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SOCIETY AT LAUSANNE.

Quant à la société, quoique infiniment agréable, je commence ce chapitre par vous dire que j'éviterois de vous y inviter, si vous étiez entièrement désœuvré; les jours sont longs alors, et laissent bien du vuide; mais homme de lettres, comme vous êtes, je ne connois point de société qui vous convienne mieux. Nous aurons autour de nous un cercle, comme il seroit impossible d'en trouver ailleurs dans un aussi petit espace. Madame de Corcelles, Mademoiselle Sulens, et M. de Montolieu, (Madame est morte,) Messrs. Polier et leurs femmes, Madame de Severy, et M. et Madame de Nassau, Mademoiselle de Chandieu, Madame de St. Cierge, et M. avec leurs deux filles jolies et aimables, Mesdames de Crousaz, Polier, de Charrières, &c. font un fonds de bonne compagnie dont on ne se lasse point, et dont M. de Servan est si content qu'il regrette toujours d'être obligé de retourner dans ses terres, et ne respire que pour s'établir tout à fait à Lausanne. Il passa tout l'hyver de 1782 avec nous, et il fut, on ne peut plus, agréable. Vous trouverez les mœurs changées en bien, et plus conformes à nos ages, et à nos caractères; peu de grandes assemblées, de grands repas, mais beaucoup de petits soupers, de petites assemblées, où l'on fait ce qu'on veut, où l'on cause, lit, &c. et dont on écarte avec soin les facheux de toute espèce. Il y a le Dimanche une société, où tout ce qu'il y a d'un peu distingué en étrangères et étrangers, est invité. Cela fait des assemblées de 40 à 50 personnes, où l'on voit ce qu'on ne voit guères le reste de la semaine, et ces espèces deroutfont quelquefois plaisir. Nous sommes fort dégoûtés des étrangers, surtout des jeunes gens, et nous les écartons avec soin de nos petits comités, à moins qu'ils n'ayent du mérite, ou quelques talens. A cet égard un de nos petits travers, c'est l'engouement; mais vous en profiterez, mon cher Monsieur, comme Edward Gibbon, et comme mon ami; vous serez d'abord l'homme à la mode, et je vois d'ici que vous soutiendrez fort bien ce rôle, sans vous en fâcher, dût on un peu vous surfaire.Je sens que tu me flattes, mais tu me fais plaisir, est peut-être le meilleur vers de Destouches.

Voilà donc l'hyver; l'étude le matin, quelques conversations, quand vous serez fatigué, avec quelque homme de lettres, ou amateur, ou du moins qui aura vu quelque chose; à l'heure qu'il vous plaira un dîner, point de fermier général, mais l'honnête épicurien, avec un ou deux amis quand vous voudrez: puis quelques visites, une soirée, souvent un souper. Quant à l'été, vu votre manière d'aimer la campagne, on diroit que ma remise a été faite pour vous; pendant que vous vous y promènerez en sénateur, je serai souvent en bon paysan Suisse, devant mon châlet, ou dans ma chaumière; puis nous nous rencontrerons tout à coup, et tâcherons de nous remettre au niveau l'un de l'autre. Nous fermerons nos portes à l'ordinaire, excepté aux étrangers qui passent leur chemin; mais quand nous voudrons, nous y aurons tous ceux que nous aimerons à y voir; car on ne demande pas mieux que d'y venir se réjouir. J'ai eu, un beau jour d'Avril ce printems, un déjeûner, qui m'a coûté quelques Louis, où il y avoit plus de 40 personnes, je ne sais combien de petites tables, une bonne musique au milieu du verger, et une quantité de jeunes et jolies personnes dansant des branles, et formant des chiffres en cadence; j'ai vu bien des fêtes, j'en ai peu vu de plus jolies. Quand mon parc vous ennuyera, nous aurons, ou nous louerons ensemble (et ce sera ainsi un plaisir peu cher) un cabriolet léger, avec deux chevaux gentils, et nous irons visiter nos amis dispersés dans les campagnes, qui nous recevront à bras ouverts. Vous en serez content de nos campagnes; toujours en proportion vous comprenez, et vous trouverez en général un heureux changement pour les agrémens de la société, et une sorte de recherche simple, mais élégante. Les bergères duPrintems, excepté Madame de Vanberg, ne sont sans doute plus présentables, mais il y en a d'autres assez gentilles, et quoiqu'elles ne soyent pas en bien grand nombre, il y en aura toujours assez pour vous, mon cher Monsieur. Peu à peu mon imagination m'a emporte, et mon style s'égaye, comme cela nous arrivoit quelquefois dans nos châteaux en Espagne. Il est bien tems de finir cet article, résumons nous plus sérieusement.

Si vous exécutez le plan que vous avez imaginé, j'aimerois même à dire que vous embrassez, surtout d'après ce que vous marquez vous même,Si je ne consultois que mon cœur et ma raison, je romperois sur le champ cette indigne chaine, &c. Eh! que voulez-vous consulter, si ce n'est votre cœur et votre raison?Si, dis-je, vous exécutez ce plan, vous retrouverez une liberté et une indépendance, que vous n'auriez jamais dû perdre, et dont vous méritez de jouir, une aisance qui ne vous coûtera qu'un voyage de quelques jours, une tranquillité que vous ne pouvez avoir à Londres, et enfin un ami qui n'a peut-être pas été un jour sans penser à vous, et qui malgré ses défauts, ses foiblesses et son infériorité, est encore un des compagnons qui vous convient le mieux.

