CURIOSITÉS DU COUVENT DES CHARTREUX.TABLEAUX.Dans l'église, sur le grand autel, Jésus-Christ au milieu des docteurs; parPhilippe de Champagne.Au dessus des stalles, et entre les vitraux:La Résurrection du Lazare; parBon Boullogne.L'Aveugle de Jéricho; parAntoine Coypel.Le Miracle des cinq pains; parAudran.La Samaritaine; parNoël Coypel.La Cananéenne; parCorneille.La Résurrection du Lazare; par le même.La Guérison des malades sur les bords du lac de Génésareth; parJouvenet.La Femme affligée du flux de sang et guérie en touchant la robe de Notre-Seigneur; parBoullognele jeune.Le Centenier; parCorneille.Le Paralytique; par le même.Saint Jacques, saint Jean et leur père Zébédée raccommodant leurs filets; parDumont Le Romain.Jésus-Christ ressuscitant la fille de Jaïre; parLa Fosse.Dans le chapitre:L'Adoration des Bergers; parLe Poussin.La Magdeleine et le Sauveur; parLe Sueur.Saint Bruno; parRestout.La Nativité de saint Jean-Baptiste, celle de Jésus-Christ et sa sépulture; par d'anciens peintres.La Présentation au temple; parLagrenéejeune.L'Entrée de Notre-Seigneur dans Jérusalem; parJollain.Sur l'autel, fait en forme de tombeau, un Christ; parPhilippe de Champagne.Dans le petit cloître, les fameux tableaux deLe Sueur, représentant la vie de saint Bruno, arrangés dans l'ordre suivant:1oLe DocteurRaymond Diocresprêchant au milieu d'un nombreux auditoire qui l'écoute avec attention.2oLe Docteur au lit de mort.3oLe même personnage sortant à demi de son cercueil pendant qu'on chante l'office des morts[218], et déclarant lui-même l'arrêt de sa damnation.4oSaint Bruno frappé de ce terrible événement, et prosterné devant un crucifix.5oLe même saint racontant à ceux qui l'environnent le dessein qu'il a formé de quitter le monde, et les touchant par l'onction de ses paroles.6oIl engage six de ses amis à se joindre à lui et à embrasser le même genre de vie.7oTrois anges lui apparoissent pendant son sommeil, et l'instruisent de ce qu'il doit faire.8oSaint Bruno et ses compagnons distribuent leurs biens aux pauvres.9oHugues, évêque de Grenoble, reçoit saint Bruno chez lui, et trouve dans cette visite l'explication d'un songe qu'il avoit eu, relativement à l'établissement de l'ordre des Chartreux.10oCe même évêque, saint Bruno et ses compagnons traversent des montagnes affreuses pour arriver à la Chartreuse.11oSaint Bruno et ses compagnons bâtissent une église et des cellules sur la croupe d'une montagne.12oL'évêque Hugues donne l'habit à ces nouveaux religieux.13oLe pape Victor III confirme, en plein consistoire, l'institut des Chartreux.14oSaint Bruno donne lui-même l'habit à quelques nouveaux religieux.15oLe saint fondateur reçoit une lettre du pape Urbain II, qui lui ordonne de se rendre à Rome pour l'aider de ses conseils.16oSaint Bruno en présence du pape, et lui baisant les pieds.17oIl refuse, par humilité, l'archevêché de Reggio que le pape lui offroit.18oSaint Bruno, retiré dans les déserts de la Calabre, y établit un nouveau monastère de son institut.19oSa rencontre avec Roger, comte de Sicile, dans une chasse que faisoit ce seigneur, et le don que lui fait celui de l'église de Saint-Martin et de Saint-Étienne.20oSaint Bruno apparoissant à Roger couché dans sa tente, et lui donnant avis d'une conjuration tramée contre lui.21oLa mort de saint Bruno.22oSaint Bruno enlevé au ciel par des anges[219].Aux extrémités de ce petit cloître:La vue de la ville de Paris telle qu'elle étoit au commencement duXVIIesiècle.Celle de la ville de Rome. (On prétend que ces deux vues, ornées de figures de demi-nature, étoient dues au pinceau deLe Sueuret de ses élèves.)La grande Chartreuse de Pavie, fondée parJean Galéas Visconti.—La Chartreuse de Grenoble.On estimoit les vitraux de ce cloître. Ils représentoient les Pères du désert, et avoient été exécutés d'après un peintre nomméSadeler.SCULPTURES.Dans le chœur des Pères, trois figures qui soutenoient le pupitre, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité.Dans le grand cloître, du côté de l'église, un grand bas-relief sculpté sur la muraille, où l'on voyoit Jeanne de Châtillon présentant à la sainte Vierge, qui tenoit l'Enfant Jésus dans ses bras, et à saint Jean Baptiste, quatorze Chartreux à genoux. Le haut de cette sculpture étoit orné de treize écussons aux armes de France et de Châtillon alternativement. On y lisoit aussi plusieurs inscriptions rapportées par Piganiol[220].Dans le mur des ailes du même cloître, à gauche, la figure de Pierre de Navarre, ayant saint Pierre à ses côtés, et quatre Chartreux devant lui, tous aux pieds de la Vierge. Un ange, placé derrière ce groupe, soutenoit une inscription qui faisoit mention des quatre cellules fondées par ce prince.Sur la porte de la seconde cour, une statue de la Vierge, auxpieds de laquelle un grand bas-relief faisoit voir saint Louis présentant plusieurs Chartreux à cette reine du ciel. À ses côtés étoient saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Hugues, d'abord chartreux, depuis évêque de Lincoln.SÉPULTURES.Dans l'église avoient été inhumés:Philippe de Marigny, évêque de Cambrai, puis archevêque de Sens, mort en 1325. (Transporté de l'ancienne chapelle devant le maître-autel de l'église.)Jean de Blangi, docteur en théologie, évêque d'Auxerre, mort en 1344.Jean de Chissé, évêque de Grenoble, mort en 1350.Amé de Genève, frère du pape Clément VII, mort en 1359. (Il étoit représenté armé sur son tombeau.)Jean de Dormans, évêque de Beauvais, cardinal et chancelier de France; Guillaume de Dormans, aussi chancelier de France, morts tous les deux en 1373. (La statue en bronze du cardinal étoit couchée sur son tombeau)[221].Marguerite de Châlons, femme de Jean de Savoie, chevalier, morte en 1378.Guillaume de Sens, premier président du parlement de Paris, mort en 1399.Michel de Cernay, évêque d'Auxerre et confesseur de Charles VI, mort en 1409.Pierre de Navarre, fils de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, mort en 1412. (Il étoit représenté en marbre blanc, couché sur son tombeau, avec Catherine d'Alençon sa femme, quoique cette princesse, morte en 1462, eût été inhumée à Sainte-Geneviève[222]).Philippe d'Harcourt, premier chambellan de Charles VI, mort en 1414.Jean d'Arsonvalle, évêque de Châlons et confesseur du dauphin, fils de Charles VI, mort en 1416.Jean de La Lune, neveu de l'antipape Benoît XIII, mort en 1424.Adam de Cambray, premier président de Paris, mort en 1456. Charlotte Alexandre, sa femme, morte en 1472.Louis Stuart, seigneur d'Aubigni, mort en 1665.Dans le cloître et dans le grand cimetière:Jean Versoris, avocat et fameux ligueur, mort en 1588.Jean Descordes, chanoine de Limoges, dont la bibliothèque a fait le fond de celle du collége Mazarin, mort en 1642.Pierre Danet, curé de Sainte-Croix de la Cité, et auteur des dictionnaires qui portent son nom, mort en 1709.Dans la chapelle des femmes:Laurent Bouchel, avocat fameux, mort en 1629, etc.On entroit dans ce monastère par un portail situé sur la rue d'Enfer; une avenue assez longue et plantée d'arbres conduisoit à la porte intérieure de la maison. La première cour offroit à gauche une chapelle assez grande que l'on nommoit la chapelledes femmes, parce que c'étoit le seul endroit du couvent où il leur fût permis d'entrer. Elle avoit été consacrée en 1460, sous l'invocation de la Vierge et de saint Blaise[223]; dans la seconde cour on voyoit à droite un corps de logis bien bâti, qui avoit servi autrefois àloger leshôtes. À gauche se présentoit l'église dans toute sa longueur.De l'église on passoit dans le petit cloître qui étoit orné de pilastres d'ordre dorique. Les tableaux de Le Sueur étoient encastrés dans les arcs de ce cloître.Autour du grand cloître, qui avoit été bâti à plusieurs reprises, étoient les cellules. Chacun de ces petits logements se composoit d'un vestibule, d'une chambre, d'une autre pièce, qui servoit de bibliothèque ou de laboratoire, suivant le goût du religieux qui l'occupoit, d'une petite cour et d'un petit jardin. Du reste, la règle de saint Bruno, tout austère qu'elle étoit, s'est toujours maintenue chez les chartreux, sans altération et sans adoucissement; c'est de tous les ordres religieux le seul, ce nous semble, qui n'ait jamais eu besoin de réforme.La sacristie et le chapitre avoient été bâtis aux dépens d'un cordonnier nommé Pierre Loisel et de sa femme. Tous les deux avoient été enterrés dans le chapitre en 1331 et 1343[224]. Nous avons déjà dit que le réfectoire avoit été établi dans la chapelle Vauvert. La bibliothèque du prieur étoit considérable, et estimée tant pour la quantité que pour la qualité des livres qui la composoient.Les dépendances de cette maison, qui ne consistoient d'abord qu'en huit arpents et demi, n'étant plus suffisantes pour le nombre toujours croissant de ses religieux, ils firent successivement beaucoup d'acquisitions dans les clos de Vignerei et de Saint-Sulpice, acquisitions dont les titres et la preuve se trouvoient dans les archives de Saint-Germain. Marie de Médicis ayant eu besoin d'une partie de ce terrain pour son parc du Luxembourg, leur donna en échange des terres situées vis-à-vis de leur monastère et de l'autre côté du chemin d'Issy. Comme ce chemin étoit ouvert dans un fond humide et souvent impraticable, Louis XIII, par des lettres-patentes datées de 1617, leur en fit don dans une longueur de cent vingt-et-une toises, avec permission de l'enfermer dans leur enceinte. Ce terrain formoit leur petit clos. Le même monarque ordonna que l'on construiroit l'avenue plantée d'arbres qui conduisoit à leur monastère, et que la rue d'Enfer seroit continuée en ligne droite jusqu'aux Carmélites.Le terrain qu'occupoient les chartreux étoit immense, si l'on considère qu'il étoit renfermé dans l'un des faubourgs de Paris; le seul jardin potager renfermoit au moins quinze arpents[225].L'ABBAYE DE PORT-ROYAL.Ce monastère étoit un démembrement de celui dePorroiouPorroisetPorrais, fondé près de Chevreuse en 1204. Il fut nommé depuis, par altération,Port-du-RoietPort-Royal. On y suivoit la règle de Cîteaux; mais les austérités qu'elle prescrit s'étoient adoucies par degrés, et le relâchement commençoit à s'y introduire, lorsqu'en 1609 la réforme y fut introduite par Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld, qui alors en étoit abbesse. Cette réforme eut un si grand succès et fut embrassée par tant de personnes, que les bâtiments de cette maison devenant insuffisants, on pensa, peu de temps après, à former un second établissement; et ce parti devenoit d'autant plus urgent que le monastère de Port-Royal étoit situé dans une vallée marécageuse et très malsaine. Il est probabletoutefois que l'exécution en eût souffert beaucoup de difficultés, sans les libéralités de madame Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld, sieur d'Andilli, et mère de l'abbesse. Elle fit, au profit de cette abbaye, l'acquisition d'une grande maison accompagnée de jardins, nommée la maison deClagni, et non deGlatigni, comme l'écrivent plusieurs historiens. M. de Gondi donna en 1625 les permissions nécessaires pour la translation des religieuses, translation qui fut exécutée le 28 mai de la même année; et les dons considérables d'un très grand nombre de personnes de la plus haute qualité fournirent bientôt les moyens d'y faire construire les lieux réguliers, ainsi que tous les autres bâtiments nécessaires à une communauté religieuse[226]. La mère Angélique, désirant consoliderla réforme qu'elle avoit instituée, obtint du pape et du roi que son monastère seroit soustrait à la juridiction de Cîteaux, pour être soumis à celle de l'archevêque de Paris, et que l'élection des abbesses, jusque là perpétuelle, deviendroit triennale. Le roi lui ayant accordé à cet effet des lettres-patentes en 1629, elle donna sa démission en 1630.Les fondements de l'église de ce monastère furent jetés en 1646; elle fut achevée et bénite en 1648. Dès l'année précédente madame Arnauld avoit obtenu du pape un nouveau bref pour établir dans son monastère l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.Cependant on ne cessoit point de travailler aux réparations de l'ancien monastère, à qui l'on donna alors, pour le distinguer de celui-ci, le nom dePort-Royal-des-Champs. Dès qu'elles furent achevées, l'abbesse et les religieuses demandèrent à l'archevêque la permission d'y envoyer quelques-unes de leurs sœurs, ce qui leur fut accordé en 1647, sous la condition expresse que cette maison ne formeroit point un corps de communauté particulière, et ne cesseroit point d'être soumise à l'autorité de l'abbesse et à la juridiction de l'ordinaire. Depuis, la résistance qu'opposèrent à la signature du formulaire les religieuses de Paris détermina l'archevêque à les transférer dans lePort-Royal-des-Champs; quelques unes même furent dispersées en divers couvents, ce qui dura jusqu'à la paix de Clément IX, arrivée en 1669. Alors un arrêt du conseil sépara les deux maisons de Port-Royal en deux titres d'abbayes indépendantes l'une de l'autre. Celle de Paris fut déclarée de nomination royale et perpétuelle, et l'autre, élective et triennale. On partagea en même temps tous les biens, dont les deux tiers furent attribués à Port-Royal-des-Champs.Cette dernière maison a subsisté jusqu'en 1709, qu'en conséquence d'une bulle de Clément XI, M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, supprima le titre de cette abbaye et en réunit les biens à celle de Paris. Les religieuses furent dispersées dans divers monastères, et l'on détruisit leur couvent, en vertu d'un