Grèce. On sent ce qu'ont de sérieux ces communications entre les premiers peuples, qui, à peine sortis de l'état sauvage, vivaient ignorés même de leurs voisins, et n'avaient connaissance les uns des autres qu'autant que la guerre ou le commerce leur en donnait l'occasion.

Ce que nous disons de l'isolement des premiers peuples s'applique particulièrement aux Hébreux.—Lactance assure que Pythagore n'a pu être disciple d'Isaïe.—Un passage de Josephe prouve que les Hébreux, au temps d'Homère et de Pythagore, vivaient inconnus à leurs voisins de l'intérieur des terres, et à plus forte raison aux nations éloignées dont la mer les séparait.—Ptolémée Philadelphe s'étonnant qu'aucun poète, aucun historien n'eût fait mention des lois de Moïse, le juif Démétrius lui répondit que ceux qui avaient tenté de les faire connaître aux Gentils, avaient été punis miraculeusement, tels que Théopompe qui en perdit le sens, et Théodecte qui fut privé de la vue.—Aussi Josephe ne craint point d'avouer cette longue obscurité des Juifs, et il l'explique de la manière suivante:Nous n'habitons point les rivages; nous n'aimons point à faire le négoce et à commercer avec les étrangers. Sans doute la Providence voulait, comme l'observe Lactance, empêcher que la religion du vrai Dieu ne fût profanée par les communications de son peuple avec les Gentils.—Tout ce qui précède est confirmé par le témoignage du peuple Hébreux lui-même, qui prétendait qu'à l'époque où parut la version des Septante, les ténèbres couvrirent le monde pendant trois jours, et qui, en expiation, observait un jeûne solennel, le 8 de tébet ou décembre. Ceux de Jérusalem détestaient les juifs hellénistes qui attribuaient une autorité divine à cette version.

16: Le principe du droit naturel estle juste dans son unité, autrement dit, l'unité des idées du genre humain concernant les choses dont l'utilité ou la nécessité est commune à toute la nature humaine. Le pyrrhonisme détruit l'humanité, parce qu'il ne donne point l'unité. L'épicuréisme la dissipe, en quelque sorte, parce qu'il abandonne au sentiment individuel le jugement de l'utilité. Le stoïcisme l'anéantit, parce qu'il ne reconnaît d'utilité ou de nécessité que celles de l'âme, et qu'il méconnaît celles du corps; encore leSageseul peut-il juger de celles de l'âme. La seule doctrine de Platon nous présente le juste dans son unité; ce philosophe pense qu'on doit suivre comme la règle du vrai ce qui semble un, ou le même à tous les hommes. Édition de 1725, réimprimée en 1817, page 74.

17:Dicit enim(Cato)tanquam in Platonisπολιτεια,non tanquam in Romuli fæce sententiam. Cic.ad Atticum, lib. II (Note du Traducteur).

18: Ledroit naturel des gensa, dans Vico, une signification très entendue. Il comprend non-seulement les rapports des sociétés entre elles, mais même tous les rapports des individus entre eux (Note du Traducteur).

19: La vérité de ces observations nous est confirmée par l'exemple de la nation française. Elle vit s'ouvrir au milieu de la barbarie du onzième siècle, cette fameuse école de Paris, où Pierre Lombard,le maître des sentences, enseignait la scholastique la plus subtile; et d'un autre côté elle a conservé une sorte de poème homérique dans l'histoire de l'archevêque Turpin, ce recueil universel desFables héroïquesqui ont ensuite embelli tant de poèmes et de romans. Ce passage prématuré de la barbarie aux sciences les plus subtiles, a donné à la langue française une délicatesse supérieure à celle de toutes les langues vivantes; c'est elle qui reproduit le mieux l'atticisme des Grecs. Comme la langue grecque, elle est aussi éminemment propre à traiter les sujets scientifiques.

20: La fin de cet alinéa est rejetée dans une note du chapitreIII.

(Note du Traducteur.)

21:Divitias suas trahunt, vexant.Salluste. (N. du T.)

22: Par l'intermédiaire des Duumvirs auxquels il délègue son pouvoir. (N. du T.)

23: Ce mot est pris dans le sens anglais,to press.Angariarono.(N. du T.)

24: Nous rejetons une longue digression sur la question de savoir si les lois des douze tables ont été transportées d'Athènes à Rome, dans la note où nous citerons un passage plus considérable d'un autre ouvrage de Vico sur le même sujet. (N. du T.)

25: C'est ce qui explique ces grandes richesses qui permirent aux Ioniens de bâtir le temple de Junon à Samos, et aux Cariens d'élever le tombeau de Mausole, qui furent placés au nombre des sept merveilles du monde. La gloire du commerce maritime appartint en dernier lieu à ceux de Rhodes qui élevèrent à l'entrée de leur port le fameux colosse du Soleil. (Vico).

26: Cet axiome placé ici à cause de son rapportparticulieravec le droit des gens, s'appliquegénéralementtous les objets dont nous avons à parler. Il aurait dû être rangé parmi lesaxiomes généraux;si nous l'avons mis en cet endroit, c'est qu'on voit mieux dans le droit des gens que dans toute autre matière particulière, combien il est conforme à la vérité, et important dans l'application (Vico).

27: Bayle a sans doute été trompé par leurs rapports, lorsqu'il affirme, dans le Traité de la Comète,que les peuples peuvent vivre dans la justice sans avoir besoin de la lumière de Dieu. Avant lui, Polybe avait dit:si les hommes étaient philosophes, il n'y aurait plus besoin de religion. Mais s'il n'existait point de société, y aurait-il des philosophes? Or, sans les religions, point de société. (Vico).

Les trois dernières lignes sont tirées du second corollaire de l'axiome31.

28: Notre libre arbitre, notre volonté libre peut seule réprimer ainsi l'impulsion du corps.... Tous les corps sont des agens nécessaires, et que les mécaniciens appellentforces,efforts,puissances, ne sont que les mouvemens des corps, mouvemens étrangers au sentiment (Vico).

29: C'est en cela qu'Horace fait consister toute la beauté de l'ordre:

Ordinis hæc virtus erit et Venus, aut ego fallor,Ut jam nunc dicat, jam nunc debentia diciPleraque differat, et præsens in tempus omittat.

Art poétique. (Vico).

30: Cette justice intérieure, fut pratiquée par les Hébreux que le vrai Dieu éclairait de sa lumière, et auxquels sa loi défendait jusqu'aux pensées injustes, chose dont les législateurs mortels ne s'étaient jamais embarrassés. Les Hébreux croyaient en un Dieu tout esprit, qui scrute le cœur des hommes; les gentils croyaient leurs dieux composés d'âme et de corps, et par conséquent incapables de pénétrer dans les cœurs. La justice intérieure ne fut connue chez eux que par les raisonnemens des philosophes, lesquels ne parurent que deux mille ans après la formation des nations qui les produisirent (Vico).

31:Voyezl'axiome22, et lesecond chapitreduIIelivre, corollaire relatif au motJupiter.

32: En conséquence la métaphysique doit essentiellement travailler au bonheur du genre humain dont la conservation tient au sentiment universel qu'ont tous les hommes d'une divinité douce de providence. C'est peut-être pour avoir démontré cette providence que Platon a été surnommé le divin. La philosophie qui enlève à Dieu un tel attribut, mérite moins le nom du philosophie et de sagesse que celui de folie. (Vico).

33: La théologiepoétiquefut chez les Gentils la même que la théologiecivile. Si Varron la distingue de la théologiecivileet de la théologienaturelle, c'est que, partageant l'erreur vulgaire qui place dans les fables les mystères d'une philosophie sublime, il l'a crue mêlée de l'une et de l'autre. (Vico).