Il me reste à vous apprendre pourquoi je vous réponds si tard: vous savez déjà actuellement que ce n'est pas manque d'amitié et de zèle pour la chose; mais votre lettre m'a été renvoyée de Lausanne ici, à Strasbourg, et je n'ai passé qu'une poste sans y répondre, ce qui n'est pas trop, vous l'avouerez, pour un pareil bavardage. Je suis parti de Lausanne la veille de Pâques pour venir voir un M. Bourcard de Basle, fort de mes amis; il est ici auprès du Comte de Cagliostro, pour profiter de ses remèdes. Vous aurez entendu parler peut-être de cet homme extraordinaire à tous égards. Comme j'ai été assez malade tout l'hyver, je profite aussi de ses remèdes; mais comme le tems du séjour du Comte ici n'est rien moins que sûr, le mieux sera que vous m'écriviezà M. D. chez M. Bourcard du Kirshgarten, à Basle.

Vous comprenez combien à tous égards, il est nécessaire m'écrire sans perte de tems, dès que vous aurez pris une résolution. Adieu, mon cher ami.*

HIS GRATITUDE TO DEYVERDUN.

*Je reçois votre lettre du 10 Juin, le 21 de ce mois. Aujourd'hui Mardi le 24, je mets la main à la plume (comme dit M. Fréron) pour y répondre, quoique ma missive ne puisse partir par arrangement des postes, que Vendredi prochain, 27 du courant. O merveille de la grace efficace! Elle n'agit pas moins puissamment sur vous, et moyennant le secours toujours prêt, et toujours prompt de nos couriers, un mois nous suffit pour la demande et la réponse. Je remercie mille fois le génie de l'amitié, qui m'a poussé, après mille efforts inutiles, à vous écrire enfin au moment le plus critique et le plus favorable. Jamais démarche n'a répondu si parfaitement à tous mes vœux et àtoutes mes espérances. Je comptois sans doute sur la durée et la vérité de vos sentimens; mais j'ignorois (telle est la foiblesse humaine) jusqu'à quel point ils avoient pu être attiédis par le tems et l'éloignement; et je savois encore moins l'état actuel de votre santé, de votre fortune et de vos liaisons, qui auroient pu opposer tant d'obstacles à notre réunion.

Vous m'écrivez, vous m'aimez toujours; vous désirez avec zèle, avec ardeur, de réaliser nos anciens projets; vous le pouvez, vous le voulez; vous m'offrez dès l'automne votre maison, et quelle terrasse! votre société, et quelle société! L'arrangement nous convient à tous les deux; je retrouve à la fois le compagnon de ma jeunesse, un sage conseiller, et un peintre qui fait représenter et exagérer même les objets les plus rians. Ces exagérations me font pour le moins autant de plaisir que la simple vérité. Si votre portrait étoit tout à fait ressemblant, ces agrémens n'existeroient que hors de nous mêmes, et j'aime encore mieux les retrouver dans la vivacité de votre cœur et de votre imagination. Ce n'est pas que je ne reconnoisse un grand fond de vérité dans le tableau de Lausanne; je connois le lieu de la scène, je me transporte en idée surnotreterrasse, je vois ces côteaux, ce lac, ces montagnes, ouvrage favoris de la nature, et je conçois sans peine les embellissemens que votre goût s'est plu y ajouter. Je me rappelle depuis vingt ou trente ans les mœurs, l'esprit, l'aisance de la société, et je comprends que ce véritable ton de la bonne compagnie se perpétue, et s'épure de père en fils, ou plutôt de mère en fille; car il m'a toujours paru qu'à Lausanne, aussi bien qu'en France, les femmes sont très supérieures aux hommes. Dans un pareil séjour, je craindrois la dissipation bien plus que l'ennui, et le tourbillon de Lausanne étonneroit un philosophe accoutumé depuis tant d'années à la tranquillité de Londres. Vous êtes trop instruit pour regarder ce propos, comme une mauvaise plaisanterie; c'est dans les détroits qu'on est entrainé par la rapidité des courans: il n'y en a point en pleine mer. Dès qu'on ne recherche plus les plaisirs bruyans, et qu'on s'affranchit volontiers des devoirs pénibles, la liberté d'un simple particulier se fortifie par l'immensité de la ville. Quant à moi, l'application à mon grand ouvrage, l'habitude, et la récompense du travail, m'ont rendu plus studieux, plus sédentaire, plus ami de la retraite. La Chambre des Communes et les grands dîners exigent beaucoup de tems; et la tempéranced'un repas anglois vous permet de goûter de cinq ou six vins différens, et vous ordonne de boire une bouteille de claret après le dessert. Mais enfin je ne soupe jamais, je me couche de fort bonne heure, je reçois peu de visites, les matinées sont longues, les étés sont libres, et dès que je ferme ma porte, je suis oublié du monde entier. Dans une société plus bornée et plus amicale, les démarches sont publiques, les droits sont réciproques, l'on dîne de bonne heure, on se goûte trop pour ne pas passer l'après-midi ensemble; on soupe, on veille, et les plaisirs de la soirée ne laissent pas de déranger le repos de la nuit, et le travail du lendemain.

