Comment ils savent ce qu’ils veulent de celui qu’ils brûlent, et comment ils exercent leur vengeance.—Lorsqu’ils découvrent le feu, la vapeur qui en sort s’élève jusqu’à ce que ceux-ci la perdent de vue et qu’elle ait produit un bruit perçant en sortant de la fournaise. Elle retourne en bas et entre dans la maison du médecin Buhu-itihu, et à l’instant même celui-ci, s’il n’a pas observé la diète, tombe malade, se couvre d’ulcères, et voit tomber la peau de tout son corps: c’est le signe auquel ils reconnaissent que celui-ci ne s’est pas abstenu, et pourquoi le malade est mort. Tels sont donc les charmes dont ces gens ont coutume d’user.
CHAPITRE XIX. De quelle manière ils font et gardent les Cimi de bois ou de pierre.—Ceux depierre se font de cette manière. Lorsque quelqu’un va en voyage, dit-on, et qu’il voit un arbre dont la racine remue, l’homme s’arrête avec terreur et lui demande qui il est. Et il lui répond: Je m’appelle Buhu-itihu, et cela te dit ce que je suis. Alors cet homme allant trouver le susdit médecin, lui dit ce qu’il a vu, et le sorcier ou devin court tout de suite voir l’arbre dont l’autre lui a parlé; il commence par s’asseoir auprès et lui faitcagioba, comme nous l’avons dit plus haut, dans l’histoire des quatre frères. La cagioba faite, il se lève sur les pieds; il lui dit tous les titres connus d’un grand seigneur et le questionne ainsi: Dis-moi qui tu es et ce que tu fais ici; ce que tu me veux, et pourquoi tu m’as fait appeler? Dis-moi si tu veux que je te coupe, ou si tu veux venir avec moi; comment tu veux que je te porte, et je te fabriquerai une maison avec son domaine. Alors, cet arbre ou Cimi, devenu idole ou diable, lui répond en lui disant la forme sous laquelle il veut qu’on le fasse. Il le coupe et le fait de la manière qui lui a été commandée. Il lui fabrique sa maison avec son domaine, et souvent, dans l’année, il lui fait la cagioba. Cette cagioba c’est pour lui faire la prière et pour lui plaire; pour lui demander et savoir du Cimi quelques-unes des choses en bien et en mal, comme aussi pour lui demander des richesses.
Mais s’ils veulent savoir s’ils remporteront la victoire sur leurs ennemis, ils entrent dans une maison dans laquelle il n’entre personne que les principaux d’entre les habitants: leur chef est le premier à faire la cagioba et sonne. Tandis qu’il fait la cagioba, aucun de ceux qui sont dans l’assemblée ne parle, jusqu’à ce que le chef ait terminé; mais, après qu’il a fini sa prière, il reste quelques instants, latête baissée et les bras sur les genoux; ensuite il lève la tête, en regardant vers le ciel, et parle. Alors tous lui répondent à la fois à haute voix; et, quand tous ont parlé, lui rendant grâces, il raconte la vision qu’il a eue dans l’ivresse de la cagioba, qu’il a aspirée par le nez; il dit qu’il a parlé avec le Cimi, qu’ils remporteront la victoire, ou que leurs ennemis fuiront, ou qu’il y aura une grande mortalité, ou des guerres, ou une famine, ou autre chose de ce genre, suivant ce qu’il convient à celui qui s’est enivré de dire. Considérez comment est son esprit; car ils disent qu’il leur semble voir que les maisons tournent, avec leurs fondations, sens dessus dessous, et que les hommes marchent les pieds en l’air. Ils font également cette cagioba aux Cimi de pierre et de bois, comme aux corps morts, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
Les Cimi de pierre sont de diverses manières. Il y en a quelques-uns qu’ils disent que les médecins font avec le corps desséché (des morts), et les malades gardent ceux-ci qui sont meilleurs, pour faire accoucher les femmes enceintes. Il y en a d’autres qui parlent, qui sont de la forme d’un gros navet, aux feuilles étendues par terre comme les câpriers, et ces feuilles ont pour la plupart la forme de feuilles d’orme; d’autres ont trois pointes, et ils regardent comme certain qu’ils font naître layuca. Ils ont des racines semblables au raifort. La feuille de lagiutola(xutola) a tout au plus six ou sept pointes, et je ne sais à quoi je pourrais la comparer, car j’en ai vu quelques-unes qui lui ressemblent, en Espagne et en d’autres pays. La tige de la yuca est de la hauteur d’un homme. Parlons maintenant de la croyance qu’ils ont dans ce qui touche aux idoles et aux Cimi, et des grandes erreurs où il les font tomber.
CHAPITRE XX.—Du cimiBugia(Buxa) etAiba, qui, disent-ils, fut brûlé par eux, quand il eut des guerres, et à qui il crut des bras et une autre fois des yeux, et dont le corps grandit quand on l’eut lavé avec le jus de la yuca. La yuca était petite, et, avec l’eau et le jus susdit, ils la laissaient afin qu’elle devînt plus grosse: et ils affirment qu’elle donnait des maladies à ceux qui avaient fait ledit Cimi, pour ne pas lui avoir porté à manger de la yuca. Ce cimi avait pour nomBaidrama[52]. Or, quand quelqu’un tombait malade, ils appelaient le Buhu-itihu et lui demandaient d’où était venu sa maladie; et il lui répondait que Baidrama la lui avait envoyée parce qu’il ne lui avait pas envoyé à manger pour ceux qui avaient soin de sa maison; et ceci le Buhu-ituhu disait que le cimi Baidrama le lui avait dit.
CHAPITRE XXI. Du cimi de Guamorete.—Ils disent que quand ils firent la maison deGuamorete, lequel était un homme de condition, ils y mirent un Cimi qu’il tenait sur le haut de sa maison, lequel Cimi s’appelaitCorocote[53]: or, dans le temps qu’ils avaient des guerres entre eux, les ennemis de Guamorete brûlèrent la maison où était ledit cimi Corocote. Alors ils disent qu’il se leva et s’en alla loin comme un tir d’arbalète de cet endroit, au près de l’eau; ils disent qu’étant sur la maison, il descendait de nuit et jouait avec les femmes: qu’ensuite Guamorete mourutet que ledit Cimi vint aux mains d’un cacique et qu’il continuait à jouer avec les femmes. Ils ajoutent qu’il lui naquit sur la tête deux couronnes; c’est pourquoi ils disaient: Puisqu’il a deux couronnes, certainement qu’il est fils de Corocote, et ils regardaient cela comme très-certain. Ce Cimi, un autre cacique le posséda ensuite, appelé Guatabanex, et son endroit s’appelaitGiacaba.
CHAPITRE XXII.—D’un autre Cimi qu’ils appelaient Opigielguouiran que possédait un autre personnage de condition, qui se nommaitCauauan-Iovana, lequel avait sous lui un grand nombre de sujets.—De ce cimiOpigielguouiran[54]ils disent qu’il a quatre pattes, comme un chien, et qu’il est fait de bois: que souvent, la nuit, il sort de sa maison pour rôder dans les bois, où l’on allait le chercher; on le ramenait à sa maison, l’y liant avec des cordes, ce qui ne l’empêchait pas de retourner dans les bois. Or, lorsque les chrétiens arrivèrent à l’île Espagnole, on dit qu’il s’échappa et s’en alla dans un lac jusqu’où ils suivirent ses traces; mais ils ne le revirent plus jamais, et n’en savent pas davantage à son sujet. Ainsi que je l’ai acheté, ainsi je le vends.
CHAPITRE XXIII.—D’un autre Cimi, qui se nomme Guabancex.—Ce cimiGuabancexétait dans le pays d’un grand cacique d’entre les plus distingués, appeléAumatex: ce Cimi est femelle: et ils disent qu’il est accompagné de deux autres[55]; l’un est celui quiannonce, l’autre celui qui rassemble et gouverne les eaux. Or, quand Guabancex se fâche, ils disent qu’il fait mouvoir le vent et l’eau, qu’il renverse les maisons et arrache les arbres. Ce Cimi, qu’ils disent être femelle, est fait des pierres du pays: les deux autres Cimi dont il est accompagné, sont appelés l’unGuatauva; c’est le messager et l’avant-coureur qui ordonne, par le commandement de Guabancex, à tous les autres Cimi de cette province de l’aider à faire beaucoup de vent et d’eau; l’autre s’appelleCoatrischie; c’est lui qui rassemble les eaux dans les vallées entre les montagnes, et qui les laisse aller ensuite pour qu’elles bouleversent le pays. Et ceci, ces gens-là le tiennent pour certain.
