Un rustre en son buffet avais mis un fromage,Lorsque par une fente il aperçoit un rat;Vite, il y fait entrer son chat,Afin d'empêcher le dommage:Mais notre Mitis, aux aguets,Mange le rat d'abord, et le fromage après.LE BAILLY.
Un rustre en son buffet avais mis un fromage,Lorsque par une fente il aperçoit un rat;Vite, il y fait entrer son chat,Afin d'empêcher le dommage:Mais notre Mitis, aux aguets,Mange le rat d'abord, et le fromage après.
LE BAILLY.
Aidons-nous mutuellement,La charge de nos maux en sera plus légère;Le bien que l'on fait à son frèrePour le mal que l'on souffre est un soulagement.Confucius l'a dit: suivons tous sa doctrine.Pour la persuader aux peuples de la Chine,Il leur contait le trait suivant:Dans une ville de l'AsieIl existait deux malheureux,L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux.Ils demandaient au ciel de terminer leur vie;Mais leurs vœux étaient superflus,Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,Couché sur un grabat dans la place publique,Souffrait sans être plaint; il en souffrait bien plus.L'aveugle à qui tout pouvait nuire,Etait sans guide, sans soutien,Sans avoir même un pauvre chienPour l'aimer et pour le conduire.Un certain jour il arrivaQue l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,Près du malade se trouva;Il entendit ses cris, son âme en fut émue.Il n'est tels que les malheureuxPour se plaindre les uns aux autres.«J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres;Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.—Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,Que je ne puis faire un seul pas,Vous-même vous n'y voyez pas:A quoi nous servirait d'unir notre misère?—A quoi? répond l'aveugle, écoutez: à nous deuxNous possédons le bien à chacun nécessaire:J'ai des jambes et vous des yeux;Moi, je vais vous porter, vous, serez mon guide:Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés;Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.Ainsi, sans que jamais notre amitié décideQui de nous deux remplit le plus utile emploi,Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.FLORIAN.
Aidons-nous mutuellement,La charge de nos maux en sera plus légère;Le bien que l'on fait à son frèrePour le mal que l'on souffre est un soulagement.Confucius l'a dit: suivons tous sa doctrine.Pour la persuader aux peuples de la Chine,Il leur contait le trait suivant:
Dans une ville de l'AsieIl existait deux malheureux,L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux.Ils demandaient au ciel de terminer leur vie;Mais leurs vœux étaient superflus,Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique,Couché sur un grabat dans la place publique,Souffrait sans être plaint; il en souffrait bien plus.L'aveugle à qui tout pouvait nuire,Etait sans guide, sans soutien,Sans avoir même un pauvre chienPour l'aimer et pour le conduire.
Un certain jour il arrivaQue l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,Près du malade se trouva;Il entendit ses cris, son âme en fut émue.Il n'est tels que les malheureuxPour se plaindre les uns aux autres.«J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres;Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux.—Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,Que je ne puis faire un seul pas,Vous-même vous n'y voyez pas:A quoi nous servirait d'unir notre misère?—A quoi? répond l'aveugle, écoutez: à nous deuxNous possédons le bien à chacun nécessaire:J'ai des jambes et vous des yeux;Moi, je vais vous porter, vous, serez mon guide:Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés;Mes jambes, à leur tour, iront où vous voudrez.Ainsi, sans que jamais notre amitié décideQui de nous deux remplit le plus utile emploi,Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.
FLORIAN.
LE
Sur la corde tendue un jeune voltigeurApprenait à danser; et déjà son adresse,Ses tours de force, de souplesse,Faisaient venir maint spectateur.Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance,Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,Hardi, léger autant qu'adroit,Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,Retombe, remonte en cadence,Et semblable à certains oiseauxQui rasent en volant la surface des eaux,Son pied touche sans qu'on le voie,A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.Notre jeune danseur, tout fier de son talent,Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesantQui me fatigue et m'embarrasse?Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grâce,De force et de légèreté.Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,Notre étourdi chancelle, étend les bras et tombe.Il se casse le nez, et tout le monde en rit.Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas ditQue sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe?La vertu, la raison, les lois, l'autorité,Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine?C'est le balancier qui vous gêne,Mais qui fait votre sûreté.FLORIAN.
Sur la corde tendue un jeune voltigeurApprenait à danser; et déjà son adresse,Ses tours de force, de souplesse,Faisaient venir maint spectateur.Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance,Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,Hardi, léger autant qu'adroit,Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,Retombe, remonte en cadence,Et semblable à certains oiseauxQui rasent en volant la surface des eaux,Son pied touche sans qu'on le voie,A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesantQui me fatigue et m'embarrasse?Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grâce,De force et de légèreté.Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,Notre étourdi chancelle, étend les bras et tombe.Il se casse le nez, et tout le monde en rit.Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas ditQue sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe?La vertu, la raison, les lois, l'autorité,Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine?C'est le balancier qui vous gêne,Mais qui fait votre sûreté.
FLORIAN.