HIS HESITATION TO ACCEPT.

Quel est cependant le résultat de ces plaintes? c'est seulement que la mariée est trop belle, et que j'ose me servir de l'excuse honnête de la santé et du privilège d'un homme de lettres; il ne tiendra qu'à moi de modérer un peu l'excès de mes jouissances. Pour cet engouement que vous m'annoncez, et qui a toujours été le défaut des peuples les plus spirituels, je l'ai déjà éprouvé sur un plus grand théâtre. Il y a six ans que l'ami de Madame Necker fut reçu à Paris, comme celui de George Deyverdun pourroit l'être à Lausanne. Je ne connois rien de plus flatteur que cet accueil favorable d'un public poli et éclairé. Mais cette faveur, si douce pour l'étranger, n'est-elle pas un peu dangereuse pour l'habitant exposé à voir flétrir ses lauriers, par la faute ou par l'inconstance de ses juges? Non; on se soutient toujours, peut être pas précisément au même point d'élévation. A l'abri de trois gros volumes in-quarto en langue étrangère, encore ce qui n'est pas un petit avantage, je conserverai toujours la réputation littéraire, et cette réputation donnera du relief aux qualités sociales, si l'on trouve l'historien sans travers, sans affectation et sans prétentions.

Je serai donc charmé et content de votre société, et j'aurois pu dire en deux mots, ce qui j'ai bavardé en deux pages; mais il y a tant de plaisir à bavarder avec un ami! car enfin je possède à Lausanne un véritable ami; et les simples connoissances remplaceront sans beaucoup de peine, tout ce qui s'appelle liaison, et même amitié, dans ce vaste désert de Londres. Mais au moment où j'écris, je vois de tous côtés une foule d'objets dont la perte sera bien plus difficile à réparer. Vous connoissiez ma bibliothèque; mais je suis en état de vous rendre le propos de votre maisonc'est bien autre chose à cetteheure; formée peu à peu, mais avec beaucoup de soin et de dépense, elle peut se nommer aujourd'hui un beau cabinet de particulier. Non content de remplir à rangs redoublés la meilleure pièce qui lui étoit destinée, elle s'est débordée dans la chambre sur la rue, dans votre ancienne chambre à coucher, dans la mienne, dans tous les recoins de la maison deBentinck-street, et jusques dans une chaumière que je me suis donnée àHampton Court.

J'ai mille courtisans rangés autour de moi:Ma retraite est mon Louvre, et j'y commande en roi.

J'ai mille courtisans rangés autour de moi:Ma retraite est mon Louvre, et j'y commande en roi.

J'ai mille courtisans rangés autour de moi:

Ma retraite est mon Louvre, et j'y commande en roi.

Le fonds est de la meilleure compagnie Grecque, Latine, Italienne, Françoise, et Angloise, et les auteurs les moins chers à l'homme de goût, des ecclésiastiques, des Byzantins, des Orientaux, sont les plus nécessaires à l'historien de la Décadence et de la Chute, &c. Vous ne sentez que trop bien le désagrément de laisser, et l'impossibilité de transporter cinq ou six milles volumes, d'autant plus que le ciel n'a pas voulu faire de la Suisse un pays maritime. Cependant mon zèle pour la réussite de nos projets communs, me fait imaginer que ces obstacles pourront s'applanir, et que je puis adoucir ou supporter ces privations douloureuses. Les bons auteurs classiques, la bibliothèque des nations, se retrouvent dans tous les pays. Lausanne n'est pas dépourvu de livres, ni de politesse, et j'ai dans l'esprit qu'on pourroit acquérir pour un certain tems, quelque bibliothèque d'un vieillard ou d'un mineur, dont la famille ne voudroit pas se défaire entièrement. Quant aux outils de mon travail, nous commencerons par examiner l'état de nos richesses; après quoi il faudroit faire un petit calcul du prix, du poids et de la rareté de chaque ouvrage, pour juger de ce qu'il seroit nécessaire de transporter de Londres, et de ce qu'on acheteroit plus commodément en Suisse; à l'égard de ces frais, on devroit les envisager comme les avances d'une manufacture transplantée en pays étranger, et dont on espère retirer dans la suite un profit raisonnable. Malheureusement votre bibliothèque publique, en y ajoutant même celle de M. de Bochat, est assez piteuse; mais celles de Berne et de Basle sont très nombreuses, et je compterois assez sur la bonhommie Helvétique, pour espérer que, moyennant des recommendations et des cautions, il me seroit permis d'en tirer les livres dont j'aurois essentiellement besoin. Vous êtestrès bien placé pour prendre les informations, et pour faire les démarches convenables; mais vous voyez du moins combien je me retourne de tous les côtés, pour esquiver la difficulté la plus formidable.

HIS FRIEND AND VALET.