CHAPITRE XXIV.—De ce qu’ils croient d’un autre Cimi qui se nommeFaragauaol.
Ce Cimi est celui d’un grand cacique de l’île Espagnole, et c’est une idole à qui ils attribuent différents noms, et qui fut trouvée de la manière que vous allez entendre. Ils disent qu’un jour, dans les temps passés, avant la découverte de l’île, sans qu’ils puissent dire quand, étant allés à la chasse, ils trouvèrent un certain animal; qu’étant couru après, il tomba dans une fosse, et qu’y regardant pour cela, ils virent un tronc d’arbre qui leur paraissait une chose vivante. Ce que voyant le chasseur, il courut à son maître qui était cacique, et père deGuaraionelet lui dit ce qu’il avait vu. Sur quoi ils y allèrent et trouvèrent la chose, comme le chasseur l’avait dite; et ayant pris le tronc ils lui fabriquèrent une maison. Ils disent que de cette maison il sortit plusieurs fois, retournant à l’endroit, d’où on l’avait enlevé, non précisément au même lieu, mais tout près; car le seigneur susdit ou son fils Guaraionel l’ayant envoyé chercher, le trouvèrentcaché; une autre fois ils le lièrent et le mirent dans un sac; et avec tout cela, ses liens ne l’empêchaient pas de s’en aller. Et ces pauvres ignorants regardent ces choses comme des plus certaines.
CHAPITRE XXV.—Des choses qu’ils affirment avoir été dites par deux des principaux caciques de l’île Espagnole, l’un appeléCaziuaguel, père du dit Guarionel, et l’autreGuamanacoel.—C’est ce grand seigneur qu’ils disent être dans le ciel, et qui au commencement de ce livre est écritCaizihu, lequel fit ici une abstinence comme celle que ces gens-ci font tous communément: à cet effet, ils restent renfermés six ou sept jours, sans rien manger, excepté du jus des herbes avec lequel ils se lavent également. Ce temps terminé, ils commencent à manger quelque chose qui alimente. Et dans le temps qu’ils sont restés sans manger, à cause de la faiblesse qu’ils éprouvent dans le corps et dans la tête, ils disent avoir vu quelque chose, peut-être désirée par eux: tous font donc cette abstinence en l’honneur des Cimi qu’ils possèdent, pour savoir s’ils remporteront la victoire sur leurs ennemis ou pour acquérir des richesses, ou pour toute autre chose qu’ils puissent désirer. Ils disent aussi que ce cacique avait affirmé avoir parlé avecIocauuaghama, qui lui avait dit que, après sa mort, quel que fût celui qui demeurât vivant, il ne jouirait que peu de temps de l’autorité, parce qu’il viendrait dans le pays des gens habillés qui devaient les mettre sous le joug et les faire mourir, et qu’ils mourraient de faim. Mais ils pensèrent d’abord que ces gens seraient les Cannibales; et considérant que ceux-ci ne faisaient autre chose que piller et s’enfuir, ils crurent que ce devrait être une autre nation dont parlait le Cimi. D’où ils sont persuadés maintenant qu’il s’agissait del’Amiral et des gens qu’il amena avec lui[56].. ..
Voilà tout ce que j’ai pu comprendre et savoir par rapport aux coutumes et rites des Indiens de l’île Espagnole, par le soin que j’ai mis; en quoi je ne prétends à aucune utilité spirituelle ou temporelle. Plaise à Notre-Seigneur de faire tourner tout cela à sa gloire et à son service, de me donner la grâce de pouvoir persévérer! s’il devait en être autrement qu’il m’ôte l’intelligence.
FIN DE L’ŒUVRE DU PAUVRE ERMITE ROMAIN PANE.
NOTES[1]Ce petit ouvrage est tiré de l’histoire de Christophe Colomb, écrite par don Fernando Colomb, son fils. Au temps où Pinelo rédigea sa Bibliothèque en 1738, l’original espagnol n’existait plus; on n’a en Espagne qu’une traduction faite sur l’ouvrage en italien, imprimé à Venise en 1571, d’après lequel nous donnons la nôtre. Le frère Romain Pane, hermite de l’ordre des Hiéronymites, comme il le dit lui-même, écrivit son récit à la demande du grand navigateur; il se compose de vingt-six petits chapitres, comprenant dix-huit feuillets, insérés à la suite du chapitre LXI de l’ouvrage de don Fernando Colomb, au milieu duquel il est intercalé.[2]Cemini, pluriel en italien, de cemi, cimi ou zemi, appelés ailleurs tuyra, tel est le nom générique des dieux ou génies inférieurs, bons ou mauvais, des aborigènes de Haïti, nom qu’ils appliquaient à un grand nombre d’idoles et d’amulettes, représentant ces génies ou aux reliques de leurs ancêtres. «Les Caciques, ajoute à ce sujet Fernando Colomb, ont trois pierres dans lesquelles eux et leurs peuples ont une grande dévotion. L’une, disent-ils, est favorable aux moissons et aux légumes; l’autre à l’accouchement des femmes et la troisième pour obtenir de l’eau et du soleil au besoin.» Dans les dialectes des Antilles, on prononce aussi ce motceme,cheme,chemi(chguttural comme lejespagnol). En quelques endroits du Yucatan le nom detziminétait donné à certains fantômes: au temps de la conquête, les Mayas appelaient ainsi le tapir en quelques endroits; ils le donnèrent au cheval. En langue nahuatltzimitl,tzitzimitl,tzitzimimesont des fantômes ou démons: c’est le nom des étoiles qui tombèrent du ciel, au temps du déluge.[3]Pierre Martyr d’Anghiera a pu consulter l’ouvrage original de Romain Pane, ainsi que d’autres documents analogues; il écrit ces deux nomsYocauna Gua-Maonocon(guaest un article pronominal dans la langue antique de Haïti). Ce dieu est le premier moteur tout-puissant, éternel et invisible (Sumario delle Indie Occidentali, etc. Col. de Ramusio, tom. III, fol. 34,V. Venise, 1606). On peut consulter, pour l’étymologie de ces noms, le petit vocabulaire haïtien placé à la suite de celui de la langue maya à la fin de ce volume.[4]Cette mère, dans Pedro Martyr, reçoit les noms suivants:Attabeira,Mamona,Gua-Carapita,Iiella,Guimazoa; Humboldt dit que les noms sont très-estropiés dans l’édition italienne de la vie de Colomb par son fils. Dans l’île de Cuba, au lieu d’Atabeion disaitAtabex, dont la racineatsignifie un, unique, premier. Ceux-ci et quelques autres dieux supérieurs n’avaient point d’images.[5]Pierre Martyr appelle le premierCaunana, le secondCantaest écrit ailleursCauta; le troisième nom est écrit par l’auteur citéCaxi Baxagua, qui me paraît devoir être la véritable orthographe; lexétant pourch, que lecietgireprésentent en italien. On lit aussiAmaiaunapourAmaiauua.[6]Dans l’autre texte déjà citéMachockael.[7]Suivant l’auteur cité, ces hommes avaient un vif désir de voir le monde; ils sortirent donc de nuit, mais n’ayant pu rentrer à temps, ils furent surpris par le soleil qui les changea en arbresiobi(ouhobi), c’est-à-dire en arbres analogues aux myrabolaniers. C’est lexocotloujocotedu Mexique.[8]Pierre Martyr l’appelleVaguoniona, ajoutant qu’il avait un grand nombre d’enfants; l’un d’eux étant leGiadrauauafut changé en rossignol.[9]Giahuba-Bagiael, fils deGiahubabagi, autre orthographe peut-être deGuagugiona.[10]Matininoest l’île appelée aujourd’hui la Martinique.[11]Suivant Pierre Martyr, ces enfants criaienttoa, toa, c’est-à-dire maman, maman, et ils furent, ainsi que leurs mères, changés en grenouilles par le soleil. Un auteur dit quetonaétait l’opossum ou sarigue.[12]Aïti, c’est-à-dire (terre) âpre ou montagneuse.Bouhiparaît signifier bien habité.[13]C’est le même qui est écrit plus hautGua-Gugiona.[14]Ana-Cacugia, c’est-à-dire fleur de cacao.