34: Avec l'idée d'un Jupiter, auquel ils attribuèrent bientôt une Providence, naquit le droit,jus, appeléiouspar les Latins, et par les anciens Grecs Διαιον,céleste, du mot Διος; les Latins dirent égalementsub dio, et sub jove pour exprimersous le ciel. Puis, si l'on en croit Platon dans son Cratyle, on substitua par euphonie Διχαιον. Ainsi toutes les nations païennes ont contemplé le ciel, qu'elles considéraient comme Jupiter, pour en recevoir par les auspices des lois, des avis divins; ce qui prouve que le principe commun des sociétés a été lacroyance à une Providence divine.Et pour en commencer l'énumération,Jupiterfut lecielchez les Chaldéens, en ce sens qu'ils croyaient recevoir de lui la connaissance de l'avenir par l'observation des aspects divers et des mouvemens des étoiles, et on nommaastronomieetastrologiela science des lois qu'observent les astres, et celle de leur langage; la dernière fut prise dans le sens d'astrologie judiciaire, et dans les lois romainesChaldéenveut dire astrologue.—Chez les Perses,Jupiterfut leciel, qui faisait connaître aux hommes les choses cachées; ceux qui possédaient cette science s'appelaient Mages, et tenaient dans leurs rites une verge qui répond au bâton augural des Romains. Ils s'en servaient pour tracer des cercles astronomiques, comme depuis les magiciens dans leurs enchantemens. Le ciel était pour les Perses le temple de Jupiter, et leurs rois, imbus de cette opinion, détruisaient les temples construits par les Grecs.—Les Égyptiens confondaient aussiJupiteret le ciel, sous le rapport de l'influence qu'il avait sur les choses sublunaires et des moyens qu'il donnait de connaître l'avenir; de nos jours encore ils conservent une divination vulgaire.—Même opinion chez les Grecs qui tiraient du ciel des θεορηματα et des μαθηματα, en les contemplant des yeux du corps, et en les observant, c'est-à-dire, en leur obéissant comme aux lois de Jupiter. C'est du mot μαθηματα, que les astrologues sont appelésmathématiciensdans les lois romaines.—Quant à la croyance des Romains, on connaît le vers d'Ennius,

Aspice hoc sublime cadens, quem omnes invocant jovem;

le pronomhocest pris dans le sens decœlum. Les Romains disaient aussitempla cœli, pour exprimer la région du ciel désigné par les augures pour prendre les auspices; et par dérivation,templumsignifia tout lieu découvert où la vue ne rencontre point d'obstacle (neptunia templa, la mer dans Virgile).—Les anciens Germains, selon Tacite, adoraient leurs Dieux dans des lieux sacrés qu'il appellelucos et nemora, ce qui indique sans doute des clairières dans l'épaisseur des bois. L'église eut beaucoup de peine à leur faire abandonner cet usage (V.Concilia Stanctense et Bracharense, dans le recueil de Bouchard). On en trouve encore aujourd'hui des traces chez les Lapons et chez les Livoniens.—Les Perses disaient simplement leSublimepour désignerDieu. Leurs temples n'étaient que des collines découvertes où l'on montait de deux côtés par d'immenses escaliers; c'est dans la hauteur de ces collines qu'ils faisaient consister leur magnificence. Tous les peuples placent la beauté des temples dans leur élévation prodigieuse. Le point le plus élevé s'appelait, selon Pausanias, αετος l'aigle, l'oiseau des auspices, celui dont le vol est le plus élevé. De là peut êtrepinnæ templorum,pinnæ murorum, et en dernier lieu,aquilæpour les créneaux. Les Hébreux adoraient dans le tabernaclele Très-Hautqui est au-dessus des cieux; et partout où le peuple de Dieu étendait ses conquêtes, Moïse ordonnait que l'on brûlât les bois sacrés, sanctuaires de l'idolâtrie.—Chez les chrétiens mêmes, plusieurs nations disent lecielpourDieu. Les Français et les Italiens disentfasse le ciel,j'espère dans les secours du ciel; il en est de même en espagnol. Les français disentbleupourle ciel, dans une espèce de sermentpar bleu, et dans ce blasphème impiemorbleu(c'est-à-diremeure le ciel, en prenant ce mot dans le sens deDieu.) Nous venons de donner un essai du vocabulaire dont on a parlé dans les axiomes13et22. (Vico).

35: La défense de la divination faite par Dieu à son peuple fut le fondement de la véritable religion. (Vico).

36: Voilà pourquoi Homère se trouve le premier de tous les poètes du genrehéroïque, le plus sublime de tous, dans l'ordre du mérite comme dans celui du temps. (Vico).

37: On continua à appeler dans le droit,nos auteurs, ceux dont nous tenons un droit à une propriété. (Vico).

38:Nous rapprocherons de ce passage celui qui y correspond dans la première édition:Grotius prétend que son système peut se passer de l'idée de la Providence. Cependant sans religion les hommes ne seraient pas réunis en nations.... Point de physique sans mathématique; point de morale ni de politique sans métaphysique, c'est-à-dire sans démonstration de Dieu.—Il suppose le premier homme bon, parce qu'il n'étaitpas mauvais. Il compose le genre humain à sa naissance d'hommessimples et débonnaires, qui auraient été poussés par l'intérêt à la vie sociale; c'est dans le fait l'hypothèse d'Épicure.

Puis vient Selden, qui appuie son système sur le petit nombre de lois que Dieu dicta aux enfans de Noé. Mais Sem fut le seul qui persévéra dans la religion du Dieu d'Adam. Loin de fonder un droit commun à ses descendans et à ceux de Cham et de Japhet, on pourrait dire plutôt qu'il fonda un droit exclusif, qui fit plus tard distinguer les Juifs des Gentils...

Puffendorf, en jetant l'homme dans le mondesans secours de la Providence, hasarde une hypothèse digne d'Épicure, ou plutôt de Hobbes....

Écartant ainsi la Providence, ils ne pouvaient découvrir les sources de tout ce qui a rapport à l'économie du droit naturel des gens, ni celles des religions, des langues et des lois, ni celles de la paix et de la guerre, des traités, etc. De là deux erreurs capitales.

1. D'abord ils croient que leur droit naturel, fondé sur les théories des philosophes, des théologiens, et sur quelques-unes de celles des jurisconsultes, et qui est éternel dans son idée abstraite, a dû être aussi éternel dans l'usage et dans la pratique des nations. Les jurisconsultes romains raisonnent mieux en considérant ce droit naturel comme ordonné par la Providence, et comme éternel en ce sens, que sorti des mêmes origines que les religions, il passe comme elles par différens âges, jusqu'à ce que les philosophes viennent le perfectionner et le compléter par des théories fondées sur l'idée de la justice éternelle.

2. Leurs systèmes n'embrassent pas la moitié du droit naturel des gens. Ils parlent de celui qui regarde la conservation du genre humain, et ils ne disent rien de celui qui a rapport à la conservation des peuples en particulier. Cependant c'est le droit naturel établi séparément dans chaque cité qui a préparé les peuples à reconnaître, dès leurs premières communications, le sens commun qui les unit, de sorte qu'ils donnassent et redussent des lois conformes à toute la nature humaine, et les respectassent comme dictées par la Providence. (Vico).

39:C'est cette langue naturelle que les hommes ont parlée autrefois, selon Platon et Jamblique. Platon a deviné plutôt que découvert cette vérité. Delà l'inutilité de ses recherches dans le Cratylo, delà les attaques d'Aristote et de Gallen. (Vico).

40: La plupart des lois dont les Athéniens et les Lacédémoniens font honneur à Solon et à Lycurgue, leur ont été attribuées à tort, puisqu'elles sont entièrement contraires au principe de leur conduite. Ainsi Solon institue l'aréopage, qui existait dès le temps de la guerre de Troie, et dans lequel Oreste avait été absous du meurtre de sa mère par la voix de Minerve (c'est-à-dire par le partage égal des voix). Cet aréopage, institué par Solon, le fondateur de la démocratie à Athènes, maintient de toute sa sévérité le gouvernement aristocratique jusqu'au temps de Périclès. Au contraire on attribue à Lycurgue, au fondateur de la république aristocratique de Sparte, une loi agraire analogue à celle que les Gracques proposèrent à Rome. Mais nous voyons que, lorsque Agis voulut réellement introduire à Sparte un partage égal des terres conforme aux principes de la démocratie, il fut étranglé par ordre des Éphores.Édition de 1730, pag. 209.