Venons à présent à des objets moins relevés, mais très importans à l'existence et au bien-être de l'animal, le logement, les domestiques, et la table. Pour mon appartement particulier, une chambre à coucher, avec un grand cabinet et une antichambre, auroient suffi à tous mes besoins; mais si vous pouvez vous en passer, je me promenerai avec plaisir dans l'immensité de vos onze pièces, qui s'accommoderont sans doute aux heures et aux saisons différentes. L'article des domestiques renferme une assez forte difficulté, sur laquelle je dois vous consulter. Vous connoissez, et vous estimez Caplen mon valet de chambre, maître d'hotel, &c. qui a été nourri dans notre maison, et qui comptoit d'y finir ses jours. Depuis votre départ, ses talens et ses vertus se sont dévelloppés de plus en plus, et je le considère bien moins sur le pied d'un domestique, que sur celui d'un ami. Malheureusement il ne sait que l'Anglois, et jamais il n'apprendra de langue étrangère. Il m'accompagna, il y a six ans, dans mon voyage à Paris, mais il rapporta fidèlement à Londres toute l'ignorance, et tous les préjugés d'un bon patriote. A Lausanne il me coûteroit beaucoup, et à l'exception du service personnel, il ne nous seroit que d'une très petite utilité. Cependant je supporterois volontiers cette dépense, mais je suis très persuadé que, si son attachement le portoit à me suivre, il s'ennuyeroit à mourir dans un pays où tout lui seroit étranger et désagréable. Il faudroit donc me détacher d'un homme dont je connois le zèle, la fidélité, rompre tout d'un coup de petites habitudes qui sont liées avec le bien-être journalier et momentané, et se résoudre à lui substituer un visage nouveau, peut-être un mauvais sujet, toujours quelque aventurier Suisse pris sur le pavé de Londres. Vous rappellez-vous un certain George Suess qui a fait autrefois avec moi le voyage de France et d'Italie? Je le crois marié et établi à Lausanne; s'il vit encore, si vous pouvez l'engager à se rendre ici, pour me ramener en Suisse, la compagnie d'un bon et ancien serviteur ne laisseroit pas d'adoucir la chute, et il resteroit peut-être auprès de moi, jusqu'à ce que nous eussions choisi un jeune homme du pays, adroit, modeste et bien élevé, à qui je ferois un parti avantageux.

Les autres domestiques, gouvernantes, laquais, cuisinière, &c. se prennent et se renvoyent sans difficulté. Un article bien plus important, c'est notre table, car enfin nous ne sommes pas assez hermites, pour nous contenter des légumes et des fruits de votre jardin, tout excellens qu'ils sont; mais je n'ai presque rien à ajouter à l'honnêteté de vos propos, qui me donnent beaucoup plus de plaisir que de surprise. Si je me trouvois sans fortune, au lieu de rougir des bienfaits de l'amitié, j'accepterois vos offres aussi simplement que vous les faites. Mais nous ne sommes pas réduits à ce point, et vous comprenez assez qu'une déconfiture angloise laisse encore une fortune fort décente au Pays de Vaud, et pour vous dire quelque chose de plus précis, je dépenserois sans peine et sans inconvénient cinq ou six cens Louis. Vous connoissez le résultat aussi bien que les détails d'un ménage; en supposant une petite table de deux philosophes Epicuriens, quatre, cinq, ou six domestiques, des amis assez souvent, des repas assez rarement, beaucoup de sensualité, et peu de luxe, à combien estimez-vous en gros la dépense d'un mois et d'une année? Le partage que vous avez déjà fait, me paroît des plus raisonnables; vous me logez, et je vous nourris. A votre calcul, j'ajouterois mon entretien personnel, habits, plaisirs, gages de domestiques, &c. et je verrois d'une manière assez nette, l'ensemble de mon petit établissement.

HIS HOPES OF A POLITICAL PLACE.

Après avoir essuyé tant de détails minutieux, le cher lecteur s'imagine sans doute que la résolution de me fixer pendant quelque tems aux bords du Lac Léman, est parfaitement décidée. Hélas! rien n'est moins vrai; mais je me suis livré au charme délicieux de contempler, de sonder, de palper ce bonheur, dont je sens tout le prix, qui est à ma portée, et auquel j'aurai peut-être la bêtise de renoncer. Vous avez raison de croire, mais vous ignorez jusqu'à quel point vous l'avez, que ma carrière politique a été plus semée d'épines que de roses. Eh! quel objet, quel motif, pourroit me consoler de l'ennui des affaires, et de la honte de la dépendance?La gloire?Comme homme de lettres, j'en jouis, comme orateur je ne l'aurai jamais, et le nom des simples soldats est oublié dans les victoires aussi bien que dans les défaites.Le devoir?Dans ces combats à l'aveugle, où les chefs ne cherchent que leur avantage particulier, il y a toujours à parier que les subalternes feront plus de mal que de bien.L'attachement personnel?Les ministres sont rarement dignes de l'inspirer;jusqu'à présent Lord North n'a pas eu à se plaindre de moi, et si je me retire du Parlement, il lui sera très aisé d'y substituer un autre muet, tout aussi affidé que son ancien serviteur. Je suis intimément convaincu, et par la raison, et par le sentiment, qu'il n'y a point de parti, qui me convienne aussi bien que de vivre avec vous, et auprès de vous à Lausanne; et si je parviens à la place (Commissioner of the Excise or Customs) où je vise, il y aura toutes les semaines cinq longues matinées, qui m'avertiront de la folie de mon choix. Vous vous trompez à la vérité à l'égard de l'instabilité de ces emplois; ils sont presque les seuls qui ne ressentent jamais des révolutions du ministère.