[15]Ainsi, Guahagiona prend la syphilis au milieu de la mer avec une femme de la grotte de Cacibagia; il est étrange de voir cette maladie paraître ainsi dans les histoires religieuses des peuples américains. Dans la légende sacrée de Teotihuacan,Nanahuatl, le Syphilitique, se jette dans les flammes et devient le soleil.[16]L’endroit où l’on mène Guahagiona pour le guérir est un endroit retiré, et aussi un lieu sacré d’après l’étymologie du motGua-Nara.[17]Guabonito, c’est-à-dire Goïave d’homme, suivant un interprète.[18]Biberociparaîtrait devoir s’interpréter Roi de l’amour de la seconde vie.[19]Il y a ici probablement une erreur,Gualonito, tandis que plus haut il y aGuabonito.[20]Leguaninétait un bijou travaillé avec beaucoup d’art et en toutes sortes de figures. (Herrera,Hist. gen. de las Indias Occid., decad.I, chap. 3.) Le guanin était composé d’un amalgame de 18 parties d’or, 6 d’argent et 8 de cuivre.Cibaest la pierre.[21]Ceci semble dire que l’usage de ces bijoux d’or devait son origine àGuabonito, àAlbeborael, àGuahagionaet au père d’Albeborael, c’est-à-direAlbe-Bora, nom qui peut donner lieu à bien des conjectures, car il rappelle les nations primitives du nord, telles que lesHyper-Boréens, etc.[22]Un commentateur de Romain croit trouver ici le commencement d’une dynastie antique, habile à travailler l’or et la pierre dure, et qui serait venue d’outre-mer; cette dynastie, lesHi-AunaouHi-Onase rattacherait, suivant lui, aux anciennes tribus pélasgesAonesouIoniens. La racine de ce nom,ion,on,ona, se trouve fréquemment, comme le peut voir le lecteur, dans les noms antiques de Haïti.[23]Au lieu d’aigles, Pierre Martyr nous parle defourmisqui descendaient le long des branches, ce qui a donné lieu à un grand nombre d’auteurs de cette époque de comparer cette fable à celle des Myrmidons.[24]Ces êtres qui n’ont pas de sexe d’abord, sont cependant représentés ensuite par un pronom féminin,ellesdans le texte italien; mais il se pourrait qu’il s’appliquât aux aigles,aguile.[25]Caracaracolest un pluriel decaracol, formé par la répétition du mot, très-fréquent dans les langues anciennes de l’Amérique.Caracolest le nom générique du coquillage marin, et en particulier du crabe. Son étymologie haïtienne prête à de nombreuses interprétations: il signifie mot à mot, sorti d’un lieu sacré; dans le quiché, il signifierait, issu ou sorti d’un poisson. La coquille était au Mexique un symbole de la lune et en même temps de la génération: «De même que l’animal sort de sa coquille, ainsi que l’homme sort du ventre de sa mère,» dit un passage du MS. mexicain Letellier, de la Bibliothèque impériale. On peut remarquer encore, à cet égard, qu’en un grand nombre de ces provinces des îles et de terre ferme, où les hommes allaient nus, ils se cachaient le membre viril dans un grand coquillage, attaché par devant à une ceinture. Dans ce mot curieux on trouve le nom desCarasouCares, qui est répandu d’un bout à l’autre de l’Amérique, de la Floride au fond de la Bolivie, et d’où lesCaraïbesouCaribesparaissent avoir pris le leur. Ici, leCaracolparaît être l’aborigène de Haïti, ou du moins une race antérieure à ceux du Guanio ou Hiona, qu’elle sert comme esclave. Cette race est entachée d’une maladie analogue à la gale, la syphilis apparemment; car c’est en voguant en compagnie d’une femme du même pays, que Guahagiana a pris cette maladie. Voir au chapitre V.[26]Cet oiseauinriri, appelépicopar les Espagnols, est lePicus imbrifœtusd’Hernandez. (Nieremberg,Hist. nat., lib. X, cap. 49.)[27]Giaiaest écritIaiadans l’abrégé de Ramusio. Ce Giaia était un homme puissant, dit le même abrégé.[28]Malgré l’incohérence de toutes ces fables, on voit ici une connexion évidente entre l’histoire de ces poissons et celle desCaracols, rapportée plus haut. Ce chapitre et le suivant auraient dû précéder le VIIᵉ.[29]Agiael, erreur du copiste, apparemment pourGiaiael.[30]Dimivan-Caracaracol, sont deux noms extrêmement remarquables, d’autant plus qu’ils sont liés à d’autresnoms, non moins curieux, qui vont suivre, et à des événements tout aussi intéressants. Déjà on a pu voir l’identité deCarasavec lesCarasou Cariens de l’Asie Mineure; ici se joint à ce nom celui deDimivan, qui rappelle lesDemavends, cette race antédiluvienne de la Perse. Ici encore Dimivan-Caracaracol avec les frères joue un rôle remarquable dans les événements qui causent, non le déluge, mais le cataclysme qui bouleverse l’Amérique et séparent les îles du continent.[31]La version de Pierre Martyr, dans Ramusio, est beaucoup plus complète: «Du commencement de la mer, écrit celui-ci, ils disent qu’il y avait un homme puissant appelé Iaia: celui-ci ayant tué un fils unique qu’il avait, voulant l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au pied d’une montagne très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait: or, il y allait la voir souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils. Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines et d’autres poissons fort grands, de quoi Iaia, rempli d’épouvante, étant retourné chez lui, raconta à ses voisins tout ce qui lui était arrivé, disant que cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini. Cette nouvelle s’étant divulguée, quatre frères qui étaient nés à la fois d’une seule couche, désireux de poissons, s’en allèrent où était la calebasse; comme ils l’avaient prise en mains pour l’ouvrir, Iaia étant survenu, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui, ils jetèrent par terre la calebasse; celle-ci s’étant brisée à cause du grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée; les montagnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, abritées de cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montagnes sont les îles et les autres parties de la terre qui se voient dans le monde.»[32]Le nom deCon-El, fils de Con, qui suit les autres, n’est pas moins remarquable.ConouChonau Pérou, ce dieu sans chair et sans os, créateur des hommes qu’il détruit ensuite, pour leur donner plus tard une nouvelle existence, adoré au Mexique sous le nom deCo,Con,Comitl, comme un des symboles de la génération, rappelle d’une manière frappante leKon,ChonouXonsdes théogonies antiques de l’Égypte et de la Phénicie, avec qui il est si complétement identique. Le Con-El de Haïti était muet; celui du Pérou sans chair ni os.[33]Lecassabiou pain de manioc, fait de la farine de la Yuca dont on extrait auparavant le suc, à cause de ses propriétés vénéneuses.[34]Ce nom paraît être le même que le précédentAiacauo.[35]Ceci paraît être un sac où ils mettaient lacagiobaoucoxoba, c’est-à-dire le tabac en poudre auquel il est fait souvent allusion dans ce petit ouvrage.[36]Le sens ici est peu intelligible, à cause des mots intraduisibles qu’il y a dans le texte.[37]IciBaiamanicoelse trouve probablement pourBassamanacoqui est plus haut.[38]On sait que la tortue est souvent dans les fables anciennes un symbole de la terre sortie des flots.[39]Ce cacique est appeléMachinnechdans l’abrégé de Pierre Martyr, dans Ramusio et la grotteIovana-Boina.[40]Suivant l’auteur précité le premier cimi s’appelaitBinthaitelet le secondMarohu.[41]Soraia, pays du soleil couchant.[42]EtymologiquementCoaibaiest plutôt la demeure des ancêtres.[43]L’auteur ou le traducteur doit se tromper ici; il dit d’abord que legoeizest l’esprit du vivant; puis il le donne comme l’esprit du mort; il y a très-probablementgoeizpouropia.