Un pauvre petit grillon,Caché dans l'herbe fleurie,Regardait un papillonVoltigeant dans la prairie.L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs,L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes:Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,Prenant et quittant les plus belles.«Ah! disait le grillon, que son sort et le mienSont différents! Dame naturePour lui fit tout, et pour moi rien.Je n'ai point de talent, encor moins de figure.Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas;Autant vaudrait n'exister pas.Comme il parlait, dans la prairieArrive une troupe d'enfants.Aussitôt les voilà courantsAprès ce papillon dont ils ont tous envie.Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.L'insecte vainement cherche à leur échapper,Il devient bientôt leur conquête.L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;Un troisième survient, et le prend par la tête.Il ne fallait pas tant d'effortsPour déchirer la pauvre bête.Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché;Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.Combien je vais aimer ma retraite profonde!Pour vivre heureux vivons caché.FLORIAN.
Un pauvre petit grillon,Caché dans l'herbe fleurie,Regardait un papillonVoltigeant dans la prairie.L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs,L'azur, le pourpre et l'or éclataient sur ses ailes:Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,Prenant et quittant les plus belles.
«Ah! disait le grillon, que son sort et le mienSont différents! Dame naturePour lui fit tout, et pour moi rien.Je n'ai point de talent, encor moins de figure.Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas;Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairieArrive une troupe d'enfants.Aussitôt les voilà courantsAprès ce papillon dont ils ont tous envie.Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper.L'insecte vainement cherche à leur échapper,Il devient bientôt leur conquête.L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps;Un troisième survient, et le prend par la tête.Il ne fallait pas tant d'effortsPour déchirer la pauvre bête.Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché;Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.Combien je vais aimer ma retraite profonde!Pour vivre heureux vivons caché.
FLORIAN.
Certain roi qui régnait sur les rives du Tage,Et que l'on surnomma le Sage,Non parce qu'il était prudent,Mais parce qu'il était savant,Alphonse, fut surtout un habile astronome:Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,Et quittait son conseilPour la lune ou pour le soleil.Un soir qu'il retournait à son observatoire,Entouré de ses courtisans:«Mes amis, disait-il, enfin j'ai lieu de croireQu'avec mes nouveaux instrumentsJe verrai cette nuit des hommes dans la lune.—Votre Majesté les verra,Répondait-on; la chose est même trop commune.Pendant tous ces discours, un pauvre dans la rue,S'approche, en demandant humblement chapeau bas,Quelques maravédis; le roi ne l'entend pas,Et sans le regarder son chemin continue.Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main,Toujours renouvelant sa prière importune;Mais les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain,Répétait: «Je verrai des hommes dans la lune.»Enfin le pauvre le saisitPar son manteau royal, et gravement lui dit:«Ce n'est pas de là-haut, c'est des lieux où nous sommesQue Dieu vous a fait souverain.Regardez à vos pieds: là vous verrez des hommes,Et des hommes manquant de pain.FLORIAN.
Certain roi qui régnait sur les rives du Tage,Et que l'on surnomma le Sage,Non parce qu'il était prudent,Mais parce qu'il était savant,Alphonse, fut surtout un habile astronome:Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,Et quittait son conseilPour la lune ou pour le soleil.
Un soir qu'il retournait à son observatoire,Entouré de ses courtisans:«Mes amis, disait-il, enfin j'ai lieu de croireQu'avec mes nouveaux instrumentsJe verrai cette nuit des hommes dans la lune.—Votre Majesté les verra,Répondait-on; la chose est même trop commune.
Pendant tous ces discours, un pauvre dans la rue,S'approche, en demandant humblement chapeau bas,Quelques maravédis; le roi ne l'entend pas,Et sans le regarder son chemin continue.Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main,Toujours renouvelant sa prière importune;Mais les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain,Répétait: «Je verrai des hommes dans la lune.»
Enfin le pauvre le saisitPar son manteau royal, et gravement lui dit:«Ce n'est pas de là-haut, c'est des lieux où nous sommesQue Dieu vous a fait souverain.Regardez à vos pieds: là vous verrez des hommes,Et des hommes manquant de pain.
FLORIAN.
De jeunes écoliers avaient pris dans un trouUn hibou,Et l'avaient élevé dans la cour du collège.Un vieux chat, un jeune oison,Nourris par le portier, étaient en liaisonAvec l'oiseau; tous trois avaient le privilègeD'aller et de venir par toute la maison.A force d'être en classeIls avaient orné leur esprit,Savaient par cœur Denis d'Halicarnasse,Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit.Un soir, en disputant, des docteurs c'est l'usage,Ils comparaient entre eux les peuples anciens.«Ma foi, disait le chat, c'est aux ÉgyptiensQue je donne le prix: c'était un peuple sage,Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux,Rempli de respect pour ses dieux;Cela seul à mon gré lui donne l'avantage.—J'aime mieux les Athéniens,Répondit le hibou: que d'esprit! que de grâce!Et dans les combats quelle audace.Que d'aimables héros parmi leurs citoyens!A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens?Des nations c'est la première.—Parbleu, dit l'oison, en colère,Messieurs, je vous trouve plaisants:Et les Romains que vous en semble?Est-il un peuple qui rassemblePlus de grandeur, de gloire et de faits éclatants?Dans les arts, comme dans la guerre,Ils ont surpassé vos amis.Pour moi ce sont mes favoris:Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre.»Chacun des trois pédants s'obstine en son avis,Quand un rat, qui de loin entendait la dispute,Rat savant qui mangeait des thèmes dans sa hutte,Leur cria: «Je vois bien d'où viennent vos débats:L'Égypte vénérait les chats,Athènes les hiboux, et Rome, au Capitole,Aux dépens de l'État nourrissait des oisons:Ainsinotre intérêt est souvent la boussoleQue suivent nos opinions.»FLORIAN.