Cependant si cette place s'offroit bientôt, je n'aurois pas le bon sens et le courage de la refuser. Quels autres conseillers veux-je prendre, sinon mon cœur et ma raison? Il en est de puissans et toujours écoutés: les égards, la mauvaise honte, tous mes amis, ou soi-disant tels, s'écrieront que je suis un homme perdu, ruiné, un fou qui se dérobe à ses protecteurs, un misanthrope qui s'exile au bout du monde, et puis les exagérations sur tout ce qui seroit fait en ma faveur, si surement, si promptement, si libéralement. Mylord Sheffield opinera à me faire interdire et enfermer; mes deux tantes et ma belle mère se plaindront que je les quitte pour jamais, &c. Et l'embarras de prendre mon bonnet de nuit, comme disoit le sage Fontenelle, lorsqu'il n'etoit question que de decoucher, combien de bonnets de nuit ne me faudra-t-il pas prendre, et les prendre tout seul? car tout le monde, amis, parens, domestiques, s'opposera à ma fuite. Voilà à la vérité des obstacles assez peu redoutables, et en les décrivant, je sens qu'ils s'affoiblissent dans mon esprit. Grace à ce long bavardage vous connoissez mon intérieur, comme moi même, c'est à dire assez mal; mais cette incertitude, très amicale pour moi, seroit très facheuse pour vous. Votre réponse me parviendra vers la fin de Juillet, et huit jours après, je vous promets une réplique nette et décisive:je parsouje reste. Si je pars, ce sera au milieu de Septembre; je mangerai les raisins de votre treille les premiers jours d'Octobre, et vous aurez encore le tems de me charger de vos commissions. Ne me dites plus,Monsieur, et très cher ami; le premier est froid, le second est superflu.*

*Me voilà un peu embarrassé actuellement; je ne dois vous appeller ni Monsieur, ni ami. Eh bien! vous saurez qu'étant parti Samedi de Strasbourg, pendant que je venois ici, votre seconde lettre alloit là, et qu'ainsi je reçus votre troisième, Dimanche, et votre seconde, hier. La mention que vous y faisiez du Suisse George, dont je n'ai pu rien trouver dans la première, m'a fait comprendre qu'il y en avoit une seconde, et j'ai cru devoir attendre un courier, la troisième n'exigeant pas de réponse.

Pour votre parole, permettez que je vous en dispense encore, et même jusqu'au dernier jour, je sens bien qu'un procédé contraire vous conviendroit; mais certes il ne me convient pas du tout. Ceci, comme vous le dites, est une espèce de mariage, et pensez vous que malgré les engagemens les plus solemnels, je n'eusse pas reconduit chez elle, du pied des autels, la femme la plus aimable qui m'eut temoigné des regrets? Jamais je ne me consolerois, si je vous voyois mécontent dans la suite, et dans le cas de me faire des reproches. C'est à vous à faire, si vous croyez nécessaire, des démarches de votre côté, qui fortifient votre résolution; pour moi, je n'en ferai point d'essentielles, jusqu'à ce que j'aye reçu encore une lettre de vous. Après ce petit préambule, parlons toujours comme si l'affaire étoit décidée, et repassons votre lettre. Tout ce que vous dites des grandes et petites villes, est très vrai, et votre comparaison des détroits et de la pleine mer, est on ne peut pas plus juste et agréable; mais enfin,comme on fait son lit, on se couche, disoit Sancho Pancha d'agréable mémoire, et qui peut mieux faire son lit à sa guise qu'un étranger, qui, n'ayant ni devoirs d'état ni de sang à remplir, peut vivre entièrement isolé, sans que personne y puisse trouver à redire? Moi même, bourgeois et citoyen de la ville, je suis presqu'entièrement libre. L'été, par exemple, je déteste de m'enfermer le soir dans des chambres chaudes, pour faire une partie. Eh bien! on m'a persécuté un peu la première année; à présent on me laisse en repos. Il y aura sans doute quelque changement dans votre manière de vivre: mais il me semble qu'on se fait aisément à cela. Les dîners, surtout enfemmes, sont très rares; les soupers peu grands; on reste plutôt pour être ensemble, que pour manger, et plusieurs personnes ne s'asseyent point. Je crois, tout compté et rabattu, que vouz aurez encore plus de tems pour le cabinet qu'à Londres; on sort peu le matin, et quand nos amis communs viendront chez moi, et vous demanderont, je leur dirai; "ce n'est pas un oisif comme vous autres, il travaille dans son cabinet," et ils se tairont respectueusement.

Pour les bibliothèques publiques, votre idée ne pourroit, je pense, se réaliser pour un lecteur ou même un écrivain ordinaire, mais un homme qui joue un rôle dans la république des lettres, un homme aimé et considéré, trouvera, je m'imagine, bien des facilités; d'ailleurs, j'ai de bons amis à Berne, et je prendrai ici des informations.

Passons à la table. Si j'étois à Lausanne, cet article seroit plus sûr, je pourrois revoir mes papiers, consulter; j'ai une chienne de mémoire. A vue de pays cela pourra aller de 20 à 30 Louis par mois, plus ou moins, vous sentez, suivant la friandise, et le plus ou moins de convives. Marquez moi dans votre première combien vous coûte le vôtre.

SOCIAL HABITS AT LAUSANNE.

