NOTES DU TOME PREMIER.

CHANT PREMIER

[16]Page 1, ligne 7 et page 2, ligne 1. —Qui s’était vanté de venger la mort de Trojan.— Trojan était le père d’Agramant. Roland lui avait donné la mort. (Voir le premier chant du livre Ierdu poème deRoland amoureux, par Boïardo.)

[17]Page 2, ligne 3. —Je dirai de Roland… — Le Roland du poème d’Arioste est celui que la légende a immortalisé, sans qu’on ait encore pu savoir s’il a vraiment existé un personnage de ce nom. D’après cette légende, Roland était fils de Milon, comte d’Anglante (Angers), et de Bertha, l’une des filles de Charlemagne. Il reçut de l’empereur la sénatorerie de Rome, le marquisat de Brava (peut-être Bourges, que les Latins appelaientBravium) et le comté d’Anglante, qui lui venait de son père.

[18]Page 2, lignes 7 et 8. —Par celle qui en a fait quasi autant de moi.— On croit que le poète a fait ici allusion à Alessandra Benucci, dame florentine, veuve de Tito Strozzi, et qui habitait à la cour du duc de Ferrare. Arioste l’avait connue à Florence lorsqu’il s’y arrêta, à son retour de Rome en 1513, pour les fêtes de la Saint-Jean. Il l’épousa secrètement, probablement en 1527. Elle lui survécut dix-neuf ans, étant morte en septembre de l’année 1552.

[19]Page 2, ligne 12. —Qu’il vous plaise, race généreuse d’Hercule.— Arioste a dédié son poème au cardinal Hippolyte d’Este, fils d’Hercule Ier, deuxième duc de Ferrare, à la cour duquel le poète vécut quelque temps.

[20]Page 2, lignes 28 et 29. — …Avait dans l’Inde, en Médie, en Tartarie, laissé d’infinis et d’immortels trophées.— Voir, au sujet des amours de Roland pour Angélique, et de ses exploits en Asie, le poème de Boïardo. Angélique et son frère Argail, tous deux enfants de Galafron, roi du Cathay (province du nord de la Chine), avaient été envoyés par leur père en France, afin de s’emparer par force ou par ruse des paladins de Charles, et de les lui amener prisonniers. Angélique avait pour arme son éclatante beauté. Son frère possédait une lance d’or qui était fée et qui renversait quiconque en était touché ; le cheval Rabican, plus rapide que le vent et qui se nourrissait d’air ; enfin un anneau qui rendait invisible dès qu’on le mettait dans la bouche et qui, porté au doigt, rompait tous les enchantements. Toutes ces choses sont longuement racontées par Boïardo.

[21]Page 3, ligne 3. —Pour faire repentir le roi Marsile et le roi Agramant.— Marsile était roi d’Espagne et Agramant roi d’Afrique. Ce sont deux personnages fictifs.

[22]Page 3, ligne 27. —Et son cousin Renaud.— D’après les romans héroïques, Renaud, un des paladins de Charles, était cousin de Roland. Il était fils d’Aymon de Darbena et de Béatrice, fille de Naymes, duc de Bavière. Tous deux étaient de la maison de Clermont et de la famille des rois de France.

[23]Page 5, ligne 4. —Au bord de la rivière se trouvait Ferragus.— Ferragus était fils de Marsile ; Boïardo en parle, dans leXXXIechant du livre Ier, comme étant un des plus redoutables guerriers d’Espagne.

[24]Page 6, ligne 8. —Le seigneur de Montauban fut le premier qui… — La famille de Renaud possédait le château de Montauban.

[25]Page 8, lignes 22 et 23. —L’un appartint à Almont et l’autre à Mambrin.— Dans un poème intituléAspramonte, et publié pour la première fois à Florence, en 1504, on lit que, pour venger la mort de son père tué par Almont, Roland tua ce dernier en combat singulier, et lui prit son casque, son armure enchantée, ainsi que son chevalBride-d’Oret l’épéeDurandal. Un autre roman, qui a pour titre :les Amours de Renaud, parle d’un païen nommé Mambrin, venu à la tête d’une armée contre Charles, et tué, dans une bataille, par Renaud, qui s’appropria son casque.