De jeunes écoliers avaient pris dans un trouUn hibou,Et l'avaient élevé dans la cour du collège.Un vieux chat, un jeune oison,Nourris par le portier, étaient en liaisonAvec l'oiseau; tous trois avaient le privilègeD'aller et de venir par toute la maison.
A force d'être en classeIls avaient orné leur esprit,Savaient par cœur Denis d'Halicarnasse,Et tout ce qu'Hérodote et Tite-Live ont dit.Un soir, en disputant, des docteurs c'est l'usage,Ils comparaient entre eux les peuples anciens.
«Ma foi, disait le chat, c'est aux ÉgyptiensQue je donne le prix: c'était un peuple sage,Un peuple ami des lois, instruit, discret, pieux,Rempli de respect pour ses dieux;Cela seul à mon gré lui donne l'avantage.
—J'aime mieux les Athéniens,Répondit le hibou: que d'esprit! que de grâce!Et dans les combats quelle audace.Que d'aimables héros parmi leurs citoyens!A-t-on jamais plus fait avec moins de moyens?Des nations c'est la première.
—Parbleu, dit l'oison, en colère,Messieurs, je vous trouve plaisants:Et les Romains que vous en semble?Est-il un peuple qui rassemblePlus de grandeur, de gloire et de faits éclatants?Dans les arts, comme dans la guerre,Ils ont surpassé vos amis.Pour moi ce sont mes favoris:Tout doit céder le pas aux vainqueurs de la terre.»
Chacun des trois pédants s'obstine en son avis,Quand un rat, qui de loin entendait la dispute,Rat savant qui mangeait des thèmes dans sa hutte,Leur cria: «Je vois bien d'où viennent vos débats:L'Égypte vénérait les chats,Athènes les hiboux, et Rome, au Capitole,Aux dépens de l'État nourrissait des oisons:Ainsinotre intérêt est souvent la boussoleQue suivent nos opinions.»
FLORIAN.
La brebis et le chien, de tous les temps amis,Se racontaient un jour leur vie infortunée.Ah! disait la brebis, je pleure et je frémisQuand je songe aux malheurs de notre destinée.Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,Toujours soumis, tendre et fidèle,Tu reçois pour prix de ton zèleDes coups et souvent le trépas.Moi qui tous les ans les habille,Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs,Je vois chaque matin quelqu'un de ma familleAssassiné par ces méchants.Leurs confrères, les loups, dévorent ce qui reste.Victimes de ces inhumains,Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,Voilà notre destin funeste!Il est vrai, dit le chien! mais crois-tu plus heureuxLes auteurs de notre misère?Va, ma sœur,il vaut encor mieuxSouffrir le mal que de le faire.FLORIAN.
La brebis et le chien, de tous les temps amis,Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah! disait la brebis, je pleure et je frémisQuand je songe aux malheurs de notre destinée.Toi, l'esclave de l'homme, adorant des ingrats,Toujours soumis, tendre et fidèle,Tu reçois pour prix de ton zèleDes coups et souvent le trépas.Moi qui tous les ans les habille,Qui leur donne du lait et qui fume leurs champs,Je vois chaque matin quelqu'un de ma familleAssassiné par ces méchants.Leurs confrères, les loups, dévorent ce qui reste.Victimes de ces inhumains,Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,Voilà notre destin funeste!
Il est vrai, dit le chien! mais crois-tu plus heureuxLes auteurs de notre misère?Va, ma sœur,il vaut encor mieuxSouffrir le mal que de le faire.
FLORIAN.
Un Arabe, à Marseille, autrefois m'a contéQu'un pacha turc, dans sa patrie,Vint porter certain jour un coffret cachetéAu plus sage dervis qui fût en Arabie.Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis,Des diamants de très grand prix:C'est un présent que je veux faireA l'homme que tu jugerasÊtre le plus fou de la terre.Cherche bien, tu le trouveras.Muni de son coffret, notre bon solitaireS'en va courir le monde. Avait-il donc besoinD'aller si loin?L'embarras de choisir était sa grande affaire:Des fous toujours plus fous venaient de toutes partsSe présenter à ses regards.Notre pauvre dépositaire,Pour l'offrir à chacun, saisissait le coffret:Mais un pressentiment secretLui conseillait de n'en rien faire,L'assurant qu'il trouverait mieux.Errant ainsi de lieux en lieux,Embarrassé de son message,Enfin, après un long voyage,Notre homme et le coffret arrivent un matinDans la ville de Constantin.Il trouve tout le peuple en joie:«Que s'est-il donc passé?—Rien, lui dit un iman;C'est notre grand-vizir que le sultan envoie,Au moyen d'un lacet de soie,Porter au prophète un firman.Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;Et, comme ce sont des misères,Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.—Souvent?—Oui.—C'est fort bien. Votre nouveau vizirEst-il nommé?—Sans doute, et le voilà qui passe.»Le dervis à ces mots court, traverse la place,Arrive, et reconnaît le pacha son ami.«Bon! te voilà, dit celui-ci,Et le coffret?—Seigneur, j'ai parcouru l'Asie:J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.Aujourd'hui ma course est finie;Daignez l'accepter, grand-vizir.»FLORIAN.