Je sens fort bien tous les bonnets de nuit: point de grands changemens sans embarras, même sans regrets; vous en aurez quelquefois sans doute: par exemple, si votre salle à manger, votre salle de compagnie, sont plus riantes, vous perdrez pour le vase de la bibliothèque. Pour ce qui est des représentations, des discours au moins inutiles, il me semble que le mieux seroit de masquer vos grandes opérations, de ne parler que d'une course, d'une visite chez moi, de six mois ou plus ou moins. Vous feriez bien, je pense, d'aller chez mon ami Louis Teissier; c'est un brave et honnête homme, qui m'est attaché, qui aime notre pays; il vous donnera tout plein de bons conseils avec zèle, et vous gardera le secret.

Vous aurez quelquefois à votre table un poëte;—oui, Monsieur, un poëte:—nous en avons un enfin. Procurez vous un volume 8vo.Poësies Helvétiennes, imprimées l'année passée chez Mouser, à Lausanne.[44]Vouz trouverez entr'autres dans l'épitre au jardinierde la grotte, votre ami et votre parc. Toute la prose est de votre très humble serviteur, qui désire qu'elle trouve grace devant vous.

Le Comte de Cagliostro[45]a fait un séjour à Londres. On ne sait qui il est, d'où il est, d'où il tire son argent; il exercegratisses talens pour la médecine; il a fait des cures admirables; mais c'est d'ailleurs le composé le plus étrange. J'ai cessé de prendre ses remèdes qui m'échauffoient—l'homme d'ailleurs me gâtoit le médecin. Je suis revenu à Basle avec mon ami. Adieu; récrivez moi le plutôt possible.*

Hampton Court, ce 1 Juillet, 1783.

HIS DECISION TO LEAVE ENGLAND.

*Après avoir pris ma résolution, l'honneur, et ce qui vaut encore mieux l'amitié, me défendent de vous laisser un moment dans l'incertitude.Je pars. Je vous en donne ma parole, et comme je suis bien aise de me fortifier d'un nouveau lien, je vous prie très sérieusement de ne pas m'en dispenser. Ma possession, sans doute, ne vaut pas celle de Julie; mais vous serez plus inexorable que St. Preux. Je ne sens plus qu'une vive impatiencepour notre réunion. Mais le mois d'Octobre est encore loin; 92 jours, et nous aurons tout le tems de prendre, et de nous donner des éclaircissemens dont nous avons besoin. Après un mûr examen, je renonce au voyage de George Suess, qui me paroît incertain, cher et difficile. Après tout mon valet de chambre et ma bibliothèque sont les deux articles les plus embarrassans. Si je ne retenois pas ma plume, je remplirois sans peine la feuille; mais il ne faut pas passer du silence à un babil intarissable. Seulement si je connois le Comte de Cagliostro, cet homme extraordinaire, &c. Savez vous le Latin? oui, sans doute; mais faites, comme si je ne le savois point. Quand retournez vous à Lausanne vous même?* Je pense que vous y trouverez une petite bête, bien aimable mais tant soit peu mechante, qui se nomme My lady Elizabeth Foster, parlez lui de moi, mais parlez en avec discretion, elle a des correspondences partout. *Vale.*

July 10th, 1783.

*You will read the following lines with more patience and attention than you would probably give to a hasty conference, perpetually interrupted by the opening of the door, and perhaps by the quickness of our own tempers. I neither expect nor desire an answer on a subject of extreme importance to myself, but which friendship alone can render interesting to you. We shall soon meet at Sheffield.

It is needless to repeat the reflections which we have sometimes debated together, and which I have often seriously weighed in my silent solitary walks. Notwithstanding your active and ardent spirit, you must allow that there is some perplexity in my present situation, and that my future prospects are distant and cloudy. I have lived too long in the world to entertain a very sanguine idea of the friendship or zeal of Ministerial patrons; and we are all sensible how much the powers of patronage are reduced.*

The source of pensions is absolutely stopped, and a double list of candidates is impatient and clamourous for half the number of desirable places. A seat at the board of customs orexcise was certainly the most practicable attempt, but how far are we advanced in the pursuit? Could we obtain (it was indeed unprecedented) an extraordinary commission? Have we received any promise of thefirstvacancy? how often is the execution of such a promise delayed to a second or third opportunity? When will those vacancies happen? Incumbents are sometimes very tough. Of the Excise I know less, but I am sure that the door of the Customs (except when it was opened for Sir Stanier by a pension ofequalvalue) has been shut, at least during the last three years. In the meanwhile I should be living in a state of anxiety and dependence, working in the illiberal service of the House of Commons, my seat in Parliament sinking in value every day and my expenses very much exceeding my annual income. *At the end of that time, or rather long before that time (for their lives are not worth a year's purchase), our ministers are kicked down stairs, and I am left their disinterested friend to fight through another opposition, and to expect the fruits of another revolution.