[44]Dans Ramusio, le nom demagueyest donné à cette classe de tambours qui est leteponaztlides Mexicains et letunkuldu Yucatan. Cette traduction italienne est remplie d’incorrections. Il est bien évident qu’une ligne du texte original a été omise ici par mégarde; car ce tambour oblong deviendrait à la fin semblable à une calebasse, forme qui doit être appliquée au bâton avec lequel on le frappait. J’ai placé entre parenthèses les mots qui me paraissent y manquer.[45]Bohu-itihu, mot à mot anciens hommes, on les appelle indifféremment aussibohuti,boitii,bohique, et dans Pierre Martyrboition. Cesbohu-ilihusou médecins formaient une caste puissante, mais bien dégénérée à l’époque de la découverte de l’Amérique; ils étaient les restes d’un sacerdoce antique qui avait établi primitivement dans les Antilles les trois classes, telles que les présentent les traditions duLivre sacrédes Quichés; c’est-à-dire celle desBohu-itihuou prêtres, celle desTainoou nobles, enfin celle desAnaboria, vassaux ou serviteurs. Malgré leur dégradation, on trouvait encore dans ce qui s’était conservé des institutions sociales dans ces îles, les débris d’une civilisation qui présentait des analogies remarquables avec celle du Yucatan, et d’autres régions du continent américain.[46]Cohoba, ailleurs écritcogioba, est le tabac en poudre dont il a été déjà question.[47]On dirait qu’il y a constamment des mots oubliés; ici il est question d’un chant dont on aurait parlé, sans qu’il en ait été fait mention auparavant.[48]Ne serait-ce pas là une sorte de magnétisme animal?[49]Le texte italien dit:Come chi soffia una pala; peut-être est-ce poursoffiare de una paglia, souffler d’un fétu de paille.[50]Il y a dans le texteCimiche, prononcétzimique; autre variante dezemi.[51]Ici paraît sous tout son jour l’antagonisme qui existait dans les îles entre la noblesse et le Sacerdoce.[52]Bugia,AibaetBaidramaparaissent être trois noms du même cemi, et le peu qu’en rapporte l’auteur donnerait à penser qu’il s’agit ici d’une sorte de divinité de la guerre et du mal.[53]Corocoteétait, suivant l’abrégé de Ramusio, un cemi fait de coton, et tous les enfants qui naissaient avec quelque signe particulier sur la tête ou le col, passaient pour avoir été engendrés par lui.[54]Dans Pierre Martyr il est appeléEpileguanita.[55]Gua-Bancex,Gua-TauvaetCoatrischie(Gua-Trixquié?) sont évidemment les trois personnes de la trinité que leLivre sacrédes Quichés nous présente dans Hurakan (l’ouragan) et qui président aux nuages, à la foudre et à la tempête.[56]Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre intérêt dans la matière que nous traitons ici.
[1]Ce petit ouvrage est tiré de l’histoire de Christophe Colomb, écrite par don Fernando Colomb, son fils. Au temps où Pinelo rédigea sa Bibliothèque en 1738, l’original espagnol n’existait plus; on n’a en Espagne qu’une traduction faite sur l’ouvrage en italien, imprimé à Venise en 1571, d’après lequel nous donnons la nôtre. Le frère Romain Pane, hermite de l’ordre des Hiéronymites, comme il le dit lui-même, écrivit son récit à la demande du grand navigateur; il se compose de vingt-six petits chapitres, comprenant dix-huit feuillets, insérés à la suite du chapitre LXI de l’ouvrage de don Fernando Colomb, au milieu duquel il est intercalé.
[1]Ce petit ouvrage est tiré de l’histoire de Christophe Colomb, écrite par don Fernando Colomb, son fils. Au temps où Pinelo rédigea sa Bibliothèque en 1738, l’original espagnol n’existait plus; on n’a en Espagne qu’une traduction faite sur l’ouvrage en italien, imprimé à Venise en 1571, d’après lequel nous donnons la nôtre. Le frère Romain Pane, hermite de l’ordre des Hiéronymites, comme il le dit lui-même, écrivit son récit à la demande du grand navigateur; il se compose de vingt-six petits chapitres, comprenant dix-huit feuillets, insérés à la suite du chapitre LXI de l’ouvrage de don Fernando Colomb, au milieu duquel il est intercalé.
[2]Cemini, pluriel en italien, de cemi, cimi ou zemi, appelés ailleurs tuyra, tel est le nom générique des dieux ou génies inférieurs, bons ou mauvais, des aborigènes de Haïti, nom qu’ils appliquaient à un grand nombre d’idoles et d’amulettes, représentant ces génies ou aux reliques de leurs ancêtres. «Les Caciques, ajoute à ce sujet Fernando Colomb, ont trois pierres dans lesquelles eux et leurs peuples ont une grande dévotion. L’une, disent-ils, est favorable aux moissons et aux légumes; l’autre à l’accouchement des femmes et la troisième pour obtenir de l’eau et du soleil au besoin.» Dans les dialectes des Antilles, on prononce aussi ce motceme,cheme,chemi(chguttural comme lejespagnol). En quelques endroits du Yucatan le nom detziminétait donné à certains fantômes: au temps de la conquête, les Mayas appelaient ainsi le tapir en quelques endroits; ils le donnèrent au cheval. En langue nahuatltzimitl,tzitzimitl,tzitzimimesont des fantômes ou démons: c’est le nom des étoiles qui tombèrent du ciel, au temps du déluge.
[2]Cemini, pluriel en italien, de cemi, cimi ou zemi, appelés ailleurs tuyra, tel est le nom générique des dieux ou génies inférieurs, bons ou mauvais, des aborigènes de Haïti, nom qu’ils appliquaient à un grand nombre d’idoles et d’amulettes, représentant ces génies ou aux reliques de leurs ancêtres. «Les Caciques, ajoute à ce sujet Fernando Colomb, ont trois pierres dans lesquelles eux et leurs peuples ont une grande dévotion. L’une, disent-ils, est favorable aux moissons et aux légumes; l’autre à l’accouchement des femmes et la troisième pour obtenir de l’eau et du soleil au besoin.» Dans les dialectes des Antilles, on prononce aussi ce motceme,cheme,chemi(chguttural comme lejespagnol). En quelques endroits du Yucatan le nom detziminétait donné à certains fantômes: au temps de la conquête, les Mayas appelaient ainsi le tapir en quelques endroits; ils le donnèrent au cheval. En langue nahuatltzimitl,tzitzimitl,tzitzimimesont des fantômes ou démons: c’est le nom des étoiles qui tombèrent du ciel, au temps du déluge.
[3]Pierre Martyr d’Anghiera a pu consulter l’ouvrage original de Romain Pane, ainsi que d’autres documents analogues; il écrit ces deux nomsYocauna Gua-Maonocon(guaest un article pronominal dans la langue antique de Haïti). Ce dieu est le premier moteur tout-puissant, éternel et invisible (Sumario delle Indie Occidentali, etc. Col. de Ramusio, tom. III, fol. 34,V. Venise, 1606). On peut consulter, pour l’étymologie de ces noms, le petit vocabulaire haïtien placé à la suite de celui de la langue maya à la fin de ce volume.
[3]Pierre Martyr d’Anghiera a pu consulter l’ouvrage original de Romain Pane, ainsi que d’autres documents analogues; il écrit ces deux nomsYocauna Gua-Maonocon(guaest un article pronominal dans la langue antique de Haïti). Ce dieu est le premier moteur tout-puissant, éternel et invisible (Sumario delle Indie Occidentali, etc. Col. de Ramusio, tom. III, fol. 34,V. Venise, 1606). On peut consulter, pour l’étymologie de ces noms, le petit vocabulaire haïtien placé à la suite de celui de la langue maya à la fin de ce volume.
[4]Cette mère, dans Pedro Martyr, reçoit les noms suivants:Attabeira,Mamona,Gua-Carapita,Iiella,Guimazoa; Humboldt dit que les noms sont très-estropiés dans l’édition italienne de la vie de Colomb par son fils. Dans l’île de Cuba, au lieu d’Atabeion disaitAtabex, dont la racineatsignifie un, unique, premier. Ceux-ci et quelques autres dieux supérieurs n’avaient point d’images.