Un Arabe, à Marseille, autrefois m'a contéQu'un pacha turc, dans sa patrie,Vint porter certain jour un coffret cachetéAu plus sage dervis qui fût en Arabie.Ce coffret, lui dit-il, renferme des rubis,Des diamants de très grand prix:C'est un présent que je veux faireA l'homme que tu jugerasÊtre le plus fou de la terre.Cherche bien, tu le trouveras.
Muni de son coffret, notre bon solitaireS'en va courir le monde. Avait-il donc besoinD'aller si loin?L'embarras de choisir était sa grande affaire:Des fous toujours plus fous venaient de toutes partsSe présenter à ses regards.
Notre pauvre dépositaire,Pour l'offrir à chacun, saisissait le coffret:Mais un pressentiment secretLui conseillait de n'en rien faire,L'assurant qu'il trouverait mieux.Errant ainsi de lieux en lieux,Embarrassé de son message,Enfin, après un long voyage,Notre homme et le coffret arrivent un matinDans la ville de Constantin.
Il trouve tout le peuple en joie:«Que s'est-il donc passé?—Rien, lui dit un iman;C'est notre grand-vizir que le sultan envoie,Au moyen d'un lacet de soie,Porter au prophète un firman.
Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;Et, comme ce sont des misères,Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.—Souvent?—Oui.—C'est fort bien. Votre nouveau vizirEst-il nommé?—Sans doute, et le voilà qui passe.»Le dervis à ces mots court, traverse la place,Arrive, et reconnaît le pacha son ami.«Bon! te voilà, dit celui-ci,Et le coffret?—Seigneur, j'ai parcouru l'Asie:J'ai vu des fous parfaits, mais sans oser choisir.Aujourd'hui ma course est finie;Daignez l'accepter, grand-vizir.»
FLORIAN.
Sans ami, comme sans famille,Ici-bas vivre en étranger;Se retirer dans sa coquilleAu signal du moindre danger;S'aimer d'une amitié sans bornes;De soi seul emplir sa maison;En sortir, suivant la saison,Pour faire à son prochain les cornes;Signaler ses pas destructeursPar les traces les plus impures;Outrager les plus belles fleursPar ses baisers ou ses morsures;Enfin, chez soi comme en prison,Vieillir de jour en jour plus triste;C'est l'histoire de l'égoïste,Et celle du colimaçon.ARNAULT.
Sans ami, comme sans famille,Ici-bas vivre en étranger;Se retirer dans sa coquilleAu signal du moindre danger;S'aimer d'une amitié sans bornes;De soi seul emplir sa maison;En sortir, suivant la saison,Pour faire à son prochain les cornes;Signaler ses pas destructeursPar les traces les plus impures;Outrager les plus belles fleursPar ses baisers ou ses morsures;Enfin, chez soi comme en prison,Vieillir de jour en jour plus triste;C'est l'histoire de l'égoïste,Et celle du colimaçon.
ARNAULT.
Les sots sont un peuple nombreux,Trouvant toutes choses faciles;Il faut le leur passer: souvent ils sont heureux:Grand motif de se croire habiles.Un âne, en broutant ses chardons,Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,D'une flûte dont les doux sonsAttiraient et charmaient les bergers du bocage.Cet âne mécontent disait: «Ce monde est fou!Les voilà tous, bouche béante,Admirant un grand sot qui sue et se tourmenteA souffler dans un petit trou.C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaireTandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici:Car je me sens trop en colère.»Notre âne en raisonnant ainsi,Avance quelques pas, lorsque sur la fougère,Une flûte, oubliée en ces champêtres lieuxPar quelque pasteur amoureux,Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux;Une oreille en avant, lentement il se baisse,Applique son museau sur le pauvre instrument,Et souffle tant qu'il peut; oh! hasard incroyable!Il en sort un son agréable.L'âne se croit un grand talent.Et, tout joyeux, s'écrie, en faisant la culbute:«Eh! je joue aussi de la flûte.»FLORIAN.
Les sots sont un peuple nombreux,Trouvant toutes choses faciles;Il faut le leur passer: souvent ils sont heureux:Grand motif de se croire habiles.Un âne, en broutant ses chardons,Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,D'une flûte dont les doux sonsAttiraient et charmaient les bergers du bocage.
Cet âne mécontent disait: «Ce monde est fou!Les voilà tous, bouche béante,Admirant un grand sot qui sue et se tourmenteA souffler dans un petit trou.C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaireTandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici:Car je me sens trop en colère.»