41: L'opinion de Montesquieu et de Vico sur le caractère des institutions de Servius-Tullius a été suivie par M. Niebuhr. (N. du T.)

42: Vico semble adopter une opinion très différente quelques pages plus loin. (N. du T.)

43: Par exemple,trois épis, ou l'action de couper trois fois des épis, pour signifiertrois années.—Platon et Jamblique ont dit que cette langue, dont les expressions portaient avec elles leur sens naturel, s'était parlée autrefois. Ce fut sans doute cette langueatlantiquequi, selon les savans, exprimait les idées par la nature même des choses, c'est-à-dire, par leurs propriétés naturelles (Vico).

44: Le besoin d'assurer les terres à leurs possesseurs fut un des motifs qui déterminèrent le plus puissamment l'invention descaractèresounoms(dans le sens originaire denomina, maisons divisées en plusieurs familles ougentes). Ainsi Mercure Trismégiste, symbole poétique des premiers fondateurs de la civilisation égyptienne, inventa lesloiset leslettres; et c'est du nom de Mercuro, regardé aussi comme le Dieu des marchands,mercatorum, que les Italiens disentmercarepour marquer delettresou designesquelconques les bestiaux et les autres objets de commerce (robe da mercantara) pour la distinction et la sûreté des propriétés. Qui ne s'étonnerait de voir subsister jusqu'à nos jours une telle conformité de pensée et de langage entre les nations? (Vico).

45: Telle est l'origine desarmoiries, et par suite desmédailles. Les familles, puis les nations, les employèrent d'abord par nécessité. Elles devinrent plus tard un objet d'amusement et d'érudition. On a donné à cesemblèmesle nom d'héroïques, sans en bien sentir le motif. Les modernes ont besoin d'y inscrire des devises qui leur donnent un sens; il n'en était pas de même des emblèmes employés naturellement dans les temps héroïques; leur silence parlait assez. Ils portaient avec eux leur signification; ainsitrois épis, ou legeste de couper trois fois des épis, signifiait naturellementtrois années; d'où il vint quecaractèreetnoms'employèrent indifféremment l'un pour l'autre, et que les motsnometnatureeurent la même signification, comme nous l'avons dit plus haut.

Cesarmoiries, cesarmesetemblèmes des familles, furent employés au moyen âge, lorsque les nations, redevenues muettes, perdirent l'usage du langage vulgaire. Il ne nous reste aucune connaissance des langues que parlaient alors les Italiens, les Français, les Espagnols et les autres nations de ce temps. Les prêtres seuls savaient le latin et le grec. En françaisclercvoulait dire souventlettré; au contraire, chez les italiens,laicose disait pourillettré, comme on le voit dans un beau passage de Dante. Parmi les prêtres mêmes, il y avait tant d'ignorance, qu'on trouve des actes souscrits par des évêques, où ils ont mis simplement la marque d'une croix, faute de savoir écrire leur nom. Parmi les prélats instruits, il y en avait même peu qui eussent écrire. Le père Mabillon, dans son ouvragede re diplomaticâ, a pris le soin de reproduire par la gravure les signatures apposées par des évêques et des archevêques aux actes des Conciles de ces temps barbares; l'écriture en est plus informe que celle des hommes les plus ignorans d'aujourd'hui; et pourtant ces prélats étaient les chanceliers des royaumes chrétiens, comme aujourd'hui encore les trois archevêques archichanceliers de l'Empire pour les langues allemande, française et italienne. Une loi anglaise accorde la vie au coupable digne de mort qui pourra prouver qu'il sait lire. C'est peut-être pour cette cause que plus tard le motlettréa fini par avoir à-peu-près le même sens que celui de savant.—Il est encore résulté de cette ignorance de l'écriture, que dans les anciennes maisons il n'y a guères de mur où l'on n'ait gravé quelque figure, quelqu'emblème.

Concluons de tout ceci que cessignesdivers, employés nécessairement par les nationsmuettesencore, pour assurer la distinction des propriétés furent ensuite appliqués aux usages publics, soit à ceux de la paix (d'où provinrent les médailles), soit à ceux de la guerre. Dans ce dernier cas, ils ont l'usage primitif des hiéroglyphes, puisqu'ordinairement les guerres ont lieu entre des nations qui parlent des langues différentes et qui par conséquent sontmuettesl'une par rapport à l'autre.

46: La plupart des langues ont à-peu-près trente mille mots. Si l'on peut ajouter foi aux calculs de Héron dans son ouvrage sur la Langue Anglaise, l'Espagnol en aurait trente mille, le Français trente-deux mille, l'Italien trente-cinq mille, l'Anglais trente-sept mille. (N. du T.)

47: Nous avons déjà rapporté le passage où Tacite nous apprendque les lettres des Latins ressemblaient à l'ancien alphabet des Grecs. Ce qui le prouve, c'est que les Grecs employèrent pendant long-temps les lettres majuscules pour figurer les nombres, et que les Latins conservèrent toujours le même usage. (Vico).

48: Les locutionshéroïquesconservées et abrégées dans la précision des langues plus récentes, ont bien étonné les commentateurs de la Bible, qui voient les noms des mêmes rois exprimés d'une manière dans l'Histoire Sacrée, et d'une autre dans l'Histoire profane. C'est que le même homme est envisagé dans l'une, je supposé, sous le rapport de la figure, de la puissance, etc.; dans l'autre, sous le rapport de son caractère, des choses qu'il a entreprises. Nous observons de même qu'en Hongrie la même ville a un nom chez les Hongrois, un autre chez les Grecs, un troisième chez les Allemands, un quatrième chez les Turcs. L'allemand, qui est une languehéroïque, quoique vivante, reçoit tous les mots étrangers en leur faisant subir une transformation. On doit conjecturer que les Latins et les Grecs en font autant, lorsqu'ils expriment tant de choses particulières aux barbares, avec des mots qui sonnent si bien en latin et en grec. Voilà pourquoi on trouve tant d'obscurité dans la géographie et dans l'histoire naturelle des anciens. (Vico).

49: Ce qui le prouve, ce sont les diphthongues qui restèrent dans les langues, et qui durent être bien plus nombreuses dans l'origine. Ainsi les Grecs et les Français qui ont passé d'une manière prématurée de la barbarie à la civilisation ont conservé beaucoup de diphthongues. Voyez la note de l'axiome21. (Vico).

50: Maintenant encore, au milieu de tant de moyens d'apprendre à parler, ne voyons-nous pas les enfans, malgré la flexibilité de leurs organes, prononcer les consonnes avec la plus grande peine. Les Chinois, qui avec un très petit nombre de signes diversement modifiés, expriment en langue vulgaire leurs cent vingt mille hiéroglyphes, parlent aussi en chantant. (Vico).

51: Nous trouvons ici une preuve de ce que nous avons avancé dans les axiomes. Si les savans s'appliquent à trouver les origines de la langue allemande en suivant nos principes, ils y feront d'étonnantes découvertes. (Vico).

52: Comme le prouve le succès avec lequel Ménénius Agrippa ramena à l'obéissance le peuple romain. (Vico).

53: Selon Tite-Live, Tullus ne voulut point juger lui-même Horace, parce qu'il craignait de prendre sur lui l'odieux d'un tel jugement; explication tout-à-fait ridicule. Tite-Live n'a pas compris que dans un sénathéroïque, c'est-à-dire, aristocratique, un roi n'avait d'autre puissance que celle de créer des duumvirs ou commissaires pour juger les accusés; le peuple des cités héroïques ne se composait que de nobles auxquels l'accusé déjà condamné pouvait toujours en appeler. (Vico).