[4]Cette mère, dans Pedro Martyr, reçoit les noms suivants:Attabeira,Mamona,Gua-Carapita,Iiella,Guimazoa; Humboldt dit que les noms sont très-estropiés dans l’édition italienne de la vie de Colomb par son fils. Dans l’île de Cuba, au lieu d’Atabeion disaitAtabex, dont la racineatsignifie un, unique, premier. Ceux-ci et quelques autres dieux supérieurs n’avaient point d’images.
[5]Pierre Martyr appelle le premierCaunana, le secondCantaest écrit ailleursCauta; le troisième nom est écrit par l’auteur citéCaxi Baxagua, qui me paraît devoir être la véritable orthographe; lexétant pourch, que lecietgireprésentent en italien. On lit aussiAmaiaunapourAmaiauua.
[5]Pierre Martyr appelle le premierCaunana, le secondCantaest écrit ailleursCauta; le troisième nom est écrit par l’auteur citéCaxi Baxagua, qui me paraît devoir être la véritable orthographe; lexétant pourch, que lecietgireprésentent en italien. On lit aussiAmaiaunapourAmaiauua.
[6]Dans l’autre texte déjà citéMachockael.
[6]Dans l’autre texte déjà citéMachockael.
[7]Suivant l’auteur cité, ces hommes avaient un vif désir de voir le monde; ils sortirent donc de nuit, mais n’ayant pu rentrer à temps, ils furent surpris par le soleil qui les changea en arbresiobi(ouhobi), c’est-à-dire en arbres analogues aux myrabolaniers. C’est lexocotloujocotedu Mexique.
[7]Suivant l’auteur cité, ces hommes avaient un vif désir de voir le monde; ils sortirent donc de nuit, mais n’ayant pu rentrer à temps, ils furent surpris par le soleil qui les changea en arbresiobi(ouhobi), c’est-à-dire en arbres analogues aux myrabolaniers. C’est lexocotloujocotedu Mexique.
[8]Pierre Martyr l’appelleVaguoniona, ajoutant qu’il avait un grand nombre d’enfants; l’un d’eux étant leGiadrauauafut changé en rossignol.
[8]Pierre Martyr l’appelleVaguoniona, ajoutant qu’il avait un grand nombre d’enfants; l’un d’eux étant leGiadrauauafut changé en rossignol.
[9]Giahuba-Bagiael, fils deGiahubabagi, autre orthographe peut-être deGuagugiona.
[9]Giahuba-Bagiael, fils deGiahubabagi, autre orthographe peut-être deGuagugiona.
[10]Matininoest l’île appelée aujourd’hui la Martinique.
[10]Matininoest l’île appelée aujourd’hui la Martinique.
[11]Suivant Pierre Martyr, ces enfants criaienttoa, toa, c’est-à-dire maman, maman, et ils furent, ainsi que leurs mères, changés en grenouilles par le soleil. Un auteur dit quetonaétait l’opossum ou sarigue.
[11]Suivant Pierre Martyr, ces enfants criaienttoa, toa, c’est-à-dire maman, maman, et ils furent, ainsi que leurs mères, changés en grenouilles par le soleil. Un auteur dit quetonaétait l’opossum ou sarigue.
[12]Aïti, c’est-à-dire (terre) âpre ou montagneuse.Bouhiparaît signifier bien habité.
[12]Aïti, c’est-à-dire (terre) âpre ou montagneuse.Bouhiparaît signifier bien habité.
[13]C’est le même qui est écrit plus hautGua-Gugiona.
[13]C’est le même qui est écrit plus hautGua-Gugiona.
[14]Ana-Cacugia, c’est-à-dire fleur de cacao.
[14]Ana-Cacugia, c’est-à-dire fleur de cacao.
[15]Ainsi, Guahagiona prend la syphilis au milieu de la mer avec une femme de la grotte de Cacibagia; il est étrange de voir cette maladie paraître ainsi dans les histoires religieuses des peuples américains. Dans la légende sacrée de Teotihuacan,Nanahuatl, le Syphilitique, se jette dans les flammes et devient le soleil.
[15]Ainsi, Guahagiona prend la syphilis au milieu de la mer avec une femme de la grotte de Cacibagia; il est étrange de voir cette maladie paraître ainsi dans les histoires religieuses des peuples américains. Dans la légende sacrée de Teotihuacan,Nanahuatl, le Syphilitique, se jette dans les flammes et devient le soleil.
[16]L’endroit où l’on mène Guahagiona pour le guérir est un endroit retiré, et aussi un lieu sacré d’après l’étymologie du motGua-Nara.
[16]L’endroit où l’on mène Guahagiona pour le guérir est un endroit retiré, et aussi un lieu sacré d’après l’étymologie du motGua-Nara.
[17]Guabonito, c’est-à-dire Goïave d’homme, suivant un interprète.
[17]Guabonito, c’est-à-dire Goïave d’homme, suivant un interprète.
[18]Biberociparaîtrait devoir s’interpréter Roi de l’amour de la seconde vie.
[18]Biberociparaîtrait devoir s’interpréter Roi de l’amour de la seconde vie.
[19]Il y a ici probablement une erreur,Gualonito, tandis que plus haut il y aGuabonito.
[19]Il y a ici probablement une erreur,Gualonito, tandis que plus haut il y aGuabonito.
[20]Leguaninétait un bijou travaillé avec beaucoup d’art et en toutes sortes de figures. (Herrera,Hist. gen. de las Indias Occid., decad.I, chap. 3.) Le guanin était composé d’un amalgame de 18 parties d’or, 6 d’argent et 8 de cuivre.Cibaest la pierre.
[20]Leguaninétait un bijou travaillé avec beaucoup d’art et en toutes sortes de figures. (Herrera,Hist. gen. de las Indias Occid., decad.I, chap. 3.) Le guanin était composé d’un amalgame de 18 parties d’or, 6 d’argent et 8 de cuivre.Cibaest la pierre.
[21]Ceci semble dire que l’usage de ces bijoux d’or devait son origine àGuabonito, àAlbeborael, àGuahagionaet au père d’Albeborael, c’est-à-direAlbe-Bora, nom qui peut donner lieu à bien des conjectures, car il rappelle les nations primitives du nord, telles que lesHyper-Boréens, etc.
[21]Ceci semble dire que l’usage de ces bijoux d’or devait son origine àGuabonito, àAlbeborael, àGuahagionaet au père d’Albeborael, c’est-à-direAlbe-Bora, nom qui peut donner lieu à bien des conjectures, car il rappelle les nations primitives du nord, telles que lesHyper-Boréens, etc.
[22]Un commentateur de Romain croit trouver ici le commencement d’une dynastie antique, habile à travailler l’or et la pierre dure, et qui serait venue d’outre-mer; cette dynastie, lesHi-AunaouHi-Onase rattacherait, suivant lui, aux anciennes tribus pélasgesAonesouIoniens. La racine de ce nom,ion,on,ona, se trouve fréquemment, comme le peut voir le lecteur, dans les noms antiques de Haïti.
[22]Un commentateur de Romain croit trouver ici le commencement d’une dynastie antique, habile à travailler l’or et la pierre dure, et qui serait venue d’outre-mer; cette dynastie, lesHi-AunaouHi-Onase rattacherait, suivant lui, aux anciennes tribus pélasgesAonesouIoniens. La racine de ce nom,ion,on,ona, se trouve fréquemment, comme le peut voir le lecteur, dans les noms antiques de Haïti.
[23]Au lieu d’aigles, Pierre Martyr nous parle defourmisqui descendaient le long des branches, ce qui a donné lieu à un grand nombre d’auteurs de cette époque de comparer cette fable à celle des Myrmidons.
[23]Au lieu d’aigles, Pierre Martyr nous parle defourmisqui descendaient le long des branches, ce qui a donné lieu à un grand nombre d’auteurs de cette époque de comparer cette fable à celle des Myrmidons.
[24]Ces êtres qui n’ont pas de sexe d’abord, sont cependant représentés ensuite par un pronom féminin,ellesdans le texte italien; mais il se pourrait qu’il s’appliquât aux aigles,aguile.
[24]Ces êtres qui n’ont pas de sexe d’abord, sont cependant représentés ensuite par un pronom féminin,ellesdans le texte italien; mais il se pourrait qu’il s’appliquât aux aigles,aguile.