But I will take a more favourable supposition, and conceive myself, in six months, firmly seated at the board of Customs; before the end of the next six months, I should infallibly hang myself. Instead of regretting my disappointment, I rejoyce in my escape; as I am satisfied that no salary could pay me for the irksomeness of attendance, and the drudgery of business so repugnant to my taste, (and I will dare to say) so unworthy of my character. Without looking forwards to the possibility, still more remote, of exchanging that laborious office for a smaller annuity, there is surely another plan, more reasonable, more simple, and more pleasant; a temporary retreat to a quiet and less expensive scene. In a four years' residence at Lausanne, I should live within my income, save, and even accumulate, my ready money; finish my history, an object of profit as well as fame, expect the contingencies of elderly lives, and return to England at the age of fifty, to form a lasting independent establishment, without courting the smiles of a minister, or apprehending the downfall of a party. Such have been my serious sober reflections.

PLAN OF JOINING DEYVERDUN.

Yet I much question whether I should have found courage to follow my reason and my inclination, if a friend had not stretched his hand to draw me out of the dirt. The twentiethof last May I wrote to my friend Deyverdun, after a long interval of silence, to expose my situation, and to consult in what manner I might best arrange myself at Lausanne. From his answer, which I received about a fortnight ago, I have the pleasure to learn, that his heart and his house are both open for my reception; that a family which he had lodged for some years is about to leave him, and that at no other time my company would have been so acceptable and convenient. I shall step, at my arrival, into an excellent apartment and a delightful situation; the fair division of our expences will render them very moderate, and I shall pass my time with the companion of my youth, whose temper and studies have always been congenial to my own. I have given him my word of honour to be at Lausanne in the beginning of October, and no power or persuasion can divert me from thisIRREVOCABLEresolution, which I am every day proceeding to execute.

I wish, but I scarcely hope, to convince you of the propriety of my scheme;[46]but at least you will allow, that when we are not able to prevent thefolliesof our friends, we should strive to render them as easy and harmless as possible. The arrangement of my house, furniture and books will be left to meaner hands, but it is to your zeal and judgment alone that I can trust the more important disposal of Lenborough and Lymington. On these subjects we may go into a Committee at Sheffield-place, but you know it is the rule of a Committee not to hear any arguments against theprincipleof the bill. At present I shall only observe, that neither of these negociations ought to detain me here; the former may be dispatched as well, the latter much better, in my absence.Vale.*

Bentinck Street, July 26th, 1783.

My Dear Madam,

You have so long been acquainted with my indifference or rather dislike to the house of Commons, that you will not be much surprized, that I should entertain a thought or indeed a resolution of vacating my seat. Your vain hope (a kind and a friendly vanity) of my making a distinguished figure in that assembly has long since been extinct, and you are now convinced by repeated experience that my reputation must be derived solely from my pen. A seat in parliament I can only value as it is connected with some official situation of emolument: that connection which has fortunately subsisted about three years is now dissolved, and I do not see any probability of its beingspeedilyrestored. Whatever may be the wishes or sentiments of my political friends, their patronage has been extremely circumscribed by the double list of candidates, the reduction of places and the suppression of pensions. The most solid and attainable things (at the boards of Customs or Excise) are incompatible with a seat in parliament, and my prævious retreat (by taking from them a motive of delay) will promote rather than obstruct the accomplishment of my hopes and their promises. Thus restored for some time to the enjoyment of freedom, I propose to spend it in the society of my friend Deyverdun at Lausanne, who presses me in the kindest manner to visit him in the house and garden which he possesses in the most beautiful situation in the World.

I intend going about the middle of September, and though it is not possible to define precisely the time of my absence, it is not likely that I shall pass less than a year in Switzerland. I shall exchange the most unwholesome air (that of the house of Commons) for the purest and most salubrious, the heat and hurry of party for a cool litterary repose; and I have little doubt that this excursion, which will amuse me by the change of objects, will have a lasting and beneficial effect on my health. The lease of my house expires next Christmas, and I shall take the opportunity of disengaging myself from an uselessexpence, and of removing to a hired room my books, and such part of my furniture as may be worth keeping. You will be pleased to hear that the faithful Caplen accompanies me abroad.

HIS DEPARTURE A NECESSITY.

Such is the light in which my journey should be represented to those friends to whom it may be advisable to say any thing of my motives. Every circumstance which I have already stated is strictly true, but you will too easily conceive that it is not thewhole truth: that this step is dictated by the hard law of æconomy or rather of necessity, and that the moment of my return will not entirely depend on my own choice. You have not forgot how a similar intention some years ago was superseded by my appointment to the board of trade. Perhaps it would have been wiser if I had left England immediately after the loss of my place, and the sense of this imprudent delay urges me more strongly every day to avoid the difficulties of a still longer procrastination. By this resolution I shall deliver myself at once from the heavy expence of a London life, my friend Deyverdun and myself shall join in a moderate though elegant establishment at Lausanne; and I can wait without inconvenience for one of the events, which may enable me to revisit with pleasure and credit my country, and the person, whom in that country, I most value, I mean yourself. Allow me to add (though I know such thoughts will be absorbed in your mind by higher and more tender sentiments), yet allow me to add that at the stated days of Midsummer and Christmas, you may regularly draw for your half year's annuity on Messieurs Gosling in Fleet Street, and that effectual steps shall be taken to secure you from a possibility of disappointment. It would not be my absence, but my stay in England that could create any delay or difficulty on that subject.