54: On s'étonnera peu de ce dernier évènement si l'on songe à l'étendue illimité de lapuissance paternelledes premiers hommes du paganisme, de ces Cyclopes de la fable. Cette puissance fut sans borne chez les nations les plus éclairées, telles que la grecque, chez les plus sages, telles que la romaine; jusqu'aux temps de la plus haute civilisation, les pères y avaient le droit de faire périr leurs enfans nouveau-nés. C'est ce qui doit diminuer l'horreur que nous inspire, dans la douceur de nos temps modernes, la sévérité de Brutus, condamnant ses fils, et de Manlius faisant périr le sien pour avoir combattu et vaincu au mépris de ses ordres. (Vico).

55: C'est cette tradition vulgaire sur la sagesse des anciens qui a trompé Platon, et lui a fait regretterles temps où les philosophes régnaient, où les rois étaient philosophes. (Vico).

56: Cette tradition mal interprétée a jeté tous les politiques dans l'erreur de croire que lapremière forme des gouvernemens civils aurait été la monarchie. Partant de cette erreur, ils ont établi pour principe de leur fausse science quela royauté tirait son origine de la violence, ou de la fraude qui aurait bientôt éclaté en violence. Mais à cette époque où les hommes avaient encore tout l'orgueil farouche de la libertébestiale, cette simplicité grossière où ils se contentaient des productions spontanées de la nature pour alimens, de l'eau des fontaines pour boisson, et des cavernes pour abri pendant leur sommeil; dans cette égalité naturelle où tous les pères étaient souverains de leur famille, on ne peut comprendre comment la fraude ou la force eussent assujéti tous les hommes à un seul. (Vico).

57: Aristote définit les fils,des instrumens animés de leurs pères; et jusqu'au temps où la constitution de Rome devint entièrement démocratique, les pères du famille conservèrent dans son intégrité cette monarchie domestique. Dans les premiers siècles, ils pouvaient vendre leurs fils jusqu'à trois fois. Plus tard lorsque la civilisation eut adouci les esprits, l'émancipation se fit par trois ventes fictives. Mais les Gaulois et les Celtes conservèrent toujours le même pouvoir sur leurs enfans et leurs esclaves. On a retrouvé les mêmes mœurs dans les Indes occidentales: les pères y vendaient réellement leurs enfans; et en Europe les Moscovites et les Tartares peuvent exercer quatre fois le même droit. Tout ceci prouve combien les modernes se sont mépris sur le sens du mot célèbre;les barbares n'ont point sur leurs enfans le même pouvoir que les citoyens romains. Cette maxime des jurisconsultes anciens se rapporte aux nations vaincues par le peuple romain. La victoire leur ôtant tout droitcivil, ainsi que nous le démontrerons, les vaincus conservaient seulement la puissance paternelle, donnée par lanature, les liens naturels du sang,cognationes, et d'un autre côté ledomaine natureloubonitaire; en tout cela leurs obligations étaient simplementnaturelles, de jure naturali gentium, en ajoutant, avec Ulpien,humanarum. Mais pour les peuples indépendans de l'Empire, ces droits furentcivils, et précisément les mêmes que ceux des citoyens romains. (Vico).

58: L'hospitalité héroïque entraîna aussi dans d'autres occasions l'idée d'inimitié: Pâris fut hôte d'Hélène, Thésée d'Ariane, Jason de Médée, Énée de Didon; ces enlèvemens, ces trahisons étaient des actionshéroïques. (Vico).

59: Bernardo Segni, traduit ce qu'Aristote appelle une république démocratique, parrepublica per censo. (Vico).

60: De même que les Grecs, du mot χειρ, la main, qui par extension signifie aussi puissance chez toutes les nations, tirèrent celui de χυρια, dans un sens analogue à celui du latincuria. (Vico).

61: Plaute dit dans plusieurs endroits, qu'il a traduit, enlangue barbare, les comédies grecques..., Marcus vertit barbarè. (Vico).

62: Ουκ εχοντος πω αισχυνην τουτου τον εργου (τον αρπαζειν), φεροντος δε τι και δοξης μαλλον. Δηλουσι δε των τε ηπειρωτων τινες ετι και νυν, οις κοσμος καλως τουτο δραν, και οι παλαιοι των ποιητων τας πυστεις των καταπλεοντων πανταχου ομοιως ερωτωντες ει λησται εισιν ως ουτε ων πυνθανονται απαξιουντων το εργον, οις τ' επιμελες ειν ειδεναι, ουκ ονειδιζοννων.

63: On prend ordinairement dans ce passage le mothostisdans le sens de l'adverse partie; mais Cicéron observe précisément à ce sujet quehostisétait pris par les anciens latins dans le sens duperegrinus. (Vico).

64: Comment expliquer cette prétendue alliance, quand Romulus lui-même, sorti du sang des rois d'Albe, vengeur de Numitor auquel il avait rendu le trône, ne put trouver de femmes chez les Albains. (Vico).

65: Lenombre, chose la plus abstraite de toutes, fut la dernière que comprirent les nations. Pour désigner un grand nombre, on se servit d'abord de celui dedouze, de là lesdouzegrands dieux, lesdouzetravaux d'Hercule, lesdouzeparties de l'as, lesdouzetables, etc. Les Latins ont conservé, d'une époque où l'on connaissait mieux les nombres, leur motsexcenti, et les Italiens,cento, et ensuitecento e mille, pour dire un nombre innombrable. Les philosophes seuls peuvent arriver à comprendre l'idée d'infini. (Vico).

66: Il est à croire qu'au temps de la guerre de Troie, le nom de αχαιοι,achivi, était restreint à une partie du peuple grec, qui fit cette guerre; mais ce nom s'étant étendu à toute la nation, on dit au temps d'Homèreque toute la Grèce s'était liguée contre Troie. Ainsi nous voyons dans Tacite que ce nom deGermanie, étendu depuis à une vaste contrée de l'Europe, n'avait désigné originalement qu'une tribu qui, passant le Rhin, chassa les Gaulois de ses bords; la gloire de cette conquête fit adopter ce nom par toute laGermanie, comme la gloire du siège de Troie avait fait adopter celui d'achivipar tous les Grecs. (Vico).

67: Nous avons observé dans la table chronologique que cette époque est pour l'histoire grecque celle de la plus grande lumière, comme pour l'histoire romaine l'époque de la seconde guerre punique; c'est alors que Tite-Live déclare qu'il écrit l'histoire avec plus de certitude; et pourtant il n'hésite point d'avouer qu'il ignore les trois circonstances historiques les plus importantes.Voyez la table chronologique.(Vico).

68: Les premiers hommes étant presque ainsiincapables de généraliserque les animaux, pour qui toute sensation nouvelle efface entièrement la sensation analogue qu'ils ont pu éprouver, ils ne pouvaientcombiner des idées et discourir. Toutes les pensées (sentenze) devaient en conséquence êtreparticulariséespar celui qui les pensait, ou plutôt qui lessentait. Examinons le trait sublime que Longin admire dans l'ode de Sapho, traduite par Catulle: le poète exprime par une comparaison les transports qu'inspire la présence de l'objet aimé,

Ille mi par esse deo videtur,Celui-là est pour moi égal en bonheur aux dieux même....

la pensée n'atteint pas ici le plus haut degré du sublime, parce que l'amant ne laparticularisepoint en la restreignant à lui-même; c'est au contraire ce que fait Térence, lorsqu'il dit:

Vitam deorum adepti sumus,Nous avons atteint la félicité des dieux.

ce sentiment est propre à celui qui parle, le pluriel est pour le singulier; cependant ce pluriel semble en faire un sentiment commun à plusieurs. Mais le même poète dans une autre comédie porte le sentiment au plus haut degré de sublimité en le singularisant et l'appropriant à celui qui l'éprouve,

Deus factus sum, je ne suis plus un homme, mais un Dieu.