[26]Page 9, ligne 7. —Il jura par la vie de Lanfuse.— Lanfuse était la mère de Ferragus.

[27]Page 11, lignes 24 et 25. —Et sa poitrine un Mont-Gibel.— C’est ainsi que les Italiens appellent l’Etna.

[28]Page 15, lignes 11 et 12. —Elle l’envoya demander du secours en Orient.— Voir dans leRoland amoureuxde Berni, chantXXIVe, stances 67 et suivantes, comment et pourquoi Angélique envoya Sacripant auprès de Gradasse, pour lui demander secours.

[29]Page 19, ligne 2. —C’est Bradamante.— Bradamante était sœur de Renaud, et fille naturelle du duc Aymon.

[30]Page 20, lignes 11 et 12. —C’était elle qui, dans Albracca, le servait jadis de sa main.— Voir dans Boïardo, livre Ier, chantXXIX, et dans le Berni, chantsXXVIetXXVIII, de quelle façon Bayard avait été laissé par Roland à Angélique, qui l’avait ensuite envoyé à Renaud.

[31]Page 21, lignes 17 et 18. —Les batailles d’Albracca vous sont donc déjà sorties de la mémoire ?— Sacripant fait ici allusion au fait d’armes suivant : Bien que blessé et à la tête de trois cents hommes seulement, il avait arraché d’Albracca Angélique que le roi Agrican y tenait assiégée.

CHANT II

[32]Page 24, ligne 25. —Flamberge le fend.—Flambergeétait le nom de l’épée de Renaud, de même que l’épée de Roland s’appelaitDurandalet celle de RogerBalisarde.

[33]Page 30, lignes 2 et 3. —La malheureuse fille d’Agolante.Galacielle, dont on lira l’histoire dans le chantXXXVI. Boïardo, dans leXXVIIechant de son livre Ier, raconte que le père de Galacielle, nommé Agolante, fut tué par Roland. Elle avait eu d’un chevalier, appelé Roger de Risa, un fils nommé aussi Roger, le principal héros du poème d’Arioste, et qu’aimait Bradamante.

CHANT III

[34]Page 43, lignes 27 et 28. —Alors qu’il fut trompé par la Dame du Lac.— Les romans de chevalerie racontent que Merlin, enchanteur anglais, s’était épris de la Dame du Lac. Ayant préparé pour elle et pour lui un superbe tombeau, il lui apprit certaines paroles, lesquelles étant prononcées sur le couvercle du tombeau, en rendaient l’ouverture impossible. La dame, qui haïssait tout bas Merlin, lui demanda de se coucher dans le tombeau pour en expérimenter la capacité, et, quand il y fut, elle rabattit le couvercle et prononça les paroles fatales. Merlin mort, son esprit était resté dans le tombeau, d’où il répondait à ceux qui l’interrogeaient.

[35]Page 45, ligne 14. —L’antique sang issu de Troie.— Boïardo, dans le chantXVIedu livre Ieret dans le chantVedu livre III, prétend que la famille de Roger descendait d’un neveu de Priam.

[36]Page 46, lignes 17 et 18. —Elle la recouvre d’un grand pentacule.— Sorte de pentagone, sur lequel étaient peints des points, des signes et des caractères magiques, en usage aux nécromanciens, et destinés à protéger ceux qui en étaient recouverts des effets des enchantements.

[37]Page 47, lignes 9 et 10. —Je vois, par ses mains, la terre rougie du sang de Poitiers.— Allusion au massacre des Mayençais, par le fils de Roger et de Bradamante, lequel vengea ainsi la mort de son père, tué par trahison dans le château de Ponthieu, en Picardie. Il va sans dire que les renseignements généalogiques sur la maison d’Este relatés ici par Arioste sont, pour la plupart, de pure imagination. La généalogie vraie des princes d’Este se trouve dans un remarquable ouvrage publié de nos jours par le comte Pompée Litta sur les familles illustres d’Italie.