[25]Caracaracolest un pluriel decaracol, formé par la répétition du mot, très-fréquent dans les langues anciennes de l’Amérique.Caracolest le nom générique du coquillage marin, et en particulier du crabe. Son étymologie haïtienne prête à de nombreuses interprétations: il signifie mot à mot, sorti d’un lieu sacré; dans le quiché, il signifierait, issu ou sorti d’un poisson. La coquille était au Mexique un symbole de la lune et en même temps de la génération: «De même que l’animal sort de sa coquille, ainsi que l’homme sort du ventre de sa mère,» dit un passage du MS. mexicain Letellier, de la Bibliothèque impériale. On peut remarquer encore, à cet égard, qu’en un grand nombre de ces provinces des îles et de terre ferme, où les hommes allaient nus, ils se cachaient le membre viril dans un grand coquillage, attaché par devant à une ceinture. Dans ce mot curieux on trouve le nom desCarasouCares, qui est répandu d’un bout à l’autre de l’Amérique, de la Floride au fond de la Bolivie, et d’où lesCaraïbesouCaribesparaissent avoir pris le leur. Ici, leCaracolparaît être l’aborigène de Haïti, ou du moins une race antérieure à ceux du Guanio ou Hiona, qu’elle sert comme esclave. Cette race est entachée d’une maladie analogue à la gale, la syphilis apparemment; car c’est en voguant en compagnie d’une femme du même pays, que Guahagiana a pris cette maladie. Voir au chapitre V.
[25]Caracaracolest un pluriel decaracol, formé par la répétition du mot, très-fréquent dans les langues anciennes de l’Amérique.Caracolest le nom générique du coquillage marin, et en particulier du crabe. Son étymologie haïtienne prête à de nombreuses interprétations: il signifie mot à mot, sorti d’un lieu sacré; dans le quiché, il signifierait, issu ou sorti d’un poisson. La coquille était au Mexique un symbole de la lune et en même temps de la génération: «De même que l’animal sort de sa coquille, ainsi que l’homme sort du ventre de sa mère,» dit un passage du MS. mexicain Letellier, de la Bibliothèque impériale. On peut remarquer encore, à cet égard, qu’en un grand nombre de ces provinces des îles et de terre ferme, où les hommes allaient nus, ils se cachaient le membre viril dans un grand coquillage, attaché par devant à une ceinture. Dans ce mot curieux on trouve le nom desCarasouCares, qui est répandu d’un bout à l’autre de l’Amérique, de la Floride au fond de la Bolivie, et d’où lesCaraïbesouCaribesparaissent avoir pris le leur. Ici, leCaracolparaît être l’aborigène de Haïti, ou du moins une race antérieure à ceux du Guanio ou Hiona, qu’elle sert comme esclave. Cette race est entachée d’une maladie analogue à la gale, la syphilis apparemment; car c’est en voguant en compagnie d’une femme du même pays, que Guahagiana a pris cette maladie. Voir au chapitre V.
[26]Cet oiseauinriri, appelépicopar les Espagnols, est lePicus imbrifœtusd’Hernandez. (Nieremberg,Hist. nat., lib. X, cap. 49.)
[26]Cet oiseauinriri, appelépicopar les Espagnols, est lePicus imbrifœtusd’Hernandez. (Nieremberg,Hist. nat., lib. X, cap. 49.)
[27]Giaiaest écritIaiadans l’abrégé de Ramusio. Ce Giaia était un homme puissant, dit le même abrégé.
[27]Giaiaest écritIaiadans l’abrégé de Ramusio. Ce Giaia était un homme puissant, dit le même abrégé.
[28]Malgré l’incohérence de toutes ces fables, on voit ici une connexion évidente entre l’histoire de ces poissons et celle desCaracols, rapportée plus haut. Ce chapitre et le suivant auraient dû précéder le VIIᵉ.
[28]Malgré l’incohérence de toutes ces fables, on voit ici une connexion évidente entre l’histoire de ces poissons et celle desCaracols, rapportée plus haut. Ce chapitre et le suivant auraient dû précéder le VIIᵉ.
[29]Agiael, erreur du copiste, apparemment pourGiaiael.
[29]Agiael, erreur du copiste, apparemment pourGiaiael.
[30]Dimivan-Caracaracol, sont deux noms extrêmement remarquables, d’autant plus qu’ils sont liés à d’autresnoms, non moins curieux, qui vont suivre, et à des événements tout aussi intéressants. Déjà on a pu voir l’identité deCarasavec lesCarasou Cariens de l’Asie Mineure; ici se joint à ce nom celui deDimivan, qui rappelle lesDemavends, cette race antédiluvienne de la Perse. Ici encore Dimivan-Caracaracol avec les frères joue un rôle remarquable dans les événements qui causent, non le déluge, mais le cataclysme qui bouleverse l’Amérique et séparent les îles du continent.
[30]Dimivan-Caracaracol, sont deux noms extrêmement remarquables, d’autant plus qu’ils sont liés à d’autresnoms, non moins curieux, qui vont suivre, et à des événements tout aussi intéressants. Déjà on a pu voir l’identité deCarasavec lesCarasou Cariens de l’Asie Mineure; ici se joint à ce nom celui deDimivan, qui rappelle lesDemavends, cette race antédiluvienne de la Perse. Ici encore Dimivan-Caracaracol avec les frères joue un rôle remarquable dans les événements qui causent, non le déluge, mais le cataclysme qui bouleverse l’Amérique et séparent les îles du continent.
[31]La version de Pierre Martyr, dans Ramusio, est beaucoup plus complète: «Du commencement de la mer, écrit celui-ci, ils disent qu’il y avait un homme puissant appelé Iaia: celui-ci ayant tué un fils unique qu’il avait, voulant l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au pied d’une montagne très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait: or, il y allait la voir souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils. Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines et d’autres poissons fort grands, de quoi Iaia, rempli d’épouvante, étant retourné chez lui, raconta à ses voisins tout ce qui lui était arrivé, disant que cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini. Cette nouvelle s’étant divulguée, quatre frères qui étaient nés à la fois d’une seule couche, désireux de poissons, s’en allèrent où était la calebasse; comme ils l’avaient prise en mains pour l’ouvrir, Iaia étant survenu, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui, ils jetèrent par terre la calebasse; celle-ci s’étant brisée à cause du grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée; les montagnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, abritées de cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montagnes sont les îles et les autres parties de la terre qui se voient dans le monde.»
[31]La version de Pierre Martyr, dans Ramusio, est beaucoup plus complète: «Du commencement de la mer, écrit celui-ci, ils disent qu’il y avait un homme puissant appelé Iaia: celui-ci ayant tué un fils unique qu’il avait, voulant l’ensevelir, et ne sachant où le mettre, l’enferma dans une grande calebasse, qu’il plaça ensuite au pied d’une montagne très-élevée, située à peu de distance du lieu qu’il habitait: or, il y allait la voir souvent par l’amour qu’il éprouvait pour son fils. Un jour, entre autres, l’ayant ouverte, il en sortit des baleines et d’autres poissons fort grands, de quoi Iaia, rempli d’épouvante, étant retourné chez lui, raconta à ses voisins tout ce qui lui était arrivé, disant que cette calebasse était remplie d’eau et de poissons à l’infini. Cette nouvelle s’étant divulguée, quatre frères qui étaient nés à la fois d’une seule couche, désireux de poissons, s’en allèrent où était la calebasse; comme ils l’avaient prise en mains pour l’ouvrir, Iaia étant survenu, et eux l’ayant aperçu, dans la crainte qu’ils eurent de lui, ils jetèrent par terre la calebasse; celle-ci s’étant brisée à cause du grand poids qu’elle renfermait, la mer sortit par ses ruptures, et toute la plaine qu’on voyait s’étendre au loin, sans fin ni terme d’aucun côté, s’étant couverte d’eau, fut submergée; les montagnes seulement restèrent, à cause de leur élévation, abritées de cette immense inondation, et ainsi ils croient que ces montagnes sont les îles et les autres parties de la terre qui se voient dans le monde.»
[32]Le nom deCon-El, fils de Con, qui suit les autres, n’est pas moins remarquable.ConouChonau Pérou, ce dieu sans chair et sans os, créateur des hommes qu’il détruit ensuite, pour leur donner plus tard une nouvelle existence, adoré au Mexique sous le nom deCo,Con,Comitl, comme un des symboles de la génération, rappelle d’une manière frappante leKon,ChonouXonsdes théogonies antiques de l’Égypte et de la Phénicie, avec qui il est si complétement identique. Le Con-El de Haïti était muet; celui du Pérou sans chair ni os.