arrêt du conseil donné dans la même année[227].L'église élevée sur les dessins de Le Pautre, architecte célèbre, passoit autrefois pour un chef-d'œuvre d'architecture[228].CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE PORT-ROYAL.TABLEAUX.Sur le maître-autel, une Cène; parPhilippe de Champagne. Ce n'étoit qu'une répétition du même sujet placé dans le chœur des religieuses, où l'on n'entroit point[229].SÉPULTURES.Dans cette église avoient été inhumés:Louis, seigneur de Pontis et d'Ubaie, maréchal de camp, mort en 1670.Marie-Angélique de Scoraille de Roussille, duchesse de Fontange, maîtresse de Louis XIV, morte en 1681.Catherine-Gasparde de Scoraille, marquise de Curton, sa sœur, morte en 1736.L'INSTITUTION DE L'ORATOIRE.Cette maison, située dans la rue d'Enfer, étoit consacrée à recevoir ceux qui se destinoient à entrer dans la congrégation de l'Oratoire. C'étoit là qu'ils recevoient les premières instructions du ministère auquel ils étoient appelés. Ce fut Nicolas Pinette, trésorier de Gaston, duc d'Orléans, qui l'acheta en 1650, la fit réparer d'une manière convenable, et la donna ensuite à cette congrégation en toute propriété. Les prêtres de l'Oratoire obtinrent, peu de temps après, par le crédit de Gaston lui-même, des lettres-patentes qui les gratifièrent de tous les priviléges dont jouissoient les maisons de fondation royale.L'église, dont la première pierre fut posée au nom de ce prince le 11 novembre 1655, fut bénite en 1657, sous le titre de laPrésentation au temple.CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'INSTITUTION.TABLEAUX.Sur le maître-autel, la Présentation au Temple; parSimon-François; de Tours.Sur la porte d'entrée, Notre-Seigneur devant Pilate; parCharles Coypel.SÉPULTURES.La chapelle de la Vierge renfermoit un mausolée élevé, en 1661, à la mémoire du cardinal de Bérulle. Ce saint prélat y étoit représenté à genoux dans une niche; au dessus, une grande urne de marbre noir renfermoit sa main et son bras droit. Ce monument avoit été exécuté parJacques Sarrazin, auquel on devoit aussi la statue du même personnage que l'on voyoit aux Carmélites[230].Dans diverses parties de l'église avoient été inhumés:Jeanne-Marie-Françoise Chouberne, l'une des bienfaitrices de cette communauté, morte en 1655.Henri de Barillon, évêque de Luçon, mort en 1699.Le maréchal de Biron, mort en 1756.La maison de l'institution étoit également célèbre par les hommes distingués qu'elle a produits et par les personnages illustres qui s'y sont retirés pour s'occuper uniquement du soin de leur salut.Ses bâtiments étoient accompagnés d'un vaste enclos bien cultivé[231].La bibliothèque, peu considérable, offroit un choix de très bons livres et possédoit quelques manuscrits précieux.PRÊTRES DE LA COMMUNAUTÉ.C'étoit ainsi que l'on nommoit en 1658 une réunion d'ecclésiastiques qui s'étoit formée dans une maison de la rue Saint-Dominique. Ce sont les mêmes qui se rendirent depuis si malheureusement célèbres sous le nom deSolitaires de Port-Royal-des-Champs, où ils s'étoient retirés.LA FOIRE SAINT-GERMAIN.On arrivoit à cette foire, sur l'emplacement de laquelle vient d'être élevé le marché Saint-Germain[232], en revenant sur ses pas jusqu'à la rue du Brave, où se présentait une de ses entrées; les autres étoient dans la rue Guisarde et dans les petites rues qui aboutissent aux rues du Four et des Boucheries.L'abbaye de Saint-Germain jouissoit de temps immémorial du droit de foire; mais lasuite des temps amena de grands changements, soit à l'égard des lieux où se formoit ce rassemblement, soit dans sa durée. Le premier titre cité par Jaillot qui en fasse mention est une charte de Louis-le-Jeune, datée de 1176[233], par laquelle il paroît que l'abbé Hugues et ses religieux lui cèdent la moitié des revenus de cette foire. Toutefois cet acte ne dit point en quel lieu elle se tenoit, ni à quelle occasion cette cession fut faite; on y lit seulement qu'elle commençoit tous les ans, quinze jours après Pâques, et qu'elle duroit trois semaines. Il paroît probable que ce prince indemnisa l'abbaye en lui permettant d'établir une autre foire, puisqu'on trouve en 1200 que Philippe-Auguste confirma ce droit en reconnoissant qu'il avoit été accordé pour Louis VII[234]. Jaillot pense qu'elle pouvoit bien se tenir près du chemin d'Issy (rue d'Enfer), et cite plusieurs actes à l'appui de cette assertion[235].Nous avons déjà fait mention de la rixe sanglante qui s'éleva en 1278, près du Pré-aux-Clercs, entre les domestiques de l'abbaye et les écoliers de l'Université[236]. Cette compagnie,qui jouissoit alors d'une autorité sans bornes, la fit valoir à cette occasion avec une violence qu'on a peine à concevoir aujourd'hui, et obtint de Philippe le Hardi un arrêt dont la rigueur est presque sans exemple. Les religieux de Saint-Germain furent condamnés à payer des sommes considérables et à fonder deux chapelles, chacune de 20 livre parisis de rente. Pour racheter cette rente de 40 livres, ils se décidèrent à céder au roi l'autre moitié des droits de leur foire, ce qui est prouvé par les lettres que Matthieu de Vendôme et le seigneur de Nesle firent expédier à ce sujet en 1284[237]. Philippe le Hardi transféra cette foire aux halles, ou pour mieux dire, il la supprima entièrement.On la voit renaître sous le règne de Louis XI. Les pertes considérables que les religieux de Saint-Germain avoient essuyées sous les règnes désastreux de Charles VI et Charles VII engagèrent Geofroi Floreau, abbé de Saint-Germain, à demander à Louis XI, successeur de ce dernier roi, la permission d'établir dans le faubourg une foire franche, semblable à celle de Saint-Denis. Les lettres-patentes qui la lui accordent, datées du Plessis-lès-Tours en1482[238], portent que cette foire de voit commencer le 1eroctobre et durer huit jours. L'époque et le temps de la durée furent changés plusieurs fois sous les règnes suivants; enfin sous Louis XIV, qui en confirma le privilége en 1711, l'ouverture en fut fixée définitivement au 3 février. Elle se prolongeoit ordinairement jusqu'à la veille du dimanche des Rameaux.Le terrain sur lequel on l'avoit établie étoit autrefois renfermé dans les dépendances de l'hôtel de Navarre. En 1398, Charles VI ayant fait don à son oncle, le duc de Berri, des jardins, places et masures qui se trouvoient sur cet emplacement[239], ce prince, pour éteindre une rente dont il étoit redevable aux religieux de Saint-Germain, leur céda, dès l'année suivante, sa nouvelle propriété. Ils la destinèrent aussitôt à leur foire, et, pour en faciliter l'accès, acquirent dans le siècle suivant (en 1489), d'un particulier nommée Étienne Sandrin, un passage qui conduisoit de la grande rue au clos de Navarre[240]. C'est ce passage qu'on a appelé depuisPorte-Greffièreetpassage de la Treille. Tel est le détail historique des circonstancesde cet établissement, vérifié par Jaillot sur les titres originaux, et sur lequel Piganiol s'est considérablement trompé, tant pour les faits que pour les dates.Dès l'année 1486, les religieux de Saint-Germain avoient fait construire trois cent quarante loges, mais avec si peu de solidité, qu'en 1511 Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain, jugea à propos de les faire rebâtir telles qu'on les a vues subsister jusqu'en 1762. Elles furent détruites dans la nuit du 16 au 17 mars de cette année, par un incendie si violent qu'en moins de cinq heures toutes les loges, boutiques, etc., furent totalement consumées. On commença à les reconstruire, dès le mois d'octobre suivant, et avec une telle activité, que la foire y fut tenue comme à l'ordinaire, l'année d'après et sans le moindre retard; mais il s'en falloit de beaucoup que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne, et bâtie avec la même magnificence[241].On vendoit dans cette foire toute espèce de marchandises, excepté des livres et des armes.Les marchands du dehors, les ouvriers qui n'étoient pas maîtres, pouvoient y apporter les objets de leur commerce et les produits de leur industrie, sans crainte d'être inquiétés par les jurés de la ville. La richesse et la variété de ces divers étalages y attiroient une affluence prodigieuse de curieux et toutes les classes de la société. Des danseurs de corde, des chanteurs, des comédiens, venoient y établir leurs spectacles; et l'on a vu que l'un des théâtres les plus renommés de Paris, l'Opéra comique, y avoit pris naissance. On y élevoit des salles de danse; on y établissoit des jeux de toute espèce; en un mot, c'étoit une fête continuelle dans laquelle se déployoit sans contrainte la gaieté bruyante et folâtre du peuple parisien[242].PRÉAU DE LA FOIRE SAINT-GERMAIN.Cet endroit, dans lequel se tient encore aujourd'hui le marché du faubourg Saint-Germain, étoit autrefois plus vaste qu'il n'est aujourd'hui: on y vendoit alors des bestiaux, ainsi que dans l'espace compris entre les rues de Tournon et Garancière. Ce dernier emplacement s'appeloitle Pré-Crottéoule Champ de la Foire. Quant au Préau, son nom lui venoit du terrain même sur lequel il avoit été formé. En 1500, ce terrain étoit couvert d'herbes, et fut affermé àun particulier[243]. En 1608, on en retrancha un espace de cent cinquante-trois toises, lequel fut cédé au sieur La Fosse, secrétaire du prince de Conti, «à la charge d'y faire bâtir des boutiques, de laisser un passage libre pour la foire, et de conserver la petite maison au bout, pour servir d'audience.» C'est de cette maison que le passage de la Treille avoit reçu le nom dePorte-Greffière. Toutefois cette cession ne fut faite que pour vingt-neuf ans, après lequel temps tout cet espace devoit rentrer dans la propriété de l'abbé de Saint-Germain. C'est le passage qui avoit son entrée par la rue des Boucheries et qui conduisoit au Préau.Quant au marché, il fut construit, en 1726, par ordre et aux dépens du cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain. Sur l'emplacement qu'il occupoit et où s'élève le marché neuf, avoient autrefois été les Halles de l'abbaye et successivement les jardins de l'hôtel de Navarre et le Préau dont nous venons de parler. Le cardinal en prit une partie qu'il fit environner de murs. Il fit en même temps construire les maisons qui formoient les rues de Bissi et les deux Halles, sous lesquelles, avant la révolution, il se tenoit, deux fois la semaine, un marché au pain très considérable.COLLÉGES, ÉCOLES, SÉMINAIRES.GRAND SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.(Rue du Vieux-Colombier.)Il doit son origine à Jean-Jacques Ollier, abbé de Pébrac. Ce pieux personnage en avoit jeté les premiers fondements à Vaugirard dans l'année 1641. Il y vivoit en communauté avec quelques ecclésiastiques également recommandables par leurs lumières et par leurs vertus, lorsqu'au mois d'août suivant M. de Fiesque lui résigna la cure de Saint-Sulpice. Persuadé qu'il seroit plus avantageux de fixer à Paris et de faire croître sous ses propres yeux l'établissement qu'il venoit de former dans ses environs, il emmena avec lui ses associés, les logea au presbytère, et plaça dans une maison de la rue Guisarde quelques autres ecclésiastiques qui désiroient entrer dans cette réunion. Leurs exercices furent d'abord communs; mais le nombre des nouveaux sujets que l'on admettoit chaque jour devint si considérable, que le fondateur se décida à séparer ces deux communautés. Pourexécuter ce projet, il acheta, au mois de mai 1645, une grande maison avec un jardin et un terrain assez vaste qui en dépendoit, le tout situé dans la rue du Vieux-Colombier. Ce fut sur cet emplacement que, du consentement de l'abbé de Saint-Germain, donné en 1645, on construisit les édifices nécessaires à une communauté. Depuis, ces bâtiments furent considérablement augmentés. Dans cette même année, M. Ollier obtint pour l'établissement de son séminaire des lettres-patentes enregistrées au grand conseil en 1646, et à la chambre des comptes en 1650.La chapelle fut bénite le 18 novembre de cette dernière année. C'étoit un petit édifice qui n'avoit rien de remarquable, mais que l'on visitoit à cause des belles peintures dontLe Brunl'avoit décoré.CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.TABLEAUX.Sur le maître-autel, la Descente du Saint-Esprit; parLe Brun. (Ce peintre célèbre s'étoit représenté lui-même dans un coin de ce tableau.)Dans le plafond, l'Assomption de la Vierge; par le même.Au dessus de la porte, une Descente de Croix; parHallé.Dans la nef, la Présentation au Temple; parMarot.La Naissance de la Vierge; parRestout.La Purification et les prophètes Isaïe et Ézéchiel; par le même.La Visitation; parVerdier.La Naissance du Sauveur; parLe Clerc.L'Adoration des Mages; la Fuite en Égypte; Jésus-Christ prêchant dans le Temple; le Couronnement de la Vierge; sans nom d'auteurs.SÉPULTURES.Dans cette chapelle avoit été inhumé M. Ollier, fondateur du séminaire, mort en 1657.Ce séminaire possédoit une belle bibliothèque, composée d'environ trois mille volumes dispersés dans diverses pièces. Il avoit aussi une collection choisie d'estampes et un cabinet d'histoire naturelle[244].LE PETIT SÉMINAIRE (rue Férou).La partie des bâtiments du grand séminaire qui donnoit sur la rue Férou étoit destinée à ceux qui composoient le petit séminaire. Il porta d'abord le nom deSaint-Joseph, et fut fondé, en 1686, dans une maison de cette rue, que la construction du portail de Saint-Sulpice força presque aussitôt de démolir; on le transféra, dès l'année suivante, dans une autre maison achetée par le séminaire, et toujours dans la même rue. La communauté des étudiants enphilosophie, instituée en 1687, eut ses exercices communs avec ceux du petit séminaire jusqu'en 1713 qu'elle en fut séparée. En 1694 on avoit aussi réuni au petit séminaire une autre communauté nomméeSainte-Anne, établie en 1684 dans la rue Princesse.COMMUNAUTÉ DES ROBERTINS (cul-de-sac Férou).Cette petite communauté, composée d'ecclésiastiques qui se destinoient à entrer au séminaire, fut établie dans ce cul-de-sac en 1677 par M. Boucher, docteur de Sorbonne. Il engagea par son testament MM. de Saint-Sulpice à s'en charger, ce qu'ils acceptèrent le jour même de son décès, arrivé le 20 janvier 1708. Les libéralités dont les combla M. Robert, l'un de leurs supérieurs, leur fit donner le nom deRobertins.Leur chapelle étoit décorée d'un très beau tableau deLe Sueur, représentant la Présentation au Temple.LES ÉCOLES DE CHARITÉOULES SŒURS DE L'ENFANT JÉSUS(rue Saint-Maur).Ces écoles, dont le but étoit de donner à de pauvres filles ces premiers principes d'une éducation religieuse, principes presque toujoursineffaçables, et que des parents peu éclairés et dans l'indigence sont hors d'état de communiquer à leurs enfants, avoient été instituées par un minime nommé le père Barré. Jaillot pense que les premiers fondements de cette institution charitable furent jetés à Rouen en 1666 et à Paris en 1667, sur la paroisse Saint-Jean en Grève. L'utilité de ces écoles fut bientôt tellement reconnue, que toutes les paroisses s'empressèrent de les adopter. Elles étoient établies par les curés sous l'administration d'une supérieure, et les personnes qui se destinoient à cette œuvre de charité n'y étoient engagées par aucun vœu solennel. La maison de Saint-Maur étoit le chef-lieu de leur institut[245].LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES.(Rue Notre-Dame-des-Champs.)Cet établissement, formé dans les mêmes vues de charité et pour élever dans le travail et dans la piété de jeunes garçons nés de parents pauvres, succéda, dans cette rue, à une communauté de filles, connue sous le nom deCommunauté de mademoiselle Cossart, ou desFilles du Saint-Esprit. Cette association, fondée en 1666par cette pieuse demoiselle pour l'éducation des pauvres filles, ayant été supprimée, d'abord en 1670, ensuite et définitivement en 1707, il se trouva que la fondatrice, qui sembloit avoir prévu son peu de durée, avoit ordonné que, dans le cas de sa suppression, la propriété en reviendroit à l'hôpital général. Ses intentions furent remplies, et la maison, vendue par les administrateurs, après avoir eu plusieurs propriétaires, passa enfin en 1722 aux frères des écoles chrétiennes.Ces frères, indistinctement nommés les frèresdes Écoles, les frèresde l'Enfant-Jésusqui est leur véritable nom, et les frèresde Saint-Yon, parce que leur noviciat y étoit établi, furent institués à Reims en 1679 par M. de La Salle, docteur en théologie et chanoine de cette cathédrale. Le succès de cet établissement fit naître la pensée d'en former de semblables à Paris. M. de La Salle y fut appelé en 1688, et les frères qu'il avoit amenés avec lui ouvrirent leurs écoles dans la rue Princesse. Elles procurèrent tout le bien qu'on en avoit attendu, et l'on en trouve sept, avant la fin de ce siècle, établies dans divers quartiers de cette partie méridionale de Paris. Enfin elles furent transférées, comme nous venons de le dire, rue Notre-Dame-des-Champs.La chapelle du Saint-Esprit subsistoit encoredans les derniers temps, et l'on y disoit la messe tous les dimanches et fêtes[246].COLLÉGE DU MANS (rue d'Enfer).Ce collége fut fondé par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, cardinal et légat du Saint-Siége, lequel destina à cette bonne œuvre une somme de 10,000 fr., par son testament du 26 mai 1519. Ses exécuteurs testamentaires, afin de remplir ses intentions, achetèrent, 1ode François Ier, moyennant la somme de 8,000 fr., les émoluments du scel de la prévôté de Paris, qui produisoit alors 550 livres; 2ol'hôtel des évêques du Mans, situé rue de Reims, et alors en très mauvais état, pour le prix de 25 liv. de rente; 3oune place que leur céda l'abbé de Marmoutier, pour 5 liv. de rente et 17 sous de cens, sur laquelle ils firent construire une chapelle. Cette fondation fut faite pour un principal, un procureur qui seroit en même temps chapelain, et dix boursiers du diocèse, et à la nomination des évêques du Mans. On en dressa les statuts en 1526; mais, dès 1613, les revenus de la maison étoient tellement diminués, que les exercices furent interrompus et les bourses suppriméesou du moins suspendues. Les jésuites profitèrent de cette circonstance pour réunir ce collége au leur[247]; et sur la somme de 53,156 liv. 13 sous 4 deniers, que le roi donna pour cette acquisition, on prit celle de 28,000 liv., avec laquelle on acheta l'hôtel de Marillac, rue d'Enfer, dans lequel ce collége fut transféré en 1683. Il a subsisté jusqu'en 1764, époque de sa réunion au collége de l'Université[248].LE SÉMINAIRE DE SAINT-PIERRE ET SAINT-LOUIS (même rue.)La plupart de nos historiens, ayant négligé de faire des recherches sur l'origine de cet établissement, se sont contentés d'en fixer l'époque à l'année 1696. Il devoit son origine à M. François de Chansiergues, diacre. Ayant réuni quelques pauvres ecclésiastiques qu'il aidoit à subsister, il en forma de petites communautés et leur donna le nom deSéminaire de la Providence[249]. M. de Lauzi, curé de Saint-Jacques de la Boucherie, convaincu de l'utilité de semblables institutions, s'unit à M. de Chansierguespour les perfectionner. Celle dont nous parlons fut placée d'abord dans une maison rue Pot-de-Fer, laquelle fut cédée, en pur don et en vue de cette œuvre de piété, par M. François Pingré, sieur de Farinvilliers, et dame Catherine Pépin son épouse. M. de Marillac, successeur de M. de Lauzi, voulut imiter son zèle et prendre la suite de ses projets. Propriétaire d'une maison assez vaste, rue d'Enfer, il la destina en 1687 pour recevoir le séminaire de la rue Pot-de-Fer. M. et madame de Farinvilliers y firent bâtir le corps de logis principal ainsi que la chapelle, et donnèrent 80,000 liv. pour la fondation de douze places gratuites, depuis réduites à dix. Elles étoient à la nomination du supérieur; mais pour donner plus d'émulation aux jeunes clercs, on les mettoit au concours.M. de Marillac, de son côté, ne borna pas ses bienfaits à ces premières libéralités; il y joignit en 1696 une maison joignant celle de la rue Pot-de-Fer, deux autres maisons à Gentilli et 1150 livres de rente. Enfin M. le cardinal de Noailles et M. de Marillac, conseiller d'état, frère de l'instituteur, mirent la dernière main à cet établissement, en le faisant confirmer par des lettres-patentes qu'ils obtinrent en 1696. Le roi gratifia alors ce séminaire d'une pension annuelle de 3,000 livres, et le clergé lui en accorda une de 1,000 liv.Outre les places gratuites fondées par M. de Farinvilliers, il y en avoit trois autres pour de jeunes clercs d'Aigueperse et de Riom, dont on étoit redevable à M. Fouet, docteur en théologie. Ce séminaire étoit en tout composé de cent quarante étudiants, sous l'inspection de quatre personnes nommées par l'archevêque, qui prenoit le titre de premier supérieur de cette maison, et payoit la pension de trente à quarante ecclésiastiques.La chapelle étoit grande et bien ornée. La première pierre en fut posée en 1703 par le cardinal de Noailles, et le séminaire ne fut transféré dans cette nouvelle demeure que le 1eroctobre de l'année suivante[250].TABLEAUX.Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant le boiteux; parJeaurat.Saint Louis, saint Charles, une Assomption, l'Ange consolant saint Pierre; par le même.La bibliothèque de cette maison étoit un legs de M. Louis-Bernard Oursel, prêtre, docteur en théologie, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris.HÔTELS.ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.HÔTEL DE CONDÉ (rue de Condé).L'endroit où il étoit situé faisoit anciennement partie du clos Bruneau. Antoine de Corbie y fit bâtir unséjouroumaison de plaisance, que Jérôme de Gondi, duc de Retz et maréchal de France, acheta au mois de juillet 1610. Cet hôtel qu'il avoit agrandi, embelli, et rendu l'un des plus magnifiques d'alors, fut vendu et adjugé par décret, en 1612, à Henri de Bourbon, prince de Condé. Dans le siècle dernier, la famille de Condé l'ayant abandonné pour occuper le palais Bourbon, il fut démoli, et l'on choisit cet emplacement pour y construire le Théâtre-François.Cet hôtel étoit composé de plusieurs corps de logis, bâtis à différentes époques et n'offrant aucune symétrie dans leur ensemble.HÔTEL DE BOURBON (rue du Petit-Bourbon).Cet hôtel, sur l'emplacement duquel on a vu depuis s'élever l'hôtel de Châtillon, occupoitl'espace renfermé entre les rues de Tournon et Garancière. Il appartenoit à Louis de Bourbon, duc de Montpensier. Sauval dit que sa veuve y demeuroit en 1588, lorsqu'à la nouvelle de la mort des Guise, tués à Blois les 23 et 24 décembre de cette année, elle parcourut la ville de Paris, excitant la populace à la révolte et allumant ainsi le feu de la guerre civile.HÔTEL DE GARANCIÈRE (rue Garancière).Il y avoit autrefois dans cette rue un hôtel Garancière qui lui avoit donné son nom. Il en est fait mention dans des actes de 1421 et 1427[251]. Mais en 1457 il étoit en ruine et ne fut point rebâti.HÔTEL DE ROUSSILLON (rue du Four).Cet hôtel, qui existoit encore au commencement du dix-septième siècle, appartenoit à Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon en Dauphiné; c'étoit un démembrement de l'ancien hôtel et des jardins de Navarre dont nous avons déjà parlé. Vers 1620, cet hôtel fut vendu à divers particuliers; on construisit des maisons sur l'emplacement qu'il occupoit, et l'on y ouvrit les rues Guisarde et Princesse.HÔTEL CASSEL (rue Cassette).Cet ancien hôtel occupoit la plus grande partie de la rue Cassette, dont le nom n'est qu'une altération de celui de Cassel. Il existoit dans le seizième siècle; nous ignorons l'époque de sa destruction.HÔTEL MÉZIÈRE (même rue).Cet hôtel appartenoit à une ancienne famille que l'on disoit issue de la maison d'Anjou; et ses jardins s'étendoient le long de la rue qui conserve encore aujourd'hui le nom de Mézière. Il fut vendu le 3 avril 1610, au prix de 24,000 liv., et changé, comme nous l'avons déjà dit, en une maison de noviciat pour les Jésuites.HÔTEL SAINT-THOMAS (rue Saint-Thomas).Cet hôtel assez remarquable avoit été bâti par les Jacobins. Il en est fait mention dans un titre nouveau du 17 avril 1636[252].HÔTEL DU GRAND MOYSE (rue Princesse).On ne sait rien autre chose de cet hôtel, sinon qu'il existoit au dix-septième siècle dans cette rue, au coin de laquelle on avoit placé une statue de Moyse, tenant les tables de la loi. L'opinioncommune étoit que cette maison avoit appartenu à un Juif; mais on n'en a aucune preuve.HÔTELS EXISTANTS EN 1789.HÔTEL DE SOURDÉAC (rue Garancière).Cet hôtel bâti par René de Rieux, évêque de Léon, étoit dans le principe appeléHôtel de Léon; il passa en 1651 à Gui de Rieux, seigneur de Sourdéac, dont il a conservé le nom, quoique ce ne soit plus qu'une maison particulière.HÔTEL DE NIVERNOIS (rue de Tournon).Cet hôtel est célèbre pour avoir été habité par le fameux maréchal d'Ancre, Concino-Concini. On sait qu'après la mort de ce favori il fut pillé et confisqué au profit du roi. Louis XIII y demeura quelque temps. Il fut affecté depuis au logement des ambassadeurs extraordinaires; enfin on l'échangea avec M. le duc de Nivernois contre l'hôtel de Pontchartrain, et ce seigneur en fut le dernier propriétaire jusqu'au moment de la révolution. Cet hôtel avoit été restauré par M. Peyre aîné, architecte, et passoit alors pour une des plus agréables habitations de Paris.HÔTEL DE VENDÔME (rue d'Enfer).Cet hôtel, que les Chartreux avoient fait construire en 1706, en même temps que toutes lesmaisons contiguës jusqu'à la première porte d'entrée de leur monastère, avoit été fort augmenté et embelli par madame la duchesse de Vendôme qui l'avoit acheté à vie. Il fut depuis occupé par le duc de Chaulnes. La princesse d'Anhalt y ayant ensuite établi sa demeure, obtint du roi la permission de faire abattre une partie du mur, d'établir ainsi une communication avec le jardin du Luxembourg, et de fermer cette ouverture par une grille de fer qui subsiste encore aujourd'hui. Cet hôtel est bien bâti, et accompagné d'un vaste jardin[253].AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.Hôtel de Brancas, rue de Tournon.—— de Châlons, rue du Regard.—— de Charost, rue Pot-de-Fer.—— de Cayla, rue de Sèvre.—— de Clermont-Tonnerre, rue du Petit-Vaugirard.—— de Croy, rue du Regard.—— de Guerhoënt, rue de Sèvre.—— de Laval, rue de Tournon.—— de Laval, rue Notre-Dame-des-Champs.—— de Mailli, même rue.—— de Monteclerc, rue du Chasse-Midi.—— de Montréal, rue du Regard.—— de Peruse-Escars, même rue.—— de Rochambeau, même rue.—— de l'abbé Terrai, rue Notre-Dame-des-Champs.—— de Toulouse, rue du Regard.