V

4 mai, Ghili. — Voici que tout s’assombrit et devient triste. La Penndé n’est plus la même.

C’est fini des larges prairies, des plaines si nues et si pures, des étangs stagnant autour des rives herbeuses. La Penndé sinue parmi des collines stériles, d’où se précipitent des affluents plus nombreux. Les arbres chétifs et rabougris se tordent en sceptres vers le ciel plus proche. Ce ne sont plus, hélas ! les séculaires tamariniers de la grande plaine, où les haltes étaient si bonnes et qui semblaient inviter le passant. Près des pauvres villages, des plantations de manioc. Les hommes sont mauvais et s’enfuient, sournois et farouches, à notre approche. Ils ont la tête rasée avec une grosse touffe de cheveux au sommet. Dans le lobe de l’oreille, ils portent de longs morceaux de bois.

Est-ce déjà le regret de la plaine heureuse, où la marche était douce et la vie facile ? Mais on éprouve une lassitude mélancolique — avec une attente vague de spectacles rudes et imprévus.

Sur la route, ce matin, il y avait des granits et des affleurements de latérite. Les bœufs n’ont pas trouvé d’herbe, et ce soir ils sont allés très loin pour manger. Le sentier était loin du fleuve, qu’on devinait par delà les collines monotones, semblables à un parc anglais qu’attristerait un éternel automne, sans fleurs et sans chansons.


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