[32]Le nom deCon-El, fils de Con, qui suit les autres, n’est pas moins remarquable.ConouChonau Pérou, ce dieu sans chair et sans os, créateur des hommes qu’il détruit ensuite, pour leur donner plus tard une nouvelle existence, adoré au Mexique sous le nom deCo,Con,Comitl, comme un des symboles de la génération, rappelle d’une manière frappante leKon,ChonouXonsdes théogonies antiques de l’Égypte et de la Phénicie, avec qui il est si complétement identique. Le Con-El de Haïti était muet; celui du Pérou sans chair ni os.
[33]Lecassabiou pain de manioc, fait de la farine de la Yuca dont on extrait auparavant le suc, à cause de ses propriétés vénéneuses.
[33]Lecassabiou pain de manioc, fait de la farine de la Yuca dont on extrait auparavant le suc, à cause de ses propriétés vénéneuses.
[34]Ce nom paraît être le même que le précédentAiacauo.
[34]Ce nom paraît être le même que le précédentAiacauo.
[35]Ceci paraît être un sac où ils mettaient lacagiobaoucoxoba, c’est-à-dire le tabac en poudre auquel il est fait souvent allusion dans ce petit ouvrage.
[35]Ceci paraît être un sac où ils mettaient lacagiobaoucoxoba, c’est-à-dire le tabac en poudre auquel il est fait souvent allusion dans ce petit ouvrage.
[36]Le sens ici est peu intelligible, à cause des mots intraduisibles qu’il y a dans le texte.
[36]Le sens ici est peu intelligible, à cause des mots intraduisibles qu’il y a dans le texte.
[37]IciBaiamanicoelse trouve probablement pourBassamanacoqui est plus haut.
[37]IciBaiamanicoelse trouve probablement pourBassamanacoqui est plus haut.
[38]On sait que la tortue est souvent dans les fables anciennes un symbole de la terre sortie des flots.
[38]On sait que la tortue est souvent dans les fables anciennes un symbole de la terre sortie des flots.
[39]Ce cacique est appeléMachinnechdans l’abrégé de Pierre Martyr, dans Ramusio et la grotteIovana-Boina.
[39]Ce cacique est appeléMachinnechdans l’abrégé de Pierre Martyr, dans Ramusio et la grotteIovana-Boina.
[40]Suivant l’auteur précité le premier cimi s’appelaitBinthaitelet le secondMarohu.
[40]Suivant l’auteur précité le premier cimi s’appelaitBinthaitelet le secondMarohu.
[41]Soraia, pays du soleil couchant.
[41]Soraia, pays du soleil couchant.
[42]EtymologiquementCoaibaiest plutôt la demeure des ancêtres.
[42]EtymologiquementCoaibaiest plutôt la demeure des ancêtres.
[43]L’auteur ou le traducteur doit se tromper ici; il dit d’abord que legoeizest l’esprit du vivant; puis il le donne comme l’esprit du mort; il y a très-probablementgoeizpouropia.
[43]L’auteur ou le traducteur doit se tromper ici; il dit d’abord que legoeizest l’esprit du vivant; puis il le donne comme l’esprit du mort; il y a très-probablementgoeizpouropia.
[44]Dans Ramusio, le nom demagueyest donné à cette classe de tambours qui est leteponaztlides Mexicains et letunkuldu Yucatan. Cette traduction italienne est remplie d’incorrections. Il est bien évident qu’une ligne du texte original a été omise ici par mégarde; car ce tambour oblong deviendrait à la fin semblable à une calebasse, forme qui doit être appliquée au bâton avec lequel on le frappait. J’ai placé entre parenthèses les mots qui me paraissent y manquer.
[44]Dans Ramusio, le nom demagueyest donné à cette classe de tambours qui est leteponaztlides Mexicains et letunkuldu Yucatan. Cette traduction italienne est remplie d’incorrections. Il est bien évident qu’une ligne du texte original a été omise ici par mégarde; car ce tambour oblong deviendrait à la fin semblable à une calebasse, forme qui doit être appliquée au bâton avec lequel on le frappait. J’ai placé entre parenthèses les mots qui me paraissent y manquer.
[45]Bohu-itihu, mot à mot anciens hommes, on les appelle indifféremment aussibohuti,boitii,bohique, et dans Pierre Martyrboition. Cesbohu-ilihusou médecins formaient une caste puissante, mais bien dégénérée à l’époque de la découverte de l’Amérique; ils étaient les restes d’un sacerdoce antique qui avait établi primitivement dans les Antilles les trois classes, telles que les présentent les traditions duLivre sacrédes Quichés; c’est-à-dire celle desBohu-itihuou prêtres, celle desTainoou nobles, enfin celle desAnaboria, vassaux ou serviteurs. Malgré leur dégradation, on trouvait encore dans ce qui s’était conservé des institutions sociales dans ces îles, les débris d’une civilisation qui présentait des analogies remarquables avec celle du Yucatan, et d’autres régions du continent américain.
[45]Bohu-itihu, mot à mot anciens hommes, on les appelle indifféremment aussibohuti,boitii,bohique, et dans Pierre Martyrboition. Cesbohu-ilihusou médecins formaient une caste puissante, mais bien dégénérée à l’époque de la découverte de l’Amérique; ils étaient les restes d’un sacerdoce antique qui avait établi primitivement dans les Antilles les trois classes, telles que les présentent les traditions duLivre sacrédes Quichés; c’est-à-dire celle desBohu-itihuou prêtres, celle desTainoou nobles, enfin celle desAnaboria, vassaux ou serviteurs. Malgré leur dégradation, on trouvait encore dans ce qui s’était conservé des institutions sociales dans ces îles, les débris d’une civilisation qui présentait des analogies remarquables avec celle du Yucatan, et d’autres régions du continent américain.
[46]Cohoba, ailleurs écritcogioba, est le tabac en poudre dont il a été déjà question.
[46]Cohoba, ailleurs écritcogioba, est le tabac en poudre dont il a été déjà question.
[47]On dirait qu’il y a constamment des mots oubliés; ici il est question d’un chant dont on aurait parlé, sans qu’il en ait été fait mention auparavant.
[47]On dirait qu’il y a constamment des mots oubliés; ici il est question d’un chant dont on aurait parlé, sans qu’il en ait été fait mention auparavant.
[48]Ne serait-ce pas là une sorte de magnétisme animal?
[48]Ne serait-ce pas là une sorte de magnétisme animal?
[49]Le texte italien dit:Come chi soffia una pala; peut-être est-ce poursoffiare de una paglia, souffler d’un fétu de paille.
[49]Le texte italien dit:Come chi soffia una pala; peut-être est-ce poursoffiare de una paglia, souffler d’un fétu de paille.
[50]Il y a dans le texteCimiche, prononcétzimique; autre variante dezemi.
[50]Il y a dans le texteCimiche, prononcétzimique; autre variante dezemi.
[51]Ici paraît sous tout son jour l’antagonisme qui existait dans les îles entre la noblesse et le Sacerdoce.
[51]Ici paraît sous tout son jour l’antagonisme qui existait dans les îles entre la noblesse et le Sacerdoce.
[52]Bugia,AibaetBaidramaparaissent être trois noms du même cemi, et le peu qu’en rapporte l’auteur donnerait à penser qu’il s’agit ici d’une sorte de divinité de la guerre et du mal.
[52]Bugia,AibaetBaidramaparaissent être trois noms du même cemi, et le peu qu’en rapporte l’auteur donnerait à penser qu’il s’agit ici d’une sorte de divinité de la guerre et du mal.
[53]Corocoteétait, suivant l’abrégé de Ramusio, un cemi fait de coton, et tous les enfants qui naissaient avec quelque signe particulier sur la tête ou le col, passaient pour avoir été engendrés par lui.
[53]Corocoteétait, suivant l’abrégé de Ramusio, un cemi fait de coton, et tous les enfants qui naissaient avec quelque signe particulier sur la tête ou le col, passaient pour avoir été engendrés par lui.
[54]Dans Pierre Martyr il est appeléEpileguanita.