—— de Ventadour, rue de Tournon[254].CHÂTEAU D'EAU.Ce réservoir, situé à l'angle de la rue Maillet, et vis-à-vis la maison de l'Oratoire, avoit été bâti en 1615 en même temps que le palais du Luxembourg, pour recevoir quatre-vingt-quatre pouces d'eau, qui venoient du village de Rongis, en passant par le bel aqueduc d'Arcueil. Cette eau étoit ensuite distribuée dans divers quartiers de la ville[255].CASERNE DES GARDES FRANÇOISES.Cette caserne, construite pour une compagnie de ce régiment, étoit située dans la rue de Sèvre, au coin de celle de Saint-Romain.BARRIÈRES.Ce quartier est borné au midi par cinq barrières.1oBarrière d'Enfer.2o——— du Mont-Parnasse.3o——— du Maine.4o——— des Fourneaux.5o——— de Sèvre.RUES ET PLACESDU QUARTIER DU LUXEMBOURG.Rue des Aveugles.Elle commence à la petite place où étoit autrefois le presbytère de Saint-Sulpice, et finit à la rue du Petit-Bourbon, au coin de la rue Garancière. Sauval prétend qu'elle doit ce nom à un aveugle qui y demeuroit[256], et à qui appartenoient toutes les maisons dont elle étoit composée. Sans nous arrêter à vérifier cette tradition, il nous suffira de dire, avec Jaillot, que, dans plusieurs titres de 1636, elle est nommée rue de l'Aveugle; en 1642 elle est désignée rue desPrêtres; ce n'est qu'en 1697 qu'elle prend enfin le nom de rue desAveugles. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle se prolongeoit jusqu'à la rue des Canettes; mais à cette époque le curé de Saint-Sulpice fit abattre quelques maisons pour construire en cet endroit une petite place qui fait maintenant partie de la place Saint-Sulpice[257].Petite rue du Bac.Elle traverse de la rue de Sèvre à celle des Vieilles-Tuileries. Quelques auteurs la nommentpetite rue du Barc, et d'autresdu Petit-Bac. Sauval dit que: «quelque nouvelle que soit la petite rue du Bac, elle a changé de nom, et s'appelle la rue duBaril-Neuf[258].» Elle doit la première dénomination, qu'elle a reprise, à la grande rue du Bac, dont elle fait presque la continuation.Rue de Bagneux.Elle aboutit d'un côté à la rue des Vieilles-Tuileries, et de l'autre à celle de Vaugirard. Cette rue est désignée ainsi sur les plans de Jouvin et de Bullet publiés en 1676. On en prit une partie, en 1749, pour en faire un des cimetières de Saint-Sulpice.Rue Barouillère.Elle traverse de la rue de Sèvre à celle du Petit-Vaugirard. Tous les plans du dix-septième siècle l'indiquent sous le nom de rue des Vieilles-Tuileries, mais quelques uns marquent plus bas une rue Barouillère et de laBarouillerie. Sur un plan manuscrit de 1651, elle est indiquée simplement comme rue projetée sous le nom deSaint-Michel, et on la retrouve, en 1675, sous cette même dénomination. On ignore à quelle époque elle prit son dernier nom; mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas Richard, sieur de la Barouillère, auquel l'abbé de Saint-Germain céda, en 1644, huit arpentsde terre en cet endroit, sous diverses conditions, et principalement à la charge d'y bâtir.Rue Beurière.Elle aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier. On l'appeloit, dans le dix-septième siècle,de la Petite-Corne, parce qu'elle étoit parallèle à la rue Neuve-Guillemin, nommée alors rue dela Corne. Jaillot croit la reconnoître dans le procès-verbal de 1636, sous le nom depetite rue Cassette.Rue de Bissi.On appelle ainsi la principale entrée du marché Saint-Germain du côté de la rue du Four; elle doit ce nom au cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain, par les ordres duquel le marché avoit été construit[259].Rue des Boucheries.Elle commence au carrefour des rue des Fossés-Saint-Germain, des Cordeliers et de Condé, et finit à celui que forment les rues de Buci, du Four et de Sainte-Marguerite. On l'a souvent nommée lagrant rue Saint-Germain; et sa dernière dénomination lui vient de la boucherie que l'abbaye Saint-Germain y avoit établie. Cette boucherie y existoit de temps immémorial, quoique le commissaire Delamare n'en place l'origine qu'en 1370[260]; en effet, plusieurs actes du deuxième siècle en font mention, ainsi que de la maison desTrois-Étaux, située près le Pilori. La population du faubourg Saint-Germain s'étant augmentée depuis la constructionde l'enceinte de Philippe-Auguste, l'abbé Gérard fit construire, en 1274, seize autres étaux[261].Entre plusieurs erreurs que Sauval a commises au sujet de cette rue, il suffira de relever celle par laquelle il donne le nom desBoucheriesà l'une de ses parties où l'on n'en avoit point établi. Cette partie, qui s'étendoit depuis la rue des Mauvais-Garçons jusqu'à celle des Fossés Saint-Germain, dite de la Comédie, étoit alors une place, qui fut vendue, au treizième siècle, à Raoul d'Aubusson, pour y faire un collége.Rue de la Bourbe.Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du faubourg Saint-Jacques; on la trouve désignée sous ce nom sur les plans de Gomboust, Jouvin et Bullet. Dans quelques titres elle est appelée de laBoue, aliàs de laBourde[262].Rue du Petit-Bourbon.Cette rue, qui commence à la rue de Tournon, et finit à celle des Aveugles, au coin de la rue Garancière, doit vraisemblablement son nom à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, qui y avoit son hôtel[263].Rue du Brave.Cette petite rue commence au bout de la rue des Quatre-Vents, et finit au coin de celle du Petit-Lion. Elle étoit connue sous ce nom dès 1626[264]. Cependant un titre de l'année suivante,cité par Jaillot[265], lui donne celui duPetit-Brave. On ignore l'origine de cette dénomination.Rue de Buci.Cette rue, qui aboutit d'un côté au carrefour des rues Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain; de l'autre, au Petit-Marché, doit son nom à Simon de Buci, premier président du parlement, qui fit réparer et couvrir, en 1352, la porte Saint-Germain. Il prit à rente, de l'abbaye, cette porte, le logis qu'on avoit construit au dessus, les deux tours qui étoient à côté, et une grande place vague située vis-à-vis. C'est sur cet emplacement qu'il fit bâtir l'hôtel dont nous avons déjà parlé, lequel fut remplacé par le bureau des coches et des messageries.Sauval a prétendu que, dès 1209, cette rue portoit, de même que la porte, le nom deSaint-Germain[266]. Il est certain qu'alors la porte n'étoit pas encore bâtie, et que la rue n'existoit pas. Les titres qui en font mention l'indiquent en 1388 «rue qui tend du Pilori à la porte de Buci,rue devant la porte de Buci, etrue du Pilori[267].» Elle portoit encore ce nom en 1555, époque à laquelle on ordonna de la paver. Ce n'est que vers ce temps qu'on a continué d'y bâtir;toutefois on y voyoit quelques maisons dès 1388, et le terrier de l'abbaye, de 1523, le nomme rue de Buci.Rue des Canettes.Cette rue, qui aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier, étoit anciennement appelée rueSaint-Sulpice, parce qu'elle conduisoit à l'église qui porte ce nom. On trouve aussi sur un plan manuscrit de 1651rue Neuve-Saint-Sulpice; mais le nom qu'elle porte aujourd'hui est indiqué dès 1636, et provient d'une maison où étoit une enseigne des trois Canettes[268].Rue du Canivet.Elle traverse de la rue Férou dans celle des Fossoyeurs. Elle étoit ainsi nommée dès 1636, et l'on n'a de renseignements certains ni sur l'étymologie de ce nom, ni sur le temps où la rue a été percée. On a écritGanivetsur quelques plans.Rue Carpentier.Elle traverse de la rue Cassette dans celle du Gindre. En 1636, elle est appeléeCharpentier. On trouve sur quelques plansApentier,ArpentieretCharpentière.Rue Cassette.Cette rue commence à celle du Vieux-Colombier, et aboutit à la rue de Vaugirard. Son véritable nom estCassel; elle le devoit à l'hôtel qui y étoit situé[269], et ce nom fut même donné aux rues Neuve-Guillemin et du Four. Celle dont nous parlons est ainsi appelée dès 1456. La dénomination deCassetten'est qu'une corruption du nom primitif; on la trouve déjà dans le procès-verbal de 1636, et sur tous les plans publiés depuis.Rue Sainte-Catherine.Elle traverse de la rue Saint-Thomas dans celle de Saint-Dominique. Tous les anciens plans la nommentrue de la Magdeleine.Rue du Chasse-Midi.Cette rue commence au carrefour de la Croix-Rouge, et aboutit à la rue des Vieilles-Tuileries, au coin de celle du Regard. Elle portoit, dans le principe, le nom de rue desVieilles-Tuileries, qu'elle conserve encore dans une partie, et le devoit aux tuileries qu'on avoit établies en cet endroit. On l'a depuis appelée duChasse-Midi, et, par corruption, duCherche-Midi: ce dernier nom se trouve sur plusieurs plans. Sauval en reporte l'origine à une enseigne «où l'on avoit peint un cadran et des gens qui y cherchoient midi à quatorze heures.» Il ajoute «que cette enseigne a été trouvée si belle, qu'elle a été gravée et mise à des almanachs, et même qu'on en a fait un proverbe:Il cherche midi à quatorze heures; c'est un chercheur de midi à quatorze heures.[270]» Jaillot, sans rejeter l'histoire de l'enseigne, croit trouver plutôt l'origine du proverbe dans cet usage où l'on est en Italie de compter les vingt-quatre heures de suite. «Midi peut, dit-il, se rencontrer, dans les grands jours, environ à quinze heures, mais jamais à quatorze. Ainsi,chercher midi à quatorze heures, c'est s'alambiquerl'esprit, et chercher ce qu'on ne peut trouver[271].»Rue du Cœur-Volant.Elle aboutit à la rue des Boucheries et à celle des Quatre-Vents. Jusqu'au quinzième siècle cette rue ne se trouve indiquée dans les titres de Saint-Germain que sous le nom de ruellede la Voirie de la Boucherie, et de ruede la Tuerie. Sauval la nomme, en 1476, ruedes Marguilliersetde la Blanche-Oie[272]. Jaillot rejette ces deux noms. Celui qu'elle porte actuellement vient d'une enseigne où l'on avoit peint un cœur ailé.Rue du Vieux-Colombier.Cette rue, qui commence à la place Saint-Sulpice, aboutit au carrefour de la Croix-Rouge. Plusieurs titres prouvent qu'elle reçut le nom qu'elle porte d'un colombier que les religieux de Saint-Germain y avoient fait bâtir. Au quinzième siècle, on la nommoit quelquefois ruede Cassel, parce qu'elle conduisent à l'hôtel de ce nom. En 1453 on lit ruede Cassel, dite du Colombier. Il paroît aussi, par plusieurs titres du même temps, que la partie de cette rue qui s'étendoit depuis la rue Férou jusqu'à celle Pot-de-Fer s'appeloit ruedu Puits-de-Mauconseil, à cause d'un puits public situé en cet endroit. Elle prit le nom de ruedu Vieux-Colombierlorsqu'on creusa des fossés autour de l'abbaye, et ce fut pour la distinguer de l'autre. Elle est indiquée généralement ainsi sur tous les plans;un seul (celui de Mérier), publié en 1654, la nomme ruede la Pelleterie, dans la partie située du côté de la Croix-Rouge.Rue de Condé.Elle commence au coin de la rue des Boucheries, et aboutit à celle de Vaugirard. L'espace que les maisons de cette rue occupent étoit encore, au quinzième siècle, en jardins et vergers; et tout ce terrain, jusqu'aux fossés, s'appeloit alorsle clos Bruneau; la rue en porta d'abord le nom. En 1510 on la nommoit rueNeuve, rueNeuve-de-la-Foire, et elle étoit déjà garnie d'édifices des deux côtés; depuis elle reçut la dénomination de rueNeuve-Saint-Lambert. Enfin le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, lui venoit de l'hôtel bâti par Arnaud de Corbie, et acheté par Henri de Bourbon, prince de Condé.Rue de Corneille.Cette rue, qui donne, d'un côté, rue de Vaugirard, de l'autre sur la place du Théâtre François, fut ouverte sur une partie de l'hôtel de Condé, et en même temps que l'on construisoit ce théâtre.Rue de Crébillon.Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, de l'autre à la place du Théâtre François, et fut ouverte à la même époque et sur le même terrain que la précédente.Carrefour de la Croix-Rouge.Ce carrefour se nommoit autrefoisCarrefour de la Maladrerie, dénomination qui lui venoit, non de la maladrerie de Saint-Germain, située au delà du bourg, mais de quelques granges bâties à l'extrémité de la rue du Four, qui furent destinées à loger les malades attaqués du malde Naples[273]. On lui donna le nom de carrefourde la Croix-Rougeà cause d'une croix peinte en cette couleur qu'on y avoit élevée. C'étoit anciennement l'usage de planter des croix dans les carrefours et dans les places publiques; on les supprima depuis, parce que l'on reconnut que ces monuments gênoient la voix publique, et occasionoient même quelquefois des accidents.Rue Saint-Dominique.Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Les religieux Jacobins ayant obtenu, en 1546, de François Ier, la permission de donner un clos de vignes qu'ils possédoient en cet endroit à cens et à rentes, à la charge d'y bâtir, le vendirent en 1550, exigèrent qu'on y perçât des rues, et voulurent en outre qu'on leur donnât les noms de quelques saints de leur ordre. La principale, bâtie vers 1585, reçut celui de Saint-Dominique[274].Rue d'Enfer.Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit au grand chemin d'Orléans. Cette rue est très ancienne. Au treizième siècle, ce n'étoit encore qu'un chemin qui conduisoit à des villages,dont il avoit pris le nom; c'est pourquoi cette rue est tour à tour appelée, dans les titres de Saint-Germain, chemin d'Issyet chemin deVenves. Elle avoit aussi reçu le nom de rue deVauvert, parce qu'elle conduisoit au château de Vauvert. En 1258 on la trouve sous celui dela porte Gibard. Sur le bruit populaire qui se répandit vers ce temps-là, que les démons habitoient ce château, cette rue prit, suivant plusieurs historiens, le nom d'Enfer[275], et ensuite celui desChartreux, lorsque ces religieux se furent établis en cet endroit. Enfin, comme elle commençoit le faubourg Saint-Michel, on la trouve indiquée dans quelques actes rueSaint-Michelet rue duFaubourg-Saint-Michel. Elle a depuis repris le nom de rue d'Enfer, qu'elle conserve encore aujourd'hui.Jaillot fait observer que la direction de cette rue n'étoit pas autrefois telle que nous la voyons aujourd'hui; elle se prolongeoit sur la droite, à quelque distance de l'endroit où est la porte du Luxembourg, passoit entre la première et la seconde cour des Chartreux, et séparoit leur petit clos du grand.