Lespensées abstraitesregardant les généralités sont du domaine des philosophes, et lesréflexions sur les passionssont d'unefausseetfroide poésie.

69:Ces principes de géographiepeuvent justifierHomèred'erreurs très graves qui lui sont imputées à tort. Par exemple lesCimmériensdurent avoir, comme il le dit, des nuits plus longues que tous les peuples de laGrèce, parce qu'ils étaient placés dans sa partie la plus septentrionale; ensuite on a reculé l'habitation desCimmériensjusqu'auxPalus-Méotides. On disait à cause de leurs longues nuits qu'ils habitaient près des enfers, et les habitans deCumes, voisins de la grotte de la Sybille qui conduisait aux enfers, reçurent, à cause de cette prétendue analogie de situation, le nom deCimmériens. Autrement il ne serait point croyable qu'Ulysse, voyageant sans le secours des enchantemens (contre lesquels Mercure lui avait donné un préservatif), fût allé en un jour voir l'enfer chez lesCimmériens des Palus-Méotides, et fût revenu le même jour àCircéi, maintenant le mont Circello, près de Cumes.—LesLotophageset lesLestrigonsdurent aussi être voisins de la Grèce.

Les mêmesprincipes de géographie poétiquepeuvent résoudre de grandes difficultés dans l'Histoire ancienne de l'Orient, où l'on éloigne beaucoup vers lenordou lemidides peuples qui durent être placés d'abord dans l'orientmême.

Ce que nous disons de laGéographie des Grecsse représente dans celle desLatins. LeLatiumdut être d'abord bien resserré, puisqu'en deux siècles et demi, Rome, sous ses rois, soumit à-peu-prèsvingt peuplessans étendre son empire à plus devingt milles. L'Italiefut certainement circonscrite par la Gaule Cisalpine et par la Grande-Grèce; ensuite les conquêtes des Romains étendirent ce nom à toute la Péninsule. Lamer d'Étruriedut être bien limitée lorsqu'Horatius-Coclès arrêtait seul toute l'Étrurie sur un pont; ensuite ce nom s'est étendu par les victoires de Rome à toute cette mer qui baigne la côte inférieure de l'Italie. De même lePontoù Jason conduisit les Argonautes, dut être la terre la plus voisine de l'Europe, celle qui n'en est séparée que par l'étroit bassin appeléPropontide; cette terre dut donner son nom à la mer duPont, et ce nom s'étendit à tout le golfe que présente l'Asie, dans cette partie de ses rivages où fut depuis le royaume de Mithridates; le père de Médée, selon la même fable, était né à Chalcis, dans cette ville grecque de l'Eubée qui s'appelle maintenantNégrepont.—La premièreCrètedut être une île dans cet Archipel où les Cyclades forment une sorte delabyrinthe; c'est de là probablement que Minos allait en course contre les Athéniens; dans la suite, laCrètesortit de la mer Égée pour se fixer dans celle où nous la plaçons.

Puisque des Latins nous sommes revenus aux Grecs, remarquons que cette nation vaine en se répandant dans le monde, y célébra partoutla guerre de Troieetles voyages des héros erransaprès sa destruction, des héros grecs, tels que Ménélas, Diomède, Ulysse, et des héros troyens, tels que Antenor, Capys, Énée. Les Grecs ayant retrouvé dans toutes les contrées du monde uncaractère de fondateurs des sociétésanalogue à celui de leurHercule de Thèbes, ils placèrent partout son nom et le firent voyager par toute la terre qu'il purgeait de monstres sans en rapporter dans sa patrie autre chose que de la gloire. Varron compte environ quaranteHercules, et il affirme que celui des Latins s'appelaitDius Fidius; les Égyptiens, aussi vains que les Grecs, disaient que leurJupiter Ammonétait le plus ancien desJupiter, et que lesHerculesdes autres nations avaient pris leur nom de l'Hercule Égyptien. Les Grecs observèrent encore qu'il y avait eu partout uncaractère poétique de bergers parlant en vers; chez eux c'étaitÉvandre l'arcadien; Évandre ne manqua pas de passer de l'Arcadie dans leLatium, où il donna l'hospitalité à l'Hercule grec, son compatriote, et prit pour femmeCarmenta, ainsi nommée decarmina,vers; elle trouva chez les Latinsles lettres, c'est-à-dire, lesformesdes sons articulés qui sont lamatièredes vers. Enfin ce qui confirme tout ce que nous venons de dire, c'est que les Grecs observèrent cescaractères poétiquesdans le Latium, en même temps qu'ils trouvèrent leursCurètesrépandus dans laSaturnie, c'est-à-dire dans l'ancienne Italie, dans la Crète et dans l'Asie.

Mais comme ces mots et ces idées passèrent desGrecsauxLatinsdans un temps où les nations, encore trèssauvages, étaientfermées aux étrangers[69-A], nous avons demandé plus haut qu'on nous passât la conjecture suivante:Il peut avoir existé sur le rivage du Latium une cité grecque, ensevelie depuis dans les ténèbres de l'antiquité, laquelle aurait donné aux Latins les lettres de l'alphabet.Tacite nous apprend que les lettres latines furent d'abord semblablesaux plus anciennesdes Grecs, ce qui est une forte preuve que les Latins ont reçu l'alphabet grec de cesGrecs du Latium, et non de la grande Grèce, encore moins de la Grèce proprement dite; car s'il en eût été ainsi, ils n'eussent connu ces lettres qu'au temps de la guerre de Tarente et de Pyrrhus, et alors ils se seraient servisdes plus modernes, et non pasdes anciennes.

Les noms d'Hercule, d'Évandreet d'Énéepassèrent donc de la Grèce dans le Latium, par l'effet de quatre causes que nous trouveronsdans les mœurs et le caractère des nations: 1oles peuples encore barbares sont attachés aux coutumes de leur pays, mais à mesure qu'ils commencent à se civiliser, ils prennent du goût pourles façons de parler des étrangers, comme pour leurs marchandises et leurs manières; c'est ce qui explique pourquoi les Latins changèrent leurDius Fidiuspour l'Hercule des Grecs, et leur jurement nationalMedius FidiuspourMehercule,Mecastor,Edepol. 2oLa vanité des nations, nous l'avons souvent répété, les porte à se donner l'illustration d'une origine étrangère, surtout lorsque les traditions de leurs âges barbares semblent favoriser cette croyance; ainsi, au moyen âge, Jean Villani nous raconte que Fiesole fut fondé par Atlas, et qu'un roi troyen du nom de Priam régna en Germanie; ainsi les Latins méconnurent sans peine leur véritable fondateur, pour lui substituerHercule, fondateur de la société chez les Grecs, et changèrent lecaractère de leurs bergers-poètespour celui de l'Arcadien Évandre. 3oLorsque les nations remarquent deschoses étrangères, qu'elles ne peuvent bien expliquer avec des mots de leur langue,elles ontnécessairementrecours aux mots des langues étrangères. 4oEnfin, les premiers peuples, incapables d'abstraire d'un sujet les qualités qui lui sont propres,nomment les sujets pour désigner les qualités, c'est ce que prouvent d'une manière certaine plusieurs expressions de la langue latine. Les Romains ne savaient ce que c'était queluxe; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Tarentins, ils direntun Tarentinpourun homme parfumé. Ils ne savaient ce que c'était questratagème militaire; lorsqu'ils l'eurent observé dans les Carthaginois, ils appelèrent les stratagèmespunicas artes, les arts puniques ou carthaginois. Ils n'avaient point l'idée dufaste; lorsqu'ils le remarquèrent dans les Capouans, ils direntsupercilium campanicum, pourfastueux,superbe. C'est de cette manière que Numa et Ancus furentSabins; les Sabins étant remarquables par leur piété, les Romains direntSabin, faute de pouvoir exprimerreligieux. Servius Tullius futGrecdans le langage des Romains, parce qu'ils ne savaient pas direhabile et rusé.