Notre âne en raisonnant ainsi,Avance quelques pas, lorsque sur la fougère,Une flûte, oubliée en ces champêtres lieuxPar quelque pasteur amoureux,Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux;Une oreille en avant, lentement il se baisse,Applique son museau sur le pauvre instrument,Et souffle tant qu'il peut; oh! hasard incroyable!Il en sort un son agréable.L'âne se croit un grand talent.Et, tout joyeux, s'écrie, en faisant la culbute:«Eh! je joue aussi de la flûte.»
FLORIAN.
(Voir page105.)Certain rat de campagne, en son modeste gîte,De certain rat de ville eut un jour la visite;Ils étaient vieux amis: quel plaisir de se voir!Le maître du logis veut, selon son pouvoir,Régaler l'étranger; il vivait de ménage,Mais donnait de bon cœur, comme on donne au village.Il va chercher, au fond de son garde-manger,Du lard qu'il n'avait pas achevé de ronger,Des noix, des raisins secs; le citadin, à table,Mange du bout des dents, trouve tout détestable.«Pouvez-vous bien, dit-il, végéter tristement,Dans un trou de campagne enterré tout vivant?Croyez-moi, laissez là cet ennuyeux asile;Venez voir de quel air nous vivons à la ville.Hélas! nous ne faisons que passer ici-bas;Les rats petits et grands marchent tous au trépas;Ils meurent tout entiers, et leur philosophieDoit être de jouir d'une si courte vie,D'y chercher le plaisir. Qui s'en passe est bien fou.»L'autre, persuadé, saute hors de son trou.Vers la ville à l'instant ils trottent côte à côte;Ils arrivent la nuit; la muraille était haute;La porte était fermée; heureusement nos gensEntrent sans être vus, sous le seuil se glissant.Dans un riche logis nos voyageurs descendent;A la salle à manger promptement ils se rendent.Sur un buffet ouvert trente plats desservisDu souper de la veille étalaient les débris.L'habitant de la ville, aimable et plein de grâce,Introduit son ami, fait les honneurs, le place;Et puis, pour le servir, sur le buffet trottant,Apporte chaque mets, qu'il goûte en l'apportant.Le campagnard, charmé de sa nouvelle aisance,Ne songeait qu'au plaisir et qu'à faire bombance,Lorsqu'un grand bruit de porte épouvante nos rats:Ils étaient au buffet, ils se jettent en bas,Courent, mourant de peur, tout autour de la salle;Pas un trou!... De vingt chats une bande infernalePar de longs miaulements redouble leur effroi.«Oh! oh! ce n'est pas là ce qu'il me faut à moi,Dit le rat campagnard; mon humble solitudeMe garantit du bruit et de l'inquiétude;Là je n'ai rien à craindre, et si j'y mange peu,J'y mange en paix du moins; et j'y retourne... adieu.»ANDRIEUX.
(Voir page105.)
Certain rat de campagne, en son modeste gîte,De certain rat de ville eut un jour la visite;Ils étaient vieux amis: quel plaisir de se voir!Le maître du logis veut, selon son pouvoir,Régaler l'étranger; il vivait de ménage,Mais donnait de bon cœur, comme on donne au village.Il va chercher, au fond de son garde-manger,Du lard qu'il n'avait pas achevé de ronger,Des noix, des raisins secs; le citadin, à table,Mange du bout des dents, trouve tout détestable.
«Pouvez-vous bien, dit-il, végéter tristement,Dans un trou de campagne enterré tout vivant?Croyez-moi, laissez là cet ennuyeux asile;Venez voir de quel air nous vivons à la ville.Hélas! nous ne faisons que passer ici-bas;Les rats petits et grands marchent tous au trépas;Ils meurent tout entiers, et leur philosophieDoit être de jouir d'une si courte vie,D'y chercher le plaisir. Qui s'en passe est bien fou.»
L'autre, persuadé, saute hors de son trou.Vers la ville à l'instant ils trottent côte à côte;Ils arrivent la nuit; la muraille était haute;La porte était fermée; heureusement nos gensEntrent sans être vus, sous le seuil se glissant.Dans un riche logis nos voyageurs descendent;A la salle à manger promptement ils se rendent.Sur un buffet ouvert trente plats desservisDu souper de la veille étalaient les débris.
L'habitant de la ville, aimable et plein de grâce,Introduit son ami, fait les honneurs, le place;Et puis, pour le servir, sur le buffet trottant,Apporte chaque mets, qu'il goûte en l'apportant.Le campagnard, charmé de sa nouvelle aisance,Ne songeait qu'au plaisir et qu'à faire bombance,Lorsqu'un grand bruit de porte épouvante nos rats:Ils étaient au buffet, ils se jettent en bas,Courent, mourant de peur, tout autour de la salle;Pas un trou!... De vingt chats une bande infernalePar de longs miaulements redouble leur effroi.«Oh! oh! ce n'est pas là ce qu'il me faut à moi,Dit le rat campagnard; mon humble solitudeMe garantit du bruit et de l'inquiétude;Là je n'ai rien à craindre, et si j'y mange peu,J'y mange en paix du moins; et j'y retourne... adieu.»
ANDRIEUX.
Un jour la montre au cadran insultait,Demandant l'heure qu'il était.«Je n'en sais rien, dit le greffier solaire.—Et que fais-tu donc là si tu n'en sais pas plus?—J'attends, répondit-il, que le soleil m'éclaire,Je ne sais rien que par Phébus.—Attends-le donc; moi je n'en ai que faire,Dit l'horloge; sans lui je vais toujours mon train.Tous les huit jours un tour de main,C'est autant qu'il m'en faut pour toute ma semaine.Je chemine sans cesse et ce n'est point en vainQue mon aiguille en ce rond se promène.Ecoute; voilà l'heure»; elle sonne à l'instant:Une, deux, trois et quatre. «Il en est tout autant»,Dit-elle. Mais tandis que la montre décide,Phébus, de ses ardents regardsChassant nuages et brouillards,Regarde le cadran, qui fidèle à son guide,Marque quatre heures et trois quarts.«Mon enfant, dit-il à l'horloge,Va-t'en te faire remonter.Tu te vantes, sans hésiter,De répondre à qui t'interroge:Mais qui t'en croit peut bien se mécompter.Je te conseillerais de suivre mon usage:Si je ne vois bien clair, je dis: je n'en sais rien.Je parle peu, mais je dis bien;C'est le caractère du sage.»LAMOTTE.
Un jour la montre au cadran insultait,Demandant l'heure qu'il était.«Je n'en sais rien, dit le greffier solaire.—Et que fais-tu donc là si tu n'en sais pas plus?
—J'attends, répondit-il, que le soleil m'éclaire,Je ne sais rien que par Phébus.—Attends-le donc; moi je n'en ai que faire,Dit l'horloge; sans lui je vais toujours mon train.Tous les huit jours un tour de main,C'est autant qu'il m'en faut pour toute ma semaine.Je chemine sans cesse et ce n'est point en vainQue mon aiguille en ce rond se promène.Ecoute; voilà l'heure»; elle sonne à l'instant:Une, deux, trois et quatre. «Il en est tout autant»,Dit-elle. Mais tandis que la montre décide,Phébus, de ses ardents regardsChassant nuages et brouillards,Regarde le cadran, qui fidèle à son guide,Marque quatre heures et trois quarts.
«Mon enfant, dit-il à l'horloge,Va-t'en te faire remonter.Tu te vantes, sans hésiter,De répondre à qui t'interroge:Mais qui t'en croit peut bien se mécompter.
Je te conseillerais de suivre mon usage:Si je ne vois bien clair, je dis: je n'en sais rien.Je parle peu, mais je dis bien;C'est le caractère du sage.»
LAMOTTE.
L'abeille, par un beau matin,Picorant sur sa route et la rose et le thym,S'en alla visiter sa parente la mouche.Celle-ci relevait de couche,Et, seule dans un coin, avait le cœur chagrin,N'ayant causé depuis la veille;Mais elle se remit voyant venir l'abeille.Pattes dessus, pattes dessous.Elle lui fait mille caresses.Hé! bonjour, cousine; est-ce vous?Quel bon vent, dites-moi, vous amène chez nous?La faiseuse de miel lui rend ses politesses,Caresse pour caresse, et caquet pour caquet,Ainsi qu'il se pratique entre bonnes amies.Ayant mis fin à leurs cérémonies,L'abeille lui parla d'un miel qu'elle avait fait;C'était un miel exquis, parfait,A son gré préférable à celui de l'Hymette.«Il faut, dit-elle, il faut que je vous en remette,Pour vos maux de poitrine il sera souverain:Et d'abord, apprenez comment je le compose:De serpolet, de romarinJe mélange un extrait avec du suc de rose,Ensuite j'y joins une dose.....»La mouche l'interrompt enfin.«Cousine, parlons d'autre chose;Croit-on que l'été sera chaud?—Ah! reprit l'abeille aussitôt,On craint bien que le miel ne manque cette année:Heureusement j'en suis approvisionnée,Et pour passer l'hiver j'aurai ce qu'il m'en faut,Pour peu qu'à travailler mon essaim s'évertue.—Je n'y tiens plus, l'ennui me tue,Reprit l'autre: sortons; je reprends mes vapeurs.—Des vapeurs! Ah! ma sœur, y seriez-vous sujette?J'ai pour ce mal une recetteExcellente, et qu'en vain vous chercheriez ailleurs;Et je vais d'abord vous la dire:D'un extrait de mon miel avec un peu de cire....,—Eh! de grâce, à la fin laissez là votre miel,Reprit la mouche impatiente:Je ne crois pas que sous le cielJamais bavarde impertinenteAit tenu des propos d'un ennui plus mortel.Adieu; partez: de votre vieNe remettez les pieds chez moi.»Il faut en toute compagnieLe moins qu'on peut parler de soi.GRENUS.
L'abeille, par un beau matin,Picorant sur sa route et la rose et le thym,S'en alla visiter sa parente la mouche.
Celle-ci relevait de couche,Et, seule dans un coin, avait le cœur chagrin,N'ayant causé depuis la veille;Mais elle se remit voyant venir l'abeille.
Pattes dessus, pattes dessous.Elle lui fait mille caresses.Hé! bonjour, cousine; est-ce vous?Quel bon vent, dites-moi, vous amène chez nous?
La faiseuse de miel lui rend ses politesses,Caresse pour caresse, et caquet pour caquet,Ainsi qu'il se pratique entre bonnes amies.Ayant mis fin à leurs cérémonies,L'abeille lui parla d'un miel qu'elle avait fait;C'était un miel exquis, parfait,A son gré préférable à celui de l'Hymette.
«Il faut, dit-elle, il faut que je vous en remette,Pour vos maux de poitrine il sera souverain:Et d'abord, apprenez comment je le compose:De serpolet, de romarinJe mélange un extrait avec du suc de rose,Ensuite j'y joins une dose.....»
La mouche l'interrompt enfin.«Cousine, parlons d'autre chose;Croit-on que l'été sera chaud?
—Ah! reprit l'abeille aussitôt,On craint bien que le miel ne manque cette année:Heureusement j'en suis approvisionnée,Et pour passer l'hiver j'aurai ce qu'il m'en faut,Pour peu qu'à travailler mon essaim s'évertue.
—Je n'y tiens plus, l'ennui me tue,Reprit l'autre: sortons; je reprends mes vapeurs.
—Des vapeurs! Ah! ma sœur, y seriez-vous sujette?J'ai pour ce mal une recetteExcellente, et qu'en vain vous chercheriez ailleurs;Et je vais d'abord vous la dire:D'un extrait de mon miel avec un peu de cire....,
—Eh! de grâce, à la fin laissez là votre miel,Reprit la mouche impatiente:Je ne crois pas que sous le cielJamais bavarde impertinenteAit tenu des propos d'un ennui plus mortel.Adieu; partez: de votre vieNe remettez les pieds chez moi.»
Il faut en toute compagnieLe moins qu'on peut parler de soi.
GRENUS.
Allons bœuf, et toi, bouvillon,Aimez-vous mieux, cœur sans courage,Toujours provoquer l'aiguillonQue d'avancer ce labourage?Le jour s'en va; voici le tard,Et ces maudits n'ont pas en somme,De l'arpent sillonné le quart.Il faut demain qu'on les assomme.Dieu soit loué! dit le plus vieux,Aussi bien ce travail nous tue,Une mort prompte nous plaît mieuxQue votre éternelle charrue.La maudite au pauvre animalAttire et menace et piqûre:Parlez-lui: je ferais gageureQue c'est elle ici qui va mal.«Eh! bien, dit l'homme, allez, charrue!Allez donc! N'entendez-vous pas?Devant, derrière on s'évertue,Et vous ne pouvez faire un pas!—On se plaint de moi! Quelle injure!Répondit-elle en gémissant,Je vais de mon mieux, je vous jure.Voyez ce fer obéissant!Il est poli comme une glace,Et brûlait moins sous le marteau,Mais comment emporter morceauD'un sol si dur et si tenace?—Ainsi, champ fatal, c'est donc toiQue devrait punir ma colère!Dit le rustre en frappant la terre;Songe un peu que je suis ton roi!Pourquoi ces barbares caprices?Toujours trempé de mes sueurs,Tu veux l'être encor de mes pleurs,Et mon sang ferait tes délices.»A ces mots, du sein des guérets,Une voix s'élève et lui crie:«Mets donc un terme à ta furie,Ou je retire mes bienfaits.Insensé, tes bœufs, ta charrue,Ton champ, font très-bien leur devoir;Les défauts qu'en eux tu crois voir,C'est chez toi qu'ils frappent ma vue.Tu veux gronder? Apprends d'abord,Apprends des experts du villageA bien guider ton attelage,Et tais-toi, car toi seul as tort.»J-J. PORCHAT.
Allons bœuf, et toi, bouvillon,Aimez-vous mieux, cœur sans courage,Toujours provoquer l'aiguillonQue d'avancer ce labourage?
Le jour s'en va; voici le tard,Et ces maudits n'ont pas en somme,De l'arpent sillonné le quart.Il faut demain qu'on les assomme.
Dieu soit loué! dit le plus vieux,Aussi bien ce travail nous tue,Une mort prompte nous plaît mieuxQue votre éternelle charrue.
La maudite au pauvre animalAttire et menace et piqûre:Parlez-lui: je ferais gageureQue c'est elle ici qui va mal.
«Eh! bien, dit l'homme, allez, charrue!Allez donc! N'entendez-vous pas?Devant, derrière on s'évertue,Et vous ne pouvez faire un pas!
—On se plaint de moi! Quelle injure!Répondit-elle en gémissant,Je vais de mon mieux, je vous jure.Voyez ce fer obéissant!
Il est poli comme une glace,Et brûlait moins sous le marteau,Mais comment emporter morceauD'un sol si dur et si tenace?
—Ainsi, champ fatal, c'est donc toiQue devrait punir ma colère!Dit le rustre en frappant la terre;Songe un peu que je suis ton roi!
Pourquoi ces barbares caprices?Toujours trempé de mes sueurs,Tu veux l'être encor de mes pleurs,Et mon sang ferait tes délices.»
A ces mots, du sein des guérets,Une voix s'élève et lui crie:«Mets donc un terme à ta furie,Ou je retire mes bienfaits.
Insensé, tes bœufs, ta charrue,Ton champ, font très-bien leur devoir;Les défauts qu'en eux tu crois voir,C'est chez toi qu'ils frappent ma vue.
Tu veux gronder? Apprends d'abord,Apprends des experts du villageA bien guider ton attelage,Et tais-toi, car toi seul as tort.»
J-J. PORCHAT.
Une souris de campagneChoisit pour cantonnementUn vaste champ de froment:C'était pays de Cocagne.Dans son trou dès le matinPar la faim sollicitéeD'un riant espoir flattée,Elle courait au butin.Du lendemain n'avait cure,Faisant ses quatre repas,Puis courant à ses ébats:Bref tout aux lois d'ÉpicureDans le fond de son réduitJamais de graine amassée;Un peu de paille entassée,Voilà tout; c'était son lit.Devers son manoir tranquilleUn maudit chat vint rôder;Elle, habile à s'évader,D'un saut gagna son asile.Soit! nous reviendrons demain,Dit-il faisant la grimace:Puis observant bien la place,Il poursuivit son chemin.Le matois dès l'aube arrive;Mais il a beau se blottir,La souris près de sortir,L'aperçoit, rentre et s'esquive.Oh! dit-il, un peu confus,Celle-ci me fait la nique!Nous l'aurons, et je m'en pique!Changeons le siège en blocus.Aussitôt devant la porteVient se camper le matou,Les yeux fixés sur le trou.Qu'elle paraisse, elle est morte!Il faudra faire une fin,Dit-il, petite rebelle.Choisissez, mademoiselle,De ma gueule ou de la faim.L'autre de terreur glacée,Et tremblante au fond du nid,De jeûner bientôt lassée,En pleurant mangea son lit.Vain secours, faible ressource.Ah! que n'a-t-elle amasséTant de froment disperséSans profit dans mainte course!Dans son gîte elle pourraitDu chat braver la menace.Tant qu'enfin de cette placeL'appétit le chasserait.Cependant l'âpre famineRonge, affaiblit la souris.Pour échapper du logis,Ouvrons, dit-elle, une mine.Mais vit-on jamais quelqu'unTravailler sans nourriture!Hélas! la terre est si dure,Quand l'estomac est à jeun!Elle cesse, elle succombeEt dit: Je n'ai plus d'espoir,C'en est fait et dès ce soir,Ma maison sera ma tombe.Ah! plutôt sortons d'ici.Puisqu'il faut que je périsse,Pour abréger mon supplice,Rendons-nous à l'ennemi.Vers lui la pauvrette avance,De l'œil encor l'implorant;Le chat sur elle s'élance,Et la croque en murmurant:Du sage l'on compte en sommeMille définitions,Le sage pour moi c'est l'hommeQui fait des provisions.J.-J. PORCHAT.
Une souris de campagneChoisit pour cantonnementUn vaste champ de froment:C'était pays de Cocagne.
Dans son trou dès le matinPar la faim sollicitéeD'un riant espoir flattée,Elle courait au butin.
Du lendemain n'avait cure,Faisant ses quatre repas,Puis courant à ses ébats:Bref tout aux lois d'Épicure
Dans le fond de son réduitJamais de graine amassée;Un peu de paille entassée,Voilà tout; c'était son lit.
Devers son manoir tranquilleUn maudit chat vint rôder;Elle, habile à s'évader,D'un saut gagna son asile.
Soit! nous reviendrons demain,Dit-il faisant la grimace:Puis observant bien la place,Il poursuivit son chemin.
Le matois dès l'aube arrive;Mais il a beau se blottir,La souris près de sortir,L'aperçoit, rentre et s'esquive.
Oh! dit-il, un peu confus,Celle-ci me fait la nique!Nous l'aurons, et je m'en pique!Changeons le siège en blocus.
Aussitôt devant la porteVient se camper le matou,Les yeux fixés sur le trou.Qu'elle paraisse, elle est morte!
Il faudra faire une fin,Dit-il, petite rebelle.Choisissez, mademoiselle,De ma gueule ou de la faim.
L'autre de terreur glacée,Et tremblante au fond du nid,De jeûner bientôt lassée,En pleurant mangea son lit.
Vain secours, faible ressource.Ah! que n'a-t-elle amasséTant de froment disperséSans profit dans mainte course!
Dans son gîte elle pourraitDu chat braver la menace.Tant qu'enfin de cette placeL'appétit le chasserait.
Cependant l'âpre famineRonge, affaiblit la souris.Pour échapper du logis,Ouvrons, dit-elle, une mine.
Mais vit-on jamais quelqu'unTravailler sans nourriture!Hélas! la terre est si dure,Quand l'estomac est à jeun!
Elle cesse, elle succombeEt dit: Je n'ai plus d'espoir,C'en est fait et dès ce soir,Ma maison sera ma tombe.
Ah! plutôt sortons d'ici.Puisqu'il faut que je périsse,Pour abréger mon supplice,Rendons-nous à l'ennemi.
Vers lui la pauvrette avance,De l'œil encor l'implorant;Le chat sur elle s'élance,Et la croque en murmurant:
Du sage l'on compte en sommeMille définitions,Le sage pour moi c'est l'hommeQui fait des provisions.
J.-J. PORCHAT.