CURIOSITÉS DU COUVENT DES CHARTREUX.TABLEAUX.Dans l'église, sur le grand autel, Jésus-Christ au milieu des docteurs; parPhilippe de Champagne.Au dessus des stalles, et entre les vitraux:La Résurrection du Lazare; parBon Boullogne.L'Aveugle de Jéricho; parAntoine Coypel.Le Miracle des cinq pains; parAudran.La Samaritaine; parNoël Coypel.La Cananéenne; parCorneille.La Résurrection du Lazare; par le même.La Guérison des malades sur les bords du lac de Génésareth; parJouvenet.La Femme affligée du flux de sang et guérie en touchant la robe de Notre-Seigneur; parBoullognele jeune.Le Centenier; parCorneille.Le Paralytique; par le même.Saint Jacques, saint Jean et leur père Zébédée raccommodant leurs filets; parDumont Le Romain.Jésus-Christ ressuscitant la fille de Jaïre; parLa Fosse.Dans le chapitre:L'Adoration des Bergers; parLe Poussin.La Magdeleine et le Sauveur; parLe Sueur.Saint Bruno; parRestout.La Nativité de saint Jean-Baptiste, celle de Jésus-Christ et sa sépulture; par d'anciens peintres.La Présentation au temple; parLagrenéejeune.L'Entrée de Notre-Seigneur dans Jérusalem; parJollain.Sur l'autel, fait en forme de tombeau, un Christ; parPhilippe de Champagne.Dans le petit cloître, les fameux tableaux deLe Sueur, représentant la vie de saint Bruno, arrangés dans l'ordre suivant:1oLe DocteurRaymond Diocresprêchant au milieu d'un nombreux auditoire qui l'écoute avec attention.2oLe Docteur au lit de mort.3oLe même personnage sortant à demi de son cercueil pendant qu'on chante l'office des morts[218], et déclarant lui-même l'arrêt de sa damnation.4oSaint Bruno frappé de ce terrible événement, et prosterné devant un crucifix.5oLe même saint racontant à ceux qui l'environnent le dessein qu'il a formé de quitter le monde, et les touchant par l'onction de ses paroles.6oIl engage six de ses amis à se joindre à lui et à embrasser le même genre de vie.7oTrois anges lui apparoissent pendant son sommeil, et l'instruisent de ce qu'il doit faire.8oSaint Bruno et ses compagnons distribuent leurs biens aux pauvres.9oHugues, évêque de Grenoble, reçoit saint Bruno chez lui, et trouve dans cette visite l'explication d'un songe qu'il avoit eu, relativement à l'établissement de l'ordre des Chartreux.10oCe même évêque, saint Bruno et ses compagnons traversent des montagnes affreuses pour arriver à la Chartreuse.11oSaint Bruno et ses compagnons bâtissent une église et des cellules sur la croupe d'une montagne.12oL'évêque Hugues donne l'habit à ces nouveaux religieux.13oLe pape Victor III confirme, en plein consistoire, l'institut des Chartreux.14oSaint Bruno donne lui-même l'habit à quelques nouveaux religieux.15oLe saint fondateur reçoit une lettre du pape Urbain II, qui lui ordonne de se rendre à Rome pour l'aider de ses conseils.16oSaint Bruno en présence du pape, et lui baisant les pieds.17oIl refuse, par humilité, l'archevêché de Reggio que le pape lui offroit.18oSaint Bruno, retiré dans les déserts de la Calabre, y établit un nouveau monastère de son institut.19oSa rencontre avec Roger, comte de Sicile, dans une chasse que faisoit ce seigneur, et le don que lui fait celui de l'église de Saint-Martin et de Saint-Étienne.20oSaint Bruno apparoissant à Roger couché dans sa tente, et lui donnant avis d'une conjuration tramée contre lui.21oLa mort de saint Bruno.22oSaint Bruno enlevé au ciel par des anges[219].Aux extrémités de ce petit cloître:La vue de la ville de Paris telle qu'elle étoit au commencement duXVIIesiècle.Celle de la ville de Rome. (On prétend que ces deux vues, ornées de figures de demi-nature, étoient dues au pinceau deLe Sueuret de ses élèves.)La grande Chartreuse de Pavie, fondée parJean Galéas Visconti.—La Chartreuse de Grenoble.On estimoit les vitraux de ce cloître. Ils représentoient les Pères du désert, et avoient été exécutés d'après un peintre nomméSadeler.SCULPTURES.Dans le chœur des Pères, trois figures qui soutenoient le pupitre, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité.Dans le grand cloître, du côté de l'église, un grand bas-relief sculpté sur la muraille, où l'on voyoit Jeanne de Châtillon présentant à la sainte Vierge, qui tenoit l'Enfant Jésus dans ses bras, et à saint Jean Baptiste, quatorze Chartreux à genoux. Le haut de cette sculpture étoit orné de treize écussons aux armes de France et de Châtillon alternativement. On y lisoit aussi plusieurs inscriptions rapportées par Piganiol[220].Dans le mur des ailes du même cloître, à gauche, la figure de Pierre de Navarre, ayant saint Pierre à ses côtés, et quatre Chartreux devant lui, tous aux pieds de la Vierge. Un ange, placé derrière ce groupe, soutenoit une inscription qui faisoit mention des quatre cellules fondées par ce prince.Sur la porte de la seconde cour, une statue de la Vierge, auxpieds de laquelle un grand bas-relief faisoit voir saint Louis présentant plusieurs Chartreux à cette reine du ciel. À ses côtés étoient saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Hugues, d'abord chartreux, depuis évêque de Lincoln.SÉPULTURES.Dans l'église avoient été inhumés:Philippe de Marigny, évêque de Cambrai, puis archevêque de Sens, mort en 1325. (Transporté de l'ancienne chapelle devant le maître-autel de l'église.)Jean de Blangi, docteur en théologie, évêque d'Auxerre, mort en 1344.Jean de Chissé, évêque de Grenoble, mort en 1350.Amé de Genève, frère du pape Clément VII, mort en 1359. (Il étoit représenté armé sur son tombeau.)Jean de Dormans, évêque de Beauvais, cardinal et chancelier de France; Guillaume de Dormans, aussi chancelier de France, morts tous les deux en 1373. (La statue en bronze du cardinal étoit couchée sur son tombeau)[221].Marguerite de Châlons, femme de Jean de Savoie, chevalier, morte en 1378.Guillaume de Sens, premier président du parlement de Paris, mort en 1399.Michel de Cernay, évêque d'Auxerre et confesseur de Charles VI, mort en 1409.Pierre de Navarre, fils de Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, mort en 1412. (Il étoit représenté en marbre blanc, couché sur son tombeau, avec Catherine d'Alençon sa femme, quoique cette princesse, morte en 1462, eût été inhumée à Sainte-Geneviève[222]).Philippe d'Harcourt, premier chambellan de Charles VI, mort en 1414.Jean d'Arsonvalle, évêque de Châlons et confesseur du dauphin, fils de Charles VI, mort en 1416.Jean de La Lune, neveu de l'antipape Benoît XIII, mort en 1424.Adam de Cambray, premier président de Paris, mort en 1456. Charlotte Alexandre, sa femme, morte en 1472.Louis Stuart, seigneur d'Aubigni, mort en 1665.Dans le cloître et dans le grand cimetière:Jean Versoris, avocat et fameux ligueur, mort en 1588.Jean Descordes, chanoine de Limoges, dont la bibliothèque a fait le fond de celle du collége Mazarin, mort en 1642.Pierre Danet, curé de Sainte-Croix de la Cité, et auteur des dictionnaires qui portent son nom, mort en 1709.Dans la chapelle des femmes:Laurent Bouchel, avocat fameux, mort en 1629, etc.
CURIOSITÉS DU COUVENT DES CHARTREUX.
TABLEAUX.
Dans l'église, sur le grand autel, Jésus-Christ au milieu des docteurs; parPhilippe de Champagne.
Au dessus des stalles, et entre les vitraux:
Dans le chapitre:
Sur l'autel, fait en forme de tombeau, un Christ; parPhilippe de Champagne.
Dans le petit cloître, les fameux tableaux deLe Sueur, représentant la vie de saint Bruno, arrangés dans l'ordre suivant:
Aux extrémités de ce petit cloître:
SCULPTURES.
Dans le chœur des Pères, trois figures qui soutenoient le pupitre, représentant la Foi, l'Espérance et la Charité.
Dans le grand cloître, du côté de l'église, un grand bas-relief sculpté sur la muraille, où l'on voyoit Jeanne de Châtillon présentant à la sainte Vierge, qui tenoit l'Enfant Jésus dans ses bras, et à saint Jean Baptiste, quatorze Chartreux à genoux. Le haut de cette sculpture étoit orné de treize écussons aux armes de France et de Châtillon alternativement. On y lisoit aussi plusieurs inscriptions rapportées par Piganiol[220].
Dans le mur des ailes du même cloître, à gauche, la figure de Pierre de Navarre, ayant saint Pierre à ses côtés, et quatre Chartreux devant lui, tous aux pieds de la Vierge. Un ange, placé derrière ce groupe, soutenoit une inscription qui faisoit mention des quatre cellules fondées par ce prince.
Sur la porte de la seconde cour, une statue de la Vierge, auxpieds de laquelle un grand bas-relief faisoit voir saint Louis présentant plusieurs Chartreux à cette reine du ciel. À ses côtés étoient saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Hugues, d'abord chartreux, depuis évêque de Lincoln.
SÉPULTURES.
Dans l'église avoient été inhumés:
Dans le cloître et dans le grand cimetière:
Dans la chapelle des femmes:
On entroit dans ce monastère par un portail situé sur la rue d'Enfer; une avenue assez longue et plantée d'arbres conduisoit à la porte intérieure de la maison. La première cour offroit à gauche une chapelle assez grande que l'on nommoit la chapelledes femmes, parce que c'étoit le seul endroit du couvent où il leur fût permis d'entrer. Elle avoit été consacrée en 1460, sous l'invocation de la Vierge et de saint Blaise[223]; dans la seconde cour on voyoit à droite un corps de logis bien bâti, qui avoit servi autrefois àloger leshôtes. À gauche se présentoit l'église dans toute sa longueur.
De l'église on passoit dans le petit cloître qui étoit orné de pilastres d'ordre dorique. Les tableaux de Le Sueur étoient encastrés dans les arcs de ce cloître.
Autour du grand cloître, qui avoit été bâti à plusieurs reprises, étoient les cellules. Chacun de ces petits logements se composoit d'un vestibule, d'une chambre, d'une autre pièce, qui servoit de bibliothèque ou de laboratoire, suivant le goût du religieux qui l'occupoit, d'une petite cour et d'un petit jardin. Du reste, la règle de saint Bruno, tout austère qu'elle étoit, s'est toujours maintenue chez les chartreux, sans altération et sans adoucissement; c'est de tous les ordres religieux le seul, ce nous semble, qui n'ait jamais eu besoin de réforme.
La sacristie et le chapitre avoient été bâtis aux dépens d'un cordonnier nommé Pierre Loisel et de sa femme. Tous les deux avoient été enterrés dans le chapitre en 1331 et 1343[224]. Nous avons déjà dit que le réfectoire avoit été établi dans la chapelle Vauvert. La bibliothèque du prieur étoit considérable, et estimée tant pour la quantité que pour la qualité des livres qui la composoient.
Les dépendances de cette maison, qui ne consistoient d'abord qu'en huit arpents et demi, n'étant plus suffisantes pour le nombre toujours croissant de ses religieux, ils firent successivement beaucoup d'acquisitions dans les clos de Vignerei et de Saint-Sulpice, acquisitions dont les titres et la preuve se trouvoient dans les archives de Saint-Germain. Marie de Médicis ayant eu besoin d'une partie de ce terrain pour son parc du Luxembourg, leur donna en échange des terres situées vis-à-vis de leur monastère et de l'autre côté du chemin d'Issy. Comme ce chemin étoit ouvert dans un fond humide et souvent impraticable, Louis XIII, par des lettres-patentes datées de 1617, leur en fit don dans une longueur de cent vingt-et-une toises, avec permission de l'enfermer dans leur enceinte. Ce terrain formoit leur petit clos. Le même monarque ordonna que l'on construiroit l'avenue plantée d'arbres qui conduisoit à leur monastère, et que la rue d'Enfer seroit continuée en ligne droite jusqu'aux Carmélites.
Le terrain qu'occupoient les chartreux étoit immense, si l'on considère qu'il étoit renfermé dans l'un des faubourgs de Paris; le seul jardin potager renfermoit au moins quinze arpents[225].
Ce monastère étoit un démembrement de celui dePorroiouPorroisetPorrais, fondé près de Chevreuse en 1204. Il fut nommé depuis, par altération,Port-du-RoietPort-Royal. On y suivoit la règle de Cîteaux; mais les austérités qu'elle prescrit s'étoient adoucies par degrés, et le relâchement commençoit à s'y introduire, lorsqu'en 1609 la réforme y fut introduite par Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld, qui alors en étoit abbesse. Cette réforme eut un si grand succès et fut embrassée par tant de personnes, que les bâtiments de cette maison devenant insuffisants, on pensa, peu de temps après, à former un second établissement; et ce parti devenoit d'autant plus urgent que le monastère de Port-Royal étoit situé dans une vallée marécageuse et très malsaine. Il est probabletoutefois que l'exécution en eût souffert beaucoup de difficultés, sans les libéralités de madame Catherine Marion, veuve d'Antoine Arnauld, sieur d'Andilli, et mère de l'abbesse. Elle fit, au profit de cette abbaye, l'acquisition d'une grande maison accompagnée de jardins, nommée la maison deClagni, et non deGlatigni, comme l'écrivent plusieurs historiens. M. de Gondi donna en 1625 les permissions nécessaires pour la translation des religieuses, translation qui fut exécutée le 28 mai de la même année; et les dons considérables d'un très grand nombre de personnes de la plus haute qualité fournirent bientôt les moyens d'y faire construire les lieux réguliers, ainsi que tous les autres bâtiments nécessaires à une communauté religieuse[226]. La mère Angélique, désirant consoliderla réforme qu'elle avoit instituée, obtint du pape et du roi que son monastère seroit soustrait à la juridiction de Cîteaux, pour être soumis à celle de l'archevêque de Paris, et que l'élection des abbesses, jusque là perpétuelle, deviendroit triennale. Le roi lui ayant accordé à cet effet des lettres-patentes en 1629, elle donna sa démission en 1630.
Les fondements de l'église de ce monastère furent jetés en 1646; elle fut achevée et bénite en 1648. Dès l'année précédente madame Arnauld avoit obtenu du pape un nouveau bref pour établir dans son monastère l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.
Cependant on ne cessoit point de travailler aux réparations de l'ancien monastère, à qui l'on donna alors, pour le distinguer de celui-ci, le nom dePort-Royal-des-Champs. Dès qu'elles furent achevées, l'abbesse et les religieuses demandèrent à l'archevêque la permission d'y envoyer quelques-unes de leurs sœurs, ce qui leur fut accordé en 1647, sous la condition expresse que cette maison ne formeroit point un corps de communauté particulière, et ne cesseroit point d'être soumise à l'autorité de l'abbesse et à la juridiction de l'ordinaire. Depuis, la résistance qu'opposèrent à la signature du formulaire les religieuses de Paris détermina l'archevêque à les transférer dans lePort-Royal-des-Champs; quelques unes même furent dispersées en divers couvents, ce qui dura jusqu'à la paix de Clément IX, arrivée en 1669. Alors un arrêt du conseil sépara les deux maisons de Port-Royal en deux titres d'abbayes indépendantes l'une de l'autre. Celle de Paris fut déclarée de nomination royale et perpétuelle, et l'autre, élective et triennale. On partagea en même temps tous les biens, dont les deux tiers furent attribués à Port-Royal-des-Champs.