Peut-être doit-on comprendre de cette manière lesArcadiens d'Évandre, et lesPhrygiens d'Énèe. Comment desbergers, qui ne savaient ce que c'est que la mer, seraient-ils sortis de l'Arcadie, contrée toute méditerranée de la Grèce, pour tenter une si longue navigation et pénétrer jusqu'au milieu du Latium? Cependant toute tradition vulgaire doit avoir originairement quelque cause publique, quelque fondement de vérité..... Ce sont les Grecs qui, chantant par tout le monde leur guerre de Troie et les aventures de leurs héros,ont fait d'Énée le fondateur de la nation romaine, tandis que, selon Bochart, il ne mit jamais le pied en Italie, que Strabon assure qu'il ne sortit jamais de Troie, et qu'Homère, dont l'autorité a plus de poids ici, raconte qu'il y mourut et qu'il laissa le trône à sa postérité. Cette fable, inventée par la vanité des Grecs et adoptée par celle des Romains, ne put naître qu'au temps de la guerre de Pyrrhus, époque à laquelle les Romains commencèrent à accueillir ce qui venait de la Grèce.

Il est plus naturel de croire qu'il exista sur le rivage du Latium une cité grecque qui, vaincue par les Romains, fut détruite en vertu du droit héroïque des nations barbares, que les vaincus furent reçus à Rome dans la classe des plébéiens, et que, dans le langage poétique, on appela dans la suiteArcadiensceux d'entre les vaincus qui avaient d'abord erré dans les forêts,Phrygiensceux qui avaient erré sur mer.

69-A: Tite-Live assure qu'à l'époque de Servius Tullius, le nom si célèbre de Pythagore n'aurait pu parvenir de Crotone à Rome à travers tant de nations séparées par la diversité de leurs langues et de leurs mœurs. (Vico).

70: Lagéographiecomprenant lanomenclatureet lachorographieou description des lieux, principalement des cités, il nous reste à la considérer sous ce double aspect pour achever ce que nous avions à dire de lasagesse poétique.

Nous avons remarqué plus haut que lescités héroïquesfurent fondées par la Providence dans des lieux d'une forte position, désignés par les Latins, dans la langue sacrée de leur âge divin, par le nom d'Ara, ou bien d'Arces(de là, au moyen âge, l'italienrocche, et ensuitecastellapourseigneuries). Ce nom d'Aradut s'étendre à tout le pays dépendant de chaque cité héroïque, lequel s'appelait aussiAger, lorsqu'on le considérait sous le rapport des limites communes avec les cités étrangères, etterritoriumsous le rapport de la juridiction de la cité sur les citoyens. Il y a sur ce sujet un passage remarquable de Tacite; c'est celui où il décrit l'Ara maximad'Hercule à Rome:Igitur à foro boario, ubi œneum bovis simulacrum adspicimus, quia id genus animalium aratro subditur, sulcus designandi oppidi captus, ut magnam Herculis aram complecteretur, ara Herculis erat.Joignez-y le passage curieux où Salluste parle de la fameuseArades frères Philènes, qui servait de limites à l'empire carthaginois et à la Cyrénaïque. Toute l'ancienne géographie est pleine de semblablesaræ; et pour commencer par l'Asie, Cellarius observe que toutes les cités de la Syrie prenaient le nom d'Are, avant ou après leurs noms particuliers; ce qui faisait donner à la Syrie elle-même celui d'ArameaouAramia. Dans la Grèce, Thésée fonda la cité d'Athènes en érigeant le fameuxautel des malheureux. Sans doute il comprenait avec raison sous cette dénomination les vagabonds sans lois et sans culte qui, pour échapper aux rixes continuelles de l'état bestial, cherchaient un asile dans les lieux forts occupés par les premières sociétés, faibles qu'ils étaient par leur isolement, et manquant de tous les biens que la civilisation assurait déjà aux hommes réunis par la religion.

Les Grecs prenaient encore αρα dans le sens devœu,action de dévouer, parce que les premières victimessaturni hostiæ, les premiers αναθηματα,diris devoti, furent immolés sur les premièresAræ, dans le sens où nous prenons ce mot. Ces premières victimes furent les hommes encore sauvages qui osèrent poursuivre sur les terres labourées par les forts, les faibles qui s'y réfugiaient (campareen italien, du latincampus, pourse sauver). Ils y étaient consacrés àVestaet immolés. Les Latins en ont conservésupplicium, dans les deux sens desuppliceet desacrifice. En cela la langue grecque répond à la langue latine: αρα,vœu,action de dévouerveut dire aussinoxa, la personne ou la chose coupable, et de plusdiræ, les Furies. Les premiers coupables qu'on dévoua,primæ noxæ, étaient consacrés aux Furies, et ensuite sacrifiés sur les premièresarædont nous avons parlé. Le motharadut signifier chez les anciens Latins, non pas le lieu où l'on élève les troupeaux, mais lavictime, d'où vint certainementharuspex, celui qui tire les présages de l'examen des entrailles des victimes immolées devant les autels.

D'après ce que nous avons vu relativement à l'Ara maximad'Hercule, c'est sur unearasemblable à celle de Thésée que Romulus dut fonder Rome, en ouvrant un asile dans un bois. Jamais les Latins ne parlent d'un bois sacré,lucus, sans faire mention d'un autel,ara, élevé dans ce bois à quelque divinité. Aussi lorsque Tite-Live nous dit en général que les asiles furent le moyen employé d'ordinaire par les anciens fondateurs des villes,vetus urbes condentium consilium, il nous indique la raison pour laquelle on trouve dans l'ancienne géographie tant de cités avec le nom d'Aræ. Nous avons parlé de l'Asie et de l'Afrique, mais il en est de même en Europe, particulièrement en Grèce, en Italie, et maintenant encore en Espagne. Tacite mentionne en Germanie l'Ara Ubiorum. De nos jours on donne ce nom en Transilvanie à plusieurs cités.

C'est aussi de ce motAra, prononcé et entendu d'une manière si uniforme par tant de nations séparées par les temps, les lieux et les usages, que les Latins durent tirer le motaratrum, charrue, dont la courbure se disaiturbs(le sens le plus ordinaire de ce mot est celui deville); du même mot vinrent enfinarx, forteresse,arceo, repousser (ager arcifinius, chez les auteurs qui ont écritsur les limites des champs), etarma,arcus, armes, arc; c'était une idée bien sage de faire ainsi consister le courage à arrêter et repousser l'injustice. Αρης,Marsvint sans doute de la défense desaræ. (Vico).

71: Usage barbare dont les nations se seraient constamment abstenues si l'on en croyait les auteurs qui ont écrit sur le droit des gens, et qui pourtant était alors pratiqué par ces Grecs auxquels on attribue la gloire d'avoir répandu la civilisation dans le monde. (Vico).

72: Au moyen âge, dont l'Homère toscan(Dante) n'a chanté que desfaits réels, nous voyons que Rienzi, exposant aux Romains l'oppression dans laquelle ils étaient tenus par les nobles, fut interrompu par ses sanglots et par ceux de tous les assistans. La vie de Rienzi par un auteur contemporain nous représente au naturel lesmœurs héroïquesde la Grèce, telles qu'elles sont peintes dans Homère. (Vico).Voy.dans la note du discours le jugement sur Dante.

73:

. . . . . .μεγαν περικαλλεα πεπλονποικιλον εν δαρ' εσαν περοναι δυο καιδεχα πασαιχρυσειαι, κληισιν ευγναμπτοις αραροιαι. Od. Σ.