And now, my dear madam, let me submit to your consideration and final decision, a question which for my own part I am unable to determine, whether I shall visit Bath before I leave England. If I consulted only my wishes, the mere expence and trouble of the journey would be obstacles of small account, but I much fear, that on this occasion, prudence will dissuade what inclination would prompt, and that a meeting of three or four days (for it could be no more) would tend rather to embitter than to alleviate our unavoidable separation. If you decide for my coming down, it will probably take place between the 20th and 30th of nextmonth, and I must beg that little, or nothing, may be said on the subject of my approaching journey, and that we may (silently) turn our thoughts to the happiness of seeing each other, after an interval of time, less considerable perhaps than those which commonly elapse between my Bath expeditions.

I am, my Dear Madam,Ever most truly yours,E. G.

Thursday night, 1783.

Elmsley[47]and self have been hard at work this afternoon, and about ten quintals are preparing for foreign service. Can you save me ten pounds per annum, such is the rent of a good and safe room in the Strand? You offered me a room in Downing Street (did you mean an entire room?) for plate, china, &c. Is it the apartment on the ground floor from whence you was expelled by odours? If you can lodge my books you must give me a line per Saturday's coach, with a mandate to the maid that she may not scruple to shew and receive. Time presses and Elmsley is on the wing. Pelham[48]is appointed Irish Secretary in the room of Wyndham[49]who pleads bad health, but who had written very indiscreet letters at the general election. Adieu. I want to hear of My Lady, her tender frame has been too much agitated.

Sheffield-place, August 8th, 1783.

Dear Madam,

HIS REASONS FOR LEAVING LONDON.

Your trulymaternalletters (which I have repeatedly perused) have agitated my mind with a variety of pleasing and painful sensations. I am grieved that you should contemplate my departure in so melancholy a light, but I shall always revere the affection which prompts your anxiety, and magnifies the evil. I receive with more gratitude than surprise your generous offer of devoting yourself and so large a portion of your income to my relief, and I am concerned to find on calmer reflection that such a project is attended with insuperable difficulties. After the mutual and unpleasant sacrifice of our habits and inclinations, I could not, even with your assistance, reduce the expence of a London life to the level of my present income, and the two hundred a year which you so nobly propose would be exhausted by the single article of a Coach.

With regard to the delays which you suggest, you may be assured that I shall take no material step without consideration and advice. Had I staid in London, I should have removed from Bentinck Street. On my return another house may at any time be procured, and I shall carefully preserve the most valuable part of my furniture, plate, linnen, china, beds, &c. My seat in Parliament cannot be vacated till the next Session, and I shall leave the disposal of it to our friend Lord Sheffield, in whose zeal and discretion we may safely confide. On his own account he regrets my departure, but he has been forced to give a full though reluctant approbation to my design. I wish it were in my power to remove all your kind apprehensions which relate to the length of my absence and the choice of my residence. I certainly do not entertain a very sanguine idea of political friendship, but I am convinced that such persons as really wish to serve me will not be discouraged by my temporary retreat to Switzerland. In the leisure and quiet which I shall enjoy at Lausanne, I shall prosecute the continuation of my history, and the care of publishing a work, from whence I may expect both honour and advantage, will secure, within a reasonable space, my return to England. Your idea of the climate of Switzerland is by manydegrees too formidable; the air though sometimes keen, is pure and wholesome, the Gout is much less frequent on the Continent than in our Island, and the provoking luxury of London dinners is much more likely to feed that distemper, than the temperance and tranquillety of Lausanne. In the society of my friend Deyverdun, I hope to spend some time with comfort and propriety, but my affections are still fixed in England, and it will be my wish and endeavour to shorten the term of this necessary separation, and in the meanwhile you may depend on the most regular communication of every circumstance that affects my health and happiness.

I am, my Dear Madam,Ever yours,E. G.

I have some questions to ask you about the disposal of certain pieces of furniture, such as the Clock and Carpet, but I would not mix those trifles with the more serious purpose of this letter.

Monday, August 18th, 1783.

*In the preparations of my journey I have not felt any circumstance more deeply than the kind concern of Lady S[heffield], and the silent grief of Mrs. Porten. Yet the age of my friends makes a very essential difference. I can scarcely hope ever to see my aunt again; but I flatter myself, that in less than two years, mysister[50]will make me a visit, and that in less than four, I shall return it with a chearful heart at Sheffield-place. Business advances; this morning my books were shipped for Rouen, and will reach Lausanne almost as soon as myself. On Thursday morning the bulk of the library moves from Bentinck-street to Downing-street. I shall escape from the noise to Hampton Court, and spend three or four days in taking leave. I want to know your precise motions, what day you arrive in town, whether you visit Lord Beauchamp before the races, &c. I am now impatient to be gone, and shall only wait for a last interview with you. Your medley of Judges, Advocates, politicians, &c., is ratherusefulthan pleasant. Town is a vast solitude. Adieu.*

Bentinck-street, Wednesday night, August 20th, 1783.

*I am now concluding one of the most unpleasant days of my life. Will the day of our meeting again be accompanied with proportionable satisfaction? The business of preparation will serve to agitate and divertmythoughts; but I do not like your brooding over melancholy ideas in your solitude, and I heartily wish that both you and my dear Lady S. would immediately go over and pass a week at Brighton. Such is our imperfect nature, that dissipation is a far more efficacious remedy than reflection. At all events, let me hear from you soon. I have passed the evening at home, without gaining any intelligence.*

Friday, August 22nd, 1783.


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