Cette dernière maison a subsisté jusqu'en 1709, qu'en conséquence d'une bulle de Clément XI, M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, supprima le titre de cette abbaye et en réunit les biens à celle de Paris. Les religieuses furent dispersées dans divers monastères, et l'on détruisit leur couvent, en vertu d'un arrêt du conseil donné dans la même année[227].
L'église élevée sur les dessins de Le Pautre, architecte célèbre, passoit autrefois pour un chef-d'œuvre d'architecture[228].
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE PORT-ROYAL.TABLEAUX.Sur le maître-autel, une Cène; parPhilippe de Champagne. Ce n'étoit qu'une répétition du même sujet placé dans le chœur des religieuses, où l'on n'entroit point[229].SÉPULTURES.Dans cette église avoient été inhumés:Louis, seigneur de Pontis et d'Ubaie, maréchal de camp, mort en 1670.Marie-Angélique de Scoraille de Roussille, duchesse de Fontange, maîtresse de Louis XIV, morte en 1681.Catherine-Gasparde de Scoraille, marquise de Curton, sa sœur, morte en 1736.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE PORT-ROYAL.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Cène; parPhilippe de Champagne. Ce n'étoit qu'une répétition du même sujet placé dans le chœur des religieuses, où l'on n'entroit point[229].
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Cette maison, située dans la rue d'Enfer, étoit consacrée à recevoir ceux qui se destinoient à entrer dans la congrégation de l'Oratoire. C'étoit là qu'ils recevoient les premières instructions du ministère auquel ils étoient appelés. Ce fut Nicolas Pinette, trésorier de Gaston, duc d'Orléans, qui l'acheta en 1650, la fit réparer d'une manière convenable, et la donna ensuite à cette congrégation en toute propriété. Les prêtres de l'Oratoire obtinrent, peu de temps après, par le crédit de Gaston lui-même, des lettres-patentes qui les gratifièrent de tous les priviléges dont jouissoient les maisons de fondation royale.
L'église, dont la première pierre fut posée au nom de ce prince le 11 novembre 1655, fut bénite en 1657, sous le titre de laPrésentation au temple.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'INSTITUTION.TABLEAUX.Sur le maître-autel, la Présentation au Temple; parSimon-François; de Tours.Sur la porte d'entrée, Notre-Seigneur devant Pilate; parCharles Coypel.SÉPULTURES.La chapelle de la Vierge renfermoit un mausolée élevé, en 1661, à la mémoire du cardinal de Bérulle. Ce saint prélat y étoit représenté à genoux dans une niche; au dessus, une grande urne de marbre noir renfermoit sa main et son bras droit. Ce monument avoit été exécuté parJacques Sarrazin, auquel on devoit aussi la statue du même personnage que l'on voyoit aux Carmélites[230].Dans diverses parties de l'église avoient été inhumés:Jeanne-Marie-Françoise Chouberne, l'une des bienfaitrices de cette communauté, morte en 1655.Henri de Barillon, évêque de Luçon, mort en 1699.Le maréchal de Biron, mort en 1756.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'INSTITUTION.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, la Présentation au Temple; parSimon-François; de Tours.
Sur la porte d'entrée, Notre-Seigneur devant Pilate; parCharles Coypel.
SÉPULTURES.
La chapelle de la Vierge renfermoit un mausolée élevé, en 1661, à la mémoire du cardinal de Bérulle. Ce saint prélat y étoit représenté à genoux dans une niche; au dessus, une grande urne de marbre noir renfermoit sa main et son bras droit. Ce monument avoit été exécuté parJacques Sarrazin, auquel on devoit aussi la statue du même personnage que l'on voyoit aux Carmélites[230].
Dans diverses parties de l'église avoient été inhumés:
La maison de l'institution étoit également célèbre par les hommes distingués qu'elle a produits et par les personnages illustres qui s'y sont retirés pour s'occuper uniquement du soin de leur salut.
Ses bâtiments étoient accompagnés d'un vaste enclos bien cultivé[231].
La bibliothèque, peu considérable, offroit un choix de très bons livres et possédoit quelques manuscrits précieux.
C'étoit ainsi que l'on nommoit en 1658 une réunion d'ecclésiastiques qui s'étoit formée dans une maison de la rue Saint-Dominique. Ce sont les mêmes qui se rendirent depuis si malheureusement célèbres sous le nom deSolitaires de Port-Royal-des-Champs, où ils s'étoient retirés.
On arrivoit à cette foire, sur l'emplacement de laquelle vient d'être élevé le marché Saint-Germain[232], en revenant sur ses pas jusqu'à la rue du Brave, où se présentait une de ses entrées; les autres étoient dans la rue Guisarde et dans les petites rues qui aboutissent aux rues du Four et des Boucheries.
L'abbaye de Saint-Germain jouissoit de temps immémorial du droit de foire; mais lasuite des temps amena de grands changements, soit à l'égard des lieux où se formoit ce rassemblement, soit dans sa durée. Le premier titre cité par Jaillot qui en fasse mention est une charte de Louis-le-Jeune, datée de 1176[233], par laquelle il paroît que l'abbé Hugues et ses religieux lui cèdent la moitié des revenus de cette foire. Toutefois cet acte ne dit point en quel lieu elle se tenoit, ni à quelle occasion cette cession fut faite; on y lit seulement qu'elle commençoit tous les ans, quinze jours après Pâques, et qu'elle duroit trois semaines. Il paroît probable que ce prince indemnisa l'abbaye en lui permettant d'établir une autre foire, puisqu'on trouve en 1200 que Philippe-Auguste confirma ce droit en reconnoissant qu'il avoit été accordé pour Louis VII[234]. Jaillot pense qu'elle pouvoit bien se tenir près du chemin d'Issy (rue d'Enfer), et cite plusieurs actes à l'appui de cette assertion[235].
Nous avons déjà fait mention de la rixe sanglante qui s'éleva en 1278, près du Pré-aux-Clercs, entre les domestiques de l'abbaye et les écoliers de l'Université[236]. Cette compagnie,qui jouissoit alors d'une autorité sans bornes, la fit valoir à cette occasion avec une violence qu'on a peine à concevoir aujourd'hui, et obtint de Philippe le Hardi un arrêt dont la rigueur est presque sans exemple. Les religieux de Saint-Germain furent condamnés à payer des sommes considérables et à fonder deux chapelles, chacune de 20 livre parisis de rente. Pour racheter cette rente de 40 livres, ils se décidèrent à céder au roi l'autre moitié des droits de leur foire, ce qui est prouvé par les lettres que Matthieu de Vendôme et le seigneur de Nesle firent expédier à ce sujet en 1284[237]. Philippe le Hardi transféra cette foire aux halles, ou pour mieux dire, il la supprima entièrement.
On la voit renaître sous le règne de Louis XI. Les pertes considérables que les religieux de Saint-Germain avoient essuyées sous les règnes désastreux de Charles VI et Charles VII engagèrent Geofroi Floreau, abbé de Saint-Germain, à demander à Louis XI, successeur de ce dernier roi, la permission d'établir dans le faubourg une foire franche, semblable à celle de Saint-Denis. Les lettres-patentes qui la lui accordent, datées du Plessis-lès-Tours en1482[238], portent que cette foire de voit commencer le 1eroctobre et durer huit jours. L'époque et le temps de la durée furent changés plusieurs fois sous les règnes suivants; enfin sous Louis XIV, qui en confirma le privilége en 1711, l'ouverture en fut fixée définitivement au 3 février. Elle se prolongeoit ordinairement jusqu'à la veille du dimanche des Rameaux.
Le terrain sur lequel on l'avoit établie étoit autrefois renfermé dans les dépendances de l'hôtel de Navarre. En 1398, Charles VI ayant fait don à son oncle, le duc de Berri, des jardins, places et masures qui se trouvoient sur cet emplacement[239], ce prince, pour éteindre une rente dont il étoit redevable aux religieux de Saint-Germain, leur céda, dès l'année suivante, sa nouvelle propriété. Ils la destinèrent aussitôt à leur foire, et, pour en faciliter l'accès, acquirent dans le siècle suivant (en 1489), d'un particulier nommée Étienne Sandrin, un passage qui conduisoit de la grande rue au clos de Navarre[240]. C'est ce passage qu'on a appelé depuisPorte-Greffièreetpassage de la Treille. Tel est le détail historique des circonstancesde cet établissement, vérifié par Jaillot sur les titres originaux, et sur lequel Piganiol s'est considérablement trompé, tant pour les faits que pour les dates.
Dès l'année 1486, les religieux de Saint-Germain avoient fait construire trois cent quarante loges, mais avec si peu de solidité, qu'en 1511 Guillaume Briçonnet, abbé de Saint-Germain, jugea à propos de les faire rebâtir telles qu'on les a vues subsister jusqu'en 1762. Elles furent détruites dans la nuit du 16 au 17 mars de cette année, par un incendie si violent qu'en moins de cinq heures toutes les loges, boutiques, etc., furent totalement consumées. On commença à les reconstruire, dès le mois d'octobre suivant, et avec une telle activité, que la foire y fut tenue comme à l'ordinaire, l'année d'après et sans le moindre retard; mais il s'en falloit de beaucoup que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne, et bâtie avec la même magnificence[241].
On vendoit dans cette foire toute espèce de marchandises, excepté des livres et des armes.Les marchands du dehors, les ouvriers qui n'étoient pas maîtres, pouvoient y apporter les objets de leur commerce et les produits de leur industrie, sans crainte d'être inquiétés par les jurés de la ville. La richesse et la variété de ces divers étalages y attiroient une affluence prodigieuse de curieux et toutes les classes de la société. Des danseurs de corde, des chanteurs, des comédiens, venoient y établir leurs spectacles; et l'on a vu que l'un des théâtres les plus renommés de Paris, l'Opéra comique, y avoit pris naissance. On y élevoit des salles de danse; on y établissoit des jeux de toute espèce; en un mot, c'étoit une fête continuelle dans laquelle se déployoit sans contrainte la gaieté bruyante et folâtre du peuple parisien[242].
Cet endroit, dans lequel se tient encore aujourd'hui le marché du faubourg Saint-Germain, étoit autrefois plus vaste qu'il n'est aujourd'hui: on y vendoit alors des bestiaux, ainsi que dans l'espace compris entre les rues de Tournon et Garancière. Ce dernier emplacement s'appeloitle Pré-Crottéoule Champ de la Foire. Quant au Préau, son nom lui venoit du terrain même sur lequel il avoit été formé. En 1500, ce terrain étoit couvert d'herbes, et fut affermé àun particulier[243]. En 1608, on en retrancha un espace de cent cinquante-trois toises, lequel fut cédé au sieur La Fosse, secrétaire du prince de Conti, «à la charge d'y faire bâtir des boutiques, de laisser un passage libre pour la foire, et de conserver la petite maison au bout, pour servir d'audience.» C'est de cette maison que le passage de la Treille avoit reçu le nom dePorte-Greffière. Toutefois cette cession ne fut faite que pour vingt-neuf ans, après lequel temps tout cet espace devoit rentrer dans la propriété de l'abbé de Saint-Germain. C'est le passage qui avoit son entrée par la rue des Boucheries et qui conduisoit au Préau.
Quant au marché, il fut construit, en 1726, par ordre et aux dépens du cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain. Sur l'emplacement qu'il occupoit et où s'élève le marché neuf, avoient autrefois été les Halles de l'abbaye et successivement les jardins de l'hôtel de Navarre et le Préau dont nous venons de parler. Le cardinal en prit une partie qu'il fit environner de murs. Il fit en même temps construire les maisons qui formoient les rues de Bissi et les deux Halles, sous lesquelles, avant la révolution, il se tenoit, deux fois la semaine, un marché au pain très considérable.
Il doit son origine à Jean-Jacques Ollier, abbé de Pébrac. Ce pieux personnage en avoit jeté les premiers fondements à Vaugirard dans l'année 1641. Il y vivoit en communauté avec quelques ecclésiastiques également recommandables par leurs lumières et par leurs vertus, lorsqu'au mois d'août suivant M. de Fiesque lui résigna la cure de Saint-Sulpice. Persuadé qu'il seroit plus avantageux de fixer à Paris et de faire croître sous ses propres yeux l'établissement qu'il venoit de former dans ses environs, il emmena avec lui ses associés, les logea au presbytère, et plaça dans une maison de la rue Guisarde quelques autres ecclésiastiques qui désiroient entrer dans cette réunion. Leurs exercices furent d'abord communs; mais le nombre des nouveaux sujets que l'on admettoit chaque jour devint si considérable, que le fondateur se décida à séparer ces deux communautés. Pourexécuter ce projet, il acheta, au mois de mai 1645, une grande maison avec un jardin et un terrain assez vaste qui en dépendoit, le tout situé dans la rue du Vieux-Colombier. Ce fut sur cet emplacement que, du consentement de l'abbé de Saint-Germain, donné en 1645, on construisit les édifices nécessaires à une communauté. Depuis, ces bâtiments furent considérablement augmentés. Dans cette même année, M. Ollier obtint pour l'établissement de son séminaire des lettres-patentes enregistrées au grand conseil en 1646, et à la chambre des comptes en 1650.
La chapelle fut bénite le 18 novembre de cette dernière année. C'étoit un petit édifice qui n'avoit rien de remarquable, mais que l'on visitoit à cause des belles peintures dontLe Brunl'avoit décoré.
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.TABLEAUX.Sur le maître-autel, la Descente du Saint-Esprit; parLe Brun. (Ce peintre célèbre s'étoit représenté lui-même dans un coin de ce tableau.)Dans le plafond, l'Assomption de la Vierge; par le même.Au dessus de la porte, une Descente de Croix; parHallé.Dans la nef, la Présentation au Temple; parMarot.La Naissance de la Vierge; parRestout.La Purification et les prophètes Isaïe et Ézéchiel; par le même.La Visitation; parVerdier.La Naissance du Sauveur; parLe Clerc.L'Adoration des Mages; la Fuite en Égypte; Jésus-Christ prêchant dans le Temple; le Couronnement de la Vierge; sans nom d'auteurs.SÉPULTURES.Dans cette chapelle avoit été inhumé M. Ollier, fondateur du séminaire, mort en 1657.
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, la Descente du Saint-Esprit; parLe Brun. (Ce peintre célèbre s'étoit représenté lui-même dans un coin de ce tableau.)
Dans le plafond, l'Assomption de la Vierge; par le même.
Au dessus de la porte, une Descente de Croix; parHallé.
Dans la nef, la Présentation au Temple; parMarot.
La Naissance de la Vierge; parRestout.
La Purification et les prophètes Isaïe et Ézéchiel; par le même.
La Visitation; parVerdier.