[38]Page 49, ligne 16. —La belle terre qui est assise sur le fleuve où Phébus… — Par cette périphrase, Arioste veut désigner Ferrare et son territoire situés sur le Pô, fleuve dans lequel, selon la Fable, fut précipité Phaéton.

[39]Page 51, lignes 8 et 9. —La terre qui produit des roses.— Rhodes.

[40]Page 56, lignes 7 et 8. —Les deux que nous avons vus si tristes.— Jules et Ferdinand d’Este, frères d’Alphonse Ier. Ayant conspiré contre ce dernier, ils furent condamnés à mort. Mais leur peine fut commuée en prison perpétuelle. Ferdinand mourut en prison en 1540, et Jules, rendu à la liberté par Alphonse II, mourut en 1561.

[41]Page 58, lignes 9 et 10. —Un anneau qui fut dérobé dans l’Inde à une reine.— Voir Boïardo, chantVdu livre II, et Berni, chantXXXIV, stances 30 et suivantes.

CHANT IV

[42]Page 72, lignes 2 et 3. —Son destrier se nommait Frontin.— Frontin avait primitivement appartenu à Sacripant auquel il avait été volé par Brunel, qui le donna ensuite à Roger. Voir Berni, chantXXXIV, stance 43.

CHANT VI

[43]Page 107, lignes 10 et 11. —La vierge Aréthuse se fraya en vain sous la mer un chemin sombre et étrange.— La nymphe Aréthuse, poursuivie par le fleuve Alphée, fut convertie en fontaine, et conduite par des voies sous-marines dans l’île d’Ortigie, toujours suivie par son indiscret amant, qui l’y rejoignit.

[44]Page 110, lignes 20 et 21. —J’étais cousin de Roland et de Renaud.— Suivant les romans de chevalerie, Bernard de Clairval eut trois fils : Aymon, père de Renaud ; Beuves d’Aigremont, père d’Aldigier, de Maugis et de Vivian, personnages dont il sera parlé plus loin, et Othon, roi d’Angleterre, père d’Astolphe.

[45]Page 113, lignes 21 et 22. —De même que l’Écosse et l’Angleterre sont séparées par une montagne et une rivière.— Les monts Cheviot séparent l’Écosse de l’Angleterre, se ramifiant et s’étendant dans la partie septentrionale de l’une et dans la partie méridionale de l’autre. LaTweed, qui appartient à l’Écosse dans la partie inférieure de son cours, continue la démarcation, et se jette dans la mer du Nord.

CHANT VII

[46]Page 128, lignes 8 et 9. —Que Cléopâtre offrit au Romain vainqueur.— A César, vainqueur de Pompée.

[47]Page 134, lignes 13 et 14. —Quand bien même Roger fût devenu plus vieux que Nestor.— Suivant Homère, Nestor, roi de Pylos, dans le Péloponèse, vécut jusqu’à trois cents ans.

[48]Page 137, ligne 18. —Tu devinsses l’Adonis ou l’Atis d’Alcine.— Adonis fut l’amant de Vénus, et Atis l’amant de Cybèle.

[49]Page 139, lignes 27 et 28. —Elle avait pris la figure d’Atlante de Carena.— Il y a deux villes du nom de Carena : l’une située en Syrie, l’autre en Médie. Il est probable qu’Arioste ne veut parler ici ni de l’une ni de l’autre, car, dans le chantV, il a précédemment appelé Atlantele vieux Maure. C’est d’une troisième ville de Carena, située probablement en Mauritanie, qu’il a entendu parler.

CHANT VIII

[50]Page 156, ligne 3. —S’étend une île nommée Ébude.— C’est une île du groupe des Hébrides appelée aujourd’huiMull; les Latins la nommaientinsula Ebudarum.

[51]Page 164, ligne 20. —Il l’avait enlevé à un amostan.— Le mot amostan est d’origine arabe ; c’est la désignation d’une dignité chez les musulmans.

CHANT IX

[52]Page 168, lignes 12 et 13. —Sur les bords d’un fleuve qui sépare les Normands des Bretons.— Probablement la petite rivière deCouesnon, qui se jette dans la baie Saint-Michel, près de Pontorson et qui sépare, en effet, la Bretagne de la Normandie.