74: L'usage en resta dans les sacrifices, et les Romains appelèrent toujoursprosficiales chairs des victimes rôties sur les autels que l'on partageait entre les convives; dans la suite les victimes, comme les viandes profanes, furent rôties avec des broches. Lorsqu'Achille reçoit Priam à sa table, il ouvre l'agneau, et ensuite Patrocle le rôtit, prépare la table, et sert le pain dans des corbeilles; les héros ne célébraient point de banquets qui ne fussent des sacrifices, où ils étaient eux-mêmes les prêtres. Les Latins en conservèrentepulæ, banquets somptueux, le plus souvent donnés par les grands;epulum, repas donné au peuple par la république;epulones, prêtres qui prenaient part au repas sacré. Agamemnon tue lui-même les deux agneaux dont le sang doit consacrer le traité fait avec Priam; tant on attachait alors une idée magnifique à une action qui nous semble maintenant celle d'un boucher! (Vico).

75: Rien n'indique qu'Hésiode qui laissa ses ouvrages écrits ait été appris par cœur, comme Homère, par les rapsodes. Les chronologistes ont donc pris un soin puéril en le plaçant trente ans avant Homère, tandis qu'il dut venir après les Pisistratides.

On pourrait cependant attaquer cette opinion en considérant Hésiode comme un de ces poètes cycliques, qui chantèrent toute l'histoire fabuleusedes Grecs, depuis l'origine de leur théogonie jusqu'au retour d'Ulysse à Itaque, et en les plaçant dans la même classe que les rapsodes homériques. Ces poètes dont le nom vient de κυκλος,cercle, ne purent être que des hommes du peuple qui, les jours de fêtes, chantaient les fables à la multitude rassemblée en cercle autour d'eux. On les désigne ordinairement eux-mêmes par l'épithète de κυκλιοι, εκυκλιοι, et les recueils de leurs ouvrages par κυκλος επικος, κυκλια επη, ποιημα εγκυκλικον, ou simplement κυκλος. Hésiode, considéré comme unpoète cyclique, qui raconte toutes lesfables relatives aux dieuxde la Grèce, aurait précédé Homère.

Ce que nous disions d'abord d'Hésiode, nous le dirons d'Hippocrate. Il laissa des ouvrages considérables écrits, non en vers, mais enprose, et par conséquentincapables d'être retenus par cœur; nous le placerons au temps d'Hérodote. (Vico).

76: Amphion dut appartenir à cette classe. Il fut en outre l'inventeur du dithyrambe, première ébauche de la tragédie écrite en vers héroïques (nous avons démontré que ce vers fut le premier chez les Grecs). Ainsi le dithyrambe d'Amphion aurait été la première satire; on vient de voir que c'est en parlant de la satire qu'Horace commence à traiter de la tragédie. (Vico).

77: Il peut être vrai en ce sens que Bacchus, dieu de la vendange, ait commandé à Eschyle de composer des tragédies. (Vico).

78: Aussi a-t-on lieu de conjecturer que la tragédie a tiré son nom de ce genre de déguisement, plutôt que du bouc Τραγος, qu'on donnait en prix au vainqueur. (Vico).

79: C'est de là peut-être que chez nous les vendangeurs sont encore appelés vulgairement cornuti. (Vico).

80:Lex per satyramsignifiait une loi qui comprenait des matières diverses. (Vico).

81: Lorsque l'esprit humain s'habitua à abstraire lesformeset lespropriétésdessujets, cesuniversaux poétiques, ces genres créés par l'imagination (generi fantastici), firent place à ceux que la raison créa (generi intelligibili), c'est alors que vinrent les philosophes; et plus tard encore, les auteurs de la nouvelle comédie, dont l'époque est pour la Grèce celle de la plus haute civilisation, prirent des philosophes l'idée de ces derniers genres et les personnifièrent dans leurs comédies. (Vico).

82: Ainsi comme nous l'avons dit plus haut, la phrase héroïque,le sang me bout dans le cœur, fut résumée dans la langue vulgaire par ce mot abstrait et général,je suis en colère. (Vico).

83: Voyez dans Tacite comment la monarchie s'établit à Rome à la faveur des titres républicains que privent les empereurs, et auxquels le peuple donna peu-à-peu un nouveau sens. (Note du Trad.)

84: On ne pouvait jusqu'ici ajouter foi à cette vérité tant que l'on attribuait aux premiers peuples ce parfait héroïsme imaginé par les philosophes; préjugé qui résultait d'une opinion exagérée que l'on s'était formée de la sagesse des anciens. (Vico).

85: Qu'on voie par-là si les commentateurs de la loi des douze tables ont été bien avisés de placer dans la onzième le titre suivant,auspicia incommunicata plebi sunto. Tous les droits civils, publics et privés, étaient une dépendance des auspices, et restaient le privilège des nobles. Les droits privés étaient les noces, la puissance paternelle, la suité, l'agitation, la gentilité, la succession légitime, le testament et la tutelle. Après avoir dans les premières tables établi les lois qui sont propres à unedémocratie(particulièrement la loitestamentaire) en communiquant tous ces droits privés au peuple, ils rendent la forme du gouvernement entièrementaristocratiquepar un seul titre de la onzième table. Toutefois dans cette confusion, ils rencontrent par hasard une vérité, c'est que plusieurs coutumes anciennes des Romains reçurent le caractère de lois dans les deux dernières tables; ce qui montre bien que Rome fut dans les premiers siècles une aristocratie. (Vico).

86: En cela l'habileté d'Auguste leur avait donné l'exemple. De crainte d'éveiller la jalousie du peuple en lui enlevant le privilège nominal de l'empire,imperium, il prit le titre de la puissance tribunitienne,potestas tribunitia, se déclarant ainsi le protecteur de la liberté romaine.

Le tribunat avait été simplement une puissance de fait; les tribuns n'eurent jamais dans la république ce qu'on appelaitimperium. Sous le même Auguste, un tribun du peuple ayant ordonné à Labéon de comparaître devant lui, ce jurisconsulte célèbre, le chef d'une des deux écoles de la jurisprudence romaine, refusa d'obéir; et il était dans son droit, puisque les tribuns n'avaient point l'imperium.

Une observation a échappé aux grammairiens, aux politiques et aux jurisconsultes, c'est que dans la lutte des plébéiens contre les patriciens pour obtenir le consulat, ces derniers voulant satisfaire le peuple sans établir de précédens relativement au partage de l'empire, créèrent des tribuns militaires en partie plébéiens,cum consulari potestate, et non point cumIMPERIOconsulari. Aussi tout le système de la république romaine fut compris dans cette triple formule:Senatus autoritas, populi IMPERIUM, PLEBIS POTESTAS.Imperiums'entend des grandes magistratures, du consulat, de la préture qui donnaient le droit de condamner à mort;potestas, des magistratures inférieures, telles que l'édilité, etmodicâ coercitione continetur. (Vico).

87: Ces lois doivent avoir été postérieures aux décemvirs, auxquels les anciens peuples les ont rapportées, comme au type idéal du législateur. (Vico).

88: La jalousie aristocratique empêchait qu'on en élevât. On sait que Valérius Publicola ne se justifia du reproche d'avoir construit une maison dans un lieu élevé, qu'en la rasant en une nuit.—Les nations les plus belliqueuses et les plus farouches sont celles qui conservèrent le plus long-temps l'usage de ne point fortifier les villes. En Allemagne, ce fut, dit-on, Henri-l'Oiseleur qui le premier réunit dans des cités le peuple dispersé jusque-là dans les villages, et qui entoura les villes de murs.—Qu'on dise après cela que les premiers fondateurs des villes furent ceux qui marquèrent par un sillon le contour des murs; qu'on juge si les étymologistes ont raison de faire venir le mot porte,à portando aratro, de la charrue qu'on portait pour interrompre le sillon à l'endroit où devaient être les portes. (Vico).

89: Voyez livreII, pag.214.