La Naissance du Sauveur; parLe Clerc.
L'Adoration des Mages; la Fuite en Égypte; Jésus-Christ prêchant dans le Temple; le Couronnement de la Vierge; sans nom d'auteurs.
SÉPULTURES.
Dans cette chapelle avoit été inhumé M. Ollier, fondateur du séminaire, mort en 1657.
Ce séminaire possédoit une belle bibliothèque, composée d'environ trois mille volumes dispersés dans diverses pièces. Il avoit aussi une collection choisie d'estampes et un cabinet d'histoire naturelle[244].
La partie des bâtiments du grand séminaire qui donnoit sur la rue Férou étoit destinée à ceux qui composoient le petit séminaire. Il porta d'abord le nom deSaint-Joseph, et fut fondé, en 1686, dans une maison de cette rue, que la construction du portail de Saint-Sulpice força presque aussitôt de démolir; on le transféra, dès l'année suivante, dans une autre maison achetée par le séminaire, et toujours dans la même rue. La communauté des étudiants enphilosophie, instituée en 1687, eut ses exercices communs avec ceux du petit séminaire jusqu'en 1713 qu'elle en fut séparée. En 1694 on avoit aussi réuni au petit séminaire une autre communauté nomméeSainte-Anne, établie en 1684 dans la rue Princesse.
Cette petite communauté, composée d'ecclésiastiques qui se destinoient à entrer au séminaire, fut établie dans ce cul-de-sac en 1677 par M. Boucher, docteur de Sorbonne. Il engagea par son testament MM. de Saint-Sulpice à s'en charger, ce qu'ils acceptèrent le jour même de son décès, arrivé le 20 janvier 1708. Les libéralités dont les combla M. Robert, l'un de leurs supérieurs, leur fit donner le nom deRobertins.
Leur chapelle étoit décorée d'un très beau tableau deLe Sueur, représentant la Présentation au Temple.
Ces écoles, dont le but étoit de donner à de pauvres filles ces premiers principes d'une éducation religieuse, principes presque toujoursineffaçables, et que des parents peu éclairés et dans l'indigence sont hors d'état de communiquer à leurs enfants, avoient été instituées par un minime nommé le père Barré. Jaillot pense que les premiers fondements de cette institution charitable furent jetés à Rouen en 1666 et à Paris en 1667, sur la paroisse Saint-Jean en Grève. L'utilité de ces écoles fut bientôt tellement reconnue, que toutes les paroisses s'empressèrent de les adopter. Elles étoient établies par les curés sous l'administration d'une supérieure, et les personnes qui se destinoient à cette œuvre de charité n'y étoient engagées par aucun vœu solennel. La maison de Saint-Maur étoit le chef-lieu de leur institut[245].
Cet établissement, formé dans les mêmes vues de charité et pour élever dans le travail et dans la piété de jeunes garçons nés de parents pauvres, succéda, dans cette rue, à une communauté de filles, connue sous le nom deCommunauté de mademoiselle Cossart, ou desFilles du Saint-Esprit. Cette association, fondée en 1666par cette pieuse demoiselle pour l'éducation des pauvres filles, ayant été supprimée, d'abord en 1670, ensuite et définitivement en 1707, il se trouva que la fondatrice, qui sembloit avoir prévu son peu de durée, avoit ordonné que, dans le cas de sa suppression, la propriété en reviendroit à l'hôpital général. Ses intentions furent remplies, et la maison, vendue par les administrateurs, après avoir eu plusieurs propriétaires, passa enfin en 1722 aux frères des écoles chrétiennes.
Ces frères, indistinctement nommés les frèresdes Écoles, les frèresde l'Enfant-Jésusqui est leur véritable nom, et les frèresde Saint-Yon, parce que leur noviciat y étoit établi, furent institués à Reims en 1679 par M. de La Salle, docteur en théologie et chanoine de cette cathédrale. Le succès de cet établissement fit naître la pensée d'en former de semblables à Paris. M. de La Salle y fut appelé en 1688, et les frères qu'il avoit amenés avec lui ouvrirent leurs écoles dans la rue Princesse. Elles procurèrent tout le bien qu'on en avoit attendu, et l'on en trouve sept, avant la fin de ce siècle, établies dans divers quartiers de cette partie méridionale de Paris. Enfin elles furent transférées, comme nous venons de le dire, rue Notre-Dame-des-Champs.
La chapelle du Saint-Esprit subsistoit encoredans les derniers temps, et l'on y disoit la messe tous les dimanches et fêtes[246].
Ce collége fut fondé par Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, cardinal et légat du Saint-Siége, lequel destina à cette bonne œuvre une somme de 10,000 fr., par son testament du 26 mai 1519. Ses exécuteurs testamentaires, afin de remplir ses intentions, achetèrent, 1ode François Ier, moyennant la somme de 8,000 fr., les émoluments du scel de la prévôté de Paris, qui produisoit alors 550 livres; 2ol'hôtel des évêques du Mans, situé rue de Reims, et alors en très mauvais état, pour le prix de 25 liv. de rente; 3oune place que leur céda l'abbé de Marmoutier, pour 5 liv. de rente et 17 sous de cens, sur laquelle ils firent construire une chapelle. Cette fondation fut faite pour un principal, un procureur qui seroit en même temps chapelain, et dix boursiers du diocèse, et à la nomination des évêques du Mans. On en dressa les statuts en 1526; mais, dès 1613, les revenus de la maison étoient tellement diminués, que les exercices furent interrompus et les bourses suppriméesou du moins suspendues. Les jésuites profitèrent de cette circonstance pour réunir ce collége au leur[247]; et sur la somme de 53,156 liv. 13 sous 4 deniers, que le roi donna pour cette acquisition, on prit celle de 28,000 liv., avec laquelle on acheta l'hôtel de Marillac, rue d'Enfer, dans lequel ce collége fut transféré en 1683. Il a subsisté jusqu'en 1764, époque de sa réunion au collége de l'Université[248].
La plupart de nos historiens, ayant négligé de faire des recherches sur l'origine de cet établissement, se sont contentés d'en fixer l'époque à l'année 1696. Il devoit son origine à M. François de Chansiergues, diacre. Ayant réuni quelques pauvres ecclésiastiques qu'il aidoit à subsister, il en forma de petites communautés et leur donna le nom deSéminaire de la Providence[249]. M. de Lauzi, curé de Saint-Jacques de la Boucherie, convaincu de l'utilité de semblables institutions, s'unit à M. de Chansierguespour les perfectionner. Celle dont nous parlons fut placée d'abord dans une maison rue Pot-de-Fer, laquelle fut cédée, en pur don et en vue de cette œuvre de piété, par M. François Pingré, sieur de Farinvilliers, et dame Catherine Pépin son épouse. M. de Marillac, successeur de M. de Lauzi, voulut imiter son zèle et prendre la suite de ses projets. Propriétaire d'une maison assez vaste, rue d'Enfer, il la destina en 1687 pour recevoir le séminaire de la rue Pot-de-Fer. M. et madame de Farinvilliers y firent bâtir le corps de logis principal ainsi que la chapelle, et donnèrent 80,000 liv. pour la fondation de douze places gratuites, depuis réduites à dix. Elles étoient à la nomination du supérieur; mais pour donner plus d'émulation aux jeunes clercs, on les mettoit au concours.
M. de Marillac, de son côté, ne borna pas ses bienfaits à ces premières libéralités; il y joignit en 1696 une maison joignant celle de la rue Pot-de-Fer, deux autres maisons à Gentilli et 1150 livres de rente. Enfin M. le cardinal de Noailles et M. de Marillac, conseiller d'état, frère de l'instituteur, mirent la dernière main à cet établissement, en le faisant confirmer par des lettres-patentes qu'ils obtinrent en 1696. Le roi gratifia alors ce séminaire d'une pension annuelle de 3,000 livres, et le clergé lui en accorda une de 1,000 liv.
Outre les places gratuites fondées par M. de Farinvilliers, il y en avoit trois autres pour de jeunes clercs d'Aigueperse et de Riom, dont on étoit redevable à M. Fouet, docteur en théologie. Ce séminaire étoit en tout composé de cent quarante étudiants, sous l'inspection de quatre personnes nommées par l'archevêque, qui prenoit le titre de premier supérieur de cette maison, et payoit la pension de trente à quarante ecclésiastiques.
La chapelle étoit grande et bien ornée. La première pierre en fut posée en 1703 par le cardinal de Noailles, et le séminaire ne fut transféré dans cette nouvelle demeure que le 1eroctobre de l'année suivante[250].
TABLEAUX.Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant le boiteux; parJeaurat.Saint Louis, saint Charles, une Assomption, l'Ange consolant saint Pierre; par le même.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant le boiteux; parJeaurat.
Saint Louis, saint Charles, une Assomption, l'Ange consolant saint Pierre; par le même.
La bibliothèque de cette maison étoit un legs de M. Louis-Bernard Oursel, prêtre, docteur en théologie, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris.
HÔTEL DE CONDÉ (rue de Condé).
L'endroit où il étoit situé faisoit anciennement partie du clos Bruneau. Antoine de Corbie y fit bâtir unséjouroumaison de plaisance, que Jérôme de Gondi, duc de Retz et maréchal de France, acheta au mois de juillet 1610. Cet hôtel qu'il avoit agrandi, embelli, et rendu l'un des plus magnifiques d'alors, fut vendu et adjugé par décret, en 1612, à Henri de Bourbon, prince de Condé. Dans le siècle dernier, la famille de Condé l'ayant abandonné pour occuper le palais Bourbon, il fut démoli, et l'on choisit cet emplacement pour y construire le Théâtre-François.
Cet hôtel étoit composé de plusieurs corps de logis, bâtis à différentes époques et n'offrant aucune symétrie dans leur ensemble.
HÔTEL DE BOURBON (rue du Petit-Bourbon).
Cet hôtel, sur l'emplacement duquel on a vu depuis s'élever l'hôtel de Châtillon, occupoitl'espace renfermé entre les rues de Tournon et Garancière. Il appartenoit à Louis de Bourbon, duc de Montpensier. Sauval dit que sa veuve y demeuroit en 1588, lorsqu'à la nouvelle de la mort des Guise, tués à Blois les 23 et 24 décembre de cette année, elle parcourut la ville de Paris, excitant la populace à la révolte et allumant ainsi le feu de la guerre civile.
HÔTEL DE GARANCIÈRE (rue Garancière).
Il y avoit autrefois dans cette rue un hôtel Garancière qui lui avoit donné son nom. Il en est fait mention dans des actes de 1421 et 1427[251]. Mais en 1457 il étoit en ruine et ne fut point rebâti.
HÔTEL DE ROUSSILLON (rue du Four).
Cet hôtel, qui existoit encore au commencement du dix-septième siècle, appartenoit à Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon en Dauphiné; c'étoit un démembrement de l'ancien hôtel et des jardins de Navarre dont nous avons déjà parlé. Vers 1620, cet hôtel fut vendu à divers particuliers; on construisit des maisons sur l'emplacement qu'il occupoit, et l'on y ouvrit les rues Guisarde et Princesse.
HÔTEL CASSEL (rue Cassette).
Cet ancien hôtel occupoit la plus grande partie de la rue Cassette, dont le nom n'est qu'une altération de celui de Cassel. Il existoit dans le seizième siècle; nous ignorons l'époque de sa destruction.
HÔTEL MÉZIÈRE (même rue).
Cet hôtel appartenoit à une ancienne famille que l'on disoit issue de la maison d'Anjou; et ses jardins s'étendoient le long de la rue qui conserve encore aujourd'hui le nom de Mézière. Il fut vendu le 3 avril 1610, au prix de 24,000 liv., et changé, comme nous l'avons déjà dit, en une maison de noviciat pour les Jésuites.
HÔTEL SAINT-THOMAS (rue Saint-Thomas).
Cet hôtel assez remarquable avoit été bâti par les Jacobins. Il en est fait mention dans un titre nouveau du 17 avril 1636[252].
HÔTEL DU GRAND MOYSE (rue Princesse).
On ne sait rien autre chose de cet hôtel, sinon qu'il existoit au dix-septième siècle dans cette rue, au coin de laquelle on avoit placé une statue de Moyse, tenant les tables de la loi. L'opinioncommune étoit que cette maison avoit appartenu à un Juif; mais on n'en a aucune preuve.
HÔTEL DE SOURDÉAC (rue Garancière).
Cet hôtel bâti par René de Rieux, évêque de Léon, étoit dans le principe appeléHôtel de Léon; il passa en 1651 à Gui de Rieux, seigneur de Sourdéac, dont il a conservé le nom, quoique ce ne soit plus qu'une maison particulière.
HÔTEL DE NIVERNOIS (rue de Tournon).
Cet hôtel est célèbre pour avoir été habité par le fameux maréchal d'Ancre, Concino-Concini. On sait qu'après la mort de ce favori il fut pillé et confisqué au profit du roi. Louis XIII y demeura quelque temps. Il fut affecté depuis au logement des ambassadeurs extraordinaires; enfin on l'échangea avec M. le duc de Nivernois contre l'hôtel de Pontchartrain, et ce seigneur en fut le dernier propriétaire jusqu'au moment de la révolution. Cet hôtel avoit été restauré par M. Peyre aîné, architecte, et passoit alors pour une des plus agréables habitations de Paris.
HÔTEL DE VENDÔME (rue d'Enfer).
Cet hôtel, que les Chartreux avoient fait construire en 1706, en même temps que toutes lesmaisons contiguës jusqu'à la première porte d'entrée de leur monastère, avoit été fort augmenté et embelli par madame la duchesse de Vendôme qui l'avoit acheté à vie. Il fut depuis occupé par le duc de Chaulnes. La princesse d'Anhalt y ayant ensuite établi sa demeure, obtint du roi la permission de faire abattre une partie du mur, d'établir ainsi une communication avec le jardin du Luxembourg, et de fermer cette ouverture par une grille de fer qui subsiste encore aujourd'hui. Cet hôtel est bien bâti, et accompagné d'un vaste jardin[253].
AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.
CHÂTEAU D'EAU.
Ce réservoir, situé à l'angle de la rue Maillet, et vis-à-vis la maison de l'Oratoire, avoit été bâti en 1615 en même temps que le palais du Luxembourg, pour recevoir quatre-vingt-quatre pouces d'eau, qui venoient du village de Rongis, en passant par le bel aqueduc d'Arcueil. Cette eau étoit ensuite distribuée dans divers quartiers de la ville[255].
CASERNE DES GARDES FRANÇOISES.
Cette caserne, construite pour une compagnie de ce régiment, étoit située dans la rue de Sèvre, au coin de celle de Saint-Romain.