[54]Dans Pierre Martyr il est appeléEpileguanita.
[55]Gua-Bancex,Gua-TauvaetCoatrischie(Gua-Trixquié?) sont évidemment les trois personnes de la trinité que leLivre sacrédes Quichés nous présente dans Hurakan (l’ouragan) et qui président aux nuages, à la foudre et à la tempête.
[55]Gua-Bancex,Gua-TauvaetCoatrischie(Gua-Trixquié?) sont évidemment les trois personnes de la trinité que leLivre sacrédes Quichés nous présente dans Hurakan (l’ouragan) et qui président aux nuages, à la foudre et à la tempête.
[56]Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre intérêt dans la matière que nous traitons ici.
[56]Ce qui suit dans l’opuscule du frère Romain n’a plus aucun rapport avec les choses précédentes, c’est l’histoire de la conversion de quelques caciques, mêlée de miracles légendaires et sans le moindre intérêt dans la matière que nous traitons ici.
A l’époque de la découverte du continent américain, le maya était la langue unique de toute la péninsule yucatèque et d’une partie des régions voisines, comprises actuellement sous le nom de Peten et de Lacandon, ainsi que des cantons fertiles arrosés par les nombreuses embouchures de l’Uzumacinta et du Tabasco. A cette langue se rattachaient différents dialectes: d’un côté, c’étaient lemopan, lepetenet lechol, qui paraissent s’en être éloignés beaucoup, depuis lors; de l’autre, letzendal, lezotzilet lemam, alliés également de fort près autrefois, mais qui s’annoncent plutôt comme un trait d’union entre les trois autres et le groupequiché-guatémalien. Au rapport de Landa, l’Adelantado Montejo fut un des premiers qui eût travaillé à acquérir quelque connaissance de la langue des Mayas, afin, dit-il, de pouvoir converser avec eux. Les Franciscains, à qui était échue l’œuvre de la conversion du Yucatan, ne tardèrent pas à suivre son exemple, et celui qui s’appliqua tout d’abord à enseigner leurs enfants fut le Français Jacques de Testera, frère d’un chambellan de François Iᵉʳ, que les Espagnols chassèrent du Yucatan, à cause du zèle avec lequel il défendait les indigènes de leurs excès.
A la suite de la seconde expédition de Montejo, d’autres franciscains furent envoyés à Campêche et à Merida, où ils travaillèrent avec ardeur à se rendre maîtres des premiers éléments de la langue. Celui qui obtint le plus de succès fut le Père Luis de Villalpando, qui commença à l’apprendre d’abord, ajoute ici Landa, par signes et à l’aide de petites pierres, à la manière de ceux dont parle Torquemada[1]. La grammaire qu’il composa sur le plan des grammaires latines de son temps, augmentée et perfectionnée par Landa, aurait été publiée au rapport de Pinelo; mais, si elle existe, les exemplaires en sont aujourd’hui perdus. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage servit de base à plusieurs autresdu même genre: telles furent les grammaires du Père Julian de Quartes, de Juan Coronel, de Juan de Azevedo, de Francisco Gabriel de San-Bonaventura et de Pedro Beltran de Santa-Rosa-Maria[2]; mais, à l’exception des ouvrages de ces deux derniers, on ne connaît rien aujourd’hui d’imprimé à ce sujet jusqu’à la grammaire publiée par le Père Joaquin Ruz, en 1844[3].
Le Père Pedro Beltran, parlant de la langue maya, dit, dans la préface, qu’elle est «gracieuse dans la diction, élégante dans les périodes et concise dans le style; capable d’exprimer souvent, dans un petit nombre de mots et de syllabes, le sens de plusieurs phrases. Si le disciple, ajoute-t-il, surmonte une fois la difficulté que présente au premier abord la prononciation de quelques consonnes extrêmement gutturales, il n’éprouvera guère d’embarras ensuite, pour se mettre au courant de la langue.»
L’alphabet de la langue maya manque des lettresd,f,g,j,q,r,s,v; mais elle en a d’autres, en revanche, que nous n’avons pas dans le français, deux, entre autres, où l’on trouve jusqu’à un certain point le son dud, dujet duz; tels sont leɔ(crenversé), qui doit se prononcerdz, et leçh, que les livres modernes du Yucatan représentent avec unhbarré ou croisé par le haut, mais que nous rendons ici par unçpour plus de commodité. Autant qu’il nous est possible de nous en rendre compte, le son de ces deux lettres doit se rendre à peu près commedj; mais elles se présentent rarement et dans un petit nombre de mots, où elles ne paraissent être qu’une variété duchordinaire de l’espagnol, qui se prononcetch.
La lettrecest dure indifféremment devant toutes les voyelles, autant que lekou leqfrançais; ainsicimil, la mort, se prononcekimil. La lettrehest toujours aspirée avant ou après les voyelles, comme lejoujotaen espagnol[4].I, devant une autre voyelle, prend le son de notrey, commun dans les ouvrages modernes, mais qui, d’ordinaire, est remplacé par deuxiidans les plus anciens, ouij.K, différent du nôtre, a un son guttural que l’usageseul peut enseigner. Leppest beaucoup plus fort que lepsimple; il est, ainsi que leth, représenté dans les anciens ouvrages parttou doublet; car il est de la classe des lettres américaines qu’on appelle détonnantes, lethmaya n’ayant aucune analogie avec lethanglais.Uest toujours prononcéou, se modifiant légèrement enwdevant une autre voyelle. La lettrexreprésente le son duchfrançais (en anglaissh), et leza pour ainsi dire le son de notresdur.
On peut remarquer, en règle générale, que les voyelles ont deux sons: l’un ordinaire, comme celui que nous connaissons, et l’autre nasal, que l’usage seul peut apprendre à distinguer du premier.
Les noms, dans la langue maya, sont indéclinables comme en français; les cas sont formés par des prépositions, suivies ordinairement d’un article qui détermine le sujet. Ces articles sontu, qui détermine la possession. Ex.:U hol pop, le chef de la natte, ou le maître d’orchestre;u luum Mayabob, la terre des Mayas. Les véritables articles sontle,leti,letile.
Singulier masculin et féminin.
N.Leti uinic, l’homme; lexçhup, la femme.G.Ti uinic, de l’homme;ti le xçhup, de la femme.D.Ti uaix,ulial lelile uinic, àoupour l’homme.Ac.Ti le uinic, l’homme.V.Uinicé,o uinicé, ô homme[5].Ab.Ti,youyetel, etc.uinic, de, dans, avec, etc., l’homme.
Les mêmes articles et les mêmes prépositions s’emploient pour le pluriel comme pour le singulier et pour les trois genres. Au singulier, le neutre prend quelquefois l’articleloau lieu deleouleti, et quant au pluriel, il se distingue par l’adjonction de la particuleob, ainsi qu’on le verra dans les noms.
Le nom, en général, a deux formes, sous lesquelles il se présente, abstraite, commeche, bois ou arbre,kaz, mauvais,uinic, homme. Pour les déterminer, on leur ajoute l’affixeelouil; ainsi,chefaitcheil, le bois de quelqu’un ou de quelque chose;kazfaitkazil, la méchanceté ou le mal;uinicdevientuinicil, l’humanité et aussi le corps de l’homme.Yum, père, etná, mère, paraissent faire exception à cette règle: ainsi, un fils dira:In yum, mon père;a ná, ta mère,yumbiletnáildevant être pris, au contraire, dans un sens moins déterminé. C’est pourquoi on dit dans le Symbole:In u-oczic-uol ti Dios yumbil, je crois en Dieu le Père.
Quoiqu’il y ait quelquefois de la différence entre les noms de personnes et ceux des animaux ou des êtres inanimés, cette différence est fort peu sensible. La particule pronominaleahou simplement’hs’affixe pour exprimer le masculin, etixouxpour le féminin[6]. Ex.:Ɔon, qui est la racine du verbeɔonah, chasser, fait’hɔonouahɔon, le chasseur, et’xɔon, la chasseresse. Ces préfixes se placent également devant les adjectifs lorsque ceux-ci, avec le substantif auquel ils sont joints, servent à exprimer la qualité ou l’attribut de quelque personne. Ainsi,nohochétant l’adjectif grand etnála maison, on dirait: