VI

P. et J.

Vendredi neuf heures du matin [S. d.]

Chères et bonnes amies. Déjà hier matin en rentrant chez moi, je rencontrai quelqu'un qui me donna la nouvelle de Kœnigsberg. Il prétendait qu'il y avait des lettres de différents négociants, qui annonçaient cet événement. Je n'y crus pas, comme de raison.—Dans l'après-dîner, plusieurs personnes m'apportèrent des renseignements vagues qui pouvaient avoir occasionné le bruit ou du moins l'expliquer. À la lecture de ton aimable billet, chère Dorothée, j'ai été frappé de la particularité du jour—Lundi 3/15 du mois. Nous avons eu des nouvelles du 14, de Memel, où l'on paraissait absolument rassuré sur le sort de cette ville, capitale de la Prusse. Depuis le 15 ou 18 nous aurions dû avoir la certitude de ce fait. Adieu, Dorothée, quelqu'un arrive.—C'était la bonne amie. Elle vous dira, chère enfant, les notices que je viens de recevoir. Il n'y a rien de sûr. Les nouvelles se croisent et se contredisent. Il y a des lettres qui annoncent le retour de l'empereur à Tilsit, et celui du roi de Prusse à l'armée. M. de Toumarsoff (?), gouverneur général à Riga vient de publier une lettre de l'empereur lui-même, du 12, de Tilsit, qui lui mande: «Mon armée a si bien battu l'ennemi que je n'ai plus de Français devant moi.» Tout ceci ne paraît pas menaçant pour Kœnigsberg. Mais enfin, il faut attendre. La certitude d'un désastre arrive toujours assez tôt, et il ne faut pas anticiper sur elle par des conjectures ou par l'imagination. Adieu, chère bonne Dorothée, adieu, bonnes amies.—Vous devinez l'état de mon âme froissée de mille manières pour mes amis, pour l'humanité, pour tout ce qui m'intéresse et nous est cher. Sans adieu.

Toujours votre ancien bon ami,

Pétersbourg le 10 janvier 1809.

Madame,

J'ai reçu les différentes lettres que vous avez bien voulu m'écrire, dont la dernière par M. de Périgord, et je vous en remercie mille et mille fois. Vous ne doutez sûrement pas, Madame, combien les preuves de votre amitié me sont chères. Mon attachement pour vous est aussi sincère qu'il est invariable.

Les moments que j'ai passes près de vous à Löbikau m'ont laissé des souvenirs bien agréables et j'aime à croire que je jouirai encore du bonheur de vous revoir.

M. de Périgord a augmenté encore, pendant son séjour ici, l'estime que je lui portais déjà! C'est un jeune homme charmant, rempli d'excellentes qualités et bien fait pour faire le bonheur d'une femme. Je désire beaucoup que Votre Altesse et la jeune princesse le jugiez de même et que cette union tant désirée puisse réussir. C'est Périgord que je charge de vous remettre, Madame, ces lignes et vous supplie de me conserver votre souvenir auquel je tiens tant.

Recevez en même temps l'assurance réitérée de tous les sentiments que je vous ai voués pour toujours.

Paris, 14 novembre 1808.

Madame,

Edmond aura l'honneur de remettre ma lettre à Votre Altesse. Elle a bien voulu le traiter avec quelque bienveillance; il en est fier; il m'en a parlé avec chaleur et il voudrait employer sa vie à la mériter. Je lui dis que c'est une grande entreprise, que, m'étant un peu occupé des affaires de l'Europe, je ne puis ignorer combien la beauté, la grâce, l'élévation des sentiments donnent à Votre Altesse le droit d'être difficile; il me répond qu'il sait tout cela mieux que moi qui n'ai pas eu le bonheur d'aller à Löbikau, mais que de la bonté, de la douceur, une conduite éprouvée dans des circonstances difficiles, un désir continuel de plaire sont aussi quelque chose. L'empereur Alexandre a daigné ne pas blâmer son audace, je ne dois pas avoir plus de sévérité: puissiez-vous, Madame, n'en pas montrer davantage. Si Votre Altesse est assez bonne pour m'en assurer, elle fera à jamais le bonheur de mon neveu et voudra bien agréer le dévouement de toute ma famille.

Je prie Votre Altesse de recevoir avec bonté l'hommage du profond respect avec lequel je suis de Votre Altesse Sérénissime le très humble et très obéissant serviteur.

Paris, 7 mars 1809.

Madame,

Il m'est difficile de vous exprimer le plaisir que me donne votre lettre et les heureuses nouvelles que m'apportent M. B*** et Edmond.

Tout ce que l'on m'indique comme pouvant vous être agréable sera fait. Je ne regarde pas Edmond comme un simple neveu, mais comme un des enfants de ma tendresse. J'espère que la princesse Dorothée recevra avec quelque plaisir les marques de l'affection que je désire lui donner, les attentions soutenues dont je tâcherai, dont toute ma famille tâchera qu'elle soit entourée. Je sens combien il faudra les multiplier, non pour compenser, mais pour adoucir les moments où elle sera séparée de Votre Altesse. Je me flatte que ces moments ne seront que passagers, que la France sera le lieu où vous serez le plus souvent. Votre Altesse veut bien me témoigner quelque confiance, quelque bonté; elle peut être certaine qu'il ne tiendra pas à moi de les justifier par le bonheur de sa fille et par le dévouement respectueux qu'aura toujours pour vous,

Madame, votre très humble, etc.

15 juin 1809.

J'ai reçu hier votre aimable lettre, madame la Duchesse. Je n'avais pas besoin d'être aussi seul et dans un lieu aussi triste que Bourbon-l'Archambauld pour qu'elle me fît un bien grand plaisir. Vous me paraissez avoir été contente de Rosny; je l'espérais. Vous vous serez, suivant votre image, trouvée au milieu de gens qui vous aiment et vous respectent, et vous avez, vous, de quoi vous plaire à la campagne. Une vie simple et douce où l'on n'affecte rien, où l'on jouit tour à tour et de la nature et de l'amitié a bien quelque charme pour une personne qui, comme vous, a de l'élévation dans le caractère, du naturel, du goût et de la grâce dans l'esprit. Je reçois des nouvelles de ma mère qui m'inquiètent. Serait-elle donc destinée à jouir si peu de temps du plaisir de voir sa petite-fille! Le bulletin d'aujourd'hui est meilleur mais il ne me rassure pas encore. À combien de tribulations la vie est-elle destinée, combien d'inquiétudes en marquent presque tous les instants? Je ne sais pourquoi toutes mes idées sont noires. J'ai besoin de me retrouver avec tous les miens et il faut, grâce à Dorothée, que vous me permettiez de vous compter dans ce nombre…

Je cherchai à marier mon neveu, Edmond de Périgord. Il était important que le choix de la femme que je lui donnerai n'éveillât pas la susceptibilité de Napoléon, qui ne voulait pas laisser échapper à sa jalouse influence la destinée d'un jeune homme qui portait un des grands noms de France. Il croyait que, quelques années auparavant, j'avais influé sur le refus de ma nièce, la comtesse Just de Noailles, qu'il m'avait demandée pour Eugène de Beauharnais, son fils d'adoption. Quelque choix que je voulusse faire pour mon neveu, je devais donc trouver l'empereur mal disposé. Il ne m'aurait pas permis de choisir en France, car il réservait pour ses généraux dévoués les grands partis qui s'y trouvaient. Je jetai les yeux au dehors.

J'avais souvent entendu parler, en Allemagne et en Pologne, de la duchesse de Courlande. Je savais qu'elle était distinguée par la noblesse de ses sentiments, par l'élévation de son caractère et par les qualités les plus aimables et les plus brillantes. La plus jeune de ses filles était à marier. Ce choix ne pouvait que plaire à Napoléon. Il ne lui enlevait point un parti pour ses généraux qui auraient été refusés, et il devait même flatter la vanité qu'il mettait à attirer en France de grandes familles étrangères. Cette vanité l'avait, quelque temps auparavant, porté à faire épouser au maréchal Berthier une princesse de Bavière. Je résolus donc de faire demander pour mon neveu la princesse Dorothée de Courlande, et, pour que l'empereur Napoléon ne pût pas revenir, par réflexion ou par caprice, sur une approbation donnée, je sollicitai de la bonté de l'empereur Alexandre, ami particulier de la duchesse de Courlande, de demander lui-même à celle-ci la main de sa fille pour mon neveu. J'eus le bonheur de l'obtenir, et le mariage se fit à Francfort-sur-Mein, le 22 avril 1809.

(T II, p. 4).

[1: Voy.l'Héritage de Pierre le Grand.Règne des femmes, gouvernement des favoris, par Waliszewski. In-8°, Plon, 1900.]

[2:Le comte Paul Stroganov, par le grand duc Nicolas Mikhaïlovitch de Russie. 3 vol. In-8°, Paris, Imprimerie Nationale, 1905.]

[3: Ernest-Jean Bühren ou Biren, né en 1690. Sa famille, d'origine westphalienne, mais établie en Courlande, y possédait depuis plusieurs générations le domaine de Kalm-Zeem. Elle s'était créé des alliances avec quelques-unes des plus importantes familles du duché, les Lambsdorf, les Behr, les Turnouw.]

[4: Casanova de Seingalt, lors de son passage à Mittau, fut présenté au duc de Courlande par le comte de Kaiserling. Il fait de lui le court portrait suivant: «C'était un vieillard, assez courbé, à tête chauve. À le considérer de près on reconnaissait qu'il avait dû être un fort bel homme» (Mémoires, t. VI, p. 93, édit. Flammarion).]

[5: Anna Ivanovna, fille d'Ivan Alexiéiévitch, frère de Pierre le Grand; elle était duchesse veuve de Courlande quand elle fut appelée au trône de Russie (1730-1740).]

[6: Le 12 février 1718, Anne se trouvant encore comme duchesse de Courlande à Annenhof, résidence voisine de Mittau, un petit événement s'y était passé qui devait avoir une influence capitale sur les destinées de la future impératrice et même sur celles de la Russie. Par suite de la maladie du grand maître de cour, Pierre Mikhaïlovitch Bestoujev, un employé de la chancellerie porta à la duchesse des papiers à signer. Elle lui dit de revenir tous les jours. Un peu après elle en faisait son secrétaire, puis son gentilhomme de la chambre. Il s'appelait Ernest-Jean Bühren (Waliszewski, l'Héritage de Pierre le Grand, in-8°, Paris, 1900, pp. 173 et 179). En 1725 il accompagna la duchesse à Moscou pour le couronnement de Catherine Ire et lorsque Anne fut impératrice, à son tour le favori fut tout-puissant. En 1737, il fut élu duc de Courlande par la diète courlandaise. Le diplôme de l'élection est daté du 2/14 juin de cette même année; il fut ratifié le 13 juillet suivant par le roi de Pologne Auguste III. (Kruse,Kurland unter den Herzogen, 2 vol. in-8°, Mittau, t. II, p. 2.)]

[7: En 1723, il épousa Benigna von Trotta-Treydem.]

[8: Avant de mourir (octobre 1740), la tsarine Anna Ivanovna institua, par testament, Biren régent de l'Empire. L'héritier du trône était un enfant au berceau, l'empereur bébé Ivan VI, fils d'Anna Leopoldovna et d'Antoine de Brunsvick-Bevern. Cette régence fut de très courte durée. Le général Münich, jaloux de la domination de Biren et de complicité avec les parents du jeune empereur, fut l'instrument de sa chute. Le duc de Courlande fut condamné à mort le 8 avril 1741, reconnu coupable, entre autres crimes, d'avoir attenté à la vie de la défunte impératrice en la faisant monter à cheval par de mauvais temps. Il devait être écartelé si un manifeste du 14 avril suivant ne fût venu convertir cette peine en un exil perpétuel.]

[9: L'exil du duc de Courlande dura vingt-deux ans, puisqu'il se prolongea jusqu'à l'avènement de Pierre III (janvier 1762). Il fut envoyé à Pélim.]

[10: Bühren devient Biren en russe. Ce dernier nom déformé est devenu Biron, orthographe généralement adoptée.]

[11: On a publié dans leRecueil de la Société impériale d'histoire russe(Sbornik, t. XXXIII) des fragments de la correspondance du duc de Courlande avec le comte Kaiserling, où il se montre sous l'aspect d'un homme mélancolique et désabusé.]

[12: À la mort de Pierre II, dernier rejeton de la ligne mâle de Pierre le Grand, la maison de Romanov n'était plus représentée que par des femmes. Depuis l'oukase de 1721 il n'y avait plus de droit successoral et la couronne restait entre les mains duConseil suprême, qui détenait effectivement le pouvoir. Il en disposa en faveur de la fille d'Ivan, Anne de Courlande, en essayant toutefois de lui imposer une constitution oligarchique. Ce choix fut ratifié par une assemblée générale de dignitaires, car l'élue était populaire à Moscou et à Pétersbourg; mais les conditions qui limitaient l'autorité de la nouvelle souveraine ne furent pas acceptées. Le parti absolutiste l'emporta; l'impératrice Anne fit son entrée dans Moscou en grand appareil militaire et fut proclamée souveraine autocrate.]

[13: En exil, la duchesse de Courlande et ses filles dessinaient et faisaient des ouvrages délicats de femme. Elles brodèrent des étoffes avec des dessins représentant des indigènes de la Sibérie et leurs industries rustiques. Une des pièces du palais de Mittau en est encore tendue, Benigna composa à la même époque, en allemand, un recueil de poésies religieuses, qui a été imprimé à Mittau en 1773, sous le titre:Eine grosse Kreuzträgerin. Sa correspondance est conservée aux archives de Moscou. (Waliszewski, p. 177.)]

[14: Dans le gouvernement de Tobolsk, à trois mille verstes de Saint-Pétersbourg. Ce n'est plus aujourd'hui qu'une bourgade peuplée d'une centaine d'habitants. La ville de Pélim fut fondée en 1592 et destinée par Boris Godounov à servir de lieu de déportation. Deux Romanov, ancêtres de la dynastie régnante, le duc de Courlande, le général Münich comptent parmi ses hôtes les plus illustres. «Le monde environnant était un marécage, glacé en hiver et en été producteur d'une quantité d'insectes telle que l'air devenait irrespirable et qu'il fallait garder le visage couvert. Trois mois d'été et de soleil, puis le froid et la nuit. Les provisions venaient de Tobolsk.» (Waliszewski,la Dernière des Romanov, Élisabeth Ire, p. 17, in-8°, Paris, 1902.)]

[15: En Allemagne, il y a une catégorie de personnes qu'on tient pour être particulièrement douées de ce don de seconde vue; ce sont celles qui naissant vers le milieu de la nuit. On les appelleMitternachtskinder, enfants de minuit. Madame d'Agoult (Daniel Stern), qui était par sa mère d'origine allemande et qui naquit à Francfort-sur-le-Main vers le milieu de la nuit du 30 au 31 décembre 1805, s'est fait l'écho de cette superstition (Mes Souvenirs, 1806-1833, 3° édit., 1880, p. 21).]

[16: Le maréchal de Münich n'avait arrêté le duc de Courlande que pour s'élever sur les ruines des Biren, au faîte de la fortune. Toujours guidé par les mêmes vues qu'il avait eues lorsqu'il engagea le duc à se faire nommer régent, il voulait s'emparer de toute l'autorité et ne donner à la grande-duchesse que le titre de régente. Il s'imaginait que personne n'oserait rien entreprendre contre lui: il se trompa.» (Mémoires historiques, politiques et militaires sur la Russie, par le général Manstein; nouvelle édition, Lyon, 1772, t. II, p. 111) Le 25 novembre 1741, juste un an après la chute de Biren, Münich fut arrêté par ordre d'Élisabeth et condamné à l'écartèlement. Gracié sur l'échafaud, il fut exilé en Sibérie, à Pélim, et emprisonné dans la maison même qu'il avait fait construire pour le duc de Courlande. Cette maison se composait de quatre chambres et était entourée d'une haute palissade. L'oukase qui exilait Münich rappelait Biren. On raconte que les deux adversaires se croiseront en route aux environs de Kasan et se saluèrent sans échanger une parole (Waliszewski, Élisabeth Ire, p. 16).]

[17: L'avènement d'Élisabeth avait rendu quelque espoir au duc de Courlande. Au commencement de 1742 il reçut, en effet, un courrier du Sénat lui annonçant qu'il recouvrait la liberté et le domaine de Wartemberg. Il quitta aussitôt Pélim et se disposait à gagner la Courlande, quand il fut arrêté en route par un nouveau message qui lui enjoignait de demeurer à Jaroslavl. L'ex-régent s'y établit dans une habitation plus spacieuse avec un beau jardin sur les bords du Volga. On lui envoya de Pétersbourg sa bibliothèque, ses meubles, sa vaisselle, des chevaux même et des fusils, avec la permission de chasser à vingt verstes à la ronde. Ses frères et Bismarck eurent la permission de le rejoindre. Gustave Biren mourut peu après; Charles et Bismarck paraissent avoir repris du service dans l'armée. En 1762, Biren fut rappelé à la Cour par Pierre III, qui avait dû épouser sa fille Hedwige, quand il était encore duc de Holstein. Il rendit à l'ancien favori une partie de ses biens, mais lui fit savoir qu'il destinait la Courlande à son oncle Georges-Louis de Holstein (Waliszewski,l'Héritage de Pierre le Grand, p. 309).]

[18: Voir appendice I.]

[19: Petite voiture à quatre roues sans ressorts et en partie recouverte d'une bâche; elle est en usage chez le paysan russe.]

[20: En janvier 1763. Le duché de Courlande était resté sans maître jusqu'en 1758. À cette date, le prince Charles de Saxe, fils d'Auguste III, fut élu sur la demande d'Élisabeth. Pierre III, en 1762, se proposait de donner le duché à un membre de sa famille, quand arriva le coup d'État qui fit passer le pouvoir aux mains de sa femme. Catherine II ne voulait ni du prince de Saxe, ni du prince de Holstein. Elle résolut de rétablir Biren, qui abdiqua en 1769 en faveur de son fils et mourut en 1772. Il est enterré à Mittau.]

[21: Le duc Pierre naquit en 1724. À la mort de l'ex-régent, il hérita de la Courlande, qu'il gouverna jusqu'en 1795, date à laquelle il abdiqua à son tour. (Kruse, t. II, p. 177.)]

[22: Né en 1728, mort en 1801 à Kœnigsberg. Le prince Charles a fait souche de la ligne des princes actuels de Courlande.]

[23: Frédéric-Charles, duc de Holstein, qui avait épousé une des deux filles de Pierre le Grand, avait, sous le règne d'Anna Ivanovna demandé par lettre au duc de Courlande de lui prêter cent mille roubles, en consentant à ce que la somme servit de dot à sa fille unique Hedwige, dont il demandait en même temps la main pour son fils, le futur époux de Catherine II et qui régna quelques mois sur la Russie sous le nom de Pierre III. Mais Anna Ivanovna, prenant toujours en mauvaise part tout ce qui venait de Holstein, s'était fâchée et avait défendu qu'on lui en parlât. Devenu régent, le duc de Courlande renoua les négociations avec la tante du jeune duc de Holstein, Élisabeth, qu'un coup de main devait prochainement faire impératrice (1741-1762). Le mariage était à peu près décidé, un prince de Saxe-Meiningen avait été éconduit, Biren allait contracter alliance indirecte avec les Romanov, lorsqu'il fut emprisonné et exilé. Avant la rentrée en grâce définitive de son père, Hedwige de Courlande revint à la cour d'Élisabeth et c'est en 1753, à trente-trois ans, qu'elle épousa un officier de la garde, le prince Alexandre Tcherkassof. Elle mourut en 1787 (Waliszewski, pp. 303 et 310).]

[24: Le duc Pierre épousa en 1765 Caroline-Louise, princesse de Waldeck, avec laquelle il divorça en 1772. En 1774, il épousa Eudoxie, princesse Yousoupoff dont il se sépara en 1778; en 1779 Anne-Dorothée de Médem, comtesse du Saint Empire (1761-1821) (Kruse, t. II, pp. 177-181).]

[25: Le duc, accompagné de sa femme et de sa fille aînée, partit pour l'Italie le 6 août 1784. Il fit route par Dresde, Leipzig et Munich, visita d'abord Vérone, Venise et Bologne. Il passa l'hiver à Naples, vint à Rome pour les cérémonies de Pâques et retourna à Naples et à Ischia passer le printemps de 1785. Il rentra ensuite à Berlin par Florence et Turin. Les savants et les artistes firent fête aux voyageurs. À Rome, le duc fit frapper une médaille pour commémorer le dixième anniversaire de l'Académie qu'il avait fondée à Mittau. À Bologne, il fonda un prix de mille ducats que l'Académie des sciences devait décerner sous forme de médaille (Kruse, t. II, p. 185).]

[26: Les princesses Wilhelmine, Pauline, Jeanne et Dorothée. En 1790, le duc avait perdu un fils âgé de trois ans et qui eût été le prince héritier (Tiedge,Anna Charlotte Dorothée, letzte Herzogin von Kurland, 1823, pp. 94 et 104).]

[27: Le duc Pierre mourut à Gellenau dans le comté de Glatz, en Silésie, non loin de la frontière de Bohême, le 13 janvier 1800. Il fut inhumé à Sagan.]

[28: Les monnaies qui ont été frappées sous son gouvernement sont desSechser, desDuttchenoumarks, desFerdingede billon, desSchillinget enfin des ducats au même titre que ceux de Hollande. En fait de double ducat, il n'en existe qu'un exemplaire, peut-être une épreuve; de même celui d'unTympfà troisSechser, en billon, est conservé comme une rareté. Le duc n'a fait frapper que deux médailles, toutes deux en l'honneur de l'impératrice Catherine II (Kruse, t. II, p. 174).]

[29: Lors du dernier partage de la Pologne, en 1795, la Russie annexa la Courlande. Le duc Pierre abdiqua moyennant une pension de vingt-cinq mille ducats, un douaire pour sa femme, et un prix d'achat de deux millions de roubles (Bilbassof,la Réunion de la Courlande, dansAntiquité russe, janvier 1895), et dansKruse, t. II, appendice: «Acte de renonciation de Son Altesse le duc de Courlande et de Semgallen, aux droits qui lui appartenaient comme duc régnant.»]

[30: Au château de Nachod.]

[31: Au château de Löbikau, en Saxe-Altenburg.]

[32: Sagan avait appartenu à Wallenstein. À sa mort (1634), le duché devint la propriété des princes de Lobkowitz. Le prince Ferdinand de Lobkowitz mourut en 1784, laissant un fils mineur. C'est aux tuteurs du jeune prince que le duc Pierre de Courlande acheta Sagan en 1786, pour un million de florins. Frédéric II était très désireux de voir le duc s'établir en Allemagne et pour faciliter cette acquisition il changea le fief masculin en fief féminin, parce que le duc de Courlande n'avait pas d'héritier mâle. À la mort du duc, Sagan fut administré par la duchesse de 1800 à 1805. La princesse Wilhelmine en hérita. À sa mort (1839) le duché passa à la princesse Pauline; elle le céda en 1844 à la princesse Dorothée, duchesse de Dino, qui prit alors le titre de duchesse de Sagan (Leipelt,Geschichte der Stadt und des Herzogthums Sagan, 1 vol. in-8° 1853, p. 167 et passim).]

[33: Le Bober, affluent de l'Oder, sujet à des crues rapides. L'inondation de 1804 est restée particulièrement fameuse; elle causa des désastres considérables (Leipelt, 170).]

[34: Leipelt, pp. 176-177. EtKatalog der gemälde und sculpturen im herzoglichen Schlosse zü Sagan(1855).]

[35: Frédéric-Guillaume II mourut le 16 novembre 1797, laissant en effet les finances en pleine détresse. La dette s'élevait à plus de 40 millions de thalers.]

[36: Leipelt, p. 168.]

[37: Les princesses de Courlande brillèrent d'un vif éclat aux fêtes et réceptions du Congrès de Vienne où trois d'entre elles se trouvaient à des titres divers. Le comte A. de la Garde-Chambonnas, hôte du prince de Ligne pendant le Congrès, en parle dans sesSouvenirs, avec enthousiasme: «La princesse de Courlande, cette belle duchesse de Sagan (Wilhelmine), passionnée pour tout ce qui présente de l'héroïsme et de la grandeur; son extrême beauté n'est que le moindre de ses agréments. Sa sœur, la comtesse Edmond de Périgord (Dorothée), dont la démarche, les gestes, l'attitude, le son de sa voix forme un ensemble qui offre je ne sais quoi d'enchanteur. Elle a sur sa figure et dans toute sa personne ce charme irrésistible sans lequel la beauté la plus parfaite est sans pouvoir. C'est une fleur qui semble ignorer le parfum qu'elle exhale. Enfin la dernière des trois grâces de Courlande (duchesse d'Acerenza) qui réunit en elle tout ce que nous admirons dans les deux autres (Souvenirs du Congrès de Vienne, publiés par le comte Fleury, in-8°, 1901, p. 147).]

[38: La guerre de 1806 fut particulièrement ruineuse pour le duché de Sagan. Pendant les guerres de l'Empire la ville fut plusieurs fois pillée. La guerre de 1813 à 1815 coûta à la ville seule soixante-cinq mille thalers (Leipelt, p. 173).]

[39: Louis-Ferdinand, prince de Prusse, neveu du Grand Frédéric, né en 1772, fut tué à Saalfeld dans un combat d'avant-garde (octobre 1806). Héros très populaire en Allemagne, von der Goltz l'appelle un «météore lumineux au ciel des astres militaires». Les Mémoires du temps sont riches de renseignements à son sujet. Voir notamment:Anekdoten und Charakterzüge aus dem Leben des Prinzen Ludwig Ferdinand von Preussen. Le livre est: «Allen Deutschen Gevidmet», dédié à tous les Allemands;—Galerie von Bildnissen aus Rahels Umgang und Briefwechsel, t. I, p. 239-300;—Matériaux pour servir à l'histoire des années 1803, 1806 et 1807, Paris, 1808(ouvrage attribué à Lombard, conseiller intime de Frédéric-Guillaume III);—Arnim,Vertraute Geschichte III, p. 282-291;—Madame de Staël,Dix années d'exil, édit. Paul Gautier, Paris, 1904, passim;—Clausewitz, dans sesNotes sur la Prusse dans sa grande catastrophe de 1806, fait du prince un portrait très pénétrant. Voir appendice II.]

[40: Elle avait épousé le prince Antoine Radziwill (1775-1839).]

[41: Frédéric Guillaume III (1797-1840).]

[42: Le prince Henri de Prusse était frère du Grand Frédéric. Né en 1720, il mourut en 1802.]

[43: Sur l'attitude de la Prusse à l'égard de la France en 1806 et sur l'état des esprits à Berlin après la signature du traité de Paris (25 février 1806), imposé à la Prusse par Napoléon, voir A. Lévy,Napoléon et la Paix, 1 vol. in-8°, Paris, 1902.]

[44: Le roi Frédéric-Guillaume III.]

[45: Ministre des affaires étrangères du roi de Prusse de 1793 à 1804. Il passa le portefeuille au baron de Hardenberg et fut, en 1805, choisi par le roi pour porter à Napoléon la déclaration arrêtée avec la Russie par la convention de Potsdam (3 novembre). On l'accusait d'être partisan de la politique napoléonienne. «La politique de la Prusse, dit Clausevitz, de la paix de Bâle à la catastrophe de 1806, porte le caractère de la faiblesse, de la pusillanimité, de l'insouciance et souvent d'une habileté peu digne, traits qui étaient bien à la hauteur du caractère du comte Haugvitz. Le comte Haugvitz aurait été homme à se livrer entièrement à la France et à faire de la Prusse une satrapie française…» (Notes sur la Prusse, p. 49). Et cependant dans cette même année 1806, Haugvitz disait au chevalier de Gentz: «S'il a jamais existé une puissance que nous avons eu l'intention de tromper, c'est la France…» (Comte de Sarden,Histoire des traités de paix, IX, 75-76. Ms. du chevalier de Gentz). Sa mission commencée à Vienne n'étant pas terminée, Haugvitz avait suivi l'empereur à Paris et c'est là qu'il avait accepté le fameux traité. Le parti de la guerre à la tête duquel se trouvaient la reine Louise et le prince Louis-Ferdinand le lui reprochait violemment. Dans les jours d'effervescence qui précédèrent la rupture des relations diplomatiques, les officiers prussiens s'en allaient aiguiser leur sabre sur les marches de son escalier.]

[46: Sur le prince Louis-Ferdinand et Pauline Wiesel,Briefe des Prinzen L. F. von Preussen an Pauline Wiesel, Leipzig, 1865. Introduction de 50 pages. Le volume contient 12 lettres du prince à Pauline et une lettre à Henriette Fromm; il contient en outre des lettres de A. de Humboldt, de Rahel Varnhagen, de Gentz à Pauline Wiesel et trois lettres de Pauline en français, datées de Saint-Germain-en-Laye (4 août 1838 et 14 avril 1848), et de Paris (22 mars 1848); voir aussi GentzSchriftenédités par Schlesier, et Karl Hillebrand, Revue des Deux Mondes, 1er mai 1870.

Le prince Louis eut deux enfants d'Henriette Fromm, un fils et une fille, qui furent anoblis en 1810, sous le nom de Wildenbruch.]

[47: Le mariage de la princesse Wilhelmine eut lieu le 23 juin 1800, celui de la princesse Pauline le 26 avril 1800. La princesse Jeanne ne se maria que l'année suivante, le 18 mars 1801 (Leipelt, p. 170).]

[48: La reine Caroline, sœur de Marie-Antoinette.]

[49: Gustave III, assassiné en 1792 (mars), laissa un fils mineur qui monta sur le trône sous le nom de Gustave-Adolphe IV. Une régence était nécessaire; elle fut confiée au duc de Sudermanie. Lors de la révolution de 1809, Gustave IV fut banni du royaume et le duc de Sudermanie élu roi par la diète, sous le nom de Charles XIII.]

[50: Le baron d'Armfeld (1757-1814), favori du roi de Suède Gustave III, qui le chargea de nombreuses négociations et missions politiques. Après la mort de Gustave III, assassiné en 1792, il eut avec le duc de Sudermanie d'inextricables démêlés, fut accusé du trahison, condamné à mort par contumace. Pendant tout le temps que dura sa disgrâce il séjourna en Allemagne et surtout à Berlin. Gustave-Adolphe IV, à son avènement, lui rendit biens et dignités et le combla de faveurs.]

[51: Le prince Henri Lubomirski.]

[52: La Constitution du 3 mai 1791.]

[53: Voir Appendice III].

[54: Voir Appendice IV.]

[55: Né à Hambourg en 1747, il fut appelé à Berlin par Frédéric II et nommé membre de l'Académie des sciences. Il mourut en 1826. Laloi de Bodedonne les distances des planètes au soleil.]

[56: Il aida la duchesse de Courlande à administrer Sagan de 1800 à 1805, c'est-à-dire depuis la mort du duc Pierre jusqu'au moment où la princesse Wilhelmine prit en main l'administration du duché. C'est ce même M. de Gœckingk qui présenta à la duchesse de Courlande Henriette Herz, femme célèbre dans la société berlinoise de cette époque; poète à ses heures, ses «Chansons de deux amoureux» eurent alors un certain succès (Henriette Herz,Ihr Leben und ihre Erinnerungen, Berlin, 1850, pp. 186 et 189).]

[57: Sœur du prince Louis-Ferdinand, mariée en 1798 au prince Antoine Radziwill, duc d'Olyka et de Nieswiez. Elle mourut en 1836. Elle était la marraine de la princesse Dorothée et c'est sous les auspices de ce souvenir que fut conclu à Sagan, en 1857, le mariage de mademoiselle Marie de Castellane, petite-fille et filleule de la duchesse de Sagan, avec le petit-fils de la princesse Louise de Prusse, le prince Antoine Radziwill.]

[58: Il régna plus tard sous le nom de Frédéric-Guillaume IV (1840-1861).]

[59: Né en 1781, mort en 1846. Il était le troisième fils de Frédéric-Guillaume II. En 1806 il commandait une brigade d'infanterie. En 1845, il eut le major de Moltke comme aide de camp.]

[60: Le prince Auguste de Prusse était frère du prince Louis-Ferdinand. Il fut fait prisonnier au combat de Prentzlow, le 6 octobre 1806, par le vicomte de Reiset et conduit en France comme prisonnier d'État (Souvenirs du Vicomte de Reiset, p. 226). Sur le séjour du prince Auguste de Prusse au château de Coppet et sur son projet de mariage avec madame Récamier en 1807, voir le livre très documenté de E. Herriot,Madame Récamier et ses amis, Paris, in-8°, 1904, t. 1, pp. 171 et suiv.]

[61: Il s'agit ici de Guillaume de Humboldt et non d'Alexandre, son frère. Guillaume de Humboldt (1767-1835) représente au plus haut degré le type de l'homme très cultivé (hochgebildeter Mann) qui, avec un grand fonds d'instruction première, a su s'assimiler toutes les idées de son temps. Il fonda l'Université de Berlin (1810) et fut ministre plénipotentiaire de la Prusse au Congrès de Vienne. C'est là qu'il reverra la princesse Dorothée de Courlande, devenue duchesse de Dino, qui accompagna le prince Talleyrand, son oncle, au Congrès. L'Académie royale de Berlin vient de publier une édition de ses œuvres complètes qui ne compte pas moins de 15 volumes in-8°. Si les écrits philosophiques de Guillaume de Humboldt n'ont guère franchi les limites du monde savant, ses écrits politiques (Politische Denkschriften, t. X-XII, formant 4 vol. de l'édition citée) ont exercé une profonde influence sur la formation de l'Allemagne contemporaine. Une œuvre d'un autre genre, mais célèbre en Allemagne, nous donne une idée de ce qu'il devait être dans ses relations du monde. Ce sont sesBriefe an eine Freundinqui contiennent toute une philosophie du bonheur puisé dans le parfait équilibre de l'âme. LesLettres à une amiesont adressées à Charlotte Diede, personne d'une grande beauté, qu'il connut aux eaux de Pyrmont au temps où il était étudiant, dont il fut très amoureux pendant trois jours et à qui il écrivit régulièrement jusqu'à la fin de sa vie. Et c'est en vain qu'on chercherait dans cette correspondance intime un mot de nature à compromettre la mémoire d'un philosophe.]

[62: Jean-Pierre-Frédéric Ancillon (1767-1837) était issu d'une ancienne famille de Metz, émigrée en Prusse après la révocation de l'Édit de Nantes. Il avait fait un assez long séjour à Paris pour y achever ses études. À Berlin, il exerçait les fonctions de pasteur; prédicateur très éloquent, il était lié d'amitié avec les plus illustres de ses contemporains. Plus tard, et quoique immigré, il devint président du Conseil des ministres de Prusse (1831). SonTableau des révolutions du système politique de l'Europe depuis la fin du XVe siècle(Berlin, 1803-1805), ouvrage aujourd'hui bien oublié, eut alors un grand succès et le plaça au premier rang des historiens de son temps.]

[63: Sur la société de Berlin à cette époque, on peut consulter lesSouvenirsde Henriette Herz et de Rahel Varnhagen, déjà cités; lesTagebücherde Varnhagen (14 vol., 1866-1870, Leipzig); Geiger;Berlin 1688-1840;Geschichte des geistigen Lebens der preussischen Hauptstad, Berlin, 1895, t. II, pp. 186-206:Gesellschaften und Clubs; K. Hillebrand,la Société de Berlin, de 1789 à 1815,Revue des Deux Mondes, 1er mars 1870. Voici ce qu'il dit en particulier de la maison de la duchesse de Courlande, d'après les Mémoires de Henriette Herz: «La duchesse de Courlande… était une des premières grandes dames chrétiennes de Berlin, qui réagit contre la séparation des classes, déjà un peu effacée parmi les hommes et qui osa disputer aux riches Juives (mesdames de Grotthuis et d'Eybenberg, filles du banquier Cohen, et surtout Henriette Herz, la Récamier allemande, et Rahel Levin, mariée à Varnhagen) le droit d'accueillir et de patronner le talent. Son exemple fut bientôt suivi et l'aristocratie prussienne mit autant d'amour-propre à se distinguer par l'esprit et par la culture de l'esprit que naguère elle en avait mis à étudier la science héraldique. Le salon de madame de Courlande réunissait toutes les classes de la société et les distinctions religieuses y étaient entièrement inconnues. Juifs et chrétiens, savants et grands seigneurs, grandes dames et comédiennes, tout cela s'y rencontrait, s'y confondait, car la duchesse s'attachait à placer ses hôtes à une douzaine de petites tables séparées où il fallait bien que les grandes dames fissent bonne mine aux convives roturières avec lesquelles l'habile maîtresse de maison savait les mêler. Cet exemple fut contagieux et eut d'excellents résultats pour le rapprochement des classes. C'est dans cette maison que se rencontrèrent Rahel et le prince Louis-Ferdinand, madame de Staël et Auguste-Guillaume de Schlegel, qui avait remplacé son frère à Berlin, la princesse de Radziwill, sœur du prince Louis-Ferdinand, et Jean de Müller, le célèbre historien, madame de Genlis et le comte de Tilly, ami de Mirabeau, Genelli, le peintre, et Gualtieri, l'humoriste, Frédéric de Gentz, la plus puissante plume de publiciste que l'Allemagne ait jamais eue, et Guillaume de Humboldt, le diplomate philosophe; en un mot, tout ce que Berlin comptait de distingué par l'esprit.—Il fallait, ajoute Henriette Herz, l'indépendance, l'énergie, l'esprit et le tact de la duchesse pour ne pas échouer dans une pareille entreprise… C'est dans la maison de la duchesse de Courlande que madame de Staël fit choix d'un petit nombre d'amis qui devinrent ensuite ses familiers à elle:Erinnerungen, cap. xv (Die Herzogin Dorothea von Kurland und ihr Haus. pp. 186-195).]

[64: Devrient, dans sonHistoire de l'art dramatique en Allemagne, présente madame Unzelmann comme une actrice de génie, une femme du monde accomplie, un modèle de grâce. (Geschichte der deutschen Schauspielkunst, 3 vol. in-12, 1848, Leipzig, t. III, p. 275.)]

[65: Jean de Müller (1752-1809), Suisse d'origine, fut d'abord conseiller aulique à Vienne; en 1804, il vint à Berlin en qualité d'historiographe du roi de Prusse. En 1807, Napoléon le fit nommer, par le roi Jérôme, ministre secrétaire d'État du royaume de Westphalie. L'œuvre principale de Jean de Müller est l'Histoire de la Confédération suisse, qu'il laissa inachevée. Ses œuvres complètes (40 vol., 1831-1835) comprennent plus de 10 volumes deLettres. C'est Jean de Müller qui rédigea le mémoire fameux que le prince Louis-Ferdinand, les frères du roi et un certain nombre de personnages politiques signèrent et remirent au roi, le 2 septembre 1806, pour le déterminer à renvoyer le ministre Haugvitz, les conseillers de cabinet Beyme et Lombard et à se déclarer contre la France. (Ce mémoire est reproduit en entier dans Pertz,Das Leben der Ministers Freiherrn v. Stein.6 vol. Berlin, 1849-1855.)]

[66: Madame de Staël, qui l'avait vu jouer à Berlin, dit de lui: «Il est impossible de porter plus loin l'originalité, la verve comique et l'art de peindre les caractères, que ne le fait Iffland dans ses rôles. Je ne crois pas que nous ayons jamais vu au Théâtre français un talent plus varié ni plus inattendu que le sien.» (De l'Allemagne, 2e partie, chap. XXVII). Iffland fut en outre un auteur dramatique fécond. L'édition complète de ses œuvres ne comprend pas moins de 24 volumes (édit. de Vienne, 1843).]

[67: Iffland fut directeur du Théâtre de Berlin de 1796 à 1814; voir Devrient:Ifflands Direction des Berliner Nationaltheaters, t. III, pp. 274-310.]

[68: Le Théâtre-Royal continua ses représentations après l'entrée des Français à Berlin, le 25 octobre. Le 23, on avait jouéles Organes du cerveau; le 24,la Vente de la maisonetl'Amour et la Fidélité, le 25,Belmont et Constance; le 26, on jouaIphigénie en Tauride, le 27,l'Abbé de l'ÉpéeetAlexis; le 28,le Mariage secret; le 29,Phèdre et le bon Cœur.—Le public trouvant que Berlin manquait de distractions, on demanda au gouverneur de rétablir l'Opéra-Italien, dont les pensionnaires étaient subventionnés par l'État.]

[69: Le prince Adam-George Czartoryski naquit à Varsovie, en 1770, et mourut à Montfermeil, près Paris, en 1861. Après le dernier partage de la Pologne en 1795 il fut pris comme otage à Saint-Pétersbourg; il se lia avec le grand-duc Alexandre qui devenu empereur le nomma ministre-adjoint des affaires étrangères. La faveur du souverain lui laissait concevoir une Pologne reconstituée et autonome, sous la protection de la Russie. Déçu dans ses espérances, il se démit de ses fonctions en 1807. Nommé sénateur palatin du royaume de Pologne en 1815, il tomba en disgrâce en 1821. En 1831, élu président du gouvernement national polonais, ses biens furent confisqués; il s'établit alors à Paris et devint le chef du parti aristocratique de l'émigration polonaise. Il a laissé desMémoires, 2 vol. in-8°, Paris, 1887.]

[70: Ce n'est qu'en 1797 que le prince Adam Czartoryski fut attaché à la personne du grand-duc en qualité d'aide de camp général. Voici comment il raconte lui-même, dans sesMémoires, l'origine de leurs relations qui datent de 1796: «Le spectacle, les promenades, les bals à la cour nous rapprochèrent davantage, mon frère et moi, des jeunes grands-ducs qui nous traitaient toujours avec une prévenance visible. Je m'occupais alors du dessin. Le grand-duc Alexandre l'ayant appris m'en fit apporter quelques-uns qu'il examina, ainsi que la grande-duchesse, avec beaucoup de bienveillance… M'ayant rencontré un jour, il me dit qu'il regrettait de me voir si rarement et m'ordonna de venir le trouver au palais de la Tauride, que nous nous promènerions dans le jardin qu'il voulait me montrer. Il m'assigna le jour et l'heure… Je regrette de n'avoir pas marqué la date précise de ce jour; il eut une influence décisive sur une grande partie de ma vie et sur les destinées de ma patrie. C'est de ce jour et de la conversation dont je vais rendre compte que commença mon dévouement au grand-duc, je puis dire notre amitié…» (t. Ier, pp. 93 et 95).]

[71: Le prince Czartoryski relate dans sesMémoiresles propos sur lesquels il fondait cette espérance: «Il me dit alors (pendant la promenade au jardin, 1796) qu'il ne partageait nullement les idées et les doctrines du cabinet et de la cour; qu'il était loin d'approuver la politique et la conduite de sa grand'mère, qu'il condamnait ses principes, qu'il avait fait des vœux pour la Pologne et pour sa lutte glorieuse, qu'il avait déploré sa chute, que Kosciuszko était à ses yeux un grand homme par ses vertus et par la cause qu'il avait défendue, qui était celle de l'humanité et de la justice. Il m'avoua qu'il détestait le despotisme partout et de quelque manière qu'il s'exerçât; qu'il aimait la liberté, qu'elle était due également à tous les hommes; qu'il avait pris l'intérêt le plus vif à la Révolution française; que, tout en réprouvant ces terribles écarts, il souhaitait des succès à la république et s'en réjouissait». (t. I, p. 96).]

[72: «Un matin je reçus une lettre du comte Rostopchine dans laquelle il me disait que j'avais été nommé ministre de l'empereur auprès du roi de Sardaigne, que je devais incontinent me rendre à Pétersbourg pour y prendre connaissance de mes instructions et partir dans huit jours pour l'Italie…»Mémoires, (t. I, p. 188).]

[73: Le 24 mars 1801.]

[74: Voir appendice V.]

[75: Le roi Louis XVIII.]

[76: François de Besiade, comte, puis duc d'Avaray (1759-1811), aide Monsieur à s'évader du Luxembourg, en juin 1791, le suivit à l'étranger et ne le quitta plus. Ce fut d'Avaray qui décida du mariage du duc d'Angoulême avec Madame Royale, que la cour d'Autriche voulait retenir à Vienne. Louis XVIII l'appelait «le plus fidèle de ses serviteurs.» «L'ami, le confident véritable de Monsieur, écrit le duc de Sérent à Goday, celui dont le crédit l'emporte sur tous les crédits…» (Ernest Daudet,Histoire de l'Émigration, t. II et III).]

[77: Dans sonHistoire de l'ÉmigrationM. Ernest Daudet fait du château de Mittau la description suivante: «C'était, comme aujourd'hui, une vaste et somptueuse construction, élevée sur l'emplacement du vieux château ducal, aux bords de l'Aa. Des bosquets et des étangs l'entouraient. Ses proportions monumentales, ses pièces spacieuses, sa physionomie architecturale rappelant Versailles, en faisaient une demeure digne d'un roi. Par les hautes croisées, le regard embrassait un lumineux horizon de dunes grisâtres, coupé çà et là de terres fertiles et de forêts, borné au loin par la mer Baltique. Plus près s'étendait la ville avec des rues spacieuses, des maisons en bois pour la plupart, habitées par une population formée en partie de nobles familles russes et de juifs allemands. Mittau renfermait une société cultivée, savante, aimant les arts, au courant du mouvement intellectuel de l'Europe. Elle devait ce privilège à ses longues relations avec la Pologne, et surtout à son contact permanent avec les voyageurs venus du midi de l'Europe, qui, pour arriver dans la capitale russe, devaient nécessairement passer par Mittau.» (t. II, p. 226).]

[78: Le 10 octobre 1806. Voici comment Parquin, qui tenait ce récit de Gaindé, raconte sa mort: «Le prince Louis, avec quelques hussards d'ordonnance, s'efforçait de rallier les fuyards, lorsqu'un maréchal des logis du 10e hussards français, qui s'appelait Gaindé, arriva sur lui, la pointe au corps, lui criant: «Rendez-vous, général, ou vous êtes mort!» Le général, qui n'était autre que le prince Louis, répondit: «Moi me rendre! Jamais!» Et relevant l'arme de Gaindé, il lui porta un coup de sabre qui atteignit le maréchal des logis à la figure; il allait lui en donner un second lorsque Gaindé, ripostant d'un coup de pointe, traversa la poitrine du prince et le jeta en bas de son cheval. Les ordonnances du prince, le voyant en combat singulier avec un soldat français, arrivèrent au galop et ils se seraient infailliblement emparés de Gaindé ou du moins ils l'auraient tué, si un hussard du 10e ne fût arrivé au galop un s'écriant: «Tenez bon, maréchal des logis!» Puis, lâchant un coup de pistolet, il étendit mort un hussard prussien; ce que voyant, les ordonnances du prince disparurent.» (Parquin,Souvenirs et Campagnes, p. 61.) Dans le livreDe l'Allemagne, 1re partie, ch. XVII, madame de Staël a rendu hommage à la mort héroïque du prince Louis. La censure, en 1810, exigea la suppression de cet éloge.]

[79: 14 octobre 1806.]

[80: Ville forte de 16 000 habitants, située au confluent de la Warthe et de l'Oder. Le roi et la reine de Prusse traversèrent Küstrin le 26 octobre. Le général d'Insgersleben, qui commandait la place, jura à son souverain en fuite de résister jusqu'à la mort. Trois jours après, voyant venir l'avant-garde du maréchal Davout, il invita les Français à prendre possession de la forteresse.]

[81: Au N.-E. de Berlin, dans la direction de Stettin. Le 29 octobre, la place de Stettin, défendue par une garnison de six mille hommes et cent soixante canons, capitula sans combat devant une brigade de cavalerie légère commandée par le général Lassalle.]

[82: Dans la Poméranie orientale. Stargard est située sur l'Inha, affluent de l'Oder.]

[83: L'abbé Edgeworth, qui avait assisté Louis XVI à ses derniers moments, mourut à Mittau le 22 mai 1807, des suites de la fièvre typhoïde qu'il avait contractée en soignant les prisonniers français.]

[84: Daniel Stern (madame d'Agoult) fait de la duchesse d'Angoulême le portrait suivant (1827):

«Madame Royale, duchesse d'Angoulême, qui portait, malgré sa maturité—elle avait alors quarante-six ans—depuis l'avènement de son beau-père, le titre juvénile de Dauphine, n'était pas douée des agréments d'esprit et des manières qui avaient rendu si attrayants l'entretien et la familiarité de Marie-Antoinette. Elle n'y prétendait pas, loin de là. Quelque chose en elle protestait contre ses grâces imprudentes auxquelles certaines gens, parmi les royalistes, imputaient les malheurs de la Révolution. Marie-Thérèse de France, au moment de son mariage—à Mittau, le 10 juin 1799—avec son cousin germain, Louis-Antoine, duc d'Angoulême, avait une noblesse de traits, un éclat de carnation et de chevelure qui rappelait, disait-on, l'éblouissante beauté de sa mère. J'ai porté longtemps en bague une petite miniature qu'elle avait donnée, à Hartwell, à la vicomtesse d'Agoult; on l'y voit blonde et blanche, avec des yeux bleus très doux. Mais peu à peu, en prenant de l'âge, ce qu'elle tenait de son père s'était accentué: la taille épaisse, le nez busqué, la voix rauque, la parole brève, l'abord malgracieux. Dans les adversités d'un destin toujours contraire, sous la perpétuelle menace d'un avenir toujours sombre, dans la prison, dans la proscription, Madame Royale s'était cuirassée d'airain. Sa volonté, toujours debout, refoulait incessamment, comme une faiblesse indigne de la fille des rois, la sensibilité naturelle à son âme profonde. Simple et droite, courageuse et généreuse comme il a été donné de l'être à peu de femmes; intrépide dans les résolutions les plus hardies; ne cherchant, ne voulant, ne connaissant que le devoir; fidèle en amitié, capable des plus grands sacrifices, charitable sans mesure et sans fin; malgré tant de vertus, Marie-Thérèse ne sut pas se rendre aimable; elle ne fut point aimée des Français, comme elle eût mérité de l'être. La France, qu'elle chérissait avec une tendresse douloureuse, ne lui pardonna jamais d'être triste. Ni son mari qui se pliait à sa supériorité, ni le roi son oncle, ni le roi son beau-père qui lui rendaient hommage, ni les serviteurs dévoués qui l'admiraient, ne pénétrèrent, je le crois, le secret passionné de cette âme héroïque. La maternité lui manqua. Elle vécut et mourut connue de Dieu seul.» (Mes Souvenirs, p. 274).]

[85: Il s'agit ici du second séjour de Louis XVIII à Mittau, qui dura de janvier 1803 à septembre 1807. Il y avait déjà séjourné de mars 1798 à janvier 1801. Sur l'ordre de Paul Ier, le comte de Provence, avec sa petite cour, avait quitté la capitale du duché de Courlande et s'était rendu à Varsovie. L'empereur Alexandre Ier le rappela à Mittau et lui servit, au début, une pension d'environ 200 000 roubles. Voir l'ouvrage très documenté de M. Ernest Daudet,Histoire de l'Émigration, t. III.]

[86: Le prince de Talleyrand, dans sesMémoires, fait de son entrevue avec Louis XVIII, à Compiègne, le récit suivant: «Il était dans son cabinet. M. de Duras m'y conduisit. Le roi, en me voyant, me tendit la main et de la manière la plus aimable et même la plus affectueuse me dit:—Je suis bien aise de vous voir: nos maisons datent de la même époque. Mes ancêtres ont été les plus habiles: si les vôtres l'avaient été plus que les miens, vous me diriez aujourd'hui: Prenez une chaise, approchez-vous de moi, parlons de nos affaires; aujourd'hui c'est moi qui vous dit: Asseyez-vous et causons… Je fis bientôt après le plaisir à l'archevêque de Reims, mon oncle, de lui rapporter les paroles du roi, obligeantes pour toute notre famille… Je rendis compte au roi de l'état où il trouverait les choses. Cette première conversation fut fort longue (t. II, p. 109).]

[87: Voici ce qu'écrit sur ce sujet et à cette époque, l'auteur de cesMémoires:

Mittau, le 11 février 1807.

«Ma bonne Jeanne, j'ai appris avec grand plaisir par tes lettres à maman que tu te portes bien. Tu n'as certainement pas cru que nous célébrerions le jour de naissance de notre chère maman dans Mittau; nous avons été tout à fait tristes ce jour-là, d'abord par mille souvenirs et parce que tu n'y étais pas… J'ai vu la duchesse d'Angoulême qui est bien aimable et que je trouve très belle; Louis XVIII est aussi aimable. La Duchesse m'a demandé laquelle de mes sœurs j'aimais le plus et j'ai dit que c'était toi parce que je te connaissais le plus et parce que tu étais bien bonne. Je te prie d'embrasser Pauline et de faire mes compliments à la Maynard et à la Costantini; dis à cette dernière que je fais tous les jours mes gammes et mes passages. Adieu, chère et bonne Jeanne, je t'embrasse de tout mon cœur et t'aime comme je désire être aimée de toi.

(Lettre inédite.) ]

[88: Le baron Hue, commissionnaire général de la maison du roi, donne la liste des émigrés qui étaient auprès de Louis XVIII durant son second séjour à Mittau. C'étaient: le duc de Gramont, le duc de Piennes, le duc d'Havré, le comte de la Chapelle, le marquis de Bonnay, le comte de Damas, la comtesse de Narbonne, la comtesse de Choisy, la duchesse du Sérent, le comte et la comtesse de Damas-Crux, l'abbé Edgeworth, l'abbé Fleuriel, l'abbé Destournelles, M. Le Fèvre, etc.

«La suite de Sa Majesté comprenait alors 43 personnes tant maîtres que domestiques.» (Souvenirs du baron Hue, 1 vol. in-8°, 1904, p. 252)]

[89: Mademoiselle Henriette de Choisy était fille de ce marquis de Choisy qui, se trouvant à Vienne au moment du premier partage de la Pologne, se mit en tête de revendiquer une part pour la France. Avec 1200 insurgés polonais il s'empara de Cracovie, en prit possession au nom du roi Louis XV qui désavoua Choisy (février 1772). Sans tenir compte du désaveu du roi, il garda avec lui 600 Polonais et 25 gentilshommes français et avec 4 canons en fer soutint le siège durant tout le mois de mars contre 18.000 Russes. Mademoiselle de Choisy était émigrée à Vienne quand, sur la recommandation du cardinal de la Fare, Madame Royale qui allait gagner Mittau pour épouser le duc d'Angoulême se l'attacha comme dame d'honneur. (1799) (Souvenirs de la baronne du Montet, 1 vol. in-8°, pp. 24-29)]

[90: Félicité de Montmorency, duchesse de Sérent, ancienne dame d'atours de Madame Élisabeth. Le duc de Sérent était ancien gouverneur des ducs d'Angoulême et de Berri.]

[91: La comtesse de Damas-Crux était fille de la duchesse de Sérent. Le comte de Damas (1738-1829) dirigeait avec d'Avaray la maison militaire de Monsieur, Comte de Provence.]

[92: La comtesse de Narbonne, dame d'honneur de la duchesse d'Angoulême, était femme du comte, puis duc de Narbonne-Pelet et, comme madame de Damas, fille de la duchesse de Sérent.]

[93: Marie-Joséphine Louise de Savoie.]

[94: Mademoiselle de Choisy épousa en 1815 seulement le vicomte d'Agoult, premier écuyer de la duchesse d'Angoulême, et en cette qualité devint dame d'atours de Madame la Dauphine. (Daniel Stern,Souvenirs, pp. 269 et suiv.)]

[95: Alexandre de Talleyrand, né en 1736, archevêque-duc de Reims (1777). Il avait été député aux États-Généraux (1789). Ayant refusé sa démission en 1801, il fut appelé par Louis XVIII à Mittau en 1803, devint grand aumônier en 1808, pair de France en 1814, cardinal en 1817 et mourut archevêque de Paris en 1821. Il était l'oncle paternel du prince de Talleyrand.]

[96: Le duc de Berry avait dû épouser aussi, en 1798, Anna Tyszkiewicz, devenue plus tard comtesse Potocka. «Était-ce, dit-elle dans sesMémoires, à la suite d'un projet éphémère ou simplement pour se rendre agréable et payer de cette manière la réception royale qu'on avait faite à son maître (Louis XVIII), je ne sais, mais avant de quitter Bialystok, le comte d'Avaray proposa à ma mère de me marier au duc de Berry…» (p. 21). Le duc de Berry épousa, en 1816, Marie-Caroline princesse des Deux-Siciles.]

[97: Juillet 1807.]

[98: Le prince Louis-Ferdinand.]

[99: La reine Louise mourut le 19 juillet 1810; elle était née le 10 mars 1776.]

[100: Du 6 au 9 juillet 1807. Voir sur le voyage de la reine Louise à Tilsit et son entrevue avec Napoléon l'ouvrage de M. Albert Vandal,Napoléon et Alexandre Ier; de Tilsit à Erfurt, 1 vol. in-8°, 1891, pp. 94-99.]

[101: Vers ce même temps (été de 1808) la reine Louise écrit à madame de Berg: «Je souffre infiniment. Ah! trop souvent des reproches tombent sur moi, sur moi qui porte, comme Atlas le monde, un fardeau de souffrances. Que ne puis-je répondre? Je pleure et j'étouffe mes larmes. Il y eut un an avant-hier que j'eus ma première entrevue avec Napoléon, hier il y eut un an que j'eus ma dernière avec lui. Ah! quel souvenir! Ce que j'ai souffert là, je l'ai souffert beaucoup plus pour d'autres que pour moi-même. Je pleurais, je priais au nom de l'amour et de l'humanité, au nom de notre malheur et des lois qui gouvernent le monde. Et je n'étais qu'une femme, un être faible et pourtant supérieur à cet adversaire, si pauvre de cœur.» (Briefe der Königin Luise von Preussen, recueillies par A. Martin, 1 vol., Berlin, 1887, lettre XXIX.)]

[102: Vandal, pp. 94.]

[103: La beauté de la reine Louise produisit une grande impression sur tous ceux qui l'approchèrent, et de Gœthe à madame Vigée-Lebrun la liste est longue de ceux qui parlent d'elle avec un enthousiasme lyrique, comme d'une «apparition céleste». «Il y avait dans le son de sa voix, dit le général de Ségur, une douceur si harmonieuse, dans ses paroles une séduction si aimable et si touchante, dans son attitude tant de charme et de majesté que, interdit pendant quelques instants, je me crus en présence d'une de ces apparitions dont les récits des temps fabuleux nous ont retracé l'image.» (Histoire et Mémoires, t. II, p. 210) C'est à peine si l'on trouve quelques hérétiques du culte de cette beauté. Cependant quelques-uns osaient critiquer chez la reine Louise la longueur de ses pieds ou de ses mains et ils se trouvent, sur ce point, d'accord avec l'auteur de cesMémoires. D'autres allaient jusqu'à affirmer que la banderole de gaze légère qui flottait toujours autour de son cou, avec une grâce que la peinture a illustrée, cachait ingénieusement des cicatrices. (Arnim,Vertraute Geschichte, t. III, pp. 251-259.)]

[104: Pendant la guerre de l'Indépendance (Befreiungskrieg).]

[105: Le portrait le plus populaire de la reine Louise est celui de Richter (musée de Cologne). On en voit des reproductions exposées aux vitrines de presque toutes les boutiques d'Allemagne. Au musée de Hohenzollern à Berlin il y a un autre portrait, moins célèbre mais fort beau, de la reine Louise représentée en amazone.]

[106: L'histoire a conservé le nom de cette jeune fille; elle s'appelait Ferdinande von Schmettau. Née en 1798, elle est morte en 1815. Le sacrifice qu'elle accomplit en 1813 est, encore aujourd'hui, mentionné dans les manuels d'histoire à l'usage des jeunes filles. En 1863, on en fêta le cinquantenaire.]

[107: Le 3 août 1814. L'ordre de Louise fut créé dans le but de récompenser cent dames ou demoiselles qui, pendant la «guerre d'indépendance», s'étaient distinguées par leur patriotisme. Les insignes sont la croix de Prusse avec l'initiale L au milieu et ruban blanc avec large liséré noir de chaque côté.]

[109: Belle église des XIII-XVe siècles. Elle se trouve dans le vieux Berlin, Poststrasse.]

[110: Voir A. Lévy,Napoléon et la Paix, 1 vol. in-8°, 1902, pp. 621 et suiv.]

[111: Voir Appendice VI.]

[112: L'empereur Alexandre quitta Erfurt le 14 octobre 1808. Il y était depuis le 28 septembre. Sur l'entrevue d'Erfurt, voirMémoires du prince de Talleyrand, t. I, pp. 391 et suiv.]

[113: Le marquis de Caulaincourt (1773-1827) avait suivi la carrière des armes. Envoyé à Saint-Pétersbourg à l'avènement d'Alexandre (1801), il fut à son retour nommé aide de camp de Bonaparte, premier consul. Grand écuyer de l'empereur (1804), général de division, duc de Vicence (1805), il fut de nouveau envoyé à Saint-Pétersbourg comme ambassadeur, en 1807. Le duc de Vicence jouit d'un grand crédit auprès de l'empereur de Russie, qu'il accompagna à Erfurt. Rappelé en 1811, il fit la campagne de Russie et rentra à Paris avec Napoléon. Sénateur, ministre des affaires étrangères, il représenta la France aux conférences de Prague, de Francfort et de Châtillon. Il fut de nouveau ministre des affaires étrangères pendant les Cent-Jours. En maints passages de sesMémoiresle prince de Talleyrand parle de M. de Caulaincourt avec grand éloge; et notamment à propos de l'entrevue d'Erfurt il écrit: «… Ma liaison personnelle avec M. de Caulaincourt, aux qualités duquel il faudra bien que l'on rende un jour justice, tous ces motifs firent surmonter à l'empereur l'embarras dans lequel il s'était mis à mon égard, en me reprochant violemment le blâme que j'avais exprimé à l'occasion de son entreprise sur l'Espagne.» (t. I, p. 401. et pp. 438 et suiv.)]

[114: Alexandre-Edmond de Talleyrand-Périgord, né le 2 août 1787, depuis duc de Dino, et plus tard duc de Talleyrand-Périgord, mort en 1873 à Florence.]

[115: Les troupes françaises quittèrent Berlin le 3 décembre 1808.]

[116: En 1817, il épousa la princesse Sapicha.]

[117: Voir Appendice VII.]

[118: Alexandrine de Damas, fille de Joseph de Damas, marquis d'Anligny, mariée en 1751 à Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord (1734-1788), lieutenant général, menin du Dauphin, morte en 1809.]

[119: Mélanie de Talleyrand-Périgord, née en 1785; elle épousa en 1803 Just, comte de Noailles, plus tard duc de Poix, qui fut chambellan de l'empereur. Elle mourut en 1863.]

[120: Extrait desMémoiresde Manstein.]

[121: Anna Ivanovna, morte le 28 octobre.]


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