BARRIÈRES.
Ce quartier est borné au midi par cinq barrières.
Rue des Aveugles.Elle commence à la petite place où étoit autrefois le presbytère de Saint-Sulpice, et finit à la rue du Petit-Bourbon, au coin de la rue Garancière. Sauval prétend qu'elle doit ce nom à un aveugle qui y demeuroit[256], et à qui appartenoient toutes les maisons dont elle étoit composée. Sans nous arrêter à vérifier cette tradition, il nous suffira de dire, avec Jaillot, que, dans plusieurs titres de 1636, elle est nommée rue de l'Aveugle; en 1642 elle est désignée rue desPrêtres; ce n'est qu'en 1697 qu'elle prend enfin le nom de rue desAveugles. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle se prolongeoit jusqu'à la rue des Canettes; mais à cette époque le curé de Saint-Sulpice fit abattre quelques maisons pour construire en cet endroit une petite place qui fait maintenant partie de la place Saint-Sulpice[257].
Petite rue du Bac.Elle traverse de la rue de Sèvre à celle des Vieilles-Tuileries. Quelques auteurs la nommentpetite rue du Barc, et d'autresdu Petit-Bac. Sauval dit que: «quelque nouvelle que soit la petite rue du Bac, elle a changé de nom, et s'appelle la rue duBaril-Neuf[258].» Elle doit la première dénomination, qu'elle a reprise, à la grande rue du Bac, dont elle fait presque la continuation.
Rue de Bagneux.Elle aboutit d'un côté à la rue des Vieilles-Tuileries, et de l'autre à celle de Vaugirard. Cette rue est désignée ainsi sur les plans de Jouvin et de Bullet publiés en 1676. On en prit une partie, en 1749, pour en faire un des cimetières de Saint-Sulpice.
Rue Barouillère.Elle traverse de la rue de Sèvre à celle du Petit-Vaugirard. Tous les plans du dix-septième siècle l'indiquent sous le nom de rue des Vieilles-Tuileries, mais quelques uns marquent plus bas une rue Barouillère et de laBarouillerie. Sur un plan manuscrit de 1651, elle est indiquée simplement comme rue projetée sous le nom deSaint-Michel, et on la retrouve, en 1675, sous cette même dénomination. On ignore à quelle époque elle prit son dernier nom; mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas Richard, sieur de la Barouillère, auquel l'abbé de Saint-Germain céda, en 1644, huit arpentsde terre en cet endroit, sous diverses conditions, et principalement à la charge d'y bâtir.
Rue Beurière.Elle aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier. On l'appeloit, dans le dix-septième siècle,de la Petite-Corne, parce qu'elle étoit parallèle à la rue Neuve-Guillemin, nommée alors rue dela Corne. Jaillot croit la reconnoître dans le procès-verbal de 1636, sous le nom depetite rue Cassette.
Rue de Bissi.On appelle ainsi la principale entrée du marché Saint-Germain du côté de la rue du Four; elle doit ce nom au cardinal de Bissi, alors abbé de Saint-Germain, par les ordres duquel le marché avoit été construit[259].
Rue des Boucheries.Elle commence au carrefour des rue des Fossés-Saint-Germain, des Cordeliers et de Condé, et finit à celui que forment les rues de Buci, du Four et de Sainte-Marguerite. On l'a souvent nommée lagrant rue Saint-Germain; et sa dernière dénomination lui vient de la boucherie que l'abbaye Saint-Germain y avoit établie. Cette boucherie y existoit de temps immémorial, quoique le commissaire Delamare n'en place l'origine qu'en 1370[260]; en effet, plusieurs actes du deuxième siècle en font mention, ainsi que de la maison desTrois-Étaux, située près le Pilori. La population du faubourg Saint-Germain s'étant augmentée depuis la constructionde l'enceinte de Philippe-Auguste, l'abbé Gérard fit construire, en 1274, seize autres étaux[261].
Entre plusieurs erreurs que Sauval a commises au sujet de cette rue, il suffira de relever celle par laquelle il donne le nom desBoucheriesà l'une de ses parties où l'on n'en avoit point établi. Cette partie, qui s'étendoit depuis la rue des Mauvais-Garçons jusqu'à celle des Fossés Saint-Germain, dite de la Comédie, étoit alors une place, qui fut vendue, au treizième siècle, à Raoul d'Aubusson, pour y faire un collége.
Rue de la Bourbe.Elle traverse de la rue d'Enfer à celle du faubourg Saint-Jacques; on la trouve désignée sous ce nom sur les plans de Gomboust, Jouvin et Bullet. Dans quelques titres elle est appelée de laBoue, aliàs de laBourde[262].
Rue du Petit-Bourbon.Cette rue, qui commence à la rue de Tournon, et finit à celle des Aveugles, au coin de la rue Garancière, doit vraisemblablement son nom à Louis de Bourbon, duc de Montpensier, qui y avoit son hôtel[263].
Rue du Brave.Cette petite rue commence au bout de la rue des Quatre-Vents, et finit au coin de celle du Petit-Lion. Elle étoit connue sous ce nom dès 1626[264]. Cependant un titre de l'année suivante,cité par Jaillot[265], lui donne celui duPetit-Brave. On ignore l'origine de cette dénomination.
Rue de Buci.Cette rue, qui aboutit d'un côté au carrefour des rues Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain; de l'autre, au Petit-Marché, doit son nom à Simon de Buci, premier président du parlement, qui fit réparer et couvrir, en 1352, la porte Saint-Germain. Il prit à rente, de l'abbaye, cette porte, le logis qu'on avoit construit au dessus, les deux tours qui étoient à côté, et une grande place vague située vis-à-vis. C'est sur cet emplacement qu'il fit bâtir l'hôtel dont nous avons déjà parlé, lequel fut remplacé par le bureau des coches et des messageries.
Sauval a prétendu que, dès 1209, cette rue portoit, de même que la porte, le nom deSaint-Germain[266]. Il est certain qu'alors la porte n'étoit pas encore bâtie, et que la rue n'existoit pas. Les titres qui en font mention l'indiquent en 1388 «rue qui tend du Pilori à la porte de Buci,rue devant la porte de Buci, etrue du Pilori[267].» Elle portoit encore ce nom en 1555, époque à laquelle on ordonna de la paver. Ce n'est que vers ce temps qu'on a continué d'y bâtir;toutefois on y voyoit quelques maisons dès 1388, et le terrier de l'abbaye, de 1523, le nomme rue de Buci.
Rue des Canettes.Cette rue, qui aboutit à la rue du Four et à celle du Vieux-Colombier, étoit anciennement appelée rueSaint-Sulpice, parce qu'elle conduisoit à l'église qui porte ce nom. On trouve aussi sur un plan manuscrit de 1651rue Neuve-Saint-Sulpice; mais le nom qu'elle porte aujourd'hui est indiqué dès 1636, et provient d'une maison où étoit une enseigne des trois Canettes[268].
Rue du Canivet.Elle traverse de la rue Férou dans celle des Fossoyeurs. Elle étoit ainsi nommée dès 1636, et l'on n'a de renseignements certains ni sur l'étymologie de ce nom, ni sur le temps où la rue a été percée. On a écritGanivetsur quelques plans.
Rue Carpentier.Elle traverse de la rue Cassette dans celle du Gindre. En 1636, elle est appeléeCharpentier. On trouve sur quelques plansApentier,ArpentieretCharpentière.
Rue Cassette.Cette rue commence à celle du Vieux-Colombier, et aboutit à la rue de Vaugirard. Son véritable nom estCassel; elle le devoit à l'hôtel qui y étoit situé[269], et ce nom fut même donné aux rues Neuve-Guillemin et du Four. Celle dont nous parlons est ainsi appelée dès 1456. La dénomination deCassetten'est qu'une corruption du nom primitif; on la trouve déjà dans le procès-verbal de 1636, et sur tous les plans publiés depuis.
Rue Sainte-Catherine.Elle traverse de la rue Saint-Thomas dans celle de Saint-Dominique. Tous les anciens plans la nommentrue de la Magdeleine.
Rue du Chasse-Midi.Cette rue commence au carrefour de la Croix-Rouge, et aboutit à la rue des Vieilles-Tuileries, au coin de celle du Regard. Elle portoit, dans le principe, le nom de rue desVieilles-Tuileries, qu'elle conserve encore dans une partie, et le devoit aux tuileries qu'on avoit établies en cet endroit. On l'a depuis appelée duChasse-Midi, et, par corruption, duCherche-Midi: ce dernier nom se trouve sur plusieurs plans. Sauval en reporte l'origine à une enseigne «où l'on avoit peint un cadran et des gens qui y cherchoient midi à quatorze heures.» Il ajoute «que cette enseigne a été trouvée si belle, qu'elle a été gravée et mise à des almanachs, et même qu'on en a fait un proverbe:Il cherche midi à quatorze heures; c'est un chercheur de midi à quatorze heures.[270]» Jaillot, sans rejeter l'histoire de l'enseigne, croit trouver plutôt l'origine du proverbe dans cet usage où l'on est en Italie de compter les vingt-quatre heures de suite. «Midi peut, dit-il, se rencontrer, dans les grands jours, environ à quinze heures, mais jamais à quatorze. Ainsi,chercher midi à quatorze heures, c'est s'alambiquerl'esprit, et chercher ce qu'on ne peut trouver[271].»
Rue du Cœur-Volant.Elle aboutit à la rue des Boucheries et à celle des Quatre-Vents. Jusqu'au quinzième siècle cette rue ne se trouve indiquée dans les titres de Saint-Germain que sous le nom de ruellede la Voirie de la Boucherie, et de ruede la Tuerie. Sauval la nomme, en 1476, ruedes Marguilliersetde la Blanche-Oie[272]. Jaillot rejette ces deux noms. Celui qu'elle porte actuellement vient d'une enseigne où l'on avoit peint un cœur ailé.
Rue du Vieux-Colombier.Cette rue, qui commence à la place Saint-Sulpice, aboutit au carrefour de la Croix-Rouge. Plusieurs titres prouvent qu'elle reçut le nom qu'elle porte d'un colombier que les religieux de Saint-Germain y avoient fait bâtir. Au quinzième siècle, on la nommoit quelquefois ruede Cassel, parce qu'elle conduisent à l'hôtel de ce nom. En 1453 on lit ruede Cassel, dite du Colombier. Il paroît aussi, par plusieurs titres du même temps, que la partie de cette rue qui s'étendoit depuis la rue Férou jusqu'à celle Pot-de-Fer s'appeloit ruedu Puits-de-Mauconseil, à cause d'un puits public situé en cet endroit. Elle prit le nom de ruedu Vieux-Colombierlorsqu'on creusa des fossés autour de l'abbaye, et ce fut pour la distinguer de l'autre. Elle est indiquée généralement ainsi sur tous les plans;un seul (celui de Mérier), publié en 1654, la nomme ruede la Pelleterie, dans la partie située du côté de la Croix-Rouge.
Rue de Condé.Elle commence au coin de la rue des Boucheries, et aboutit à celle de Vaugirard. L'espace que les maisons de cette rue occupent étoit encore, au quinzième siècle, en jardins et vergers; et tout ce terrain, jusqu'aux fossés, s'appeloit alorsle clos Bruneau; la rue en porta d'abord le nom. En 1510 on la nommoit rueNeuve, rueNeuve-de-la-Foire, et elle étoit déjà garnie d'édifices des deux côtés; depuis elle reçut la dénomination de rueNeuve-Saint-Lambert. Enfin le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, lui venoit de l'hôtel bâti par Arnaud de Corbie, et acheté par Henri de Bourbon, prince de Condé.
Rue de Corneille.Cette rue, qui donne, d'un côté, rue de Vaugirard, de l'autre sur la place du Théâtre François, fut ouverte sur une partie de l'hôtel de Condé, et en même temps que l'on construisoit ce théâtre.
Rue de Crébillon.Elle aboutit d'un côté à la rue de Condé, de l'autre à la place du Théâtre François, et fut ouverte à la même époque et sur le même terrain que la précédente.
Carrefour de la Croix-Rouge.Ce carrefour se nommoit autrefoisCarrefour de la Maladrerie, dénomination qui lui venoit, non de la maladrerie de Saint-Germain, située au delà du bourg, mais de quelques granges bâties à l'extrémité de la rue du Four, qui furent destinées à loger les malades attaqués du malde Naples[273]. On lui donna le nom de carrefourde la Croix-Rougeà cause d'une croix peinte en cette couleur qu'on y avoit élevée. C'étoit anciennement l'usage de planter des croix dans les carrefours et dans les places publiques; on les supprima depuis, parce que l'on reconnut que ces monuments gênoient la voix publique, et occasionoient même quelquefois des accidents.
Rue Saint-Dominique.Elle donne d'un bout dans la rue d'Enfer, de l'autre dans celle du Faubourg-Saint-Jacques. Les religieux Jacobins ayant obtenu, en 1546, de François Ier, la permission de donner un clos de vignes qu'ils possédoient en cet endroit à cens et à rentes, à la charge d'y bâtir, le vendirent en 1550, exigèrent qu'on y perçât des rues, et voulurent en outre qu'on leur donnât les noms de quelques saints de leur ordre. La principale, bâtie vers 1585, reçut celui de Saint-Dominique[274].
Rue d'Enfer.Elle commence à la place Saint-Michel, et aboutit au grand chemin d'Orléans. Cette rue est très ancienne. Au treizième siècle, ce n'étoit encore qu'un chemin qui conduisoit à des villages,dont il avoit pris le nom; c'est pourquoi cette rue est tour à tour appelée, dans les titres de Saint-Germain, chemin d'Issyet chemin deVenves. Elle avoit aussi reçu le nom de rue deVauvert, parce qu'elle conduisoit au château de Vauvert. En 1258 on la trouve sous celui dela porte Gibard. Sur le bruit populaire qui se répandit vers ce temps-là, que les démons habitoient ce château, cette rue prit, suivant plusieurs historiens, le nom d'Enfer[275], et ensuite celui desChartreux, lorsque ces religieux se furent établis en cet endroit. Enfin, comme elle commençoit le faubourg Saint-Michel, on la trouve indiquée dans quelques actes rueSaint-Michelet rue duFaubourg-Saint-Michel. Elle a depuis repris le nom de rue d'Enfer, qu'elle conserve encore aujourd'hui.
Jaillot fait observer que la direction de cette rue n'étoit pas autrefois telle que nous la voyons aujourd'hui; elle se prolongeoit sur la droite, à quelque distance de l'endroit où est la porte du Luxembourg, passoit entre la première et la seconde cour des Chartreux, et séparoit leur petit clos du grand.