Chapter 20

[387]Vers neuf heures du soir.

[387]Vers neuf heures du soir.

Seul, en effet, le procurateur pouvait décider si Paul serait libéré ou non. Et le tribun chargea l’un des officiers — celui qui commandait les cavaliers — de ce rapport à lui remettre :

« Claudius Lysias à l’éminent procurateur Félix, salut.

« L’homme que voici avait été pris par les Juifs et allait être tué par eux. Mais, arrivant avec la troupe, je le leur ai enlevé,ayant appris qu’il est Romain. Et, voulant savoir pour quel motif ils l’accusaient, je l’ai amené devant leur sanhédrin. J’ai reconnu qu’il était accusé sur des questions de leur Loi, mais qu’il n’avait aucune charge de crime qui méritât la mort ou la prison. Mais, comme on m’a dénoncé que les Juifs allaient faire un complot contre cet homme, je te l’envoie sur l’heure,invitantaussi les accusateurs à t’adresser leur plainte contre lui. Porte-toi bien. »

On peut trouver exorbitant, même ridicule, le déploiement de forces ordonné pour le transfert de Paul. Il est, cependant, explicable ; car Lysias avait peur des Juifs ; son mot : Ne raconte à personne… confesse naïvement ses inquiétudes. De même, sa précaution d’inviter les accusateurs à porter leur plainte devant Félix. Il voulait faire valoir sa vigilance. Nous retrouvons bien chez lui l’Oriental avec son besoin d’exagérer, le Grec de décadence, souple, fanfaron et trembleur. Son rapport altère sur un point la vérité. A l’en croire, il avait soustrait Paul aux coups des Juifs, ayant appris sa qualité de Romain. En fait, à ce moment-là, il l’ignorait ; par qui l’aurait-il su ? Mais il veut mettre en relief le prix qu’il attache au titre de Romain, lui, citoyen de fraîche date, parvenu qui a payé cher sa noblesse.

Paul, cette nuit-là, monté sur un mulet ou un chameau, descendit donc de Jérusalem, à grande allure, avec une escorte digne d’un roi. Il quittait la ville sainte pour n’y jamais revenir. Rome, au contraire, l’attendait. Cette file de soldats, ces officiers qui l’entourent et le préservent du péril invisible, c’est déjà la puissance romaine mobilisée au service de la foi. Demain, peut-être, il y aura parmi eux des chrétiens. Ils appelleront Paul leur frère ; ils rompront le pain d’amour avec lui ; ils s’agenouilleront sous sa main d’Apôtre ; et sa parole leur sera la parole de Dieu. Le prisonnier part en conquérant.


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