90: Alexandre-le-Grand disait que le monde n'était pour lui qu'une cité, dont la citadelle était sa phalange. (Vico).

91: De legibus.

92: De là les χειροθεσιαι et les χειροτονιαι des Grecs: le premier mot désigne l'imposition des mainssur la tête du magistrat qu'on allait élire; le second les acclamations des électeurs quiélevaient les mains. (Vico).

93: La quantité prouve quepersonane vient point, comme on le prétend, depersonare. (Vico).

94: Tite-Live dit en parlant de la sentence prononcée contre Horace:Lex horrendi carminis erat.—Dans l'Asinariade Plaute, Diabolus dit que le parasiteest un grand poète, parce qu'il sait mieux que tout autre trouver ces subtilités verbales qui caractérisaient les formules, oucarmina. (Vico).

95: S'il est certain qu'il y eut des lois avant qu'il existât des philosophes, on doit en inférer que le spectacle des citoyens d'Athènes s'unissant par l'acte de la législation dans l'idée d'un intérêt égal qui fût commun à tous, aida Socrate à former lesgenres intelligibles, ou lesuniversaux abstraits, au moyen de l'induction, opération de l'esprit qui recueille les particularités uniformes capables de composer un genre sous le rapport de leur uniformité. Ensuite Platon remarqua que, dans ces assemblées, les esprits des individus, passionnés chacun pour son intérêt, se réunissaient dans l'idée non passionnée de l'utilité commune. On l'a dit souvent, les hommes, pris séparément, sont conduits par l'intérêt personnel; pris en masse, ils veulent la justice. C'est ainsi qu'il en vint à méditer les idées intelligibles et parfaites des esprits (idées distinctes de ces esprits, et qui ne peuvent se trouver qu'en Dieu même), et s'éleva jusqu'à la conception duhéros de la philosophie, qui commande avec plaisir aux passions. Ainsi fut préparée la définition vraiment divine qu'Aristote nous a laissée de la loi:Volonté libre de passion; ce qui est le caractère de la volontéhéroïque. Aristote comprit lajustice,reinedes vertus, qui habite dans le cœur duhéros, parce qu'il avait vu lajustice légale, qui habite dans l'âme du législateur et de l'homme d'état, commander à laprudencedans le sénat, aucouragedans les armées, à latempérancedans les fêtes, à lajustice particulière, tantôtcommutative, comme au forum, tantôtdistributive, comme au trésor public,ærarium[où les impôts répartis équitablement donnent des droits proportionnels aux honneurs]. D'où il résulte que c'est de la place d'Athènes que sortirent les principes de la métaphysique, de la logique et de la morale. La liberté fit la législation, et de la législation sortit la philosophie.

Tout ceci est une nouvelle réfutation du mot de Polybe que nous avons déjà cité (Si les hommes étaient philosophes, il n'y aurait plus besoin de religion). Sans religion point de société, sans société point de philosophes. Si laProvidencen'eût ainsi conduit les choses humaines, on n'aurait pas eu la moindre idée ni descienceni de vertu. (Vico).

96:A cavendo, cavissæ; puis, par contraction,caussæ. (Vico).

97: Ils en ont conservé le titre desacrée majesté. (Vico).

98: Ces deux dernières formes, convenant également aux gouvernemens des âges civilisés, peuvent sans peine se changer l'une pour l'autre. Mais revenir à l'aristocratie, c'est ce qui est inconciliable avec la nature sociale de l'homme. Le vertueux Dion de Syracuse, l'ami du divin Platon, avait délivré sa patrie de la tyrannie d'un monstre; il n'en fut pas moins assassiné pour avoir essayé de rétablir l'aristocratie. Les pythagoriciens, qui composaient toute l'aristocratie de la grande Grèce, tentèrent d'opérer la même révolution, et furent massacrés ou brûlés vifs. En effet, dès qu'une fois les plébéiens ont reconnu qu'ils sont égaux en nature aux nobles, ils ne se résignent point à leur être inférieurs sous le rapport des droits politiques, et ils obtiennent cette égalité dans l'état populaire, ou sous la monarchie. Aussi voyons-nous le peu de gouvernemens aristocratiques qui subsistent encore, s'attacher, avec un soin inquiet et une sage prévoyance, à contenir la multitude et à prévenir de dangereux mécontentemens. (Vico).

99: Bodin avoue que le royaume de France eut, non pas un gouvernement, comme nous le prétendons, mais au moins une constitutionaristocratiquesous les races mérovingienne et carlovingienne. Nous demanderons alors à Bodin comment ce royaume s'est trouvé soumis, comme il l'est, à une monarchie pure. Sera-ce en vertu d'uneloi royalepar laquelle les paladins français se sont dépouillés de leur puissance en faveur des Capétiens, de même que le peuple romain abdiqua la sienne en faveur d'Auguste, si nous en croyons la fable de laloi royaledébitée par Tribonien? Ou bien dira-t-il que la France a été conquise par quelqu'un des Capétiens?... Il faut plutôt que Bodin, et avec lui tous les politiques, tous les jurisconsultes, reconnaissent cetteloi royale,fondée en nature sur un principe éternel; c'est que la puissance libre d'un état, par cela même qu'elle est libre, doit en quelque sorte se réaliser. Ainsi, toute la force que perdent les nobles, le peuple la gagne, jusqu'à ce qu'il devienne libre; toute celle que perd le peuple libre tourne au profit des rois, qui finissent par acquérir un pouvoir monarchique. Le droit naturel des moralistes est celui de laraison; le droit naturel des gens est celui de l'utilitéet de laforce. Ce droit, comme disent les jurisconsultes, a été suivi par les nations,usu exigente humanisque necessitatibus expostulantibus. (Vico).

100: Si nous traversons l'Océan pour passer dans le Nouveau-Monde, nous trouverons que l'Amérique eût parcouru la même carrière sans l'arrivée des Européens. (Vico).

101: Ces rois des aristocraties ne doivent pas être confondus avec lesmonarques. (Note du Traducteur).

102: Le peuple pris en général veut la justice. Lorsque le peuple tout entier constitue la cité, il fait des lois justes, c'est-à-diregénéralement bonnes. Si donc, comme le dit Aristote, de bonnes lois sont des volontés sans passion, en d'autres termes, des volontés dignes dusage, duhéros de la moralequi commande aux passions, c'est dans les républiques populaires que naquit la philosophie; la nature même de ces républiques conduisait la philosophie à former le sage, et dans ce but à chercher la vérité. Les secours de la philosophie furent ainsi substitues par la Providence à ceux de la religion. Au défaut dessentimensreligieux qui faisaient pratiquer la vertu aux hommes, lesréflexionsde la philosophie leur apprirent à considérer la vertu en elle-même, de sorte que, s'ils n'étaient pas vertueux, ils surent du moins rougir du vice.

À la suite de la philosophie naquit l'éloquence, mais telle qu'il convient dans des états où se font des loisgénéralement bonnes, une éloquence passionnée pour la justice, et capable d'enflammer le peuple par des idées de vertu qui le portent à faire de telles lois. Voilà, à ce qu'il semble, le caractère de l'éloquence romaine au temps de Scipion-l'Africain; mais les états populaires venant à se corrompre, la philosophie suit cette corruption, tombe dans le scepticisme, et se met, par un écart de la science, à calomnier la vérité. De là naît une fausse éloquence, prête à soutenir le pour et le contre sur tous les sujets. (Vico).

103: Mais il est une différence essentielle entre la vraie religion et les fausses. La première nous porte par la grâce aux actions vertueuses pour atteindre un bien infini et éternel, qui ne peut tomber sous les sens; c'est ici l'intelligence qui commande aux sens des actions vertueuses. Au contraire dans les fausses religions qui nous proposent pour cette vie et pour l'autre des biens bornés et périssables, tels que les plaisirs du corps, ce sont les sens qui excitent l'âme à bien agir. (Vico).


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