[53]Page 170, ligne 10. —Il laisse Saint-Brieuc et Landriglier.— Par Landriglier, Arioste entend la petite ville de Tréguier, leTricosiumdes anciens.

[54]Page 182, ligne 13. —Près du Volano.— Branche du Pô qui se sépare de la branche principale, près de Ferrare, et va se jeter, à quelques lieues plus loin, dans l’étang de Comacchio et de là dans l’Adriatique.

CHANT X

[55]Page 198, lignes 14 et 15. —On dirait Hécube entrant en rage.— Hécube, veuve de Priam et esclave d’Ulysse, poursuivie par les Thraces pour avoir arraché les yeux à Polymestor, qui avait tué Polydore, le dernier de ses enfants, entra en une telle rage, qu’elle fut changée en chienne enragée.

[56]Page 203, ligne 28. —La splendide reine du Nil.— Cléopâtre, qui se fit piquer par un aspic pour ne pas être traînée derrière le char du triomphateur romain.

[57]Page 207, ligne 47. —Et le grand Quinsi.— Ville de la Chine appelée Chansay par Marco Polo. C’est la moderne Nanking.

[58]Page 212, lignes 20 et 21. —Où le saint vieillard creusa un puits.— Allusion au puits qu’on prétend avoir été creusé par saint Patrice, en Irlande, et où chaque année vont se plonger les fidèles, dans l’espérance de se laver de leurs péchés.

CHANT XI

[59]Page 220, ligne 9. —Elle déjoua les enchantements de Maugis.— Maugis, fils de Beuves d’Aigremont, était cousin de Bradamante. Il exerçait la magie.

[60]Page 220, lignes 10, 11 et 12. —Elle délivra un matin Roland et d’autres chevaliers tenus en servitude par Dragontine.— Dragontine était une enchanteresse qui s’était emparée de Roland de la même façon qu’Alcine s’était emparée de Roger. (Voir Boïardo, Liv. Ier, chant XIV.)

[61]Page 224, lignes 28, 29 et 30. —La machine infernale… fut ramenée à la surface par enchantement et portée tout d’abord chez les Allemands.— L’arme à feu fut découverte accidentellement par un alchimiste allemand qui la communiqua aux Vénitiens. Ceux-ci en firent pour la première fois usage en 1380 contre les Génois.

[62]Page 230, ligne 17. —Ino tout en pleurs, tenant Mélicerte à son cou.— Pour se soustraire à la fureur d’Atamante, son époux, Ino se jeta dans la mer, ayant dans ses bras son fils Mélicerte. Tous deux furent changés en divinités marines.

[63]Page 239, ligne 16. —L’animal discret qui porta Phryxus.— Phryxus, pour fuir les persécutions de sa belle-mère Ino, traversa la mer sur un bélier.

CHANT XII

[64]Page 257, ligne 15. —L’étendard du roi de Tremisène.— Aujourd’hui Tlemcen, ville de la province d’Oran, en Algérie.

CHANT XIII

[65]Page 273, lignes 10 et 11. —Avec la même agilité que l’on voit l’adroit Espagnol jeter son fusil.— Espagnol est ici pour Sarrasin, qui lui-même est synonyme d’Arabe. On sait que dans leurs fantasias les Arabes lancent et rattrapent leur fusil avec une grande dextérité.

[66]Page 281, lignes 7 et 8. —Lucrèce Borgia, dont la beauté, la vertu, le renom de chasteté… — Cet éloge de Lucrèce Borgia, dans la bouche d’Arioste, paraîtrait étrange, si nous ne savions combien la poésie, depuis Dante et Pétrarque, avait perdu en dignité. Elle en était réduite à mendier la faveur des princes, et par conséquent à les louer jusque dans leurs vices les plus avérés. Arioste est, à cet égard, un des modèles du genre courtisanesque.

CHANT XIV

[67]Page 286, lignes 6 et 7. —Notre joie fut trop troublée par la mort du capitaine français… — Gaston de Foix, tué à la bataille de Ravenne.

FIN DES NOTES DU TOME PREMIER


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